Συγγραφέας:Διεθνές Συμπόσιο
 
Τίτλος:Actes du Colloque International, Historicité de l’ enfance et de la jeunesse
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:6
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1986
 
Σελίδες:709
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Βιβλιογραφία
 
Διεθνή Συμπόσια
 
Κοινωνική ενσωμάτωση
 
Μαθητεία και εργασία
 
Νεανικά έντυπα
 
Νεανικές οργανώσεις
 
Νοοτροπίες και συμπεριφορές
 
Παιδεία-Εκπαίδευση
 
Τοπική κάλυψη:Ευρώπη
 
Περίληψη:Πρόκειται για μετάφραση στα γαλλικά των Πρακτικών του πρώτου επιστημονικού συμποσίου, που διοργάνωσε η επιτροπή του ΙΑΕΝ σε συνεργασία με την Εταιρεία Μελέτης Νέου Ελληνισμού. Το συμπόσιο, με θέμα «Ιστορικότητα της παιδικής ηλικίας και της νεότητας», έγινε στο αμφιθέατρο του Εθνικού Ιδρύματος Ερευνών από τη 1 έως τις 5 Οκτωβρίου 1984.
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
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G. PAPAGEORGIOU

L'APPRENTISSAGE DANS LES CORPORATIONS PENDANT LA DOMINATION TURQUE

Parmi les systèmes traditionnels d'apprentissage pratiqués durant la domination turque, le système corporatif présente un grand intérêt, tant par sa particularité que par l'extension et la durée de ce phénomène.

L'apprentissage corporatif, qui faisait partie du système des fonctions restrictives et, par là même, protectrices des corporations, puisque le contrôle des promotions et la supervision de la mobilité à l'intérieur de la corporation s'opérait par son truchement, pourrait en gros être divisé en deux étapes: celle du prétendu apprentissage du métier ou de la profession (cirak-apprenti) et, en second, celle de la possession des secrets du métier (kalfas-aide).

1ère étape (ciraklik) : A cette étape s'effectuait l'entrée du jeune homme dans la profession. Les conditions de travail, de nourriture et de vie étaient, pour les apprentis, très difficiles, sinon décourageantes. Cet état était aggravé par le fait que les enfants que l'on envoyait chez les maîtres pour apprendre le métier ou la profession, se trouvaient encore aux premiers stades de leur développement physique, la plupart d'entre-eux n'ayant pas même encore dix ans et, conséquemment, étaient peu aptes au travail1.

Comme en général les règlements de la corporation ne prévoyaient pas à quel âge l'enfant pouvait être embauché («στιχιέται») par le maître, laissant celui-ci entièrement libre et sans contrôle, les apprentis risquaient de voir leur croissance physique entravée, mais aussi de connaître une stagnation ou même une régression mentale.

Si l'on tente de faire ressortir l'origine des enfants venant pour

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1. On observe le même phénomène chez les apprentis appartenant à des groupes, des compagnies ou des associations de maçons. V. N. Moutsopoulos, Κουδαραίοι Μακεδόνες και Ηπειρώτες Μαΐστορες. Ανάτυπον εκ του Λευκώματος του Τ.Ε.Ε., Athènes 1976, p. 358.

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la première fois à la corporation, on pourra constater qu'une partie de cette main d'œuvre au plus bas échelon sont des parents membres de la corporation, et surtout des fils des maîtres qui désiraient poursuivre le métier du père; pour le reste, ils parvenaient de familles extérieures à la profession.

Les enfants d'origine hors-corporation étaient d'habitude originaire de familles pauvres et venaient des villages ou des environs de la ville à la corporation, c'est-à-dire que leur origine aussi bien sociale que géographique était très variée. La plupart des parents envoyaient leurs enfants à la corporation pour alléger leur propre position économique précaire sans s'assurer que les conditions les plus élémentaires de travail et de vie soient même garanties.

De leur côté, les maîtres en embauchaient avec plaisir, car ils les prenaient d'habitude sans les payer ou bien en tant que main d'œuvre à très bon marché.

L'accord se concluait entre le maître et le tuteur du jeune enfant. Y figuraient le temps d'apprentissage obligatoire du jeune, son éventuelle rétribution ainsi que son habillement et sa nourriture. Par la suite, le maître était obligé de faire connaître cette embauche à la corporation où il travaillait2, l'enfant, bien que sous le pouvoir de son formateur, était en réalité sous l'autorité de l'organisation de l'"esnaf" (corporation).

La durée ordinaire d'apprentissage était de trois ans3 (1001 jours); cette durée pouvait néanmoins varier non seulement d'une corporation à l'autre, mais aussi d'un lieu à l'autre. En réalité, c'était le maître qui fixait le temps d'apprentissage selon ses besoins personnels. On atteint ainsi, dans certains cas, un apprentissage qui, non seulement allait au-delà des trois ans, mais atteignait même sept ou huit ans. Le règlement corporatif existait bel et bien, qui exigeait trois années d'apprentissage indispensables même dans les conditions les plus favorables -s'agissant des fils des maîtres ou bien des apprentis les plus adroits et capables- il n'en était pas pour autant toujours respecté.

Les maîtres étaient pourtant en général entièrement libres de 

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2. "...Nous notons sur la liste les apprentis embauchés, leur salaire, pour qu'ils connaissent leur maître". V. Myrt. Apostolidou, "Τα αρχεία του εν Φιλιπποπόλει εσναφίου τεκτόνων", Αρχείον του Θρακικού Λαογραφικού και Γλωσσικού Θησαυρού (1934-35) p. 110.

3. Sur la durée de l'apprentissage en général, voir Halil Inalcik, Ο σχηματισμός Κεφαλαίου στην Οθωμανική αυτοκρατορία dans le volume, Η οικονομική δομή των βαλκανικών χωρών στα χρόνια της Οθωμανικής κυριαρχίας, ΙΕ-ΙΘ' αι. Athènes 1979, p. 511.

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fixer le temps d'apprentissage et ils le faisaient d'habitude sur la base de leurs intérêts. Ils profitaient en ceci de l'attitude passive de la corporation vis-à-vis de cet état de fait, ainsi que souvent de son laxisme pour prolonger l'apprentissage et s'assurer par là de l'offre d'un travail non payé.

Il faut signaler, ici, qu'aux fils des maîtres ou de leurs familiers était réservé un traitement de faveur par rapport aux autres apprentis; ceux-là ne payaient rien ou très peu pour leur formation, leur temps d'apprentissage était écourté et ils jouissaient de conditions de travail et de vie plus décentes.

Il est évident que les membres de la corporation ayant des fils s'arrangeaient pour les faire avancer le plus rapidement possible, en s'assurant ainsi d'une succession immédiate, tandis que les enfants d'origine extra-professionnelle en étaient empêchés; on violait ainsi les accords sur la durée d'apprentissage convenue pour continuer à recevoir un travail gratuit.

Le genre de travail que l'apprenti offrait à son patron pendant cette étape se trouvait en contradiction totale avec les capacités physiques et mentales propres à son âge. Plus concrètement, les "ciraks" étaient obligés d'offrir des services non seulement professionnels dans les ateliers de leurs maîtres, mais aussi des services purement domestiques chez ceux-ci. Parmi leurs tâches domestiques, les plus caractéristiques était le port du bois et de l'eau, l'allumage du feu, la cuisine, la vaisselle et le lavage des vêtements, le pétrissage du pain, le nettoyage de la maison et aussi s'occuper des petits de leurs maîtres4.

Même dans l'atelier, les exigences du maître étaient habituellement domestiques (balayer l'échoppe, ranger les outils, etc.), étant donné que son principal but était de tenir l'apprenti éloigné des secrets du métier ou de la profession5. C'est ainsi que les apprentis, pendant le peu de temps qui leur restait entre leurs travaux professionnels et

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4. Nous empruntons un passage caractéristique aux mémoires de P. Skouzès: "Mon maître, Ousta Mehmet, avait deux enfants: l'aîné, Ahmed, avait 5 ans environ et pourtant il ne marchait pas encore. J'étais obligé de le tenir et de le porter, de desservir à la maison, de porter l'eau, et les autres travaux domestiques. Je ne passais que peu de temps dans l'atelier. Comme il n'avait pas de servante, j'étais obligé de faire tous les travaux de la maison". V. Panaghis Skouzès, Απομνημονεύματα. Η τυραννία του Χατζή Αλή Χασεκή στην τουρκοκρατούμενη Αθήνα (1772-1796). Επιμέλεια-σχόλια, Θανάση Παπαδόπουλου, Kedros 1975, p. 98.

5. V. Con. Photopoulos, "Τα ισνάφια των παπ'τσήδων και κονταρτζήδων, τα παλιά χρόνια στα Γιάννινα", Ηπειρωτικόν Ημερολόγιον, v. 1, Jannina 1979, p. 72-73.

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domestiques, s'efforçaient d'apprendre à la sauvette, même de façon fragmentaire, les procédés du travail et se renseigner sur des domaines élémentaires du métier qu'ils avaient choisi.

Le refus du maître à former le "cirak", ne fût-ce que d'une manière élémentaire, visait à prolonger le temps d'apprentissage, continuer l'exploitation et remettre à plus tard le perfectionnement du futur concurrent.

D'après un usage ancien, mais plus tard aussi imposé par un décret impérial du Sultan Mustapha III en 1773, le jeune apprenti devait obéir aveuglément aux ordres de son maître6, et exécuter non seulement des travaux domestiques, mais aussi agricoles, si son patron possédait une propriété.

Le temps de travail n'était nullement réglementé, l'horaire des apprentis dépassant habituellement les 10-12 heures. Des témoignages existent, mentionnant des durées de travail de 15 ou 16 heures et encore plus, surtout en période de pointe, avant une foire ou bien quand il fallait livrer une grosse commande dans un délai déterminé7. On pourrait soutenir sans réserve qu'ils peinaient sans voir le jour. Cet horaire peut sembler trop exténuant; il n'empêche que c'est là la dure réalité. Ceci, bien sûr, se liant aux conditions d'alimentation et de vie lamentables, influait incroyablement sur leur constitution physique en rendant la plupart des apprentis cachectiques, asthéniques et les menant très souvent à la mort.

Le système d'éducation de l'apprenti comportait aussi toutes sortes de châtiments infligés par le maître. Souvent, et à la moindre erreur due peut-être à l'ignorance ou à la faiblesse du "cirak" causée par son jeune âge, ou bien pour une faute insignifiante, le maître frappait ou battait l'apprenti. Le châtiment le plus en cours était les coups de bâton sur la plante des pieds, mieux connu sous le nom de "phalanga".

Les maîtres avaient pleins pouvoirs et liberté pour décider du genre et de la gravité de la punition, ce qui rendait excessivement difficile la position de l'apprenti, lui ôtant tout droit de protestation ou à réagir.

Dans de telles conditions de travail et de vie, plusieurs apprentis étaient contraints de quitter leur maître à la recherche de possibilités meilleures. Ils trouvaient ainsi refuge auprès de compagnons dans la

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6. V. D.A. Ihciev, "Esnafski documenti i esnafski organizacii v Tursko vreme" (Documents corporatifs et organisation des corporations pendant la période turque), dans Spisanie na bǎlgarskoto ikonomičesko drustvo, Sofia 1907, t. III, p. 447.

7. V. Athéna Tarsouli, "Από την Καστοριά, Η λίμνη και το μοναστήρι", journ. Ελεύθερον Βήμα, 13-5-1937.

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même corporation ou bien auprès de marchands qui les acceptaient et les retenaient illégalement.

Il existe bien entendu des cas, où c'étaient les maîtres qui chassaient leurs «ciraks» quand cela leur convenait. L'apprenti quittait d'habitude son maître quand celui-ci était un ivrogne ou le traitait de manière inhumaine.

Malgré tout, le «cirak» n'était délié de son ancien maître qu'après le consentement de ses parents; par la suite, il devait obtenir la permission du grand maître de la corporation. Mais comme il était très difficile aux apprentis d'avoir gain de cause, ils quittaient les maîtres pour être sauvé. Dans pareils cas, les maîtres essayaient par le truchement des parents, de ramener les enfants auprès d'eux, afin de ne pas se priver de la main d'œuvre à bon marché, offrant ses services non seulement à l'atelier mais aussi à la maison8.

Afin de limiter cette fuite des apprentis, des mesures ont été édictées par les corporations, qui contrecarraient cet ultime moyen de défense. Parmi les plus importantes, nous citerons a) l'interdiction pour un autre maître d'embaucher le «cirak». Si un membre de la corporation acceptait l'apprenti fugitif, il était pénalisé par la corporation et b) la perte du salaire —«poya»— de l'enfant pour une durée égale à celle pendant laquelle il a servi chez son précédent maître9.

Les obligations de l'apprenti pour accéder à l'échelon de «kalfas» (aide) n'étaient pas d'habitude clairement fixées par les règlements corporatifs. Le maître pouvait ainsi à sa guise juger et décider à quel moment et dans quelle mesure l'apprenti était capable d'être promu à la deuxième étape de l'apprentissage.

Le maître agissait toujours en fondant ses critères presque exclusivement sur les qualités d'âme et les vertus du candidat, et non pas sur ses capacités professionnelles. Si le «cirak», pendant sa formation, avait fait montre d'obéissance, de respect et, plus généralement, s'il avait été sage et s'était bien comporté envers lui, il obtenait alors le consentement du maître pour son avancement à l'échelon professionnel supérieur dans des limites normales de temps.

Quand le maître annonçait à la corporation que l'apprenti avait les connaissances nécessaires et avait accompli le temps d'apprentissage

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8. V. Ioannis Makryannis, Απομνημονεύματα, éd. Karavias, introduction et commentaires de Sp. Asdrachas, p. 16.

9. V. An. Manakas, «Τα συνάφια της προεπαναστατικής Ύδρας», Το Μέλλον της Ύδρας, 5(1937) p. 191. Cf. aussi Κ. Gounaropoulos «Κοζανικά», rev. Πανδώρα ΚΒ' 1872, p. 492.

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suffisant, alors ce dernier passait sans examen au stade d'aide, grâce à la seule attestation de son maître. Après sa nomination, tous ceux qui travaillaient au même atelier étaient obligés de l'appeler «kalfas» (aide)10.

Comme on vient de le souligner, l'attitude positive ou négative des maîtres jouait un rôle important, sinon décisif, dans la progression normale ou non des apprentis provenant de familles hors-corporation. Par contre, les fils des maîtres jouissant de privilèges qui, bien entendu, ne leur étaient pas accordés par les règlements corporatifs mais par leurs propres parents, s'assuraient tout naturellement d'avantages et de priorités sur leurs compagnons du même grade.

2ème étape (kalfalik). Dans la deuxième et ultime étape de son apprentissage, l'apprenti rendait à son maître des services plus substantiels en améliorant en même temps grandement sa position professionnelle et sociale, même s'il était toujours considéré comme un membre informel de la corporation.

Les aides étaient obligés de travailler auprès des mêmes maîtres, et dans des conditions presque similaires, que lorsqu'ils étaient apprentis. La non-différenciation des comportements de la part des maîtres doit être attribuée à ce que, à partir de ce moment, ils regardaient leurs aides uniquement comme des concurrents.

La durée du service du «kalfas», comme ou l'a vu auparavant pour l'apprenti, n'était pas juridiquement établie. Tout dépendait des usages corporatifs locaux et des accords conclus entre maîtres et aides. Le temps d'apprentissage ordinaire était de deux ans. On observe bien sûr des différences suivant les régions, mais en aucun cas l'apprentissage n'était inférieur à deux années, surtout pour les aides d'origine extra-professionnelle.

Si l'on accepte ainsi que l'apprentissage commençait à l'âge de 9-12 ans et se terminait vers 12-15 ans, ou bien commençait à 12-14 ans et arrivait jusqu'à 15-17 ans, et en estimant à une moyenne de 2-3 ans l'étape de l'apprentissage du «kalfas», on est proche de l'âge de 17-19 ans considéré comme le début de la maturité masculine.

La concurrence du marché obligeait les maîtres à prolonger autant qu'ils le pouvaient le temps de présence obligatoire des aides, sinon ils laissaient s'échapper une main d'œuvre, si précieuse pour eux, que leurs compagnons, eux, exploiteraient s'ils maintenaient auprès d'eux leurs aides pour un espace plus long. On a ainsi des exemples d'aides

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10. V. D. Ihciev, «Esnafski Documenti», p. 447.

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qui auraient dépassé de beaucoup le terme normal de l'apprentissage du «kalfas» en restant à ce stade plusieurs années.

La durée du travail de l'aide était évidemment fixée par les maîtres. Elle variait non seulement de maître à maître, mais également de profession à profession. Selon les témoignages, la durée du travail par jour outrepassait les limites normales de l'endurance humaine à cet âge et allait jusqu'à l'excessif, ce qui n'a pas manquer d'impressionner les voyageurs étrangers de cette époque. Selon les saisons, l'horaire du travail pouvait se prolonger jusqu'à la nuit. Il faut ajouter ici que le travail sans interruption ne permettait pas des heures supplémentaires. Ce terme ne figure d'ailleurs pas dans le vocabulaire de l'époque.

Les conditions de travail et de vie ne différaient qu'à peine de celles de l'étape précédente d'apprentissage. Les mêmes ateliers aux plafonds bas, obscurs, humides et sales, construits du temps de la domination turque, constituaient un milieu étouffant et malsain lequel, lié à la mauvaise nourriture et au travail excessif, avait souvent de graves répercussions sur la santé des aides, et pour résultat un indice élevé de maladies à cet échelon professionnel.

L'obligation, mais aussi l'usage, étant que le «kalfas», après sa promotion de «cirak», reste auprès de son maître, son indépendance et ses possibilités étaient d'autant plus restreintes, vu que la marge de ses libres choix était nulle. Ils continuaient ainsi de travailler dans des conditions inacceptables ou pour une très maigre rétribution.

Il y avait deux sortes de rétribution pour les aides: a) en temps de travail et b) aux pièces exécutées. La rétribution au temps s'échelonnait de la sorte: journalière, hebdomadaire, mensuelle, trimestrielle, semestrielle ou annuelle. Dans le contrat semestriel, le temps comptait de la Saint-Georges à la Saint-Dimitri ou le contraire; dans l'annuel, il était établi «d'une Saint-Georges à l'autre»11. Mais le plus souvent l'accord se faisait sur un salaire journalier. La rétribution aux pièces ne différait pas substantiellement de celle au temps. Ceci pour la raison que la paie aux pièces plaçait les aides en position d'infériorité, puisque de cette manière le montant dépendait de l'adresse, de la rapidité et de la compétence de chaque «kalfas».

Le montant du salaire des aides travaillant aux pièces était fixé par les maîtres. Selon la quantité qu'un aide-modèle très compétent et

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11. V. Mich. Kalinderis, Ο βίος της κοινότητος Βλάστης επί Τουρκοκρατίας, Salonique 1982, p. 462.

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adroit pouvait produire, les maîtres exigeaient une quantité analogue de la part des autres ayant le même grade, pour une rétribution égale. Mais cela signifiait que beaucoup d'aides aux capacités limitées et aux forces défaillantes pouvaient difficilement exécuter cette même tâche dans le même temps.

C'est ainsi que les aides aux capacités physiques et mentales réduites prolongeaient obligatoirement leur temps de travail pour être en mesure de produire plus de pièces ou pour compléter le chiffre de la commande passée par leur maître. L'augmentation des heures de travail entraînait alors la baisse du prix de ce travail. Le travail aux pièces avait aussi d'autres désavantages, dont le principal était qu'au moment de la paye, le maître contrôlait nécessairement la qualité aussi bien que la quantité du produit et pouvait facilement réduire la rétribution globale.

Hormis la rémunération au temps, les maîtres étaient souvent obligés, ou bien préféraient, nourrir et habiller leurs aides, à condition que la dépense requise par ces obligations soit déduite de la rétribution de ceux-ci. Cette clause était favorable au maître, car il pouvait ainsi acheter les vêtements les moins chers, offrir un gîte malsain et une mauvaise nourriture au «kalfas», tout cela bien entendu à un coût très inférieur à celui du contrat.

Toutes ces difficultés obligeaient souvent les aides à quitter leur maître avant le terme de leur contrat, tout en sachant qu'ils allaient se priver de la rémunération prévue pour cette année-là12. Les conséquences de cet abandon n'étaient pas pour autant terminées; d'autres mesures restrictives existaient que les corporations avaient édictées, afin de prévenir de tels agissements. Une des clauses les plus fondamentales des règlements corporatifs concernait la sanction du membre de la corporation qui embauchait l'ouvrier ayant prématurément quitté son maître13.

Les apprentis étaient ainsi obligés de se déplacer souvent, parce qu'ils se trouvaient systématiquement poursuivis par la corporation. Parallèlement, il y avait aussi un engagement de la part de celle-ci

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12. V. Mich. Kalinderis, Aι συντεχνίαι της Κοζάνης επί Τουρκοκρατίας, Salonique 1958, p. 28 et 35.

13. Les statuts de la corporation des Fourreurs de Kozani citent de manière caractéristique: «tout maître qui aurait accueilli un aide fugitif sans le notifier aux autres maîtres doit être puni». V. Mich. Kalinderis, op. cit., p. 28. Cf. aussi Th. Moschonas, Μέριμνα του Ελληνορθόδοξου Πατριαρχείου Αλεξανδρείας επί Τουρκοκρατίας, Συντεχνίαι-Αδελφάτα, Εσνάφια Alexandrie 1949, p. 22.

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concernant le maître qui chassait son aide avant le temps prévu. Dans ce cas, le maître était forcé de dédommager le «kalfas» pour la période où celui-ci avait travaillé auprès de lui14.

La promotion du «kalfas» au rang de maître constituait la dernière épreuve, mais aussi la plus décisive de son apprentissage dans la corporation. Le résultat des épreuves qu'il devait subir pour l'évaluation de ses compétences professionnelles, qui devaient le conduire au rang supérieur de la profession, représentait un tournant pour sa future carrière.

Mais avant de parvenir au stade des épreuves, l'aide devait remplir certaines conditions comme a) avoir l'âge requis, b) avoir accompli le temps prévu d'apprentissage et c) connaître à fond le métier ou détenir les secrets de la profession. Même à cette étape, les aides se heurtaient à plusieurs obstacles dressés par les maîtres, qui s'arrangeaient pour limiter la concurrence dans l'«esnaf» grâce au contrôle du nombre de ses membres, ainsi qu'en même temps pour conserver leur statut privilégié dans la corporation. Ils se servaient donc de plusieurs entraves, dissimulées ou ouvertes, légitimes ou non, selon le degré de la concurrence dans la corporation, la disposition amicale ou hostile régnant parmi les compagnons et les liens de famille ou de parenté qui les unissaient aux aides.

La question de l'avancement du «kalfas» devient plus compliquée si on examine du point de vue du maître et de ses rapports avec ses confrères. Quand le maître n'avait pas de fils et préparait son aide pour lui succéder, alors l'organisation corporative n'empêchait pas la promotion de «kalfas». Mais souvent une telle situation pouvait poser des problèmes au candidat, si son maître était un concurrent puissant et redoutable pour les autres membres de la corporation ou encore s'il était hostile envers ses confrères. Dans tous les cas, c'était les fils des maîtres qui avaient la priorité. Des usages anciens leur accordaient toujours des facilités.

Le «kalfas» ne se présentait pas aux épreuves avant que son maître ne l'ait proposé à la corporation, en certifiant que son aide pouvait bien exercer son art ou sa profession, ayant achevé avec succès sa formation15. Ayant réussi aux épreuves, l'aide était proclamé maître et

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14. Mich. Kalinderis, Aι συντεχνίαι της Κοζάνης, p. 35.

15. V. Angheliki Khadzimichali, «Μορφές από τη σωματειακή οργάνωση των Ελλήνων στην Οθωμανική αυτοκρατορία», L'Hellénisme contemporain, tome commémoratif 1453-1953, p. 291.

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devenait membre officiel de la corporation, après avoir versé une somme déterminée, appelée "testiru", pour obtenir l'autorisation écrite16. Le titre de maître était décerné en deux phases: dans la première, le candidat recevait la ceinture de maîtrise17 lors d'une cérémonie publique dans la salle d'audience de la corporation; dans la seconde, il participait à la fête donnée avec ses compagnons présents18.

L'acquisition de la "maîtrise" était souvent difficile à obtenir, surtout pour les aides qui n'avaient pas de lien de parenté, proche ou lointain, avec les maîtres. Les corporations, qui avaient suffisamment de membres, rendaient en outre plus difficile l'épreuve; certaines parmi elles proclamaient ouvertement qu'elles étaient complètes, leur membres en nombre suffisant pour une période et un lieu donnés, et suspendaient de la sorte toute promotion19.

Un autre facteur empêchant la progression normale et autonome de l'aide étaient ses capacités économiques réduites dues à son maigre revenu. Se trouvant dans l'impossibilité d'épargner une somme d'argent (sermaye) importante pour équiper son futur atelier, il favorisait ainsi les desseins des maîtres, qui désiraient voir les futurs maîtres parvenir à ce rang sans possibilité économique, afin que le démarrage de leur travail autonome soit obligatoirement retardé ou, dans le pire des cas, que leur pouvoir concurrentiel soit affaibli dans le marché.

On peut soutenir, en bref, que ces deux étapes de l'apprentissage représentaient une difficile épreuve physique et mentale pour l'apprenti, lequel, n'ayant pas le choix et contraint d'assurer sa survie dans le sens strict, subissait avec résignation l'arbitraire, l'oppression et l'exploitation continuels de son maître.

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16. Cette taxe en espèces, obligatoire toutes les fois qu'un nouveau membre était inscrit à la corporation, s'appelait aussi "baskalitiko", "filia" et "mastoria".

17. V. Vourazéli-Marinakou, Αι εν Θράκη συντεχνίαι των Ελλήνων κατά την Τουρκοκρατίαν, Salonique 1950, p. 85, Angh. Khadzimichali: Οι συντεχνίες. Τα ισνάφια, Tiré à part de l'annuaire de Ανωτάτη Βιομηχανική Σχολή Πειραιώς, t. 2 (1949-1950), p. 17.

18. E.M. Cousinery, Voyage dans la Macédoine contenant des recherches sur l'histoire, la géographie et les antiquités de ce pays. v. I, Paris 1831, p. 50-51, décrit de façon très révélatrice comment les tanneurs de Salonique "célébraient" l'événement de la "maîtrise".

19. "Tous les maîtres issus jusqu'à aujourd'hui suffisent, à partir de ce jour, 27 juillet 1789, et pour deux ans, que personne d'autre ne le devienne" M. Apostolidou, "Τα αρχεία του εν Φιλιππουπόλει εσναφίου των αμπατζήδων", Αρχείον του Θρακικού Λαογραφικού και Γλωσσικού Θησαυρού n° 7, 1940-41, p. 24.

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VICTORIA NIKITA

APPRENTISSAGE ET AUTORITÉ CHEZ LES CHEFS D'ATELIER DE LA MACÉDOINE OCCIDENTALE, LES «COMPAGNIES» AU COURS DE TROIS GÉNÉRATIONS

Le sujet. Ce qui va suivre fait partie d'une recherche en cours ayant comme sujet les maîtres-ouvriers et, plus particulièrement, les tailleurs de pierre, les «pelekanoi», ainsi que le produit de leur travail en Macédoine occidentale. Par ce travail est entrepris, dans le village de Pentalofos —l'ancien Zoupani— et dans les villages d'artisans des environs, un relevé rigoureux du matériau vivant ou non, et ceci par respect envers cet espace: ceci comme contre-poids aux généralisations abusives sur certaines situations qu'on peut trouver dans des publications concernant ces villages, mais aussi à la disparition rapide du matériel.

Instruments de la recherche: On a employé jusqu'à présent surtout l'observation et les sources orales. Par l'observation et tous ses prolongements (photographie, dessin), nous avons vérifié les sources orales. En ce qui concerne les sources orales, on a suivi le procédé de l'interview semi-dirigée1, car il s'est révélé plus efficace dans la pratique. Nous avons interrogé 28 maîtres-ouvriers (13 parmi eux étaient aussi tailleurs de pierre) âgés de 75 à 80 ans environ, la plupart avec un niveau d'instruction ne dépassant pas la 3ème élémentaire2. Il a été prouvé

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1. Sur la technique de l'interview, mais aussi la bibliographie la plus importante sur l'histoire orale, v. St. Papadopoulos, Η χαλκοτεχνία στον ελληνικό χώρο 1900-1975 κατά τις προφορικές μαρτυρίες χαλκουργών Nauplie, ΠΛΙ. t. A, 1928, p. 46-54.

2. Les principaux informateurs sont: Zissis Kassos (1902-1981), Nicolas Koyopoulos (1904-1981), Nikos Tzimourelas 86 ans, Thymios Svoliantopoulos 85 ans, Charalambos Sourbitos 82 ans, Andréas Grammatikas 80 ans, Panayotis Tzimourelas 78 ans, Kostas Makrikostas 77 ans, Alkiviadis Koungoulos 76 ans, Thomas Zaras 74 ans, de Pentalofos. Andréas Papanicolaou 84 ans, Nikos Kikolpoulos 75 ans, frère Alexandros Datsios 73 ans, Athanasios Tzintzios 71 ans, de Chryssavghi. 

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1. Exemple d'un travail exécuté par le tailleur de pierre Vrangas en 1907 - 1908 dans la maison de Sophia Zouda à Dasylio.

(Photo G. Papanicolaou, K. Thomopoulos)

que les renseignements oraux étaient sûrs, c'est-à-dire dignes de foi, uniquement dans le cas où ils étaient convertis en histoires personnelles orales. Les maîtres-ouvriers se souviennent avec une exactitude presque mathématique de ce qui se rapporte à leur vie personnelle, bien moins

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Diamantis Diamantopoulos 80 ans, Vassilis Tassopoulos 75 ans, de Korifi. Dimitrios Papadimitriou 82 ans, Takis Karageorgos 80 ans, Constantin Vazikas 78 ans, Andréas Gogos 75 ans de Kalloni. Evanghelos Spanos 80 ans de Dilofo. Vassilis Tsouklas 74 ans, Nicolas Tsouklas 72 ans de Dassilio. Vassilis Tolios 80 ans de Agh. Kosmas, Yannis Stoupas 70 ans, Fotis Stoupas 64 ans de Eklissies. D'autres ont été interrogés en groupe et quelques-uns n'ont pas voulu que leur nom soit mentionné; l'enquête est cependant toujours en cours et leur décision n'est pas forcément définitive.

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de ce qui touche à leurs pères, et encore moins à leurs grands-pères; parlent souvent de ceux-ci au pluriel et désignent par là ce qu'eux-mêmes ont retenu de la tradition orale; ils se réfèrent alors à un autre système de valeurs, anhistorique, existant en dehors du quotidien.

En étudiant les modifications intervenues au cours de trois générations, on se limitera, à cause de la recherche et du traitement inachevés des données, à des points de repère relatifs aux étapes d'apprentissage des maîtres-ouvriers menant à l'étape finale, l'autorité; on va voir comment cette notion se transforme dans l'espace d'au moins trois générations.

Espace: Deux témoignages écrits nous suffisent pour situer dans leurs grandes lignes les communes dans leur espace historique (l'enquête est plus avancée quant à Zoupani): ce sont a) le codex du monastère de Zamborda3, qui nous fournit la date limite de 1692 et b) le décret impérial du sultan Mahmoud en 1836, dans lequel est confirmé que neuf villages (l'enquête est engagée dans tous)... avaient toujours été «des bourgs principaux»4. Des signatures de maîtres-ouvriers sur leurs propres œuvres viennent étayer ces témoignages déjà peu avant le milieu du 18e siècle. La signature la plus ancienne est de 1740, en l'église de Sainte-Kyriaki à Zagora du mont Pilion5.

2. Cheminée en pierre taillée (1934) dans la maison d'Eumorphie Mitraka à Pentalofos.

(Photo N. Stylianidis)

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3. Mich. Ath. Kalinderis, Γραπτά μνημεία από τη Δυτική Μακεδονία των χρόνων της Τουρκοκρατίας, Ptolémaïde 1940.

4. Mich. Ath. Kalinderis, Σημιεώματα ιστορικά της Δυτικής Μακεδονίας, Ptolémaïde, 1939, p. 49-50. Hormis Pentalofos, sont mentionnés les villages Kostantsiko (Galatini), Libochovo (Dilofo), Moirali (Chryssavghi), Krimini (Kriméni), Moirasan (Morfi), Svolian (Agh. Sotir), Mayer (Dasilio) et Borcha (Korifi).

5. Kitsos Makris, Λαϊκή τέχνη Πηλίου, Melissa, Athènes, 1976, p. 40. En général, les témoignages des maîtres-ouvriers de Zoupani en dehors de leur région sont riches;

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Il s'agit de villages — leur population varie aujourd'hui de 35 à 900 habitants qui, à cause de l'infertilité des sols et de la matière première abondante dans les parages, s'étaient spécialisés dans les techniques correspondantes. Le gros de la population masculine, à part l'émigration (à partir de la fin du siècle dernier vers l'Amérique) et l'élevage domestique (aujourd'hui, grâce à l'élevage, certains villages «subsistent» encore et offrent une image toute différente) s'étaient spécialisés dans la technique de la pierre: extraction, construction avec du mortier comme jointure, taille. Certains d'entre eux se sont spécialisés dans la technique du bois.

Nature du travail: Ces remarques sur la nature du travail, qui d'ailleurs sont connues —et c'est la raison pour laquelle elles sont glanées dans les interviews des informateurs octogénaires— servent de transition à celles qui vont suivre. On observera mieux ainsi les modifications survenues en trois générations en ayant pour références les informations des octogénaires actuels. Le métier est héréditaire: «... nous n'avions que de la pierre, nous avons donc travaillé la pierre», «et mon père et son grand-père... et depuis que je me souviens du monde», «ici, même si tu es un pope, tu es aussi artisan...». Les artisans n'ont pas appris à l'école; ils ont appris par l'observation et l'expérience: «nous regardions les maîtres; nous étions des apprentis; quand le maître se fatiguait... nous lui disions: va, petit père, je vais le faire» —«à la pause de midi, moi, jeune apprenti, je m'essayais à tailler la pierre de la même façon... le lendemain encore un petit peu»—«...Travail ... du matin au soir ... en terminant nous ne distinguions qu'à peine le cordeau». «On travaillait tous alors...»; l'habilité et l'amour du travail bien fait les rendaient des artisans dignes et réputés dans la communauté: «... je faisais de mon mieux, j'étais bon, en regardant le maître je me disais: je dois faire mieux», «... j'aimais tailler la pierre, j'étais le premier, bien que j'ai pas fait mes universités», «... j'ai essayé, je tenais mal le burin, j'ai renoncé et je ne fus que maçon», «... on avait de la rivalité, comment dire, de la compétition... et pas seulement avec les autres «compagnies» ... avec les autres ... et aussi entre nous».

D'après encore les témoignages des maîtres-ouvriers, le plus petit groupe de travail, la «compagnie», était formé de sept personnes: 2 maîtres-maçons, 2 qui extrayaient la pierre et construisaient aussi, un

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comme l'auteur les cite dans une autre communication (non publiée), elles recouvrent la totalité du 18ème siècle, plus souvent à Pilion, moins en Thessalie, et, au début du siècle, ils signent aussi dans le Péloponnèse.

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qui taillait et deux apprentis, un pour le mortier et l'autre pour la pierre.

Apprentissage - autorité. Témoignages oraux: L'apprentissage commençait à 10-13 ans; on adhérait à la «compagnie» où travaillait au moins le père. La durée des différentes étapes variait selon la conception et l'amour du travail de chacun, les exigences du maître-ouvrier qui enseignait, les conditions objectives extérieures; en tout cas l'apprentissage ne durait habituellement pas moins de 6 à 7 ans; 1ère étape6: apprenti. Il portait du mortier au début et plus tard il en préparait. 2ème étape: apprenti - il portait des pierres sur un mulet depuis la carrière jusqu'à l'endroit où la compagnie bâtissait. 3ème étape: maître-maçon de la partie interne du mur: «de l'intérieur le maçon construit moins bien». 5ème étape: maître-maçon de l'extérieur aussi, et des angles; il pouvait aussi devenir un spécialiste des loses c'est-à-dire des toits recouverts de loses. 6ème étape: aide-tailleur, «maître-artisan», était considéré comme un travail relativement aisé.

Le tailleur de pierre était donc, pour la génération des maîtres-ouvriers qui aujourd'hui ont plus de 80 ans, le chef de la «compagnie»: il a eu même le temps de faire l'ingénieur. C'était lui le responsable des affaires et des itinéraires. Sa tâche principale, dans cette génération, consistait à tailler les pierres d'angle, les angles de la construction, de tailler également les jambages de la porte, parfois des arcs de fenêtres, des colonnes, des bancs, des escaliers, des cheminées; à la limite aussi quelques simples reliefs sur la surface plane de la cheminée, ou quelques inscriptions gravées avec date sur un bâtiment privé ou public. C'est ainsi que cette génération définit l'autorité.

Dix ans après, chez les maîtres-ouvriers aujourd'hui presque septuagénaires, l'apprentissage et la spécialisation sont moindres; la preuve: très peu savent extraire les loses pour faire un toit; l'adresse du tailleur n'est aussi plus indispensable: il se borne à tailler des pierres d'angle pour «mener la compagnie». Ceci peut également être pris en charge par le maître-maçon. L'autorité s'arrête à la bonne construction.

Bien entendu, cette génération de maîtres-ouvriers a vécu et travaillé dans une période de transition; elle a parcouru presque toutes

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6. La description détaillée des étapes-phases traduit l'importance qu'avait pour eux-mêmes —les informateurs octogénaires— la grande durée de leur apprentissage évidemment, les frontières d'une phase à l'autre ne sont pas rigides puisqu'il ne s'agit pas d'apprentissage organisé selon un système, une institution ou un règlement interne de corporation.

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les étapes de l'apprentissage de la technique traditionnelle, elle l'a pratiqué et a été forcée de l'abandonner pour travailler la nouvelle technique (béton, chaux,). Selon les témoignages oraux, certains ont dissous la compagnie dès 1924-25, d'autres en 1939, un petit nombre après 1950. La plupart cependant en 1933-36, pour travailler dans des sociétés ou avec des promoteurs. Leur absorption graduelle (réticence personnelle plus ou moins grande à se détacher des vieilles structures) coïncide dans le temps avec le financement de travaux publics, routiers,

3. Exemple d'un travail des «grands-pères»: linteau de porte à Pentalofos (1790/6mars) les deux pierres d'angle sous le linteau taillé sont celles appelées «régulières».

(Photo N. Stylianidis)

d'adduction d'eau, d'assèchement et de construction d'habitations par l'État, sur la totalité du territoire7.

Or, dans la génération de leurs parents, la spécialisation s'impose et le travail du tailleur est plus compliqué; des échantillons du travail de leurs parents sont conservés, comme des bas-reliefs dans les cadres des cheminées, des plaques sculptées insérées dans les parties supérieures de maisons ou d'églises, construction soignée des murs (différences

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7. V. passim Ιστορία Ελληνικού Έθνους t. XV, Athènes 1978, p. 335-336.

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caractéristiques de ceux de Pyrsoyanni) en particulier bien entendu des bâtiments publics; c'est à peu près là que s'arrête l'autorité.

Mais c'est dans la génération de leurs grands-pères que la rigueur est encore plus grande quant aux exigences de la collectivité vis-à-vis des artisans. Par exemple, et nonobstant que beaucoup aujourd'hui considèrent le métier de carrier comme inférieur, on se souvient que «... il était important que le maître-ouvrier soit bon, car c'est de l'extraction de la pierre que dépend une bonne taille... et les grands-pères

4. Exemple d'un travail des «grands-pères» (1844) église de la Panagia à Dilofo (côté Est). Beau travail de taille sur un épistyle d'un seul bloc.

(Photo G. Papanicolaou, K. Thomopoulos)

étaient très attentifs à tout cela». Le tailleur de pierre disposait de toutes sortes de ciseaux «...des petits, des biseautés, pour traiter la pierre à la douce et réussir tout angle»; également des «peignes» ou «tarakia» pour «peigner les surfaces». Chacun des grands-pères actuels avait hérité d'une ou deux malles de ces outils non utilisés.

Il est certain, comme il est apparu dans leur attitude et leurs réponses, que même dans la génération de leurs parents, le travail «du matin au soir» n'était pas une activité principalement économique: «...Celui-là restait jusqu'à 5-6 heures de suite pour le finir... il taillait sans arrêt...

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ils faisaient fi du temps... c'était le système...».

Les contraintes collectives propres à une société traditionnelle ont également opéré dans la génération des grands-pères actuels: c'est-à-dire tout ce qui se rattache au travail, obéissance au chef de la compagnie; dépendance économique totale du maître-ouvrier/père de famille et respect absolu envers l'itinéraire de la «compagnie» du père; ce n'est

5. La génération d'aujourd'hui a pris soin de rétablir l'aigle bicéphale décapité (exécuté sans art ou à la hâte) en supprimant la lampe électrique que leurs aînés avaient placée: linteau de porte d'une maison de Pentalofos.

qu'après son retrait du travail ou après sa mort que les maîtres ouvriers octogénaires ont essayé de nouveaux chemins.

Évaluation du travail. Enfin, les remarques des informateurs actuels au sujet de l'ouvrage de contemporains, plus ou moins jeunes qu'eux-mêmes, sont révélatrices; ils évaluent les produits du travail selon les critères de l'«art populaire».

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a) Sur le travail de leurs contemporains et de ceux qui sont immédiatement plus jeunes, ils n'hésitent pas à critiquer ou encore à faire leurs propres louanges. «L'art a désormais disparu; il est tombé en désuétude», «on se disait, c'est fini ce métier... il ne nous servira plus», «maintenant, ce qu'on fait ce n'est rien», «tout est prêt, ils ne bougent pas... ne font rien d'eux-mêmes», «moi j'étais brave, c'est de mes propres bras que j'ai fait tout ça» «Tiens, Nikos avait un frère qui était inégalable, un bon tailleur de pierre! Nous, on venait après».

b) Sur la génération de leurs parents, presque tous ont soutenu qu'elle fut meilleure que la leur, car «ils possédaient à fond l'art» (c'est-à-dire la technique, condition nécessaire à l'art populaire), car «ils avaient la passion du travail bien fait». «On se disait, qui sont les meilleurs du village? ...Untel, untel, on les connaissait tous».

c) Mais c'est l'œuvre de leurs grands-pères qui les laisse admiratifs et ceci au-delà de l'intérêt du chercheur contemporain et du décalage dans le temps qui les fascine: «J'en avais un de grand-père! Va demander, insurpassable à l'ouvrage, à la taille» — «Un authentique tailleur de pierre, pour te dire, un vrai sculpteur» — «Ils prenaient la pierre et la transformaient en fleur» (c'est-à-dire une science parfaite du matériel, condition nécessaire à l'«art populaire»). Et, bien entendu, tous les informateurs sans exception se souviennent, peuvent nommer, s'émeuvent aussi souvent en se référant aux artisans «uniques», quand le temps qui les en sépare n'est pas trop loin (on a là la preuve que le prétendu «anonymat» et la fausse

6. Exemple d'un travail des «grands-pères»: exécution soignée des pierres d'angle dans une  maison de Dilofo.

 (Photo G. Papanicolaou, K. Thomopoulos)

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«communauté», par bonheur aujourd'hui dépassés, ne sont que constructions savantes).

Le cas, par exemple de Vrangas8, tailleur de pierre, est caractéristique: «celui-là était un véritable génie; il dessinait sur la terre; il surpassait même des ingénieurs, bien qu'illettré». «Il n'y a pas eu son égal comme tailleur de pierre dans le village... Je ne me souviens pas d'en avoir entendu parler...».

Comportement: Ils respectent et honorent le travail de leurs prédécesseurs mais, en pratique, pas autant que leurs parents; la preuve en est que bon nombre parmi leurs parents utilisaient les pierres taillées (pierres d'angle, plaques, pierres de cheminée et autres) de l'ancienne maison dans la nouvelle. Très peu parmi ceux d'aujourd'hui ont pris le même soin. Quant à la génération de leurs enfants, qui dans une forte proportion continue le même métier sous sa forme moderne —aujourd'hui ouvriers du bâtiment ou maîtres d'œuvre— elle a pris soin de ne conserver que le minimum. La conjoncture historique (occupation, guerre civile et leurs séquelles), mais aussi l'ignorance du processus long et compliqué de la connaissance du métier a fortement contribué à leur comportement.

La génération enfin de leurs enfants, les jeunes qui aujourd'hui ont de 20 à 25 ans, comme à présent la question de la civilisation néohellénique paraît extrêmement en vogue, cherche (par divers moyens selon les cas) à conserver tout ce qui, dans leur histoire locale, est menacé.

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8. L'auteur a déjà repéré et relevé une grande partie de son œuvre conservée.

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    G. PAPAGEORGIOU

    L'APPRENTISSAGE DANS LES CORPORATIONS PENDANT LA DOMINATION TURQUE

    Parmi les systèmes traditionnels d'apprentissage pratiqués durant la domination turque, le système corporatif présente un grand intérêt, tant par sa particularité que par l'extension et la durée de ce phénomène.

    L'apprentissage corporatif, qui faisait partie du système des fonctions restrictives et, par là même, protectrices des corporations, puisque le contrôle des promotions et la supervision de la mobilité à l'intérieur de la corporation s'opérait par son truchement, pourrait en gros être divisé en deux étapes: celle du prétendu apprentissage du métier ou de la profession (cirak-apprenti) et, en second, celle de la possession des secrets du métier (kalfas-aide).

    1ère étape (ciraklik) : A cette étape s'effectuait l'entrée du jeune homme dans la profession. Les conditions de travail, de nourriture et de vie étaient, pour les apprentis, très difficiles, sinon décourageantes. Cet état était aggravé par le fait que les enfants que l'on envoyait chez les maîtres pour apprendre le métier ou la profession, se trouvaient encore aux premiers stades de leur développement physique, la plupart d'entre-eux n'ayant pas même encore dix ans et, conséquemment, étaient peu aptes au travail1.

    Comme en général les règlements de la corporation ne prévoyaient pas à quel âge l'enfant pouvait être embauché («στιχιέται») par le maître, laissant celui-ci entièrement libre et sans contrôle, les apprentis risquaient de voir leur croissance physique entravée, mais aussi de connaître une stagnation ou même une régression mentale.

    Si l'on tente de faire ressortir l'origine des enfants venant pour

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    1. On observe le même phénomène chez les apprentis appartenant à des groupes, des compagnies ou des associations de maçons. V. N. Moutsopoulos, Κουδαραίοι Μακεδόνες και Ηπειρώτες Μαΐστορες. Ανάτυπον εκ του Λευκώματος του Τ.Ε.Ε., Athènes 1976, p. 358.