Συγγραφέας:Διεθνές Συμπόσιο
 
Τίτλος:Actes du Colloque International, Historicité de l’ enfance et de la jeunesse
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:6
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1986
 
Σελίδες:709
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Βιβλιογραφία
 
Διεθνή Συμπόσια
 
Κοινωνική ενσωμάτωση
 
Μαθητεία και εργασία
 
Νεανικά έντυπα
 
Νεανικές οργανώσεις
 
Νοοτροπίες και συμπεριφορές
 
Παιδεία-Εκπαίδευση
 
Τοπική κάλυψη:Ευρώπη
 
Περίληψη:Πρόκειται για μετάφραση στα γαλλικά των Πρακτικών του πρώτου επιστημονικού συμποσίου, που διοργάνωσε η επιτροπή του ΙΑΕΝ σε συνεργασία με την Εταιρεία Μελέτης Νέου Ελληνισμού. Το συμπόσιο, με θέμα «Ιστορικότητα της παιδικής ηλικίας και της νεότητας», έγινε στο αμφιθέατρο του Εθνικού Ιδρύματος Ερευνών από τη 1 έως τις 5 Οκτωβρίου 1984.
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
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INTERVENTIONS

CHARIS BABOUNIS : M. Alexis Dimaras a bien fait de poser dans sa communication le problème de l'attitude et de la mentalité en général des enseignants envers la population scolaire.

La thèse effectivement réalisée de N. Nikitoplos «Neuf législateurs, dix moi compris», m'a rappelé une proposition voisine d'un autre enseignant, Emm. I. Kissinios. Ce n'est pas évidemment un hasard si Nikitotoplos l'a incorporée dans l'un de ces rapports, résumant1 les opinions des instituteurs2 sur le fonctionnement des écoles d'enseignement mutuel. Il note à ce titre que «l'instituteur de l'école mutuelle de Tripolitsa M. Emmanuel I. Kissinios rapporte que les règles du système mutuel doivent être de quatre ordres: A. religieuses; B. domestiques; C. sociales et D. scolaires comme celles de Cléobule, mais aussi recueillir le consentement des élèves»3.

Si des maîtres comme Nikitoplos4 et Emm. I. Kissinios5, fondant leur pratique scolaire sur ses deux éléments principaux, considérant l'activité participative des élèves comme une condition indispensable au succès de leur mission, avaient été plus nombreux, c'est bien plus tôt et de l'intérieur qu'auraient été créées des résistances aux pensées et actes bien connus des responsables d'une «réforme qui n'a pas eu lieu», pour ne pas oublier l'ouvrage avisé de M. Dimaras6 portant ce titre.

NOTES

1. Ministère des Cultes f. 24. Σχολικά (13 lévrier 1830); Ap. V. Daskalakis, Κείμενα-Πηγαί της Ιστορίας της Ελληνικής Επαναστάσεως, Σειρά τρίτη, Τα περί Παιδείας, Athènes 1968, t. II, p. 762-774. Cf. El. Ε. Koukkou, Ο Καποδίστριας και η Παιδείας 1827-1832, Β', Τα εκπαιδευτικά ιδρύματα της Αιγίνης, Athènes 1972, p. 38-39.

2. Bien que N. Nikitoplos écrive «ces vingt-là firent un rapport sur l'application de leur méthode mutuelle où ils se révèlent bien connaître celle-ci, comme j'en avais déjà eu la preuve par des lettres qu'ils m'avaient personnellement adressées», il cite des opinions et remarques de dix-neuf. Huit parmi eux enseignent en mer Egée (le révérend Cyrille le Thessalien, P. Militsas et V. Vicolaïdis à Hydra, P. Zondanos, N. P. Maghnis à Syros, C. Contarinis à Myconos, N. Mathéos à Naxos, M. Papakyriakou à Patmos), les autres dans le Péloponnèse (S. Kyriakidis à Monemvassia, P. Bouas à Cranidi, Emm. I. Kissinios à Tripoli, Al. Isaïas à Nauplie, Ιο. Anghelopoulos à Kertezi de Kalavryta, Chr. Kallionis à Vostitsa, C. Ghikas à Calamata, D. Vlachoyannis à Didyma de Vranidi, C. Makédon «à Dili de Sparte», Parthénios du Pélop. à Gouménitsia de Kalavryta, G. M. Méricas à Léonidio).

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3. Et il poursuit: "en plus, traits caractéristiques du maître et de ses devoirs. Sa méthode mutuelle est celle de monsieur Cléobule il remarque qu'il faudrait rédiger d'autres tableaux, plus appropriés que ceux de Cléobule, qui sont hors de portée des enfants en ce qui concerne les mots. Il est d'accord avec M. Cor(k) sur la composition des tableaux. Il voudrait certains livres pour la VIIIème: devoirs généraux des enfants; "Éthique", Mythes, Grammaire complète, Précis de géographie, d'Histoire Naturelle, de Mythologie, des notions de chronologie. Pour l'écriture, les tableaux de lecture; ceux d'Arithmétique doivent comprendre de l'Algèbre. Il affirme avoir élaboré toutes ces matières et demande la permission du Comité de les lui envoyer pour qu'elles soient critiquées". Mon enquête pour retrouver le rapport de Kissinios dans les Arch. gén. de l'État (Γ.Α.Κ.) (f. 23-24 Ministère des Cultes) fut malheureusement infructueuse.

4. V. également V. Sfiroeras, "Οι στόχοι της εκπαιδευτικής πολιτικής του Καποδίστρια", Ο Ιωάννης Καποδίστριας και η συγκρότηση του Ελληνικού κράτους, Salonique 1983, p. 78.

5. Nous puisons dans les documents publiés par Ap. V. Daskalakis quelques renseignements supplémentaires sur Kissinios.

Le 19 mars 1830, Emm. I. Kissinios proteste vivement car "durant mon séjour à Nauplie pour obtenir un bâtiment scolaire (avec succès) de soi-disant instituteurs sont apparus, ne sachant même épeler et qui ne m'ont laissé qu'à peine quatre-vingt des deux cents enfants environ auxquels j'enseignais auparavant.

Je suis donc convaincu que, là où une école a été fondée sur ordre du gouvernement constitutionnel (comme c'est la cas de la nôtre), nul n'a le droit de faire de même, conformément aux décrets constitutionnels de celui-ci (et d'autant plus qu'il s'agit d'écoles enseignant des rudiments religieux) et par là d'induire en erreur la jeunesse en lui administrant les poisons de leur incurie; il faut donc auparavant une autorisation gouvernementale, afin d'éviter un dommage causé aux citoyens.

C'est ce qui arrive aujourd'hui dans la ville où vous m'avez ordonné d'enseigner la grammaire à l'aide de la méthode mutuelle du fait de certains religieux.

Je ne puis plus souffrir de voir la jeunesse, auparavant faisant des progrès avec moi, dévoyer maintenant par l'absence de méthode de ces enseignants improvisés et prononcer, à l'instar de la vieille délurée de la comédie "α, α, την δάδα μη μοι πρόσφερε...".

Je me fais un devoir de rapporter tout cela et je supplie qu'on ordonne au plus vite à ces prêtres de s'abstenir désormais d'enseigner, sans aucune méthode, aux Grecs et de se consacrer aux devoirs de leur sacerdoce, parce que, si l'on n'attachait aucune importance à ce fait je présenterais à l'instant ma démission pour laisser de nouveau place à l'incurie, après tous les efforts et les sacrifices financiers du gouvernement constitutionnel pour la combattre. Recevez mes respects les plus profonds.

Il ne faut pas négliger non plus l'approvisionnement en papier, encre, ardoises, lithographies, tableaux et livres scolaires pour les besoins des enseignés, vu que ces dépenses sont trop lourdes" (Γ.Α.Κ. Ministère des Cultes, f. 25, Σχολικά, Ap. V. Daskalakis, op. cit., p. 853-854.

Trois mois après, le gouverneur "de Tripolitsa et Léontari" N. Karoris "en réponse à la circulaire n° 901 du Secrétariat" fait savoir "qu'il n'y a pas d'autre école reconnue dans l'éparchie de Tripolitsa que celle entretenue par le gouvernement dans la ville même de Tripolitsa.

Celle-ci est fréquentée déjà par environ cent enfants sous la direction de l'instituteur

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M. Emm. Ιο. Kissinios, dont la capacité concernant la méthode mutuelle et sa moralité sont depuis longtemps connues du gouvernement. Quand le nouvel établissement scolaire, en voie de préparation, aux frais du gouvernement, sera achevé, le nombre d'élèves sera multiplié suivant la capacité des locaux, l'immeuble servant aujourd'hui d'école ayant empêché l'afflux d'élèves par le manque d'espace" (Γ.Α.Κ., Ministère des cultes, f. 28, 1830- Cf. Ap. V. Daskalakis, op. cit., p. 1047).

Dans la liste des "établissements d'enseignement du Péloponnèse" dont disposait leur inspecteur I.P. Kokkonis le 5 octobre 1830, il est rapporté que l'école d'enseignement mutuel de Tripoli accueille 150 élèves (Γ.Α.Κ. Ministère des Cultes, f, 32, 1830; Ap. V. Daskalakis, op. cit., p. 1388).

Kissinios était l'auteur de plusieurs manuels scolaires (v. aussi note 3). Il est connu qu'au moins l'école mutuelle d'Argos utilisait le "Catéchisme" de Kissinios, jusqu'au jour où Kokkonis imposa son remplacement par l'opuscule de la Commission de l'enseignement élémentaire (Γ.Α.Κ., Ministère des Cultes, f. 32, 1830; Ap. V. Daskalakis, op. cit., p. 1392).

Finalement, le 1er juin 1831, Emm. I. Kissinios est acculé à la démission par suite des menées réactionnaires de l'inspection scolaire provisoire. Dans son rapport sur les faits, il écrit: "Je pense me considérer comme heureux, car j'ai eu l'honneur d'être nommé, grâce à la haute protection de Son Excellence le gouverneur, instituteur à l'école mutuelle d'ici et j'ai réussi à ce que mes meilleurs élèves forment les classes de l'école secondaire publique "grecque" nouvellement fondée".

Jusqu'à présent, il n'y avait pas d'inspection régulière pour superviser, examiner et rapporter selon son devoir au Secrétariat les noms des élèves de cette école ayant à chaque fois fait des progrès vous serez néanmoins contents d'apprendre de moi leur nombre, lequel, sur mon registre général des élèves, dépasse soixante-dix; 80-90 encore sont toujours enseignés par moi, mais ce que nécessite cette méthode m'empêche de poursuivre mon enseignement, les besoins étant nombreux et non satisfaits- je ne dispose quasiment pas du matériel nécessaire à mon enseignement.

Il n'y a pas d'inspection pour y remédier; celle qui existe à titre provisoire n'a et ne veut rien accomplir de bon, car elle stipule que je dois utiliser ce dont je ne dispose point et aussi d'exécuter ce qui n'est pas conforme aux directives du gouvernement.

Vu tout cela, je prie le Secrétariat même d'accepter ma démission, que je demande avec insistance par ma lettre respectueuse auprès du gouvernement". (Γ.Α.Κ., Ministère des Cultes, f. 40, 1831 ; Ap. V. Daskalakis, op. cit., p. 1908-1909.

Ces données sont à coup sûr très insuffisantes. La recherche d'un matériel d'archives supplémentaire s'impose, afin de rendre possible une biographie.

6. Alexis Dimaras, Η μεταρρύθμιση που δεν έγινε, (Τεκμήρια Ιστορίας), Α' (1821-1894), Athènes 1973; Β' (1895-1967), Athènes 1974.

C. D. LAZOS : Il est banal mais indispensable de répéter une nouvelle fois qu'il y a dans l'histoire de notre pays des pages inexplorées, voire inconnues. Une de ces pages concerne un événement unique dans les annales historiques, non seulement de la Grèce, mais aussi d'autres pays européens: il s'agit de la constitution, ordonnée par l'État, d'un corps

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militaire ayant comme officiers les professeurs de l'Université et les étudiants comme soldats. Ce fut la dénommée Phalange universitaire ou étudiante, constituée après la déposition de la monarchie bavaroise d'Othon, durant le gouvernement du «triumvirat» (Kanaris, Roufos et Voulgaris) en 1862.

Le triumvirat avait assumé le gouvernement du pays, mais aussitôt surgirent des conflits intenses et dramatiques entre gouvernants et opposants. Comme on pouvait s'y attendre, les partis adverses se divisèrent en deux camps, la «montagne» et le «marais», qui commencèrent à s'affronter. Le pays se trouva de nouveau aux portes de la guerre civile. L'armée, divisée, n'obéissait qu'à des individus, ceux-ci n'obéissant à leur tour qu'aux partis auxquels ils appartenaient. Le spectre d'une effusion de sang, déjà commencée, planait sur la ville d'Athènes éprouvée, et sujette à cause de l'anarchie, aux attaques des éléments criminels du lumpenprolétariat, des bandits, des filous, etc. Le Conseil universitaire décida d'utiliser les étudiants en tant que corps militaire pour faire régner l'ordre dans la capitale, en proie à l'anarchie. Par cette décision, il traduisait dans les faits un décret du «gouvernement provisoire», daté du 21 septembre 1861, qui autorisait la constitution d'un corps militaire universitaire sous le nom de «Phalange universitaire»1. Comme nous l'avons déjà dit, les professeurs seraient les officiers et les étudiants les soldats. Des officiers de l'armée régulière se chargeraient de l'entraînement et de la formation de ce corps, qui avait la mission de garder Athènes, conjointement à la Garde nationale.

Ce fait peut sembler quelque peu étrange de nos jours où les étudiants s'efforcent pour le moins d'avoir leur mot à dire sur des sujets qui les concernent. On pourrait même parler de régression au lieu d'évolution, si l'on pense que parallèlement à la constitution de la Phalange universitaire, deux représentants de l'université avaient été élus députés et représentaient les intérêts de cette institution. Ces concessions étaient l'œuvre du «gouvernement provisoire», parce que, comme le ministre de l'Éducation, Epaminondas Deligheorghis, l'avait admis «c'est l'université qui a engendré la révolution». Il faisait allusion évidemment aux luttes de la jeunesse étudiante durant le règne d'Othon et au rôle que celle-ci a joué dans sa destitution. D'ailleurs, l'un de ces étudiants n'était autre que Epaminondas Deligheorghis en personne, le futur premier ministre2.

Dès la fondation de l'université et pendant toute la domination bavaroise et le règne d'Othon, la jeunesse étudiante, avant tout universitaire, fut un des leviers les plus importants de la pression sociale en

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faveur d'une plus grande liberté et du respect de la Constitution. Ayant un riche passé historique, habituée aux «malheurs» de l'État nouvellement fondé et vivant la fermentation intense de son époque, la jeunesse étudiante des années 1839-1862 peut se vanter d'avoir rempli des pages éclatantes d'action sociale et politique d'un contenu purement progressiste, au sens qu'elle faisait avancer des situations qui, à cette époque-là et dans le contexte social donné, constituaient une tendance progressiste utile à la nation (même si à présent on tient pour anti-historiques des convictions de l'époque, comme par exemple la doctrine de la «Grande idée»).

Des étudiants sont mêlés aux rebellions contre le roi Othon, organisent des célébrations pour l'anniversaire du 25 mars qui causent des troubles et provoquent des charges de cavalerie; ils mènent une propagande sans relâche contre la royauté, culminant avec l'attentat de Arist. Dossios contre la reine Amélie3.

L'un des objectifs de la propagande de la jeunesse étudiante et, plus généralement du camp opposé à Othon, était la constitution de la Garde nationale. Cette question revenait souvent dans les pages du journal estudiantin militant «L'Avenir de la Patrie», où l'on insistait sur la nécessité de sa création4. Avec la constitution de la Phalange universitaire les étudiants parviennent à la réalisation de leurs efforts: par ce décret étaient posées les bases de l'entraînement militaire des étudiants, ce à quoi ils ont toujours aspiré. Donc, lorsque le Conseil a organisé ce corps militaire, les Athéniens virent à leur grande surprise, le 14 octobre 1862, des compagnies d'étudiants patrouiller dans Athènes jour et nuit, surveiller et faire régner l'ordre et la loi5.

La presse de l'époque a généralement accueilli par des commentaires flatteurs ces jeunes gardiens de l'ordre. Le journal «Le Garde national» écrivit entre autres: «Celui qui de sa vie n'aurait jamais été ému aurait dû sortir hier pour apercevoir les «citoyens de l'Université» défilant militairement rangés en pelotons et habités d'un enthousiasme sacré; il aurait sans doute laissé ses larmes couler. Environ quatre cents étudiants et docteurs armés, sortant de l'université pour une marche militaire, ayant des professeurs à la tête de chaque peloton, offraient un spectacle séduisant. En regardant cette légion, on se rappelait le bataillon sacré des Spartiates de Léonidas ainsi que celui de 1821»6.

La Phalange universitaire ou étudiante était un corps militaire indépendant ayant son propre uniforme, son drapeau et son armement. Sous la direction des recteurs Petros Paparrigopoulos (1862-1863)7 et Constantin Fréaritis (1863-1864)8, elle fut composée pour la première

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année de cinq compagnies (60 étudiants) et, pour la deuxième, de six (840 étudiants). Les militaires qui assuraient le commandement de la Phalange étaient le capitaine Ioannis Zoumboulis jusqu'au 26 février 1863 et, par la suite, Alexandros Praïdis, jusqu'à sa dissolution en 1864. Ils étaient assistés d'un grand nombre de gradés, lieutenants, sous-lieutenants, adjudants, sergents et peut-être aussi d'un chef-trompette, au total environ 21 personnes de l'armée régulière.

Il faut souligner que, parallèlement aux efforts énergiques des deux recteurs, l'initiative privée a eu un rôle considérable dans le soutien matériel à la Phalange, ayant assuré un tiers de la dépense totale de la création de ce corps. Il existe des listes détaillées de tous ceux qui ont contribué à cet effort. On distingue parmi les donateurs et bienfaiteurs Dimitrios Thomaïdis (1000 drs), Éléni Tositsa (10.000 drs), Anastasios Manakis (10.000 drs), Terpsichori, femme de Vassilios Mélas (1.000 drs), Dimitrios Vernardakis, plus tard célèbre professeur à l'université (auteur de l'étude retentissante contre les archaïsants Critique du pseudo-atticisme, 1884) a offert la somme pour l'achat de l'armement de la Phalange.

La première phase dans l'histoire de la Phalange universitaire ou étudiante, une histoire qui durera environ 40 ans, s'est achevée en 1864. Après sa dissolution formelle -due à des raisons politiques-, les événements historiques l'amenèrent de nouveau au devant de la scène dix ans plus tard, en 1873-74, lorsque les étudiants redemandèrent la reconstitution et la réactivation de la Phalange, durant l'épisode que l'histoire a conservé sous le nom de "Lavréotika". C'est Epaminondas Deligheorghis qui est à présent premier ministre, ci-devant chef de la "jeunesse dorée" qui avait chassé Othon. Son attitude envers les étudiants fut abominable, au point d'être stigmatisée même par des conservateurs notoires. Il eut recours à la cavalerie de la gendarmerie, afin de mater les rassemblements étudiants: elle s'y prit avec une telle brutalité que le Conseil universitaire dut protester par écrit auprès du gouvernement. Il y eut tous les jours de grandes manifestations, des bagarres et des effusions de sang. Selon un historien de l'époque "le gouvernement et les étudiants sont désormais en état de guerre"9.

Nous ne pouvons malheureusement citer plus abondamment les événements effectivement très violents, ainsi que les interventions que ceux-ci ont provoquées au Parlement. Le conflit a trouvé sa solution avec la défaite parlementaire du gouvernement Deligheorghis par Thrasybule Zaïmis, le 4 février 1874.

En 1877-78, durant la guerre russo-turque ayant ravivé l'aspiration

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nationale pour l'annexion des territoires opprimés par le joug turc, des associations grecques comme «Défense nationale», et «Fraternité» collectaient des fonds, achetaient du matériel et recrutaient des volontaires qu'ils envoyaient combattre dans les territoires à libérer, principalement en Thessalie. Des corps et des groupes d'étudiants eurent une part considérable dans ces luttes; ils s'y rendaient comme renfort aux combattants, comme ce fut le cas du corps de 25 étudiants commandés par le professeur N. Nikolaïdis de Makrinitsa, trois lycéens ont aussi versé leur sang: D. Kiriakopoulos, N. Stratigopoulos et S. Oikonomopoulos. Un autre corps, composé d'étudiants et d'élèves des lycées avec à leur tête I. Farmakis participa à la bataille d'Aghia où il eut à déplorer des morts10.

Nombreuses furent les batailles des corps rebelles, comme aussi furent nombreux les étudiants, universitaires ou pas, qui ont versé leur sang. Nous ne savons malheureusement pas si l'un de ces corps avait rejoint le combat sous la bannière de la Phalange universitaire, en tant que corps indépendant. Il est cependant certain que, avant le déclenchement de l'insurrection en Thessalie, les étudiants s'étaient réunis un soir dans le bois derrière l'école française d'Athènes, pour débattre du rôle de l'Université, des étudiants et de la Phalange universitaire dans l'insurrection imminente. Il fut décidé que la Phalange universitaire n'agirait pas, en attendant les décisions du gouvernement, qui l'utiliserait éventuellement dans quelque action militaire, et qu'un groupe d'étudiants «constitué en corps, représentant les principes de liberté et de justice» prendrait part à l'insurrection11.

L'acte final de la Phalange universitaire ou étudiante sera joué en 1896-1897, lorsque les étudiants, à la suite de la conduite inconvenante du professeur d'anatomie Galvanis, se révoltèrent et occupèrent l'université. Ce professeur les avait offensés en les traitant d'indignes de l'Institution où ils étudiaient. Les étudiants ont vivement protesté auprès du Conseil, ensuite auprès du gouvernement et demandèrent le renvoi de Galvanis. Celui-ci ayant un protecteur puissant au gouvernement, refusait de se démettre, ce qui provoqua des altercations, occupation de salles, des heurts entre gendarmerie, cavalerie et étudiants, des arrestations d'intimidation contre les meneurs, des manifestations, rassemblements nocturnes, etc. La tension monte par la suite, débouchant tout naturellement sur la première occupation de l'histoire de l'université par 300 étudiants qui s'y sont enfermés, armés de fusils et décidés, comme ils l'ont fait savoir, de mourir dans ses salles. Pendant trois journées, la cavalerie avait encerclé l'université et s'efforçait d'en expulser

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les étudiants. En même temps, certains de leurs collègues se trouvant en dehors de l'immeuble organisaient des manifestations, des défilés, des protestations, etc. Les affrontements étaient violents et sanglants. Les étudiants enfermés s'étaient saisis, dans les entrepôts de l'université, des armes de la Phalange étudiante, des uniformes, des drapeaux de ce corps et de tout ce qui s'y trouvait et ont reconstitué ce corps militaire étudiant.

Les efforts de la cavalerie pour chasser les étudiants des bâtiments universitaires de soldèrent par un insuccès, car les assiégés répondaient aux tirs avec leurs fusils et le peuple, vivant ce drame et partageant leur attitude, leur faisait parvenir par tous les moyens de l'aide, de la nourriture, etc., utilisant même des catapultes. Les étudiants tentèrent d'organiser une voie d'évasion et de secours, profitant du système d'égouts des environs, dont le plan avait été découvert dans les entrepôts. Ils ne purent malheureusement pas en tirer profit à cause d'un obstacle infranchissable. Tout ceci, plus un étudiant blessé à mort dans une manifestation, contribua à créer un climat de guerre à Athènes, déjà chamboulée d'un bout à l'autre, tandis que l'affaire même avait abouti à une impasse. D'un côté le gouvernement ne tenait pas à assumer la responsabilité d'un assaut final pour expulser les étudiants de l'université, et de l'autre côté, les étudiants de l'université ne se laissaient pas convaincre. Par la médiation de délégués gouvernementaux ainsi que des recteurs, professeurs, etc., l'affaire eut un dénouement conforme à la dignité et à la fierté des étudiants. Ceux-ci acceptèrent que la Phalange universitaire se rende en tant que corps indépendant combattre en Crète, où l'insurrection de 1896 venait de se déclarer. Le commencement de la lutte crétoise fut d'ailleurs une des raisons principales qui les firent évacuer l'université, redoutant que, vu les nouvelles évolutions, leurs actes pourraient nuire à la Nation12.

Avec la descente de la Phalange universitaire en Crète et son incorporation aux autres corps militaires rebelles, est écrite la dernière page de l'histoire de ce corps militaire étudiant, page égalant ses autres actions; la Phalange se montra en Crète digne des espérances de tous ceux qui avaient cru en elle; malgré son effectif réduit, elle eut une action considérable.

C'est ici que s'arrête l'histoire de la Phalange universitaire ou étudiante, histoire qui pourrait être désignée comme le "Polytechnique" du siècle passé. Plus simplement, on peut dire que l'histoire se répète et que les lois qui la régissent, manifestent une réitération et une permanence remarquables. On peut encore dire que le corps étudiant dès

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ce temps-là fait montre de la même sensibilité et du même dynamisme vis-à-vis des conceptions établies ou bien non orthodoxes.

NOTES

1. V. Epaminondas Deligheorghis, Τοις Φοιτηταίς του Εθνικού Πανεπιστημίου, Athènes 1863, p. 7.

2. Le recteur de l'université, Petros Paparrigopoulos, en réponse à l'adresse sur le rôle de l'université dans la déposition d'Othon écrit que: "L'université peut se targuer d'avoir contribué au maximum à l'abolition d'un système qui a pesé pour trente ans sur le sein de la Nation", v. Εφημερίς των Φιλομαθών, 21 novembre 1862.

3. V. Chr. D. Lazos, "Όταν ο Δόσιος πυροβόλησε την Αμαλία". Ιστορία Εικονογραφημένη, n° 114, p. 82-91.

4. V. aussi Alex. Vyzantios, "Έκθεσις των εν Ελλάδι συμβάντων από Ιουνίου 1862 άχρις Ιουνίου 1865", Εθνικόν Ημερολόγιον Π. Βρεττού, année 1866, p. 282 où il écrit que "les étudiants de l'université, s'étant improvisés gardes nationaux, ont veillé de manière louable à l'ordre public...".

5. V. E. Kyriakidis, Ιστορία του Νεωτέρου Ελληνισμού, t. II, p. 223, où il écrit que pendant les heurts entre "montagnards" et "marais"... "la garde nationale, sous le commandement de Panos Koronéos, affichait sa neutralité, ainsi que la Phalange universitaire, occupée à la garde de la ville" (voir plus bas p. 227).

6. Journal Εθνοφύλαξ, 15 octobre 1862.

7. V. discours du rectorat de P. Paparrigopoulos (1863).

8. V. discours du rectorat de C. Fréaritis (1864).

9. E. Kyriakidis, op. cit., p. 525-527.

10. P. G. Politis, Απομνημονεύματα περί της τελευταίας εν Θεσσαλία επαναστάσεως, Athènes 1879, p. 11-12.

11. J. Cordatos, Ιστορία της Ελλάδας, t. II, p. 342, note 1.

12. Le récit de l'affaire Galvanis ainsi que de la descente de la Phalange en Crète est basé sur le récit historique de Dionysis P. Marcopoulos, Η εξεγερσις των φοιτητών εν Αθήναις και η δράσις της Φοιτητικής Φάλαγγος εν Κρήτη κατά το 1897, Calamai 1903. Pour conserver ce document rare, je l'ai incorporé dans mon livre, Ιστορία της Πανεπιστημιακής ή Φοιτητικής Φάλαγγας, Athènes 1980, 2ème partie, p. 91-242.

ELENI FOURNARAKI : Cette intervention résulte de l'impossibilité de présenter ici une communication globale de quelques premières conclusions, mêmes sommaires, de recherche sur ce sujet; elle vise à poser quelques questions et hypothèses de recherche nées à la suite d'une approche brève et fragmentaire des sources; lesquelles -concernant un sujet aussi ample- sont nombreuses, variées et souvent peu accessibles pour des raisons qu'il n'y a pas lieu ici de mentionner.

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L'approche des textes pédagogiques et de la littérature normative* fait naître l'interrogation suivante: Dans quelle mesure peut-on discuter dans ce discours une conscience de la spécificité de l'enfance et de la jeunesse de la femme, c'est-à-dire dans quelle mesure la conception existe selon laquelle la fille doit être élevée et éduquée sur la base d'un système de valeurs complémentaire ou différent de celui des garçons, plus propre à la «nature de la femme» ou bien aux rôles féminins?

Tout d'abord, l'absence d'une telle problématique rencontrée dans une partie peut-être non négligeable de la littérature relative à ce sujet constitue un phénomène digne d'attention, dont l'interprétation s'impose. Le chercheur devra se montrer très attentif sur ce point, car il risque de surestimer les textes importants mais relativement rares qui se réfèrent exclusivement à l'éducation des femmes.

Pourtant, dès les premières années de l'Indépendance, époque qui constitue le point de départ de ma recherche, des intellectuels et des pédagogues posent la question de la nécessité et de la spécificité de l'enseignement féminin et —comme Mme Ziogou l'a déjà mentionné—privilégient le modèle féminin de la mère-épouse-maîtresse de maison—. Mais dans quelle mesure ce modèle traduit-il des besoins réels et conscients de la société grecque ou même de ceux qui le proposent et dans quelle mesure ne serait-il qu'un transfert d'idéaux étrangers? A quel moment des valeurs comme celle de l'idéal domestique (idéal of domesticity), de la maternité en tant que rapport affectif particulier entre mère et enfant ainsi que de la spécificité de l'enfance, prennent-elles forme et incarnent le modèle théorique de la mère-épouse-maîtresse de maison?

L'élaboration d'une théorie reposant sur la spécificité de l'éducation féminine signifie, entre autres, que des sphères d'activité différentes pour chaque sexe sont délimitées et que des systèmes de valeurs correspondants sont établis, préoccupations qui transparaissent de manière plus systématique dans des écrits des dernières décennies du 19ème siècle. D'après ces textes, l'homme est vouée à agir dans l'espace 

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* J'emploie ce terme général pour désigner un ensemble de textes, dont certains se réfèrent au système de l'enseignement et formulent des propositions pour l'améliorer et d'autres traitent de l'éducation des enfants à l'école et dans la famille, ou bien de la conduite des jeunes dans l'espace plus large des relations sociales (par exemple, Traités des convenances, Guides à l'usage des mères, Traité d'hygiène, Manuels d'économie domestique, discours prononcés lors d'examens publics dans les écoles de jeunes filles, ainsi que les textes législatifs, comme les circulaires et décrets ou bien encore des rapports justificatifs de projets de lois concernant l'enseignement féminin).

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public, celui de la politique et de la science, où il domine par la force et la raison, tandis que la femme aurait été créée pour la vie familiale, où domine le sentiment; elle est créée pour obéir, aimer, se dévouer et se sacrifier, remplissant ses rôles d'épouse et surtout de mère, qui se chargera de la première éducation morale de l'enfant, des futurs citoyens de demain.

L'acceptation d'une vocation différente pour chaque sexe a comme résultat que des exigences différentes sont élaborées de la part des pédagogues, sur l'éducation du garçon et de la fille. Des exigences concernant non seulement la nature et la durée de la connaissance, mais aussi des qualités morales et des modes de comportement.

Situer le moment, mais aussi les processus de formation de demandes conscientes similaires dans la société grecque du 19ème siècle, est pour le chercheur un objectif à atteindre.

Quant à ces processus, c'est l'intervention des femmes elles-mêmes dans le débat sur l'éducation réservée à leur sexe qui représente un intérêt particulier. Je me réfère surtout aux pédagogues bien connues de la seconde moitié du!9ème siècle (Sapho Léontias, Kaliopi Kechaguia, Catherine Laskaridou, etc.), ainsi qu'aux féministes de la première heure qui, à partir de 1887, publient le Journal des Dames. Dans quelle mesure le discours de ces femmes va-t-il compléter, différencier ou bien subvertir les modèles d'enseignement féminin en formation?

D'une première lecture des revues et textes féminins pédagogiques, il résulte deux impressions principales :

1) Sans que le schéma idéologique assimilant les vertus féminines à la vie familiale et à la maternité soit mis en doute, les rôles traditionnels de la femme des centres urbains sont revalorisés et revêtent une dimension d'apport social, ou mieux encore, de «mission» sociale, tâche sublime et ardue qui implique à son tour une culture plus profonde et plus vaste.

2) On observe un effort de définition exacte et de systématisation des connaissances et principes moraux, qui façonnent, la jeune fille et la jeune femme. D'après ceci l'économie domestique est représentée comme une science qui, hormis les notions pratiques, comprend une série de vertus sur la base desquelles la femme assumera la direction du foyer. Du même coup, la littérature grecque ancienne, l'histoire nationale, l'enseignement religieux, la pédagogie constituent les bases d'une «éducation nationale», qui permettra à la femme de jouer un rôle national et social prépondérant, non seulement en tant que mère, mais aussi en tant

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qu'institutrice deux qualités complémentaires et étroitement liées à la "nature de la femme".

Dans un climat d'exaltation du nationalisme irrédentiste, mais aussi au tournant du siècle, de changement sociaux et idéologiques plus généraux, ces exigences -formulées d'ailleurs également par des intellectuels hommes- semblent satisfaites et légitimées. De même l'essor des Écoles Secondaires et des Écoles Normales de Jeunes Filles, même limitées à l'initiative privée, ainsi que le nombre croissant de femmes instruites, sont des réalités qui ont commencé à s'imposer. N'oublions pas que, à la fin du siècle, le chômage des institutrices constitue un problème social important. On perçoit néanmoins dans le discours masculin une crainte que l'enseignement des jeunes filles sortira des limites de la vocation de la femme et ira menacer des domaines relevant traditionnellement des hommes. C'est peut-être à cette crainte-là qu'on pourrait attribuer d'un côté la dévalorisation de l'enseignement des femmes, dissimulée dans bon nombre d'écrits sous le voile théorique de la "spécificité" (par exemple, durée inégale de l'enseignement en faveur des garçons ou bien limitation stricte de la connaissance au nécessaire pour les tâches familiales féminines); et, de l'autre côté, la réaction violente à l'encontre des femmes à l'Université dans les dernières décennies du siècle.

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Diffusion des idéologies: Politique et littérature

Jeudi 4 octobre

Séance de l'après-midi

Président : TRIANTAFYLLOS SCLAVENITIS

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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VIKY PATSIOU

LE MAGAZINE «FORMATION DES ENFANTS» (H ΔΙΑΠΛΑΣΙΣ ΤΩΝ ΠΑΙΔΩΝ) ET LES ORIENTATIONS DE LA JEUNESSE: LE DÉSIR ET LA NÉCESSITÉ

(1879 -1922)

La «Diaplasis» se distingue des autres magazines pour enfants pour au moins deux raisons: sa longévité (elle paraît de 1879 à 1951) et la participation des lecteurs à l'élaboration de ses colonnes (dès 1910, sur les huit pages de chaque numéro, deux expriment ou reflètent la situation de l'enfance). Les données chiffrées sont rares: 8-10.000 lecteurs en 1906, 3.000 abonnés en 1909, 6.000 abonnés en 1920. Sa diffusion géographique est très large: Grèce, Turquie, Égypte, Russie, Angleterre, Italie, Bulgarie, Chypre, Amérique. Ses modèles sont français, principalement des traductions du Magazine d'éducation et de récréation, signées du traducteur ou adapteur grec sans toujours mentionner le nom de l'auteur. La «Diaplasis» est destinée aux enfants et aux adolescents, mais elle est également lue par des élèves finissant le lycée, des étudiants de l'Université, ainsi que leurs parents. Ses jeunes amis sont «soit riches, soit tout simplement aisés, quelquefois même pauvres»; grands, ils deviendront des scientifiques illustres, des lettrés ou artistes éminents, des commerçants honnêtes, banquiers ou industriels. Les collaborateurs, mis à part les protagonistes Aristotelis Kourtidis jusqu'en 1894 et Grigoris Xénopoulos jusqu'en 1947, sont légion, des noms connus comme: Al. Catacousinos, Christophoros Samartsidis, Aristidis Roukis, Nikos Poriotis, ou bien sous pseudonyme : Philomèle, Sapho «C'est-à-dire», Nicolas Épique, Mexicain, etc. Le prix de l'abonnement n'est pas exagéré, le salaire ouvrier masculin moyen correspondant à 58% du prix de l'abonnement annuel en Grèce en 1902, à 44,2% en 1911 et à 96% en 1922. En d'autres termes, on peut acheter en 1912 à Athènes pour 8 drachmes, ce qui est le prix de l'abonnement annuel pour la Grèce, 20,5 kg de pain ou 4,32 kg de viande. En 1920 et pour 16 drachmes, on achète 11,1 kg

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de pain ou 2,38 kg de viande. La hausse du prix de l'abonnement ne suit en aucun cas celle de l'indice des prix, au moins en ce qui concerne les années 1912-1922.

La "Diaplasis" sera tout un monde avec ses abonnés, associations de lecteurs, pseudonymes, albums, signe distinctif, même des chapeaux marins portant son nom sur le ruban. Dans nombre de familles, les pseudonymes remplaceront les noms des enfants. Dans l'ensemble de ces pseudonymes proposés par les abonnés et acceptés par le magazine, se dessine le monde des impulsions romantiques de l'enfance (Âme éthérée, Étoile de l'aube) aussi bien que des ambitions très concrètes (Futur diplomate, Futur amiral). Hormis ceux dont la signification est neutre, une autre catégorie de pseudonymes provient du lieu d'origine des abonnés (Smyrne, Kroussovo saccagé), des héros de romans-feuilletons (Pierre Rionsay, Lucie Malo) ou encore de la production littéraire contemporaine (le Rocher rouge, la Poupée de cire). La catégorie des pseudonymes, plus significative d'un point de vue historique, est celle qui témoigne des tendances et recherches culturelles et idéologiques de l'époque, de leur existence et de leur acceptation, ainsi que de la sensibilisation des lecteurs vis-à-vis des événements historiques, des développements scientifiques et techniques, du climat politique.

Cette catégorie de pseudonymes pourrait par elle-même tenir le rôle de témoin historique. Nous citons en les regroupant, à titre indicatif : Macédoine ensanglantée (1906), Vainqueur de Skra (1918), Société des Nations (1919), Vainqueur de Eski-Sehir (1921) / Rayon Rœntgen (1903), Lumière électrique (1909), Télégraphe sans fil (1918) / Constitution (1911), Adoratrice de Venizélos (1916), Premier socialiste (1916), Prolétaire (1918) / Partisan triomphant de la Grande idée (1918), Constantinople libre (1918), Union de Chypre (1919) / Partisan du démotique (1903), de la langue savante (1919) / Suffragette (1908), Féministe (1918).

A part les noms dont le pseudonyme nous est déjà révélé1, ont pris part à l'activité et à la vie de la "Diaplasis", Nicolaos Lascaris, Costas Kariotakis, Éléni Lambiri, Alexandros Svolos, Assimakis Pansélinos et d'autres encore.

L'importance littéraire et historiée-littéraire de la "Diaplasis" est multiple. Elle fait connaître à temps avant leur publication à ses jeunes lecteurs l'œuvre des poètes et des prosateurs; elle suit de près l'activité éditoriale en publiant des extraits des derniers recueils poétiques; elle

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1. Voir D. Yakos, Ιστορία της ελληνικής παιδικής λογοτεχνίας, Athènes 1977, p. 69 et surtout Κ. Delopoulos, Νεοελληνικά φιλολογικά ψευδώνυμα, Athènes 1983.

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guide les abonnés et futurs écrivains en prévoyant : «Tellos Agras est incomparablement meilleur quand il écrit en vers... mais il serait aussi remarquable s'il n'écrivait que de la prose»2. «Parmi de nombreuses proses envoyées par Étendard bleu et blanc (il s'agit de Pétros Kharis), celui-ci se distingue, montrant qu'il écrira très bien dans l'avenir, au moins en prose»3. Le magazine offrira l'occasion à plusieurs de ses abonnés de voir imprimées leurs ambitions littéraires et précoces et tester ou bien découvrir leurs vocations et leur talent.

La «Diaplasis» s'adresse à un public qui n'a pas encore atteint sa majorité; l'univers idéal des adultes sera le modèle pour une réforme morale des jeunes. Ce modèle ne correspond pas plus au monde réel des adultes qu'il n'exprime les réalités de la vie des jeunes. Dans ce cas, le «à son image» ne correspond qu'à un mirage.

Le didactisme est résumé dans des formes narratives brèves où, le plus souvent, le développement de l'action obéit à la nécessité de mettre en évidence un précepte moral; l'intrigue, le héros et le dénouement sont prédéterminés pour des objectifs moraux.

Ces récits se terminent par une morale concise et explicite, constituant la formulation essentielle du prétexte narratif qui l'a étayée et développée par la fiction. De ce point de vue, le temps n'apporte pas de changements considérables à la forme et au contenu (la langue mise à part).

La définition ou les synonymes du «bien» en tant que concept moral consiste pour l'enfance et compte tenu du système de valeurs que la «Diaplasis» veut inspirer à ses jeunes lecteurs, en l'amour et le respect des pauvres, le sacrifice de soi, l'entretien des parents quand ils seront vieux, la patience, le courage, la philanthropie, la charité, etc. A l'inverse, le «mal» est décrit par le mépris des pauvres, l'infraction aux ordres paternels, la cruauté, la curiosité, l'avarice, l'oisiveté, l'orgueil, etc. Dans ce système de valeurs global, nous pouvons discerner les qualités et défauts par excellence masculins ou féminins. C'est la prodigalité, l'égoïsme et la coquetterie qui constituent les principales faiblesses féminines; la peur, l'unique masculine. Les hommes doivent être courageux et héroïques, tandis que les mots femme et cuisinière désigneront à un certain moment une seule et même chose.

En dehors des œuvres en prose, la poésie aussi, dénuée d'effet esthétique

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2. Η Διάπλασις των παίδων, 2 janv. 1916, p. 67.

3. Ibid., 12 janv. 1919, p. 55.

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et ayant la rime comme seul souci formel, servira souvent les strictes nécessités de l'éducation morale.

Les lecteurs ont tout à fait conscience des orientations et visées morales du magazine et confirment les résultats bénéfiques de la lecture de celui-ci en les formulant dans le courrier des lecteurs, tantôt dans un style recherché et tantôt de manière plus simple, qui mettent en avant les demandes spontanées de l'enfance sous la froideur de la langue savante: «c'est à tes commandements moraux, ma chère Diaplasis, que je dois le grand amour que me vouent les parents, à toi aussi les louanges de mes professeurs, des parents et des amis. C'est enfin à toi, ma chère Diaplasis, que je dois tout, comme cette bicyclette désirée depuis si longtemps que mes parents ont commandé pour moi, en récompense à l'application et au progrès accompli grâce à toi»4.

A travers les formes narratives brèves, de caractère didactique, est projetée aussi la configuration imaginaire et idéale d'une organisation sociale, sans conflits et sans impasses. Pour créer cette image (qui ne devient pas représentation), on idéalise, on omet et on passe sous silence. Ce qui est visé à chaque fois est le bonheur individuel et une position dans l'harmonie sociale. Le corps social est constitué par les riches (commerçants, avocats, propriétaires, banquiers, entrepreneurs) et par les pauvres. A ce dernier groupe peuvent appartenir le prêtre, le mendiant, le berger, le menuisier, le boulanger, l'ouvrier, l'artisan, le laboureur, le meunier. Le médecin apparaît comme bienfaiteur, le prêteur, le député, le maire et le policier indiquent leur fonction sociale.

Les rapports entre ces deux groupes du corps social sont harmonieux, réciproques et complémentaires. Les riches ne doivent pas mépriser les pauvres car ceux-ci leur rendent des services, travaillent et possèdent éventuellement des qualités morales. La vertu la plus grande des pauvres est l'honnêteté et le dévouement leur trait principal, le bonheur.

Le travail, identifié souvent au travailleur consciencieux, constitue la vertu sociale par excellence; tout le monde devrait travailler y compris les nobles et les riches. Le travail est le sens et le but de la vie, source de satisfaction et de joie, ainsi qu'occasion de perfectionnement moral; son contraire, c'est la paresse. Associé à l'épargne et à la persévérance, il peut conduire à l'acquisition de la richesse. Être travailleur est une condition nécessaire mais non pas suffisante du bien-être matériel,

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4. Ibid., 30 juin 1891, p. 187.

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par contre, l'indigence est due presque exclusivement à l'attitude négative de l'individu vis-à-vis du travail.

Quand la transition d'une situation économique à l'autre n'est assurée ni par la bienfaisance, ni par le travail, la mobilité sociale est remplacée par l'équilibre et la stabilité sociales. Dans le cas contraire, où le désir de changer de rôle ou de position persiste, les conséquences sont souvent désastreuses. Dette formulation, positive négative du même message, est complétée par la définition du bonheur en tant que vertu sociale : «Le vrai bonheur consiste à se contenter de son destin». La voie est à sens unique ou bien sans issue.

A part la dimension pédagogique du magazine, constatée dans des proportions de modèles moraux et dans l'esquisse d'une organisation déterminée de la société, un autre axe thématique pourrait concerner les faits réels, ainsi que leur reflet idéologique, formulés et vécus par la jeunesse de sa propre façon, une fois celle-ci devenue sujet et objet de l'histoire. Pendant toute la durée du magazine, le terme d'histoire et les significations de ce mot sont redéfinis, se complètent mutuellement changent de contenu et servent des intentions différentes. L'histoire devient moyen pédagogique, passé, présent, actualité, façonne la conscience nationale; elle inspire et guide. L'identité grecque, la mise en valeur des traits nationaux ainsi que l'effort de création d'une physionomie nationale constituera un des principaux soucis des rédacteurs du magazine pour longtemps. Le «caractère national» concerne avant tout les noms, la langue, la tradition musicale et les usages, est défini par opposition à ce qui est étranger, soutenu par le passé glorieux, il est source de fierté. Parmi les événements, qui ont positivement ou négativement marqué l'histoire néohellénique, la «Diaplasis» de la période examinée commente en détail ou par allusions la guerre de 1897, la lutte pour la Macédoine, les guerres balkaniques, la première guerre mondiale et la catastrophe d'Asie Mineure.

Durant la guerre de 1897, les abonnés s'enrôlent comme volontaires, offrent une aide matérielle et financière aux réfugiés, sacrifient le repos de leur vacances et s'indignent de l'attitude des Européens.

Nous ne pouvons reconstituer les dispositions et attitudes idéologiques vis-à-vis du problème macédonien qu'à travers les réactions des lecteurs, puisque aucune mention nette de ce problème n'est faite du côté des rédacteurs. C'est l'époque où les visées nationales revivent, même quand ceci ne figure pas dans les intentions du magazine.

En 1909, nous rencontrerons aussi les échos de la question crétoise, cette fois aussi du côté des abonnés. Le Petit Rameur écrit qu'il attend

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tous les samedis le numéro de la «Diaplasis», «comme les Juifs attendent le Messie et les Crétois l'union». Les premières espérances d'une réalisation des aspirations nationales sont formulées à l'occasion de la révolution d'août 1909. Pour la première fois, le présent et l'avenir relégueront la passé au deuxième plan. Trois ans plus tard, l'exaltation nationale des lecteurs sera accompagnée du triomphe national de l'expansion territoriale.

La première guerre mondiale passe presque inaperçue pour la revue, qui observe, à l'instar de l'État une politique de neutralité. En 1915 un des nouveaux pseudonymes, «la guerre européenne» viendra rappeler l'état de guerre. Le cycle historique se refermera par un drame, celui de la catastrophe d'Asie Mineure. La vie a changé dans la ville d'Athènes, une période historique est close; la tristesse a pris la place de l'espoir. On peut lire dans les «Lettres d'Athènes»: «Dans cette foule variée des passants, les rares promeneurs, les messieurs ou dames, jeunes gens ou jeunes filles; élégants et insouciants, sortis dans l'avenue prendre un peu de soleil m'apparaissaient —comment dire— comme des ruines, des reliques d'un passé beau et bienheureux»5.

En guise d'épilogue, je cite le premier texte en prose envoyé par Rita Boumi pour «la page des abonnés», quand elle avait 13 ans. Elle a pris pour prétexte une maison en ruine de Syros: «Sous le grand peuplier argenté, je suis assise et j'observe. Le silence règne autour de moi. Mon regard rencontre un peu plus loin une construction sans âme, en ruine, jadis érigée dans les rêves et les espoirs du progrès. Tandis que maintenant, c'est l'araignée qui tisse sa toile dans les coins obscurs, et le lézard se glisse dans les buissons épais et les broussailles qui l'assiègent. Hélas, combien de rêves ne commencent-ils par des espérances de bonheur pour n'aboutir qu'à des ruines et des décombres»6.

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5. Ibid., 12 nov. 1922, p. 395.

6. Ibid., 20 avr. 1919, p. 166.

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    INTERVENTIONS

    CHARIS BABOUNIS : M. Alexis Dimaras a bien fait de poser dans sa communication le problème de l'attitude et de la mentalité en général des enseignants envers la population scolaire.

    La thèse effectivement réalisée de N. Nikitoplos «Neuf législateurs, dix moi compris», m'a rappelé une proposition voisine d'un autre enseignant, Emm. I. Kissinios. Ce n'est pas évidemment un hasard si Nikitotoplos l'a incorporée dans l'un de ces rapports, résumant1 les opinions des instituteurs2 sur le fonctionnement des écoles d'enseignement mutuel. Il note à ce titre que «l'instituteur de l'école mutuelle de Tripolitsa M. Emmanuel I. Kissinios rapporte que les règles du système mutuel doivent être de quatre ordres: A. religieuses; B. domestiques; C. sociales et D. scolaires comme celles de Cléobule, mais aussi recueillir le consentement des élèves»3.

    Si des maîtres comme Nikitoplos4 et Emm. I. Kissinios5, fondant leur pratique scolaire sur ses deux éléments principaux, considérant l'activité participative des élèves comme une condition indispensable au succès de leur mission, avaient été plus nombreux, c'est bien plus tôt et de l'intérieur qu'auraient été créées des résistances aux pensées et actes bien connus des responsables d'une «réforme qui n'a pas eu lieu», pour ne pas oublier l'ouvrage avisé de M. Dimaras6 portant ce titre.

    NOTES

    1. Ministère des Cultes f. 24. Σχολικά (13 lévrier 1830); Ap. V. Daskalakis, Κείμενα-Πηγαί της Ιστορίας της Ελληνικής Επαναστάσεως, Σειρά τρίτη, Τα περί Παιδείας, Athènes 1968, t. II, p. 762-774. Cf. El. Ε. Koukkou, Ο Καποδίστριας και η Παιδείας 1827-1832, Β', Τα εκπαιδευτικά ιδρύματα της Αιγίνης, Athènes 1972, p. 38-39.

    2. Bien que N. Nikitoplos écrive «ces vingt-là firent un rapport sur l'application de leur méthode mutuelle où ils se révèlent bien connaître celle-ci, comme j'en avais déjà eu la preuve par des lettres qu'ils m'avaient personnellement adressées», il cite des opinions et remarques de dix-neuf. Huit parmi eux enseignent en mer Egée (le révérend Cyrille le Thessalien, P. Militsas et V. Vicolaïdis à Hydra, P. Zondanos, N. P. Maghnis à Syros, C. Contarinis à Myconos, N. Mathéos à Naxos, M. Papakyriakou à Patmos), les autres dans le Péloponnèse (S. Kyriakidis à Monemvassia, P. Bouas à Cranidi, Emm. I. Kissinios à Tripoli, Al. Isaïas à Nauplie, Ιο. Anghelopoulos à Kertezi de Kalavryta, Chr. Kallionis à Vostitsa, C. Ghikas à Calamata, D. Vlachoyannis à Didyma de Vranidi, C. Makédon «à Dili de Sparte», Parthénios du Pélop. à Gouménitsia de Kalavryta, G. M. Méricas à Léonidio).