Συγγραφέας:Da Silva, José Gentil
 
Τίτλος:L’ historicité de l’ enfance et de la jeunesse dans la production historique récente
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:7
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1986
 
Σελίδες:119
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Βιβλιογραφία
 
Τοπική κάλυψη:Ευρώπη
 
Χρονική κάλυψη:1970-1986
 
Περίληψη:Πρόκειται στην ουσία για ανάτυπο από τα πρακτικά του 1ου επιστημονικού συμποσίου. Περιέχει τη σχετική με την ιστορία της παιδικής ηλικίας και της νεότητας βιβλιογραφική συναγωγή του José Gentil da Silva, της οποίας προτάσσεται εισαγωγή του συγγραφέα στη γαλλική γλώσσα.
 
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Insistons pour le moment sur un aspect qui mène au marché. Avant que la procréation elle-même n'y soit entrée, l'allaitement mit en place un commerce et une industrie, suscita les réactions les plus diverses et influença la mortalité et la fécondité (Cf. p.e. 230). Par ailleurs l'alimentation des nourrissons fut un des éléments du boom assez récent des industries d'alimentation et participe d'un chapitre essentiel de l'histoire économique contemporaine.

L'art du père

D'être le père est le rôle dévolu à l'homme, quelle que soit sa relation à la femme (et à l'enfant). L'enfant dépend donc de ce que valent socialement les unions même éphémères. Elles comptent en réalité bien plus pour l'enfance et la jeunesse que pour les adultes. Malheureusement leur histoire demeure assez confuse ou colle trop à des modèles insuffisamment caractérisés. Pour rester dans le monde catholique, deux situations extrêmes s'opposent. En France, la religion se soumet à l'État et très tôt le mariage s'impose, nécessairement religieux. Qu'il ait triomphé dans les mœurs c'est une autre affaire; le jansénisme vint montrer combien il fallait lutter contre leur relâchement. Ailleurs, vie en commun vaut mariage qui n'a pas l'exclusivité de la procréation, ses enfants n'étant pas les uniques héritiers. Au Portugal notamment, le concubinage demeure habituel, suffisamment en tout cas pour que, dès le milieu du XVIIIe siècle, il soit interdit de poursuivre les concubins en justice. En conséquence, aux historiens médiévistes de nous dire, non pas en quoi les règles renforcées au milieu du XVIe siècle ont été auparavant transgressées, mais comment d'autres pratiques prédominèrent, coexistèrent, ou ont été graduellement éliminées (75).

Sur cette institution, le mariage moderne, à laquelle on fait la partie trop belle, il est question entre autres de l'endogamie et de l'action que celle-ci a sur les «structures familiales» et le sort fait aux êtres. Plus rarement des chercheurs s'intéressent au marché de l'amour en tentant de saisir l'anomie (167, 169).

Par ailleurs, il est indispensable de corriger une vision fausse de la division du travail qui prétend expliquer la suprématie masculine au sein de la famille et du couple. Cette question a fait couler beaucoup

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Mme de Staël, une jeunesse sans enfance, 1766-1785, Paris 1983, et J. G. Da Silva, «Mais y avait-il vraiment des fillettes avant le XVIIIe siècle?», Comité de l'enfance des Alpes-Maritimes, 1984.

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d'encre. Nous y reviendrons sous peu. D'abord l'autorité du père semble loin d'être prouvée y compris dans la famille patriarcale. Mais, qui plus est, la division du travail agit contre les femmes et les enfants, mais en tant que travailleurs, après que la confiscation du pouvoir ait soumis les hommes. Ce processus s'est considérablement accéléré au XVIe siècle, avec les "guerres des paysans" et complété par la lutte contre le satanisme des femmes. L'art du père revient en effet, à créer une famille dans une société qui le lui exige tout en lui mesurant les moyens pour l'établir et la consolider (133, 315) c'est-à-dire, un patrimoine. En somme, être père, c'est pour l'homme, assumer l'historicité faite à la reproduction (p.e., 84, 321, 324) et devenir un chef (87, 91, 105, 132, 150).

A quelques exceptions près, pour le moment, la recherche historique traîne derrière la demande ou les exigences des psychologues et des sociologues. Le désir de paternité parallèle au désir de maternité (71), et les interactions précoces père-enfant, mal perçues par la société, sont naturellement peu étudiés en Histoire, quoique leur force stimule les conditions marchandes de la procréation.

Enfants utiles

L'expression a été surtout employée dans le sens de leur concours à la recherche sur les structures qu'il s'agit de comprendre ou protéger (187); nous la reprendrons à propos de l'insertion des enfants et des jeunes dans la cité. En effet, dans la société et dans le couple qui la nourrit, l'enfant est utile à la préservation du pouvoir, souci à long terme, et à travers celle du patrimoine, précaution immédiate, à la survie comprise comme conservation aussi de la société (88, 105, 133) et de la vertu (92, 96). L'idéologie est ou semble faite pour l'enfant, celui-ci est modelé pour la servir. La thérapeutique fait la maladie (86, 117, 121, 148). Au bout du compte, l'enfant est utile comme force de travail. Nous y reviendrons. Dans ce sens, les relations entre classes d'âge s'accordent avec l'expression donnée aux sensibilités, aux attitudes face aux petits et aux mineurs, aux filles (85, 223). De faux problèmes y ont été ajoutés, dont la découverte graduelle de l'affection8. Celle-ci avait été graduellement condamnée parce que éventuellement considérée génératrice de désordres. Entre Chaucer et Montaigne, 

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8. Cf. Robert Genestal, Études de droit privé normand, I. La tutelle, Caen 1930. Chaucer dédicace le traité de l'astrolabe à son fils; Montaigne regrette ses petits qu'il a perdus.

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l'intérêt des gens pour leurs fils s'est toujours affirmé malgré les pressions sociales et politiques qui n'ont pas épargné les puissants (100, 101, 102).

La dialectique des relations entre conservation sociale et survie familiale contribue fortement à la formulation des stratégies et des sensibilités exprimées au sein des familles et des lignées, que les individus subissent. «Modèle occidental», «modèle méridional», de ces formules transitoires9, reviennent à jouer le jeu de la vision un instant prédominante, politique, par dessus tout non opérationnelle (962). Une historiographie abondante s'occupe des «structures familiales» et néglige la masse d'individus forcés de vivre seuls, mais elle doit rencontrer dans le «cycle de vie», grâce aux insatisfactions des sociologues l'importance du «cours de vie» individuel dans ses interrelations et des choix possibles. Des concepts sont imposés par la documentation et l'Histoire seule nous apprend à les utiliser (124, 128).

Amours illicites

«Nos ancêtres étaient-elles vertueuses?» Ce chapitre apporte une note gauloise à ces recherches. C'est en effet du sort des gens dans leur corps qu'il est encore question et la réalité, même sous une présentation guillerette, est difficilement, rarement approchée; il ne suffit pas de parler de l'autorité du père ou des vieux. L'inceste se trouve presque systématiquement évacué (174)10. Les conceptions prénuptiales qui, illégitimes, donnent naissance à des enfants du mariage (170, 172, 179), font la preuve que, ici comme ailleurs, l'écrit seul compte: il fait la «légitimité». Et pourtant elles révèlent le désir de maternité autant que la dureté des conditions imposées aux femmes, au filles, aux jeunes en particulier. En effet, la question de fond est la place des travailleurs en général (313, 315, 324, 330, 331, 332, 339, 354, 362, 368, 370, 372, 384). La documentation produite par l'administration contrarie l'étude de l'anomie, sauf dans une vision répressive. Les moyens et l'ensemble des conditions nécessaires à l'union maritale déterminent l'Historicité

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9. Cf. H. J. Habakkuk, «Family Structure and Economic Change in XIXth Century Europe», Journal of Economic History, 5, 1955; Arthur W. Calhoun, A social History of the American Family, New York 1917, 3 vol., et Chie Sano, Changing Values of the Japanese Family, Washington 1958; David M. Raddock, Political Behavior of Adolescent in China : The Cultural Révolution in Kwangchow, London 1977, sur l'ouverture de la «famille traditionnelle».

10. (199), p. 241 il l'était au XVIIe siècle, par les gens d'église. Cf. J. Renvoize, A Family Pattern, London 1982.

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et le vécu des individus dès leur enfance. L'autorité, gardienne des vues économiques et par la suite, sociales, politiques et enfin, culturelles ou religieuses, érige des obstacles, des restrictions à la satisfaction sexuelle dès le plus jeune âge. De cette situation créatrice d'interdits naissent des enfants qui vivent dans l'opprobre dont la société dispose à sa guise.

Enfants illégitimes

Il s'agit encore d'un chapitre de la plupart des études sur "la famille". En adhérant totalement à la solution prédominante de façon péremptoire durant ces deux derniers siècles, l'historiographie qui s'attache à comprendre les structures ou les stratégies de la famille, fait une place à part aux "illégitimes", ces marginaux. Utiles en haut de l'échelle sociale, au bas ils sont condamnés, gênants et anti-sociaux. La mort précoce guette le plus grand nombre. A leur propos aussi on s'intéresse au déclin de la fécondité (203).

L'enfant refusé

Les gens s'unissent pour s'entraider certes (199), mais souvent il leur faut exclure l'enfant. Hommes et femmes trouvent dans leur union l'accomplissement d'un besoin que les historiens ne semblent pas considérer à sa valeur. L'Église ne s'y trompe pas qui insiste sur cet aspect du mariage, qui défend l'intérêt de la femme et s'attire ainsi les foudres masculines. L'anticléricalisme fait grand cas de ces interventions parfois envahissantes.

Parce que l'enfant est pour elles une menace, les gens s'en préservent. Des stratégies distinguent notamment des émigrants (318). En cela, (de savoir" des femmes s'accompagne des exigences de l'homme que l'Église considère aussi. L'onanisme11 dispose mal la femme à l'égard de l'enfant qui s'annonce après une satisfaction peut-être rare. L'enfant, ce poids, est aussi un gêneur et un risque, d'où l'avortement et le refus de l'enfant. La contraception et le contrôle des naissances complètent les superstructures "modernes"12. La bonne pour enfants sert de 

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11. (199), p. 255, en 1782, en Normandie, "le crime de l'infâme Onan... est très énorme et très-commun parmi les époux... surtout quand ils ne veulent (sic) pas avoir un grand nombre d'enfants, sans vouloir se priver du plaisir qu'ils goûtent dans le mariage... riches et pauvres...".

12. Un auteur hispanique, J. Nuiz Y Perpiñá, La humanidad de los españoles en las Indias, 1780, évoque les heureux résultats de la sagesse hispanique qui évita une population excessive. Cf. J. Dupâquier, "De l'animal à l'homme: le mécanisme

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complément13. Cependant, présenter le refus de l'enfant (ou le choix de la procréation) comme un progrès actuel, inconnu d'autres civilisations et d'autres moments est a-historique. Les attitudes populaires demeurent sensibles aux pressions sociales et religieuses. Tout ceci ne peut ne pas aller de pair avec les considérations hésitantes et contradictoires, d'inspiration politique, sur la population, plus ou moins commandées par le marché du travail (350).

En somme, renvoyer la naissance d'un enfant, cela n'a pas de sens, n'existe pas à la limite: l'enfant refusé n'existera plus jamais. La planification des naissances dans le souci de conditions favorables, fait dépendre l'individu d'une autorité historique, contradictoire avec la créativité de l'amour humain. L'Histoire est ce qu'elle est, pourquoi la masquer? Le contrôle des naissances (à la suite, celui du sexe de l'enfant) généralise une sorte de crime contre l'humanité qu'est l'avortement comme contrainte sociale, économique ou politique.

Mortalité infantile

Des réchappes à l'autorité parentale ou sociale, à ses choix, beaucoup meurent. Que les petits meurent facilement, tous les lecteurs d'ouvrages de Démographie historique le savent. Qui plus est on les aide à mourir en les confiant à une nourrice, ou en les abandonnant. Le statut des nourrices au lieu d'assurer aux enfants la protection qu'il n'est pas légitime que la société exige de la mère, ajoute à la misère des individus, en particulier des femmes et des filles. La société de classes, dans sa formation tout au moins, aide ainsi à diminuer les chances de vie des enfants (de même qu'elle abaisse l'espérance de vie en général) (138). C'est encore la «classe ouvrière» qui, avec «la garde de jour», invente les crèches (258).

La «transition», concept passe-partout que la recherche dégage progressivement (128), est l'œuvre des individus s'exprimant malgré le cadre qui leur est proposé et, en particulier, cette intervention que

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auto-régulateur des populations traditionnelles», Revue de l'Institut de Sociologie (Bruxelles), 2, 1972.

13. Quittons pour un instant le monde austère des spécialistes: «A leur table, une fillette de huit ou dix ans, aux cheveux raides. Un visage brandebourgeois. L'enfant dîne entre le sceau à Champagne et son père, devant la mère, qui la regarde sans la voir. Le regard des mères pour les enfants confiés à leurs bonnes». A. Flament, Côte d'Azur, Paris 1932, p. 230-1.

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les travailleurs conquièrent, leur participation massive au changement idéologique.

L'enfant tue

Cette intervention représente dans notre Histoire une action profondément humanitaire, en faveur de l'enfant et aussi de la mère dans sa détresse. N'oublions pas que, poids et risque, l'enfant tue. Il ne provoque certes pas des hécatombes de mères en couches. Mais, quoique de façon très variable selon les pays, la mortalité féminine se trouve aggravée par les décès après la naissance d'un enfant que l'on a dû ondoyer. Les historiens nous apprennent à y voir un indice de la «condition féminine» (279, 281). La disposition à l'égard de l'enfant se trouve ainsi influencée.

L'infanticide

Condition féminine et celle des êtres en général, font que la disposition à l'égard des enfants subisse des pressions. L'infanticide demeura caractéristique des sociétés qui justifièrent la «correction paternelle» jusqu'à la première moitié du XXe siècle (78, 294). Suite de ce qui a été dit précédemment, l'infanticide semble un élément de la relation entre les êtres (284, 286, 287, 296) historique et peut-être aussi permanent. D'autres que les historiens admettent que dans chaque femme forcée d'élever un enfant «il y ait une Médée»14.

Démographie et transition

Sous le vocable transition, sorte de fourre-tout, se comprend la chute de la fécondité des ménages qu'inquiète en Occident15, ou sa 

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14. «En toute mère sommeille Médée», affirme Bod Wilson au journal Le Figaro, 19 novembre 1984. Le metteur en scène explique: «Enfin, à l'origine de Médée il y a une expérience vieille de dix-sept ans sous forme d'un film scientifique enregistrant les réactions de dizaines de femmes aux cris de leur bébé. La plupart, dans un premier geste incontrôlé, mais filmé au ralenti, se précipitent sur l'enfant avec une agressivité meurtrière qui se mue heureusement en caresse apaisante».

15. La bibliographie est vaste, par exemple, J. C. Caldwell, «Towards a Restatement of Demographic Transition Theory», Population and Development Review, 2, 1976, 3-4; A. J. Coale, «Factors Associated with the Development of Low Fertility: an Historic Summary», World Population Conference, New York 1965/2; du même, in The Demographic Transition. Proceedings of the IUSSP Conference, Liège 1973 ; H.V. Musham, «Sur les relations entre la croissance de la population et le développement économique», Population, 1970, a. 25, n° 2; F. Van Heek, Van hoogkapitalisme

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réduction plus ou moins forcée et plus ou moins réussie, chez les autres16. La modernisation, vue comme occidentalisation, commande les recherches ou bien les rend timorées. En vérité, il s'agit d'affirmer le capitalisme avec le marché et la société urbaine.

Fait démographique essentiel, l'enfant, dans la famille, moment historique, ne peut ne pas accompagner et déterminer la société et l'économie. Quoique vaste, l'ensemble, des titres proposés a été mesuré de manière à montrer la variété des apports. Ces témoignages et la complexité des superstructures protectrices, formatrices et à la suite, répressives, alimente les discussions sur la croissance économique. La reproduction humaine en est-elle un facteur important? Quels sont les sens et les formes de son action? La question est posée et se justifie dans une Histoire comparative des civilisations. Telle qu'elle est étudiée, très souvent elle apparaît comme une fausse question, que l'Histoire politique explique alors que la tendance majeure cherche à évacuer l'Histoire politique. Tout ceci revient en force à propos de l'éducation.

2. L'ÉDUCATION:

FORMATION, CONTRÔLE SOCIAL ET POLITIQUE

L'historicité de l'enfance révèle les liens «humains», sociaux, économiques, politiques qui situent l'individu, les choix admis et, moins clairement, un dessein toujours risqué, vaguement une alternative. Les relations de parenté comme les autres sont soumises à des contraintes sociales et aux règles d'ordre politique et économique. Afin de veiller à tout ça, pour le mieux, l'éducation forme chacun selon sa place dans la société et dans la communauté. Ceci commence avec la signature qui affirme des individus choisis, se poursuit par l'alphabétisation progressive quoique inégale (449, 491), certes urbaine (488) dans le droit fil du développement régional, provincial. La documentation dont nous disposons, sélective, administrative, affirme ce caractère social et politique de l'éducation, distingue garçons et filles.

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naar verzorgingsstaat. Een halve eeuw sociale verandering, 1920-1970, Boom 1973; P. Van Praag, «The Development of Neo-Malthusianism in Flanders», Population Studies, 1978, 3; H. Verbist, Les grandes controverses de l'Église contemporaine de 1789 à nos jours, Verviers 1971.

16. Cf. notamment: Donald J. Hernandez, Success or Failure? Family Planning Program in the Third World, London 1984; Ronald L. Krannich, Caryl Rae Krannich, The Politics of Family Planning Policy: Thailand. A Case of successfull Implementation, London 1983.

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A propos de l'éducation, les ouvrages généraux édités durant ces deux dernières décennies font une place considérable à la «théorie» (387, 393, 394, 411). En outre, le caractère politique de cette historicité partiale s'exprime aussi par la délimitation géographique : l'Occident, «barbare» ou chrétien (406, 407), mais l'Occident surtout, c'est à-dire, l'Europe et l'Amérique anglo-saxonne. Cette éducation que l'on prend généralement soin d'accrocher à la société, est un des piliers de celle-ci, l'autre étant la famille (135).

L'écriture et la signature individuelle17 font les structures d'échange et de spéculation tandis que l'alphabétisation généralise graduellement le pouvoir de l'État moderne servi par sa langue «nationale», administrative et donc générale, initiatique par la grammaire d'abord, par l'orthographe ensuite. Ne nous attardons pas à montrer combien a été difficile l'établissement de la frontière. Il est rendu laborieux parce que les «modèles d'interprétation» tendent à la dépasser. En utilisant au mieux la diversité des monnaies, la recherche d'un équilibre nécessaire à la logique comptable s'étend aux «sentiments moraux». En effet, la frontière qui mesure l'application de certains systèmes, est allègrement ignorée par d'autres. Ou plutôt, les termes de son dépassement varient. Le cadre technologique devient lui aussi un instrument du pouvoir (392, 404). Que les rivalités s'érigent en grand sujet d'Histoire cela se manifeste également dans la formation des citoyens.

Avant l'enfant en général, c'est la femme qui est récupérée18 dans l'éducation et par l'historicité qui veut bien faire (390, 412). Sorte de défi, il arrive qu'un titre rappelle Tagore (403). C'est naturellement autre chose le modèle occidental de l'enseignant (397,855), ce «col blanc» (396). Formatrice et responsable de l'avenir, l'éducation est assez rapidement prise en main par l'État qui se voit forcé d'en écarter l'Église. Arme de guerre, l'éducation doit détruire celle de l'ennemi, ou bien, instrument de «civilisation», elle parfait l'acculturation. En face, la résistance des peuples et la révolution cherchent à mobiliser la jeunesse, avec plus ou moins de conviction et des résultats inégaux. La modernisation, c'est l'occidentalisation par des moyens utilisés après la guerre (844).

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17. Une thèse nous a donné l'occasion de montrer comment l'écrit, la signature et les correspondances sont à l'origine des superstructures «modernes», capitalistes, en particulier dans les affaires et la banque, cf. Lexique, temps, histoire, Paris 1970.

18. Cependant, nous n'avons pas connaissance d'ouvrages récents concernant par exemple, ce pionnier que fut Dorothea Beale (1831-1906). Cf. Elizabeth Raikes, Dorothea Beale of Cheltenham, 1908.

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En conséquence, trois perspectives font autant d'ouvertures pour l'historicité de l'enfance et de la jeunesse dans l'éducation : (1) l'Europe plus les États-Unis et le Canada, (2) Poutre-mer y compris les États à prédominance "blanche" qui ne sont pas anglo-saxons, (3) les pays de l'Est européen dans leur recherche d'une autre modernisation à la fin toujours confondue avec l'occidentalisation.

Une bibliographie assez importante appuie ces propositions. Parce qu'elle est vaste, nous négligeons l'enseignement universitaire, les universités et ses grandes figures que nous retrouvons toutefois à propos de leur action, lorsque celle-ci se déclare politique et concerne l'insertion des jeunes dans la cité. Les réalités historiques elles mêmes et les distinctions qui viennent d'êtres faites nous amènent à présenter des dossiers nationaux. Ce que cela peut avoir de fastidieux se justifie par l'inégalité de la place accordée à l'éducation et à son étude dans chaque pays selon son degré de modernisation.

L'État plutôt que l'Église

En Occident, l'éducation se développe dans la sécularisation des esprits. En conséquence, le modèle occidental prédomine dans notre dossier par la quantité et la variété aussi des titres et des questions débattues. L'affirmation du pouvoir de l'État, le renforcement de son acceptation par les populations et le raffinement de sa machine répressive ont varié évidemment selon les pays et leur histoire. Plus brutales ou davantage pliées au cadre dans lequel s'accommode chacun d'eux, les conditions faites à l'enseignement sont un élément de diagnostic essentiel sur la situation sociale et la place faite aux êtres, aux enfants, aux jeunes, mais aussi aux femmes et aux hommes. La polémique entre R. D. Andersen (418) et E.G. West (506) semble gagner à être comprise dans ce sens, sans "idéaliser" mais aussi sans diminuer la pression des faits économiques. Plutôt qu'une quelconque égalité des chances, l'effet inéluctable d'imitation s'impose, accompagné par ailleurs de l'irrésistible insertion des masses, femmes, jeunes, enfant compris.

Le Royaume-Uni

Commençons par le monde anglo-saxon puisqu'il a imposé sa domination économique, financière, technologique, suscita l'imitation et consacra l'efficacité; du coup, il écrasa les velléités de modèle national et les efforts d'expression propre (y compris la mobilisation de l'épargne

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déguisée désormais récupérée). Les conséquences linguistiques n'en sont pas minces.

Au Royaume-Uni19, plusieurs histoires générales de l'éducation s'accompagnent (420, 454, 455, 461, 462, 492) de recueils et ouvrages concernant certaines époques en particulier: la Renaissance (429), le temps des Tudor et des Stuart (431, 484). L'Écosse y a une place privilégiée, naturellement (417, 418, 505). L'alphabétisation aux XVIe et XVIIe siècles (431, 432, 447, 491), ses progrès dans les villes provinciales (489), font écho à la Révolution industrielle et aident à expliquer le fait unique de l'Histoire imité ailleurs avec des délais et des succès variables.

Les développements que connaît l'éducation populaire au temps de la Révolution industrielle, leurs variations régionales, ont suscité des ouvrages importants (440, 488, 501, 506), dont la discussion se poursuit. L'influence de l'apport populaire celle du standard de vie, posent en effet des problèmes multiples d'interprétation, concernant les capacités matérielles des travailleurs et leur participation à ces développements dans une situation de simple reproduction de la force de travail.

Au XIXe siècle, l'assistance devenue indispensable (453, 458, 459, 401) pose des problèmes liés à l'éducation des pauvres et au contrôle social. En devenant comme consommateur un élément majeur de l'économie, le travailleur retrouve encore devant lui des restrictions politiques et donc culturelles (436). La formation d'un système national d'éducation (462) compte sur l'intervention d'hommes éclairés (460), des hommes supérieurs20 (415, 470, 473, 480, 490) qu'influencent Stuart Mill, Buchanan, Manning et Owen, Swendborg et Pestalozzi et que freinent des courants religieux (410, 423, 405, 477, 500). L'État s'impose (437, 499), l'éducation populaire s'affirme (441, 482, 493). La société elle encore, explique par son changement, l'éducation que se donnent les régions industrialisées (478). Mais la généralisation d'un système d'enseignement élémentaire soulève des résistances (415).

Aux dispositions prises en 1870 sont attribuées toutes sortes de conséquences ouvrant pour l'éducation un siècle de progrès dans une

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19. Qu'il nous soit permis d'ajouter: H. J. Burgess, Entreprise in Education. The Story of the Work of the Establishment Church in the Education of the People Prier to 1870, London 1958 ; A. K. Clarke, A History of the Chelienham Ladie's Collège, 1953 ; F. Watson, The English Grammar Schools to 1660, 1908; et du même, The Old Gramrnar Schools, 1916; L. B. Wright, Middle-Class Culture in Elizabethan England, Chapel Hill, 1935.

20. Disons du cardinal Henry Edward Manning, moins connu en Europe continentale que les autres, que fils d'un marchand des Indes occidentales, ce professeur enseigne dans les slums de Westminster (1808-1892).

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conception nouvelle de l'enfant (437, 440, 403, 494). Cependant l'historicité de l'enfance et de la jeunesse suscite aussi des travaux sur les écoles villageoises (451), l'action des syndicalistes (457, 460. 504), des travailleurs et de la classe ouvrière (469, 506), du parti travailliste, au XXe siècle (468, 483). Toujours il semble trop optimiste de croire à l'intervention des travailleurs (417) dont l'absence explique le retard pris en Europe continentale, y compris en ce qui concerne l'action politique.

Des réformes (en 1920-40: 482), le changement qu'apporte la deuxième guerre mondiale (445), font céder du terrain devant la poussée des jeunes consommateurs à l'âge de l'industrie de masse: alimentation, vêtement, confort, puis loisirs. Lentement, une zone d'ombre est éclairée en particulier; elle laisse enfin découvrir l'éducation féminine. Des mythes ont la vie dure, celui d'une classe moyenne victorienne et des jeunes filles sages protégées par des ménages exemplaires (424). Contradictoirement, un «idéal féministe» se dessine (427, 444) malgré les résistances et les atermoiements (443). Dans une situation qui semble très variable, les filles seraient globalement défavorisées (472). En Écosse, vers 1861-70, leur scolarisation est de 79%, celle des garçons étant de 89% (418). Certes il faudrait voir au contenu de l'enseignement, rappeler que pour ce qui est du travail, l'engagement est dans l'ensemble comparable (350). Aussi vers le milieu du XIXe siècle leur scolarisation au dessus de 11 ans approche-t-elle dans beaucoup d'endroits celle des garçons (356). Une situation plus égalitariste qu'il ne semble du point de vue de l'antagonisme féminin-masculin, des perspectives de classe qui semblent irréductibles, continuent de valoir à l'Histoire des Britanniques un dynamisme certain. Mais rien sur les enfants des immigrants. L'enfant et le jeune demeurent plutôt sujet des pédiatres, des psychologues et des psychiatres ou des sociologues, en somme, des êtres à guérir.

L'Irlande

Faisons une place à part à ce jeune pays divisé. Ce n'est pas réjouissant. Le système irlandais d'éducation a été présenté par différents auteurs (508, 511, 513, 515). Si à propos du nord du pays il s'agit d'éducation «en pays ennemi» (509), l'indépendance n'a pas apporté que des avantages (510).

Le Canada

Les collèges classiques du Canada français depuis le XVIIe siècle (518), la contribution des écoles au développement régional 

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(Saskatschewan: 519), s'ajoutent à la question scolaire (Manitoba et Nord-Ouest: 517) comme sujets d'intérêt. L'État joue son rôle terne face aux minorités (520). Une histoire générale (521) apparaît également dans un dossier sans doute très incomplet.

Les États-Unis

Aux histoires d'ensemble (531, 540, 543, 544)21 ou sur l'époque coloniale (526, 535) et les théories de l'éducation (576) ou "l'américanisation de Pestalozzi" (549) s'ajoutent des monographies sur différentes institutions (551, 581). L'éducation et les succès scolaires des immigrants au début du XXe siècle ont mérité également des études particulières (568)22.

Les changements du XIXe siècle (556), aussi bien que les menaces de crise (557) ont inspiré les chercheurs, de même que l'intervention de la politique (552), le rôle même de l'instruction: usines de culture (572), fabrication d'une aristocratie (577), impérialisme culturel sous le manteau de la philanthropie (524). Un enseignement qui se veut utile à l'industrie (540), devant préparer la mécanisation de l'agriculture (541), se développe en milieu urbain (532, 555, 503, 581). Il est classiste et bigot (546, 562, 574). Religion et éthique dominent. Les Israélites organisent leur propre enseignement (570). Le sort peu enviable réservé aux noirs revient souvent comme sujet (527, 528, 537, 542, 554, 564, 566, 569, 573, 574, 583, 585, 586). Le progressisme sied aux blancs (559). Parmi les hommes de bonne volonté de l'époque où fut créée la "National Society" se distingue Francis W. Parker (1837-1902), enseignant dès l'âge de 16 ans qui après s'être battu dans la guerre civile parfit sa formation en Europe et introduisit aux États-Unis des méthodes nouvelles, créa des écoles et écrivit (529). Quoi qu'il en soit, ségrégation et discrimination demeure le lot de beaucoup dont les filles, malgré la lutte des femmes (534, 560). L'égalité des diplômes est également un mythe (533). Au fait, il s'agit d'une discrimination sociale qui se traduit par l'enseignement, son caractère et ses réussites ou ses échecs. Pourtant la société et l'éducation américaines se féminisent (530, 539, 578). L'État fédéral s'engage (548, 561, 584). L'Histoire très vivante de ces trois ou quatre siècles

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21. Dans un souci d'ouverture, rappelons James S. Coleman et al., Parents, Teachers, and Parents, 1977.

22. Ajoutons aussi: Don T. Nakanishi, Marsha Hirano-Nakanishi, The Education of Asian and Pacific Americans: Historical Perspective and Prescriptions for the Future, 1983.

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d'éducation de l'enfance et de la jeunesse doit beaucoup à l'émergence d'auteurs féminins. Quelles en seront les suites ?

La France

Autrement engagé l'État français subit des pressions diverses de celles connues dans les mondes anglo-saxons, mais sur un fond commun de sécularisation des esprits. Le gallicanisme n'a pas évité cet écueil (mais l'Église n'a-t-elle pas été également nationalisée en Angleterre?). En outre, demeure un fait majeur de l'Histoire française la concentration du pouvoir et des moyens23. Sa dialectique est dans l'antagonisme entre la bureaucratie parisienne aux formulations simples et brutales, et les successives émergences régionales que celle-là doit soumettre plus qu'elle ne se préoccupe de centraliser les moyens nationaux.

Cependant une production riche24 concerne désormais les régions que la réforme universitaire consécutive à 1968 équipa tant bien que mal de centres de recherche et d'édition. Beaucoup d'ouvrages sont dus à des historiens étrangers et souvent édités dans leur pays (592, 604, 608, 669). Juste retour des choses, les chercheurs français n'ont parfois l'occasion de s'exprimer qu'à l'étranger. La scolarisation mérite l'attention de quelques auteurs (599, 600, 607, 741). Le Nord se montre très en avance jusqu'au dernier quart du XIXe siècle (652). L'alphabétisation25 commence à être étudiée (616) sans que cela ne concerne nécessairement les jeunes et n'exprime davantage l'éducation que les mœurs (631, 632, 647). L'instruction sous l'Ancien régime est présentée dans un assez grand nombre de travaux, pour la plupart d'intérêt local (603, 630, 651, 666, 667, 686). De ce point de vue, des institutions (591, 609, 673) et des hommes (617, 672) sont suivis dans leur attachement à l'éducation. Une révolution culturelle semble avoir précédé la Révolution française (670, 671, 700). Sous la Révolution, la question scolaire est débattue (642, 668, 694). Mais la laïcisation (593, 665, 693) ne met pas fin aux querelles: celle des manuels (588, 692), celle de l'enseignement pour les filles, qui vient de loin (597, 649, 660, 663, 676, 677, 678). Encore une fois on constate que le contenu de l'enseignement est 

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23. Cf. Bertrand Badie, Pierre Birnbaum, Sociologie de l'État, 1979, 1982 2.

24. Rappelons l'information indiquée dans la note 1 (Th. Zeldin).

25. Une étude est annoncée: Etienne François, «Premiers jalons d'une approche comparée de l'alphabétisation en France et en Allemagne», Histoire sociale, sensibilités collectives et mentalités. Mélanges Robert Mandrou (Paris 1985).

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pratiquement nul: réciter le catéchisme, préparer les fillettes à devenir des mères de famille.

A travers l'Empire (669) et les successives Républiques (595, 638, 640)26 des hommes se disputent à propos de l'éducation ou la façonnent. A ceux qui discutent «les modèles français», Rousseau27 étant naturellement rappelé (602), s'ajoutent des commis de l'État comme Hippolyte Fortoul (682), Victor Duruy (649, 661), Jean Zay (606) ou Louis Édouard Maggiolo (626, 681), et des gens d'Église comme Jean Bosco. Ils pensent au peuple et aux pauvres qui doivent travailler. Enfants et jeunes sont traités en futurs citoyens, en adultes diminués demeurant quant à eux dans un autre monde qu'il faut tolérer. Malgré les contraintes ou en raison précisément de leur insertion nécessaire dans la vie économique et politique, dans la cité en somme, un constant souci de protection de la société, de l'ordre, des patrimoines s'exprime avec en arrière plan, un monde rural récalcitrant.

Dans la bibliographie réunie la ligue de l'enseignement est étudiée (650) et la formation des maîtres (613, 633), en particulier celle des premières institutrices laïques (620). La pédagogie (690) et les grands innovateurs que l'on néglige comme Freinet (629), l'enseignement de l'Histoire (595), mais aussi de l'éducation physique (1088, 1089, 1098) sont présents. Le corps devient lui aussi sujet d'une Histoire Gestalt très descriptive dans l'ensemble.

Dans le même esprit mais peut-être avec davantage d'à-propos, le scoutisme est mis en lumière «en tant qu'expérience parallèle dotée d'un projet bien défini» (643, 644). En revanche, «l'éducation globale» (654) étudiée dans une thèse, entre à peine dans cette bibliographie récente portée par des modes assez insipides. Certes, les enfants ouvriers ont droit à un petit rappel (596, 618) de même que l'enseignement professionnel que Don Bosco propose aux jeunes pauvres de Nice (622). Orientations ouvertes ou académiques, mal tamisées par le poids des traditions, rompent difficilement l'indifférence à l'historicité de l'enfance et de la jeunesse qu'entretient également une Histoire friande de «beaux livres». Mais ne s'agit-il pas là de la même pratique marchande qui fait la fortune des pédiatres, «psychanalystes freudiens» et autres «janoviens», pour «paumés» qu'ils se déclarent ? Les uns et les autres respectent 

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26. Cf. aussi M. Gontard, L'enseignement primaire en France de la Révolution à la loi Guizot (1789-1830). Des petites écoles de la monarchie d'Ancien régime aux écoles primaires de la monarchie bourgeoise, Lyon 1959. Thèse.

27. Cf. A. Ravier, L'éducation de l'homme nouveau. Essai historique et critique sur le livre de «L'Émile» de J. J. Rousseau, Issoudun, 1941 2 vol.

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parfaitement la distance entre le quotidien et l'intérêt réel des individus, c'est-à-dire de la société28.

Les pays de langue allemande

Cela peut sembler arbitraire de traiter dans un même chapitre l'ensemble des pays de langue allemande. Cependant l'Histoire des anciennes parcelles du Saint-Empire, à ses antipodes celle de la Prusse, cet État institutionnalisé d'emblée qui, importé s'est imposé dans "la confusion entre l'État et la société", celle enfin des pays qui leur ont succédé, justifie l'amalgame. La moisson est riche. Ici aussi l'apport extérieur est important. Dans chacune des époques distinguées, les problèmes demeurent essentiellement politiques et les auteurs étrangers aident encore une fois à faire la lumière.

L'endoctrinement religieux et politique ses constantes jusqu'au XVIIIe siècle et même sous l'Empire allemand, ont été bien montrés (708, 711, 715, 717, 721, 722, 734). Les tendances radicales de la Réforme semblent avoir été effectivement balayées avec les velléités qu'écrasa la dénommée "guerre des paysans", cette grande tentative des peuples de disposer d'eux-mêmes. En attendant, l'alphabétisation a été retardée jusqu'au XVIIIe siècle par la peur des Radicaux (712, 714). Il est alors temps de réformer l'enseignement. De Leibniz à Goethe (733) et par la suite, les philosophes et les grands esprits s'y attachent (725, 735, 736).

L'époque des lumières prépare ces réformes (724, 728, 729) y compris pour les minorités orthodoxes (703). Au XIXe siècle, ce temps des révolutions où la bourgeoisie a encore son mot à dire (723) on retrouve les controverses religieuses et les exigences des femmes (730). La lutte s'engage entre les travailleurs (727) et l'Empire allemand (719, 720). Un renouveau pédagogique (710) entre dans la politique de la République de Weimar (723, 726). Agitation (737) et progrès dans l'éducation trouveront leur fin sous le Nazisme (706, 718). L'après-guerre introduit l'influence anglaise (716). Le socialisme d'État avait utilisé une éducation libérale (719), l'instruction demeurant un monopole auquel s'intéressent les travailleurs (704, 705)29.

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28. Notons un travail modeste: Essakali, La scolarisation des enfants des travailleurs immigrés, Nice 1984. Mémoire de maîtrise.

29. Nous pourrions y ajouter: Katharine Derrill Kennedy, Lessons and Learners: Elementary Education in Southern Germany, 1871-1914, Ph. D., 1982, Stanford Univ.

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L'Italie

Le Piémont est des rares États dont la formation s'appuie sur les structures anciennes autant que dans le cas français, quoique les spécialistes le négligent. Ils sont invités à le faire par le sort que la France a réussi à imprimer aux nations italiennes, en poussant à leur union. État récent, dont l'institutionnalisation ne parvint pas à adapter l'acquis piémontais, l'Italie demeure attentive au passé de chacun de ses pays : Parme et Plaisance sous les Farnèse (746), Venise et la Vénétie (740, 765), le Piémont (739, 760), le Mezzogiorno (749), Rome à ses débuts de capitale nationale (755). Un dossier intéressant concerne l'institution des jardins d'enfants, l'action de l'abbé Ferrante Apporti (1791-1858)30, la résistance cléricale à l'influence saint-simonienne et le choix piémontais en leur faveur malgré le décret du Saint-Office qui défendait l'introduction des écoles maternelles (1837: 743, 744, 745, 751, 760). Par ailleurs, parler de l'enseignement technique c'est en dire l'inefficacité (761). L'époque fasciste fait toujours parler d'elle (741, 748, 757, 759), à propos des réformes de Gentile (738, 766) et de Bottai (752); la lutte entre la liberté et la religion, la part de la propagande (756, 762), ne font cependant pas négliger la pédagogie des anti-fascistes (747). La grande figure de Maria Montessori est rappelée ailleurs, à Oxford (753)31 et d'importants ouvrages généraux ont été édités ou bien sont en cours de publication (754, 758, 763, 764). Ici comme ailleurs, l'Histoire et en particulier celle de l'éducation profite du concours de chercheurs et d'éditions étrangers.

Le Benelux

Encore une fois, il s'agit de pays que l'Histoire a séparés, mais de langue différente en créant des États à tendance fédérale, surtout celui du nord, issu de la lutte contre l'Empire habsbourgeois, lui même centraliste plutôt qu'enclin à la concentration du pouvoir. En effet, les espaces qui demeurèrent plus longtemps sous une administration impériale,

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30. Rappelons: F. Apporti, Elementi di pedagogia, ossia della ragionevole educazione dei fanciulli. Roma, 1847, P. Curci, "Gli asili d'infanzia. Loro cagioni e origini straniere", Civiltà cattolica, 1855, XI; "Gli asili d'infanzia nei loro inizi in Italia", ibid., XII; "Gli asili d'infanzia quali sono al présente in Italia", ibid., XII.; G. Calo, "F. Aporti e gli asili infantili", Revista d'Italia, 1927 (15 settembre); A. Gambaro, "I due apostoli degli asili infantili in Italia", Levana, 1927; du même, Educazione e politica nelle relazioni di R. Lambruschini con Aporti, Torino 1939.

31. Rééditée: The Secret of Childhood, London 1982.

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sont les moins astreints à un pouvoir bureaucratique que la bourgeoisie marchande créa au nord plus que l'industrialisation ne l'a exigé au sud.

La présence de ces pays dans notre recueil bibliographique se traduit, à propos de l'éducation, par une forte majorité d'ouvrages en flamand. La scolarisation en milieu rural (767, 768, 774) et urbain (769), le personnel enseignant (770, 771) et les idées pédagogiques (772) ont été étudiés pour les temps qui précédèrent la scolarisation obligatoire (en Belgique, 1914). L'intervention de la politique au XVIIIe siècle (775) et l'établissement de l'éducation primaire en Belgique (778) ont mérité l'attention des chercheurs. Des études de caractère général (779, 780) complètent avec un livre sur les écoles primaires dans la ville de Luxembourg sous le régime français (776), un tableau réaffirme la convergence entre vie politique, société et éducation quelle que soit la variété des situations.

La Confédération helvétique

Avec la "Suisse" nous abordons l'État tout autre que bureaucratique et un dossier mince. Concernant Pestalozzi rappelé à Berlin et à Frankfurt a.M. (781 bis, 784) et "adapté" aux États-Unis (549), Zwingli (786), les sources bernoises sur l'éducation (785), l'action des jésuites au temps des lumières (782) et celle des réformés (781), l'intervention de la presse (783), les travaux d'Histoire de l'éducation helvétique que nous avons pu réunir sont peu nombreux.

Les pays nordiques

Des États dont l'institutionnalisation est relativement récente dans deux cas sur quatre présentent une variété de thèmes considérable. Pas de titres norvégiens dans cet ensemble. L'alphabétisation et l'éducation élémentaire en Suède (791), les écoles rurales au Danemark (796), l'instruction élémentaire (793, 794) et le débat politique sur la coordination des enseignements, primaire et secondaire en Finlande, au XIXe siècle (800), les buts des écoles secondaires en Suède encore (795) ont été étudiés récemment. Des questions particulières aussi, notamment la formation des fonctionnaires suédois à l'aube des temps modernes (787). Le traditionalisme n'est pas absent des écoles suédoises (803); les enfants lapons ont reçu au XVIIe siècle un enseignement religieux (797). Mais l'instruction technique mérite dès le XIXe siècle la faveur des parlementaires suédois (802). La réforme scolaire suédoise de 1927 et ses

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antécédents (1927) nous sont présentés (789) de même que la situation des femmes dans l'Université finlandaise (788) et la liberté académique en Suède (799). La pédagogie finlandaise au XIXe siècle (790) et la formation des maîtres en Finlande aussi (792), l'enseignement dans le Slesvig du Nord sous le règne prussien (798) et les études supérieures populaires au Danemark (801) sont d'autres sujets traités.

Les pays ibériques

Le Portugal État ancien, fortement unitaire depuis le XlVe siècle, se trouve géographiquement confronté à la fédération assez lâche de pays que la langue espagnole ne parvient pas à unifier. Des ouvrages généraux concernent le Portugal (807) et l'Espagne (812). L'expérience libérale en Catalogue de 1820 à 1823 (813), une initiative de la Ensenada (811), la pédagogie d'un projet (815), la censure gouvernementale au XIXe siècle (814), les relations entre éducation et marché du travail sous Franco (810), quelques figures de la pédagogie, hommes et femmes (804), forment le dossier espagnol32. Le portugais comprend des éléments sur le choix des livres pour l'enseignement du latin et du grec lors de la réforme du XVIIIe siècle (805) et trois ouvrages sur la réforme récente (808), l'éducation infantile (807) et les enseignants (809).

Les mondes d'outre-mer

L'éducation coloniale garde son importance (826) quoique les titres que suscite la destruction de l'Empire japonais, la décolonisation et la progression du communisme invitent à voir tout ce qui a été publié depuis la deuxième guerre mondiale33.

Le plus proche, le continent africain vaste et riche territoire dans

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32. Nous pouvons y ajouter: Gregoria Carmena, Jésus G. Regidor, La escuela en el medio rural, Madrid 1984, et José Manuel Zumaquero, Los derechos educativos en la Constitution española de 1918, Pamplona 1984.

33. Cf. par exemple: W. C. Eelis, Communism in Education in Asia, Africa, and the Far East, Washington 1954; R. K. Hall, Education for a New Japan, New Haven 1949; K. Humayun, Education in New India, London 1956; M. Lindsay, Notes on Educational Probleme in Communist China, 1941-47: With Supplements on Developrnents in 1948 and 1949, New York 1950; M. Haider, Village Level Integrated Population Education: a Case Study of Bangladesh, London 1982; G. White, Party and Professionals. The Political Role of Teachers in Contemporary China, London 1981; M. Yen, The Umbrella Garden: A Picture of Student Life in Red China, New York 1954.

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lequel on a vu une prise facile sinon légitime, connaît des difficultés pour la formation professionnelle de ses jeunes (846). En Afrique occidentale, pour la France, était-il question «de mission civilisatrice ou de formation d'une élite ?» (820, 821). De toute manière, les blancs jugent les noirs au Congo de Léopold (860), l'administration britannique s'occupe de l'éducation au Kenya (842, 850, 856). Étudiée, l'Histoire de l'éducation au Nigeria et au Ghana (831, 833, 837) est comparée (835). On voit comment les Portugais exportent leur langue et leur culture en Angola (849). L'indépendance développe l'éducation par exemple en Zambie (843). En Égypte, l'islam tente de s'accommoder de «l'idéal socialiste» (825).

Très loin, en Australie (836, 855) et en Nouvelle-Zélande (839, 845), rien n'est de trop pour les colons de la bonne race. Les projets d'éducation sont ambitieux. L'Asie nous apparaît à peine, en dehors du Japon (827) qui sait préparer ses élites (848) éduquer son peuple (838, 853) et, après la défaite, apprendre la démocratie à l'école du vainqueur (844), de la Chine dont l'instruction à l'époque des Ming offre des parallélismes avec l'Italie de la Renaissance (841) et qui cherche enfin une voie pour entrer dans le concert des nations (819, 851). Elle est quand même présente encore avec l'Inde (829, 834) ce continent qu'avaient entamé les Portugais après l'islam.

L'autre vaste suite de continents qui était à prendre au XVIe siècle, le monde occidental des empires perdus et des peuples sans histoire que la presse fit appeler l'Amérique, présente avec toute sorte de situations, une sensibilité très diverse à l'historicité de l'enfance et de la jeunesse à travers l'étude historique de l'éducation. Ici l'acculturation n'a pas été entièrement réussie, peut-être parce que le génocide fut poussé moins loin qu'ailleurs et la colonisation changea davantage les conquérants.

La même difficulté ou un égal refus qu'en Europe, pour la langue espagnole, d'unifier les peuples, semblent dus aux emplois que le pouvoir imprima à sa bureaucratie, très particulariste et aux conditions propres de mobilité verticale. Dans le Nouveau Monde il en résulta la prolifération d'États plus anciens que beaucoup d'États européens. L'information à leur sujet passe mal. L'Histoire de l'éducation à l'époque coloniale concerne dans nos dossiers le Mexique et sa réforme de l'enseignement (816), les Indes Occidentales néerlandaises et le choix ouvert entre «éducation occidentale» ou «éducation nationale» (832), la Colombie britannique (859) et la Jamaïque (824). L'indépendance fait que l'on nous parle de l'enseignement dans la Grande Colombie 

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bolivarienne (828, 847). Avec elle arrive aussi l'heure du choix entre les modèles occidentaux, notamment pour le Mexique (830), de l'effort matériel à consentir (Guyana: 817) et du changement (Guyana: 840), du bilan (Jamaïque: 857). Celui-ci est particulièrement satisfaisant pour un pays dont l'éducation a été libérée depuis peu, le Nicaragua (818). Le Brésil, immense pays qui toujours demeure tourné vers l'avenir, dont l'unité a été cimentée par la langue portugaise et le passé étatique de la puissance colonisatrice, ne figure pas dans notre dossier malheureusement.

Les pays de l'Est européen

L'Allemagne démocratique ayant figurée dans l'ensemble des pays de langue allemande, il s'agit, à l'exclusion de la Russie et de réalités lointaines, hongroises ou autres, d'États récents, plus récents que ceux des anciennes colonies d'Amérique. Ils se trouvent tous tournés vers la modernisation vue comme occidentalisation. Notre information est relativement pauvre sur l'historiographie de l'éducation dans certains de ces pays, quoique des titres d'éditions occidentales s'y ajoutent. A ce propos, une bibliographie récente souffre des maux qu'elle peut porter en elle même: retard dans l'étude de problèmes rencontrés en Occident, primauté donnée à d'autres sujets, sensibilité différente à des questions qui ont marqué les sociétés dans l'après-guerre.

Les pays balkaniques

Leur formation date d'hier. Des pays balkaniques, nous connaissons pour ces dernières années, des titres provenant de la Bulgarie et de la Roumanie, plus un seul concernant la Turquie (870). Aucun titre yougoslave; abstenons-nous de parler de la recherche grecque entre autres raisons, parce qu'il serait outrecuidant de vouloir présenter celle-ci à Athènes.

Venant de la Bulgarie, l'Histoire de la pédagogie (865), celle de l'enseignement bulgare à Galatz (872), s'ajoutent à des études sur les relations entre l'éducation bulgare et la Russie (862), la France (863) et le pays slaves (869), et la Macédoine (866). Pour la Roumanie nous avons des travaux historiques sur les écoles roumaines en Transylvanie (869, 868), les fondateurs de l'école roumaine au XIXe siècle (864), l'Histoire de la pédagogie (867). Notons qu'il est délicat de faire le tri entre ce qui revient à la Roumanie, à la Serbie, à la Bohême, à la Hongrie, que ce soit du simple point de vue territorial ou de celui de la 

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    7. da Silva, L'historicite ...

    Insistons pour le moment sur un aspect qui mène au marché. Avant que la procréation elle-même n'y soit entrée, l'allaitement mit en place un commerce et une industrie, suscita les réactions les plus diverses et influença la mortalité et la fécondité (Cf. p.e. 230). Par ailleurs l'alimentation des nourrissons fut un des éléments du boom assez récent des industries d'alimentation et participe d'un chapitre essentiel de l'histoire économique contemporaine.

    L'art du père

    D'être le père est le rôle dévolu à l'homme, quelle que soit sa relation à la femme (et à l'enfant). L'enfant dépend donc de ce que valent socialement les unions même éphémères. Elles comptent en réalité bien plus pour l'enfance et la jeunesse que pour les adultes. Malheureusement leur histoire demeure assez confuse ou colle trop à des modèles insuffisamment caractérisés. Pour rester dans le monde catholique, deux situations extrêmes s'opposent. En France, la religion se soumet à l'État et très tôt le mariage s'impose, nécessairement religieux. Qu'il ait triomphé dans les mœurs c'est une autre affaire; le jansénisme vint montrer combien il fallait lutter contre leur relâchement. Ailleurs, vie en commun vaut mariage qui n'a pas l'exclusivité de la procréation, ses enfants n'étant pas les uniques héritiers. Au Portugal notamment, le concubinage demeure habituel, suffisamment en tout cas pour que, dès le milieu du XVIIIe siècle, il soit interdit de poursuivre les concubins en justice. En conséquence, aux historiens médiévistes de nous dire, non pas en quoi les règles renforcées au milieu du XVIe siècle ont été auparavant transgressées, mais comment d'autres pratiques prédominèrent, coexistèrent, ou ont été graduellement éliminées (75).

    Sur cette institution, le mariage moderne, à laquelle on fait la partie trop belle, il est question entre autres de l'endogamie et de l'action que celle-ci a sur les «structures familiales» et le sort fait aux êtres. Plus rarement des chercheurs s'intéressent au marché de l'amour en tentant de saisir l'anomie (167, 169).

    Par ailleurs, il est indispensable de corriger une vision fausse de la division du travail qui prétend expliquer la suprématie masculine au sein de la famille et du couple. Cette question a fait couler beaucoup

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    Mme de Staël, une jeunesse sans enfance, 1766-1785, Paris 1983, et J. G. Da Silva, «Mais y avait-il vraiment des fillettes avant le XVIIIe siècle?», Comité de l'enfance des Alpes-Maritimes, 1984.