Συγγραφέας:Διεθνές Συμπόσιο
 
Τίτλος:Actes du Colloque International, Historicité de l’ enfance et de la jeunesse
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:6
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1986
 
Σελίδες:709
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Βιβλιογραφία
 
Διεθνή Συμπόσια
 
Κοινωνική ενσωμάτωση
 
Μαθητεία και εργασία
 
Νεανικά έντυπα
 
Νεανικές οργανώσεις
 
Νοοτροπίες και συμπεριφορές
 
Παιδεία-Εκπαίδευση
 
Τοπική κάλυψη:Ευρώπη
 
Περίληψη:Πρόκειται για μετάφραση στα γαλλικά των Πρακτικών του πρώτου επιστημονικού συμποσίου, που διοργάνωσε η επιτροπή του ΙΑΕΝ σε συνεργασία με την Εταιρεία Μελέτης Νέου Ελληνισμού. Το συμπόσιο, με θέμα «Ιστορικότητα της παιδικής ηλικίας και της νεότητας», έγινε στο αμφιθέατρο του Εθνικού Ιδρύματος Ερευνών από τη 1 έως τις 5 Οκτωβρίου 1984.
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
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PAULETTE COUTURIER

L'ENFANT ET LE LOUP:

DE LA RÉALITÉ AU MYTHE

Le 9 novembre 1692, le marquis de Seignelay enjoignait à Monsieur de Creil, intendant, «de faire assembler les habitants de quatre à cinq paroisses des environs de Pongouin (E & L) pour tascher de tuer.... cette beste qui mange les enfants».

Par contre, en 1695, l'évêque du pays de Léon (Bretagne) constatait à propos des loups : «Le pays en est plein mais il n'y en qu'un ou deux qui mangent des enfants».

Or nous sommes à l'époque où Perrault écrivait son conte célèbre, Le Petit Chaperon Rouge, d'après lequel on peut supposer que le loup est un habitant presque sédentaire de la forêt où les petites filles sont sûres de le rencontrer et d'être dévorées si elles flânent un peu. Mais le loup n'est-il qu'une bête féroce à quatre pattes dans ce conte qui fait encore frissonner les enfants du XXe siècle?

Des ouvrages récents1 ont cité de nombreux cas, précis ou non, de bébés et d'enfants victimes autrefois des loups en France. En 1813, plusieurs arrêtés préfectoraux pris dans l'ouest de la France stipulaient que «la garde du bétail sera confiée à des pâtres âgés de vingt ans au moins et armés». Condition bien difficile à remplir à une époque où les guerres napoléoniennes laissaient peu d'hommes de cet âge dans les campagnes!

Tous ces témoignages, si intéressants soient-ils, ne peuvent permettre d'établir une statistique des victimes, ni même d'appréhender la réalité et la permanence du danger pour l'enfance du pays de France dans les temps anciens.

LA RÉALITÉ

Il importe avant tout à l'historien de dénombrer sur l'ensemble du

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1. Claude-Catherine et Gilles Ragache, Les loups en France, Aubier éd., 1981 - Daniel Bernard et Daniel Dubois, L'homme et le loup, Berger-Levrault, 1981.

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pays, et sur une longue période, à la fois les prédateurs et leurs victimes. Est-ce possible?

Pour les fauves, on dispose de documents sérieux à partir du XVIe siècle seulement. Avant, on peut se méfier mais il est cependant certain qu'après la Guerre de Cent Ans le pays de France, vidé de ses habitants, était revenu à un état quasi sauvage. Il suffit de citer les deux pauvres hommes de la paroisse de Maisons, en Beauce, seuls survivants de leur village en 1413. On trouve, à la fin du XVe siècle, des contrats pour des quantités considérables de peaux de renards, qui prouvent que ce riche pays était devenu un pays de trappeurs2. Aux XVIe et XVIIe siècles, avec les guerres de religion, les troubles de la Fronde, les loups étaient encore redoutables mais c'est dès cette époque que leur destruction s'organise3. Battues, qu'on appelait dans ce cas «huées au loup», création d'offices de louvetiers sont d'une efficacité douteuse au XVIIe siècle; cependant, en juillet 1697, deux cents de ces animaux furent tués dans la province de l'Orléanais4. Les loups ne disparurent pas avec l'Ancien Régime: les lois de la Convention (11 ventôse de l'an III) et de 1797 aboutirent à des destructions sévères5.

Le XIXe siècle vit l'extermination quasi totale, le décret impérial du 21 mars 1805 ayant mis en place un système mixte de chasses régulières et d'empoisonnements à la noix vomique. Les lieutenants de louveterie subsistèrent jusqu'à l'aube du XXe siècle et le dernier loup abattu dans le département d'Eure-et-Loir, au sud du Bassin Parisien, le fut sans doute à Thiville le 15 août 1900 6. Les régions de l'est de la France et les pays montagneux en ont recelé plus longtemps. Le dernier loup signalé en France, s'il s'agit bien d'un loup, fut traqué, en vain, dans les Vosges en 1977-78 7.

La réalité de l'existence du loup en France dans le passé étant indiscutable, il reste à établir l'importance réelle de la mortalité d'enfants

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2. Marcel Couturier, Recherches sur les structures sociales de Châteaudun, 1525-1789, Éd. S.E.V.P.E.N., 1969.

3. Du Fouilloux, La Vénerie, 1561.

4. D'après Delisle de Montel, Méthodes et projets pour parvenir à la destruction des loups dans le royaume, Paris, Imprimerie Royale, 1768.

5. L'état des loups tués en France en 1797 indique: 22 loups enragés ou ayant attaqué des hommes, 1034 loups non enragés mâles, 114 louves pleines, 702 louves non pleines, 3479 louveteaux de la grosseur du renard.

Le marquis Du Hallay présente un tableau de chasse éblouissant: 1200 loups, ce qui lui valut d'échapper à la guillotine quoique noble sous la Terreur.

6. D'après le Bulletin de la Société dunoise d'archéologie, tome X, p. 118.

7. Daniel Bernard, ouvrage cité, pp. 58-59.

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qu'on lui a imputée, souvent de façon assez légère, d'après des documents de seconde main et plus. Et pour ce faire, de quelles sources dispose-t-on? Uniquement des registres paroissiaux pour l'Ancien Régime et c'est une source très aléatoire dans cette utilisation. Elle est indiscutable puisqu'elle constitue un acte officiel qui livre un nom, une date, un lieu précis. Elle est fragile car les registres paroissiaux ont été inégalement conservés. On doit donc corriger les chiffres absolus en les affectant du coefficient de la présence des documents (figures 1 et 2).

Il est, de plus, évidemment impossible de retrouver et de lire tous les actes de décès existants. La présente étude se limite au département d'Eure-et-Loir, au sud-ouest de Paris, région complexe qui comprend une plaine céréalière, depuis longtemps openfield, un pays de bocage et de belles étendues de forêts. Seule la montagne est absente... Dans cette zone limitée on a utilisé les inventaires d'archives de Merlet8. Des sondages de contrôle ont permis de constater la fiabilité de son travail. Il n'a, bien sûr, pas introduit de cas et il en a peu oublié dans les années inventoriées avec détail. Mais il semble que, dans la dernière partie de son œuvre, les décades précédant la Révolution de 1789, il soit allé très vite, mentionnant seulement Baptêmes, mariages, sépultures, sans analyse de contenu. Les quelques cas précis tirés des mêmes sources dans d'autres départements relèvent un peu de la pêche à la ligne mais confortent cependant notre analyse9.

Une objection s'impose: pas plus que les officiers de l'état-civil actuel les curés n'étaient obligés de mentionner la cause du décès. Certains étaient prolixes, ou particulièrement impressionnés par les circonstances de la mort. Mais, dans le cas de cadavres mutilés, on peut penser qu'une raison religieuse les poussait à le faire et qu'ils tiennent tout particulièrement à signaler qu'ils inhumaient la moitié d'un corps, ou seulement les restes et reliques de la victime. A l'appui de cette opinion on trouve un acte dressé pour l'inhumation du bras d'un homme, lequel bras lui est tombé à la suite d'une maladie.

Penchons-nous sur cette réalité affreuse: pendant plusieurs siècles les loups ont dévoré des enfants en France, dans le sud-ouest du Bassin Parisien. Seulement des enfants? Non, mais, pratiquement, rien que des victimes très fragiles: des paysans, et des plus démunis, un pauvre homme

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8. Lucien Merlet, archiviste du département d'Eure-et-Loir, Inventaire sommaire des archives d'Eure-et-Loir, série E, Chartres, 1873.

9. Ils semblent particulièrement abondants dans les pays de montagne et dans l'ouest de la France, le Haut, Poitou en particulier, pays de brandes et de haies.

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TABLEAU 1

ΠΙΝΑΚΑΣ

Chaque croix représente une attaque de loup consignée dans les registres paroissiaux en Eure-et-Loir d'après les inventaires de Merlet. En appliquant le coefficient de présence des documents on obtient la valeur en grisé.

venu pour scier les bleds (faire la moisson à la faucille) et dont on ne connaît même pas le nom qui a été trouvé à demi mangé au matin sous le hangar où il couchait10; beaucoup plus de femmes que d'hommes chez les adultes. Jamais on ne signale de bûcherons, ni de gardes forestiers: ces gens-là savaient se défendre.

Les enfants, donc, bien que moins exposés que les travailleurs des bois et des champs, constituent plus de la moitié des victimes (tableau 3). Mais, même en admettant que beaucoup de cas nous échappent, il ne s'agit pas d'une hécatombe. Il est intéressant de s'arrêter un instant sur les circonstances.

D'abord on peut constater (carte) qu'il y a des zones à haut risque. Pas d'attaques en rase campagne sur l'immense plateau beauceron, peu hospitalier, balayé par un vent âpre en hiver: les fauves non plus n'y

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10. Fontaine-la-Guyon, 1693 - De même, un inconnu, probablement un vagabond, trouvé dans un pressoir les mains et le visage mangés, Mattanvilliers, 1710.

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TABLEAU 2

ΠΙΝΑΚΑΣ

Les assassinats relevés de la même manière et affectés des mêmes coefficients: presque le double avec des pointes en corrélation avec les attaques de loups sauf pour la décennie 1610-1619.

trouvent abri. Pas de victimes près des grands massifs forestiers11: les grands carnassiers y subsistent aisément aux dépens du petit gibier. Les points critiques sont à la jonction des bois taillis et des prés ou des champs: une dénivellation de faille dont la cassure est occupée par des broussailles connaît une densité remarquable: les loups embusqués comme en un poste d'observation pouvaient fondre sur leur proie isolée visible au loin dans la plaine. De même, un important remblai dû à des travaux abandonnés fut-il longtemps considéré comme un repère de bêtes féroces12. Les agglomérations importantes ne furent pas épargnées.

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11. L'extrême nord du département semble vide de loups: pas d'actes. Par ailleurs, on trouve confirmation dans un ouvrage, Instructions pour les gardes des Eaux et Forêts de la principauté d'Anet, comté de Dreux et Beu, Chartres, 1763, lequel, traitant de toutes sortes de chasses, ne mentionne pas le courre au loup, chasse pourtant très prisée. De même, une lettre de l'administration de la commune de Laons, même région un peu à l'ouest, en mars 1800, dit qu'il n'y existe aucun loup.

12. Il s'agit du canal de l'Eure dont la construction commencée en 1685 ne

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TABLEAU 3

SEXE FÉMININ SEXE MASCULIN

VIEILLARDS

De 50 à 60 ans

De 40 à 50 ans

ADULTES SANS PRÉCISION D'ÂGE

De 30 à 40 ans

De 20 à 30 ans

De 16 à 19 ans Sexe non connu

De 13 à 15 ans

De 11 et 12 ans

De 6 à 10 ans

ENFANTS SANS PRÉCISION D'ÂGE

De 2 à 5 ans

Moins de 2 ans

On cite des attaques de loups dans les rues de Paris en 1438, 1439, 1440 et 1595 13 et, à Chartres, de nombreux cas au nord-est et au sud-ouest de la ville, deux endroits où l'on déposait les immondices et les débris d'abattage de boucherie14.

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fut jamais terminée. Il devait amener les eaux de l'Eure, prises non loin de sa source à Versailles pour les fastes des jeux d'eaux du parc. Saint-Simon en a parlé comme d'une cruelle folie. Cf. P. Couturier, Le Canal de l'Eure, dans Histoire locale Beauce et Perche, Chartres, 1972.

13. Journal d'un bourgeois de Paris —Chronique des Rois de France— Journal de Henri IV.

14. On les nommait frou ou voirie. Il y a une rue du Frou encore actuellement à Chartres. Elle se trouve exactement dans la direction du dépôt ancien des ordures où des attaques eurent lieu.

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CARTE: Les cercles pleins représentent les localités pour lesquelles les registres paroissiaux signalent des victimes des loups. Les cercles vides, celles où un toponyme se rapporte à leur présence.

Ces grands enfants, des filles en majorité, qui mènent paître une vache au bord d'une route, ou qui ramassent de l'herbe, sont des victimes toutes désignées. Il s'agit, en somme, d'accidents normaux. Les plus nombreux ensuite sont les enfants de six à dix ans: c'est peut-être l'âge où la surveillance des parents se relâche et où l'intrépidité entraîne les garnements hors du village15.

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15. Germignonville, 1735: Louis Cassonot, âgé de huit ans, a été pris au bout du village par un loup qui ne l'a point lâché étant poursuivi.

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Mais que penser de ces bébés de deux ans ravis ou navrés d'un loup, dans la maison, en présence du père (paralysé par la peur?). De cet autre aussi, dont on n'a retrouvé que les petits pieds16? On pense déboucher sur un tout autre phénomène, surtout lorsque le curé lui-même laisse percer un doute affreux en écrivant : «...avoir inhumé la tête d'Antoinette Forette, six ans, que son père m'a assuré avoir été ravie et emportée par la bête et mangée»17. C'est que l'espérance de vie d'un enfant au berceau était bien fragile sous l'Ancien Régime. On peut évoquer les morts naturelles: la contagion (ainsi appelait-on les épidémies en général), les diverses fièvres, pourprées ou non (maladies infantiles), les autres morts accidentelles: les noyades dans les mares étaient fréquentes en Beauce... On est épouvanté à la lecture des registres paroissiaux de certaines paroisses proches de la capitale en constatant le nombre d'enfants abandonnés à la naissance et l'hécatombe, bien réelle celle-ci, parmi les enfants placés en nourrice18. Les loups sont très loin d'avoir causé de tels ravages. Mais on doit regarder la vérité en face. Un enfant était une charge parfois insupportable pour des miséreux qui ne parvenaient pas à gagner leur pain quotidien. Les curés le savaient bien, les juges aussi. L'infanticide par les filles mères est de tous les temps; aussi était-il obligatoire pour les célibataires de déclarer leur grossesse et les punitions étaient sévères pour celles qui s'y dérobaient; la peine de mort sanctionnait le meurtre d'un nouveau-né. Il était également interdit de coucher les nourrissons dans le lit de leurs parents : trop d'enfants mouraient étouffés...

Comment ne pas imaginer que la Beste mystérieuse, inconnue, presque surnaturelle, ait pu offrir un alibi imparable à la disparition d'un petit être indésirable? L'homme est un loup pour l'homme.

DE LA RÉALITÉ AU MYTHE: LA RUMEUR

La naissance de la rumeur peut être saisie à la source, dans les registres paroissiaux eux-mêmes. Voyons quelques cas.

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16. Pierres, 1693 - Même paroisse, 1694.

17. Sainville, 1691.

18. Particulièrement au XVIIIe siècle, dans la paroisse de Gilles, au nord du département. En 1785, on y a inhumé 14 nourrissons dont 7 enfants trouvés— 1786, 41 nourrissons dont 31 enfants trouvés— 1787, 24 dont 19— 1788, 13 dont 8— 1789, 32 dont 20. Les nourrissons qui ne sont pas des enfants trouvés viennent de familles d'artisans parisiens: on trouve des sculpteurs, des imprimeurs, un peintre à la Manufacture Royale de Sèvres, un maître-graveur et un maître-peintre du roi... Ce ne

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Le 7 juillet 1662, Marin Renou, âgé de six ans, «a été étranglé par un loup qui a fait grand dégât en ces quartiers il y a plus de deux ans, et je crois qu'il a mangé ou fait mourir bien près de trente enfants, dont en voilà deux dans ma paroisse... chose effroyable!», écrit Simon Laurens, curé de Thivars depuis 1654. Or, aucune autre mention dans ses registres et dans les deux années, c'est cinq décès de ce type que nous connaissons dans cette zone, qui est effectivement une des plus touchées de la région.

En 1735, à Germignonville, le curé note à la suite de l'acte : «La même bête, ou une semblable, depuis huit fours a décoré plusieurs enfants à Bonneval, à Molitart (ville et village à une quinzaine de kilomètres) et plusieurs autres endroits». On ne trouve rien non plus à ces dates, en ces lieux et ce cas de Germignonville est unique pour le plateau de Beauce, ou presque.

A la fin du XVIIe siècle, le registre paroissial d'Armenonville-les-Gâtineaux, a l'ouest de Chartres, est une véritable gazette: faits divers et commentaires, potins de la cour du roi et surtout considérations pessimistes sur la dureté des temps. En 1686, le curé écrit : «Nous devons faire mention de la désolation que causèrent huit ou dix lieues à la ronde une grande quantité de loups accoutumés à manger de la chair humaine... On peut dire sans exagération que ces loups carnassiers dévorèrent plus de 500 personnes». Il revient à la question en 1699, année néfaste, en affirmant: «Des bêtes féroces achevèrent de désoler le pays: on ne parlait que de femmes et d'enfants mangés...». Il s'agit certes d'une région touchée mais nous sommes très loin, d'après nos documents, d'un total de victimes exprimé par un nombre à trois chiffres.

Le processus est connu: c'est l'exagération épique. Sous le coup de l'émotion, que l'on veut faire partager, le lyrisme se déchaîne. L'auditeur devient à son tour conteur et agit de même.

La rumeur peut s'engendrer par un phénomène psychologique différent, encore plus inconscient. Le Minotaure, l'hydre de Lerne, le dragon broyé par l'archange, la tarasque... ont hanté l'esprit de nos ancêtres. Il n'est pas surprenant qu'ils aient affabulé lorsque le malheur les frappait. Même les curés dans leurs actes officiels ne peuvent retenir leur imagination; or c'étaient les hommes les plus avertis de nos campagnes. D'où les signalements pour le moins curieux qu'ils donnent du loup assaillant. L'enfant a été tué, dit l'un, par un léopard ou par un

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sont pas des miséreux. Pourquoi délaissent-ils ainsi leurs enfants? Il ne semble pas que la mortalité soit aussi élevée pour les enfants du pays, loin de là.

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once19; or l'once, bel et rare animal, n'est pas un familier de nos régions, pas plus que le léopard! Ceux qui l'ont eu croient que c'est sorcier ou sorcière20... Il semble qu'ils répugnent à écrire son nom; ils le désignent par une périphrase: un loup ravissant, une manière de loup, une bête en forme de loup, une bête carnassière... Enfin, et c'est le plus significatif, on trouve La Bête21. Or le processus qui ramène à l'unicité crée le mythe. Il est difficile d'appréhender le phénomène dans les périodes reculées; par contre, aux XVIIIe et au XIXe siècles, et même au XXe, alors que le danger se raréfie et disparaît, on connaît des paniques célèbres.

La Bête du Gévaudan, «la bestio qui mange le monde», causa l'une des plus célèbres. De 1764 à 1767, elle ravagea les montagnes du sud du Massif Central. On lui prêtait la taille d'un taureau, une queue longue et touffue, la station debout pour dévorer ses proies. Elle mangeait les enfants, buvait leur sang, leur coupait la tête. Les archives départementales de la Lozère, de l'Hérault et du Puy-de-Dôme attestent que le tribut fut lourd: enfants de sept à onze ans, vachers et bergères de moins de quinze ans. Le roi alerté promit d'énormes récompenses: on ne tua jamais l'animal fabuleux, mais beaucoup de loups, et les ravages cessèrent. Par contre, les récits aux veillées se transmirent et amplifièrent les faits, l'imagerie populaire y puisa l'inspiration.

Bien qu'elle ait fait beaucoup moins de victimes, il en fut de même pour la Beste d'Orléans, cinquante ans plus tard. Cet animal, au corps couvert d'écaillés, que les balles ne pouvaient atteindre, était vu le même jour à Saint-Rémy-sur-Avre et dans un village du Loir-et-Cher (à plus de 100 km l'un de l'autre). Mêmes descriptions, mêmes effets; l'imagerie en fit également ses délices: plusieurs gravures furent éditées à Chartres et à Orléans22. Elles montrent toutes le meurtre d'un enfant par un monstre ressemblant à un loup. Une complainte de six couplets accompagnait l'image, tout autant mélodramatique:

Le père (cherche) ses enfants

Les enfants père et mère...

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19. Ver-les-Chartres, 1581 — Vitray-en-Beauce, 1681.

20. Les Châtelets, 1634.

21. Quatre fois: Montlouet, 1681 — Gas, 1683 — Sainville, 1691 — Saint-Symphorien, 1693.

22. A Chartres, chez Garnier-Allabre — A Orléans, chez Rabier - Boulard. Le Musée historique et archéologique de l'Orléanais présente trois gravures. Le Musée de Chartres conserve un vitrail qui se trouvait dans la maison Garnier-Allabre et qui reproduit l'image populaire éditée par cet imprimeur.

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La Βeste d'Orléans

Vitrail qui se trouvait dans la maison Garnier-Allabre, imprimeur à Chartres, avec trois autres vitraux exécutés d'après des images populaires éditées par cet imprimeur.

Elle se termine sur un appel au Tout-Puissant. L'historien local Lecocq23 rapproche la bête fabuleuse du Monstre de Péronville dont la légende courait dans les mêmes lieux autrefois. De même il avance que le Monstre des Alpes serait la résurgence, au XIXe siècle, du Cochon Noir, récit remontant dans la nuit des temps. Mais, dans l'Orléanais, aux veillons, on abandonna bientôt les hauts faits de la Bête: ils furent remplacés, après 1871, par les épisodes locaux de la guerre de 1870: l'atroce vérité dépassait amplement la fiction.

N'ironisons pas trop sur les grandes peurs du passé. Les études

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23. Ad. Lecocq, Les loups dans la Beauce dans L'Astrologue de la Beauce et du Perche, 1859 et 1860.

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faites sur la Grande Peur de 1791 montrent comment un fait s'enfle et déferle sur un pays entier. Le XXe siècle a connu le monstre du Loch Ness et, encore plus proche, la Bête des Vosges (1977-78) qui mobilisa la troupe, fut photographiée (c'est là le progrès) et caricaturée dans la presse24. A Rouen, en 1966, à Orléans, en 1969, des rumeurs étranges se sont développées à partir de calomnies sans fondements, sinon phychologiques. Ce qu'on a appelé «la rumeur d'Orléans» a été étudié sous tous ses angles par le sociologue Edgar Morin et son équipe. Une autre équipe travaille actuellement sur le phénomène «rumeur» en général.

LA MYTHOLOGIE DU LOUP ET L'ENFANCE

Les versions multiples du Petit Chaperon Rouge25 ont été exploitées à des fins moralisatrices évidentes. Les nombreuses analyses qui en ont été faites ont tenté d'expliquer un symbolisme que Perrault n'a peut être placé que par malice26, on pourrait dire par gauloiserie, comme dans de nombreuses chansons de notre folklore.

Hou, hou...

Colinette n'a pas (n'a plus) peur du loup...

Les fabliaux et les fables n'étaient pas, à leur origine, une littérature enfantine; ils le sont devenus. Le Roman de Renart remonte au XIIe siècle, période où les loups sévissaient sans doute en France; il leur est, malgré cela, plutôt indulgent, les présentant comme des lourdauds, cruels certes, mais le plus souvent affamés et Ysangrin est surtout le comparse ridicule du rusé goupil. Les mêmes caractères se retrouvent dans les fables de La Fontaine: le loup, parfois cynique, traître, peut être aussi peureux. De même dans la bande dessinée moderne, du moins Grand-Loup car son fils, Petit-Loup, protège avec malice les trois petits cochons27. L'enfant est ainsi confronté dès ses premières

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24. Le Sauvage, décembre 1977. Voir D. Bernard, ouvrage cité.

25. Il y a celle des frères Grimm, beaucoup plus tardive puisque du début du XIXe siècle, dont l'happy - end ménage la sensibilité enfantine et de nombreuses traditions orales dans plusieurs provinces françaises. Le conte de Daudet, La Chèvre de Monsieur Seguin, est une version aussi de ce thème tant exploité.

26. Ce n'est pas le point de vue qui se dégage des analyses de Freud, Bettelheim, Marc Soriano...

27. Thème emprunté d'ailleurs à un conte populaire et «enrichi» de nombreux épisodes de plus ou moins bon goût.

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lectures à un anthropomorphisme bien éloigné de la réalité historique.

Est-il paradoxal de présenter le loup comme un personnage antipathique et, par ailleurs, de le proposer aux enfants et aux adolescents comme un emblème soutenant un ensemble presque exactement inverse de valeurs morales? Le scoutisme, mouvement éducatif, a ses louveteaux. Plus de 1.200 familles en France ont pris au cours des âges le loup comme emblème sur leurs blasons. Enfin, de nos jours, l'expression «jeunes loups» n'est nullement péjorative, désignant des jeunes gens, ambitieux certes, mais également porteurs d'espoirs.

Le loup, symbole de la force, de la cruauté, de la mort, s'oppose en tout à l'enfant qui est faiblesse, candeur, ouverture à la vie. Est-ce pour cela que leur réunion donne tant de force à certaines légendes? Celle de Remus et de Romulus allaités par une louve a inspiré à toutes les époques nombre d'artistes. Ce thème de l'enfant recueilli et élevé parmi les loups a été repris, ne serait-ce que par Kipling dans Le Livre de la Jungle (1895).

On peut penser que les innombrables jeux, comptines, chansonnettes dans lesquelles le loup est acteur ont comme but inavoué de désamorcer la terreur qu'il inspire et que l'on a inculquée aux enfants; dans ces jeux le loup représente bel et bien pour les enfants un personnage totalement imaginaire qui met sa culotte, va au piquet.

Cependant, dans les campagnes françaises, en Beauce et en Lorraine notamment, les mères impuissantes menaçaient il n'y a pas bien longtemps encore les plus petits du loup-garou. Les enfants ignoraient, les mères aussi le plus souvent, quelle charge de barbarie véhicule ce terme. La lycanthropie est une des manifestations les plus atroces de la crédulité dans les temps anciens; elle a conduit bien des malheureux au bûcher sous l'inculpation de sorcellerie28. Faut-il les porter au bilan des crimes de celui qui a été si longtemps présenté comme l'ennemi numéro un de l'homme et surtout de l'enfant?

L'enfant, victime privilégiée du loup dans la réalité autrefois, auditeur passif et crédule des récits de ses méfaits dans une période encore récente, est maintenant le lecteur passionné des bandes dessinées modernes qui exploitent les mêmes thèmes, totalement artificiels à notre époque.

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28. Il suffisait d'avoir un visage d'aspect bestial pour être accusé de pouvoir se transformer en loup. Cf. Traité de physiognomonie de Lebrun et Morel d'Arleux, 1806. De malheureux malades mentaux s'accusaient d'eux-mêmes et étaient conduits au bûcher.

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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Dans le temps long:

Pratiques, mentalités et représentations

Mardi 2 octobre 1984

Séance du matin

Président : JOSÉ GENTIL DA SlLVA

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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STELLA GEORGOUDI

LES JEUNES ET LE MONDE ANIMAL: ÉLÉMENTS DU DISCOURS GREC ANCIEN SUR LA JEUNESSE 

On dit parfois que la représentation du monde basée sur des unités d'opposés est née en Grèce antique, c'est-à-dire bien des siècles avant qu'elle n'ait compté parmi les éléments de l'analyse structurale dans l'aire des sciences de l'homme, analyse qui s'est développée d'une manière multiforme ces vingt dernières années, grâce surtout au travail de recherche de Cl. Lévi-Strauss, Le principe de polarité est en effet un élément constitutif essentiel de la réflexion des penseurs grecs comme l'a montré avec une grande clarté le livre désormais classique de G.E.R. Lloyd sur la polarité et l'analogie. Il suffit qu'on se souvienne des dix principes reconnus par certains Pythagoriciens et classés, d'après Aristote, en couples antithétiques (Métaphysique I, 5, 986, a22 et sq.): fini et infini, impair et pair, l'un et le multiple, droite et gauche, mâle et femelle, l'immobile et le mobile, droit et courbe, lumière et ténèbre, le bien et le mal, carré et oblong.

La pensée antique nous a habitués à d'autres couples similaires, se rapportant à des institutions sociales, des comportements idéologiques, des mentalités et des pratiques: comme par exemple, maître et esclave, citoyen et étranger, Grec et barbare, homme et femme, jeunes et adultes. J'aimerais faire quelques remarques relatives à ce dernier couple, fût-ce au prix d'une certaine schématisation, vu que le temps dont nous disposons n'autorise pas d'approches plus détaillées.

Le passage de l'enfance et de l'adolescence au monde des citoyens accomplis et responsables, passage effectué souvent sous le regard vigilant d'Artémis, a été étudié par des spécialistes connus de l'Antiquité, parmi lesquels je citerai, à titre indicatif, H. Jeanmaire, A. Brelich et P. Vidal-Naquet. Certaines analyses de ce processus initiatique 

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1. Le texte publié ici est celui de la traduction de la communication orale.

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complexe —qui prépare le jeune homme surtout aux tâches guerrières et politiques, en même temps qu'il ouvre à la fille la voie du mariage et de la maternité— donnent parfois l'impression qu'il y a deux mondes absolument opposés: le premier, celui des jeunes, est lié à l'élément sauvage, à la nature sauvage et les puissances divines qui la «représentent», Artémis et Dionysos; cette liaison transparaît, d'après ces analyses, dans le mode de vie, les comportements, le physique des jeunes personnes. Le deuxième monde, celui des adultes, des personnes accomplies en quelque sorte, représente l'élément civilisé, cultivé, associé à l'insertion effective et définitive dans la société.

Quels sont cependant les éléments qui, d'après certains chercheurs, permettent ce réseau de rapports entre la jeunesse et l'espace de la sauvagérie, rapports bien entendu provisoires, et qui cessent avec la majorité? Je me bornerai à trois seuls éléments, principalement ceux qui se réfèrent à la relation fonctionnelle entre les jeunes individus et le monde animal.

En premier: parmi les traits fondamentaux du passage initiatique à l'espace pour ainsi dire adulte de la cité, on trouve souvent la mise en marge des jeunes, leur isolement pour un laps de temps en des contrées frontalières, dans les lieux lointains et incultes des confins (eschatiai) et des champs (agros), deux mots qui reviennent maintes fois dans les textes en question. Ces espaces frontaliers, loin du monde organisé de la ville, sont les lieux familiers aux animaux, aux bergers rustres, aux chasseurs et à leur gibier; de la nature sauvage où règne Artémis, la «potnia therôn», ainsi que Dionysos, avec ses Ménades et ses rites omophagiques.

Deuxièmement: Dans certains endroits de l'espace grec, comme par exemple à Sparte ou en Crète, mais aussi dans certaines cités Ioniennes, les jeunes enfants sont organisés en bandes («agelai») et en «bouai», d'après un terme idiomatique de Laconie, c'est-à-dire en groupes menés par le chef de bande, le «bouaghos», mot qui apparaît sur des inscriptions en Laconie. Ce mode d'organisation est plutôt propre aux garçons, mais des indices existent, qui pourraient prouver l'existence de bandes de filles.

Troisièmement: la nudité des garçons et des filles, observée dans certaines pratiques ou rites initiatiques, offre un argument supplémentaire pour rattacher la jeunesse à l'élément sauvage, puisque l'habit, et surtout la tenue de l'hoplite pour les jeunes, signale —selon certains chercheurs— leur passage dans la communauté culturelle.

Il faut dire que cette façon d'analyser et d'interpréter le couple

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jeune/adulte, grandement redevable aux recherches anthropologiques et à l'étude des peuples dits primitifs, peut nous révéler des faces cachées mais bien réelles des représentations grecques de la jeunesse, mais elle renferme en même temps un danger de simplification. En effet, la réflexion grecque ancienne n'est pas uniquement marquée par la polarité, l'existence de ternies antithétiques, mais également et très profondément, par l'ambiguïté, l'ambivalence, les nuances diverses qui se confondent dans le même événement et dans une même entité. L'œuvre de Jean-Pierre Vernant a mis en relief ce côté significatif de la pensée grecque; ses recherches les plus récentes ont montré que, par exemple, Artémis ou Dionysos ne peuvent pas être catalogués en tant que divinités de la nature sauvage, ce qui serait tout à fait restrictif et offrirait une image en fin de compte faussée de leur forme bien plus complexe.

Ce constat mis à part, je voudrais aborder certains points, qui démontreront à quel point l'opposition sauvagerie/culture est problématique, au moins en ce qui concerne notre objet. Il se peut que nos sources parlent de bandes de jeunes garçons ou filles, mais le terme ancien de «aghele» (bande) désigne par excellence un troupeau d'animaux domestiques comme chevaux, bœufs, chèvres ou moutons. Il s'agit donc d'animaux indispensables aux activités agricoles et d'élevage de la Polis, animaux nécessaires aussi à deux manifestations importantes de la vie antique, comme le sacrifice et la guerre. Quant au terme de «boua», il est produit d'après l'étymologie la plus courante, du mot «bous» (bœuf) et signifie un troupeau de bœufs mené par le bouvier, le «bouaghos», comme nous l'avons déjà vu. Il est caractéristique d'ailleurs, que la cérémonie initiatique, qui marquait l'entrée des jeunes Athéniens en la phratrie de leur père, avait lieu le troisième jour de la fête des Apatouria, jour qui précisément portait le nom de kouréotis, un mot qui a été mis en relation avec la tonte des troupeaux et des hommes. On est là bien éloignés de la nature sauvage et de ses bêtes.

D'autre part, les confins (eschatiai) grecs, ces régions liminaires entre deux ou plusieurs cités, ne sont pas des lieux sauvages, des contrées désertiques effrayantes, auxquelles est souvent confronté plein de terreur le jeune homme des sociétés primitives africaines lors de son épreuve initiatique. Nul bien sûr n'ira jusqu'à nier que ce sont là des lieux lointains et peu fréquentés; ce qui trouble, cependant, le silence et la solitude des confins, ce ne sont pas tellement les fauves, mais bien les troupeaux des animaux domestiques, au service de l'homme, qui déambulent sous le regard vigilant du pasteur, personnage aux manières rustiques et brusques, lesquelles pourtant ne suffisent pas à l'enfermer dans l'univers de

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l'élément sauvage. Le silence des confins est souvent interrompu par les chasseurs et leurs chiens mais les proies qu'ils pourchassent ne sont ni des lions, ni des guépards, ni des panthères, ni des lynx, ni des ours: ceux-ci ainsi que les autres fauves sont pris en pays étrangers, comme dit Xénophon dans son L'art de chasse (11,1). Les chasseurs des frontières chassent des lièvres, des cerfs, des sangliers, animaux qui, chacun pour sa propre raison —raisons impossibles à analyser ici-même— ont acquis un caractère ambivalent et se meuvent à un niveau différent de celui des fauves cités par Xénophon. Enfin, ces contrées liminaires sont parfois animées par la présence de sanctuaires, souvent à fonction fédérative, de lieux de culte où confluent, lors des fêtes et des jeux, les habitants des cités des alentours.

Le champ, de même que les confins, ne peut être transformé dans le cadre de l'antiquité grecque, en lieu sauvage et désertique, et être ainsi opposé d'une manière aussi nette à la terre cultivée. Même dans les chants homériques où les champs sont d'habitude les pâturages par opposition à l'aroura, la terre labourée, ce même mot d'agros peut aussi désigner le champ cultivé. Les pâturages d'ailleurs, dans la conception grecque, ne sont pas assimilés aux étendues inconnues et pleine de mystère et de terreur, où les fauves sont maîtres.

La question de la nudité est enfin beaucoup plus complexe qu'il n'apparaît. Elle peut bien sûr faire partie de l'éducation, par exemple des Spartiates, et dénoter une opposition entre le jeune homme nu et l'hoplite adulte et habillé. Mais le nu n'implique pour les Grecs rien de sauvage : il est expression de la beauté juvénile, et sa présence dans les gymnases et les jeux de tous les Grecs est désigné comme άμεινον et άριστον, comme un élément de civilisation inconnu des barbares, comme le notent Thucydide (1,6,5) et Platon (Républ. 5, 452 c-e).

S'il existe donc certaines corrélations entre le monde animal et les jeunes, hommes ou filles, ces corrélations ne relèguent pas, pour ainsi dire, la jeunesse à quelque espace de sauvagerie.

Il n'empêche que quelqu'un pourrait nous opposer la présence de deux sangliers luttant dans une cérémonie initiatique des éphèbes de la Laconie; mais les sources antiques se veulent bien claires là-dessus: il s'agit de κάπρους ηθάδας, de sangliers apprivoisés (Pausanias 3, 14,10). On pourrait aussi nous rappeler la présence de l'ours dans les récits mythiques et les pratiques initiatiques relatives à l'Artémis de Brauron: sous la protection de cette déesse des vierges Athéniennes choisies, connues sous la dénomination de arktoi, menaient à son terme l'éducation qui allait les conduire au mariage et à la maternité. La plupart des

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    6. Actes du Colloque, Historicite ...

    PAULETTE COUTURIER

    L'ENFANT ET LE LOUP:

    DE LA RÉALITÉ AU MYTHE

    Le 9 novembre 1692, le marquis de Seignelay enjoignait à Monsieur de Creil, intendant, «de faire assembler les habitants de quatre à cinq paroisses des environs de Pongouin (E & L) pour tascher de tuer.... cette beste qui mange les enfants».

    Par contre, en 1695, l'évêque du pays de Léon (Bretagne) constatait à propos des loups : «Le pays en est plein mais il n'y en qu'un ou deux qui mangent des enfants».

    Or nous sommes à l'époque où Perrault écrivait son conte célèbre, Le Petit Chaperon Rouge, d'après lequel on peut supposer que le loup est un habitant presque sédentaire de la forêt où les petites filles sont sûres de le rencontrer et d'être dévorées si elles flânent un peu. Mais le loup n'est-il qu'une bête féroce à quatre pattes dans ce conte qui fait encore frissonner les enfants du XXe siècle?

    Des ouvrages récents1 ont cité de nombreux cas, précis ou non, de bébés et d'enfants victimes autrefois des loups en France. En 1813, plusieurs arrêtés préfectoraux pris dans l'ouest de la France stipulaient que «la garde du bétail sera confiée à des pâtres âgés de vingt ans au moins et armés». Condition bien difficile à remplir à une époque où les guerres napoléoniennes laissaient peu d'hommes de cet âge dans les campagnes!

    Tous ces témoignages, si intéressants soient-ils, ne peuvent permettre d'établir une statistique des victimes, ni même d'appréhender la réalité et la permanence du danger pour l'enfance du pays de France dans les temps anciens.

    LA RÉALITÉ

    Il importe avant tout à l'historien de dénombrer sur l'ensemble du

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    1. Claude-Catherine et Gilles Ragache, Les loups en France, Aubier éd., 1981 - Daniel Bernard et Daniel Dubois, L'homme et le loup, Berger-Levrault, 1981.