Συγγραφέας:Διεθνές Συμπόσιο
 
Τίτλος:Actes du Colloque International, Historicité de l’ enfance et de la jeunesse
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:6
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1986
 
Σελίδες:709
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Βιβλιογραφία
 
Διεθνή Συμπόσια
 
Κοινωνική ενσωμάτωση
 
Μαθητεία και εργασία
 
Νεανικά έντυπα
 
Νεανικές οργανώσεις
 
Νοοτροπίες και συμπεριφορές
 
Παιδεία-Εκπαίδευση
 
Τοπική κάλυψη:Ευρώπη
 
Περίληψη:Πρόκειται για μετάφραση στα γαλλικά των Πρακτικών του πρώτου επιστημονικού συμποσίου, που διοργάνωσε η επιτροπή του ΙΑΕΝ σε συνεργασία με την Εταιρεία Μελέτης Νέου Ελληνισμού. Το συμπόσιο, με θέμα «Ιστορικότητα της παιδικής ηλικίας και της νεότητας», έγινε στο αμφιθέατρο του Εθνικού Ιδρύματος Ερευνών από τη 1 έως τις 5 Οκτωβρίου 1984.
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
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ANTONIO SANTONI RUGIU

MOUVEMENTS DE JEUNESSE DANS L'EUROPE PRÉ-FASCISTE ET POST-FASCISTE

Il n'est certes pas facile de traiter de l'histoire des mouvements de jeunesse européens dans le cadre de la définition d'historicité de l'enfance et de la jeunesse. Il n'est pas facile de le tracer, même à grands traits, dans le court espace de cette communication, pour laquelle je ressens tout l'honneur qui m'est fait et entends adresser mes remerciements aux organisateurs de ce congrès si original. Et quand je parle d'originalité, ce n'est pas chez moi un simple compliment ou une appréciation d'usage; je pense en effet que c'est la première fois peut-être qu'on cherche à un niveau international à encadrer la notion d'enfant, d'adolescent et de jeune non pas selon des visions abstraites super tempus, de dérivation philosophique ou morale ou même psychologique, mais qu'on cherche à le faire en encadrant cet âge dans des périodes historiques concrètes et dans leurs connotations évolutives ou révolutionnaires de type social, culturel et économique. Mais j'en viens maintenant à mon sujet, afin de ne pas perdre en considérations trop générales une partie du temps que vous avez bien voulu m'accorder.

Dans les toutes premières années du vingtième siècle, un auteur suédois, Madame Ellen Key publia un livre au titré évocateur: Le siècle de Vendant. Quelques années plus tard parut l'ouvrage de Maria Montessori La découverte de l'enfant. Et comme ces deux textes remportèrent à l'époque un vif succès, leurs titres devinrent des slogans commodes qui favorisèrent la conviction que le vingtième siècle naissant dévoilerait en fin toute la prégnance historique de l'enfance et attirerait sur elle une attention jamais connue jusque-là. Mais pour peu qu'on soumette cette conviction à une analyse historique même superficielle, il ne semble pas qu'elle en soit confirmée. Annoncer la découverte de l'enfance au tout début du vingtième siècle (surtout pour ce qui est de la première et de la deuxième enfance) signifie la retarder d'au-moins un siècle, sinon

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plus. Si «découvrir l'enfant» signifie faire porter sur l'âge qui s'étend de zéro à dix-douze ans, à savoir depuis la naissance jusqu'à la puberté, une considération qui se propose de déterminer ces jeunes citoyens comme des sujets sociaux particuliers, au public comme au privé, personne ne peut refuser d'admettre que cette «découverte» [entre guillemets] a eu lieu en Europe entre la deuxième moitié du dix-huitième siècle et surtout dans la première partie de la fin du dix-neuvième.

Les raisons historiques de cela sont bien connues de tous. L'emploi toujours plus large d'enfants (et même de fillettes, ce qui est une autre nouveauté concomitante du phénomène) dans le travail d'entreprise hors de la famille, surtout dans les mines, dans les manufactures et ensuite dans l'industrie à vapeur, y compris les différentes activités du secteur tertiaire relancé par l'expansion de la production. Alors même que le régime des Corporations des Arts et Métiers entre définitivement en crise lorsque échouent des tentatives d'adaptation à la nouvelle réalité historique, qui avaient eu du succès aux siècles précédents. Si bien que les privilèges des Corporations déclinent rapidement, en même temps que les dernières bribes des privilèges féodaux.

Pendant des siècles les Corporations avaient représenté une fonction fort importante dans l'éducation —exclusive en un certain sens— de la dernière enfance et de l'adolescence, et même au delà, à travers le long chemin d'un apprentissage bien rempli dans un métier donné; il ne s'agissait pas seulement d'un processus d'instruction et de formation professionnelle mais aussi de la transmission minutieuse et détaillée d'un comportement et d'une idéologie. En outre, l'apprentissage des corporations était la seule et unique forme d'école fréquentée par les enfants des classes d'artisans. Dès que vient à manquer l'apprentissage traditionnel, il se crée au sein des nouvelles générations, un vide fort important dans les agrégations des formations; un vide qu'aggravé encore plus la crise qui mine en même temps la famille patriarcale, la famille-souche irrémédiablement bouleversée par les effets d'une immigration et d'une urbanisation en plein essor. L'emploi dans des travaux en dehors de la famille, le travail salarié des enfants, le déclin rapide de toute trace d'apprentissage par les corporations, la crise tout aussi rapide de la famille traditionnelle comme entité de production et de formation : voilà, me semble-t-il, quels sont les trois facteurs principaux qui avaient déjà caractérisé la question du premier âge de la vie de l'homme en elle-même et cela, permettez-moi d'insister, pour les deux sexes et non plus seulement pour les seuls garçons.

C'est alors justement que nos ancêtres commencèrent à s'apercevoir

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qu'existaient les enfants —garçons et filles—, aussi bien comme travailleurs précoces pour des activités leur convenant tout particulièrement, que comme enfants abandonnés ou dévoyés pour lesquels ni les familles ni les paroisses ou les communautés des parents ou des voisins n'étaient à même d'apporter une contribution valable puisque ces drames se déroulaient presque toujours loin des lieux d'origine, dans l'isolement au sein de la foule anonyme et sordide des slums de tout genre ou à la périphérie de villes devenues rapidement hypertrophiées. Il va donc se former une nouvelle anthropologie de l'enfance, de conserve avec le perfectionnement toujours plus poussé des moyens d'exploitation du travail des enfants. Il suffit de penser aux images des petites-mains anglaises ou des petits tisserands lorrains ou alsaciens ou encore aux carusi c'est-à-dire aux charroyeurs des mines de soufre siciliennes, pour ne nous en tenir qu'à trois des nombreux exemples possibles, travaillant tous dans des conditions que nous aurions peine à imaginer aujourd'hui sans frémir d'horreur.

Vers le milieu du siècle dernier, l'enfance avait donc été déjà découverte partout. Et comme chaque médaille a son revers, à l'exploitation et à l'aliénation des enfants s'ensuivirent, entre autres, la diminution du taux de mortalité précoce et l'affirmation de l'idée d'instruction généralisée. En d'autres termes, une fois passée la grande vague de l'exploitation des enfants (y compris celle des fillettes) le développement du travail des mères et des femmes en général eut des effets d'une grande portée sur le problème de l'enfance, cela va sans dire grâce à la mécanisation et à la rationalisation des méthodes de production qui rendaient peu avantageux l'emploi de main-d'œuvre non qualifiée, l'enfance peut recueillir les fruits de ses sacrifices antérieurs. On commence en effet, vers la fin du siècle dernier, à parler de droits de l'enfance en termes d'instruction, d'hygiène, d'assistance et autres. A ce point-là, la véritable «découverte» est déjà acquise. Par la suite, le problème consistera à chercher les formes les plus aptes pour réaliser les soi-disant droits de l'enfance, surtout pour les classes sociales non privilégiées à cette époque-là. C'est pourquoi il me semble tout à fait légitime d'affirmer que l'historicité de l'enfance, à l'orée de notre siècle, offre déjà des contours bien précis, même dans les pays européens où les transformations sociales et culturelles de la révolution industrielle avaient été moins sensibles et plus tardives.

La véritable nouveauté de la fin de siècle et du début du vingtième est bien plutôt la «découverte» de l'adolescence et de la jeunesse. Jusque-là, on continuait à penser qu'après l'âge de douze ans au maximum, les

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jeunes pourraient être assimilés aux adultes, quoiqu' avec une personnalité moins marquée et de moindres droits. Même si ces moments de croissance présentaient des caractères propres, l'histoire n'avait toutefois pas encore créé les occasions, comme cela s'était produit pour l'enfance, pour les distinguer définitivement de l'adulte, à l'instar de la phase du têtard qui tout en ayant des traits bien à lui, n'en est pas moins considéré comme l'ébauche de la future grenouille. Il en était ainsi surtout pour les garçons des classes sociales subalternes que l'on aiguillait tout simplement vers le travail, justement en qualité de petits-adultes. De même, les fils de la bonne bourgeoisie étudiaient pour assumer au plus tôt les tâches de leurs pères. En somme, l'adolescence et la jeunesse n'étaient guère pour chacun que l'antichambre de sa condition d'adulte. L'attention, concentrée d'un côté sur l'enfance et de l'autre sur les adultes, connaissait ainsi un vide pour l'âge intermédiaire. Si l'enfance avait attiré sur elle une nouvelle considération pour les raisons que nous avons évoquées plus haut et si les adultes présentaient une problématique plus riche que jamais à cause des nouveaux conflits de classe et des nouvelles conditions de vie entraînées par les transformations socio-économiques, les adolescents et les jeunes se font noter au contraire plus par leurs initiatives spontanées que parce qu'ils reflètent directement des motifs objectifs. Dans une certain sens toutefois, ils profitent de cette attention pour l'enfance, surtout lorsqu'on les considère du point de vue de la théorie.

Par exemple, la nouvelle psychologie scientifique ne pouvait s'en tenir à l'étude du premier âge de la pré-puberté et laisser ce vide d'attention entre celui-ci et la majorité. D'une façon plus générale, la conception cyclique de tout processus d'évolution, qui avait caractérisé toutes les sciences positives du dix-neuvième siècle (il suffit de penser à Darwin pour les sciences naturelles, à Auguste Comte pour les sciences sociales et à Stanley Hall, justement pour la psychologie) avait conduit à mettre en évidence les étapes successives pour chacune des phases envisagées. Et ainsi, après l'enfance, il fallut bien considérer d'un point de vue culturel l'adolescence et la jeunesse, tout comme sont arrivés sur le tapis, après la solution du problème de l'instruction élémentaire ouverte à tous, ceux de l'instruction secondaire et de la formation professionnelle. Après les droits de l'enfance, voilà qu'émergent les problèmes de l'âge post-pubéral et surtout ceux de la jeunesse, de façon encore plus marquée que les premiers parce que revendiqués directement par les intéressés à travers l'apparition des premières associations ou groupements spontanés de jeunes. 

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Mais ce ne fut pas là la seule différence entre l'apparition de l'historicité de l'enfance et celle des plus grands. Il y eut aussi une autre connotation sociale: les développements sur l'enfance s'orientèrent aussitôt vers toutes les classes sociales et en particulier vers les enfants du peuple, comme nous l'avons signalé tantôt. Le problème des jeunes, au contraire, fut ouvert par les intéressés eux-mêmes, mais pas par tous; il le fut par ceux qui appartenaient à la bourgeoisie intellectuelle ou aisée, pratiquement par ceux-là mêmes qui pouvaient se permettre de fréquenter les écoles secondaires ou l'université. Les autres, moins privilégiés, étaient déjà insérés d'une façon ou d'une autre au niveau du travail manuel ou tout au moins à celui plus général de l'exécution (comme c'était le cas pour les commis, les mitrons, les valets de ferme, etc.) et leurs problèmes se fondaient dans ceux des travailleurs adultes, vis-à-vis desquels ils se trouvaient néanmoins dans une position de subordination; ayant rarement voix au chapitre, tout ce qui les concernait passait au deuxième plan et s'effaçait devant les revendications de leurs aînés. Entre parenthèses, il serait intéressant, non seulement pour l'histoire sociale de l'éducation et de la pédagogie, mais aussi comme témoin de transformations historiques progressives, de reconstruire l'évolution du rôle et de la position de l'adolescent dans la structure de l'occupation, depuis l'apprentissage traditionnel des corporations jusqu'aux différentes formes des états de «garçon, valet, serveur», dans l'agriculture, l'industrie et dans les services du dix-huitième siècle jusqu'à nos jours. Je suis convaincu que l'on noterait un net écart entre garçons et jeunes gens appartenant à la bourgeoisie (en un premier temps, la haute et moyenne bourgeoisie et par la suite, au fur et à mesure que l'on s'approchait du milieu du vingtième, aussi la moyenne et petite bourgeoisie) et les jeunes du même âge des classes populaires, on noterait un écart encore plus net que pour les enfants. Tout comme cela se produisait à l'école: dans les classes élémentaires on pouvait trouver, surtout après la deuxième décennie de notre siècle, sur le même banc, l'enfant de l'avocat à côté de celui du manœuvre, ce qui arrivait bien plus rarement ou exceptionnellement à l'école secondaire.

Vers la fin du siècle dernier, dés groupes non plus isolés d'adolescents et de jeunes s'associèrent pour faire comprendre que leur vision du monde et leurs revendications ne pouvaient plus être celles de l'enfance et qu'elles ne voulaient pas être celles des adultes. On le remarque surtout dans les pays allemands unifiés depuis peu par Bismarck, où le régime autoritaire et paternaliste et les développements impétueux de l'industrialisation étaient mal tolérés par les enfants d'un bourgeoisie encore imbue de

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mythes romantiques. Ces jeunes gens pleins de nostalgie pour la «belle âme» et la nature spontanée et pure ne raffolaient guère du nouveau style soldatesque qui voulait imposer l'uniforme même aux professeurs et aux étudiants —pour nous en tenir à un seul exemple— et ils supportaient encore moins la vision de la ville industrielle, enfumée par les cheminées des usines et enlaidie par les nouveaux quartiers ouvriers. Pour réagir contre ce climat, au seuil du nouveau siècle, il y avait en Allemagne nombre d'associations qui continuèrent à prospérer les années suivantes, pratiquement jusqu'à la première guerre mondiale. Il s'agit là d'un mouvement fort intéressant parce qu'il a constitué le premier exemple offert par la jeunesse étudiante, de contestation de l'idéologie et de l'organisation sociale dont elle avait été elle-même l'enfant chéri, une contestation qui explosera plus tard de façon encore plus éclatante aux environs de soixante-huit. Une contestation apparue dans des périodes de bien-être et de croissance, et par là même non provoquée par le malaise socio-économique, comme on pourrait le dire des phénomènes analogues de l'après-guerre, mais bien dirigée contre les modèles en vogue de bien-être et de croissance économiques. On a donné différentes explications de ce phénomène. Sur la plan culturel, celle du naturalisme exacerbé exprimé par le mouvement Zurück zur Natur (Revenons à la nature) qui a devancé nombre de motifs des écologistes et des verts d'aujourd'hui; l'influence aussi de la polémique antiautoritaire exprimée par la pédagogie de la spontanéité des écoles libertaires de Hambourg et de Brème (autre motif qui anticipe les phénomènes de soixante-huit), celle de l'idéal d'une vie vécue comme création esthétique, et autres... Ces groupes se réunirent en une fédération de mouvements allemands de jeunesse, pouvant compter sur une solide organisation d'ensemble.

Ce fut là encore une grande nouveauté: jusqu'alors, les tendances des étudiants à la rébellion s'étaient exprimées sous les formes estudiantines traditionnelles ou dans quelques chahuts à l'intérieur des universités. Une grande nouveauté donc mais une nouveauté inquiétante. Les pouvoirs publics prirent des contre-mesures, en essayant de promouvoir des organisations contrôlées d'en-haut ou en tolérant chez les jeunes les initiatives de dissension les plus faciles à aiguiller vers les voies de l'idéologie officielle. Et comme entre-temps l'associationnisme des jeunes allait se répandant ailleurs —surtout en Grande-Bretagne où l'on sortait de l'étouffement de l'époque victorienne— il naquit bientôt ici aussi des initiatives qui accueillirent certaines revendications des jeunes comme par exemple le retour à la vie naturelle et les communautés des jeunes du

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même âge, avec, au tout premier plan, l'association des Boys scouts de Baden Powell.

Nous devons rappeler par ailleurs que la mobilité sociale amenée par la deuxième révolution industrielle renforçait sans cesse les rangs de la bourgeoisie, au point que la séparation entre étudiants et jeunes d'un prolétariat qui allait s'affirmant, devenait de moins en moins nette. De plus, le socialisme devenait pour la classe dirigeante d'alors un danger croissant et conquérait de nouvelles marges de jeunes. D'où la nécessité encore plus marquée de prendre acte du fait que la jeunesse se présentait dans la vie sociale comme une force autonome qu'il fallait donc contenir et guider. Baden Powell parlait justement de l'associationnisme des jeunes comme de la nouvelle «troisième force» dont la collaboration était désormais indispensable aux familles et à l'école pour viser à une formation correcte des nouvelles générations. On comprend bien que les Églises ne pouvaient rester insensibles à ce phénomène. L'Église catholique se mit bien vite en mouvement, aussi bien pour affronter des ennemis communs, représentés par l'anarchisme des jeunes et par le socialisme, que pour ne pas se faire dépasser—elle qui avait toujours été à l'avant-garde dans la formation des jeunes— par les initiatives d'inspiration franc-maçonne ou franchement laïque. En 1905 (mil neuf cent cinq) se constitue la Jeunesse Catholique groupant des organisations sportives et d'étudiants, ouvertes, comme de juste, à toutes les classes sociales. En 1916 (mil neuf cent seize), l'Association catholique des scouts est reconnue officiellement après que la hiérarchie catholique britannique avait pris, depuis quelques années déjà, des initiatives en concurrence avec les scouts d'inspiration laïque. Ce qui distinguait toutes ces initiatives pour adolescents et pour jeunes, c'était l'organisation de leur temps libre, sous des formes communautaires, non coercitives mais guidées certainement de main ferme.

Vient ensuite la tourmente de la guerre mondiale qui laisse l'Europe appauvrie et éperdue. Les problèmes des jeunes ré-affleurent et s'identifient en partie avec ceux des anciens combattants des tranchées; ailleurs, avec ceux des futurs conscrits: tous deux unis dans leur mécontentement pour la manque de travail et en général pour l'absence de perspectives réconfortantes où de reconnaissances suffisantes. C'est justement dans ce mécontentement des jeunes que le fascisme à ses débuts jettera ses germes; et ce n'est pas un pur hasard si son hymne officiel sera aussitôt «Giovinezza, giovinezza», «jeunesse, jeunesse» et s'il le restera jusqu'à sa chute en 1944 (mil neuf cent quarante-quatre). Mais ce sera ma collègue Carmen Betti à bientôt parler de l'importance de la composante «Jeunes»

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dans les affaires des années du fascisme, avec ses organisations typiques de l'Opéra Balilla, et de la période plus brève mais bien plus grave de l'hitlérisme avec ses Hitlerjugend. Ce furent là deux expériences si particulières —étant toutes deux profondément liées au climat idéologique et politique des deux dictatures— qu'elles demandent à être traitées de façon spécifique.

Avec la fin de la deuxième guerre mondiale et la période tourmentée qui s'ensuivit, on peut dire, me semble-t-il, que la dimension historique des jeunes ne s'identifie plus avec la naissance ou le développement des mouvements et des associations de jeunes, spontanées ou institutionnalisées. Ce n'est pas que ces associations aient disparu, bien au contraire, puisqu'elles ont repris après la parenthèse des dictatures fasciste ou nazie (pendant lesquelles elles avaient été dissoutes d'autorité) et après les années de guerre dans une plus grande liberté, occupant parfois de nouveaux créneaux: pensons par exemple aux scouts d'obédience religieuse ou laïque. En outre, la survie ou le retour de dictatures en Europe de l'Ouest a permis le maintien, de la part de ces régimes (l'Espagne de Franco par exemple) ou d'autres organisations de jeunesse de l'État. Toutefois il s'agit de participations minoritaires pour les premières, ou limitées pour les secondes à l'existence du régime dictatorial qui les avaient soutenues. Si vous le permettez, je parlerais ici d'une historicité résiduelle.

Mais pour l'historicité actuelle? Quelles sont les caractéristiques les plus évidentes des mouvements et de l'associationnisme des jeunes en Europe de l'Ouest, aujourd'hui? (Laissons de côté l'enfance, ici aussi pour des raisons d'espace, vu qu'elle demanderait un développement particulier et fort complexe, peu assimilable à celui qui concerne les plus grands). Je parlerais avant tout de poussées vers une agrégation plus spontanée et plus fluide, une agrégation occasionnelle. Ce qui peut rendre en bonne partie anachronique des organisations du genre scouts, c'est qu'elles conservent quelque chose de trop structuré et de trop hiérarchisé, sans compter leur fins manifestes d'inculquer une idéologie et un comportement. En définitive, elles sont encore trop embrigadées pour la plupart des jeunes d'aujourd'hui. Depuis les années cinquante, le préférence de la majorité d'entre eux est de plus en plus orientée vers des occasions ou des regroupements informels. A part le phénomène des bandes, à la limite de la délinquance ou pour le moins de la déviance des mineurs, la forme d'agrégation qui prévaut semble viser à mieux vivre la quotidienneté existentielle; pour mieux dire, elle semble plonger dans le quotidien comme une corde qui protégerait contre la noyade et

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les égarements, tout en donnant en même temps des motivations pour prendre une part active au moment vécu.

Adolescents et jeunes—une autre donnée de ces dernières années est que l'on observe de moins en moins des différences nettes de comportement entre jeunes de quinze ans et, disons, ceux de vingt— ces adolescents et ces jeunes, disais-je, se trouvent pour vivre ensemble des moments de leur vie, de la longueur d'une soirée (discothèque), d'un après-midi (associations de sportifs au stade), d'un week-end ou d'une semaine ou un mois (voyages de jeunes du même âge) et d'autres encore, pour «vivre» une expérience fin, en un certain sens, à elle-même, non guidée vers un but de formation ou marquée par une inspiration idéologique commune. Ce que la majorité des adolescents et des jeunes d'aujourd'hui semblent refuser, c'est donc l'intériorisation des valeurs explicites et implicites dans les organisations projetées par des éducateurs adultes. C'est ainsi que l'on peut expliquer aussi la crise des mouvements de jeunesse liés directement aux partis politiques, aux syndicats ou à d'autres formes sociales (y compris l'Église) et même de celle des cercles récréatifs traditionnels. Nous nous trouvons en somme dans la situation où la jeunesse demande des services pour profiter du temps libre, en cherchant (ou en ayant parfois l'illusion) de le projeter et de le gérer de façon autonome, dans des groupes plus ou moins réduits, en évitant en tout cas les agrégations de masse.

Nous pouvons dire, en nous servant d'une image de la grande anthropologue Margaret Mead, que la plupart des jeunes d'aujourd'hui refusent des expériences et des objectifs «post-figuratifs» (c'est-à-dire projetés et dirigés par des adultes, comme ce fut le cas dans notre siècle, jusqu'aux années quarante). Mais ils ne se contentent toutefois pas des occasions qu'ils se procurent néanmoins avec les jeunes de leur âge et que nous appellerions «co-figuratives», c'est-à-dire visant à créer dans toutes la société des conditions «pré-figuratives», prévues, préparées et réalisées par eux. D'où, naturellement, des frustrations et des conflits inévitables avec les adultes et avec eux-mêmes. Même dans ce cas, il apparaît des ambiguïtés et des contradictions dans une jeunesse qui commence de très bonne heure et qui dure bien au-delà des échéances traditionnelles: une jeunesse qui a atteint à plusieurs égards des niveaux d'autonomie et a conquis des espaces de liberté impensables il y a seulement quelques dizaines d'années; mais pour le reste, elle n'arrive pas à marquer les réalités qui la concerneront demain (travail, maison, projet d'une vie non éphémère) et continue à dépendre des adultes, à contrecœur, avec les modèles auxquels elle ne veut pas s'identifier et contre lesquels elle voudrait

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lutter pour imposer les siens. Mais lesquels et comment? Le jeune homme et la jeune fille (est-il besoin de dire qu'une autre donnée des récents temps modernes est la promiscuité des agrégations et l'unification des modèles entre garçons et filles) sont libres et sans souci, mais tenus dans leurs réserves; tant qu'ils resteront dans leur territoire il n'y aura besoin ni de mouvements ni d'associations pour vivre une longue période. Mais s'ils en sortent, que d'inconvénients pour eux.

Comme produit historique, l'enfance, l'adolescence, et la jeunesse élaborent de nouveau et sans cesse, les reflétant en partie et en partie réagissant contre elles, les influences caractéristiques des diverses époques: voilà leur historicité. Et les caractéristiques de la société européenne de notre époque rendent, selon moi, anachroniques des associations et des mouvements pour les enfants et les jeunes, organisés sur une base stable de masse. Alors leurs problèmes s'identifiera avec ceux de la condition des jeunes d'aujourd'hui. Des problèmes très graves, cela va sans dire, mais qui ne doivent pas nous faire déposer les armes ou nous plonger dans un pessimisme paralysant. La bataille n'est pas perdue, à condition que l'on ait le courage d'analyser d'un œil impitoyable la réalité, celle des jeunes, mais encore avant, celle de tous, en portant une attention toute particulière à la zone limitrophe entre le territoire des jeunes auquel nous avons fait allusion déjà, et le territoire de tous, entre le moment où les jeunes profitent de leur jeunesse et celui de l'impact avec la vie de l'adulte. Certes, pour ne pas échouer en cela il faut, outre le courage et l'absence de préjugés dans l'analyse de fait historique concret, il faut, dis-je, la capacité de produire des changements en mieux aux divers niveaux de la vie sociale. Mais ici prend fin la tâche de l'historien. Ce qu'il peut faire, c'est mettre en évidence certains fils sous-tendant le développement des événements et formuler, tout au plus, des hypothèses sur les directions possibles que ses fils pourront prendre dans un proche avenir.

Je suis sûr que ce congrès pourra donner en cela des indications fort utiles auxquelles j'ai cherché à apporter ma modeste contribution.

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A. LIAKOS

L'APPARITION DES ORGANISATIONS DE JEUNESSE:

LE CAS DE SALONIQUE

I

De l'insurrection de l'école Polytechnique en 1973 aux bagarres dans les stades, des festivals bienséants des jeunesses militantes aux concerts de rock provoquant des heurts avec la police, les organisations et mouvements de la jeunesse non seulement se sont taillés un rôle central dans l'actualité et les processus politiques, mais sont partie prenante de notre quotidien, de notre chronique personnelle et familiale. Quel est cependant le fondement historique de cette évolution? La jeunesse n'a pas toujours constitué une catégorie particulière de la population, distincte de l'enfance et de l'âge adulte; ses limites temporelles n'ont pas toujours coïncidé dans toute société ou toute classe sociale. Le statut de jeune, d'après des historiens comme Philippe Ariès (Pères et fils) ou John Gillis (Les Jeunes et l'histoire)1, n'est que le produit d'une rencontre de changements démographiques, sociaux et culturels qui se sont achevés à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle. C'est à cette même époque que les organisations de jeunesse ont fait leur apparition, c'est-à-dire des organisations s'adressant à la jeunesse, avant tout aux adolescents, ou bien censées s'y adresser.

Il est un fait que des regroupements et mouvements formels ou informels, où dominaient des jeunes, existaient déjà au début du 19e siècle. Assurément, de jeunes individus encadraient et dirigeaient les mouvements politiques nouvellement apparus, et ceci non seulement au siècle passé. Ils ne prétendaient pas pour autant à la dénomination de

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1. Philippe Ariès, L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime, Paris 1960, nous utilisons l'édition italienne, Padri et figli nell'Europa medievale e moderna, Rome 1983. John Gillis, Youth and History, New York 1974, référ. à l'édit. italienne, I giovani e la storia, Milan 1981.

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«jeunesse» ou de «mouvement de jeunes», et ne s'adressaient pas à une catégorie particulière de la population sur un critère principalement d'âge, ni avaient une activité adaptée à cette dimension de la juvénilité. Celle-ci était limitée à ses dimensions uniquement militaires —vigueur et enthousiasme —ou bien, concernant des activités politiques, était invoquée pour en appeler à l'indulgence du pouvoir. Par l'invocation de la juvénilité, l'adversité politique pourrait être réduite à l'opposition naturelle entre pères et fils. Par conséquent, l'apparition au tournant du siècle d'organisations revendiquant ou mettant en avant la spécificité de l'âge jeune constitue un fait nouveau, ayant l'ampleur et la richesse d'un phénomène culturel. Le trait «culturel» dénonce aussi bien la multiplicité des facteurs qui le déterminent dans sa genèse historique, que les nouvelles fonctions que lui-même impliquait au sein des sociétés de masse du 20e siècle.

La deuxième révolution industrielle, les grandes concentrations humaines dans les villes, l'enseignement primaire par son prolongement et son extension à des masses plus larges, le service militaire obligatoire, les nouveaux rapports des masses à la politique, soit par l'élargissement du droit de vote, soit par la participation à des mouvements nationaux et sociaux, constituent des facteurs qui ont modifié la place et les rapports des jeunes, aussi bien au sein de la famille qu'envers l'État. Il en résulte un temps non recouvert à plusieurs dimensions: un temps entre l'enfance dépendante et l'indépendance de l'âge majeur, un temps occupé en partie par l'école et l'insertion professionnelle, un temps d'errance incontrôlée dans la grande ville, un temps libéré du contrôle familial et de la communauté traditionnelle. Ce temps est devenu un refuge de liberté, une menace hors contrôle de délinquance ou de révolte et une cause de panique. La reconnaissance de son importance stratégique a mené à une lutte pour sa défense ou sa conquête. Cette ambivalence du temps inoccupé fut aussi le fondement de la double fonction des organisations de jeunesse: un mouvement d'émancipation corporelle, affective et sociale, mais aussi une entreprise de manipulation physique, idéologique et politique. Cette double fonction fit son apparition aux deux pôles de la contradiction: pour que la manipulation devienne crédible et efficace, elle devait s'appuyer sur des formes de spontanéité et d'autonomie. Pour que l'émancipation soit efficace les tendances incontrôlées devaient être manipulées, la contestation uniformisée et disciplinée. C'est cette coïncidence des deux orientations qui a donné consistance aux organisations de jeunes. La prédominance relative de l'une ou de l'autre orientation a exprimé, mais aussi déterminé, leur

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caractère politique et leur insertion dans le cadre des conflits sociaux de l'époque.

Les éléments de l'autonomie de la jeunesse aussi bien que les formes de la manipulation de celle-ci existaient déjà, sporadiquement il est vrai, au 19e siècle. La position précaire des étudiants, leur temps socialement libéré, se manifestèrent dans leur participation aux révolutions de 1848 et les différents mouvements de libération nationale du continent européen. Le temps libéré des couches bourgeoises ou petites-bourgeoises s'est manifesté dans l'essor des sports sous des formes variées —alpinisme, jeux d'équipe, gymnastique. D'autre part, les couches ouvrières trouvèrent pour la première fois, dans le développement du syndicalisme et la création du parti socialiste, la possibilité d'une intervention politique, c'est-à-dire un espace pour réaliser les libertés dont elles étaient exclues. Cependant, l'élan révolutionnaire des jeunes allait de pair avec sa manipulation, bien que les deux tendances n'aient qu'un caractère embryonnaire comparé à ce qui allait se passer au début du siècle.

Les socialistes ont systématisé la protestation juvénile en fondant, en 1907, l'Internationale Socialiste des Jeunes, par la création et en uniformisant les jeunesses socialistes des pays européens2. La propagation du socialisme inquiéta la bourgeoisie; ce fut le commencement de la lutte pour s'approprier le temps libre de la jeunesse et pour se gagner celle-ci. Le scoutisme de Baden Powell, qui a pris son essor en Angleterre dès 1908, sembla fournir aux yeux de la bourgeoisie libérale la réponse la plus adéquate à ce problème3. Les églises chrétiennes enfin ne pouvaient pas laisser les socialistes et les francs-maçons se gagner de façon exclusive la jeunesse. Ces églises, catholiques ou protestantes, pouvaient concurrencer le scoutisme en s'appuyant sur la tradition populiste et trans-classes de l'Église et aussi affronter plus efficacement le socialisme et l'autonomie incontrôlée de la jeunesse4. Le sport enfin, récupéré par les organisations socialistes, scoutes ou chrétiennes, fut proclamé nouvelle religion, allant de l'accent mis sur ce qui est commun aux classes sociales, au culte du corps et de la force physique et au désaveu de la politique

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2. Patrizia Dogliani, La «scuola delle reclute», L'Internazionale giovanile socialista dalla fine dell'Ottocento alla Prima guerra mondiale, Turin 1983.

3. La bibliographie sur le scoutisme est naturellement immense. En ce qui concerne ses dimensions idéologiques, v. Michael Blanch, «Imperialism, nationalism and Organised Youth», dans le vol. Working Class Culture. Sludies in History and Theory, Londres, 2 1980, p. 103-120, Gillis, op. cit., p. 166-168.

4. E. J. Görlich, Anton Orel und die «Frei Christliche Jugend Österreichs». Zur Geschichte einer österreichischen Jugendbewegung, Vienne 1971.

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et du rationalisme5. Après la première guerre mondiale, le fascisme prit part à la lutte pour la jeunesse en donnant une position dominante et un caractère totalitaire à l'organisation de la jeunesse6.

En Grèce, le mouvement des jeunes était au 19e siècle limité aux étudiants et lié au rôle politique par excellence de l'Université. Ce sont les étudiants qui constituaient la jeunesse, laquelle était le protagoniste des manifestations patriotiques et libérales7. Le sport, sous sa forme moderne d'associations sportives, fit timidement son apparition après les Jeux Olympiques de 1896, qui ne furent d'ailleurs qu'une initiative de l'Europe occidentale dans l'espace grec8. Les rares associations sportives fondées au cours de la dernière décennie du siècle passé ne réunissaient que les éléments bourgeois de la capitale. Ce n'est que plus tard, après 1922, que le sport sera adopté par de larges couches populaires9.

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5. Voir le titre éloquent de Athina Spanoudi, Ο αθλητισμός σύγχρονη θρησκεία, Athènes 1931. Également, Ginette Bertaud, Αθλητική αγωγή και παιδαγωγικός αθλητισμός, dans le vol de G. Bertaud, J. M. Brohm, Fr. Gantheret, P. Laguillaumie, Sport, culture et répression, Paris 1972, la citation dans l'édition grecque, Αθλητισμός, κουλτούρα και καταπίεση, Athènes 1982, p. 127-175.

6. Carmen Betti, L'Opera nazionale Ballila e l'educazione fascista, Florence 1984.

7. Sur la période d'Othon et le rôle politique de l'Université, C. T. Dimaras, Ελληνικός Ρωμαντισμός, Athènes 1982, p. 158-159, 162, 348-353, 390-397. Également, A. Liakos, Οι φιλελεύθεροι στην επανάσταση του 1862, ο πολιτικός σύλλογος «Ρήγας Φερραίος», revue Μνήμων, t. VIII (1980-1982), p. 9-46. En 1875 est mentionnée l'existence de la Jeunesse démocratique de Argostoli: Anghelo-Dionysis Débonos, Rokkos Choïdas, Argostoli 1984, p. 144. Sur la fin du siècle, Dionysios L. Marcopoulos, H εξέγερσις των φοιτητών εν Αθήναις και η δράσις της φοιτητικής φάλαγγος εν Κρήτη κατά το 1897, Athènes 1903, réimprimé par Christos Lazos, Ιστορία της Πανεπιστημιακής ή φοιτητικής φάλαγγας, Athènes 1980. Sur la participation des étudiants à des manifestations de type conservateur en 1901-1903 (affaire de la traduction des Évangiles et de l'Orestie): Alexis Dimaras, H μεταρρύθμιση που δεν έγινε, t. II, Athènes 1974, p. XXVII-XXVIII. Ces références n'ont qu'un caractère indicatif.

8. Ils avaient été précédés des «Olympiades de Zappas» en 1859, 1870, 1875 et 1889 ainsi que des «jeux de Tinos» en 1895. Jusqu'à cette date cependant les sports n'étaient qu'à peine structurés et organisés. En 1877 fut fondé le terrain des sports d'État de Fokianos, en 1891 le «Panellinios Ghimnastikos syllogos» et en 1893 l'«Ethnikos Ghimnastikos syllogos», précédés cependant en 1877 de l'«Hermès» à Constantinople et, en 1890, de l'«Orphée» de Smyrne (ultérieurement le Panionios). En 1896, furent fondés 28 clubs sportifs qui constituèrent en 1897 l'Union des associations sportives grecques (S.E.A.G.S.). Après la seconde Olympiade à Athènes en 1906, les sports commencèrent à se diffuser dans les classes populaires, surtout sous la forme de manifestations non organisées. En 1925, le S.E.A.G.S. était composé de 40 associations et en 1929 de 104, celles de football mises à part. Voir Pavlos Manitakis, 100 χρόνια νεοελληνικού αθλητισμού, Athènes 1962.

9. Spanoudis, op. cit., p. 116.

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Bien que, au début du siècle, la société grecque n'ait pas connu les transformations provoquées en Occident par la révolution industrielle, certaines tendances furent cependant similaires à celles qui ont déterminé, dans les sociétés industrielles, la formation delà jeunesse. Dans l'évolution démographique, la baisse de la mortalité survenue là, et conséquemment, la réduction du nombre des enfants dans la famille, coïncidait ici avec la famille grecque peu nombreuse, phénomène inscrit dans la longue durée10. La structure de la population grecque selon les âges ne présentait pas une différenciation notable par rapport à la structure respective des pays occidentaux11. Du point de vue de la stratification de classes, la classe moyenne, dans le cadre et pour les nécessités de laquelle la notion d'adolescence est découverte, avant qu'elle ne soit répandue dans les autres classes, était représentée en Grèce en des proportions proches de celles des pays développés12. L'enseignement secondaire enfin, qui constitua l'origine de la formation du type de l'adolescent, s'est diffusé en Grèce à une vitesse exceptionnelle pour atteindre à la fin des taux supérieurs à ceux de pays comme la France, la Belgique ou l'Italie13.

C'est pourtant la pauvreté régnant sur une majorité écrasante de la société grecque, qui fut le facteur le plus important déterminant la différence entre le jeune des classes moyennes et l'image traditionnelle de l'«enfant-adulte» conservée dans les classes populaires. Selon Ariès, les classes populaires ont conservé jusqu'à nos jours la mentalité dominante au Moyen Âge et à l'aube des temps modernes, selon laquelle les enfants étaient confondus aux grandes personnes dès leur septième année14. Dans l'espace grec, le droit traditionnel en vigueur reflète des conceptions analogues sur les limites d'âge. Dans l'Exabiblos, ainsi que dans les ordonnances du droit byzantino-romain en vigueur jusqu'à la promulgation de la loi ΥΠΘ/1861, les jeunes de 7-14 ans avaient une capacité légale réduite. Après 1861, ceux âgés de 7-21 ans pouvaient accomplir

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10. Sur les évolutions démographiques en Europe occidentale voir Gillis, op. cit., p. 117, 156, 210-211. Sur les évolutions en Grèce, Vassilis Panayotopoulos, H οικογένεια στην Πελοπόννησο, revue Ιστορικά t. Ι (1983) p. 5-18.

11. Dionysios Frangos, Ο οικονομικά ενεργός πληθυσμός της Ελλάδος, Athènes 1980, p. 25.

12. Gillis, op. cit., p. 151-153 et respectivement C. Tsoucalas, Κοινωνική ανάπτυξη και κράτος, Athènes 1981, p. 88-90.

13. C. Tsoukalas, Εξάρτηση και αναπαραγωγή, ο κοινωνικός ρόλος των εκπαιδευτικών μηχανισμών στην Ελλάδα (1830-1922) Athènes 1977, p. 397-398.

14. Ariès, op. cit., p. 483.

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un acte juridique représentés par leur père ou leur tuteur et, ayant 14 ans, en personne15.

L'entrée précoce dans la sphère de l'activité professionnelle ne laissait pas la marge de temps qui aurait permis le développement du particularisme juvénile. Dans la campagne, l'emploi des enfants aux travaux agricoles et d'élevage ne connaissait pas de limites. Quant aux villes, malgré les limitations instaurées pour le travail des enfants, une commission de la S.d.N. a constaté en 1929 une présence "inquiétante" d'enfants parmi les ouvriers d'usines, aucune limitation n'existant pour le travail des enfants dans le commerce de détail, les métiers ambulants, etc16. La tradition de l'"apprentissage" -qui avait déterminé en Europe les conditions de vie de la jeunesse ouvrière jusqu'à la deuxième révolution industrielle- avait apparemment disparu avec le déclin des corporations, et n'était conservée que dans quelques métiers comme les "compagnies" (bouloukia) de maçons17. L'absence de formation professionnelle ainsi que la pauvreté des familles ouvrières, ne pouvant pas se priver pour longtemps du revenu de leurs membres plus jeunes, conduisaient ceux-ci vers des travaux non qualifiés soit dans l'industrie, soit comme domestiques, garçons de café, chargeurs, etc18.

Les conditions pour la jeunesse des couches populaires ont empiré après la catastrophe d'Asie Mineure et l'arrivée des réfugiés dont 26% était âgé de moins de 15 ans19. Cette image est éloquemment décrite, du point de vue de l'appareil répressif, par un procureur de Salonique: "Il s'agit de nuées de jeunes voyous, qui ont fini par constituer un fléau redoutable pour la capitale macédonienne. Dans tous les établissements de la ville... se ruaient des jeunes gens en haillons, crasseux, misérables à voir. Ils tendaient leur petite main sale pour mendier et imploraient la miséricorde par des gémissements énervants"20. Bien qu'il nous manque

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15. Charilaos Goutos, Εργασιακές σχέσεις των οικοδόμων στη χερσαία Ελλάδα μετά το 1800, Athènes 1985, p. 82-83.

16. Bureau International du Travail, Les Problèmes du travail en Grèce, Genève 1949, p. 134-143.

17. Goutos, op. cit., p. 82-87.

18. Sur le problème de la formation professionnelle dans la Grèce d'après la révolution: Christos Constantinopoulos, H επαγγελματική εκπαίδευση στη μετεπαναστατική Ελλάδα 1828-1832; au début du siècle: voir à titre indicatif S.I. Stéphanou, H βιοτεχνική κρίσις εν Ελλάδι, η βιοτεχνική εκπαίδευσις, rev. Μέλλον t. 4 (1922), p. 196-203.

19. Eva Sandis, Refugees and Economic Migrants in Greater Athens, Athènes 1973, p. 159.

20. Ilias Mikrouleas, H παιδική εγκληματικότης εν Ελλάδι και αλλαχού, τα αναμορφωτικά άσυλα και σχολεία, Salonique 1940, p. 86-87.

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des études sur l'histoire sociale de la jeunesse dans l'espace grec, il est difficile de considérer que dans sa plus grande partie elle aurait pu être assimilée aux traits particuliers qu'attribuaient à cette couche les classes moyennes ainsi que les classes supérieures de la classe ouvrière dans les sociétés occidentales. Cependant, même dans les sociétés capitalistes développées, la pauvreté, qui s'aggrava avec la crise de 1929-1932 et les conditions créées par la guerre, a empêché de pareilles identifications pour la majorité des mineurs21. Néanmoins, malgré l'absence d'unité organique entre d'un côté les conditions sociales et de l'autre la perception de la culture spécifique de la jeunesse par la plus grande partie de la population, la diffusion culturelle a fait que l'image des jeunes que les autres se faisaient ou qu'eux-mêmes se sont forgés, s'est démocratisée et progressivement élargie à toutes les couches sociales22. Cet élargissement a cependant détaché l'image de la jeunesse de ses sources d'émission originelles, c'est-à-dire des classes moyennes, l'a morcelle, l'a contaminé idéologiquement et l'a organiquement rattaché aux forces nationales, sociales et politiques en conflit à cette époque.

En Grèce, le mouvement des jeunes et l'intérêt pour la jeunesse ont surgi assez tôt, si l'on prend pour point de départ l'année 1910. C'est en effet en cette année qu'ont été créés le corps des scouts, la jeunesse socialiste de Salonique, et que l'institution du catéchisme a été consolidée après diverses tentatives. C'est alors qu'on prend conscience de la nécessité de protéger l'enfance au travail. Ainsi, tandis qu'en 1911 le «règlement des travaux d'extraction du minerai en Grèce» permet d'employer des enfants de moins de 12 ans au triage des minerais, une loi est promulguée en 1912 interdisant le travail aux enfants de moins de 12 ans et jusqu'à 14 ans s'ils n'ont pas terminé l'école23. Bien que les gouvernements exhibèrent ces lois pour prouver le progressisme de la législation grecque du travail24, soit ils ne les appliquèrent pas, soit ils ne purent vérifier leur application25.

C'est à cette même époque que prend forme parallèlement la peur

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21. Gillis, op. cit., p. 151.

22. Ibid., p. 153.

23. Ν. ΓΦΚΔ/25.1.1911 «Περί μεταλλευτικών εργασιών», παρ. 9, Ν. ΔΚΘ'/24.1. 1912 «περί εργασίας γυναικών και ανηλίκων».

24. A. Andreadis, «La législation ouvrière en Grèce», Revue Internationale du Travail, vol. 6 (1922), p. 735-756.

25. B.I.T., op. cit., p. 135-137. Nous citons à titre indicatif car les témoignages abondent. Un témoignage de Fauteur: septembre 1985, dans une banque centrale de Salonique, une fillette de 4 ans vendant des billets de loterie.

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de la délinquance enfantine et juvénile —découlant d'une conception de la singularité de la jeunesse—, une peur qui traverse tous les pays européens et constitue un problème critique dans la façon de traiter les jeunes et dans les institutions créées pour leur encadrement, ainsi qu'au cuirassement idéologique de la société bourgeoise face au défi du non-conformisme et de la subversion26. C'est ainsi que des lois sont votées en 1919 «sur le vagabondage et la mendicité» et «sur la protection des mineurs livrés à la mendicité, au vagabondage, etc.», tandis qu'en 1924-1925 des tentatives ont eu lieu pour créer un tribunal de mineurs et organiser des écoles de redressement27. Il ne faudrait pas enfin omettre dans ces mentions données à titre indicatif de l'intérêt manifesté envers la jeunesse, le mouvement en faveur de la langue démotique dans l'enseignement ainsi que les réformes de celui-ci depuis le début du siècle jusqu'en 1930 28.

II

Si dans cette étude nous avons choisi Salonique comme espace de recherche sur l'apparition des organisations de jeunesse, depuis le tournant du siècle à l'instauration de la dictature en 1936, nous n'avons pas visé à rapporter l'histoire locale, mais seulement de nous nous en servir en tant qu' exemple pour une étude de la question même et de sa présence dans la société grecque. Les raisons de ce choix ne sont pas à rechercher uniquement dans la sauvegarde des archives du tribunal de première instance de la ville, pouvant constituer un registre presque complet des organisations de jeunesse et de leurs statuts.

Salonique était une grande ville d'un empire plurinational et a suivi l'itinéraire typique des villes du sud-est européen, nous permettant de constater «mieux et plus globalement, par rapport à plusieurs

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26. Stephen Humphries, Hooligans or Rebels? An Oral History of Working Class Childhood and Youth 1889-1939, Oxford 1981, en particulier p. 1-27; John Gillis, «The evolution of juvenile delinquency in England 1890-1914», Past and Present, vol. 67 (1975), p. 96-126.

27. I. K. Papazachariou, Οι ανήλικοι εγκληματίαι κατά τα παρ' ημίν και αλλαχού κρατούντα, Athènes 1932, p. 39-41.

28. Alexis Dimaras, Η μεταρρύθμιση που δεν έγινε, op. cit., t. II, p. XXI-XLVIII et Anna Fragoudaki, Εκπαιδευτική μεταρρύθμιση και φιλελεύθεροι διανοούμενοι, Athènes 1977.

29. Klaus-Detler Grothusen, «Βασικές σκέψεις για τις επιπτώσεις της βιομηχανικής επανάστασης στον τομέα των πόλεων της νοτιοανατολικής Ευρώπης», dans le νοl. Εκσιιγχρονισμός και βιομηχανική επανάσταση στα Βαλκάνια, Athènes 1908, p. 17-30, Citation p. 28.

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autres domaines, les problèmes variés de nature nationale, sociale et économique»29. Au départ ville plurinationale et multiconfessionnelle, capitale économique d'une vaste aire dont elle fut une fenêtre ouverte sur l'économie et la culture de l'Occident, elle est placée sous la souveraineté grecque, se nationalise économiquement et culturellement et est reléguée au rang d'une ville de province dominée par les instances administratives et politiques de la capitale. Elle vit, plus directement que toute autre ville grecque, l'expérience européenne de la première guerre mondiale, devient ville de réfugiés et champ d'une confrontation sociale très aiguë et d'importantes luttes de classes. Du fait de sa position et de son développement historique, la ville présente une variété exceptionnelle de couches sociales, combine des traditions culturelles multiples et est exposée aux influences internationales. Ces conditions se reflètent dans l'histoire et la physionomie de son mouvement de jeunesse. C'est la seule ville dans l'espace grec où apparaissent des organisations sionistes et fascistes. C'est à Salonique qu'apparaît tout d'abord le mouvement des jeunesses socialistes, que les jeunesses communistes sont fondées et que la X.A.N. (Fraternité chrétienne des jeunes) fait son entrée en Grèce. Salonique fait figure d'exemple, non pas parce qu'elle constitue une ville typique de l'espace grec, représentative d'une moyenne, mais bien à cause de son caractère exceptionnel, c'est-à-dire du fait qu'elle réunit des éléments typiques quant au développement du phénomène multiforme des organisations de jeunesse à l'époque contemporaine.

Le mouvement des jeunes apparaît initialement à Salonique avec les associations d'anciens élèves des meilleures écoles de la ville, dont la plus ancienne, fondée en 1897, fut celle des anciens de l'«Alliance israélite», une école libérale liée à la culture française, suivent les associations de l'école franco-allemande (1906), italienne (avant 1912), de l'école de la mission laïque française (1912), etc. Les «associations d'anciens élèves», selon la dénomination de ces associations, disposaient d'équipes sportives, de locaux aux riches bibliothèques et organisaient des activités culturelles variées. Il résulte, d'après les listes de leurs membres fondateurs accompagnant les statuts, que l'élément qui y participait le plus était l'élément juif ou bien les jeunes des colonies étrangères. Les associations d'anciens élèves exprimaient la distinction sociale et la solidarité de la jeunesse des couches bourgeoises ainsi que la distinction accordée par le privilège d'une éducation spéciale et supérieure30.

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30. Union d'anciens élèves de l'Union Israélite mondiale, 1897 (arch. du tribunal

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Dans le cadre de la communauté grecque, en 1899 fut fondée l'"Union des amis des Muses", qui regroupait l'élément grec, collaborait avec les autorités communautaires et consulaires grecques et avait un programme patriotique plus vaste envisageant aussi de développer les sports31. Néanmoins, la première association exclusivement sportive fut l'"Union sportive" fondée par des membres des colonies étrangères qui avaient emporté leurs usages sur les lieux de leur établissement32.

Si nous considérons cependant ces organisations comme faisant partie de la préhistoire de la création des organisations de jeunesse à Salonique, la première période débute donc en 1908, année de la révolution des jeunes Turcs, quand la société de la ville pût s'exprimer, avec quelque liberté par la création de clubs et d'unions syndicales33. Cette période s'étend jusqu'en 1917 l'année du grand incendie qui a réduit en cendres la plus grande partie, dont le centre, de la ville. Pendant cette période apparaissent des organisations militantes à caractère national ou de classe très marqué. Certaines parmi elles avaient des liaisons internationales ou appartenaient à des organisations nationales de jeunesse plus larges. En 1908, sont ainsi fondées l'association sportive "Hercule" et les jeunesses sionistes des "Macchabées", en 1910 les jeunesses socialistes de la "Fédération" et en 1915 les scouts. Les Macchabées ou "Maccabi" partirent de Constantinople pour devenir une organisation internationale de la jeunesse juive. C'était une organisation qui prônait l'exercice physique, la gymnastique et les sports, en même temps que les idéaux sionistes au sein de la jeunesse juive, à rencontre de l'idéologie libérale de l'Alliance et de l'internationalisme prolétarien des jeunesses socialistes. A l'instar des mouvements nationalistes respectifs en Occident, ils proclamaient que l'exercice physique des jeunes amènerait à la régénération nationale. Ce rapprochement impliquait un type d'organisation "semi-militaire", avec uniformes, grades, défilés et chants de marche. En 1913, les "Maccabi" totalisaient 600 jeunes gens et 120 jeunes filles

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de première instance de Salonique, doss. p. 45). Union des anciens élèves de l'école franco-allemande (doss. 44), Anciens élèves de l'école italienne: Nicolaos Christodoulou, Ο Γυμναστικός Σύλλογος Θεσσαλονίκης "ο Ηρακλής" και η εξέλιξη του αθλητισμού εν Θεσσαλονίκη, Salonique 1927, p. 36, note 53, 91, et Michael Molho, In Memoriam, Salonique 1976, p. 40.

31. I. Bitos, Λίγη παληά Θεσσαλονίκη, Ημερολόγιον "ο Φάρος της Βορείου Ελλάδος", Salonique 1940, p. 103-109, Christodoulou, op. cit., p. 10-15.

32. Christodoulou, op. cit., p. 15.

33. V. le rapport de la "Fédération" au Bureau de la IIe Internationale: Antonis Liakos, H Σοσιαλιστική Εργατική Ομοσπονδία Θεσσαλονίκης (Φεντερασιόν) και η Σοσιαλιστική Νεολαία. Τα καταστατικά τους, Salonique 1985, p. 85.

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    ANTONIO SANTONI RUGIU

    MOUVEMENTS DE JEUNESSE DANS L'EUROPE PRÉ-FASCISTE ET POST-FASCISTE

    Il n'est certes pas facile de traiter de l'histoire des mouvements de jeunesse européens dans le cadre de la définition d'historicité de l'enfance et de la jeunesse. Il n'est pas facile de le tracer, même à grands traits, dans le court espace de cette communication, pour laquelle je ressens tout l'honneur qui m'est fait et entends adresser mes remerciements aux organisateurs de ce congrès si original. Et quand je parle d'originalité, ce n'est pas chez moi un simple compliment ou une appréciation d'usage; je pense en effet que c'est la première fois peut-être qu'on cherche à un niveau international à encadrer la notion d'enfant, d'adolescent et de jeune non pas selon des visions abstraites super tempus, de dérivation philosophique ou morale ou même psychologique, mais qu'on cherche à le faire en encadrant cet âge dans des périodes historiques concrètes et dans leurs connotations évolutives ou révolutionnaires de type social, culturel et économique. Mais j'en viens maintenant à mon sujet, afin de ne pas perdre en considérations trop générales une partie du temps que vous avez bien voulu m'accorder.

    Dans les toutes premières années du vingtième siècle, un auteur suédois, Madame Ellen Key publia un livre au titré évocateur: Le siècle de Vendant. Quelques années plus tard parut l'ouvrage de Maria Montessori La découverte de l'enfant. Et comme ces deux textes remportèrent à l'époque un vif succès, leurs titres devinrent des slogans commodes qui favorisèrent la conviction que le vingtième siècle naissant dévoilerait en fin toute la prégnance historique de l'enfance et attirerait sur elle une attention jamais connue jusque-là. Mais pour peu qu'on soumette cette conviction à une analyse historique même superficielle, il ne semble pas qu'elle en soit confirmée. Annoncer la découverte de l'enfance au tout début du vingtième siècle (surtout pour ce qui est de la première et de la deuxième enfance) signifie la retarder d'au-moins un siècle, sinon