Συγγραφέας:Διεθνές Συμπόσιο
 
Τίτλος:Actes du Colloque International, Historicité de l’ enfance et de la jeunesse
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:6
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1986
 
Σελίδες:709
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Βιβλιογραφία
 
Διεθνή Συμπόσια
 
Κοινωνική ενσωμάτωση
 
Μαθητεία και εργασία
 
Νεανικά έντυπα
 
Νεανικές οργανώσεις
 
Νοοτροπίες και συμπεριφορές
 
Παιδεία-Εκπαίδευση
 
Τοπική κάλυψη:Ευρώπη
 
Περίληψη:Πρόκειται για μετάφραση στα γαλλικά των Πρακτικών του πρώτου επιστημονικού συμποσίου, που διοργάνωσε η επιτροπή του ΙΑΕΝ σε συνεργασία με την Εταιρεία Μελέτης Νέου Ελληνισμού. Το συμπόσιο, με θέμα «Ιστορικότητα της παιδικής ηλικίας και της νεότητας», έγινε στο αμφιθέατρο του Εθνικού Ιδρύματος Ερευνών από τη 1 έως τις 5 Οκτωβρίου 1984.
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
Το Βιβλίο σε PDF:Κατέβασμα αρχείου 32.23 Mb
 
Εμφανείς σελίδες: 263-282 από: 716
-20
Τρέχουσα Σελίδα:
+20
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/263.gif&w=600&h=9156. Actes du Colloque, Historicite ...

EVELYNE PATLAGEAN

L'ENTRÉE DANS L'ÂGE ADULTE À BYZANCE AUX XIIIe - XIVe SIÈCLES

L'entrée dans l'âge adulte est partout un pivot de la classification sociale des âges. Elle s'opère par un passage, plus ou moins long et complexe selon les sociétés, dont les modalités définissent la situation des "jeunes" des deux sexes. Il m'a paru intéressant de considérer la question dans l'hellénisme des XIIIe et XlVe siècles, à la charnière du moyen âge et de la modernité. Les grands traits de cette dernière se mettent en effet alors en place. Dans le domaine de la famille et du droit privé, le Manuel en six livres du juge Constantin Armenopoulos, publié à Thessalonique en 1345 comme un état du droit à l'usage de ses confrères, demeurera la base du développement ultérieur1. L'époque a laissé en outre une documentation judiciaire, des décisions exprimées notamment à Naupacte par Jean Apokaukos (1150/1160-1232/1235)2, à Ohrid par Dêmêtrios Chomatianos, archevêque de 1217 à sa mort après 1234 3, à Constantinople par le tribunal patriarcal4. D'autre part, la littérature

——————————

1. Κωνσταντίνου Αρμενοπούλου Πρόχειρον νόμων ή Εξάβιβλος, éd. K.G. Pistakês, Athènes 1971 (avec une introduction substantielle). Ce qui suit d'après les titres I 12 (Περί ανήβων και αφηλίκων), 13 (Περί γυναικών), 17 (Περί λύσεως υπεξουσιότητος), passim.

2. Nous citerons ici N.A. Beês, "Unedierte Schriften aus der Kanzlei des Johannes Apokaukos des Metropoliten von Naupaktos (in Aetolien)", Byzant. neugr. Jahrb. t. 21, 1976, textes p. 55-160.

3. Nous citerons ici l'éd. J. Pitra, Analecta Spicilegio Solesmensi parata, t. 6, Paris 1891.

4. Régestes des actes du patriarcat de Constantinople (Les). Vol. I. Les actes des patriarches, fasc. 4. Les régestes de 1208 à 1309 par V. Laurent, Paris 1971; fasc. 5, Les regestes de 1310 à 1376 par J. Darrouzès, Paris 1977 (cité dorénavant comme Régestes). On ajoute aux éditions citées dans ce dernier volume Registrum patriarchatus Constantinopolitani. I. Documenta annorum MCCCXV-MCCCXXXI éd. H. Hunger et O. Kresten, Vienne 1981. Voir P. Lemerle, "Recherches sur les institutions

Σελ. 263
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/264.gif&w=600&h=9156. Actes du Colloque, Historicite ...

de ce temps autorise l'autobiographie. Nikêphoros Blemmydês (1197-vers 1272)5, Michel VIII Paléologue, mort en 1282 6, le patriarche Grégoire de Chypre (vers 1241-après 1289)7 ont ainsi témoigné, et de même Georges Akropolitês, dans son œuvre pourtant historiographique8. De tels textes relaient avec bonheur, pour notre propos, le genre traditionnel des Vies hagiographiques, dont nous citerons cependant quelques productions. Enfin, les personnages de fiction illustrent à leur manière de modèles les conduites que nous allons analyser; tel est le cas de Belthandros dans le Roman de Belthandros et Chrysantza9, de Digenis Akritas dans la version G du poème, représentée par un manuscrit du XIVe siècle10, ou du jeune Alexandros basileus, dans l'œuvre datée de 1388 11. Mais toutes ces sources, disons-le d'emblée, nous limitent à des milieux citadins, et aristocratiques.

L'échelle juridique des âges mise en œuvre par Armenopoulos demeure celle du droit romain travaillé par Byzance. Elle atteste immédiatement que la définition de l'âge adulte n'est pas simple. On y distingue en effet des sujets «impubères», «mineurs», «dépendants», et enfin «indépendants». L'état d'impubère (άνηβος) se termine à quatorze ans pour les garçons, douze pour les filles, et celui de mineur (αφήλικος ou αφήλιξ, ανήλικος) à vingt-cinq ans pour les deux sexes. Les garçons entre quatorze et vingt-cinq ans constituent à proprement parler les «jeunes gens» (νέοι). Au-dessus de cet âge, on demeure «dépendant»

——————————

judiciaires à l'époque des Paléologues. II. Le tribunal du patriarcat ou tribunal synodal», Analecta Bolland. t. 58 (Mél. P. Peeters), 1950, p. 318-333 N.P. Matsês, Το οικογενειακόν δίκαιον κατά την νομολογίαν του Πατριαρχείου Κωνσταντινουπόλεως των ετών 1315-1401, Athènes 1962

5. Nicephori Blemmydae Curriculum vitae et carmina, éd. A. Ηeisenberg, Leipzig 1896, p. 1-92.

6. Éd. H. Grégoire, «Imperatoris Michaelis Paleologi 'De Vita sua'», Byzantion t. 29-30, 1959-60, p. 447-460.

7. Éd. W. Lameere (éd.), La tradition manuscrite de la correspondance de Grégoire de Chypre, patriarche de Constantinople (1283-1289), Bruxelles-Rome 1937, p. 173-191.

8. Georgii Acropolitae Opera, éd. A. Heisenberg, t. 1, Leipzig, 1903, p. 46-50.

9. Éd. E. Legrand, Bibliothèque grecque vulgaire t. 1, Paris 1880, p. 125-168. L'œuvre est datée du milieu du XIIIe siècle par M. Manoussahas, «Les romans byzantins de chevalerie et l'état des études les concernant», Rev. Et. Byz. t. 10, 1952, p. 70-83, H.G. Beck, Geschichte der byzant. Volksliteratur, Münich 1971, p. 125, penche pour le XIVe siècle.

10. Cf. E. Trapp, Digenis Akrites. Synoptische Ausgabe der ältesten Versionen, Vienne 1971 (version du Cryptoferr. Z-a-XLIV).

11. S. Reichmann, Das byzant. Alexandergedicht nach dem codex Marcianus 408 herausgegeben, Meisenheim am Glan 1963 (manuscrit daté entre 1391 et 1404).

Σελ. 264
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/265.gif&w=600&h=915 6. Actes du Colloque, Historicite ...

(υπεξούσιος), jusqu'au décès du père et du grand-père, à moins d'un acte d'émancipation ne rende «indépendant» (αυτεξούσιος). Nous mesurons la portée sociale de cette gradation, si nous songeons que l'opération capitale du mariage se place habituellement entre puberté et majorité, donc dans une tranche d'âge privée d'autonomie patrimoniale. Les alliances conclues dans cet intervalle relèvent donc avant tout des stratégies familiales, dont elles peuvent être un point culminant.

Les catégories qu'on vient de voir admettent elles-mêmes des seuils internes, fixés alors depuis des siècles. Les garçons et les filles impubères atteignent à sept ans un âge de raison qui leur donne notamment la capacité de consentir à leurs propres fiançailles, voire à un mariage censé devenir effectif avec l'âge requis seulement12. A dix ans les uns et les autres ont la capacité d'entrer au couvent13. Toutefois, le typikon composé en 1248 par Nikêphoros Blemmydês, pour son couvent d'Emathia près d'Éphèse, prévoit deux autres seuils après celui-là, à douze, puis à vingt ans, avant que le garçon soit définitivement reçu moine14. Les impubères sont en principe des incapables. Ainsi, ils ne peuvent témoigner, ce qui les place dans une catégorie où se trouvent les esclaves, les muets et les insensés, les fils dépendants, les femmes enfin, à l'exception des cas où le témoignage de ces dernières est au contraire seul possible, notamment les attestations de virginité. Cependant, un garçon peut affranchir dès douze ans. La minorité admet elle aussi des dispositions transitoires. Un garçon peut par exemple tester dès quatorze ans, et un mineur placé sous tutelle s'achemine vers la libre disposition de son patrimoine par une étape intermédiaire où il agit indépendamment, mais sous réserve d'un accord de son tuteur. Enfin, une fille non mariée à sa majorité peut saisir la justice à l'encontre de ses parents, du fait qu'ils n'ont pas accompli leur obligation légale de lui donner un conjoint. On n'entre donc pas d'un seul coup dans l'âge adulte aux termes du droit du XIVe siècle. Celui-ci reconnaît de plus différenciation selon le sexe, qui intervient aux abords de la puberté légale, et qui laisse subsister au bout du compte des incapacités définitives pour les femmes. On me permettra de ne pas dépasser ces indications de principe.

La documentation judiciaire montre leur application. Les familles

——————————

12. Cf. E. Patlagean, «L'enfant et son avenir dans la famille byzantine (IVème-XIIème siècles)», Annales de démographie historique, 1973, p. 85-93.

13. Ibid., p. 88.

14. Nicephori Blemmydae Curriculum. cit., p. 95-96.

Σελ. 265
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/266.gif&w=600&h=915 6. Actes du Colloque, Historicite ...

avaient intérêt à placer dès que possible leurs filles, et aussi leurs fils, dans des alliances profitables. On jouait donc sur l'âge du premier consentement, et sur la validité conférée aux fiançailles par une instrumentation notariale et une liturgie propres, et l'on engageait des impubères dans une union suivie souvent de domiciliation dans la maison de la fille. Cela fait, la consommation du mariage n'attendait pas toujours l'âge légal. Les exhortations patriarcales tonnent contre les mariages d'impubères, l'union charnelle des fiancés, avec le consentement des parents, la complaisance des prêtres qui bénissaient des unions sans la bulle patriarcale de licéité, délivrée après enquête, et obligatoire depuis 1351 15. Tout se passe comme si cette société avait en somme bien accepté les interdits de mariage pour motif de parenté, et mal ceux qui se fondaient sur le défaut d'âge. L'incidence sur les stratégies familiales n'était effectivement pas la même. Le détail du procédé ressort des affaires portées devant les tribunaux.

Le défaut d'âge offrait en lui-même une issue lorsque les parties souhaitaient revenir sur leur accord. Ce fut probablement le cas du mariage annulé entre 1217 et 1222, après avoir été conclu par Dêmêtrios Tornikês entre la fille de son beau-frère et un parent de cette dernière16. Le tribunal constata après coup une consanguinité au sixième degré, mais aussi un défaut d'âge de l'époux, qui n'avait que treize ans au moment des faits. L'annulation des fiançailles contractées par un garçon de neuf ans et une fille de cinq répondit peut-être aussi à un dessein de rupture17, et plus sûrement encore la démarche d'une mère veuve, invoquant elle-même le défaut d'âge de sa propre fille, mariée à huit ans18. D'autres affaires attestent que l'on pratiquait parfois la consommation du mariage non seulement avant la puberté légale de la fille, mais avant sa puberté effective. En 1325, le tribunal synodal est saisi par le père d'une fille mariée à onze ans sous condition que l'union ne serait pas consommée avant l'âge légal de celle-ci19. L'engagement, pris par le père de l'époux n'a pas été respecté, et une sage-femme déclare la fille désormais inapte à toute relation conjugale. Le mariage est donc annulé, et la famille de l'époux condamnée à restituer la dot et les cadeaux reçus. Au siècle précédent, à Ohrid, le registre de Dêmêtrios Chomatianos 

——————————

15. Régestes, Nos 1738, 1748 6, 1763 11-13, 2431, etc. Bulle de licéité: No 2329, cf. Nos 2751, 2756, etc...

16. Ibid. No 1232.

17. Ibid. No 2106, A. 1324.

18. Ibid. No 2125, A. 1325.

19. Ibid. No 2122.

Σελ. 266
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/267.gif&w=600&h=915 6. Actes du Colloque, Historicite ...

atteste le cas d'une jeune femme de dix-huit ans environ (νεότης ηλικίας μεσολαβεί) épouse d'un quatrième mari après la mort des trois précédents. Elle expose au tribunal qu'elle a été mariée les deux premières fois avant «le poil de la puberté», et qu'elle a «vécu» avec son second conjoint20. Jean Apokaukos dissout lui aussi le mariage d'une fille impubère, qui semble avoir été consommé, et qui n'est pas un cas unique; dans le même document, il rappelle les âges légaux, et définit la puberté masculine par le développement du duvet, fleur qui signale le fruit, c'est-à-dire la capacité de procréer; enfin, il s'élève contre les belles-mères qui donnent temporairement à leurs gendres la satisfaction que l'épouse impubère ne peut encore fournir21. Ainsi, on tirait sur les limites légales, particulièrement, semble-t-il, pour les filles. Au demeurant, Apokaukos, cité plus haut, fait état des fausses déclarations d'âge qui permettaient aux pères de marier leurs filles trop jeunes. Cela dit, toute cette documentation judiciaire ne peut que mettre en relief une tendance. L'hagiographie atteste des âges moins surprenants, surtout, pour des garçons il est vrai, tel Nikêtas le jeune, qui s'enfuit devant le mariage envisagé pour lui dans sa vingtième année22.

L'enfance des filles, non dépourvue d'ailleurs d'instruction dans l'aristocratie23 s'ouvre directement sur leur condition adulte, qui se résume à la conjugalité, petites moniales mises à part. Certaines destinées masculines montrent une absence de transition comparable entre l'enfance et le couvent. La Vie de l'ermite Romylos, né à Vidin au XIVe siècle24, reprend ainsi un schéma ancien, ou plutôt constamment attesté: des années studieuses d'«enfant-vieillard» (παιδαριογέρων), au bout desquelles un projet d'alliance conçu par ses parents le détermine à fuir et à quitter le monde. Cependant, pour la plupart des garçons de milieu citadin et aristocratique, l'âge d'homme est précédé aux XIIIe-XIXe siècles, d'une transition pédagogique et sociale, à laquelle ne peut se comparer en rien l'intervalle domestique vécu par les filles entre fiançailles et mariage.

——————————

20. Chomatianos, éd. cit. col. 47-50 (doc. No 9).

21. Apokaukos, éd. cit. p. 68-70 (doc. No 10).

22. H. Delehaye, «Le martyre de saint Nicétas le jeune» (1924), Mélanges d'hagiographie grecque et latine, Bruxelles 1966, p. 310.

23. Cf. les précisions d'A. Laiou-Thomadakis, «The role of women in Byzantine aristocracy», Jahrb. Osterr. Byzantinistik t. 31, 1981, p. 253-257: l'alphabétisation ne touche qu'un petit groupe.

24. Ed. F. Halkin, «Un ermite des Balkans au XIVe siècle. La Vie grecque inédite de saint Romylos», Byzantion t. 31, 1961, p. 111-147.

Σελ. 267
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/268.gif&w=600&h=9156. Actes du Colloque, Historicite ...

Cet apprentissage devait se faire, semble-t-il, hors de la maison paternelle, et les auteurs du XIIIe siècle attestent le rôle du palais. Georges Akropolitês, né à Constantinople en 1217, est envoyé par ses parents à Nicée lorsqu'il atteint seize ans. L'empereur tient à un groupe de jeunes gens (μείρακες) choisis par lui un discours sur la nécessité des études supérieures dans la vie publique, que dominent "l'empereur et le philosophe", et les confie à un maître; les autres sont de la ville, Akropolitês seul vient de la "maison" impériale25. Au terme de ce cycle entamé dans sa dix-septième année, il reçoit sa première fonction. Michel VIII Paléologue rappelle son arrivée "au sortir de la petite enfance" dans le palais de son oncle Jean Vatatzês, qui l'éduque, "et se montre plus affectueux que (son) propre père". Cette période s'achève lorsqu'il est "compté parmi les jeunes gens (μείρακες), apte à porter les armes, et jugé capable de commander sous (l'empereur)". Celui-ci achève alors sa tâche en devenant son "beau-père" (κηδεστής), car il le fiance à sa nièce, "qu'il chérissait comme sa fille". Grégoire de Chypre, né vers 1241, se déclare d'une famille aristocratique ruinée par la conquête latine. Après l'école élémentaire, il est allé poursuivre ses études à Nicosie, mais l'enseignement latin lui a paru si médiocre qu'il est rentré chez lui. Il a donc passé sa quinzième année au foyer paternel, "occupé de chasse et de passe-temps similaires". Il souhaitait en effet aller à Nicée, et il a combattu deux années durant l'opposition des siens, avant de s'embarquer clandestinement. Il avait donc alors dix-sept ans, et il était un "jeune homme" (νεανίας). Il atteindra Nicée au terme d'un itinéraire difficile, qui ne nous importe pas ici26. Nikêphoros Blemmydês, né en 1197, marque aussi le tournant de la seizième année dans ses études, et rapporte ensuite son séjour au palais, puis sa recherche d'un maître, enfin son entrée dans le clergé patriarcal27.

L'attraction de Nicée se justifie assez au XIIIe siècle par des raisons historiques. Pourtant, ces déplacements de garçons semblent bien renvoyer à une disposition structurelle. Réduit à l'état de motif, le départ de la maison paternelle comme préambule à l'âge d'homme se retrouve dans le roman versifié de Belthandros et Chrysantza, destiné aux "jeunes gens" (νέοι): le héros, fils cadet d'un roi qui l'opprime, part à l'aventure, et rencontre sur son chemin l'amour et le mariage, avant de revenir succéder à son père et à son frère défunts. C'est là, il est vrai, un schéma

——————————

25. Akropolitês, éd. cit., t. '1, p. 49.

26. Grégoire de Chypre, éd. cit. p. 179-185 notamment.

27. Blemmydês, éd. cit. p. 2-3.

Σελ. 268
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/269.gif&w=600&h=9156. Actes du Colloque, Historicite ...

de conte. Les suggestions sont plus précises dans un épisode du Digenis, tel que le raconte la version G du poème28. Il s'agit de la première chasse de Digenis. Celui-ci a été "donné" à un maître, avec lequel il a étudié pendant trois ans, sans que le lieu soit précisé. Ensuite, il s'est formé quotidiennement à la chevauchée et à la chasse avec son propre père, et un beau jour il le supplie de le laisser chasser lui-même. Le père objecte que Digenis, âgé de douze ans, n'a pas encore atteint l'hêbê, et qu'il est trop jeune pour "la guerre avec les bêtes sauvages". Mais il cède enfin à cette précocité d'exception, et sort un matin avec son fils. Il emmène aussi "le frère cadet de son épouse", et "quelques cavaliers (καβαλλαρίους) pris parmi ses jeunes compagnons (αγούρων)". Tous semblent donc vivre auprès de lui. Digenis en revanche a lui-même échappé au déplacement, puisqu'il fait son apprentissage avec celui qu'il appelle du reste "seigneur et père) (αυθέντης και πατήρ). L'Alexandros basilcus présente une étape tout à fait semblable29. Alexandre, âgé de douze ans, et formé par son père aux manœuvres guerrières et aux chevauchées, réclame d'aller aux jeux d'Olympie. Son père lui répond qu'il est "un garçon (μείραξ) trop jeune", et incapable encore de se mesurer à ces épreuves, auxquelles il finit évidemment par se rendre, pour y triompher.

Blemmydês, le professeur réputé, Akropolitês, haut fonctionnaire, diplomate, et aussi professeur à son tour, Grégoire de Chypre, le patriarche, ont détaillé leurs années de formation dans la perspective des carrières qu'ils ont eues ensuite. Leur quête de savoir porte, dans ses modalités et son urgence, l'empreinte d'un humanisme grec du XIIIe siècle placé entre 1204 et 1261. Elle obéit néanmoins à une tradition gréco-romaine. L'empereur Michel VIII, et les modèles héroïques que sont Digenis et Alexandre, en poursuivent une autre, l'entrée dans l'âge d'homme par le combat guerrier, et son substitut, la chasse30. Les textes littéraires désignent le groupe où l'un et l'autre se trouvent alors par des termes qui ne sont pas ceux du droit (άγουροι, μείρακες), et qui définissent une position sociale ambiguë, instable, transitoire. La notion

——————————

28. Digenis, éd. cit. G IV 1017 et s.

29. Alexandros basileus, éd. cit. v. 622 et s., 780 et s.

30. Sur cette figure essentielle, voir J. Aymard, Essai sur les chasses romaines, des origines à la fin du siècle des Antonins (Cynegetica), Paris 1951, qui traite des antécédents grecs, et des prouesses d'Alexandre; P. Vidal-Naquet, "Flavius Arrien entre deux mondes. Postface à 'l'Histoire d'Alexandre' d'Arrien", dans Arrien, Histoire d'Alexandre. L'anabase d'Alexandre le Grand et l'Inde, Paris 1984. Ici p. 362-363; G. Moravcsik, "Ragen und Legenden über Kaiser Basileios I", Dumbarton Oaks Papers t. 15, 1961, ρ 59-126.

Σελ. 269
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/270.gif&w=600&h=915 6. Actes du Colloque, Historicite ...

centrale d'hêbê demeure toutefois commune aux deux classifications. Cependant, il ne s'agit pas ici d'un rite de passage collectif, imposé à un groupe d'âge, mais bien de la prouesse individuelle qui qualifie le futur souverain. La chasse de Digenis, à elle seule, combine en quelque sorte les deux niveaux, le rite et la prouesse. Il commence par être armé d'un bâton, et par user de ses mains, étranglant une ourse, déchirant un cerf rattrapé à la course. Son oncle l'entraîne alors vers «d'autres animaux, auprès desquels sont mis à l'épreuve les enfants des bien nés» (v. 1119-1120), et l'autorise alors à tirer l'épée contre un lion, dont la mort met un terme à l'expédition. Digenis commence ainsi comme un adolescent, et finit comme un empereur, ce qui ne surprend pas. Le récit de sa première chasse semble bien être un miroir tendu à l'aristocratie, si large qu'ait été le public de sa geste. Au delà du premier cercle social, l'entrée dans l'âge adulte n'a guère fait alors l'objet que de normes, et non de discours.

Σελ. 270
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/271.gif&w=600&h=9156. Actes du Colloque, Historicite ...

Ε. ANTONOPOULOS

PROLÉGOMÈNES À UNE TYPOLOGIE DE L'ENFANCE ET DE LA JEUNESSE DANS L'ICONOGRAPHIE BYZANTINE

Dans les lignes qui suivent sont indiquées, de manière très concise et elliptique, certaines orientations pour une recherche sur l'iconographie des enfants et des jeunes dans l'art byzantin1. En tentant de dresser un inventaire élaboré et présenté de manière synthétique, on hésite devant les voies qu'on pourrait emprunter, en vue de procéder à une reconnaissance et à un relevé suffisamment global du terrain de cette recherche. Rien n'a été fait jusqu'à ce jour pour fournir une vue d'ensemble de la question, et cette absence se reflète dans la bibliographie disponible2. Cependant, quelques tentatives d'approche, partant de

——————————

1. Cette communication puise dans une enquête menée par l'auteur dans le cadre du programme de recherches des Archives historiques de la Jeunesse grecque.

2. Je parle, bien entendu, de la question de l'iconographie des enfants et des jeunes dans l'art byzantin, à propos de laquelle on ne peut trouver que des contributions éparses dans des ouvrages ayant des sujets différents. Par contre, beaucoup a été entrepris, et de manière synthétique, sur la thématique de l'enfance et de la jeunesse à une échelle plus grande, de sorte qu'en peu d'années, des conceptions récentes, mais quelque peu partielles, aient évolué vers des thèses plus équilibrées. La voie fut ouverte par l'ouvrage de Philippe Ariès, L'Enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime, Paris, 1960 (1973 2). Voir aussi L. de Mause (éd.), The History of Childhood, New York, 1974.

Sur l'art de l'Antiquité grecque, voir H. Rühfel, Das Kind in der griechischen Kunst, Mayence, 1984 (allant de l'époque créto-mycénienne à l'époque hellénistique); du même auteur, Kinderleben im Klassischen Athen, Mayence, 1984.

Sur l'antiquité romaine, voir J.-P. Néraudau, Être enfant à Rome, Paris, 1984. Sur l'Occident médiéval et la Renaissance, voir la dense synthèse (les sources y sont traduites en allemand) de K. Arnold, Kind und Gesellschaft in Mittelalter und Renaissance, Paderborn, 1980. Voir surtout ce que déduit des sources byzantines Phédon Koukoulès, Βυζαντινών βίος και πολιτισμός, Ia, Athènes, 1948, p. 35-184 (écoles, éducation, jeux). Cf. dans l'ouvrage collectif Enfant et sociétés, Annales de démographie

Σελ. 271
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/272.gif&w=600&h=9156. Actes du Colloque, Historicite ...

points de vue différents, nous auraient permis de mieux distinguer comment s'est développée à chaque fois une problématique, et ce que l'on peut déduire à partir d'ensembles partiels de preuves.

Mais il faudrait tout d'abord déterminer quels sont à peu près les âges que l'on pourrait inclure dans cette recherche. Si on veut s'appuyer sur un guide, en recourant, par exemple, au tardif Traité de la peinture, de Denys de Phourna (18e s.), qui néanmoins codifie des typologies d'origine byzantine, on ne trouvera pas de définitions particulièrement éclairantes, surtout en ce qui concerne le rendu pictural3. Par ailleurs, une prescription que nous fournit Denys sur la représentation des âges de l'homme dans leur évolution, se réfère à des œuvres post-byzantines; il nous explique «comment est représentée la vanité de ce monde»4. Dans les intervalles de trois cercles concentriques, sont ordonnés en zones successives, du centre vers l'extérieur, la personnification du monde, les saisons, les signes du zodiaque, et hors de ceux-ci, à la périphérie, allant de droite à gauche les sept âges de l'homme: «En bas et du côté droit... peins un petit enfant en train de monter et inscris par devant... 'enfant' (7 ans); plus haut... peins en un autre plus grand, et inscris 'garçon' (14 ans); encore plus haut... un autre avec une légère moustache et écris 'puceau' (21 ans). Tout en haut enfin, au sommet de la roue, peins en un autre à la barbe naissante, assis sur un trône et posant les pieds sur un coussin, les bras étendus de chaque côté tenant un sceptre de la main droite et de la main gauche une bourse, portant couronne et habits royaux; et inscris 'jeune homme' (28 ans)». Suivent en descendant dans l'ordre, l'homme «à la barbe pointue» (48 ans), le barbon «grisonnant» (56 ans) et le vieillard «chauve à la barbe blanche» (75 ans)5. Le repérage

——————————

historique, 1973, les articles de H. Antoniadis-Bibikou, «Quelques notes sur l'enfant de la moyenne époque byzantine (du 6e au 12e siècles)», p. 77-84; E. Patlagean, «L'enfant et son avenir dans la famille byzantine (4e-12e siècles)», p. 85-93.

3. Au début, on recourt à des ouvrages connus, où l'on trouve des témoignages intéressants. Mais au fur et à mesure que l'enquête se poursuit, un reclassement des données rassemblées entre temps s'impose: les témoignages qu'on a retenus au début peuvent ne plus servir comme point de départ pour la forme définitive de notre étude.

4. Denys de Phourna, Ερμηνεία της ζωγραφικής τέχνης, éd. A. Papadopoulos-Kerameus, Saint-Pétersbourg, 1909, p. 213-215.

5. Op. cit., p. 214. P. Hetherington, The «Painter's Manual» of Dionysius of Fourna. An English Translation with Commentary of Cod. Gr. 708 in the Saltykov-Shchedrin State Public Library, Leningrad, Londres, 1974, p. 83, 110 (notes). Cf. A. Orlandos, Αρχείον των Βυζαντινών Μνημείων της Ελλάδος, t. 4, 1938, p. 179, I. Spatharakis, The Portrait in Byzantine Illuminated Manuscripts, Leiden, 1976, p. 77,

Σελ. 272
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/273.gif&w=600&h=9156. Actes du Colloque, Historicite ...

des étapes du développement humain, de sept ans en sept ans jusqu'à l'âge de 28 ans présuppose une vie chronologiquement accomplie6. Ceci n'arrivait pas toujours dans la réalité où, pourtant, l'absence d'accomplissement chronologique n'exclut pas l'accomplissement biographique ou spirituel — selon l'optique chrétienne7. Or, si on est en présence d'un accomplissement biographique, comme par exemple avec l'incarnation du Verbe, du Christ, son développement pictural, qui peut avoir lien dans des cas particuliers, quand il s'agit par exemple du Christ ou de la Vierge, décrit des étapes comprenant l'enfance et la jeunesse8. Cependant, si l'on est obligé d'examiner l'enfance du Christ, qui s'achève par son enseignement au Temple, à l'âge de 12 ans, on exclura par contre l'examen des épisodes ultérieurs de sa vie, puisque la figure du Christ dans les représentations correspondantes n'exprime plus la jeunesse, mais une maturité parfaite. N'oublions pas pour autant le «jeune à la barbe naissante» de 28 ans («jeune»), selon la formule du Traité.

Il est sans doute possible de trouver dans le domaine iconographique des formules traduisant les premières phases de la vie humaine, comme celles-ci sont approximativement définies par des textes, des pratiques, ou des conceptions, Saint Nicolas, par exemple, autour de sa sixième année est conduit par ses parents chez un précepteur9. Sur un bas-relief de marbre d'époque byzantine tardive est figurée, à gauche, la

——————————

fig. 44. Selon les phases de progression enregistrées par Denys, noire recherche se limiterait à ce qui est représenté à l'extérieur du troisième demi-cercle à droite de l'entant de sept ans (paidion) à l'homme à la barbe naissante du sommet de la roue, le «jeune homme» de 28 ans.

6. Rétrospectivement, cf. Anastase le Sinaïte, Migne PG 89, 368C-369C («les sept âges de l'homme»).

7. Cf. Grégoire de Nysse, De la virginité, 23,6 (Grégoire de Nysse, Traité de la virginité, éd. M. Aubineau, «Sources chrétiennes» 119, 1966, p. 548. 13-15): «... eux qui, malgré la jeunesse de leur âge, sont devenus tout chenus par la pureté de leur chasteté, devançant la vieillesse par leur raison et en quelque manière transcendant le temps» (trad. ibid., p. 549).

8. J. Lafontaine-Dosogne, Iconographie de l'enfance de la Vierge dans l'Empire byzantin et en Occident, I-II, Bruxelles, 1964-1965. Ead., «Iconography of the Cycle of the Life of the Virgin», in The Kariye Djami, IV. Studies in the Art of the Kariye Djami and its Intellectual Background, Princeton, 1975 (P. Underwood, éd.), p. 161-194. Dans le même ouvrage, voir ead., «Iconography of the Cycle of the Infancy of Christ», p. 195-241.

9. Nancy P. Sevčenko, The Life of Saint Nicholas in Byzantine Art, Turin, 1983, p. 70-75, 183 (3.2), 216 (14.2), 242 (20.2), 246 (21.2) 261 (23.2), 306 (35.1), 311 (36.2), 336 (44.2).

18

Σελ. 273
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/274.gif&w=600&h=9156. Actes du Colloque, Historicite ...

Vierge elle-même menant son fils devant le maître assis (à droite)10. Mais, plus généralement, au lieu d'aller des textes à la recherche de leurs équivalences picturales, il serait plus conforme à la nature du matériau de procéder plutôt à partir des images. Et c'est ici que surgit une question particulièrement intéressante, suggérée par notre matériel iconographique -que nous devrons affronter en nous pliant à sa singularité-, question qui n'a pas été posée jusqu'ici: ne peut-on pas, indépendamment des âges réels -évidemment représentés dans l'iconographie-, distinguer aussi des âges figuratifs? Des âges qui ne renvoient pas directement à une réalité, mais qui sont au service d'une démonstration "idéographique"? Et si l'on peut, quelles sont les catégories de "personnages" représentés par ces types? Ce qui suit nous suggère quelques discrètes réponses.

Généralement les enfants sont trahis par leur taille et par un ensemble de caractères peu variables, sans grande diversité, qui les distinguent du inonde accompli des adultes; traits "compressés" où les droites s'incurvent, cheveux courts, habits simplifiés. Aux tailles modestes correspondent des occupations analogues: "les enfants jouent". "Une mosaïque de pavement pré-iconoclaste, au Grand Palais de Constantinople, comporte une scène montrant des enfants jouant avec des roues, en un décor évoquant l'Hippodrome11. Mais ceci n'est qu'un hapax (pour ce qui concerne Byzance). On rencontre fréquemment des enfants dans les scènes du cycle christologique, surtout dans l'Entrée à Jérusalem, les Rameaux (où leur présence, non seulement atteint des dimensions peu communes, mais aussi une signification particulière); certains sont juchés sur des arbres, d'autres étendent leurs vêtements pour que "Celui qui vient" marche dessus12. Cette scène se retrouve à toutes les époques et relève d'une typologie de représentations pré-chrétiennes, de l'Adventus ou Réception des personnes éminentes aux portes d'une cité13. Or

——————————

10. A. Xyngopoulos, "Το ανάγλυφον της Επισκοπής Βόλου", Επετηρίς Εταιρείας Βυζαντινών Σπουδών, 2, 1925, p. 107-121. R. Lange, Die byzantinische Reliefikone, Recklinghausen, 1964, p. 115-117. fig. 44. Musée byzantin et chrétien d'Athènes, 6 oct. 1984 - 30 juin 1985, Exposition pour le centenaire de la Société archéologique chrétienne (1884-1984), Athènes, 1984, no 2 (p. 13-14).

11. G. Brett, W. Macaulay, R. Stevenson, The Great Palace of the Byzantine Emperors, Londres, 1947, pi. 29 (cf. Koukoulès, op. cit., p. 167, pl. B.l-2); sur d'autres scènes aux figures d'enfants dans la même mosaïque, cf. ibid., pl. 28, 30-34, 47b, et 52.

12. G. Millet, Recherches sur l'iconographie de l'Évangile..., Paris, 1916, p.255-284 (principalement p. 256-260).

13. Voir E. Kantorowicz, "The King's Advent, and the Enigmatic Panels

Σελ. 274
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/275.gif&w=600&h=9156. Actes du Colloque, Historicite ...

il est intéressant que sur des fresques d'époque byzantine moyenne, en Cappadoce, mis à part les enfants, ceux qui accueillent le Christ aux portes de la ville sont devenus des jeunes personnages14. De la sorte est reproduite, remaniée, une formule de l'iconographie pré-chrétienne —représentant une réalité qui subsiste jusqu'à nos jours (les enfants prenant part obligatoirement à des accueils)—; est également interprété le texte évangélique15, et l'hymnographie du jour y trouve son écho16. L'acte pictural, appuyé naturellement, sur une certaine interprétation (reflétée dans les textes), mais aussi sur l'expérience (qui d'ailleurs est enregistrée dans des représentations plus anciennes), redistribue des rôles en vue d'une démonstration plus réussie: du «sanctuaire» du texte évangélique, les enfants sont transplantés dans l'accueil; il leur a été accordé de discerner ce que leurs pères n'ont pu voir. Dans certains cas de représentation des Rameaux, on discerne aussi un élément reprenant des types anciens, l'Apakanthizoménos17. L'enfant qui ôte les épines de sa plante des pieds est introduit dans la représentation à partir du 10e siècle, pour montrer allégoriquement la levée de la faute originelle impliquée par la venue du Sauveur.

A côté des enfants réels, il y a donc les enfants allégoriques, qui

——————————

in the Doors of Santa Sabina», Art Bulletin, 26, 1944, p. 208, 212, 213. Cf. A. Grabar, Christian Iconography. A Study of its Origins, Princeton, 1968, p. 44-45.

14. Millet, op. cit., p. 257, 280-284.

15. Mt. 21.8: «Alors les gens, en très grande foule, étendirent leurs manteaux sur le chemin; d'autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient le chemin». Mt. 21.15-16 (plus tard, dans la ville): «Devant ces prodiges qu'il venait d'accomplir et ces enfants qui criaient dans le Temple: «Hosanna au fils de David!» les grands prêtres et les scribes furent indignés et ils lui dirent: «Tu entends ce qu'ils disent, ceux-là?»—«Parfaitement, leur répond Jésus n'avez-vous jamais lu ce texte: Par la bouche des tout petits et des nourrissons tu t'es ménagé une louange?» (ces citations reproduisent la traduction de la «Bible de Jérusalem»). Cf. cependant les Evangelia Apocrypha, éd. Tischendorf, Leipzig, 1853, p. 210.

16. Voir Triôdion, Athènes (Σαλίβερος), 1930, p. 364 sq. Cf. le kontakion de Romanos (Romanes le Mélode, Hymnes, éd. J. Grosdidier de Matons, IV, «Sources chrétiennes» 128, Paris, 1967, p. 28 sq.): «tu accueillais la louange des anges et l'hymne des enfants qui te criaient: «Tu es béni, toi qui viens rappeler Adam.» (prooïmion I, ibid., p. 31). «Puisque tu as enchaîné l'Enfer, tué la Mort et relevé le monde, les innocents avec des palmes t'acclamaient, ô Christ, comme un vainqueur» (strophe 1.1-3, ibid.).

17. D. Mouriki, «The Theme of the 'Spinario', in Byzantine Art», Δελτίον της Χριστιανικής Αρχαιολογικής Εταιρείας, 6 (1970-1972) 1972, p. 53-66. Sur les interprétations divergentes avancées par Doula Mouriki et Kurt Weitzmann au sujet de la présence de tireurs d'épines dans cette image, voir ibid., p. 63-64, n. 65.

Σελ. 275
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/276.gif&w=600&h=9156. Actes du Colloque, Historicite ...

peuvent représenter, soit l'ensemble des mortels face au Pédagogue "philanthrope" et Souverain céleste, soit des êtres fictifs, comme par exemple l'Amour ou l'Aurore18. Il ne semble pas cependant que les iconographes se soient directement préoccupés de la réalité environnante des âges de l'enfance et des conditions dans lesquelles évoluait la vie des enfants. Quand leur intérêt s'oriente en cette direction, ils préfèrent puiser dans des sources de la tradition ancienne rétrospectivement novatrices, dont le flux avait été auparavant assuré par d'autres intermédiaires successifs, qui avaient agi de même, dans des espaces de temps plus ou moins brefs19. L'enfant qui tout le temps a la lumière concentrée sur lui, est évidemment l'Enfant divin, qui apparaît avec des "accessoires", des costumes, des caractères, qui sont propres aux âges avancés20. Ceci a été rattaché à la thématique de l'enfant-vieillard (puer senex), idée fixe des Byzantins, qui transforme l'enfant en une créature circonspecte de petite taille21. Il serait préférable dans ce cas de centrer notre attention sur le rapport "évolutif" entre la Vierge et l'enfant. Dans des compositions pré-iconoclastes, la mère avec l'enfant dans son sein sont placés frontalement face au spectateur22. Mais, progressivement, vont prédominer les icônes à l'intérieur desquelles les rapports entre l'enfant et la mère sont développés, avec des variantes23. Parallèlement à la

——————————

18. Cf. V. Lazarev, Storia della pittura bizantina, Turin, 1967, fig. 131 (Orthros), 146 (Erôs). Les putti affairés des illustrations mythographiques et des scènes de genre, sont plutôt limités en ce qui concerne la chronologie et le support des œuvres où ils figurent. Sur les putti dans l'art romain, voir R. Stuvéras, Le putto dans l'art romain, Bruxelles, 1969.

19. Sans pourtant que soient exclues des initiatives, toutefois insuffisantes, pour couvrir directement la réalité. Sur la question des renouveaux classicisants, voir E. Kitzinger, "The Hellenistic Heritage in Byzantine Art", Dumbarton Oaks Papers, 17, 1963, p. 95-115. Id., "The Hellenistic Heritage in Byzantine Art Reconsidered", XVI. Internat. Byzantinistenkongress, Akten, 1/2 ( = Jahrbuch der Österreichischen Byzantinistik, 31/2, 1981), p. 657-675.

20. Cf. Lazarev, op. cit., fig. 68. Voir K. Weitzmann, The Monastery of St Catherine at Mount Sinaï. The Icons, I: From the Sixth to the Tenth Century, Princeton, 1976, p. 18-21 (principalement p. 20), pl. 4-5.

21. Et pas seulement des Byzantins; cf. E. Curtius, La littérature européenne et le moyen âge latin, Paris, 1956, p. 122-125. Néraudau, op. cit., p. 125-128. Cf. A J. Festugière, Revue des Études Grecques, 81, 1968, p. 94.

22. Voir supra, n. 20.

23. Est ainsi manifesté l'essor d'une sensibilité plus "liante". Pour un exemple, cf. le catalogue de l'exposition du centenaire de la X.A.E. (supra, n. 10), n°4(p. 15). Sur le changement de sensibilité manifesté dans des œuvres de la période byzantine tardive, voir T. Velmans, "Les valeurs affectives dans la peinture murale byzantine

Σελ. 276
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/277.gif&w=600&h=9156. Actes du Colloque, Historicite ...

temporalité du Verbe incarné, est toutefois illustrée, avec concision, la diachronie de Dieu, par des représentations simultanément complémentaires: à côté du jeune Emmanuel, nous avons le Pantocrator adulte, ainsi que le vieillard Ancien des Jours24. Dans une image du 11e siècle, les trois Rois mages venus adorer l'Enfant, reconnaissent respectivement, chacun séparément, l'un un enfant, l'autre un homme de trente ans et le troisième un vieillard, tous les trois ayant la même taille25; et dans une icône en encaustique, du 7e siècle, au Mont Sinaï, ces trois phases complémentaires sont combinées en un "portrait", où Dieu est présenté ayant la taille d'un adulte, les lèvres de couleur cerise, la barbe et les cheveux blancs, et où il est identifié par l'inscription Emmanuel26.

Il est plus difficile de distinguer les âges des jeunes, qui peuvent varier de l'adolescence à l'âge d'homme. Nous avons ici des séries de personnages jeunes, anonymes ou nommés (bergers, soldats, diacres); mais même celles-ci, ainsi que d'autres catégories de personnages, comme les martyrs ou les saints militaires, ne comprennent pas d'individus exclusivement jeunes. Dans plusieurs composition sont introduits, à titre représentatif dans la plupart des cas, des personnages d'enfants ou de jeunes27. Et dans des représentations anachroniques, n'est pas rendue l'apparence de jeunes individus contemporains, sauf lorsqu'il s'agit de portraits de personnages réels, figurés par exemple dans des

——————————

au 13e siècle et la manière de les représenter", L'art byzantin du 13e siècle. Symposium de Sopoćani 1965, Belgrade, 1967, p. 47-57. Sur l'iconographie de la Vierge à l'enfant, voir les études de A. Grabar réimprimées dans le volume L'an paléochrétien et l'art byzantin. Recueil d'études 1967-1977, Londres, 1979 (articles VIII, IX, XI). Notons par ailleurs que, à part les icônes qui privilégient la maternité de Marie (ou d'autres personnages), on possède aussi des représentations de la paternité; Voir S. Papadopoulos, "Essai d'interprétation du thème iconographique de la Paternité dans l'art byzantin", Cahiers Archéologiques, 18, 1968, p. 121-136.

24. Voir A. Orlandos, op. cit., p. 121-122, fig. 84 (Saint Etienne de Kastoria). A. Grabar, L'art de la fin de l'antiquité et du moyen âge, I, Paris, 1968, p. 54-56. S. Tsuji, "The Headpiece Miniatures and Genealogy Pictures in Paris. Gr. 74", Dumbarton Oaks Papers, 29, 1975, p. 182-187, fig. 4.

25. Lazarev, op. cit., fig. 202. Tamar Avner, "The Impact of the Liturgy on Style and Content. The Triple-Christ Scene in Taphou 14", XVI. Internat. Byzantinistenkongress, Akten, 11/5 ( = Jahrbuch der Österreichischen Byzantinistik, 32/5, 1982), p. 459-467, fig. 1a.

26. Weitzman, op cit., p. 41-42, pi. 18, 63.

27. Ces compositions peuvent représenter de façon équilibrée des groupes humains anonymes, constitués en divers endroits, dans des circonstances précises, ou bien, illustrer un événement et des personnages concrets.

Σελ. 277
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/278.gif&w=600&h=915 6. Actes du Colloque, Historicite ...

scènes votives ou de donateurs28. Des suites entières reproduisent des événements exemplaires, ou certaines étapes de la «croissance» de personnages éminents, qui selon leur histoire et leur «utilité», ont droit à une attention particulière et constamment soutenue, tournée tantôt vers l'enfance, tantôt vers la jeunesse29. De plus, une foule de personnages allégoriques, privés d'existence ontologique, au sexe déterminé par le genre grammatical de leur nom, vient enrichir la typologie de la jeunesse, tandis que dans d'autres cas des personnages réels, rendus par un âge immuable, sont chargés de signification symbolique30. Les anges ont évidemment un âge immuable.

J'ai mentionné tout à l'heure le manque presque total, dans la bibliographie disponible, d'études allant dans la direction que j'indique. Ce constat d'un manque de correspondance entre ce que nous recherchons et les données des inventaires iconographiques qui consolident la recherche, en l'appuyant sur ce qui a été rassemblé jusqu'ici mais qui aussi, plus simplement, reflètent la thématique de la bibliographie disponible, renvoie en quelque sorte à un autre manque de correspondance, cette fois entre les «inventaires» médiévaux et l'iconographie contemporaine. Cette observation comparative nécessite une formulation plus précise; passons néanmoins, pour le moment, à un exemple.

On connaît les Sacra parallela de Jean Damascène; il s'agit d'un recueil «encyclopédique» de citations tirées de sources d'autorité diverses à caractère édifiant31. Un exemplaire conservé à Paris, datant du 9e

——————————

28. Scènes votives: voir Lazarev, op. cit., fig. 42; R. Cormack, Writing in Gold. Byzantine Society and its Icons, Londres, 1985, p. 80-83, fig. 23. Scènes de donations: cf. le portrait d'Alexis, fils de l'empereur Jean II Comnène à Sainte-Sophie: Lazarev, op. cit., fig. 292; Spatharakis, op. cit., p. 79-83, fig. 46, 50-51 (le même personnage dans le codex Vat. Urb. gr. 2, f. 19v).

29. A titre d'exemple, voir les épisodes figurés de la vie du jeune David in H. Buchthal, The Miniatures of the Paris Psalter. A Study in Middle Byzantine Painting, Londres, 1938. The Metropolitan Museum of Art, New York, 19 nov. 1977-12 févr. 1978, Age of Spirituality. Late Antique and Early Christian Art, Third to Seventh Century, New York, 1979, n° 425-433 (p. 475-483).

30. Sur les personnages allégoriques, voir Lazarev, op. cit., fig. 107 (Mélodie, Mont Bethléem, anonyme), 108 (Douceur), 109 (Pénitence), 110 (Sagesse et Prophétie), 131 (Nuit et Aurore), 146 (Amour), 190 (Soleil), 245 (Dépaysement), 248 (Rancune), 251 (Charité et Justice), etc. Sur les personnages réels, voir le missorium théodosien de Madrid: J. Beckwith, Early Christian and Byzantine Art, Harmondsworth, Middlesex, 19792, p. 76-77, fig. 60.

31. Migne PG 95, 1069 sq. Cf. A. Guillou, «Le système de vie enseigné au 8e siècle dans le monde byzantin», / problemi dell'Occidente nel secolo VIII (Settimane di studio del Centro italiano sull'Alto Medioevo, 20) Spoleto, 1973, p. 343-441.

Σελ. 278
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/279.gif&w=600&h=915 6. Actes du Colloque, Historicite ...

siècle, est décoré d'enluminures en marge des feuillets32. Une partie de ces représentations dépend de modèles organiquement intégrés à l'iconographie d'autres textes; de textes qui constituèrent les sources de Jean Damascène. Ces enluminures peuvent donc reprendre des types antérieurs. C'est ainsi qu'à côté d'un enregistrement compilateur d'extraits, se déploie cette iconographie également compilatrice —ceci n'excluant pas pour autant des initiatives dans l'illustration. Il faut aussi tenir compte du fait, très naturel d'ailleurs, que l'iconographie des Sacra parallela n'obéit que partiellement à l'économie des citations choisies par Jean Damascène pour faire partie de son florilège. De notre point de vue, dans ce recueil, articulé par ordre alphabétique, il est intéressant d'examiner la partie traitant «De la jeunesse et de l'âge jeune»33. Les éléments fournis par cette partie ne sont pas ceux auxquels on se serait attendu; plus particulièrement, dans le cadre des ensembles d'où ils proviennent, ces éléments n'étaient pas illustrés par des images, dont l'iconographe du livre aurait pu se servir par la suite— si bien sûr, il avait à sa disposition les modèles correspondants. Par exemple, le premier extrait inséré par le compilateur dans cette partie est le psaume 118.9: «Comment le jeune homme redressera-t-il sa voie?/ En gardant tes paroles». Ce verset du psaume 118 n'est pas illustré dans les psautiers grecs; sans doute un iconographe byzantin aurait eu du mal à en donner une traduction picturale créatrice. A quoi ce verset aurait-il pu l'inciter? Le «jeune homme» pourrait être représenté par un personnage jeune. Le chemin pouvait rappeler à la mémoire d'un lettré Hercule à la croisée des chemins; en tout cas, ce verset ne fait allusion à aucun dilemme. Dans un contexte chrétien, on pourrait représenter un jeune avançant sur un droit chemin, comme par exemple un psautier de la British Library, du 11e siècle, représente les «irréprochables dans la voie» du premier verset de ce même psaume, «qui marchent dans la loi du Seigneur»34. La voie chez un iconographe également postérieur (mais nous sommes toujours à l'époque byzantine moyenne) aurait pu renvoyer à l'Échelle de Jean Climaque, ce sentier vertical échelonné qui mène vers Dieu ceux qui désirent se décharger,

——————————

32. Cod. Paris, gr. 923. Voir K. Weitzmann, The Miniatures of the Sacra Parallela: Parasinus Gr. 923, Princeton, 1979.

33. Migne PG 96, 185-89 (dans le codex: f. 240, lettre N, a).

34. Cod. British Library, Additional 19352: f. 158. Voir S. Der Nersessian, L'illustration des psautiers grecs du moyen âge, II. Londres Add. 19352, Paris, 1970, fig. 256. Pour la traduction des psaumes en français, cf. Les psaumes, (...), trad, par P. Deseille, (s.l ), 1979.

Σελ. 279
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/280.gif&w=600&h=9156. Actes du Colloque, Historicite ...

l'un après l'autre, de leurs fardeaux passionnels et renoncer aux chemins des sens35. Pour se reporter directement à l'iconographie de l'Échelle, on pourrait mentionner les deux compositions d'un codex de la Bibliothèque Vaticane, datant du 11e siècle, où le moine qui part vers la source de la vie, Dieu-le Verbe, renonce d'une part à la Vie (f. 7), personnifiée par un jeune personnage nu se déplaçant sur des roues, pour suivre l'Aprospatheia, personnifiée par une jeune femme qui le conduit dans sa marche ascendante, et d'autre part (f. 12), ayant abandonné sa femme, ainsi que ses enfants —qui sont présents dans la composition picturale, vêtus de courtes tuniques, ahuris et plaintifs—, parvient à monter sur le premier échelon. Désormais, son épouse sera l'Aprospatheia, par laquelle il accomplira toutes les vertus, comme l'inscription nous en informe. Ces deux compositions, illustrant le début et la fin du premier des trente chapitres (-degrés) de l'Échelle, du «Renoncement à la vie évoquent pour nous des sources figuratives de l'Antiquité grecque», remaniées dans un contexte chrétien36. Le souci du moine n'est pas de saisir l'occasion fugace, mais bien de monter à l'échelle qui conduit au ciel.

Rien de tout cela dans le codex que nous examinons37. Cependant, si le passage en question, et le chapitre «De la jeunesse et de l'âge jeune» dans son ensemble, ne stimulèrent pas la créativité de l'iconographe, et ne le renvoyèrent guère à des modèles disponibles, les enfants ou les jeunes sont loin d'être absents de l'iconographie de ce codex.

Dans un cas même, l'iconographe choisit de figurer un épisode horrible, ce qui peut témoigner de sa propre curiosité, ou de celle de son guide, mais aussi —à un certain degré, et avant eux— de celle du compilateur, pour tout ce qui dépasse la mesure. Il nous donne alors une «tératographie», en illustrant un épisode de la Guerre des Juifs de Flavius 

——————————

35. A titre indicatif, je cite l'illustrai ion, de ce même passage dans le psautier cod. 1927 (f. 218) de la Bibliothèque Vaticane, du 12e siècle: E. T. DeWald, The Illustrations in the Manuscripts of the Septuagint, III. Psalms and Odes, Part I: Vaticanus Graecus 1927, Princeton, 1941, p. 36, pl. 50.

36. Cod. Vat. gr. 394, de la fin du 11e siècle. Sur les images des f. 7 et 12, voir J. R. Martin, The Illustrations of the Heavenly Ladder of John Climacus, Princeton, 1954, p. 49-52, fig. 70, 72. Sur les sources antiques, voir ibid., p. 49 sq. Cf. Ch. Bouras, «Αλληγορική παράσταση του Βίου-Καιρού σε μια μεταβυζαντινή τοιχογραφία στη Χίο» Αρχαιολογικόν Δελτίον, 21, 1966, p. 26-34. A. Grabar, Sculptures byzantines du moyen âge, II (11e-14e siècles), Paris, 1976, p. 115, fig. 91a.

37. L'ensemble cité n'a évidemment pas de cohérence interne et n'aurait pu être accompagné d'une illustration autonome. Les éléments cités ont une valeur diachronique.

Σελ. 280
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/281.gif&w=600&h=915 6. Actes du Colloque, Historicite ...

Josèphe, repris dans les Sacra parallela. Pendant le siège de Jérusalem par Titus, une mère a été contrainte par la faim de tuer, de faire cuire et de manger son enfant; elle est même prête à en offrir la moitié à des soldats rebelles, que l'odeur de la chair cuite a attirés, et qui, cependant, découvrant de quoi il s'agissait, «restèrent pétrifiés»38. L'illustration se déroule en hauteur, en quatre phases; on ne peut exclure une initiative de l'iconographe dans la façon de rendre cet épisode39. L'extrait de Flavius Josèphe fait partie des passages intitulés «De la famine, et de ceux qui refusent à vendre du blé en cas de nécessité publique; et de ce que la famine entraîne de monstrueux». C'est un tel interdit, une telle monstruosité, qui ont attiré l'attention du peintre; or, ce fait contre nature, n'est pas pour autant inscrit au passif de la société chrétienne40.

Dans le cas de cette «encyclopédie» médiévale illustrée, et de notre point de vue, la recherche pourrait suivre les directions suivantes: (a) —où et comment les Sacra parallela (ce texte, en général) se réfèrent-ils à des enfants et à des jeunes? De quoi est-il plus précisément question dans les passages concernés? D'où proviennent les types qui éventuellement illustrent ces mentions? Description et inventaire des types iconographiques et des hapax picturaux, (b)— Dans quelle autre partie du même codex des personnages jeunes sont-ils représentés, quelle est leur typologie et, éventuellement, leur «idéologie» — ou plus simplement leur signification? S'agit-il de figures originales? Font-ils écho aux idées de leur époque indépendamment du texte illustré? Vis-à-vis de quels passages l'iconographe a-t-il développé sa propre initiative41 ? (c) — Quel est le rapport du texte à l'illustration? (etc.).

——————————

38. Migne PG 96, 100D-101A. Weitzmann, Sacra Parallela (supra, n. 32), p 246-247, fig. 715-716 (Paris, gr. 923, f. 227).

39. Il ne semble pas qu'il ait eu à sa disposition un modèle provenant d'un manuscrit hypothétique, avec le texte illustré de Flavius Josèphe— comme semble le soutenir Weitzmann (ibid., p. 262). Il est très probable qu'il a procédé tout seul.

40. Il en est de même avec l'infanticide de Médée (se rapportant à la tragédie d'Euripide—où l'événement n'est pas représenté sur scène). Voir la miniature du cod. Marc. gr. 479, f. 47, du 11e siècle (pseudo-Oppien, Traité de chasse), qui illustre divers exemples mythologiques d'infanticide, ou de parricide, ayant comme motif la jalousie: K. Weitzmann, Greek Mylhology in Byzantine Art, Princeton, 1951, p. 136-137, fig. 159 (Médée y figure en souveraine byzantine d'époque moyenne).

41. Je cite à titre indicatif des scènes bibliques, comme le meurtre d'Abel par Gain (Weitzmann, Sacra Parallela; supra n. 32, fig. 11. Les chiffres entre parenthèses renvoient à ce même ouvrage), l'histoire de Joseph (fig. 38 sq.), les trois Hébreux (fig. 385); des scènes où figurent des anges (fig. 27, 172, 441, 450, 492), des bergers (fig. 22), des soldats (fig. 80, 167), des gens en armes (fig. 161) ou des 

Σελ. 281
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/15/gif/282.gif&w=600&h=9156. Actes du Colloque, Historicite ...

La même direction avec, à chaque fois, la démarche la plus appropriée, doit être suivie aussi en ce qui concerne les autres textes illustrés. Néanmoins, cette problématique, déployée comme elle l'est en plusieurs champs, nous renvoie continuellement à des groupes de données différents. Or il serait utile d'indiquer des directions pour des études ultérieures, après avoir rendu compte, le plus exhaustivement possible, de ce qui a été fait jusqu'ici en ces domaines interdépendants, considérés dans leurs corrélations et non pas isolés. C'est ainsi que la mise en relation des parties peut servir de base à des études sur les ensembles; des études avec une vision globale, où, à côté de la croissance physique de l'homme, sera examiné son accomplissement spirituel, tel qu'il est figuré dans l'iconographie médiévale. En vérité, la production picturale est limitée et «rétrospective», ne reflétant pas la réalité contemporaine. Enfants et jeunes y figurent, non pas parce que le peintre enregistre la réalité environnante, mais parce que dans les épisodes illustrés prennent part ou bien sont protagonistes des personnages de cet âge; de même lorsque apparaissent des catégories professionnelles, où les acteurs, dans leur majorité, sont des individus jeunes. D'ailleurs devant le Pédagogue et Souverain céleste, tous les mortels, tous les âges confondus, ne sont considérés que comme des enfants42. En général, la méfiance est permanente envers l'image qui dévie des types consacrés par l'Église byzantine. Est ainsi condamnée la représentation de putti et de tout ce qui aurait pu détourner les sens, en commençant par la vue43.

Pour diriger une enquête à l'intérieur d'un «système» iconographique partiel, on pourrait examiner le psautier Chludov, du 9e siècle, une des oeuvres les plus significatives de l'art byzantin en notre possession44.

——————————

bourreaux (fig. 164); quelquefois des groupes de personnages sont rendus par des individus semblables entre eux (fig. 86, 108); des scènes du Nouveau Testament, comme le Fils prodigue (fig. 464); des scènes de guérison où les personnages bénéficiaires sont semblables (fig. 411-412, 417, 435); Étienne (fig. 490); des représentations d'enseignement patristique (fig. 565, 570, 640) etc.

42. Voir Clément d'Alexandrie, Le Pédagogue, I, éd. H.I. Marrou-M. Karl, «Sources chrétiennes» 70, Paris, 1960, p. 23 sq. (introduction de Marron).

43. 100e canon du Concile Quinisexte, commentaire de Théodore Balsamon: G. Rallis — M. Potlis, Σύνταγμα των θείων και ιερών κανόνων, II, Athènes, 1852, p. 545-546.

44. Voir l'édition des M. V. Scepkina et I. Dujčev, Miniatjury Chludovskoj Psaltyri: Grečeskij illjustrirovannyi kodeks IX veka, Moscou, 1977. Le psautier, fondamental pour apprendre les premières notions, était le livre, non seulement le plus lu, mais aussi le plus illustré. Son illustration picturale constitue un ensemble «polycyclique», composé d'éléments provenant de sources diverses.

Σελ. 282
Φόρμα αναζήτησης
Αναζήτηση λέξεων και φράσεων εντός του βιβλίου: Actes du Colloque International, Historicité de l’ enfance et de la jeunesse
Αποτελέσματα αναζήτησης
    Ψηφιοποιημένα βιβλία
    Σελίδα: 263
    6. Actes du Colloque, Historicite ...

    EVELYNE PATLAGEAN

    L'ENTRÉE DANS L'ÂGE ADULTE À BYZANCE AUX XIIIe - XIVe SIÈCLES

    L'entrée dans l'âge adulte est partout un pivot de la classification sociale des âges. Elle s'opère par un passage, plus ou moins long et complexe selon les sociétés, dont les modalités définissent la situation des "jeunes" des deux sexes. Il m'a paru intéressant de considérer la question dans l'hellénisme des XIIIe et XlVe siècles, à la charnière du moyen âge et de la modernité. Les grands traits de cette dernière se mettent en effet alors en place. Dans le domaine de la famille et du droit privé, le Manuel en six livres du juge Constantin Armenopoulos, publié à Thessalonique en 1345 comme un état du droit à l'usage de ses confrères, demeurera la base du développement ultérieur1. L'époque a laissé en outre une documentation judiciaire, des décisions exprimées notamment à Naupacte par Jean Apokaukos (1150/1160-1232/1235)2, à Ohrid par Dêmêtrios Chomatianos, archevêque de 1217 à sa mort après 1234 3, à Constantinople par le tribunal patriarcal4. D'autre part, la littérature

    ——————————

    1. Κωνσταντίνου Αρμενοπούλου Πρόχειρον νόμων ή Εξάβιβλος, éd. K.G. Pistakês, Athènes 1971 (avec une introduction substantielle). Ce qui suit d'après les titres I 12 (Περί ανήβων και αφηλίκων), 13 (Περί γυναικών), 17 (Περί λύσεως υπεξουσιότητος), passim.

    2. Nous citerons ici N.A. Beês, "Unedierte Schriften aus der Kanzlei des Johannes Apokaukos des Metropoliten von Naupaktos (in Aetolien)", Byzant. neugr. Jahrb. t. 21, 1976, textes p. 55-160.

    3. Nous citerons ici l'éd. J. Pitra, Analecta Spicilegio Solesmensi parata, t. 6, Paris 1891.

    4. Régestes des actes du patriarcat de Constantinople (Les). Vol. I. Les actes des patriarches, fasc. 4. Les régestes de 1208 à 1309 par V. Laurent, Paris 1971; fasc. 5, Les regestes de 1310 à 1376 par J. Darrouzès, Paris 1977 (cité dorénavant comme Régestes). On ajoute aux éditions citées dans ce dernier volume Registrum patriarchatus Constantinopolitani. I. Documenta annorum MCCCXV-MCCCXXXI éd. H. Hunger et O. Kresten, Vienne 1981. Voir P. Lemerle, "Recherches sur les institutions