Συγγραφέας:Διεθνές Συμπόσιο
 
Τίτλος:Actes du Colloque International, Historicité de l’ enfance et de la jeunesse
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:6
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1986
 
Σελίδες:709
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Βιβλιογραφία
 
Διεθνή Συμπόσια
 
Κοινωνική ενσωμάτωση
 
Μαθητεία και εργασία
 
Νεανικά έντυπα
 
Νεανικές οργανώσεις
 
Νοοτροπίες και συμπεριφορές
 
Παιδεία-Εκπαίδευση
 
Τοπική κάλυψη:Ευρώπη
 
Περίληψη:Πρόκειται για μετάφραση στα γαλλικά των Πρακτικών του πρώτου επιστημονικού συμποσίου, που διοργάνωσε η επιτροπή του ΙΑΕΝ σε συνεργασία με την Εταιρεία Μελέτης Νέου Ελληνισμού. Το συμπόσιο, με θέμα «Ιστορικότητα της παιδικής ηλικίας και της νεότητας», έγινε στο αμφιθέατρο του Εθνικού Ιδρύματος Ερευνών από τη 1 έως τις 5 Οκτωβρίου 1984.
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
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REYNA PASTOR

RÔLE ET IMAGE DE LA «JUVENTUS» DANS L'ESPAGNE MÉDIÉVALE

La société féodale médiévale hispanique, de même que ses contemporaines de l'Occident européen, était fondamentalement organisée à partir de liens personnels (d'homme à homme, comme l'a indiqué Marc Bloch), hiérarchiques et verticaux. Un système de liens vassalo-bénéficiaires entre les membres de la classe du pouvoir et un système de relations de dépendance entre celle-ci et la masse de paysans producteurs.

Contrairement à ses contemporaines, la société hispano-chrétienne fut beaucoup plus mobile à cause de l'existence d'une frontière et d'une guerre presque constante contre Al-Andalus (la zone Sud de la Péninsule) appartenant à la formation musulmane. Une société organisée en vue de la guerre «contre l'infidèle», avec une idéologie de croisade, profondément imbue de l'idée de «Guerre Sainte» musulmane (surtout à partir du XIe siècle), dans laquelle le rôle militaire de la noblesse a une justification directe et évidente. Rôle et justification auxquels participe directement l'Église.

Cette guerre décide la fortune des hommes (et pas seulement celle des nobles, mais aussi celle d'un grand nombre de roturiers qui réussissent à faire partie d'une des armées), elle leur offre la renommée, c'est à dire la véritable gloire féodale, mais aussi, et ceci est primordial dans la mentalité de toutes les classes sociales, elle leur procure le butin, le profit immédiat en or, en monnaies, en chevaux, en prisonniers, ce qui, à son tour, les conduira vers la récompense octroyée par le roi, des terres sous forme de bénéfice féodal.

Dans ce cadre l'«âge social» qui intéresse, est «l'âge des armes». Âge qui s'identifie à la jeunesse, à la juventus, et qui n'est pas interrompu, comme c'est le cas pour la France de la courtoisie, par le mariage. Âge encadré entre l'enfance, à partir de la seconde moitié de laquelle on apprend surtout le maniement des armes, apprentissage qui atteint son

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point culminant entre les 14 et les 18 ans, et la vieillesse on la sénilité, âge où l'on ne peut plus combattre.

L'accès à l'âge de la jeunesse se fait à travers un rituel chaque fois plus compliqué. Le chevalier, en tant que tel, entre alors dans l'âge parfait, l'âge viril. Il a dès lors des possibilités d'atteindre le pouvoir grâce aux exploits, grâce au mariage, grâce à sa capacité politique.

Il existe un parallélisme entre le rôle et l'image dans ce genre de noblesse, évident surtout en ce qui concerne la juventus, présent dans la littérature et l'historiographie, spécialement celles des XIe-XIIIe siècles.

Il existe de même une imbrication notoire entre les relations de vassalité, de parenté et d'éducation. Le jeune chevalier appartient à une lignée (plus ou moins importante), en même temps qu'il fait partie d'une troupe ou armée d'un seigneur. Il peut être lié au seigneur par des liens de parenté naturelle ou de parenté artificielle, il peut être parent et vassal en même temps et à divers degrés. Sa vie se déroule au sein d'une «solidarité de groupe», l'armée, (qui a pu être organisée ainsi dès son enfance), groupe hiérarchique dépendant d'un chef et possédant des intérêts et des idéaux communs.

Examinons de plus près ces hypothèses.

Les sources permettant de reconstituer l'histoire sociale et l'histoire des mentalités, entre le XIe et le XIIIe siècles, sont essentiellement les poèmes épiques ou chansons de geste, surtout ceux de Fernán Gonzalez et le poème du Cid, destinés à exalter les exploits de deux capitaines archétypes de la communauté. D'autres poèmes stigmatisent ceux qui collaborent avec les musulmans, ce qui permet de confronter les valeurs héroïques des premiers aux images d'anti-héros que nous offrent les seconds. Au cours du XIIIe siècle se développe un nouveau genre de poésie lyrique: le Mester de clerecia à forte teneur populaire, qui nous permettra d'étudier d'autres aspects de notre sujet. Le matériel que nous offrent les chroniques, l'historiographie, est aussi assez abondant. Nous disposons surtout de la Primera cronica General où l'on retrouve, en prose, des poèmes épiques perdus et d'autres textes d'une énorme valeur historique. Les sources documentaires sont aussi assez abondantes.

Voyons d'abord les aspects les plus importants du noyau familial dans lequel va se dérouler la vie du jeune homme.

La famille possède une organisation de cognation: les liens de parenté du père et de la mère sont reconnus égaux. Les fils ont droit autant que les filles à l'héritage, il existe donc une transmission 

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divergente (diverging devolution), mais les femmes reçoivent une partie de l'héritage pré mortem: la dot, octroyée par les parents, elles reçoivent aussi une donation du mari avant ou au moment du mariage: les arrhes.

Parallèlement à ce droit féminin, on introduit, surtout à partir du XIIIe siècle, la pratique de la «mejora» qui favorise, d'une façon de plus en plus importante, le fils aîné. Peu à peu, et, comme toujours, d'abord dans la pratique et ensuite dans la norme, on va passer de cette mejora à l'aîné au principe de majorat. Cet usage et le contrôle exercé par les parents et par d'autres membres du groupe familial, sur les alliances par mariage, ainsi que sur le célibat, permit de consolider le pouvoir des lignées seigneuriales, sur lesquelles repose, comme nous le savons bien, la structuration de la société féodale à partir du XIe siècle. Ce système de relations familiales uni au besoin presque constant de faire la guerre, nous conduira à une organisation pyramidale du groupe dans laquelle seront mêlées les relations de famille et de vassalités. Car les fils ou les frères feront partie des troupes du père ou du frère aîné, avec eux iront les bâtards, toujours fréquents, ainsi que les oncles et les neveux des branches secondaires. Ils auront avec eux, dans la troupe, d'autres jeunes-gens unis au seigneur par des liens d'éducation (dans le sens qu'ils on été instruits dans l'art du combat par le seigneur). De cette sorte la compagnie ou troupe est une prolongation du cercle de famille. Des pères de familles moins nobles confient l'instruction de leurs fils à des seigneurs plus riches et ayant plus de chances de se rendre au combat1.

A cette parenté naturelle ou biologique qui unissait une partie du groupe venaient s'ajouter plusieurs formes de parenté artificielle. Il s'établissait ainsi fréquemment des liens de parenté artificielle tels que ceux de fraternité «germanitates» ou confraternité, ceux de parrainage, ceux d'adoption de fils ou profiliation, etc...2.

Dans ces cas là les parents étaient considérés consanguins et avaient et recevaient les mêmes droits et les mêmes obligations que les parents naturels.

Les fils, les parents, les domestiques collaborent avec le père et seigneur et partagent sa vie quotidienne, ils reçoivent une partie proportionnelle du butin de guerre et sont soumis à une autre série d'engagements de genre très divers, les uns à caractère archaïque, d'autres récents.

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1. B. de Hinojosa. «La comunidad doméstica en España durante la Edad Media», et «El Derecho en el Poema del Cid», Obras, Madrid, 1955.

2. E. de Hinojosa «La fraternidad artificial en España», Obras, Madrid, 1955.

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Parmi ceux à caractère archaïque se trouve celui qui engage tous les membres à obéir à la faida ou vengeance de sang, vengeance qui doit s'exercer lorsqu'on a reçu un outrage. L'outrage frappe tous les membres du groupe et doit être vengé par son ensemble ou par l'un de ses membres désigné à cet effet. Ainsi l'ensemble des parents et des vassaux qui forment ce que l'on appelait une «bande» vengent les outrages d'après des normes consuétudinaires ou d'après les règles de l'ancien droit visigoth. Les outrages les plus importants que l'on pouvait commettre étaient ceux d'irriter le roi et de provoquer la colère royale. Quand il se rendait coupable de cet outrage le vassal féal était normalement exilé du monde chrétien. Si le vassal était un seigneur possédant une grande renommée militaire, comme ce fut le cas du grand héros, le Cid, sa troupe, sa compagnie, choisissait volontairement de l'accompagner en exil et de partager son sort. Ainsi ses parents et les hommes qu'il avait formés partirent avec lui en exil, vers des régions frontalières, à la fin du XIe siècle, et y combattirent d'abord comme mercenaires, puis indépendamment, dans des batailles qui leur rendirent bientôt l'honneur et la faveur royale ainsi que le pardon du roi3.

Le Cid récupéra l'amour du roi, c'est-à-dire qu'il fut réincorporé à son rang social et à sa place parmi la noblesse après avoir triomphé des musulmans et avoir envoyé au roi de substantielles parts du butin. Tous ses parents et les jeunes chevaliers de sa troupe purent se réincorporer au «monde chrétien» avec lui.

Mais d'autres nobles n'eurent pas autant de chance, ils furent considérés traîtres jusqu'à la fin de leurs jours — surtout lorsqu'ils avaient été accusés de conspirer contre la chrétienté. Leurs fils héritaient cette tare de traîtres, ils ne pouvaient lancer un défi, ni être armés chevaliers, ni recevoir une dignité ou une charge, d'après ce qui est dit dans ces grands recueils de droit que sont les Partidas et le Fuero Real.

De même que les jeunes gens héritaient des conditions négatives de leurs pères: la traîtrise ou la fourberie, ils héritaient aussi des vertus des nobles parents, surtout les jeunes princes: le courage, l'habileté à manier les armes et la générosité au moment de rétribuer les vassaux. Il y a dans tout cela une idée de transmission de la personnalité par le sang, mais aussi un jeu politique évident qui servit à exalter certaines familles et à les maintenir au pouvoir, et à plonger certaines autres dans le déshonneur et l'«infamie».

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3. Hilda Grassotti. «La ira regia en Léon y Castilla» Cuadernos de Historia de España XLI-XLII.

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La troupe, les parents, les jeunes chevaliers et les écuyers partagent aussi les joies du seigneur. Le poème du Cid décrit la gaîté de Don Rodrigue lorsque enfin il peut embrasser sa femme Jimena et ses filles, tout le monde pleure et la troupe «avait grand plaisir, levait ses armes et frappait contre les planches»4. Des pleurs, des cris, du bruit produit par les armes, exprimaient la joie de tous. L'affection encadrait la tendresse du père et époux. C'est l'expression fondamentalement gesticulante de l'homme médiéval dont Jacques Le Goff nous a déjà parlé.

LA FONCTION PATERNELLE ET LE JEUNE. PRÉCEPTEURS ET ÉLÈVES

Il s'avère difficile d'établir les limites et la portée de la puissance paternelle sur les fils. On peut dire, de façon générale, qu'il existe une puissance parentale: le père et la mère représentent la puissance dans leurs familles respectives5.

Le père a le droit, absolu jusqu'au XIIe siècle, de pratiquer l'oblatio puerorum, c'est-à-dire d'offrir son fils à l'Église, dès sa naissance, sans que celui-ci, parvenu à l'âge adulte, puisse transgresser cette décision6. Le père peut livrer ses fils en otages à sa place, aux musulmans, pour un délai de trois ans, etc...

Les pères peuvent laisser à d'autres le soin d'élever leurs fils moyennant, néanmoins, un sol par an, jusqu'à ce que l'enfant ait atteint l'âge de dix ans, ensuite il ne devra plus rien payer car les tâches que l'enfant pourra accomplir compenseront les frais de soutien. Voilà ce que dictent les ordonnances pour les habitants des villes et des bourgs.

Mais parmi les nobles, le père qui envoie ses fils faire partie, en tant que vassaux, de la troupe d'un seigneur, leur procure généralement des armes et des chevaux et leur paie la nourriture pendant dix ans. Il est évident qu'à partir du moment de la cession la fonction paternelle se voit énormément réduite par rapport à celle du seigneur à vassaux.

Les familles très nobles et surtout celles à sang royal, confient leurs fils, dès qu'ils quittent la première enfance et l'environnement materno-féminin, à un précepteur qui habituellement est un autre

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4. Cantar de Mio Cid, vs 1599 y ss.

5. Otero Aknso. «La patria potestad en el derecho historico español», Anuario de Historia del Derecho Español, XXVI, pp. 50 et ss.

6. J. Orlandis. «Notas sobre la «oblatio puerorum» en los sigles XI y XII». Anuario de Historia. del Derecho Español, 1961, pp. 163 et ss.

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noble possesseur d'un comté et d'illustre naissance. Si le prince est destiné à l'Église, son précepteur sera une haute autorité ecclésiastique, comme par exemple l'archevêque de Tolède ou celui de Saint Jacques de Compostelle.

Le rôle du précepteur est celui d'élever l'enfant, en employant des termes de l'époque de «nutrire a su criado», c'est-à-dire de l'éduquer (criarlo). Dans la Partida II, le roi Alphonse X explique largement les fonctions du précepteur de l'Infant royal et il y indique ce que les jeunes enfants doivent apprendre de lui. Il dit tout d'abord que les jeunes enfants doivent être gardés par leurs parents, mais:

«Une fois qu'ils sont devenus des jeunes garçons il convient de leur donner des précepteurs qui puissent les garder et leur enseigner les bonnes manières de manger, de boire et de parler et leur apprendre à se tenir correctement, de telle sorte qu'ils le fassent convenablement et avec élégance. Précepteur veut dire en langage espagnol homme auquel on confie un jeune garçon à élever (nodrir), il doit avoir un grand bon sens pour lui apprendre à bien faire... car les savants ont dit que les jeunes garçons apprennent les choses quand ils sont petits de même que la cire molle reproduit l'empreinte du sceau que l'on y estampe...

Et par conséquent les précepteurs doivent élever les jeunes garçons alors qu'ils sont encore petits car c'est alors qu'ils apprennent les choses qu'il convient d'apprendre...

Mais s'ils voulaient les leur enseigner plus tard, quand ils sont déjà devenus des jeunes hommes, ils ne pourront pas y parvenir avec autant d'aisance...

Les rois qui désirent bien confier leurs fils, doivent choisir des précepteurs tels qu'ils soient des hommes de noble lignée, de bonnes mœurs, sains et de bon sens et surtout qu'ils soient loyaux, qu'ils aiment le roi et le royaume»7.

Le précepteur doit aussi enseigner au noble enfant le maniement des armes, il doit le rendre vaillant et courageux. Il doit aussi lui apprendre l'art de la chasse, surtout la chasse au faucon, mais aussi l'art de chasser le cerf, l'ours, le sanglier. Mais il surveille aussi ses progrès en «matières libérales» et en religion.

Le précepteur joue donc, dans cette seconde étape de la vie de l'enfant et tout au long de son adolescence, le rôle total d'éducateur du futur chevalier. Mais il est en plus son protecteur et l'accompagne à l'occasion des premiers combats. Cette mission de protecteur peut même

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7. La Siete Partidas. Partida II, ley IV.

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lui coûter la vie comme ce fut le cas Garcia Ordoñez, précepteur de l'unique fils mâle du roi Alphonse VI, qui mourut en essayant de protéger de son bouclier le jeune prince, sacrifice qui n'empêcha pas néanmoins la mort de ce dernier.

Entre le jeune élève et le précepteur se nouaient d'habitude des profonds liens affectifs. Les poèmes et les chroniques offrent bien des témoignages à ce sujet. Le poème de Almeria (vs 228 et ss) dit:

«Alvare te plorant iuvenes, lacrymisque decorant,

quos bene nutristi, quibus et pius arma dedisti»

Ces liens entre l'élève et le précepteur donnèrent lieu à des rivalités entre les grandes familles comtales, avides d'avoir une influence directe sur les jeunes princes. Ces rivalités se transformèrent à maintes reprises en hostilité ouverte et même en guerre féodale, au cours des fréquentes minorités. L'histoire des royaumes chrétiens de la péninsule est sillonnée de problèmes engendrés par les minorités royales, de conflits surgis entre les grandes familles, les reines tutrices et les influents précepteurs.

Ce système de précepteurs s'étend parfois aux princesses royales, plusieurs d'entre elles eurent comme précepteurs de grands chevaliers spécialement honorés par les rois en leur confiant l'éducation et la tutelle de leur fille.

Les fils des grands nobles avaient aussi des précepteurs qui faisaient partie de leur entourage même après leur mariage en qualité de conseillers et de compagnons d'armes.

Parfois la relation précepteur-élève prend plus de force, lorsque des liens familiaux de première importance s'y nouent, tels que les fréquents mariage des anciens élèves, devenus rois, avec les filles de leur précepteur.

Les jeunes princes n'étaient pas seuls, auprès d'eux grandissaient d'autres jeunes gens de la haute noblesse, garçons et filles. Cette vie en commun créait des liens de dépendance mutuelle, des sentiments de fraternité, d'amour, de fidélité. Les chroniques et les poèmes nous font voir que ces relations apparemment horizontales et égales, renfermaient toujours un sens profond de la hiérarchie et du rang que chacun occupait dans l'échelle nobiliaire.

Au sein de ces groupes surgissaient aussi des haines, des jalousies, des amours déçus, des rancœurs. Les poèmes et les chroniques nous parlent aussi des envieux, des «mestureros» (ceux qui provoquaient les mauvaises passions grâce à la médisance) et de ces jeunes gens qui, faute de courage et ne pouvant pas briller grâce à leur force à manier

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les armes, obtenaient une bonne place auprès des puissants en utilisant l'intrigue8.

Tout ce système de délégation de fonctions appartenant à la paternité, telles que l'éducation et la protection, et la coexistence entre enfants et jeunes gens de la haute noblesse, contribue à approfondir ce complexe réseau de relations multiples, de parenté, de service féodal et de liens affectifs qui distingue les relations interpersonnelles de la classe du pouvoir féodal.

LA JEUNESSE

Il est difficile de préciser le moment du passage de l'enfance à la jeunesse.

Voyons ses principaux paliers.

L'âge de sept ans marque le premier jalon dans le chemin vers l'âge adulte. Dans les Partidas l'on permet aux garçons et aux filles de se fiancer (desposatio) à cet âge «car c'est alors qu'ils commencent à comprendre et ils sont à l'âge d'apprécier»9. S'ils se fiancent (ou sueurs parents le faisaient pour eux) avant cet âge, les fiançailles n'auraient aucune valeur. Les Partidas ajoutent de même «Mais pour se marier il faut que le garçon soit âgé de quatorze ans et la jeune fille de douze», avant cet âge le mariage sera nul à moins que, étant proches de cet âge «ils fussent déjà préparés à pouvoir s'unir charnellement, car la sagesse ou le pouvoir qu'ils ont pour cela, supplée au manque d'âge»10.

Laissant de côté tout le poids que les adultes exerçaient sur l'accord des fiançailles, il ne fait pas de doute que l'on reconnaît aux garçons et aux filles de plus de sept ans une responsabilité, celle du compromis, consenti «sur parole». On leur reconnaît aussi un intérêt, que l'on estime comme pouvant se développer à partir des sept ans, intérêt de ces enfants à entrer dans une sorte de jeu amoureux d'initiation ou de rapprochement. Ces jeux amoureux facilitent la consommation du mariage lorsque les enfants habitent ensemble, ou quand ils reçoivent des cadeaux l'un de l'autre, ou lorsqu'ils se rendent visite chez eux ou s'unissent charnellement.

Nous arrivons ainsi à l'importante barrière des 12 ans pour la

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8. Reyna Pastor de Togneri. «Las primeras rebeliones burguesas en Castilla y Léon, siglo XII», in Conflictos sociales y estancamiento económico en la España Medieval, Barcelona, 1973, p. 51 et ss.

9. Las siete Partidas, Partida IV, Tit, I, ley VI.

10. Idem, ley III.

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femme et dès 14 ans pour le garçon, âge où, d'après les textes depuis l'Empire Byzantin à l'Espagne Chrétienne, il se produit les changements biologiques qui permettaient la consommation du mariage et la procréation.

Il convient de souligner que, dans ces textes, l'idée de «sagesse» que nous appellerions maturité mentale, s'unit à celle de capacité sexuelle. Les quatorze ans représentent aussi la reconnaissance d'autres facultés.

L'orphelin de quatorze ans peut jurer en son propre nom, lorsqu'il a moins de cet âge, ses tuteurs le feront pour lui11. De même, les garçons âgés de plus de quatorze ans peuvent être accusés d'inceste, ainsi que les jeunes filles de plus de 12 ans12. Ils sont donc responsables à l'égard de leurs biens et face aux délits sexuels.

Les jeunes nobles doivent accomplir une étape importante de leur vie et c'est celle de l'entraînement avant d'être armés chevaliers, étape qui culmine au cours de la cérémonie de l'accolade. Les jeunes hommes atteignent l'âge «parfait», l'«âge viril», l'âge de la juventus entre les 17 et les 19 ans. C'est alors qu'ils «portent l'épée» et qu'ils consolident leurs liens de vassalité13.

Dans des chroniques latines du XIIe siècle on mentionne fréquemment l'âge des hommes en tant qu'âges «biologiques»: pueri, juvenes, viri, senes. L'âge des femmes obéit aux étapes du mariage et de l'enfantement, il se divise en : virgines, conjugatae, matronae.

Le mot adolescens est utilisé dans les sources latines pour souligner l'extrême jeunesse d'un chevalier, en langue castillane on l'emploie généralement pour indiquer l'étape immédiatement antérieure à la jeunesse, comme synonyme de «jeune garçon, ou d'âge de prendre femme», âge à partir duquel on peut se marier.

Les sources en langue castillane, à partir du XIIIe siècle, s'adaptent davantage à la division sociale/fonctionnelle des âges de l'homme. Elles ne parlent que d'enfants, de jeunes garçons et de vieillards.

Mais dans leur emplacement spatial, dans les cérémonies, ils se divisaient en trois blocs, «les vieillards à longues barbes et à cheveux blancs s'asseyaient auprès du roi, les petits enfants étaient les plus éloignés et les hommes d'âge moyen occupaient les places du milieu» (commentaire du Poema de Alexandre, v. 181 et ss.).

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11. Idem, Partida III. Tit XI, ley III.

12. Idem, Partida VII, Tit XVIII, ley II.

13. Susana Belmartino, «Estructura de la familiay «edades sociales» en la aristocracia, de Léon y Castilla según fuentes literarias e historiográficas» Cuadernos de Historia de España, XLVII-XLVIII, pp. 256-328, esp. pp. 302.

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La société militarisée des royaumes chrétiens de la Reconquête incitait les jeunes garçons à assumer très tôt des rôles propres de la jeunesse.

«La vie dans les camps, la proximité des frontières, l'exaltation des vertus guerrières et des prouesses individuelles, le faste des tournois et l'éducation même qu'ils recevaient, durent encourager les jeunes (nobles) à désirer brûler les étapes et à parvenir le plus tôt possible à l'âge de prendre les armes»14.

La précocité à prendre part aux combats semble avoir été le privilège des princes royaux. Ainsi le fils d'Alphonse VI participe à la bataille d'Uclès, en 1109, alors qu'il n'avait pas encore 10 ans. Il y perdit la vie ainsi que son précepteur. Action téméraire et irraisonnable du point de vue politique puisque la disparition de l'héritier masculin entraîna de longues conséquences politiques au royaume de Castille et Léon. D'autres jeunes princes prirent part à des combats contre les musulmans entre l'âge de 9 et 14 ans. Les chroniqueurs s'efforcent de mettre en relief cette précoce capacité guerrière qu'ils n'attribuent qu'aux princes ou à de grands héros tel que le comte de Castille Fernán Gonzalez. On accorde aussi à ces enfants au seuil de la puberté des capacités de gouverner, un clair esprit politique, etc... Il s'agit des opinions intéressées de leurs adeptes et des leurs protégés.

Comme l'a bien démontré G. Duby, en s'appuyant sur les sources narratives du XIIe siècle du NO français, la jeunesse est la période comprise entre le moment où le jeune homme est armé chevalier et la paternité15. Mais étant donné que bien de jeunes gens ne se mariaient pas, car, en tant que cadets de familles nobles, cela ne convenait pas à la politique familiale dont le principal objectif était celui de maintenir tout le patrimoine intact entre les mains du fils aîné, leur jeunesse pouvait se prolonger pendant de longues années. Ces jeunes célibataires passaient leur temps à combattre, à quêter de nouvelles aventures, à errer d'une cour seigneuriale à l'autre. C'est là que naît la «courtoisie», ou «l'amour courtois», amour pour la châtelaine, donc amour extra-matrimonial, exalté par la poésie lyrique.

En Espagne, comme l'a étudié Susana Belmartino, la «iuventus» constituait une étape de la vie, mais elle s'identifiait surtout à «l'âge des armes», l'âge où l'on peut faire la guerre, cette guerre permanente

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14. Idem, pp. 296.

15. G. Duby, «Au XIIème siècle: Les «jeunes» dans la société aristocratique», Annales ESC, No 5, 1964.

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qui caractérise l'histoire médiévale de la Péninsule10.

On appelait «iuventus» ou «mancebia» l'ensemble de chevaliers qui formaient l'armée. On exalte cet âge-fonction en l'appelant «âge viril», «âge parfait». Contrairement à la iuventus française, la juventns chevaleresque espagnole avait toujours la possibilité de sortir du cadre de la troupe seigneuriale et d'être l'artisane de sa propre fortune grâce aux faits d'armes. Elle pouvait aussi brûler des étapes hiérarchiques au sein de la troupe, sans avoir à se séparer d'elle pour autant. Tel fut le cas, par exemple, de tous ceux qui accompagnèrent le Cid dans ses exploits. Elle pouvait aussi obtenir la faveur royale, la faveur d'un roi qui avait constamment besoin d'une foule de chevaliers à ses ordres.

Les cadets ne se résignaient pas facilement à jouer un rôle secondaire, marginal, ils n'assumaient pas leur condition de déclassés (condition que E. Köhler17 attribue à leurs pareils français). Ils purent l'éluder tant que, moyennant le service des armes, ils eurent accès à l'«infanzonta», classe nobiliaire à laquelle pouvaient arriver les plus renommés guerriers.

Dans les royaumes hispaniques, par conséquent, on ne disposait pas de beaucoup de temps, tout au moins jusqu'à la fin du XIIIe siècle pour le consacrer à la vie courtoise et aux amours courtois. Les idéaux, les archétypes humains, l'idée de noblesse, s'attachaient profondément à la notion de conquérant, de batailleur, contre l'infidèle, au profit que le combat pouvait apporter.

Quelle est l'image, le modèle du chevalier idéal? Les chroniques, les poèmes épiques nous permettent de tracer son portrait. «Teint blanc, corps et membres bien bâtis, beau, fort, sûr de lui-même, courageux, expert à manier les armes, désinvolte au combat, non moins habile à la chasse, il ne craint pas de regarder la mort face à face. Très orgueilleux, ses richesses augmentent sa renommée, il n'a jamais été vaincu au combat et aucun adversaire ne peut résister au coup de sa lance sans être désarçonné...» Il est en plus éloquent, habile, audacieux et possède un esprit clair et un cœur pur. Cet ensemble de vertus fait de lui le sujet de conversation préféré des dames18.

Les défauts des chevaliers sont, d'habitude, la jalousie, la médisance, le manque de bon sens. Il y eut des chevaliers fallacieux et sournois, et, ce qui est encore pire, des traîtres et des fourbes.

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16. Voir note 13.

17. E. Köhler, «Sens et fonction du terme «jeunesse» dans la poésie des troubadours», Mélanges offerts à René Crozet, t. I, pp. 569 et ss,

18. S. Belmartino, op. cit., pp. 309.

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Telle est, jusqu'à la fin du XIIIe siècle, l'image idéale. Une société d'hommes, de guerriers, une société où les femmes, à l'exception des reines, ne comptent pas beaucoup. On est fidèle au seigneur, pas à la dame. L'amour est un sentiment que l'on éprouve à l'égard du seigneur, du roi, de l'ami. La littérature, sobre et austère, renferme cependant un forte teneur homosexuelle, une homosexualité non explicite, peut-être pas pratiquée in stricto sensu, mais évidente dans toutes les relations masculines.

L'amour à l'égard de la femme occupe une place secondaire, il s'agit de l'affection ou du respect dus à l'épouse, comme le montre le poème du Cid. Il s'agit aussi de l'amour brûlant sensuel et sexuel qu'éprouvent les rois pour leurs concubines (amour parfois imprégné des accents de la sensualité musulmane). Il s'agit même d'amour incestueux entre frère et sœur, amour dur et puissant qui mène au drame de sang. Mais la relation avec la femme est rarement présente, elle est toujours distante. Ce que recherche le chevalier au long de sa vie, son idéal, c'est, comme nous l'avons déjà dit au début, la renommée, l'honneur tiré du fait d'armes et la richesse matérielle, le butin que l'on gagne aux musulmans. L'éternelle illusion d'El Dorado qui se maintiendra dans l'esprit des Conquistadors d'Amérique.

Au cours du XlVe siècle l'on voit apparaître, face aux vertus guerrières, les vertus courtisanes, on parle des habits, de la richesse des tissus, des couleurs. Et aussi des vertus des chevaliers qui joutent face aux dames et aux jeunes filles, on s'intéresse à leurs bons mots et à leur finesse d'esprit. Cependant, tout au moins jusqu'au XVe siècle on maintient les vertus attribuées aux braves guerriers de la Reconquête.

Note: Pour cet article je me suis servie, du travail cité de mon ancienne élève S. Belmartino et de mes travaux sur la famille castillanne au Moyen Âge.

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EVELYNE PATLAGEAN

L'ENTRÉE DANS L'ÂGE ADULTE À BYZANCE AUX XIIIe - XIVe SIÈCLES

L'entrée dans l'âge adulte est partout un pivot de la classification sociale des âges. Elle s'opère par un passage, plus ou moins long et complexe selon les sociétés, dont les modalités définissent la situation des "jeunes" des deux sexes. Il m'a paru intéressant de considérer la question dans l'hellénisme des XIIIe et XlVe siècles, à la charnière du moyen âge et de la modernité. Les grands traits de cette dernière se mettent en effet alors en place. Dans le domaine de la famille et du droit privé, le Manuel en six livres du juge Constantin Armenopoulos, publié à Thessalonique en 1345 comme un état du droit à l'usage de ses confrères, demeurera la base du développement ultérieur1. L'époque a laissé en outre une documentation judiciaire, des décisions exprimées notamment à Naupacte par Jean Apokaukos (1150/1160-1232/1235)2, à Ohrid par Dêmêtrios Chomatianos, archevêque de 1217 à sa mort après 1234 3, à Constantinople par le tribunal patriarcal4. D'autre part, la littérature

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1. Κωνσταντίνου Αρμενοπούλου Πρόχειρον νόμων ή Εξάβιβλος, éd. K.G. Pistakês, Athènes 1971 (avec une introduction substantielle). Ce qui suit d'après les titres I 12 (Περί ανήβων και αφηλίκων), 13 (Περί γυναικών), 17 (Περί λύσεως υπεξουσιότητος), passim.

2. Nous citerons ici N.A. Beês, "Unedierte Schriften aus der Kanzlei des Johannes Apokaukos des Metropoliten von Naupaktos (in Aetolien)", Byzant. neugr. Jahrb. t. 21, 1976, textes p. 55-160.

3. Nous citerons ici l'éd. J. Pitra, Analecta Spicilegio Solesmensi parata, t. 6, Paris 1891.

4. Régestes des actes du patriarcat de Constantinople (Les). Vol. I. Les actes des patriarches, fasc. 4. Les régestes de 1208 à 1309 par V. Laurent, Paris 1971; fasc. 5, Les regestes de 1310 à 1376 par J. Darrouzès, Paris 1977 (cité dorénavant comme Régestes). On ajoute aux éditions citées dans ce dernier volume Registrum patriarchatus Constantinopolitani. I. Documenta annorum MCCCXV-MCCCXXXI éd. H. Hunger et O. Kresten, Vienne 1981. Voir P. Lemerle, "Recherches sur les institutions

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de ce temps autorise l'autobiographie. Nikêphoros Blemmydês (1197-vers 1272)5, Michel VIII Paléologue, mort en 1282 6, le patriarche Grégoire de Chypre (vers 1241-après 1289)7 ont ainsi témoigné, et de même Georges Akropolitês, dans son œuvre pourtant historiographique8. De tels textes relaient avec bonheur, pour notre propos, le genre traditionnel des Vies hagiographiques, dont nous citerons cependant quelques productions. Enfin, les personnages de fiction illustrent à leur manière de modèles les conduites que nous allons analyser; tel est le cas de Belthandros dans le Roman de Belthandros et Chrysantza9, de Digenis Akritas dans la version G du poème, représentée par un manuscrit du XIVe siècle10, ou du jeune Alexandros basileus, dans l'œuvre datée de 1388 11. Mais toutes ces sources, disons-le d'emblée, nous limitent à des milieux citadins, et aristocratiques.

L'échelle juridique des âges mise en œuvre par Armenopoulos demeure celle du droit romain travaillé par Byzance. Elle atteste immédiatement que la définition de l'âge adulte n'est pas simple. On y distingue en effet des sujets «impubères», «mineurs», «dépendants», et enfin «indépendants». L'état d'impubère (άνηβος) se termine à quatorze ans pour les garçons, douze pour les filles, et celui de mineur (αφήλικος ou αφήλιξ, ανήλικος) à vingt-cinq ans pour les deux sexes. Les garçons entre quatorze et vingt-cinq ans constituent à proprement parler les «jeunes gens» (νέοι). Au-dessus de cet âge, on demeure «dépendant»

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judiciaires à l'époque des Paléologues. II. Le tribunal du patriarcat ou tribunal synodal», Analecta Bolland. t. 58 (Mél. P. Peeters), 1950, p. 318-333 N.P. Matsês, Το οικογενειακόν δίκαιον κατά την νομολογίαν του Πατριαρχείου Κωνσταντινουπόλεως των ετών 1315-1401, Athènes 1962

5. Nicephori Blemmydae Curriculum vitae et carmina, éd. A. Ηeisenberg, Leipzig 1896, p. 1-92.

6. Éd. H. Grégoire, «Imperatoris Michaelis Paleologi 'De Vita sua'», Byzantion t. 29-30, 1959-60, p. 447-460.

7. Éd. W. Lameere (éd.), La tradition manuscrite de la correspondance de Grégoire de Chypre, patriarche de Constantinople (1283-1289), Bruxelles-Rome 1937, p. 173-191.

8. Georgii Acropolitae Opera, éd. A. Heisenberg, t. 1, Leipzig, 1903, p. 46-50.

9. Éd. E. Legrand, Bibliothèque grecque vulgaire t. 1, Paris 1880, p. 125-168. L'œuvre est datée du milieu du XIIIe siècle par M. Manoussahas, «Les romans byzantins de chevalerie et l'état des études les concernant», Rev. Et. Byz. t. 10, 1952, p. 70-83, H.G. Beck, Geschichte der byzant. Volksliteratur, Münich 1971, p. 125, penche pour le XIVe siècle.

10. Cf. E. Trapp, Digenis Akrites. Synoptische Ausgabe der ältesten Versionen, Vienne 1971 (version du Cryptoferr. Z-a-XLIV).

11. S. Reichmann, Das byzant. Alexandergedicht nach dem codex Marcianus 408 herausgegeben, Meisenheim am Glan 1963 (manuscrit daté entre 1391 et 1404).

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(υπεξούσιος), jusqu'au décès du père et du grand-père, à moins d'un acte d'émancipation ne rende «indépendant» (αυτεξούσιος). Nous mesurons la portée sociale de cette gradation, si nous songeons que l'opération capitale du mariage se place habituellement entre puberté et majorité, donc dans une tranche d'âge privée d'autonomie patrimoniale. Les alliances conclues dans cet intervalle relèvent donc avant tout des stratégies familiales, dont elles peuvent être un point culminant.

Les catégories qu'on vient de voir admettent elles-mêmes des seuils internes, fixés alors depuis des siècles. Les garçons et les filles impubères atteignent à sept ans un âge de raison qui leur donne notamment la capacité de consentir à leurs propres fiançailles, voire à un mariage censé devenir effectif avec l'âge requis seulement12. A dix ans les uns et les autres ont la capacité d'entrer au couvent13. Toutefois, le typikon composé en 1248 par Nikêphoros Blemmydês, pour son couvent d'Emathia près d'Éphèse, prévoit deux autres seuils après celui-là, à douze, puis à vingt ans, avant que le garçon soit définitivement reçu moine14. Les impubères sont en principe des incapables. Ainsi, ils ne peuvent témoigner, ce qui les place dans une catégorie où se trouvent les esclaves, les muets et les insensés, les fils dépendants, les femmes enfin, à l'exception des cas où le témoignage de ces dernières est au contraire seul possible, notamment les attestations de virginité. Cependant, un garçon peut affranchir dès douze ans. La minorité admet elle aussi des dispositions transitoires. Un garçon peut par exemple tester dès quatorze ans, et un mineur placé sous tutelle s'achemine vers la libre disposition de son patrimoine par une étape intermédiaire où il agit indépendamment, mais sous réserve d'un accord de son tuteur. Enfin, une fille non mariée à sa majorité peut saisir la justice à l'encontre de ses parents, du fait qu'ils n'ont pas accompli leur obligation légale de lui donner un conjoint. On n'entre donc pas d'un seul coup dans l'âge adulte aux termes du droit du XIVe siècle. Celui-ci reconnaît de plus différenciation selon le sexe, qui intervient aux abords de la puberté légale, et qui laisse subsister au bout du compte des incapacités définitives pour les femmes. On me permettra de ne pas dépasser ces indications de principe.

La documentation judiciaire montre leur application. Les familles

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12. Cf. E. Patlagean, «L'enfant et son avenir dans la famille byzantine (IVème-XIIème siècles)», Annales de démographie historique, 1973, p. 85-93.

13. Ibid., p. 88.

14. Nicephori Blemmydae Curriculum. cit., p. 95-96.

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avaient intérêt à placer dès que possible leurs filles, et aussi leurs fils, dans des alliances profitables. On jouait donc sur l'âge du premier consentement, et sur la validité conférée aux fiançailles par une instrumentation notariale et une liturgie propres, et l'on engageait des impubères dans une union suivie souvent de domiciliation dans la maison de la fille. Cela fait, la consommation du mariage n'attendait pas toujours l'âge légal. Les exhortations patriarcales tonnent contre les mariages d'impubères, l'union charnelle des fiancés, avec le consentement des parents, la complaisance des prêtres qui bénissaient des unions sans la bulle patriarcale de licéité, délivrée après enquête, et obligatoire depuis 1351 15. Tout se passe comme si cette société avait en somme bien accepté les interdits de mariage pour motif de parenté, et mal ceux qui se fondaient sur le défaut d'âge. L'incidence sur les stratégies familiales n'était effectivement pas la même. Le détail du procédé ressort des affaires portées devant les tribunaux.

Le défaut d'âge offrait en lui-même une issue lorsque les parties souhaitaient revenir sur leur accord. Ce fut probablement le cas du mariage annulé entre 1217 et 1222, après avoir été conclu par Dêmêtrios Tornikês entre la fille de son beau-frère et un parent de cette dernière16. Le tribunal constata après coup une consanguinité au sixième degré, mais aussi un défaut d'âge de l'époux, qui n'avait que treize ans au moment des faits. L'annulation des fiançailles contractées par un garçon de neuf ans et une fille de cinq répondit peut-être aussi à un dessein de rupture17, et plus sûrement encore la démarche d'une mère veuve, invoquant elle-même le défaut d'âge de sa propre fille, mariée à huit ans18. D'autres affaires attestent que l'on pratiquait parfois la consommation du mariage non seulement avant la puberté légale de la fille, mais avant sa puberté effective. En 1325, le tribunal synodal est saisi par le père d'une fille mariée à onze ans sous condition que l'union ne serait pas consommée avant l'âge légal de celle-ci19. L'engagement, pris par le père de l'époux n'a pas été respecté, et une sage-femme déclare la fille désormais inapte à toute relation conjugale. Le mariage est donc annulé, et la famille de l'époux condamnée à restituer la dot et les cadeaux reçus. Au siècle précédent, à Ohrid, le registre de Dêmêtrios Chomatianos 

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15. Régestes, Nos 1738, 1748 6, 1763 11-13, 2431, etc. Bulle de licéité: No 2329, cf. Nos 2751, 2756, etc...

16. Ibid. No 1232.

17. Ibid. No 2106, A. 1324.

18. Ibid. No 2125, A. 1325.

19. Ibid. No 2122.

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atteste le cas d'une jeune femme de dix-huit ans environ (νεότης ηλικίας μεσολαβεί) épouse d'un quatrième mari après la mort des trois précédents. Elle expose au tribunal qu'elle a été mariée les deux premières fois avant «le poil de la puberté», et qu'elle a «vécu» avec son second conjoint20. Jean Apokaukos dissout lui aussi le mariage d'une fille impubère, qui semble avoir été consommé, et qui n'est pas un cas unique; dans le même document, il rappelle les âges légaux, et définit la puberté masculine par le développement du duvet, fleur qui signale le fruit, c'est-à-dire la capacité de procréer; enfin, il s'élève contre les belles-mères qui donnent temporairement à leurs gendres la satisfaction que l'épouse impubère ne peut encore fournir21. Ainsi, on tirait sur les limites légales, particulièrement, semble-t-il, pour les filles. Au demeurant, Apokaukos, cité plus haut, fait état des fausses déclarations d'âge qui permettaient aux pères de marier leurs filles trop jeunes. Cela dit, toute cette documentation judiciaire ne peut que mettre en relief une tendance. L'hagiographie atteste des âges moins surprenants, surtout, pour des garçons il est vrai, tel Nikêtas le jeune, qui s'enfuit devant le mariage envisagé pour lui dans sa vingtième année22.

L'enfance des filles, non dépourvue d'ailleurs d'instruction dans l'aristocratie23 s'ouvre directement sur leur condition adulte, qui se résume à la conjugalité, petites moniales mises à part. Certaines destinées masculines montrent une absence de transition comparable entre l'enfance et le couvent. La Vie de l'ermite Romylos, né à Vidin au XIVe siècle24, reprend ainsi un schéma ancien, ou plutôt constamment attesté: des années studieuses d'«enfant-vieillard» (παιδαριογέρων), au bout desquelles un projet d'alliance conçu par ses parents le détermine à fuir et à quitter le monde. Cependant, pour la plupart des garçons de milieu citadin et aristocratique, l'âge d'homme est précédé aux XIIIe-XIXe siècles, d'une transition pédagogique et sociale, à laquelle ne peut se comparer en rien l'intervalle domestique vécu par les filles entre fiançailles et mariage.

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20. Chomatianos, éd. cit. col. 47-50 (doc. No 9).

21. Apokaukos, éd. cit. p. 68-70 (doc. No 10).

22. H. Delehaye, «Le martyre de saint Nicétas le jeune» (1924), Mélanges d'hagiographie grecque et latine, Bruxelles 1966, p. 310.

23. Cf. les précisions d'A. Laiou-Thomadakis, «The role of women in Byzantine aristocracy», Jahrb. Osterr. Byzantinistik t. 31, 1981, p. 253-257: l'alphabétisation ne touche qu'un petit groupe.

24. Ed. F. Halkin, «Un ermite des Balkans au XIVe siècle. La Vie grecque inédite de saint Romylos», Byzantion t. 31, 1961, p. 111-147.

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Cet apprentissage devait se faire, semble-t-il, hors de la maison paternelle, et les auteurs du XIIIe siècle attestent le rôle du palais. Georges Akropolitês, né à Constantinople en 1217, est envoyé par ses parents à Nicée lorsqu'il atteint seize ans. L'empereur tient à un groupe de jeunes gens (μείρακες) choisis par lui un discours sur la nécessité des études supérieures dans la vie publique, que dominent "l'empereur et le philosophe", et les confie à un maître; les autres sont de la ville, Akropolitês seul vient de la "maison" impériale25. Au terme de ce cycle entamé dans sa dix-septième année, il reçoit sa première fonction. Michel VIII Paléologue rappelle son arrivée "au sortir de la petite enfance" dans le palais de son oncle Jean Vatatzês, qui l'éduque, "et se montre plus affectueux que (son) propre père". Cette période s'achève lorsqu'il est "compté parmi les jeunes gens (μείρακες), apte à porter les armes, et jugé capable de commander sous (l'empereur)". Celui-ci achève alors sa tâche en devenant son "beau-père" (κηδεστής), car il le fiance à sa nièce, "qu'il chérissait comme sa fille". Grégoire de Chypre, né vers 1241, se déclare d'une famille aristocratique ruinée par la conquête latine. Après l'école élémentaire, il est allé poursuivre ses études à Nicosie, mais l'enseignement latin lui a paru si médiocre qu'il est rentré chez lui. Il a donc passé sa quinzième année au foyer paternel, "occupé de chasse et de passe-temps similaires". Il souhaitait en effet aller à Nicée, et il a combattu deux années durant l'opposition des siens, avant de s'embarquer clandestinement. Il avait donc alors dix-sept ans, et il était un "jeune homme" (νεανίας). Il atteindra Nicée au terme d'un itinéraire difficile, qui ne nous importe pas ici26. Nikêphoros Blemmydês, né en 1197, marque aussi le tournant de la seizième année dans ses études, et rapporte ensuite son séjour au palais, puis sa recherche d'un maître, enfin son entrée dans le clergé patriarcal27.

L'attraction de Nicée se justifie assez au XIIIe siècle par des raisons historiques. Pourtant, ces déplacements de garçons semblent bien renvoyer à une disposition structurelle. Réduit à l'état de motif, le départ de la maison paternelle comme préambule à l'âge d'homme se retrouve dans le roman versifié de Belthandros et Chrysantza, destiné aux "jeunes gens" (νέοι): le héros, fils cadet d'un roi qui l'opprime, part à l'aventure, et rencontre sur son chemin l'amour et le mariage, avant de revenir succéder à son père et à son frère défunts. C'est là, il est vrai, un schéma

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25. Akropolitês, éd. cit., t. '1, p. 49.

26. Grégoire de Chypre, éd. cit. p. 179-185 notamment.

27. Blemmydês, éd. cit. p. 2-3.

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de conte. Les suggestions sont plus précises dans un épisode du Digenis, tel que le raconte la version G du poème28. Il s'agit de la première chasse de Digenis. Celui-ci a été "donné" à un maître, avec lequel il a étudié pendant trois ans, sans que le lieu soit précisé. Ensuite, il s'est formé quotidiennement à la chevauchée et à la chasse avec son propre père, et un beau jour il le supplie de le laisser chasser lui-même. Le père objecte que Digenis, âgé de douze ans, n'a pas encore atteint l'hêbê, et qu'il est trop jeune pour "la guerre avec les bêtes sauvages". Mais il cède enfin à cette précocité d'exception, et sort un matin avec son fils. Il emmène aussi "le frère cadet de son épouse", et "quelques cavaliers (καβαλλαρίους) pris parmi ses jeunes compagnons (αγούρων)". Tous semblent donc vivre auprès de lui. Digenis en revanche a lui-même échappé au déplacement, puisqu'il fait son apprentissage avec celui qu'il appelle du reste "seigneur et père) (αυθέντης και πατήρ). L'Alexandros basilcus présente une étape tout à fait semblable29. Alexandre, âgé de douze ans, et formé par son père aux manœuvres guerrières et aux chevauchées, réclame d'aller aux jeux d'Olympie. Son père lui répond qu'il est "un garçon (μείραξ) trop jeune", et incapable encore de se mesurer à ces épreuves, auxquelles il finit évidemment par se rendre, pour y triompher.

Blemmydês, le professeur réputé, Akropolitês, haut fonctionnaire, diplomate, et aussi professeur à son tour, Grégoire de Chypre, le patriarche, ont détaillé leurs années de formation dans la perspective des carrières qu'ils ont eues ensuite. Leur quête de savoir porte, dans ses modalités et son urgence, l'empreinte d'un humanisme grec du XIIIe siècle placé entre 1204 et 1261. Elle obéit néanmoins à une tradition gréco-romaine. L'empereur Michel VIII, et les modèles héroïques que sont Digenis et Alexandre, en poursuivent une autre, l'entrée dans l'âge d'homme par le combat guerrier, et son substitut, la chasse30. Les textes littéraires désignent le groupe où l'un et l'autre se trouvent alors par des termes qui ne sont pas ceux du droit (άγουροι, μείρακες), et qui définissent une position sociale ambiguë, instable, transitoire. La notion

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28. Digenis, éd. cit. G IV 1017 et s.

29. Alexandros basileus, éd. cit. v. 622 et s., 780 et s.

30. Sur cette figure essentielle, voir J. Aymard, Essai sur les chasses romaines, des origines à la fin du siècle des Antonins (Cynegetica), Paris 1951, qui traite des antécédents grecs, et des prouesses d'Alexandre; P. Vidal-Naquet, "Flavius Arrien entre deux mondes. Postface à 'l'Histoire d'Alexandre' d'Arrien", dans Arrien, Histoire d'Alexandre. L'anabase d'Alexandre le Grand et l'Inde, Paris 1984. Ici p. 362-363; G. Moravcsik, "Ragen und Legenden über Kaiser Basileios I", Dumbarton Oaks Papers t. 15, 1961, ρ 59-126.

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centrale d'hêbê demeure toutefois commune aux deux classifications. Cependant, il ne s'agit pas ici d'un rite de passage collectif, imposé à un groupe d'âge, mais bien de la prouesse individuelle qui qualifie le futur souverain. La chasse de Digenis, à elle seule, combine en quelque sorte les deux niveaux, le rite et la prouesse. Il commence par être armé d'un bâton, et par user de ses mains, étranglant une ourse, déchirant un cerf rattrapé à la course. Son oncle l'entraîne alors vers «d'autres animaux, auprès desquels sont mis à l'épreuve les enfants des bien nés» (v. 1119-1120), et l'autorise alors à tirer l'épée contre un lion, dont la mort met un terme à l'expédition. Digenis commence ainsi comme un adolescent, et finit comme un empereur, ce qui ne surprend pas. Le récit de sa première chasse semble bien être un miroir tendu à l'aristocratie, si large qu'ait été le public de sa geste. Au delà du premier cercle social, l'entrée dans l'âge adulte n'a guère fait alors l'objet que de normes, et non de discours.

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    REYNA PASTOR

    RÔLE ET IMAGE DE LA «JUVENTUS» DANS L'ESPAGNE MÉDIÉVALE

    La société féodale médiévale hispanique, de même que ses contemporaines de l'Occident européen, était fondamentalement organisée à partir de liens personnels (d'homme à homme, comme l'a indiqué Marc Bloch), hiérarchiques et verticaux. Un système de liens vassalo-bénéficiaires entre les membres de la classe du pouvoir et un système de relations de dépendance entre celle-ci et la masse de paysans producteurs.

    Contrairement à ses contemporaines, la société hispano-chrétienne fut beaucoup plus mobile à cause de l'existence d'une frontière et d'une guerre presque constante contre Al-Andalus (la zone Sud de la Péninsule) appartenant à la formation musulmane. Une société organisée en vue de la guerre «contre l'infidèle», avec une idéologie de croisade, profondément imbue de l'idée de «Guerre Sainte» musulmane (surtout à partir du XIe siècle), dans laquelle le rôle militaire de la noblesse a une justification directe et évidente. Rôle et justification auxquels participe directement l'Église.

    Cette guerre décide la fortune des hommes (et pas seulement celle des nobles, mais aussi celle d'un grand nombre de roturiers qui réussissent à faire partie d'une des armées), elle leur offre la renommée, c'est à dire la véritable gloire féodale, mais aussi, et ceci est primordial dans la mentalité de toutes les classes sociales, elle leur procure le butin, le profit immédiat en or, en monnaies, en chevaux, en prisonniers, ce qui, à son tour, les conduira vers la récompense octroyée par le roi, des terres sous forme de bénéfice féodal.

    Dans ce cadre l'«âge social» qui intéresse, est «l'âge des armes». Âge qui s'identifie à la jeunesse, à la juventus, et qui n'est pas interrompu, comme c'est le cas pour la France de la courtoisie, par le mariage. Âge encadré entre l'enfance, à partir de la seconde moitié de laquelle on apprend surtout le maniement des armes, apprentissage qui atteint son