Συγγραφέας:Διεθνές Συμπόσιο
 
Τίτλος:Actes du Colloque International, Historicité de l’ enfance et de la jeunesse
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:6
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1986
 
Σελίδες:709
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Βιβλιογραφία
 
Διεθνή Συμπόσια
 
Κοινωνική ενσωμάτωση
 
Μαθητεία και εργασία
 
Νεανικά έντυπα
 
Νεανικές οργανώσεις
 
Νοοτροπίες και συμπεριφορές
 
Παιδεία-Εκπαίδευση
 
Τοπική κάλυψη:Ευρώπη
 
Περίληψη:Πρόκειται για μετάφραση στα γαλλικά των Πρακτικών του πρώτου επιστημονικού συμποσίου, που διοργάνωσε η επιτροπή του ΙΑΕΝ σε συνεργασία με την Εταιρεία Μελέτης Νέου Ελληνισμού. Το συμπόσιο, με θέμα «Ιστορικότητα της παιδικής ηλικίας και της νεότητας», έγινε στο αμφιθέατρο του Εθνικού Ιδρύματος Ερευνών από τη 1 έως τις 5 Οκτωβρίου 1984.
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
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A. LIAKOS

L'APPARITION DES ORGANISATIONS DE JEUNESSE:

LE CAS DE SALONIQUE

I

De l'insurrection de l'école Polytechnique en 1973 aux bagarres dans les stades, des festivals bienséants des jeunesses militantes aux concerts de rock provoquant des heurts avec la police, les organisations et mouvements de la jeunesse non seulement se sont taillés un rôle central dans l'actualité et les processus politiques, mais sont partie prenante de notre quotidien, de notre chronique personnelle et familiale. Quel est cependant le fondement historique de cette évolution? La jeunesse n'a pas toujours constitué une catégorie particulière de la population, distincte de l'enfance et de l'âge adulte; ses limites temporelles n'ont pas toujours coïncidé dans toute société ou toute classe sociale. Le statut de jeune, d'après des historiens comme Philippe Ariès (Pères et fils) ou John Gillis (Les Jeunes et l'histoire)1, n'est que le produit d'une rencontre de changements démographiques, sociaux et culturels qui se sont achevés à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle. C'est à cette même époque que les organisations de jeunesse ont fait leur apparition, c'est-à-dire des organisations s'adressant à la jeunesse, avant tout aux adolescents, ou bien censées s'y adresser.

Il est un fait que des regroupements et mouvements formels ou informels, où dominaient des jeunes, existaient déjà au début du 19e siècle. Assurément, de jeunes individus encadraient et dirigeaient les mouvements politiques nouvellement apparus, et ceci non seulement au siècle passé. Ils ne prétendaient pas pour autant à la dénomination de

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1. Philippe Ariès, L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime, Paris 1960, nous utilisons l'édition italienne, Padri et figli nell'Europa medievale e moderna, Rome 1983. John Gillis, Youth and History, New York 1974, référ. à l'édit. italienne, I giovani e la storia, Milan 1981.

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«jeunesse» ou de «mouvement de jeunes», et ne s'adressaient pas à une catégorie particulière de la population sur un critère principalement d'âge, ni avaient une activité adaptée à cette dimension de la juvénilité. Celle-ci était limitée à ses dimensions uniquement militaires —vigueur et enthousiasme —ou bien, concernant des activités politiques, était invoquée pour en appeler à l'indulgence du pouvoir. Par l'invocation de la juvénilité, l'adversité politique pourrait être réduite à l'opposition naturelle entre pères et fils. Par conséquent, l'apparition au tournant du siècle d'organisations revendiquant ou mettant en avant la spécificité de l'âge jeune constitue un fait nouveau, ayant l'ampleur et la richesse d'un phénomène culturel. Le trait «culturel» dénonce aussi bien la multiplicité des facteurs qui le déterminent dans sa genèse historique, que les nouvelles fonctions que lui-même impliquait au sein des sociétés de masse du 20e siècle.

La deuxième révolution industrielle, les grandes concentrations humaines dans les villes, l'enseignement primaire par son prolongement et son extension à des masses plus larges, le service militaire obligatoire, les nouveaux rapports des masses à la politique, soit par l'élargissement du droit de vote, soit par la participation à des mouvements nationaux et sociaux, constituent des facteurs qui ont modifié la place et les rapports des jeunes, aussi bien au sein de la famille qu'envers l'État. Il en résulte un temps non recouvert à plusieurs dimensions: un temps entre l'enfance dépendante et l'indépendance de l'âge majeur, un temps occupé en partie par l'école et l'insertion professionnelle, un temps d'errance incontrôlée dans la grande ville, un temps libéré du contrôle familial et de la communauté traditionnelle. Ce temps est devenu un refuge de liberté, une menace hors contrôle de délinquance ou de révolte et une cause de panique. La reconnaissance de son importance stratégique a mené à une lutte pour sa défense ou sa conquête. Cette ambivalence du temps inoccupé fut aussi le fondement de la double fonction des organisations de jeunesse: un mouvement d'émancipation corporelle, affective et sociale, mais aussi une entreprise de manipulation physique, idéologique et politique. Cette double fonction fit son apparition aux deux pôles de la contradiction: pour que la manipulation devienne crédible et efficace, elle devait s'appuyer sur des formes de spontanéité et d'autonomie. Pour que l'émancipation soit efficace les tendances incontrôlées devaient être manipulées, la contestation uniformisée et disciplinée. C'est cette coïncidence des deux orientations qui a donné consistance aux organisations de jeunes. La prédominance relative de l'une ou de l'autre orientation a exprimé, mais aussi déterminé, leur

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caractère politique et leur insertion dans le cadre des conflits sociaux de l'époque.

Les éléments de l'autonomie de la jeunesse aussi bien que les formes de la manipulation de celle-ci existaient déjà, sporadiquement il est vrai, au 19e siècle. La position précaire des étudiants, leur temps socialement libéré, se manifestèrent dans leur participation aux révolutions de 1848 et les différents mouvements de libération nationale du continent européen. Le temps libéré des couches bourgeoises ou petites-bourgeoises s'est manifesté dans l'essor des sports sous des formes variées —alpinisme, jeux d'équipe, gymnastique. D'autre part, les couches ouvrières trouvèrent pour la première fois, dans le développement du syndicalisme et la création du parti socialiste, la possibilité d'une intervention politique, c'est-à-dire un espace pour réaliser les libertés dont elles étaient exclues. Cependant, l'élan révolutionnaire des jeunes allait de pair avec sa manipulation, bien que les deux tendances n'aient qu'un caractère embryonnaire comparé à ce qui allait se passer au début du siècle.

Les socialistes ont systématisé la protestation juvénile en fondant, en 1907, l'Internationale Socialiste des Jeunes, par la création et en uniformisant les jeunesses socialistes des pays européens2. La propagation du socialisme inquiéta la bourgeoisie; ce fut le commencement de la lutte pour s'approprier le temps libre de la jeunesse et pour se gagner celle-ci. Le scoutisme de Baden Powell, qui a pris son essor en Angleterre dès 1908, sembla fournir aux yeux de la bourgeoisie libérale la réponse la plus adéquate à ce problème3. Les églises chrétiennes enfin ne pouvaient pas laisser les socialistes et les francs-maçons se gagner de façon exclusive la jeunesse. Ces églises, catholiques ou protestantes, pouvaient concurrencer le scoutisme en s'appuyant sur la tradition populiste et trans-classes de l'Église et aussi affronter plus efficacement le socialisme et l'autonomie incontrôlée de la jeunesse4. Le sport enfin, récupéré par les organisations socialistes, scoutes ou chrétiennes, fut proclamé nouvelle religion, allant de l'accent mis sur ce qui est commun aux classes sociales, au culte du corps et de la force physique et au désaveu de la politique

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2. Patrizia Dogliani, La «scuola delle reclute», L'Internazionale giovanile socialista dalla fine dell'Ottocento alla Prima guerra mondiale, Turin 1983.

3. La bibliographie sur le scoutisme est naturellement immense. En ce qui concerne ses dimensions idéologiques, v. Michael Blanch, «Imperialism, nationalism and Organised Youth», dans le vol. Working Class Culture. Sludies in History and Theory, Londres, 2 1980, p. 103-120, Gillis, op. cit., p. 166-168.

4. E. J. Görlich, Anton Orel und die «Frei Christliche Jugend Österreichs». Zur Geschichte einer österreichischen Jugendbewegung, Vienne 1971.

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et du rationalisme5. Après la première guerre mondiale, le fascisme prit part à la lutte pour la jeunesse en donnant une position dominante et un caractère totalitaire à l'organisation de la jeunesse6.

En Grèce, le mouvement des jeunes était au 19e siècle limité aux étudiants et lié au rôle politique par excellence de l'Université. Ce sont les étudiants qui constituaient la jeunesse, laquelle était le protagoniste des manifestations patriotiques et libérales7. Le sport, sous sa forme moderne d'associations sportives, fit timidement son apparition après les Jeux Olympiques de 1896, qui ne furent d'ailleurs qu'une initiative de l'Europe occidentale dans l'espace grec8. Les rares associations sportives fondées au cours de la dernière décennie du siècle passé ne réunissaient que les éléments bourgeois de la capitale. Ce n'est que plus tard, après 1922, que le sport sera adopté par de larges couches populaires9.

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5. Voir le titre éloquent de Athina Spanoudi, Ο αθλητισμός σύγχρονη θρησκεία, Athènes 1931. Également, Ginette Bertaud, Αθλητική αγωγή και παιδαγωγικός αθλητισμός, dans le vol de G. Bertaud, J. M. Brohm, Fr. Gantheret, P. Laguillaumie, Sport, culture et répression, Paris 1972, la citation dans l'édition grecque, Αθλητισμός, κουλτούρα και καταπίεση, Athènes 1982, p. 127-175.

6. Carmen Betti, L'Opera nazionale Ballila e l'educazione fascista, Florence 1984.

7. Sur la période d'Othon et le rôle politique de l'Université, C. T. Dimaras, Ελληνικός Ρωμαντισμός, Athènes 1982, p. 158-159, 162, 348-353, 390-397. Également, A. Liakos, Οι φιλελεύθεροι στην επανάσταση του 1862, ο πολιτικός σύλλογος «Ρήγας Φερραίος», revue Μνήμων, t. VIII (1980-1982), p. 9-46. En 1875 est mentionnée l'existence de la Jeunesse démocratique de Argostoli: Anghelo-Dionysis Débonos, Rokkos Choïdas, Argostoli 1984, p. 144. Sur la fin du siècle, Dionysios L. Marcopoulos, H εξέγερσις των φοιτητών εν Αθήναις και η δράσις της φοιτητικής φάλαγγος εν Κρήτη κατά το 1897, Athènes 1903, réimprimé par Christos Lazos, Ιστορία της Πανεπιστημιακής ή φοιτητικής φάλαγγας, Athènes 1980. Sur la participation des étudiants à des manifestations de type conservateur en 1901-1903 (affaire de la traduction des Évangiles et de l'Orestie): Alexis Dimaras, H μεταρρύθμιση που δεν έγινε, t. II, Athènes 1974, p. XXVII-XXVIII. Ces références n'ont qu'un caractère indicatif.

8. Ils avaient été précédés des «Olympiades de Zappas» en 1859, 1870, 1875 et 1889 ainsi que des «jeux de Tinos» en 1895. Jusqu'à cette date cependant les sports n'étaient qu'à peine structurés et organisés. En 1877 fut fondé le terrain des sports d'État de Fokianos, en 1891 le «Panellinios Ghimnastikos syllogos» et en 1893 l'«Ethnikos Ghimnastikos syllogos», précédés cependant en 1877 de l'«Hermès» à Constantinople et, en 1890, de l'«Orphée» de Smyrne (ultérieurement le Panionios). En 1896, furent fondés 28 clubs sportifs qui constituèrent en 1897 l'Union des associations sportives grecques (S.E.A.G.S.). Après la seconde Olympiade à Athènes en 1906, les sports commencèrent à se diffuser dans les classes populaires, surtout sous la forme de manifestations non organisées. En 1925, le S.E.A.G.S. était composé de 40 associations et en 1929 de 104, celles de football mises à part. Voir Pavlos Manitakis, 100 χρόνια νεοελληνικού αθλητισμού, Athènes 1962.

9. Spanoudis, op. cit., p. 116.

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Bien que, au début du siècle, la société grecque n'ait pas connu les transformations provoquées en Occident par la révolution industrielle, certaines tendances furent cependant similaires à celles qui ont déterminé, dans les sociétés industrielles, la formation delà jeunesse. Dans l'évolution démographique, la baisse de la mortalité survenue là, et conséquemment, la réduction du nombre des enfants dans la famille, coïncidait ici avec la famille grecque peu nombreuse, phénomène inscrit dans la longue durée10. La structure de la population grecque selon les âges ne présentait pas une différenciation notable par rapport à la structure respective des pays occidentaux11. Du point de vue de la stratification de classes, la classe moyenne, dans le cadre et pour les nécessités de laquelle la notion d'adolescence est découverte, avant qu'elle ne soit répandue dans les autres classes, était représentée en Grèce en des proportions proches de celles des pays développés12. L'enseignement secondaire enfin, qui constitua l'origine de la formation du type de l'adolescent, s'est diffusé en Grèce à une vitesse exceptionnelle pour atteindre à la fin des taux supérieurs à ceux de pays comme la France, la Belgique ou l'Italie13.

C'est pourtant la pauvreté régnant sur une majorité écrasante de la société grecque, qui fut le facteur le plus important déterminant la différence entre le jeune des classes moyennes et l'image traditionnelle de l'«enfant-adulte» conservée dans les classes populaires. Selon Ariès, les classes populaires ont conservé jusqu'à nos jours la mentalité dominante au Moyen Âge et à l'aube des temps modernes, selon laquelle les enfants étaient confondus aux grandes personnes dès leur septième année14. Dans l'espace grec, le droit traditionnel en vigueur reflète des conceptions analogues sur les limites d'âge. Dans l'Exabiblos, ainsi que dans les ordonnances du droit byzantino-romain en vigueur jusqu'à la promulgation de la loi ΥΠΘ/1861, les jeunes de 7-14 ans avaient une capacité légale réduite. Après 1861, ceux âgés de 7-21 ans pouvaient accomplir

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10. Sur les évolutions démographiques en Europe occidentale voir Gillis, op. cit., p. 117, 156, 210-211. Sur les évolutions en Grèce, Vassilis Panayotopoulos, H οικογένεια στην Πελοπόννησο, revue Ιστορικά t. Ι (1983) p. 5-18.

11. Dionysios Frangos, Ο οικονομικά ενεργός πληθυσμός της Ελλάδος, Athènes 1980, p. 25.

12. Gillis, op. cit., p. 151-153 et respectivement C. Tsoucalas, Κοινωνική ανάπτυξη και κράτος, Athènes 1981, p. 88-90.

13. C. Tsoukalas, Εξάρτηση και αναπαραγωγή, ο κοινωνικός ρόλος των εκπαιδευτικών μηχανισμών στην Ελλάδα (1830-1922) Athènes 1977, p. 397-398.

14. Ariès, op. cit., p. 483.

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un acte juridique représentés par leur père ou leur tuteur et, ayant 14 ans, en personne15.

L'entrée précoce dans la sphère de l'activité professionnelle ne laissait pas la marge de temps qui aurait permis le développement du particularisme juvénile. Dans la campagne, l'emploi des enfants aux travaux agricoles et d'élevage ne connaissait pas de limites. Quant aux villes, malgré les limitations instaurées pour le travail des enfants, une commission de la S.d.N. a constaté en 1929 une présence "inquiétante" d'enfants parmi les ouvriers d'usines, aucune limitation n'existant pour le travail des enfants dans le commerce de détail, les métiers ambulants, etc16. La tradition de l'"apprentissage" -qui avait déterminé en Europe les conditions de vie de la jeunesse ouvrière jusqu'à la deuxième révolution industrielle- avait apparemment disparu avec le déclin des corporations, et n'était conservée que dans quelques métiers comme les "compagnies" (bouloukia) de maçons17. L'absence de formation professionnelle ainsi que la pauvreté des familles ouvrières, ne pouvant pas se priver pour longtemps du revenu de leurs membres plus jeunes, conduisaient ceux-ci vers des travaux non qualifiés soit dans l'industrie, soit comme domestiques, garçons de café, chargeurs, etc18.

Les conditions pour la jeunesse des couches populaires ont empiré après la catastrophe d'Asie Mineure et l'arrivée des réfugiés dont 26% était âgé de moins de 15 ans19. Cette image est éloquemment décrite, du point de vue de l'appareil répressif, par un procureur de Salonique: "Il s'agit de nuées de jeunes voyous, qui ont fini par constituer un fléau redoutable pour la capitale macédonienne. Dans tous les établissements de la ville... se ruaient des jeunes gens en haillons, crasseux, misérables à voir. Ils tendaient leur petite main sale pour mendier et imploraient la miséricorde par des gémissements énervants"20. Bien qu'il nous manque

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15. Charilaos Goutos, Εργασιακές σχέσεις των οικοδόμων στη χερσαία Ελλάδα μετά το 1800, Athènes 1985, p. 82-83.

16. Bureau International du Travail, Les Problèmes du travail en Grèce, Genève 1949, p. 134-143.

17. Goutos, op. cit., p. 82-87.

18. Sur le problème de la formation professionnelle dans la Grèce d'après la révolution: Christos Constantinopoulos, H επαγγελματική εκπαίδευση στη μετεπαναστατική Ελλάδα 1828-1832; au début du siècle: voir à titre indicatif S.I. Stéphanou, H βιοτεχνική κρίσις εν Ελλάδι, η βιοτεχνική εκπαίδευσις, rev. Μέλλον t. 4 (1922), p. 196-203.

19. Eva Sandis, Refugees and Economic Migrants in Greater Athens, Athènes 1973, p. 159.

20. Ilias Mikrouleas, H παιδική εγκληματικότης εν Ελλάδι και αλλαχού, τα αναμορφωτικά άσυλα και σχολεία, Salonique 1940, p. 86-87.

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des études sur l'histoire sociale de la jeunesse dans l'espace grec, il est difficile de considérer que dans sa plus grande partie elle aurait pu être assimilée aux traits particuliers qu'attribuaient à cette couche les classes moyennes ainsi que les classes supérieures de la classe ouvrière dans les sociétés occidentales. Cependant, même dans les sociétés capitalistes développées, la pauvreté, qui s'aggrava avec la crise de 1929-1932 et les conditions créées par la guerre, a empêché de pareilles identifications pour la majorité des mineurs21. Néanmoins, malgré l'absence d'unité organique entre d'un côté les conditions sociales et de l'autre la perception de la culture spécifique de la jeunesse par la plus grande partie de la population, la diffusion culturelle a fait que l'image des jeunes que les autres se faisaient ou qu'eux-mêmes se sont forgés, s'est démocratisée et progressivement élargie à toutes les couches sociales22. Cet élargissement a cependant détaché l'image de la jeunesse de ses sources d'émission originelles, c'est-à-dire des classes moyennes, l'a morcelle, l'a contaminé idéologiquement et l'a organiquement rattaché aux forces nationales, sociales et politiques en conflit à cette époque.

En Grèce, le mouvement des jeunes et l'intérêt pour la jeunesse ont surgi assez tôt, si l'on prend pour point de départ l'année 1910. C'est en effet en cette année qu'ont été créés le corps des scouts, la jeunesse socialiste de Salonique, et que l'institution du catéchisme a été consolidée après diverses tentatives. C'est alors qu'on prend conscience de la nécessité de protéger l'enfance au travail. Ainsi, tandis qu'en 1911 le «règlement des travaux d'extraction du minerai en Grèce» permet d'employer des enfants de moins de 12 ans au triage des minerais, une loi est promulguée en 1912 interdisant le travail aux enfants de moins de 12 ans et jusqu'à 14 ans s'ils n'ont pas terminé l'école23. Bien que les gouvernements exhibèrent ces lois pour prouver le progressisme de la législation grecque du travail24, soit ils ne les appliquèrent pas, soit ils ne purent vérifier leur application25.

C'est à cette même époque que prend forme parallèlement la peur

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21. Gillis, op. cit., p. 151.

22. Ibid., p. 153.

23. Ν. ΓΦΚΔ/25.1.1911 «Περί μεταλλευτικών εργασιών», παρ. 9, Ν. ΔΚΘ'/24.1. 1912 «περί εργασίας γυναικών και ανηλίκων».

24. A. Andreadis, «La législation ouvrière en Grèce», Revue Internationale du Travail, vol. 6 (1922), p. 735-756.

25. B.I.T., op. cit., p. 135-137. Nous citons à titre indicatif car les témoignages abondent. Un témoignage de Fauteur: septembre 1985, dans une banque centrale de Salonique, une fillette de 4 ans vendant des billets de loterie.

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de la délinquance enfantine et juvénile —découlant d'une conception de la singularité de la jeunesse—, une peur qui traverse tous les pays européens et constitue un problème critique dans la façon de traiter les jeunes et dans les institutions créées pour leur encadrement, ainsi qu'au cuirassement idéologique de la société bourgeoise face au défi du non-conformisme et de la subversion26. C'est ainsi que des lois sont votées en 1919 «sur le vagabondage et la mendicité» et «sur la protection des mineurs livrés à la mendicité, au vagabondage, etc.», tandis qu'en 1924-1925 des tentatives ont eu lieu pour créer un tribunal de mineurs et organiser des écoles de redressement27. Il ne faudrait pas enfin omettre dans ces mentions données à titre indicatif de l'intérêt manifesté envers la jeunesse, le mouvement en faveur de la langue démotique dans l'enseignement ainsi que les réformes de celui-ci depuis le début du siècle jusqu'en 1930 28.

II

Si dans cette étude nous avons choisi Salonique comme espace de recherche sur l'apparition des organisations de jeunesse, depuis le tournant du siècle à l'instauration de la dictature en 1936, nous n'avons pas visé à rapporter l'histoire locale, mais seulement de nous nous en servir en tant qu' exemple pour une étude de la question même et de sa présence dans la société grecque. Les raisons de ce choix ne sont pas à rechercher uniquement dans la sauvegarde des archives du tribunal de première instance de la ville, pouvant constituer un registre presque complet des organisations de jeunesse et de leurs statuts.

Salonique était une grande ville d'un empire plurinational et a suivi l'itinéraire typique des villes du sud-est européen, nous permettant de constater «mieux et plus globalement, par rapport à plusieurs

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26. Stephen Humphries, Hooligans or Rebels? An Oral History of Working Class Childhood and Youth 1889-1939, Oxford 1981, en particulier p. 1-27; John Gillis, «The evolution of juvenile delinquency in England 1890-1914», Past and Present, vol. 67 (1975), p. 96-126.

27. I. K. Papazachariou, Οι ανήλικοι εγκληματίαι κατά τα παρ' ημίν και αλλαχού κρατούντα, Athènes 1932, p. 39-41.

28. Alexis Dimaras, Η μεταρρύθμιση που δεν έγινε, op. cit., t. II, p. XXI-XLVIII et Anna Fragoudaki, Εκπαιδευτική μεταρρύθμιση και φιλελεύθεροι διανοούμενοι, Athènes 1977.

29. Klaus-Detler Grothusen, «Βασικές σκέψεις για τις επιπτώσεις της βιομηχανικής επανάστασης στον τομέα των πόλεων της νοτιοανατολικής Ευρώπης», dans le νοl. Εκσιιγχρονισμός και βιομηχανική επανάσταση στα Βαλκάνια, Athènes 1908, p. 17-30, Citation p. 28.

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autres domaines, les problèmes variés de nature nationale, sociale et économique»29. Au départ ville plurinationale et multiconfessionnelle, capitale économique d'une vaste aire dont elle fut une fenêtre ouverte sur l'économie et la culture de l'Occident, elle est placée sous la souveraineté grecque, se nationalise économiquement et culturellement et est reléguée au rang d'une ville de province dominée par les instances administratives et politiques de la capitale. Elle vit, plus directement que toute autre ville grecque, l'expérience européenne de la première guerre mondiale, devient ville de réfugiés et champ d'une confrontation sociale très aiguë et d'importantes luttes de classes. Du fait de sa position et de son développement historique, la ville présente une variété exceptionnelle de couches sociales, combine des traditions culturelles multiples et est exposée aux influences internationales. Ces conditions se reflètent dans l'histoire et la physionomie de son mouvement de jeunesse. C'est la seule ville dans l'espace grec où apparaissent des organisations sionistes et fascistes. C'est à Salonique qu'apparaît tout d'abord le mouvement des jeunesses socialistes, que les jeunesses communistes sont fondées et que la X.A.N. (Fraternité chrétienne des jeunes) fait son entrée en Grèce. Salonique fait figure d'exemple, non pas parce qu'elle constitue une ville typique de l'espace grec, représentative d'une moyenne, mais bien à cause de son caractère exceptionnel, c'est-à-dire du fait qu'elle réunit des éléments typiques quant au développement du phénomène multiforme des organisations de jeunesse à l'époque contemporaine.

Le mouvement des jeunes apparaît initialement à Salonique avec les associations d'anciens élèves des meilleures écoles de la ville, dont la plus ancienne, fondée en 1897, fut celle des anciens de l'«Alliance israélite», une école libérale liée à la culture française, suivent les associations de l'école franco-allemande (1906), italienne (avant 1912), de l'école de la mission laïque française (1912), etc. Les «associations d'anciens élèves», selon la dénomination de ces associations, disposaient d'équipes sportives, de locaux aux riches bibliothèques et organisaient des activités culturelles variées. Il résulte, d'après les listes de leurs membres fondateurs accompagnant les statuts, que l'élément qui y participait le plus était l'élément juif ou bien les jeunes des colonies étrangères. Les associations d'anciens élèves exprimaient la distinction sociale et la solidarité de la jeunesse des couches bourgeoises ainsi que la distinction accordée par le privilège d'une éducation spéciale et supérieure30.

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30. Union d'anciens élèves de l'Union Israélite mondiale, 1897 (arch. du tribunal

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Dans le cadre de la communauté grecque, en 1899 fut fondée l'"Union des amis des Muses", qui regroupait l'élément grec, collaborait avec les autorités communautaires et consulaires grecques et avait un programme patriotique plus vaste envisageant aussi de développer les sports31. Néanmoins, la première association exclusivement sportive fut l'"Union sportive" fondée par des membres des colonies étrangères qui avaient emporté leurs usages sur les lieux de leur établissement32.

Si nous considérons cependant ces organisations comme faisant partie de la préhistoire de la création des organisations de jeunesse à Salonique, la première période débute donc en 1908, année de la révolution des jeunes Turcs, quand la société de la ville pût s'exprimer, avec quelque liberté par la création de clubs et d'unions syndicales33. Cette période s'étend jusqu'en 1917 l'année du grand incendie qui a réduit en cendres la plus grande partie, dont le centre, de la ville. Pendant cette période apparaissent des organisations militantes à caractère national ou de classe très marqué. Certaines parmi elles avaient des liaisons internationales ou appartenaient à des organisations nationales de jeunesse plus larges. En 1908, sont ainsi fondées l'association sportive "Hercule" et les jeunesses sionistes des "Macchabées", en 1910 les jeunesses socialistes de la "Fédération" et en 1915 les scouts. Les Macchabées ou "Maccabi" partirent de Constantinople pour devenir une organisation internationale de la jeunesse juive. C'était une organisation qui prônait l'exercice physique, la gymnastique et les sports, en même temps que les idéaux sionistes au sein de la jeunesse juive, à rencontre de l'idéologie libérale de l'Alliance et de l'internationalisme prolétarien des jeunesses socialistes. A l'instar des mouvements nationalistes respectifs en Occident, ils proclamaient que l'exercice physique des jeunes amènerait à la régénération nationale. Ce rapprochement impliquait un type d'organisation "semi-militaire", avec uniformes, grades, défilés et chants de marche. En 1913, les "Maccabi" totalisaient 600 jeunes gens et 120 jeunes filles

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de première instance de Salonique, doss. p. 45). Union des anciens élèves de l'école franco-allemande (doss. 44), Anciens élèves de l'école italienne: Nicolaos Christodoulou, Ο Γυμναστικός Σύλλογος Θεσσαλονίκης "ο Ηρακλής" και η εξέλιξη του αθλητισμού εν Θεσσαλονίκη, Salonique 1927, p. 36, note 53, 91, et Michael Molho, In Memoriam, Salonique 1976, p. 40.

31. I. Bitos, Λίγη παληά Θεσσαλονίκη, Ημερολόγιον "ο Φάρος της Βορείου Ελλάδος", Salonique 1940, p. 103-109, Christodoulou, op. cit., p. 10-15.

32. Christodoulou, op. cit., p. 15.

33. V. le rapport de la "Fédération" au Bureau de la IIe Internationale: Antonis Liakos, H Σοσιαλιστική Εργατική Ομοσπονδία Θεσσαλονίκης (Φεντερασιόν) και η Σοσιαλιστική Νεολαία. Τα καταστατικά τους, Salonique 1985, p. 85.

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organisés. Deux années plus tard, l'organisation a décidé de se mêler directement de la politique en soutenant lors des élections nationales le parti royaliste et neutraliste de Dimitrios Gounaris. L'incendie de 1917 au cours duquel les locaux, les installations sportives et la bibliothèque de l'organisation brûlèrent entraîna progressivement son déclin et, en 1919, elle rejoignit la fédération «Théodore Herzl». Dans le cadre de cette nouvelle organisation, les «Maccabi» constituèrent la branche sportive jusqu'en 1926, lorsque quelques membres la quittèrent pour créer le club sportif du même nom. A cette époque fut aussi fondée l'organisation des scouts juifs «Derorim Paccabi». Son déclin n'en fut pas pour autant arrêté et, en 1930, n'étaient plus organisés que 150 jeunes34. A part les Macchabées, d'autres organisations sionistes furent aussi fondées, comme l'Association des jeunes Juifs, exprimant les divergences politiques du mouvement sioniste35. L'activité de toutes ces organisations était coordonnée par l'«Association sportive Akoah» («révisionniste», 1924) qui disposait d'équipes d'athlétisme, de football, de cyclisme, de sports nautiques, une section féminine, une organisation de scouts Israélites et possédait son propre terrain. «Akoah» avait 400 membres et prenait part aux compétitions annuelles et aux championnats de Macédoine36. Bien que le sionisme ait été fortement influent dans la communauté juive, il y avait aussi au sein de celle-ci des tendances opposées. En 1927 fut fondée la «Fédération culturelle des jeunesses Israélites», ayant pour but l'assimilation des Juifs dans la société grecque par l'apprentissage du grec, la diffusion de la littérature et du théâtre grec, etc. Bien que les statuts ne laissent pas entrevoir le caractère politique de la Fédération, la police secrète la tenait pour communiste37. Dans le cadre des minorités nationales de la ville, il nous faut mentionner l'Alliance de la jeunesse arménienne, fondée plus tard (1924), ainsi que l'Union des sportifs arméniens (1930)38.

Salonique fut le point de départ du premier mouvement de masse

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34. Avraham Recanati, «La meccabi-epoca heroica del sionismo en Salonique» dans le vol. Zikhron Saloniki, Grandeza i destruyiciòn de Yerushalayim del Balkan (aux soins de David Recanati), t.I, Tel Aviv 1972, p. 38-40.

35. Itshak Ben-Rubi, «A.J.J. - Association de Jovenos Jidios», dans le vol. Zikhron Saloniki, op. cit., p. 49; Arch. Trib. prem. inst. Sal. doss. 474/1923.

36. Christodoulou, op. cit., p. 102.

37. Arch. Trib. prem. inst. Sal. doss. 860. Sur la dénomination de «communistes reconnus», voir le rapport d'enquête administrative de l'Adjudant de gendarmerie, Georges Panayotopoulos, daté du 12.12.1933, dans les mêmes archives (doss. 1304 de l'association musicale et artistique «Orphée»).

38. Arch. Trib. prem. inst. Sal. doss. 492 et 1158 (à présent dossier n° 1950).

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des jeunesses socialistes en Grèce. C'est en 1910 que la «Fédération» a créé les jeunesses socialistes (à Athènes, le mouvement des jeunesses socialistes est apparu initialement en 1911, mais sa présence ne fut permanente qu'à partir de 1916). Les jeunesses socialistes de Salonique avait 250-300 membres dont les deux tiers étaient âgés de 16 ans environ. Elle faisait partie de l'Internationale socialiste des jeunes avec laquelle elle avait des contacts réguliers et comptait des sections à Cavala et à Calamaria. Les jeunesses socialistes possédaient des sections sportives, musicales, chorales et théâtrales. Elle organisait des cours du soir, participait aux manifestations de l'organisation du parti, dont elle dépendait directement et faisait avancer l'idée du syndicalisme parmi les jeunes. Par rapport à la «Fédération», les jeunesses socialistes faisaient fonction de lieu de recrutement et d'école de cadres. Ces rapports changèrent cependant après 1920 39.

Au sein de la communauté grecque fut fondée en 1908 l'association sportive «Hercule», ayant un caractère nationaliste très marqué. «Hercule» participa aux manifestations sportives des Grecs de l'Empire Ottoman avant 1912, et depuis cette date a collaboré avec les autorités publiques au maintien de l'ordre dans la ville. Il fut le berceau de plusieurs organisations sportives et c'est dans ses rangs qu'à débuté, à Salonique, la grande organisation du scoutisme40.

Les corps des scouts grecs fut fondé à Athènes en 1910 et connut un essor extrêmement rapide dans le pays entier grâce à la sollicitude personnelle et aux donations de Venizélos, de la famille Benakis et d'autres libéraux bourgeois. Il a été encadré par des officiers de la marine et adapté aux conditions de guerre que connaissait le pays; parmi ses buts figurait d'ailleurs la «préparation de bons citoyens et soldats». Le scoutisme a été lancé comme un nouvel idéal pour la jeunesse de l'époque, comme un modèle de rapports entre enseignants et enseignés et fut intégré à l'esprit de la réforme de l'enseignement menée par Venizélos. C'est d'ailleurs Dimitris Glinos qui fut, en 1918-1920, le Président du conseil d'administration de ce Corps.

Le scoutisme peut être tenu à juste titre pour l'organisation de jeunesse la plus nombreuse de l'entre-deux-guerres. Ayant 11 jeunes en 1910 et 128 en 1912, elle atteignit 2.610 en 1915, 3.700 en 1920, 6.300 en 1925, 12.000 en 1930 et 16.000 en 1935 41. A Salonique, après avoir

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39. A. Liakos, op. cit., p. 35-48, 65-73.

40. Christodoulou, op. cit., p. 36-37, 39, 43-44.

41. Corps des scouts grecs, Αιέν Αριστεύειν, Ιωβηλαίο 1910-1960, Athènes 1960.

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fait leur apparition dans les rangs de «Hercule», les équipes de scouts s'organisèrent dans chaque école. Un détail cependant rapporté par G. Christodoulou ne doit pas passer inaperçu: après l'incendie de 1917, les scouts distribuaient du pain et des vêtements, ceci fit affluer chez eux les couches de la jeunesse pauvre et miséreuse, ce qui le marqua pour longtemps. Il fut prouvé que le scoutisme, malgré sa politique «transclasses», ne pouvait avoir prise que sur certaines couches sociales42. On connaît d'ailleurs aussi par la bibliographie internationale le phénomène de la résistance des jeunes des classes populaires face aux organisations relevant d'une conception de la jeunesse propre aux couches moyennes, ainsi qu'à l'instauration du conformisme et de la discipline43.

Après l'incendie de 1917 et jusqu'en 1920, les activités des jeunes accusent un recul, dû à la tâche de reconstruction de la ville, à la mobilisation et aux conditions de guerre44. Néanmoins la présence des flottes et des contingents étrangers, disposant d'équipes de football et organisant des matchs en ville, a été à l'origine de la diffusion de ce sport éminemment populaire. Ce qui arriva aussi à Smyrne et à Constantinople pour être diffusé par la suite en Grèce après 1922; le football doit sa propagation à la première guerre mondiale45. Ce fait doit être incorporé au problème plus vaste des mécanismes de diffusion des sports, des conditions de mentalité qui les font recevoir par des sociétés d'un type traditionnel, ainsi que du rapport existant entre l'extension de l'industrialisation et des changements survenus dans l'emploi du temps libre46. De même en ce qui concerne l'histoire contemporaine, et bien que la chronique militaire et diplomatique de la présence des contingents étrangers en Grèce ait été étudiée, on n'a pas envisagé la première guerre mondiale en tant que facteur de diffusion et de mutation culturelles. Nous reviendrons pourtant sur ce point.

Une autre conséquence de la guerre fut la pénétration de l'organisation du mouvement de jeunesse par l'élément étranger, et plus précisément

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42. Christodoulou, op. cit., p. 58, 66-67.

43. Gillis, op. cit., p. 167-169 et Humphries, op. cit., p. 17.

44. Les équipements ont été brûlés, les espaces libres réquisitionnés, etc. v. Christodoulou, op. cit., p. 62, 71.

45. «La jeunesse entière de Salonique est possédée par la fureur du football, tous les dimanches il y a des rencontres de football. La fureur des athlètes n'avait d'égal que celle des supporters, submergeant par milliers aussi bien le terrain que les cimetières Israélites d'en face», ibid., p. 96. A Athènes, «l'arrivée des réfugiés sportifs marqua l'invasion de la Grèce par le football», Spanoudis, op. cit., p. 113-116.

46. D. Riesman - R. Denney, «Football in America: A Study in Culture Diffusion», dans le vol. Eric Dunning (éd.), The Sociology of Sport, Londres, a1976, p. 152-167.

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par la Young men's Christian association. Mais avant d'en venir aux organisations d'inspiration chrétienne, une digression s'impose sur l'institution des écoles de catéchismes. Nous avons déjà mentionné que les écoles de catéchisme furent créées et s'affirmèrent à Athènes, en 1910. On les appelait aussi écoles du dimanche et elles prenaient pour modèle les Sunday's schools anglaises fondées par les églises anglaises non officielles lors de la révolution industrielle pour s'adresser aux enfants des villes. Déjà avant 1910 il y eut trois tentatives de création d'écoles de catéchisme à Athènes, au Pirée et à Patras. Toutes les trois avaient des liens avec des organisations privées et rencontrèrent l'hostilité de l'Église. D'après le texte explicatif de leur fondation, elles s'adressaient aux «garçons indigents ou aux ouvrières des villes» et suppléaient à l'enseignement religieux fourni par l'école, jugé insuffisant. Il faut bien souligner ce dernier point, car toutes les organisations, scoutes, religieuses ou socialistes mettent l'accent sur le rôle insuffisant de l'enseignement et définissent ainsi leur propre rôle, comme supplémentaire ou antagoniste.

En 1910, l'Église se rend compte de la nécessité de cette nouvelle institution, mais n'entreprend pas encore d'organiser des écoles de catéchisme; elle laisse cela à deux organisations privées, c'est-à-dire aux Unions chrétiennes orthodoxes et, depuis 1927, à la Fraternité des théologiens «Zoï» (la Vie). Celle-ci leur assigne une forme pyramidale plus structurée, ne limitant pas leurs activités uniquement à l'audition du cours dominical. La possibilité pour l'Église de se rapprocher de toutes les couches sociales et, principalement des plus démunies, a conféré un caractère populaire à cette institution47. A Salonique, le fonctionnement du catéchisme est signalé depuis 1926, sur l'initiative de la Fraternité religieuse «Apostoliki diakonia»48. Plus tard, une activité semblable a été déployée par l'organisation «Apolitrosis». Ce sont cependant les écoles «Zoï», fondées à Salonique à partir de 1935-1936 à l'initiative de l'Alliance sociale académique», qui auront la plus grande diffusion dans les années de l'occupation49.

Revenons pourtant à la YMCA. La section américaine de la Young

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47. C. Courcoulas, «Το κατηχητικόν σχολείον εν τη εκκλησία της Ελλάδος», rev. Θεολογία, vol. 35 (1964), p. 37-64, 214-233.

48. Arch. Trib. prem. inst. Sal. doss. 954, Statuts imprimés, p. 5.

49. Témoignages de MM. Spiros Goulielmos et Andréas Pétanis, que je tiens à remercier. Sur les activités des écoles de catéchisme de «Zoï» pendant l'Occupation et l'après-guerre, v. aussi Georges Ioannou, H πρωτεύουσα των προσφύγων, Athènes 1984, p. 113-181.

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men's christian association avait inauguré son activité au sein des corps expéditionnaires étrangers dès 1917, l'étendant par la suite à l'armée grecque par la création des «maisons du soldat». A Salonique en 1921 et par la suite aussi à Athènes, la YMCA (en Grèce X.A.N.) toujours sous tutelle américaine a élargi ses activités de façon dynamique à la jeunesse grecque non militaire. Parmi ses buts figurait, comme allait le déclarer éloquemment plus tard son président, celui de «suppléer à la tâche pendant les heures où ni l'école ni le patron ne peuvent s'occuper des élèves et des jeunes ouvriers». Dès le début, la X.A.N. s'assura l'appui de l'Église, des autorités politiques et de celles de l'enseignement. Il est caractéristique que le premier conseil d'administration de la X.A.N. (Salonique) avait comme président le préfet et parmi ses membres le commandant de gendarmerie, des conseillers municipaux et des inspecteurs d'enseignement. Les activités de cette section ont été financées par la YMCA américaine, qui se chargea de la construction et de l'équipement du grand immeuble bien connu de celle-ci, au centre de Salonique50. A l'opposé des écoles de catéchisme, la X.A.N. a fondé ses activités sur des formes d'action juvéniles. C'est elle qui a introduit, pour la première fois en Grèce, l'institution des colonies de vacances et s'occupa de propager des jeux, principalement américains, de basket-ball et volley-ball. Elle fit fonction à Salonique d'organisation de l'activité sportive, prit sous sa protection diverses équipes de quartier et, surtout, mit de l'ordre dans le déroulement des manifestations sportives et imposa le respect des règlements51. Ce point n'est d'aucune neutralité idéologique. Le rapport entre ce que l'on nomme «esprit sportif» et l'accoutumance aux systèmes hiérarchiques et de soumission, à caractère religieux ou profane, est bien connu, étant partie prenante dans la constitution historique des sports contemporains. L'organisation des sports ainsi que l'instauration de règles de comportement uniformes et fixes constituent une des composantes du contrôle des activités du mouvement des jeunes ainsi que de son assujettissement52. C'est un fait peut-être symbolique

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50. Archives historiques de Macédoine, Reliquat du gouvernement général de Macédoine, dossier 114, n° 43-85, «Έκθεσις. Η Αμερικανική Χριστιανική Αδελφότης των Νέων (YMCA)...etc.» et Arch. Trib. prem. inst. Sal. doss. 332 (à présent n° 210), statuts de la «X.A.N.» de Salonique, 1921 (dactyl.) et 1926 (imprimé). Également, H XAN εν Ελλάδι, Athènes 1921, et Conseil national de la X.A.N. de Grèce, Τα 30 χρόνια της Χριστιανικής Αδελφότητος Νέων (1923-1953), Athènes 1956, extrait tiré d'un discours de Amilcas Alivizatos, p. 34.

51. Christodoulou, op. cit., p. 80.

52. Thorstein Veblen, H θεωρία της αργόσχολης τάξης, Athènes 1982, p. 280-282;

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que l'immeuble actuel de la X.A.N. ainsi que ses terrains bien organisés occupent justement l'espace libre où, au 19ème siècle, la jeunesse de Salonique s'adonnait à ses jeux traditionnels et non organisés53.

L'époque allant de 1922 à la dictature de 1936 constitue la deuxième période, la plus importante dans l'histoire de l'organisation des jeunesses de la ville. Peu à peu, Salonique perd son caractère pluriethnique; les populations musulmanes et bulgares l'ont quittée et une partie de la communauté juive commence à émigrer au profit de la Palestine. En contrepartie, la ville est submergée, après 1922, par des réfugiés qui implantent leurs quartiers à sa périphérie et lui insufflent une vie nouvelle. En 1928, sur un total de 244 680 habitants, 117.041 (47,8%) sont des réfugiés et 36.590 (16,1%) des immigrés de l'intérieur54. Le syndicalisme se développe et les luttes sociales, principalement des ouvriers du tabac, secouent souvent la ville, et culminent par la révolte de mai 1936. En plus des organisations déjà énumérées, la présence des jeunesses politiques se fait nettement sentir. Dès 1918, les jeunesses socialistes de la «Fédération» adhèrent au Parti Socialiste Ouvrier de Grèce (S.E.K.E.) qui va créer en 1920 la Fédération des jeunesses socialistes et ouvrières. C'est elle qui, en tant que la plus importante, se charge en 1922 d'organiser à Salonique le congrès fondateur de la Fédération des jeunesses communistes de Grèce (Ο.Κ.Ν.Ε.), section de l'Internationale communiste des jeunes. Hormis sa participation aux luttes sociales, au syndicalisme et à la diffusion de la presse du parti, la jeunesse communiste devint un pôle d'attraction pour la gauche de celui-ci; elle a soutenu son adhésion complète à la Troisième internationale ainsi que sa bolchévisation et a revendiqué son autonomie, ce qui amena un conflit avec la direction du parti et conduisit à une série de scissions. C'est ainsi que, après la constitution de la Jeunesse communiste indépendante en 1921 à Athènes, la section de Salonique fut exclue en 1923 et convoqua un congrès «révolutionnaire» séparé avec la participation des sections d'autres villes. La situation a été normalisée par l'adoption des options politiques des Saloniciens et le désaveu de leur initiative organisationnelle en 1924. Depuis cette date, l'O.Κ.Ν.Ε. n'a fait que suivre le rythme du développement du parti. Son potentiel d'organisation était, en 1922 de 300 membres; en 1923, 400; en 1924, 700; en 1925-1926 les membres sont passés de 600 à 300 à cause des persécutions de la dictature de

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Eric Dunning, «The development of modern football», dans le vol. Sociology of Sport, op. cit., p. 133-151.

53. Christodoulou, op. cit., p. 6.

54. Sandis, op. cit., p. 166.

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Pangalos, pour passer de nouveau en 1927 de 700 à 1.886. Dans les années suivantes, la hausse se poursuivit pour atteindre en 1936, d'après des témoignages oraux, 15.000 membres. Leur composition sociale était ouvrière pour les trois quarts. A la fin de 1935, le 6ème congrès du PC de Grèce décida de dissoudre l'O.K.N.E. et de créer, d'après la nouvelle orientation de front populaire, une «jeunesse antifasciste» très large, un processus qui est resté inachevé à cause de la dictature de 1936 55.

L'histoire de l'O.K.N.E. est cependant plus que ces transformations organisationnelles. La jeunesse de l'entre-deux-guerres fut élevée et prit conscience du monde durant la première guerre mondiale, qui a duré en Grèce dix ans. «La guerre, écrivait Georges Théotocas en 1933, ne nous étonnait point. C'était pour nous un état de nature, puisqu'on n'avait pas de souvenirs de la paix(...). Quand nous avons commencé à prendre conscience, l'âme de la guerre nous possédait déjà»56. Dans l'Europe entière, la jeunesse d'après-guerre était persuadée de vivre une trêve plutôt qu'une période de paix et concevait la politique en termes guerriers57. C'est dans une telle optique, attentive aux changements de conscience provoqués par la «grande guerre», mais aussi aux espérances nées de la révolution d'Octobre que l'on peut interpréter d'une manière satisfaisante non seulement les «promesses d'une révolution impossible», le discours politique percutant et les comportements d'entre-deux-guerres, mais aussi les différences entre les jeunesses d'après et d'avant-guerre des partis ouvriers, ainsi que la confrontation avec la vieille génération des socialistes du S.E.K.E. qui concevaient le progrès social à travers la philosophie évolutionniste de l'avant-guerre, celle de la Deuxième internationale en particulier. En même temps, il faut regarder l'histoire des jeunesses communistes —non seulement de ses membres, mais aussi celle de son influence globale— également à partir des rangs

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55. Anghelos Elefantis, H επαγγελία της αδύνατης επανάστασης, Athènes, 1979 2, p. 293-299, les données sur les effectifs de l'O.K.N.E., p. 295. La Pravda (6.1.1925) estime à 1.300 ses adhérents pour l'année 1924 (AYE, 1925, A/2/n). Il faut calculer aussi parmi les effectifs de l'O.Κ.Ν.Ε. ses partisans non organisés, ainsi que les organisations hors parti qu'elle influençait. Sur les autres organisations de jeunesses du mouvement communiste, v. aussi Théodoros Nicolopoulos, H άλλη όψη του ελληνικού εργατικού κινήματος (1918-1930), Athènes 1983, p. 49-50, et Dimitri Liviératos, Κοινωνικοί αγώνες στην Ελλάδα (1923-1927), Athènes 1985, p. 69-74.

56. Georges Théotocas, Εμπρός στο κοινωνικό πρόβλημα, Athènes 1932, p. 8.

57. Eric Leed, Terra di nessuno. Psicologia del combattente nella prima guerra mondiale, Bologne 1985: une description des transformations de la jeunesse à cause de la guerre à laquelle elle prit part, ainsi que des changements dans ses conceptions qui ont déterminé son comportement d'après-guerre.

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de ses adversaires, c'est-à-dire à travers la tension émanant du conflit de deux images de la jeunesse: le modèle idéal d'une jeunesse conformiste et soumise d'avant-guerre avec la réalité d'une jeunesse insoumise qui était identifiée de façon multiple à l'origine populaire, à la délinquance et au communisme. Le regard du procureur nous sera de nouveau utile: "Des jeunes gens chétifs et des jeunes filles blêmes, au regard éteint des anarchistes et à la haine manifeste nichée dans les âmes, une haine visant toute manifestation nationale ou sociale, submergeaient les établissements suspects et, une fois l'occasion offerte, allumaient partout l'incendie de l'émeute et de la sédition"58.

Pour comprendre les changements que la guerre a provoqués dans les consciences, ainsi que les conséquences de ces changements pour la formation du mouvement communiste, il nous faut aussi mentionner la création de la Fédération des Anciens Combattants en 1922-1924, et l'essor rapide de leurs organisations. Les jeunes qui avaient combattu faisaient figure d'idoles aux yeux de plus jeunes qu'eux déjà travaillés par l'idéalisation de la rhétorique patriotique. Ayant cependant éprouvé l'horreur de la guerre au cours de leur service militaire souvent très long, ils affrontaient, pour la plupart, à leur retour des problèmes d'emploi, de propriété agricole et, pour les mutilés ou tuberculeux, des problèmes immédiats de survie. La revendication votée au congrès de la Fédération en mai 1923 est révélatrice des conditions de misère: "Que les vêtements des décédés après désinfection soient distribués aux malades (tuberculeux) et non pas vendus aux enchères"59. Il était donc normal que les anciens combattants de tous les pays belligérants constituent un matériau facilement enflammé pour les idées prêchant la rupture sociale ou politique. En Grèce, les anciens combattants ont étendu l'influence communiste au-delà de la classe ouvrière, à des couches rurales et petites-bourgeoises. Si l'on connaît le rôle joué, en Italie, en Allemagne par les organisations correspondantes des démobilisés dans la création des organisations fascistes, ainsi que dans le milieu où se sont développées les jeunesses fascistes60, on pourra concevoir le rôle des anciens combattants aussi bien en tant qu'expression d'une orientation

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58. Mikrouléas, op. cit., p. 20-21.

59. Πόλεμος κατά του πολέμου, Αποφάσεις του Πρώτου Πανελληνίου Συνεδρίου Παλαιών Πολεμιστών και Θυμάτων Στρατού, Athènes 1975 (1ère éd, 1924), p. 89. Voir aussi Liviératos, op. cit., p. 91-96. La Pravda (6.1.1925), dans son rapport sur le 3ème congrès du SEKE/KKE estimait à 60.000 les adhérents du mouvement des anciens combattants (AYE, 1925, A/2/n).

60. Betti, op. cit., p. 5, 8, 25 (introduction de A. Santoni Rugiu, p. XI).

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vers la gauche des masses populaires en Grèce à la même période, qu'en tant que facteur ayant influé sur cette orientation. Les unions d'anciens combattants de Salonique, créées en 1922-1923, ne se limitèrent pas à la ville même mais s'étendirent aussi à sa périphérie rurale61.

Après 1920, les jeunesses des partis politiques bourgeois font aussi leur apparition; en 1920 a été fondée l'Union politique de la jeunesse macédonienne (royaliste), en 1924 la Jeunesse libérale macédonienne (venizéliste) et la Jeunesse républicaine de Macédoine (de A. Papanastasiou), en 1925 la Jeunesse nationale républicaine de Macédoine (de G. Kondylis), en 1933 la Jeunesse politique populiste (de P. Tsaldaris) et en 1934 la Jeunesse culturelle des «Elephtherophronon» de Salonique (de I. Métaxas)62. Ces jeunesses n'avaient aucune existence propre, ni activité de jeunesse particulière; elles étaient créées pour soutenir électoralement leur parti et disparaissaient souvent à cause de leur inactivité pour se reconstituer plus tard, en particulier durant les périodes préélectorales63. Soulignons le cas de la première citée, la Jeunesse macédonienne, qui eut l'existence la moins brève. D'après les statuts de 1920, elle pouvait accepter comme membres «les personnes établies à Salonique, ayant de 18 à 40 ans». Les statuts de 1922 portent la limite d'âge à 52 ans. Son but était le soutien à des politiciens macédoniens64.

A partir de 1925, apparaissent aussi de plus en plus nombreuses des organisations pré-fascistes et fascistes, ayant comme traits principaux un anticommunisme et antisémitisme très prononcés. Dès décembre 1923, le lendemain de la victoire républicaine, fut fondée la Ligue centrale de la jeunesse anti-juive, prenant pour cible les Juifs de la ville qui s'étaient abstenus aux élections65. Les principales parmi ces organisations

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61. Sur l'extension du mouvement des anciens combattants en Macédoine, v. Arch. Trib. prem. inst. Sal. p. 343 (1921), 392 (1922), 421 (1923) 422 (1923), 462 (1923) et 477 (1923). Sur l'inquiétude des autorités, v. ΙΑΜ, Gouvernement général de Macédoine, dossier 89, «Mémoire sur l'état présent dans la région militaire et la Grèce du Nord en général en ce qui concerne les propagandes étrangères et les mesures qui s'imposent». (1924), p. 6-7 AYE, 1925, A/2/n, rapport secret du préfet par intérim de Pella, D. Hatzikyriazis, au ministère de l'intérieur, Édessa 16.1.1925 et «Le 1er Corps d'armée au Ministère des Armées». Z. Papathanassiou, Athènes, 18.3.1925.

62. Dans l'ordre, Arch. Trib. prem. inst. Sal. doss. 281, 472, 524, 598, 1455 et 1522.

63. Les Jeunesses libérales sont reconstituées en 1928 (ibid., doss. 988) et en 1932 (doss. 1366). La Jeunesse nationale républicaine est reconstituée en 1930 (doss. 1191).

64. Ibid., doss. 281.

65. Ελεύθερον Βήμα, 19.12.1923, p. 4.

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furent l'Union nationale de "Grèce" (EEE, 1927) et l'Organisation anticommuniste des jeunes de Macédoine et Thrace (1931)66. L'E.E.E. était organisée militairement. Sa jeunesse, les "Alkimoi", portaient des casques d'acier et des uniformes. Ils faisaient des agressions, souvent sanglantes, contre les Juifs, les réunions ouvrières ou communistes et les manifestations des autres jeunesses, qui ont culminé dans l'incendie criminel du quartier populaire juif de Cambell en 1931, ainsi qu'avec la marche sur Athènes, en 1933, une caricature de la marche mussolinienne sur Rome. Il n'est pas difficile d'expliquer l'apparition des organisations fascistes à Salonique. Pour les masses frustrées, une minorité étrangère se voit souvent être responsable du chômage, du manque de logements et de la vie chère. La différence de religion et de langue, dans le cas des Juifs, ou bien la différence idéologique, dans le cas des communistes, peut les transformer en cible pour l'agressivité d'une masse qui, dans le rôle de gardien d'un ordre traditionnel imaginaire, trouve une compensation et une affirmation que sa détresse matérielle dans la vie quotidienne lui refuse. Ces remarques, valables aussi pour des cas autres que celui de Salonique, expliquent pourquoi la majorité des membres des organisations fascistes en Grèce du Nord étaient des réfugiés d'origine. Le parti venizéliste, dont les réfugiés constituaient principalement en Grèce du Nord la clientèle électorale, avait d'ailleurs quelques liens avec l'antisémitisme, et les autorités toléraient l'activité des organisations fascistes à cause de l'anticommunisme virulent de celles-ci67.

Nous pouvons refermer ici les références faites aux grandes organisations de jeunesse qui, au-delà de leurs divergences et oppositions politiques, se caractérisent par une hiérarchie intérieure et un cadre idéologique projeté à l'avance. Ce qui est intéressant d'un point de vue méthodologique n'est pas seulement ou tellement dans l'analyse des modèles idéologiques -ceux-ci étaient d'ailleurs déjà préparés internationalement-, mais bien dans la mise en évidence des conditions et des expériences par lesquelles ces idéologies furent adoptées, ainsi que la façon

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66. Arch. Trib. prem. inst. Sal. doss. 794 et 1228; parmi les objectifs de l'organisation de jeunesse anticommuniste de Macédoine-Thrace est cité "combattre le communisme par tout moyen légal, ainsi que toute autre propagande visant à déformer la vérité historique de notre patrie et de nos ancêtres".

67. Georges Mavrogordatos, Stilborn Republic, Social Coalitions and Party Strategies in Greece, 1922-1936, Univ. of California Press, 1983, p. 209, 255, 258-259; Itshac Emmanuel, "Los Jidios de Salonique", dans le vol. Zikhron Saloniki, op. cit., p. 31-32; Εφημερίς των Βαλκανίων 17.8.1931 et 12.12.1931, 4.2.1934 ; Μακεδονικά Νέα, 17-31.12.1933 et Ακρόπολις 26.6.1934.

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    A. LIAKOS

    L'APPARITION DES ORGANISATIONS DE JEUNESSE:

    LE CAS DE SALONIQUE

    I

    De l'insurrection de l'école Polytechnique en 1973 aux bagarres dans les stades, des festivals bienséants des jeunesses militantes aux concerts de rock provoquant des heurts avec la police, les organisations et mouvements de la jeunesse non seulement se sont taillés un rôle central dans l'actualité et les processus politiques, mais sont partie prenante de notre quotidien, de notre chronique personnelle et familiale. Quel est cependant le fondement historique de cette évolution? La jeunesse n'a pas toujours constitué une catégorie particulière de la population, distincte de l'enfance et de l'âge adulte; ses limites temporelles n'ont pas toujours coïncidé dans toute société ou toute classe sociale. Le statut de jeune, d'après des historiens comme Philippe Ariès (Pères et fils) ou John Gillis (Les Jeunes et l'histoire)1, n'est que le produit d'une rencontre de changements démographiques, sociaux et culturels qui se sont achevés à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle. C'est à cette même époque que les organisations de jeunesse ont fait leur apparition, c'est-à-dire des organisations s'adressant à la jeunesse, avant tout aux adolescents, ou bien censées s'y adresser.

    Il est un fait que des regroupements et mouvements formels ou informels, où dominaient des jeunes, existaient déjà au début du 19e siècle. Assurément, de jeunes individus encadraient et dirigeaient les mouvements politiques nouvellement apparus, et ceci non seulement au siècle passé. Ils ne prétendaient pas pour autant à la dénomination de

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    1. Philippe Ariès, L'enfant et la vie familiale sous l'Ancien Régime, Paris 1960, nous utilisons l'édition italienne, Padri et figli nell'Europa medievale e moderna, Rome 1983. John Gillis, Youth and History, New York 1974, référ. à l'édit. italienne, I giovani e la storia, Milan 1981.