Συγγραφέας:Διεθνές Συμπόσιο
 
Τίτλος:Actes du Colloque International, Historicité de l’ enfance et de la jeunesse
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:6
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1986
 
Σελίδες:709
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Βιβλιογραφία
 
Διεθνή Συμπόσια
 
Κοινωνική ενσωμάτωση
 
Μαθητεία και εργασία
 
Νεανικά έντυπα
 
Νεανικές οργανώσεις
 
Νοοτροπίες και συμπεριφορές
 
Παιδεία-Εκπαίδευση
 
Τοπική κάλυψη:Ευρώπη
 
Περίληψη:Πρόκειται για μετάφραση στα γαλλικά των Πρακτικών του πρώτου επιστημονικού συμποσίου, που διοργάνωσε η επιτροπή του ΙΑΕΝ σε συνεργασία με την Εταιρεία Μελέτης Νέου Ελληνισμού. Το συμπόσιο, με θέμα «Ιστορικότητα της παιδικής ηλικίας και της νεότητας», έγινε στο αμφιθέατρο του Εθνικού Ιδρύματος Ερευνών από τη 1 έως τις 5 Οκτωβρίου 1984.
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
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CATHERINE MARINAKI-VASSILIADI

LES MAISONS D'ARRÊT POUR MINEURS EN GRÈCE:

ÉVOLUTION D'UNE INSTITUTION (1924 -1982)

Ce rapport représente un effort de définition des questions qui surgissent à l'examen de l'institution des maisons d'arrêt pour mineurs dans son évolution. L'étude complète de l'évolution de cette institution constituerait l'objet d'une recherche ayant pour sources la bibliographie et les archives des prisons. Le classement des archives ne faisant que commencer, ce rapport, n'a par force qu'un caractère d'approche générale.

Il est significatif que les maisons d'arrêt soient nommées «Établissements de redressement», dénomination qui a déterminé et détermine, on peut le supposer, leur rôle. Les premières prisons destinées aux mineurs ont fonctionné à partir de 1896 (Maison d'adolescents Averof). Il est à remarquer que des années 1855 jusqu'à environ 1900, il a été fait appel à divers spécialistes étrangers tels que Stevenson et Barthes pour organiser les prisons grecques. Ce fait manifeste pour l'observateur l'intérêt porté par l'état à la situation pénitentiaire. Malgré cela, les avis de tous les spécialistes, sans aucune exception, ont été ignorés, soit que ces avis aient été considérés comme dépassés par leur sévérité, soit considérés comme excessivement libéraux pour la réalité grecque. Parallèlement, les experts grecs qui avaient un contact direct avec ces questions, ont eux aussi été ignorés.

Les témoignages de cette époque décrivent les conditions internes de vie dans les prisons comme dramatiques. Nous pouvons schématiquement dire que jusqu'au début du XXe siècle, les prisons ne semblent pas appliquer d'autres mesures de redressement que la privation de liberté.

A partir de 1911 et jusqu'en 1924, s'instaure une réglementation pour les mineurs abandonnés et pour les prisons agricoles. Cette période peut être caractérisée comme inaugurant une préoccupation plus active vis à vis des problèmes posés par le système pénitentiaire.

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En 1924, est fondé l'Établissement agricole de Kassavetia, proche de Volos, dans la bourgade d'Almiros; jusqu'à nos jours, c'est le seul établissement fonctionnant exclusivement pour les mineurs; pour cette raison il fait l'objet du classement des archives mentionné ci-dessus.

Une caractéristique plutôt générale mais pourtant déterminante de l'évolution des maisons d'arrêt pour mineurs, est qu'elles se proposaient principalement de séparer les bons éléments des mauvais. Ceci est évident puisque, les maisons d'arrêt ayant été fondées en 1896, un intérêt pratique pour les détenus ne fera son apparition qu'à partir de 1924. Dans ce cas bien entendu, les mineurs n'ont fait que subir le sort des adultes qui à partir de 1823 entraient en prison. Les facteurs qui ont contribué à cette nouvelle approche sont divers:

1) L'un de ces facteurs était que la Grèce à partir de 1821 et pour quelques décennies, traversait une phase d'organisation initiale et d'édification étatique. La législation était tout à fait insuffisante et les peines étaient imposées avec plus ou moins d'arbitraire.

2) Les besoins économiques du nouvel État étaient tels qu'ils prenaient le pas sur toute autre considération.

3) La mentalité générale de l'époque, proche de la domination turque et de son pendant le fanatisme chrétien, ainsi que les éléments absolutistes des premiers pouvoirs politiques donnèrent à la détention un caractère plus punitif que rééducatif.

4) Les premières années après la libération du joug turc mais aussi après les deux guerres mondiales et la guerre civile, des mesures spéciales furent appliquées en matière carcérale. D'un côté une foule de condamnations pour délits politiques et de l'autre des décrets en faveur de certaines catégories de prisonniers. Ces libérations intervenaient soit par nécessité (mobilisation ou par manque de place) soit pour des raisons d'opportunité politique.

5) Les codifications pénales de base ne seront achevées qu'en 1950, c'est à dire qu'elles ont pris forme dans une période de changements politiques incessants. De son côté l'évolution politique et culturelle suit le même parcours agité pour enfin acquérir des formes plus stables à partir de cette époque.

Ce processus instable se reflète intégralement aussi dans l'institution des maisons d'arrêt pour mineurs.

Nous examinerons par la suite un rapport annuel du Directeur de l'établissement de redressement de Kassavetia, ainsi que celui d'un procureur, Inspecteur des prisons. Dans le premier texte apparaissent des éléments qui cohabitent en dépit de toute logique historique et 

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culturelle. Le modèle correspondant mis en avant reflète cette diversité:

«...au rez-de-chaussée, dans la partie sud du bâtiment, il y a quatre cellules isolées de 3,90 mètres sur 1,75 m., elles font office de «cellules spéciales» pour l'application de la peine d'«isolement» infligée aux détenus...», «au troisième stade de la condition de semi-liberté, n'accèdent que les détenus classés dans le premier groupe de moralité après y avoir passé six mois...». Les cellules spéciales et l'isolement renvoient à un modèle de réclusion-punition du XIXe siècle. Les mêmes personnes dans le même lieu traversent divers stades de «classification morale» qui mènent à des conditions de semi-liberté. Il s'agit clairement d'un saut dans le temps dans l'histoire de l'évolution du système pénitentiaire: intimidation-punition par l'isolement, réinsertion graduelle dans la société par des concessions de liberté.

«...Prévoir dans l'établissement l'édification d'un centre d'apprentissage artisanal de formation accélérée...» ce qui témoigne d'une prise en compte de la réhabilitation sociale, mais plus loin «...construire aussi une prison agricole pour adultes à l'intérieur d'un domaine public, ceux-ci seront chargés des travaux lourds d'agriculture et d'élevage de sorte que la ferme soit économiquement rentable et que les détenus soient libres de se vouer à une formation scolaire et professionnelle...». Nous pouvons ici constater trois faits: a) Pour pouvoir cultiver, les détenus prélèvent du temps sur leur éducation, alors qu'apparemment ils sont là pour celle-ci. b) On demande que la ferme soit rentable alors qu'elle n'a pas été prévue dans ce but, ce genre d'interrogation apparaît aussi dans le rapport sur la rentabilité économique. c) La proposition pour que des adultes y travaillent, dans une grande mesure nivelle la façon différente de traiter les mineurs.

«... Le service a pris des mesures pour que l'établissement ait des résultats en matière de rééducation par l'occupation permanente des détenus dans et hors de celui-ci, aussi bien par des cours d'instruction religieuse, d'agriculture et par des conférences au contenu national, historique, moral et social que par des jeux comme le foot-ball, le volley-ball, etc...», «...Nous pensons que la construction d'une église à l'intérieur de l'établissement s'impose...». Ici, se reflète entièrement l'idéal petit-bourgeois de rééducation morale, il semble que prévaut ici l'idée que la grâce de dieu est suffisante, car il n'est nullement question de créer une école. De plus pour une raison inconnue, les détenus ne sont préparés qu'à des métiers de l'agriculture. Aucune mesure n'est envisagée pour les citadins, bien que selon les données statistiques la criminalité

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soit plus importante dans les centres urbains comme on pouvait s'y attendre.

«...Les détenus mineurs... sont classés progressivement par un comité ainsi composé: 1) le Directeur de l'Établissement, 2) l'agronome, 3) le secrétaire, 4) le prêtre, 5) le médecin et 6) le gardien-chef...». Par la création des maisons d'arrêt pour mineurs, on considère nécessaire un traitement différent, voire spécial. Hormis le médecin, qui est extérieur et ne participe pas à la «vie» de l'établissement, l'agronome n'a pour connaissances que les cultures et les autres membres du personnel ne disposent que d'un certificat d'études primaires ou dans le meilleur des cas d'un Apolitirion (baccalauréat). Il n'est pas certain qu'avec un tel niveau, ils soient capables de développer en professionnel des critères d'évaluation de la rééducation.

«...Les détenus mineurs sont pourvus... du nécessaire pour s'habiller et se chausser, c'est à dire d'un uniforme gris-noir...». Si l'objectif est la réinsertion en milieu social de liberté, par une éducation ouverte que l'établissement se propose de donner, l'uniforme gris-noir, symbole de nivellement plutôt que d'épanouissement de la personnalité— ne se justifie pas.

«...l'assistance sociale a été conduite par le prêtre attaché à l'établissement... avec des résultats satisfaisants...». En l'absence d'assistante sociale, nous en revenons à la pratique de périodes historiques antérieures lorsque la mission du prêtre était multiple, incluant l'assistance individuelle aux âmes et l'assistance sociale. Il faut rappeler que l'établissement de redressement n'a ni médecin permanent, ni instituteur.

Le rapport cité ci-dessus comporte onze pages dactylographiées. Le rapport du Procureur n'a lui que deux pages et comporte des chiffres relatifs aux mouvements des détenus et des phrases stéréotypées comme: «Le personnel de garde et autre de l'Établissement s'est bien comporté envers les détenus...». «...Dans les cellules et les autres lieux de l'établissement, l'ordre et la propreté sont observés...». On a ainsi un tableau suffisamment clair de la manière dont le problème est abordé par l'autorité judiciaire. C'est là l'image de 1982 et elle ne diffère pas dans ses traits avec celles des années passées, de manière significative. C'est ainsi que l'on chercherait en vain des correspondances entre les valeurs cultivées à l'intérieur de l'établissement et celles qui prévalent dans la société qui accueillera les détenus lorsque leurs peines se voulant de redressement arriveront à leur terme. L'institution des prisons a

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évolué en se fondant sur une logique qui n'a de cohérence que par rapport à elle-même.

Par ce qui précède, nous nous sommes efforcés de repérer concrètement des éléments qui coexistent à l'intérieur d'une institution, se contredisent, se neutralisent mutuellement, et pourtant se reproduisent. Les résultats de ces phénomènes se faisaient déjà sentir avant la seconde guerre mondiale, comme le montrent les rapports de la Commission d'élaboration des lois de 1938. Pendant la dictature le code pénitentiaire a été ratifié, il avait été soumis au vote depuis 1966 et dans lequel certains ajouts ont été pratiqués. Après la chute de la dictature ont été largement connues les expériences des gens détenus dans les prisons et qui dans des conditions normales n'auraient pas eu la possibilité de s'y trouver. A partir de 1975 des Commissions furent créées à plusieurs reprises pour étudier et réformer la situation pénitentiaire. Depuis 1982, le Ministère a mis en route le processus de rédaction d'un nouveau code qui incessamment sera soumis au vote.

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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GÉRARD MAUGER

ÉLÉMENTS POUR UNE RÉFLEXION CRITIQUE SUR LA CATÉGORIE DE «JEUNESSE»

«Il y a quelque chose de rituel dans l'étonnement périodique des adultes de notre société, lorsqu'ils s'aperçoivent deux ou trois fois par génération que leur société est aussi composée de jeunes», écrivait J. Monod en 1968 1. En fait, s'il est vrai que «la question de la jeunesse» est périodiquement posée dans le champ de production idéologique, dans le champ politique et, de ce fait, dans le champ des sciences sociales, il faudrait préciser, du moins en ce qui concerne la France contemporaine, qu'elle peut l'être sur deux modes différents.

Soit que «les populations jeunes» (ou, plus précisément, telle ou telle fraction de ces populations), «classes d'âges mobilisées», interviennent dans le champ politique, interpellent le champ de production idéologique, donc aussi le champ des sciences sociales: «elles parlent». Ce fût ainsi le cas en France de 1968 à 1975 avec le «phénomène gauchiste» puis le «phénomène contre-culturel».

Soit que «les populations jeunes» (ou, plus précisément, telle ou telle fraction de ces populations), «classes d'âges mobilisables» (que l'on souhaite ou que l'on redoute leur mobilisation) fassent l'objet de la sollicitude et (ou) de l'inquiétude du personnel politique et des investigations des chercheurs en sciences sociales: «elles sont parlées»2. Tel est, d'ailleurs, me semble-t-il, le cas dans la société française d'aujourd'hui3.

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1. J. Monod, Les Barjots, Paris, Julliard, 1968.

2. L'expression est de P. Bourdieu, «Une classe objet», Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 17-18, novembre 1977, pp. 2-5.

3. Si, en dépit de leur silence, «les populations jeunes» constituent aujourd'hui en France, un enjeu dans le champ politique, c'est me semble-t-il, parce qu'elles sont au centre d'une double préoccupation. Celle du chômage. Le raisonnement de la sociologie spontanée peut approximativement s'exprimer ainsi: le chômage touche en priorité «les jeunes» (et d'abord ceux qui sont dépourvus de tout capital scolaire). Le chômage est cause de paupérisation, de désagrégation sociale (délinquance,

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Qu'elles parlent ou qu'«elles soient parlées», «apathiques» ou «révoltées», les jeunes générations, où on s'efforce de reconnaître «les symptômes d'une société malade» et «les présages, funestes ou favorables de la société de demain», suscitent périodiquement, réquisitoires, plaidoyers et prophéties, focalisent, alternativement ou simultanément, indignation et enthousiasme, anxiété et confiance, questions et certitudes. En d'autres termes, c'est dire que «la jeunesse» constitue un enjeu récurrent des luttes qui divisent le champ politique et que, dans ces luttes, il est toujours question (au moins pour partie) de représentations, c'est-à-dire du pouvoir d'imposer et d'inculquer une représentation dominante de «la jeunesse». Et parce que, de façon générale, «le pouvoir de produire, d'imposer et d'inculquer la représentation légitime du monde social» constitue «l'enjeu de la lutte interne pour l'autorité scientifique dans le champ des sciences sociales»4, parce que «la demande sociale» (sous forme de crédits de recherches) et «l'intérêt» (politique) souscrivent plus volontiers «à la mode» qu'à un formalisme épistémologique qui voudrait que soient récusés les objets livrés par la mode ou par «l'air du temps», on comprend que «la question de la jeunesse» réapparaisse dans le champ des sciences sociales, à chaque fois qu'on s'aperçoit dans le champ politique que «la société est aussi composée de jeunes» (c'est-à-dire aussi, me semble-t-il, à chaque fois qu'est en question, sous des formes diverses5 et en divers lieux de l'espace social6, la reproduction de la structure sociale). On comprend aussi que les oppositions entre les problématiques disponibles sur le marché de l'analyse des «populations jeunes» reflètent au moins pour partie les luttes du champ politique, et, qu'à l'inverse, la lutte entre

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toxicomanie, alcoolisme, etc.). De ces prémisses on conclut que «les classes d'âge jeunes», potentiellement «classes dangereuses», sont en danger et représentent un danger: c'est le thème de «l'insécurité». Celle des mutations technologiques (informatique, télématique, robotique, etc.). Le raisonnement de sens commun est le suivant: les mutations technologiques sont au principe de la société de demain. D'où l'on conclut qu'il faut conjuguer «jeunesse» et mutations technologiques et, en particulier, former «la jeunesse» aux technologies de pointe, à la recherche, etc. Dans cette perspective, «les classes d'âges jeunes» représentent l'espoir: c'est le thème de la «modernité».

4. in P. Bourdieu, «Le champ scientifique», Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 2-3, juin 1976, pp. 88-104.

5. Cf. la liste des figures archétypales successives censées incarner tout ou partie de «la jeunesse»: «le blouson noir» et «le yéyé», «le gauchiste» et «le hippie», «le loubard» et «le baba-cool», «le zonard» et «le branché», etc.

6. Par exemple une fraction du monde étudiant entre 1965 et 1975, puis une fraction de la jeunesse ouvrière à partir de 1975.

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les représentations concurrentielles produites dans le champ des sciences sociales apporte nécessairement une contribution aux luttes homologues dans le champ politique.

Si j'ai voulu ainsi esquisser rapidement une analyse de quelques aspects des conditions sociales de production des «discours savants» sur «la jeunesse» (à commencer par les discours sociologiques), c'est parce que cette analyse est au principe de la plupart de ces «éléments pour une réflexion critique sur la catégorie de «jeunesse» que j'ai essayé d'ordonner autour de deux axes:

—d'une part, le triple dilemme auquel se trouve confronté le sociologue qui se donne pour objet cette catégorie spontanée de représentation du monde social; triple dilemme que l'on pourrait énoncer en ces termes: «être ou ne pas être sociologiquement», «objectivisme» ou «subjectivisme» et «définir ou ne pas définir»;

—d'autre part, les difficultés rencontrées dans la construction d'«une définition provisoire» (au sens de M. Mauss7) de la catégorie de «jeunesse»: la question de la délimitation «jeunes/vieux», la question de la délimitation des âges de la vie et la question de la délimitation des générations.

I. TROIS DILEMMES SOCIOLOGIQUES8

A) «Être ou ne pas être sociologiquement»

Lui délivrer ou lui refuser «un certificat d'existence sociologique», telle est peut-être la première question que pose au sociologue la catégorie de «jeunesse».

Il peut prendre le parti de parler de «la jeunesse», des «jeunes», des «16-24 ans» ou encore des jeunes générations comme s'il s'agissait d'un groupe unifié, d'un sujet collectif, capable d'agir et de vouloir, ce que l'on fait communément lorsqu'on produit des énoncés du type «les jeunes veulent,..» ou «les jeunes refusent de...», ou encore «la jeunesse d'aujourd'hui aspire à ...», etc., délivrant ainsi à des énoncés qui dérapent constamment du constatif au performatif, un label de 

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7. Cf. M. Mauss, «La prière», in Oeuvres, t. I, Les fonctions sociales du sacré, Paris, Éd. de Minuit, 1968.

8. L'essentiel des réflexions esquissées ici s'inspire (parfois de très près) de P. Bourdieu, «L'identité et la représentation», Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 35, novembre 1980, pp. 63-72 et de L, Boltanski, Les cadres, Paris, Éd. de Minuit, 1982, pp. 47-59.

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scientificité dont la valeur dépend de la position de celui qui le délivre dans le champ scientifique.

Il peut, à l'inverse, prenant en compte la diversité interne de la catégorie, son évidente hétérogénéité, lui refuser toute existence «objective»: «la jeunesse n'est qu'un mot», comme l'a dit P. Bourdieu9. Artefact statistique ou leurre idéologique, «la jeunesse», n'existe pas en tant que groupe.

Ces positions antagonistes n'ont rien de fictif, elles constituent les deux pôles du conflit qui traversait à la fois le champ politique et le champ scientifique, quand, par exemple, dans la France du début des années 60, puis du début des années 70, «la question de la jeunesse» était à l'ordre du jour.

Au temps de «la montée des jeunes»10 du début des années 60, deux thèses s'affrontent dans le champ sociologique. Celle de la substitution des «nouveaux» conflits de générations aux «anciens» conflits de classes: ainsi, en 1962, E. Morin, dans l'Esprit du Temps, se demande si «l'opposition des générations ne devient pas (...) une des oppositions majeures de la vie sociale». «N' y-a-t-il pas, écrit-il, une différence plus grande, dans le langage et dans l'attitude devant la vie, entre le jeune et le vieil ouvrier qu'entre ce jeune ouvrier et l'étudiant?»11. A l'inverse, pour J. C. Chamboredon: «on n'a l'impression d'une homogénéité des goûts des adolescents que parce que l'on ne veut pas apercevoir les divisions réelles (...): parce que la culture adolescente ne constitue jamais le tout de la culture des adolescents, leurs pratiques et leurs préférences échappent au moins partiellement aux modèles qu'elle propose, de sorte qu' elles dépendent au moins autant de la sous-culture de classe à laquelle ils participent»12.

Dix ans plus tard, à l'époque de «la révolte des jeunes»13 dans la France de l'après-mai 68, deux lignes s'affrontent dans cette région du champ politique qu'occupaient alors les organisations politiques d'extrême-gauche. Celle qui réaffirme «le primat de la lutte des classes» sur «les conflits de générations», distinguant jeunesse ouvrière d'une part et jeunesse scolarisée (lycéens et étudiants) d'autre part

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9. P. Bourdieu, Questions de Sociologie, Paris, Éd. de Minuit, 1980, pp. 143-154.

10. A. Sauvy, La montée des jeunes, Paris, Calmann-Lévy, 1959.

11. E. Morin, L'esprit du temps, Paris, Grasset, 1962, p. 203.

12. J. C. Chamboredon, «La société française et sa jeunesse», in Darras, Le partage des bénéfices, Paris, Éd. de Minuit, 1966, p. 167.

13. A. Sauvy, La révolte des jeunes, Paris, Calmann-Lévy, 1970.

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(jeunesse «petite-bourgeoise» par son origine et son devenir social)14. A cette ligne s'opposent celle du groupe «Vive la Révolution»15 d'où émane l'éphémère «Front de Libération des Jeunes»16, ou celle défendue par M. Field, qui était l'un des dirigeants du mouvement lycéen du printemps 1973. «Il y a communauté de situation et réalité interclassiste, écrit M. Field, dans la mesure où il y a oppression spécifique». «Si un jeune apprenti n'est pas un jeune lycéen, écrit-il encore comme faisant écho à ce qu'écrivait dix ans plus tôt E. Morin, il n'empêche qu'ils ont tous deux à l'heure actuelle une profonde complicité par rapport aux institutions dans lesquelles ils doivent rentrer (école, armée) ou desquelles ils veulent sortir (famille), par rapport aussi à des modèles très voisins de normes idéologiques (morale sexuelle, etc.)»17. La lutte engagée ici pour la reconnaissance d'une «représentation de la jeunesse», au sens d'instance officielle habilitée à parler et à agir en son nom18, est, on le voit, subordonnée à la lutte engagée pour la «représentation» (au sens d'image mentale) de la catégorie, c'est-à-dire pour la reconnaissance du nom, du concept: reconnaissance qui ne peut être acquise qu'au prix d'une restructuration de l'ensemble du champ sémantique des noms de groupes et de classes, c'est-à-dire d'une redéfinition de la représentation dominante du monde social et du principe de classement légitime.

On comprend dans ces conditions que le sociologue, contraint de classer pour connaître, ne puisse pas se soustraire à ces luttes de classements et soit voué à apparaître critique ou complice selon que le lecteur ou l'auditeur est lui-même l'un ou l'autre19.

B) «Objectivisme ou subjectivisme»

Le second dilemme (épistémologique entre objectivisme et subjectivisme) que je voudrais évoquer redouble, dans la plupart des cas, dans le champ scientifique, le clivage politique précédemment évoqué.

Analysant dans un essai publié en 1927 les travaux antérieurs

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14. Dans le même temps, la même «ligne» réaffirme «le primat de la lutte des classes» sur «la lutte des sexes».

15. V.L.R., Groupe maoïste créé en mai 1969: il disparaît en juillet 1971.

16. F.L.J. issu de V.L.R.

17. M. Field, J. M. Brohm, Jeunesse et Révolution, Paris, F. Maspero, 1975, p. 28.

18. L'ouvrage cité de M. Field et J. M. Brohm est un appel à la création d'une organisation révolutionnaire de «la jeunesse».

19. Sur ce sujet, cf. L. Boltanski, Les cadres, op. cit., pp. 47-59.

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consacrés au problème des générations20, K. Mannheim distinguait déjà deus types d'approches: l'approche positiviste, liée aux méthodes quantitatives, dont les principales contributions, dans la tradition des Lumières, sont alors françaises (Comte, Cournot, Mentré), et l'approche romantique-historique, liée aux approches qualitatives dont les principaux représentants -allemands- sont alors Dilthey, Heidegger, Pinder. Et le fait est que rien n'est moins innocent que cette question qui divisait déjà le monde savant. Faut-il faire entrer dans le système des critères pertinents de définition de la catégorie de "jeunesse", non seulement les propriétés dites "objectives" que l'on confond souvent avec celles qui, à commencer par l'âge, se prêtent le plus aisément à la mesure21, mais aussi les propriétés dites "subjectives" (comme le "sentiment d'appartenance" à une génération ou "le temps intérieur" que Dilthey opposait au "temps mesurable" des positivistes) à commencer par les représentations que les agents sociaux se font du monde social, division entre "jeunes" et "vieux" dans le cas présent?

Quand le sociologue abdique la distance de l'observateur pour reprendre finalement à son compte la représentation des agents, se faisant l'avocat ou le porte-paroles de "la jeunesse", le discours savant est voué à n'être rien de plus qu'une contribution parmi d'autres à la production de la croyance dont il s'agirait de décrire les fondements et les effets sociaux, rien de plus qu'une ratification autorisée mais mystifiée et mystificatrice des représentations et des volontés des agents. A l'inverse, en se cantonnant dans l'enregistrement démystificateur des critères objectifs, en s'instaurant "en juge de tous les jugements et en

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20. K. Mannheim, Essays on the Sociology of Knowledge, ch. 7, "The Problem of Generations", Londres, Routledge and Kegan, 1952, pp. 276-322.

21. Comme le dit P. Bourdieu, "les raisons de la répugnance spontanée des "savants" envers les critères "subjectifs" mériteraient une longue analyse: il y a le réalisme naïf qui porte à ignorer tout ce qui ne peut pas se montrer ou se toucher du doigt; il y a l'économisme qui porte à ne reconnaître d'autres déterminants de l'action sociale que ceux qui sont visiblement inscrits dans les conditions matérielles d'existence; il y a les intérêts attachés aux apparences de la "neutralité axiologique" qui, en plus d'un cas, font toute la différence entre le "savant" et le militant et qui interdisent l'introduction dans le discours "savant" de questions et de notions contraires à la bienséance; il y a enfin et surtout le point d'honneur scientifique qui porte les observateurs -et sans doute d'autant plus fortement qu'ils sont moins assurés de leur science et de leur statut- à multiplier les signes de la rupture avec les représentations du sens commun et qui les condamne à un objectivisme réducteur parfaitement incapable de faire entrer la réalité des représentations communes dans la représentation scientifique de la réalité" (in "L'identité et la représentation", art. cit.).

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critique de tous les critères»22, c'est-à-dire, dans l'exemple précédemment évoqué en entendant se poser «au nom de la science objective» en arbitre entre la ligne du «primat de la lutte des classes» et celle du «conflit de générations», on s'interdit de saisir qu'une mythologie scientifique peut produire sa propre vérification si elle parvient à s'imposer à la croyance collective et à créer, par sa vertu mobilisatrice, les conditions de sa propre réalisation, conformément à la logique de la self fulfilling prophety23.

C) «Définir ou ne pas définir»

A ceux qui verraient dans le fait de s'arrêter à ces dilemmes entre caution et censure scientifiques, entre objectivisme et subjectivisme, entre le blâme et l'éloge, entre le dogmatisme des gardiens de l'orthodoxie théorique et le spontanéisme des apôtres de la participation au mouvement, un détournement pervers de l'intention scientifique («Et si vous nous parliez de la jeunesse?» dira-t-on...), on pourrait objecter, entre autres raisons24, que l'intention de consacrer des recherches à «la jeunesse» pose le problème d'une «définition provisoire», au sens de M. Mauss25 donc d'une prise de position quant à «la reconnaisance scientifique» de cette notion de sens commun (premier dilemme) et celui des critères de définition retenus, «objectifs» et (ou) «subjectifs» (second dilemme). Aborder la question d'une «définition provisoire» de la catégorie de «jeunesse», c'est donc être confronté à un troisième dilemme (tenter d'énoncer une «définition provisoire» ou, prenant l'objet tel qu'il se donne avec son nom et ses représentations communes, y renoncer) qui, on le voit, n'est pas étranger à ceux que nous avons déjà évoqués.

Confrontés à ce problème, il me semble que, dans la plupart des cas, «les sociologues de la jeunesse»26 usent de deux procédés qui ne sont d'ailleurs pas toujours exclusifs l'un de l'autre. Ou bien, jouant sur les harmoniques entre le sens commun et le sens commun savant, la catégorie de «jeunesse» est utilisée, sans autre précision comme allant

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22. In P. Bourdieu, «L'identité et la représentation», art cit.

23. ibid.

24. On pourrait aussi objecter que le rappel à l'ordre de «la réalité» d'une analyse des représentations est sans grand fondement dans le cas d'une «réalité» qui dépend aussi étroitement des représentations.

25. M. Mauss, «La prière», op. cit.

26. L'appellation (accréditée dans d'autres pays) n'est pas «contrôlée» en France: ce constat à lui seul mériterait une analyse particulière.

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de soi. Ou bien, la question de la définition de la catégorie est abordée, mais elle l'est aux seules fins de délimiter un terrain d'enquête. Elle peut l'être implicitement par le découpage à priori de tranches d'âges (les moins de 25 ans, les 15-24 ans, les 18-26 ans, les 16-30 ans, etc.) baptisées «jeunes» d'autorité de taxinomiste. Elle peut l'être explicitement en assortissant le découpage de considérations le plus souvent confuses sur la nécessité et la difficulté de définir la population étudiée, considérations qui se résument dans la plupart des cas en une remarque sur «l'arbitraire» du découpage et sur le caractère «subjectif» de la notion de «jeunesse». Mais, dans tous les cas, se trouve en fait éludée toute interrogation «sur la définition de ce groupe, de cet agrégat, de ce public, de cette catégorie, de cette population, de cette couche, de cette masse, de cette strate... bref de cette «chose», le fait même de la désigner étant déjà tout un problème»27.

En essayant d'indiquer quelques unes des difficultés auxquelles se heurtent les tentatives de définition de la catégorie de «jeunesse» je n'ai pas, bien-sûr, l'intention de produire «la bonne définition», mais tout simplement celle d'indiquer quelques-unes des raisons qu'il peut y avoir de renoncer à produire une définition préalable de la catégorie de «jeunesse». Je n'ai pas non plus l'intention de faire la somme et la critique des tentatives léguées parles pères fondateurs de la sociologie des générations28. Je me limiterai à indiquer trois usages courants de la catégorie de «jeunesse», homologues, me semble-t-il, de ses principaux usages savants, qui me serviront à relever quelques-unes des difficultés auxquelles se heurte toute tentative de définition de la catégorie.

II. TROIS USAGES DE LA CATÉGORIE DE «JEUNESSE»

A) La question de la délimination «jeunes/vieux»

Le premier usage de la catégorie de «jeunesse» que je voudrais évoquer est celui où elle s'oppose à celle de «vieillesse». Être «jeune»

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27. Comme le dit L. Boltanski à propos des cadres, in Les cadres, op. cit., pp. 48-49.

28. On peut, par exemple, consulter K. Mannheim, «The Problem of Generations», op. cit., S. N. Eisenstadt, From Generation to Generation, Glencoe (III), 1956, L. Rosenmayr «Nouvelles orientations théoriques de la sociologie de la jeunesse», Revue internationale des Sciences Sociales, vol. XXIV, n° 2, 1972, pp. 227-271, Vern L. Bengston, Michael J. Furlong, Robert S. Laufer, «Time, aging and the continuity of social structure: themes and issues in generational analysis», Journal of Social Issues, vol. 30, n° 2, 1974, pp. 1-29.

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c'est avoir moins d'un certain âge et «les jeunes» sont ceux dont l'âge est inférieur à cette limite d'âge. La question qui se pose alors est celle de la frontière qui sépare «les jeunes» des «vieux». On pense ici à tous les cas d'imposition de frontières arbitraires comme celles qui fixent l'âge ouvrant droit à la retraite ou à la carte vermeille («encore jeune en deçà, déjà vieux au-delà»), au droit de vote, à la responsabilité civile et pénale, au permis de conduire les automobiles ou les motocyclettes, ou encore, aux âges-limites d'accès à tel concours ou à tel emploi («trop jeune en-deçà, trop vieux au-delà»), etc.

Les logiciens n'ont pas manqué de soulever la question du rapport entre le caractère discontinu de l'opposition «jeune/vieux» et le caractère continu de la distribution de l'âge: P. Bourdieu rapporte29 cette histoire d'A. Allais où le père tire la sonnette d'alarme du train à l'heure exacte où son enfant a plus de trois ans, âge à partir duquel on cesse de voyager gratuitement. Sans entrer dans le détail des travaux des épistémologues ou des logiciens qui ont étudié ce rapport et érigé «le flou» en objet scientifique30, j'indique seulement la figure classique du rapport net/flou: dans sa forme originelle, c'est celle du tas de blé que l'on réduit grain par grain et qui reste tas de blé jusqu'à ne l'être plus31. Dans le cas de l'opposition «jeunes/vieux», ce paradoxe peut s'exprimer ainsi: un individu âgé de un an est jeune; un individu ayant moins d'un an de plus qu'un individu jeune est jeune lui aussi; de ces deux propositions, on conclut qu' un individu âgé de cent ans est jeune.

Mais, d'une part, comme le fait remarquer L. Thévenot32, lorsqu'on

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29. In P. Bourdieu, La distinction, Paris, Éd. de Minuit, 1979, p. 555.

30. Cf. L. Thévenot, «Une jeunesse difficile. Les fonctions sociales du flou et de la rigueur dans les classements», Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n° 26-27, mars-avril 1979, pp. 3-18.

31. Cf. aussi le paradoxe de Pareto, «Les revenus varient d'une manière continue. On ne peut pas tirer une ligne (...) pour séparer d'une façon absolue les riches des pauvres, les détenteurs des capitaux fonciers et des capitaux mobiliers, des travailleurs. Plusieurs auteurs prétendent déduire de ce fait la conséquence que, dans nos sociétés, on ne saurait parler d'une classe de «capitalistes» ni opposer «les bourgeois» aux travailleurs. Autant vaudrait dire que, parce qu'on ne peut fixer avec précision l'année, le mois, le jour, la minute, où finit la jeunesse et commence l'âge mûr, il n'est pas permis de considérer séparément les jeunes gens et les vieillards. Il est certain qu'on passe par degrés insensibles de la classe des pauvres à celle des riches, mais cela n'empêche pas que ces deux classes existent» (Cours d'Économie Politique, Genève, Droz, nouvelle Éd. 1964, p. 385).

32. Cf. L. Thévenot, «Une jeunesse difficile», art. cit.: auquel j'emprunte l'essentiel de ce développement.

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constate que l'âge est une variable continue, ce n'est que par une opération quasi-tautologique qui confond l'ensemble des nombres réels et l'ensemble réel des âges, c'est-à-dire le temps et le vieillissement, forme sociale du temps qui n'en n'est pas le simple décalque: le paradoxe ne tient que parce qu'il postule que la jeunesse se mesure au nombre des années. D'autre part, cette approche purement logique du paradoxe laisse dans l'ombre les intérêts des groupes à reconnaître ou à méconnaître leur appartenance au groupe délimité par la frontière. Elle constitue en effet un enjeu de lutte entre les groupes qu'elle définit en les opposant et qui s'opposent à son propos mettant en œuvre des stratégies d'imposition du net, où, à l'inverse, des stratégies du flou (comme celles de ceux qui n'ont «un certain âge» que parce que leur âge est trop certain). Comme le dit à peu près P. Bourdieu, les limites entre les âges, et spécialement celles qui sont juridiquement fixées et garanties, fixent un état des luttes sociales, c'est-à-dire un état de la distribution des avantages et des obligations, des droits et des devoirs: les frontières entre les âges et les systèmes de classement qui les fixent sont moins des instruments de connaissance que des instruments de pouvoir33.

De façon générale, on pourrait se demander si cette opposition «jeunes/vieux» ne reflète pas celle entre «détenteurs» et «prétendants»34. Dans les conflits entre «détenteurs» (des richesses, du pouvoir, des places) et «prétendants», il est presque toujours question, en effet, de «jeunesse» et de «vieillesse». Les «détenteurs», qui sont aussi les plus vieux biologiquement, renvoient les «prétendants» à leur «jeunesse» et associent à «la jeunesse» un ensemble de représentations propres à les disqualifier. Les «jeunes» (comme les femmes ou les membres des classes dominées), rejetés du pouvoir, sont aussi rejetés du côté du diable, du péché, de l'immoralité ou du côté de «la nature» par ceux qui s'attribuent, de ce fait-même, la «sagesse» et (ou) «la culture». La «jeunesse», c'est alors la puérilité, l'inexpérience, l'immoralité. A l'inverse, dans ces conflits engagés pour la succession, les plus jeunes biologiquement renvoient les «détenteurs» à leur «vieillesse», à la «sénilité» d'hommes «usés, finis, dépassés» et prêtent à «la jeunesse» diverses qualités: le courage et la force au Moyen Âge, l'inventivité et la créativité au siècle de l'informatique. Si bien qu'on pourrait se demander si la définition dominante de «la jeunesse» (ou de «la vieillesse») dans une société donnée, à une

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33. Cf. P. Bourdieu, La distinction, op. cit., p. 556.

34. Sur le sujet, ibid., pp. 556-558.

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époque déterminée ne reflète pas, au moins pour partie, l'issue de ces conflits entre «détenteurs» et «prétendants». Quand les plus vieux biologiquement parviennent à conserver plus longtemps le pouvoir, c'est-à-dire aussi le pouvoir d'imposer la vision légitime du monde social, «la jeunesse» est disqualifiée et «la vieillesse» glorifiée. Quand à l'inverse, la jeunesse est parée de toutes les vertus, c'est peut-être parce que les «prétendants» tendent à s'emparer plus tôt du pouvoir.

B) La question de la délimitation des âges de la vie

Second usage: la catégorie de «jeunesse» comme «âge de la vie». En tant qu'elle caractérise un état individuel, elle désigne une séquence biographique située entre une borne amont et une borne aval, en tant qu'elle désigne un groupe social, c'est l'ensemble de ceux dont l'âge se situe entre ces deux bornes. Voici deux exemples de cet usage de la catégorie de «jeunesse» extraits de la presse française du mois de septembre 1984. Le premier est tiré du No 114 des Dossiers et Documents du Monde de septembre 1984, intitulé «les jeunes dans la société»: «Enfants de la prospérité, (...) les huit millions et demi de 15-24 ans recensés en France (...) tentent aujourd'hui de ce frayer un chemin dans la crise.» Second exemple tiré d'un sondage publié par l'Express du 31 août sous le titre «Le choc de la jeunesse»: «Étonnants jeunes français, nous dit-on ici, qui rêvent à la fois de voyager et de réussir, de travailler moins et de consommer plus, etc.». Mais il s'agit cette fois des 18-35 ans. Retenons le principe de la délimitation opérée: dans l'un et l'autre cas, définir la catégorie de «jeunesse» consiste à placer une borne amont et une borne aval sur l'axe du temps. Mais quels sont les critères (implicites ou explicites) qui permettent de placer ces bornes? Quels sens soutiennent ces opérations de délimitation? A quels phénomènes est-il fait allusion en les datant?35

A cette question, il y a, en fait autant de réponses que de disciplines concernées dans le champ des sciences sociales, autant de réponses que de «points de vues» de sens commun. Dès lors que biologistes, psychologues, démographes et sociologues s'intéressent au cycle de vie, ils ont en commun, d'une part, le repérage d'événements pertinents dans le champ de leur discipline sur l'axe du temps, ces événements

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35. L'essentiel de ce développement résume un article antérieur: G. Mauger «Pour une approche sociologique de la notion de jeunesse», Cahiers «jeunesses et Sociétés», n° 2, mai 1984, pp. 38-53.

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datés délimitant alors des étapes chronologiques significatives, d'un point de vue biologique, psychologique, démographique et sociologique, et d'autre part, l'usage des mêmes notions pour désigner les étapes ainsi délimitées: celle de «jeunesse» entre autres. Cette polysémie de la catégorie de «jeunesse» vaut d'être relevée, non pas tant parce qu'elle autorise des usages sociaux de l'ambiguïté qui n'ont rien d'innocent. Ainsi, la référence implicite à une définition psychologique de la «jeunesse» (sans doute dominante pour le sens commun), permet d'imputer à une «nature jeune» (psychologisme) des pratiques sociales (socialement déterminées), d'occulter les différences d'origines, de positions, de (possibles» sociaux, derrière l'identité présumée de dispositions psychologiques «jeunes» et d'accréditer en somme l'idée qu'il existe «une nature psychologique» identique dont participent tous les jeunes36. De même, l'importation, implicite ou explicite, d'une définition biologique de la jeunesse dans le champ de la sociologie, aura au moins pour effet, explicite ou implicite, de postuler une homogénéité sociale de «la jeunesse» fondée sur son homogénéité biologique.

Le parti pris de ne pas abdiquer prématurément le droit à l'explication sociologique, en d'autres termes, de ne pas recourir à un principe d'explication emprunté à la biologie ou à la psychologie, tant que les méthodes d'explication sociologiques n'ont pas fait la preuve de leur inefficacité37, commande au moins que soient récusées, dans le cas présent, les définitions biologiques ou psychologiques, implicites ou explicites, de la catégorie de «jeunesse».

Si pour définir sociologiquement des âges de la vie, on retient le principe du repérage d'événements sociaux sur l'axe du temps entre la naissance et la mort, dans le cas présent, une définition sociologique de la catégorie de «jeunesse» passera par le repérage d'une borne amont et d'une borne aval qui aient un sens sociologique. Si l'on considère alors que la vie sociale d'un individu peut être repérée par la succession des champs de rapports sociaux où elle se déroule de la naissance à la mort38, on pourrait alors, hic et nunc, en première approximation, esquisser une périodisation en cinq étapes. Une première étape conduirait ainsi de la naissance à l'entrée dans le champ scolaire, étape où, en

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36. L'unité du substantif par lequel on la désigne («la jeunesse») recouvrant l'unité d'une substance (cf. L. Wittgenstein, Le cahier bleu et le cahier brun, Paris, Gallimard, 1965, p. 25).

37. Cf. P. Bourdieu, J.C. Chamboredon, J.C. Passeron, Le Métier de Sociologue, Paris, Mouton Bordas, 1968, p. 42.

38. Cf. G. Wright Mills, L'imagination sociologique, Paris, F. Maspero, 1977.

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schématisant, l'univers social serait limité à la famille d'origine («prime enfance»?). Une seconde étape conduirait alors de l'entrée à la sortie du champ scolaire, étape où, en simplifiant encore, la vie sociale serait réglée par un univers bipolaire «famille et école» («enfance» et «adolescence»?). Dans la mesure où la formation d'une nouvelle famille (formelles ou informelle) reste la règle, on pourrait esquisser une troisième étape qui conduirait de la sortie de l'école au mariage et où se déroulerait un double processus d'insertion sociale, insertion sur le marché du travail et insertion sur le marché matrimonial («jeunesse»?) S'ouvrirait alors une quatrième étape qui conduirait du mariage à la retraite, étape formellement homologue de la seconde, dans la mesure où, en allant à l'essentiel, la vie sociale s'y déroulerait à nouveau dans un univers bipolaire, «famille et travail» («âge adulte»?). Une dernière étape enfin conduirait de la retraite au cimetière («troisième âge»? «vieillesse»?).

Mais cette esquisse d'une périodisation sociologique des âges de la vie soulève un ensemble d'objections. S'il est vrai d'abord que les bornes mentionnées ont, quelles que soient les destinées individuelles qui les comportent, une pertinence sociale, certaines destinées ne les comportent pas toutes. A l'inverse, manquent dans ce «prêt-à-porter biographique» un certain nombre d'événements et de champs qui ont, de toute évidence, une pertinence sociologique pour la périodisation de certaines trajectoires sociales, et rien à priori ne permet de penser que les bornes retenues sont, dans tous les cas, les plus pertinentes pour la scansion des âges de la vie. Ainsi, la transmission du patrimoine financier, industriel, commercial ou foncier marque-t-elle sans doute une césure déterminante dans les trajectoires sociales des membres de la paysannerie, de l'artisanat, du commerce, des professions libérales ou de la bourgeoisie. Troisième objection: à ce «prêt-à-porter biographique», il faudrait substituer des trajectoires biographiques de classes qui s'opposent entre elles tant par les positions occupées dans l'espace sociologiquement construit des familles, dans le champ scolaire, dans le champ de la division du travail que par les dates d'accès à tel ou tel champ (quels que soient les événements sociaux pertinents repérés sur l'axe du temps, les dates, c'est-à-dire aussi les âges auxquels interviennent tels ou tels événements, diffèrent suivant les classes de trajectoires biographiques). Quatrième objection: à supposer que puissent être construites pour la société française contemporaine des périodisations des âges de la vie par classes sociales, elles ne sauraient être étendues sans précaution au-delà de la période historique envisagée pour leur construction (une périodisation des âges de la vie qui serait propre au

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faisceau des trajectoires biographiques ouvrières de la France contemporaine ne saurait être adéquate à celles de la première moitié du XIXème siècle: en 1837, plusieurs centaines de milliers de jeunes ouvriers travaillent plus de 15 heures par jour dès l'âge de quatre ans)39. De même enfin, telle périodisation sociologique des âges de la vie, propre à telle classe sociale, dans telle société, à telle époque déterminée, ne saurait être étendue sans autre précaution à telle autre société. A la différence donc d'une périodisation biologique ou psychologique, une périodisation sociologique des âges de la vie ne saurait tout au plus avoir de pertinence que pour une classe sociale donnée, dans une société donnée, à une époque déterminée40.

C) La question de la délimitation des générations

Troisième et dernier usage: la catégorie de «jeunesse» comme «génération». En tant qu'elle s'applique à telle lignée familiale précise, la catégorie de «génération» désigne «l'ensemble de ceux qui descendent de quelqu'un à chacun des degrés de filiation»41. En tant qu'elle désigne un collectif, c'est, en démographie, «la cohorte particulière constituée par l'ensemble des personnes nées durant une période donnée, généralement l'année civile»42. Au pluriel (par exemple, «les jeunes générations»), la catégorie désigne l'ensemble de ceux dont la date de naissance se situe entre telle et telle date: c'est le second usage qu'indiqué P. Robert, «ensemble des individus ayant à peu près le même âge». «Classe d'âge» et «génération» peuvent donc être approximativement confondues. Mais là où on définit la catégorie de «jeunesse» comme classe d'âge (par exemple les 16-25 ans), elle constitue (le plus souvent) le support d'une analyse synchronique (on recherche l'unité de la catégorie dans l'unité supposée d'un même âge de la vie), là où on définit la catégorie de «jeunesse» comme génération (par exemple, les générations de l'immédiat après-guerre), elle constitue (le plus souvent) le support d'une analyse diachronique (on recherche l'homogénéité de la

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39. Cf. J. Sandrin, Enfants trouvés, enfants ouvriers, Paris, Aubier-Mantaigne, 1982.

40. La pertinence de telle construction sociologique «ex ante» de la notion de «jeunesse» pour une classe sociale déterminée, dans une société déterminée, à une époque déterminée, ne pouvant être vérifiée «ex post», qu'après enquête.

41. In P. Robert, Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française, Paris, Société du Nouveau Littré, 1967.

42. In R. Pressat, Dictionnaire de Démographie, Paris, PUF, 1979.

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    CATHERINE MARINAKI-VASSILIADI

    LES MAISONS D'ARRÊT POUR MINEURS EN GRÈCE:

    ÉVOLUTION D'UNE INSTITUTION (1924 -1982)

    Ce rapport représente un effort de définition des questions qui surgissent à l'examen de l'institution des maisons d'arrêt pour mineurs dans son évolution. L'étude complète de l'évolution de cette institution constituerait l'objet d'une recherche ayant pour sources la bibliographie et les archives des prisons. Le classement des archives ne faisant que commencer, ce rapport, n'a par force qu'un caractère d'approche générale.

    Il est significatif que les maisons d'arrêt soient nommées «Établissements de redressement», dénomination qui a déterminé et détermine, on peut le supposer, leur rôle. Les premières prisons destinées aux mineurs ont fonctionné à partir de 1896 (Maison d'adolescents Averof). Il est à remarquer que des années 1855 jusqu'à environ 1900, il a été fait appel à divers spécialistes étrangers tels que Stevenson et Barthes pour organiser les prisons grecques. Ce fait manifeste pour l'observateur l'intérêt porté par l'état à la situation pénitentiaire. Malgré cela, les avis de tous les spécialistes, sans aucune exception, ont été ignorés, soit que ces avis aient été considérés comme dépassés par leur sévérité, soit considérés comme excessivement libéraux pour la réalité grecque. Parallèlement, les experts grecs qui avaient un contact direct avec ces questions, ont eux aussi été ignorés.

    Les témoignages de cette époque décrivent les conditions internes de vie dans les prisons comme dramatiques. Nous pouvons schématiquement dire que jusqu'au début du XXe siècle, les prisons ne semblent pas appliquer d'autres mesures de redressement que la privation de liberté.

    A partir de 1911 et jusqu'en 1924, s'instaure une réglementation pour les mineurs abandonnés et pour les prisons agricoles. Cette période peut être caractérisée comme inaugurant une préoccupation plus active vis à vis des problèmes posés par le système pénitentiaire.