Συγγραφέας:Διεθνές Συμπόσιο
 
Τίτλος:Actes du Colloque International, Historicité de l’ enfance et de la jeunesse
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:6
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1986
 
Σελίδες:709
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Βιβλιογραφία
 
Διεθνή Συμπόσια
 
Κοινωνική ενσωμάτωση
 
Μαθητεία και εργασία
 
Νεανικά έντυπα
 
Νεανικές οργανώσεις
 
Νοοτροπίες και συμπεριφορές
 
Παιδεία-Εκπαίδευση
 
Τοπική κάλυψη:Ευρώπη
 
Περίληψη:Πρόκειται για μετάφραση στα γαλλικά των Πρακτικών του πρώτου επιστημονικού συμποσίου, που διοργάνωσε η επιτροπή του ΙΑΕΝ σε συνεργασία με την Εταιρεία Μελέτης Νέου Ελληνισμού. Το συμπόσιο, με θέμα «Ιστορικότητα της παιδικής ηλικίας και της νεότητας», έγινε στο αμφιθέατρο του Εθνικού Ιδρύματος Ερευνών από τη 1 έως τις 5 Οκτωβρίου 1984.
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
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UGO FABIETTI

LA «CONSTRUCTION» DE LA JEUNESSE:

UNE PERSPECTIVE ANTHROPOLOGIQUE

Les ethnologues spécialistes des sociétés extra-européennes ne se sont confrontés que assez rarement, de façon directe, à la notion de jeunesse. Ils se sont en fait bornés à en parler pas rapport à d'autres notions, notamment celles d'enfance ou de vieillesse, plus aptes, peut-être, à qualifier des faits ou des processus sociaux qui ont constitué depuis le début de son âge classique, quelque-uns des thèmes les plus révélants de l'anthropologie. C'est notamment le cas de l'étude des rites dits «de passage» qui marquent les étapes de la vie individuelle par rapport aux normes et aux codes de comportement social1; ou, mais plus tard, des systèmes de classement de la population en classes d'âge, phénomène typique de certaines sociétés agro-pastorales d'Afrique. Plus récemment la notion de jeunesse a été rapportée de façon explicite au processus de reproduction de la société: il s'agit de la problématique dégagée par des études menées pendant les années Soixante, qui ont tenté d'expliquer certaines dynamiques socio-économiques caractéristiques de quelques sociétés «traditionnelles» entrées dans la sphère capitaliste de la production et de l'échange2. On peut dire en fait que non seulement la notion de jeunesse a occupé, dans le travail des ethnologues, une place résiduelle, mais que toutes les approches que nous avons rappelées plus haut mettent en jeu une notion douée d'un spectre sémantique très grand.

La notion de jeunesse est une notion relative, puisque elle 

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1. Arnold Van Gennep, Les rites de passage, Paris, Nourry, 1909.

2. Parmi ces études: Claude Meillassoux, «Essai d'interprétation du phénomène économique dans les sociétés traditionnelles d'autosubsistance», Cahiers d'Études Africaines, 4, 1960 idem, Anthropologie économique des Gouro de la Côte d'Ivoire, Paris, Mouton, 1964 Pierre-Philippe Rey, Colonialisme, néocolonialisme et transition au capitalisme, Paris, Maspero, 1965.

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acquiert très souvent une signification par rapport à d'autres notions. Mais une fois que nous avons accepté cette vérité banale, il reste quand même le problème de connaître les déterminations de sens qui en font une notion opératoire soit pour l'ethnologue soit pour les groupes qui font référence à elle sur le plan des représentations sociales.

Il va sans dire qu'il y a des sociétés qui n'ont pas une notion de «jeunesse» qui peut être comparée à la nôtre. Là où les classes d'âge fonctionnent comme des systèmes de recrutement et de classification des individus, la notion de «jeune» en tant que telle n'existe pas mais ceux que nous qualifierons volontiers de «jeunes» sont désignés par d'autres expressions comme «ceux qui n'ont pas d'épouse», «ceux qui n'ont pas (encore) d'enfants», «ceux qui n'ont pas passé certains rituels d'initiation», etc. Cela n'empêche pas que, en parlant de ces sociétés, les ethnologues utilisent quand même la notion de jeunesse pour qualifier l'état des individus qui, pour une série de raisons qui ont rarement à voir avec l'âge biologique, n'exercent pas pleinement des droits sur les moyens de la reproduction sociale, soient-ils matériels (bétail, terre, femmes), soient-ils symboliques (connaissances ésotériques, célébration des rituels, etc.).

Il suffit en effet de comparer la jeunesse «des autres» avec la «nôtre» pour s'apercevoir des différences énormes entre les représentations qui sont à l'origine des conceptions respectives. En effet les paramètres institutionnels et symboliques auxquels on fait référence dans les différents cas sont fort divers. On sait bien par exemple que dans les sociétés industrielles contemporaines le fait d'atteindre la majorité confère à l'individu tous les droits fondamentaux prévus par la loi, mais qu'il ne suffit pas d'atteindre cet âge pour qu'on ne soit plus considéré comme «jeune». 

Je reviendrai sur les différences entre les sociétés dont s'occupent les ethnologues et la nôtre, bien que cette confrontation exigé une précision. Si j'oppose ici les autres sociétés à la nôtre ce n'est pas parce que je crois que les premières possèdent «en bloc», des caractères indifférenciés, mais parce que je pense pouvoir mettre mieux en évidence certains aspects de nôtre notion de jeunesse.

Pour l'instant je voudrais mettre l'accent sur d'autres aspects caractéristiques de la constitution de cette notion qui me semblent très importants.

Nous pouvons croire, avec un bon degré de probabilité, que la notion de jeunesse, bien que différemment conceptualisée, fasse partie, du patrimoine intellectuel de toute société. Les facteurs qui, dans les

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différentes sociétés, viennent la constituer, sont de nature institutionnelle et symbolique qui se greffent, au moins du point de vue linguistique sur des faits biologiques. C'est en effet la succession des individus, leur naissance et leur mort qui constitue le fait fondamental sur lequel s'exerce la réflexion des hommes. Ceux-ci savent que les dieux seulement (et parfois les héros) échappent à l'inéluctabilité de la mort et que l'existence de l'individu coïncide avec le chemin qui amène d'un bout à l'autre de la vie. Les hommes, qui, comme l'on sait bien, opèrent conceptuellement afin de rendre discrète toute continuité et, par là, la maîtriser, subdivisent le flux de la vie en une série de fractions dont la définition relève des notions possédées et des pratiques vécues par les différentes sociétés. Ces «fractions» deviennent, par le fait de faire partie de quelque chose qui a un commencement et une fin, des moments, des étapes ou, pour mieux dire, des âges.

Si les âges de la vie des individus sont déterminés sur la base de ce type d'opération intellectuelle, le passage de l'un à l'autre de ces âges est souligné par des cérémonies ou des rituels spécifiques, étant donné qu'on rattache à chacune de ces étapes une signification sociale particulière. En fait, personne naît, grandit et meurt sans que la société ne s'en aperçoive.

Bien que les sociétés varient dans le temps et dans l'espace, elles se posent toujours et partout le même problème: celui de définir l'âge dont il s'agit sur la base des activités fonctionnelles à leur reproduction ou compatibles avec cette dernière. Or, comme tout ce qui a à voir avec la définition de l'individu social, la détermination de l'âge renvoie, au moins en partie, à la notion de personne. La notion de personne, quelle que soit la société n'est jamais la même pour tous les individus. A coté de certaines «composantes» de la personne, qui dans certaines sociétés étudiées par les ethnologues sont déterminées dès la naissance (signes liés à l'accouchement de la mère, sexe) ou qui peuvent être reconstruits à partir de l'appartenance de l'individu à un groupe de filiation plutôt qu'à un autre (genre des «âmes», facultés particulières), se trouvent souvent des «composantes» qui sont acquises par l'individu au fur et à mesure qu'il procède dans l'échelon des âges, âges qui sont pensés à la fois comme des étapes biologiques et sociales. En fait, les prérogatives institutionnelles qui sont acquises par les individus au moment du passage d'un degré à l'autre de l'échelon des âges sont souvent conceptualisées en termes de «composantes» qui s'ajoutent à celles qui sont déjà détenues par l'individu en question ou qui les remplacent.

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Or, la notion de jeunesse renvoie à la fraction de la vie d'un individu qui fait fonction de charnière entre l'enfance et l'âge mûr. En tant que telle, elle marque une phase de la vie qui est caractérisée, sur le plan social, par des acquisitions «supérieures» à celles de l'enfance, tandis qu' elle est considérée comme «incomplète» par rapport à l'âge qui suit. Même la civilisation post-industrielle, qui a fait de la jeunesse un mythe (et qui a presque banni de son vocabulaire le mot «vieillesse») qualifie cet âge comme un moment de la vie pendant lequel on ne peut pas espérer accéder à certaines prérogatives.

La considération universelle de la jeunesse comme âge-charnière pousse les hommes à la penser comme une condition socialement ambiguë et contradictoire. Cette ambiguïté, aperçue par toute société, se reflète dans le fait que la jeunesse, seule parmi les âges de la vie, est marquée par des rites qui en soulignent le début et la fin. L'enfance a ses rituels de sortie, mais elle n'a pas de vrais rituels d'entrée, étant donné que, s'il y en a, il s'agit des rituels de naissance qui marquent surtout l'entrée de l'individu dans le monde des vivants et de la société. De l'autre coté, les cérémonies qui marquent l'accès à l'âge mûr, qualifié souvent par l'acquisition du statut d'ancien, semblent parfois marquer, dans leur phénoménologie rituelle, moins l'entrée dans l'âge successif que ne soulignent la sortie de la jeunesse, tandis que les rituels de sortie de l'âge ancien coïncident avec les rituels de la mort, par lesquels l'individu rejoint la communauté des défunts en acquérant parfois un nouveau pouvoir, celui des ancêtres.

Il n'y a donc que la jeunesse qui soit vraiment intéressée par un double rituel. Nous avons dit que ce fait traduit l'ambiguïté de la jeunesse en tant qu' âge-charnière. Cependant, il faut préciser que cette ambiguïté découle moins du fait qu'il s'agit de la phase centrale de la vie (après l'enfance et avant l'âge mûr souvent défini par la condition d'ancien) que du fait qu'elle est toujours une catégorie assez floue qui sert à désigner des individus aux attributs physiques et intellectuels souvent fort différents, c'est-à-dire des individus avec des âges biologiques très différenciés. S'il s'agit en fait d'une phase de la vie des individus que toute société s'efforce de qualifier d'incomplète par rapport à des paramètres institutionnels et juridiques, il n'en est pas moins vrai que, en tant que notion-catégorie, elle regroupe des individus parmi lesquels se trouvent classés certains qui auraient la possibilité d'accéder aux moyens matériels et symboliques de la reproduction sociale. Ceci est vrai pour toutes les sociétés où l'acquisition des prérogatives de l'âge mûr est sanctionnée par des événements très ritualisés (vision

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des êtres surnaturels, accomplissement de quelque entreprise dangereuse, célébration de rites particuliers), mais aussi pour les sociétés de consommation où, malgré l'idéologie d'exaltation de la jeunesse qui les caractérise, le soupçon entoure tous ceux qui, considérés comme étant des jeunes, sont censés n'avoir pas «assez d'expérience».

Mais la différence entre les unes et les autres est grande. Pour rendre cette différence moins approximative et moins intuitive nous devons considérer le fait central qui marque le passage d'un âge à l'autre et sanctionne l'acquisition des prérogatives sociales qui lui est strictement liée: l'initiation. Les rituels d'initiation ne coïncident pas avec les rites qui sanctionnent le passage d'un individu ou d'un groupe d'un âge à un autre, mais ils ont un spectre beaucoup plus large (par ex. initiation aux sociétés secrètes, aux connaissances magiques, au sacré, etc.). Or, nous devons partir du fait que toutes les cérémonies d'initiation mettent en jeu les faits fondamentaux sur lesquels s'exerce la réflexion de toute société: le pouvoir et la mort. Ainsi qu'il a été dit par un des anthropologues contemporains les plus sensibles à ce sujet: «De la forme minimale de pouvoir sur d'autres à la forme absolue du pouvoir sur les autres, de l'initiation à l'intronisation, tous les rituels mettent en scène un passage par la mort qui apparaît comme la condition essentielle de l'accès au pouvoir»3. Pouvoir et mort seraient strictement liés entre eux car, comme le dit encore M. Augé, «la mort fait l'absolu de l'individu et l'individu fait la limite du pouvoir. Si le pouvoir veut échapper à la dimension individuelle (la relativisation par la mort), à proportion même de son caractère «personnel» et «absolu» il doit gérer la mort... et la dépasser»4.

Or, il est remarquable d'observer comment la mort symbolique des jeunes marque très souvent, dans les rituels d'initiation, l'accès de ces derniers à l'âge mûr. Le fait c'est que si l'apprentissage de la mort par sa mise en scène rituelle est la condition pour accéder à la vie adulte, c'est parce que le passage à un statut social supérieur —celui d'ancien — coïncide avec l'acquisition de nouveaux pouvoirs sociaux. Ces pouvoirs ont essentiellement à voir, nous l'avons déjà dit, avec la gestion des moyens de production (terre, bétail) ainsi que de la reproduction physique (femmes) et symbolique de la société (connaissances exotériques). Dans ces sociétés donc pour accéder au pouvoir il faut mourir symboliquement et, à travers l'expérience de la mort, prendre

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3. Marc Augé, Pouvoirs de vie, pouvoirs de mort, Paris, Flammarion, 1977, p. 20.

4. ibidem.

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conscience que le pouvoir est toujours là, tandis que ce pouvoir même n'est pas accessible à tout le monde.

C'est donc l'initiation qui fonde symboliquement l'accès au pouvoir et qui permet en même temps de justifier idéologiquement l'exclusion de celui-ci — exclusion d'ailleurs temporaire — d'un certain nombre d'individus qui auraient déjà les facultés physiques et intellectuelles pour participer, eux aussi, à la gestion du pouvoir. Ces individus sont ainsi entretenus dans la catégorie des «jeunes» par un artifice sociologique qui ignore l'âge biologique.

Si nous tournons maintenant notre attention vers les formations sociales de l'Occident contemporain issues du développent du capitalisme marchand, nous pouvons remarquer que non seulement l'entrée dans la jeunesse5 et la sortie de celle-ci ne sont pas des événement ritualisés (la même chose pourrait être dite à propos des nombreuses sociétés étudiées par les ethnologues), mais que la notion de jeunesse se dissout dans (ou acquiert) une série de nuances qui en font une notion dépouillée de référents institutionnels bien définis. Il y a, bien sûr, un grand nombre de raisons pour ça, auxquelles je n'ose même pas faire allusion. Je voudrais cependant mettre l'accent sur une de ces raisons qui me paraît l'élément différentiel le plus révélateur par rapport à la situation des sociétés où la jeunesse est une phase de la vie marquée par des rituels nettement définis: il s'agit du phénomène de la consommation en tant que pratique et idéologie des sociétés industrielles contemporaines.

Caractéristique de ce «type» de sociétés est le rapport, que l'on pourrait définir «dépourvu de médiation» sur le plan social, entre les individus et les objets qu'ils consomment. Autrement dit, ce n'est pas le statut social d'un individu qui lui permet d'accéder à des objets qui peuvent être consommés mais, au contraire, c'est l'accès aux objets qui détermine le statut social —très souvent «imaginaire»— d'un individu. Je dis «souvent imaginaire» car la production industrielle est à même de présenter des objets à l'aspect très semblable, mais de qualité très inégale, avec le résultat que les pratiques de la consommation engendrent une idéologie —et une illusion— d'égalité sociale «vers le haut».

Le rapport de l'individu avec le social en résulte privatisé et donne lieu à des formes de socialisation qui se greffent sur le sentiment que tous ont ce pouvoir d'accéder —plus ou moins également— à tout ce

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5. Philippe Ariès, «Generazioni» in Enciclopedla, vol. 6, Torino, Einaudi 1979, p. 561.

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que les codes de la publicité présentent comme accessible. Cette dynamique est, je crois, au cœur de la constitution de ce que, dans les sociétés, hautement industrialisées, on entend par «jeunesse». Bien sûr cette dynamique n'est pas exclusive des individus moyennement considérée comme faisant partie de la catégorie des «jeunes»: elle touche même les «enfants» par l'intermédiaire de leurs parents... Toutefois elle détermine, sur le plan matériel et symbolique, l'entrée des individus dans cette phase de la vie et, assez paradoxalement, à y prolonger leur permanence.

La pratique de la consommation peut être en effet considérée, dans les sociétés hautement industrialisées, comme un substitut de l'initiation et, en même temps, comme la négation de cette dernière. C'est en fait l'accès à des objets «bons à consommer» le comportement qui, sur le plan social, détermine en grande partie le statut de «jeune» (que l'on pense au marché des gadgets musicaux, de l'habillement «casual», des véhicules motorisés, des soft-drinks d'importation américaine et aux codes respectifs qui en font la réclame) et non, au contraire que dans la majeure partie des sociétés étudiées par les ethnologues, l'accès à un corpus de connaissances qui séparent les «jeunes» des enfants.

Ce sont encore la pratique et l'idéologie de la consommation qui contribuent, de façon assez paradoxale, à prolonger la jeunesse au delà des limites constituées par l'âge biologique des individus. La publicité qui nous frappe chaque jour à la télévision ainsi que dans les rues nous propose un modèle de consommation qui très souvent fait appel à la jeunesse qui, dans ce contexte, devient la condition à atteindre par l'adoption du modèle de consommation proposé et la condition pour pouvoir pratiquer le modèle de consommation en même temps. Que l'on pense seulement aux sports qui, élitaires jusqu'à il y a une vingtaine d'années, sont désormais devenus des sports de masse: le tennis, le ski ou les nouvelles «techniques d'entretien du corps», du footing jusqu'aux différentes espèces de gymnastique. Ces sports de masse ont perdu la dimension de l'«agonisme» (transformé en agressivité et transféré dans le stade, nouvelle arène où s'affrontent les gladiateurs du dimanche) pour en acquérir une autre: celle de la socialisation à travers l'utilisation commune, mais personnelle, des articles sportifs dont la possession constitue l'élément prépondérant de la représentation que les gens ont de la pratique du sport. Et quoi, en outre, peut évoquer mieux que le sport l'image de la jeunesse?

Ce modèle de consommation, caractéristique de toute société industrielle (car au moins au niveau idéal ce modèle appartient à des

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formations sociales aux orientations idéologiques différentes) semble en effet avoir la vertu absolument extraordinaire de prolonger contre toute évidence biologique, le temps de la jeunesse. Philippe Ariès a fait remarquer l'apparition, dans les formations sociales de l'Occident industriel, «d'une classe d'âge très nombreuse dans laquelle des adolescents qui sont encore des enfants sont mêlés à d'autres qui sont déjà vieux»5 et «que il y avait un temps où le jeune cherchait la compagnie de l'adulte ou de l'aîné qui fusse à même de le faire sortir de sa condition d'adolescent et de l'amener, par contagion, dans le monde des adultes. Aujourd'hui une telle promotion n'est plus recherchée mais, au contraire, redoutée et ce sont plutôt les adultes qui imitent les adolescents»6. Or, ces phénomènes, qui donnent lieu à une «compression» générationnelle, ont à voir, comme le dit Ariès lui même, avec le modèle de non-transmission des valeurs actuelles entre parents et jeunes en produisant, on pourrait ajouter, un vide éducatif où s'insèrent les codes des média, avec l'effet d'aplatir les différences expressives (linguistiques et comportementales) entre individus qui étaient auparavant séparés par des classes d'apprentissage de type scolaire ou professionnel fondées sur la différence d'âge. Nous ajouterons aussi, parmi ces phénomènes qui sont à l'origine de cette «compression» générationnelle, le modèle de consommation qui constitue le système premier de reconnaissance, au vrai sens hégélien du mot, des sujets «atomisés» sur et par le marché.

J'ai dit que ce modèle agit, pour ce qui concerne la constitution de la représentation sociale de la classe des «jeunes», comme un substitut de l'initiation mais que, en même temps, il en représente aussi la négation.

En tant que rite de passage, l'initiation se concrétise dans une série d'épreuves qui mettent en jeu la dimension de la douleur physique, du stress psychique et de la mort symbolique, épreuves que l'initié, soit-il un «enfant» qui devient «jeune», soit-il un «jeune» qui devient «ancien», doit affronter pour accéder à des pouvoirs sociaux supérieurs.

Dans les sociétés de consommation, la dimension de l'épreuve ritualisée disparaît pour faire place au rituel de la consommation de masse. Bien qu'il s'agisse d'un comportement de masse, ce rituel n'est collectif que indirectement, puisque le modèle de consommation met en jeu, comme nous l'avons dit, un rapport exclusivement personnel entre le sujet et l'objet. En fait la dimension collective du rituel de la consommation resurgit après, lorsque les sujets, ayant eu accès aux objets, peuvent se

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6. Ariès, cit. p. 562.

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reconnaître entre eux par les signe que les objets incarnent.

Avec la disparition de sa nature d'épreuve, ainsi que de sa dimension collective, l'initiation disparaît elle aussi pour être substituée par un code initiatique fort différent. Ce qui me paraît intéressant, dans ce code initiatique caractérisé par la consommation, c'est le bannissement de la mort symbolique et de la différence comme expériences nécessaires à l'acquisition d'un statut supérieur. Dans le processus de consommation on ne meurt pas, car ce sont les objets, métaphore du pouvoir social, qui meurent. On pourrait se demander si le mythe de la jeunesse que nos sociétés construisent aussi par un modèle de consommation n'est pas susceptible d'être mis en rapport avec le déplacement de la mort au niveau de la conscience collective, phénomène qui semble être typique de ces sociétés et qui se greffe sur le sentiment de toute-puissance (souvent destructrice) qui les caractérise7.

Il ne s'agit que d'un autre élément de différenciation entre les nombreuses sociétés dont s'occupent les ethnologues et les sociétés de consommation actuelles, aux moins pour ce qui concerne le contenu et le réfèrent social de la notion de «jeunesse». Mais la différence la plus remarquable entre les unes et les autres est — peut être — le fait que les premières, afin de régler l'accès aux pouvoirs sociaux gardent parfois des individus dans la condition de «jeunes» en leur empêchant d'en sortir grâce à l'initiation, tandis que les secondes s'efforcent de rejeter les individus dans la jeunesse par les pratiques de consommation. La façon dont les sociétés «construisent» leur idée de «jeunesse» est à cet égard, un des ces faits sociaux que les ethnologues, depuis M. Mauss, qualifieraient volontiers de totales, et dont l'analyse nous renvoie à d'autres aspects de la société en question et par là, peut-être, à leur inspiration fondamentale.

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7. Fulvio Papi, «La morte e il simbolico, una tragedia borghese», Materiali Filosofici, 3, 1980.

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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CATHERINE MARINAKI-VASSILIADI

LES MAISONS D'ARRÊT POUR MINEURS EN GRÈCE:

ÉVOLUTION D'UNE INSTITUTION (1924 -1982)

Ce rapport représente un effort de définition des questions qui surgissent à l'examen de l'institution des maisons d'arrêt pour mineurs dans son évolution. L'étude complète de l'évolution de cette institution constituerait l'objet d'une recherche ayant pour sources la bibliographie et les archives des prisons. Le classement des archives ne faisant que commencer, ce rapport, n'a par force qu'un caractère d'approche générale.

Il est significatif que les maisons d'arrêt soient nommées «Établissements de redressement», dénomination qui a déterminé et détermine, on peut le supposer, leur rôle. Les premières prisons destinées aux mineurs ont fonctionné à partir de 1896 (Maison d'adolescents Averof). Il est à remarquer que des années 1855 jusqu'à environ 1900, il a été fait appel à divers spécialistes étrangers tels que Stevenson et Barthes pour organiser les prisons grecques. Ce fait manifeste pour l'observateur l'intérêt porté par l'état à la situation pénitentiaire. Malgré cela, les avis de tous les spécialistes, sans aucune exception, ont été ignorés, soit que ces avis aient été considérés comme dépassés par leur sévérité, soit considérés comme excessivement libéraux pour la réalité grecque. Parallèlement, les experts grecs qui avaient un contact direct avec ces questions, ont eux aussi été ignorés.

Les témoignages de cette époque décrivent les conditions internes de vie dans les prisons comme dramatiques. Nous pouvons schématiquement dire que jusqu'au début du XXe siècle, les prisons ne semblent pas appliquer d'autres mesures de redressement que la privation de liberté.

A partir de 1911 et jusqu'en 1924, s'instaure une réglementation pour les mineurs abandonnés et pour les prisons agricoles. Cette période peut être caractérisée comme inaugurant une préoccupation plus active vis à vis des problèmes posés par le système pénitentiaire.

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En 1924, est fondé l'Établissement agricole de Kassavetia, proche de Volos, dans la bourgade d'Almiros; jusqu'à nos jours, c'est le seul établissement fonctionnant exclusivement pour les mineurs; pour cette raison il fait l'objet du classement des archives mentionné ci-dessus.

Une caractéristique plutôt générale mais pourtant déterminante de l'évolution des maisons d'arrêt pour mineurs, est qu'elles se proposaient principalement de séparer les bons éléments des mauvais. Ceci est évident puisque, les maisons d'arrêt ayant été fondées en 1896, un intérêt pratique pour les détenus ne fera son apparition qu'à partir de 1924. Dans ce cas bien entendu, les mineurs n'ont fait que subir le sort des adultes qui à partir de 1823 entraient en prison. Les facteurs qui ont contribué à cette nouvelle approche sont divers:

1) L'un de ces facteurs était que la Grèce à partir de 1821 et pour quelques décennies, traversait une phase d'organisation initiale et d'édification étatique. La législation était tout à fait insuffisante et les peines étaient imposées avec plus ou moins d'arbitraire.

2) Les besoins économiques du nouvel État étaient tels qu'ils prenaient le pas sur toute autre considération.

3) La mentalité générale de l'époque, proche de la domination turque et de son pendant le fanatisme chrétien, ainsi que les éléments absolutistes des premiers pouvoirs politiques donnèrent à la détention un caractère plus punitif que rééducatif.

4) Les premières années après la libération du joug turc mais aussi après les deux guerres mondiales et la guerre civile, des mesures spéciales furent appliquées en matière carcérale. D'un côté une foule de condamnations pour délits politiques et de l'autre des décrets en faveur de certaines catégories de prisonniers. Ces libérations intervenaient soit par nécessité (mobilisation ou par manque de place) soit pour des raisons d'opportunité politique.

5) Les codifications pénales de base ne seront achevées qu'en 1950, c'est à dire qu'elles ont pris forme dans une période de changements politiques incessants. De son côté l'évolution politique et culturelle suit le même parcours agité pour enfin acquérir des formes plus stables à partir de cette époque.

Ce processus instable se reflète intégralement aussi dans l'institution des maisons d'arrêt pour mineurs.

Nous examinerons par la suite un rapport annuel du Directeur de l'établissement de redressement de Kassavetia, ainsi que celui d'un procureur, Inspecteur des prisons. Dans le premier texte apparaissent des éléments qui cohabitent en dépit de toute logique historique et 

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culturelle. Le modèle correspondant mis en avant reflète cette diversité:

«...au rez-de-chaussée, dans la partie sud du bâtiment, il y a quatre cellules isolées de 3,90 mètres sur 1,75 m., elles font office de «cellules spéciales» pour l'application de la peine d'«isolement» infligée aux détenus...», «au troisième stade de la condition de semi-liberté, n'accèdent que les détenus classés dans le premier groupe de moralité après y avoir passé six mois...». Les cellules spéciales et l'isolement renvoient à un modèle de réclusion-punition du XIXe siècle. Les mêmes personnes dans le même lieu traversent divers stades de «classification morale» qui mènent à des conditions de semi-liberté. Il s'agit clairement d'un saut dans le temps dans l'histoire de l'évolution du système pénitentiaire: intimidation-punition par l'isolement, réinsertion graduelle dans la société par des concessions de liberté.

«...Prévoir dans l'établissement l'édification d'un centre d'apprentissage artisanal de formation accélérée...» ce qui témoigne d'une prise en compte de la réhabilitation sociale, mais plus loin «...construire aussi une prison agricole pour adultes à l'intérieur d'un domaine public, ceux-ci seront chargés des travaux lourds d'agriculture et d'élevage de sorte que la ferme soit économiquement rentable et que les détenus soient libres de se vouer à une formation scolaire et professionnelle...». Nous pouvons ici constater trois faits: a) Pour pouvoir cultiver, les détenus prélèvent du temps sur leur éducation, alors qu'apparemment ils sont là pour celle-ci. b) On demande que la ferme soit rentable alors qu'elle n'a pas été prévue dans ce but, ce genre d'interrogation apparaît aussi dans le rapport sur la rentabilité économique. c) La proposition pour que des adultes y travaillent, dans une grande mesure nivelle la façon différente de traiter les mineurs.

«... Le service a pris des mesures pour que l'établissement ait des résultats en matière de rééducation par l'occupation permanente des détenus dans et hors de celui-ci, aussi bien par des cours d'instruction religieuse, d'agriculture et par des conférences au contenu national, historique, moral et social que par des jeux comme le foot-ball, le volley-ball, etc...», «...Nous pensons que la construction d'une église à l'intérieur de l'établissement s'impose...». Ici, se reflète entièrement l'idéal petit-bourgeois de rééducation morale, il semble que prévaut ici l'idée que la grâce de dieu est suffisante, car il n'est nullement question de créer une école. De plus pour une raison inconnue, les détenus ne sont préparés qu'à des métiers de l'agriculture. Aucune mesure n'est envisagée pour les citadins, bien que selon les données statistiques la criminalité

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soit plus importante dans les centres urbains comme on pouvait s'y attendre.

«...Les détenus mineurs... sont classés progressivement par un comité ainsi composé: 1) le Directeur de l'Établissement, 2) l'agronome, 3) le secrétaire, 4) le prêtre, 5) le médecin et 6) le gardien-chef...». Par la création des maisons d'arrêt pour mineurs, on considère nécessaire un traitement différent, voire spécial. Hormis le médecin, qui est extérieur et ne participe pas à la «vie» de l'établissement, l'agronome n'a pour connaissances que les cultures et les autres membres du personnel ne disposent que d'un certificat d'études primaires ou dans le meilleur des cas d'un Apolitirion (baccalauréat). Il n'est pas certain qu'avec un tel niveau, ils soient capables de développer en professionnel des critères d'évaluation de la rééducation.

«...Les détenus mineurs sont pourvus... du nécessaire pour s'habiller et se chausser, c'est à dire d'un uniforme gris-noir...». Si l'objectif est la réinsertion en milieu social de liberté, par une éducation ouverte que l'établissement se propose de donner, l'uniforme gris-noir, symbole de nivellement plutôt que d'épanouissement de la personnalité— ne se justifie pas.

«...l'assistance sociale a été conduite par le prêtre attaché à l'établissement... avec des résultats satisfaisants...». En l'absence d'assistante sociale, nous en revenons à la pratique de périodes historiques antérieures lorsque la mission du prêtre était multiple, incluant l'assistance individuelle aux âmes et l'assistance sociale. Il faut rappeler que l'établissement de redressement n'a ni médecin permanent, ni instituteur.

Le rapport cité ci-dessus comporte onze pages dactylographiées. Le rapport du Procureur n'a lui que deux pages et comporte des chiffres relatifs aux mouvements des détenus et des phrases stéréotypées comme: «Le personnel de garde et autre de l'Établissement s'est bien comporté envers les détenus...». «...Dans les cellules et les autres lieux de l'établissement, l'ordre et la propreté sont observés...». On a ainsi un tableau suffisamment clair de la manière dont le problème est abordé par l'autorité judiciaire. C'est là l'image de 1982 et elle ne diffère pas dans ses traits avec celles des années passées, de manière significative. C'est ainsi que l'on chercherait en vain des correspondances entre les valeurs cultivées à l'intérieur de l'établissement et celles qui prévalent dans la société qui accueillera les détenus lorsque leurs peines se voulant de redressement arriveront à leur terme. L'institution des prisons a

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évolué en se fondant sur une logique qui n'a de cohérence que par rapport à elle-même.

Par ce qui précède, nous nous sommes efforcés de repérer concrètement des éléments qui coexistent à l'intérieur d'une institution, se contredisent, se neutralisent mutuellement, et pourtant se reproduisent. Les résultats de ces phénomènes se faisaient déjà sentir avant la seconde guerre mondiale, comme le montrent les rapports de la Commission d'élaboration des lois de 1938. Pendant la dictature le code pénitentiaire a été ratifié, il avait été soumis au vote depuis 1966 et dans lequel certains ajouts ont été pratiqués. Après la chute de la dictature ont été largement connues les expériences des gens détenus dans les prisons et qui dans des conditions normales n'auraient pas eu la possibilité de s'y trouver. A partir de 1975 des Commissions furent créées à plusieurs reprises pour étudier et réformer la situation pénitentiaire. Depuis 1982, le Ministère a mis en route le processus de rédaction d'un nouveau code qui incessamment sera soumis au vote.

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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GÉRARD MAUGER

ÉLÉMENTS POUR UNE RÉFLEXION CRITIQUE SUR LA CATÉGORIE DE «JEUNESSE»

«Il y a quelque chose de rituel dans l'étonnement périodique des adultes de notre société, lorsqu'ils s'aperçoivent deux ou trois fois par génération que leur société est aussi composée de jeunes», écrivait J. Monod en 1968 1. En fait, s'il est vrai que «la question de la jeunesse» est périodiquement posée dans le champ de production idéologique, dans le champ politique et, de ce fait, dans le champ des sciences sociales, il faudrait préciser, du moins en ce qui concerne la France contemporaine, qu'elle peut l'être sur deux modes différents.

Soit que «les populations jeunes» (ou, plus précisément, telle ou telle fraction de ces populations), «classes d'âges mobilisées», interviennent dans le champ politique, interpellent le champ de production idéologique, donc aussi le champ des sciences sociales: «elles parlent». Ce fût ainsi le cas en France de 1968 à 1975 avec le «phénomène gauchiste» puis le «phénomène contre-culturel».

Soit que «les populations jeunes» (ou, plus précisément, telle ou telle fraction de ces populations), «classes d'âges mobilisables» (que l'on souhaite ou que l'on redoute leur mobilisation) fassent l'objet de la sollicitude et (ou) de l'inquiétude du personnel politique et des investigations des chercheurs en sciences sociales: «elles sont parlées»2. Tel est, d'ailleurs, me semble-t-il, le cas dans la société française d'aujourd'hui3.

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1. J. Monod, Les Barjots, Paris, Julliard, 1968.

2. L'expression est de P. Bourdieu, «Une classe objet», Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 17-18, novembre 1977, pp. 2-5.

3. Si, en dépit de leur silence, «les populations jeunes» constituent aujourd'hui en France, un enjeu dans le champ politique, c'est me semble-t-il, parce qu'elles sont au centre d'une double préoccupation. Celle du chômage. Le raisonnement de la sociologie spontanée peut approximativement s'exprimer ainsi: le chômage touche en priorité «les jeunes» (et d'abord ceux qui sont dépourvus de tout capital scolaire). Le chômage est cause de paupérisation, de désagrégation sociale (délinquance,

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Qu'elles parlent ou qu'«elles soient parlées», «apathiques» ou «révoltées», les jeunes générations, où on s'efforce de reconnaître «les symptômes d'une société malade» et «les présages, funestes ou favorables de la société de demain», suscitent périodiquement, réquisitoires, plaidoyers et prophéties, focalisent, alternativement ou simultanément, indignation et enthousiasme, anxiété et confiance, questions et certitudes. En d'autres termes, c'est dire que «la jeunesse» constitue un enjeu récurrent des luttes qui divisent le champ politique et que, dans ces luttes, il est toujours question (au moins pour partie) de représentations, c'est-à-dire du pouvoir d'imposer et d'inculquer une représentation dominante de «la jeunesse». Et parce que, de façon générale, «le pouvoir de produire, d'imposer et d'inculquer la représentation légitime du monde social» constitue «l'enjeu de la lutte interne pour l'autorité scientifique dans le champ des sciences sociales»4, parce que «la demande sociale» (sous forme de crédits de recherches) et «l'intérêt» (politique) souscrivent plus volontiers «à la mode» qu'à un formalisme épistémologique qui voudrait que soient récusés les objets livrés par la mode ou par «l'air du temps», on comprend que «la question de la jeunesse» réapparaisse dans le champ des sciences sociales, à chaque fois qu'on s'aperçoit dans le champ politique que «la société est aussi composée de jeunes» (c'est-à-dire aussi, me semble-t-il, à chaque fois qu'est en question, sous des formes diverses5 et en divers lieux de l'espace social6, la reproduction de la structure sociale). On comprend aussi que les oppositions entre les problématiques disponibles sur le marché de l'analyse des «populations jeunes» reflètent au moins pour partie les luttes du champ politique, et, qu'à l'inverse, la lutte entre

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toxicomanie, alcoolisme, etc.). De ces prémisses on conclut que «les classes d'âge jeunes», potentiellement «classes dangereuses», sont en danger et représentent un danger: c'est le thème de «l'insécurité». Celle des mutations technologiques (informatique, télématique, robotique, etc.). Le raisonnement de sens commun est le suivant: les mutations technologiques sont au principe de la société de demain. D'où l'on conclut qu'il faut conjuguer «jeunesse» et mutations technologiques et, en particulier, former «la jeunesse» aux technologies de pointe, à la recherche, etc. Dans cette perspective, «les classes d'âges jeunes» représentent l'espoir: c'est le thème de la «modernité».

4. in P. Bourdieu, «Le champ scientifique», Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 2-3, juin 1976, pp. 88-104.

5. Cf. la liste des figures archétypales successives censées incarner tout ou partie de «la jeunesse»: «le blouson noir» et «le yéyé», «le gauchiste» et «le hippie», «le loubard» et «le baba-cool», «le zonard» et «le branché», etc.

6. Par exemple une fraction du monde étudiant entre 1965 et 1975, puis une fraction de la jeunesse ouvrière à partir de 1975.

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les représentations concurrentielles produites dans le champ des sciences sociales apporte nécessairement une contribution aux luttes homologues dans le champ politique.

Si j'ai voulu ainsi esquisser rapidement une analyse de quelques aspects des conditions sociales de production des «discours savants» sur «la jeunesse» (à commencer par les discours sociologiques), c'est parce que cette analyse est au principe de la plupart de ces «éléments pour une réflexion critique sur la catégorie de «jeunesse» que j'ai essayé d'ordonner autour de deux axes:

—d'une part, le triple dilemme auquel se trouve confronté le sociologue qui se donne pour objet cette catégorie spontanée de représentation du monde social; triple dilemme que l'on pourrait énoncer en ces termes: «être ou ne pas être sociologiquement», «objectivisme» ou «subjectivisme» et «définir ou ne pas définir»;

—d'autre part, les difficultés rencontrées dans la construction d'«une définition provisoire» (au sens de M. Mauss7) de la catégorie de «jeunesse»: la question de la délimitation «jeunes/vieux», la question de la délimitation des âges de la vie et la question de la délimitation des générations.

I. TROIS DILEMMES SOCIOLOGIQUES8

A) «Être ou ne pas être sociologiquement»

Lui délivrer ou lui refuser «un certificat d'existence sociologique», telle est peut-être la première question que pose au sociologue la catégorie de «jeunesse».

Il peut prendre le parti de parler de «la jeunesse», des «jeunes», des «16-24 ans» ou encore des jeunes générations comme s'il s'agissait d'un groupe unifié, d'un sujet collectif, capable d'agir et de vouloir, ce que l'on fait communément lorsqu'on produit des énoncés du type «les jeunes veulent,..» ou «les jeunes refusent de...», ou encore «la jeunesse d'aujourd'hui aspire à ...», etc., délivrant ainsi à des énoncés qui dérapent constamment du constatif au performatif, un label de 

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7. Cf. M. Mauss, «La prière», in Oeuvres, t. I, Les fonctions sociales du sacré, Paris, Éd. de Minuit, 1968.

8. L'essentiel des réflexions esquissées ici s'inspire (parfois de très près) de P. Bourdieu, «L'identité et la représentation», Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 35, novembre 1980, pp. 63-72 et de L, Boltanski, Les cadres, Paris, Éd. de Minuit, 1982, pp. 47-59.

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scientificité dont la valeur dépend de la position de celui qui le délivre dans le champ scientifique.

Il peut, à l'inverse, prenant en compte la diversité interne de la catégorie, son évidente hétérogénéité, lui refuser toute existence «objective»: «la jeunesse n'est qu'un mot», comme l'a dit P. Bourdieu9. Artefact statistique ou leurre idéologique, «la jeunesse», n'existe pas en tant que groupe.

Ces positions antagonistes n'ont rien de fictif, elles constituent les deux pôles du conflit qui traversait à la fois le champ politique et le champ scientifique, quand, par exemple, dans la France du début des années 60, puis du début des années 70, «la question de la jeunesse» était à l'ordre du jour.

Au temps de «la montée des jeunes»10 du début des années 60, deux thèses s'affrontent dans le champ sociologique. Celle de la substitution des «nouveaux» conflits de générations aux «anciens» conflits de classes: ainsi, en 1962, E. Morin, dans l'Esprit du Temps, se demande si «l'opposition des générations ne devient pas (...) une des oppositions majeures de la vie sociale». «N' y-a-t-il pas, écrit-il, une différence plus grande, dans le langage et dans l'attitude devant la vie, entre le jeune et le vieil ouvrier qu'entre ce jeune ouvrier et l'étudiant?»11. A l'inverse, pour J. C. Chamboredon: «on n'a l'impression d'une homogénéité des goûts des adolescents que parce que l'on ne veut pas apercevoir les divisions réelles (...): parce que la culture adolescente ne constitue jamais le tout de la culture des adolescents, leurs pratiques et leurs préférences échappent au moins partiellement aux modèles qu'elle propose, de sorte qu' elles dépendent au moins autant de la sous-culture de classe à laquelle ils participent»12.

Dix ans plus tard, à l'époque de «la révolte des jeunes»13 dans la France de l'après-mai 68, deux lignes s'affrontent dans cette région du champ politique qu'occupaient alors les organisations politiques d'extrême-gauche. Celle qui réaffirme «le primat de la lutte des classes» sur «les conflits de générations», distinguant jeunesse ouvrière d'une part et jeunesse scolarisée (lycéens et étudiants) d'autre part

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9. P. Bourdieu, Questions de Sociologie, Paris, Éd. de Minuit, 1980, pp. 143-154.

10. A. Sauvy, La montée des jeunes, Paris, Calmann-Lévy, 1959.

11. E. Morin, L'esprit du temps, Paris, Grasset, 1962, p. 203.

12. J. C. Chamboredon, «La société française et sa jeunesse», in Darras, Le partage des bénéfices, Paris, Éd. de Minuit, 1966, p. 167.

13. A. Sauvy, La révolte des jeunes, Paris, Calmann-Lévy, 1970.

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    UGO FABIETTI

    LA «CONSTRUCTION» DE LA JEUNESSE:

    UNE PERSPECTIVE ANTHROPOLOGIQUE

    Les ethnologues spécialistes des sociétés extra-européennes ne se sont confrontés que assez rarement, de façon directe, à la notion de jeunesse. Ils se sont en fait bornés à en parler pas rapport à d'autres notions, notamment celles d'enfance ou de vieillesse, plus aptes, peut-être, à qualifier des faits ou des processus sociaux qui ont constitué depuis le début de son âge classique, quelque-uns des thèmes les plus révélants de l'anthropologie. C'est notamment le cas de l'étude des rites dits «de passage» qui marquent les étapes de la vie individuelle par rapport aux normes et aux codes de comportement social1; ou, mais plus tard, des systèmes de classement de la population en classes d'âge, phénomène typique de certaines sociétés agro-pastorales d'Afrique. Plus récemment la notion de jeunesse a été rapportée de façon explicite au processus de reproduction de la société: il s'agit de la problématique dégagée par des études menées pendant les années Soixante, qui ont tenté d'expliquer certaines dynamiques socio-économiques caractéristiques de quelques sociétés «traditionnelles» entrées dans la sphère capitaliste de la production et de l'échange2. On peut dire en fait que non seulement la notion de jeunesse a occupé, dans le travail des ethnologues, une place résiduelle, mais que toutes les approches que nous avons rappelées plus haut mettent en jeu une notion douée d'un spectre sémantique très grand.

    La notion de jeunesse est une notion relative, puisque elle 

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    1. Arnold Van Gennep, Les rites de passage, Paris, Nourry, 1909.

    2. Parmi ces études: Claude Meillassoux, «Essai d'interprétation du phénomène économique dans les sociétés traditionnelles d'autosubsistance», Cahiers d'Études Africaines, 4, 1960 idem, Anthropologie économique des Gouro de la Côte d'Ivoire, Paris, Mouton, 1964 Pierre-Philippe Rey, Colonialisme, néocolonialisme et transition au capitalisme, Paris, Maspero, 1965.