Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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CHAPITRE II

LE DÉBAT S'ÉLARGIT (1856-1860)

Τον Βύρωνα αναπολείς και κλαίεις; θα τη είπουν,

Δεν θέλομεν ρομαντισμούς ημείς· αυτά μας λείπουν!

J. Cambouroglou (1872)

Le problème de la langue, nous l'avons vu, domina la première période des concours de façon décisive. Il ne devait pas, bien sûr, disparaître automatiquement pas la suite; mais ses rebondissements, dus notamment aux défis de Tertsétis, furent loin de prendre le caractère d'une résistance collective. Pendant les cinq premières années, les jurys avaient réussi à imposer leur loi. Ils pouvaient enfin durcir leurs positions pour empêcher toute récidive vulgariste: en effet, le rapporteur Castorchis annonçait, en 1856, que les poèmes écrits en langue démotique seraient exclus désormais, sans commentaires. Quand, en 1858, Tertsétis souleva à nouveau le problème, il dut vite comprendre, par la violente réponse de Paparrigopoulos, que les universitaires n'étaient nullement disposés à revenir sur leur décision. A coup sûr, les vulgaristes n'avaient pas de place dans l'institution de Rallis. Il fallut attendre Voutsinas pour que l'interdit frappant la langue populaire fût officiellement levé (1862). Mais on n'en était pas encore là.

Entre-temps, par la force des choses, le débat devait prendre plus d'ampleur. En fin de compte, la question de la langue, malgré son importance, n'en restait pas moins subordonnée à des objectifs d'ordre idéologique: le «retour aux formes anciennes» était, certes, d'une priorité presque absolue, mais il ne pouvait devenir une fin en soi, l'essentiel étant toujours d'établir entre le présent et le passé des liens à tous les niveaux et dans tous les domaines. Or, la bataille linguistique, si importante fût-elle, ne constituait, en réalité, qu'une étape. C'était là que reposait l'édifice idéologique de la Grande Idée. Cette unité, conçue différemment mais acceptée par tous, imprimait son élan à

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toutes les manifestations politiques et culturelles. Romantiques et classiques grecs n'avaient, au fond, à se définir que par rapport à elle: l'unité des premiers, ininterrompue, comprenait trois étapes (Antiquité, Byzance, Grèce moderne), celle des seconds, binaire, continuait à enjamber Byzance comme un obstacle. Deux tendances, de plus en plus cristallisées dans le cadre des concours, devaient apparaître clairement, à partir de 1856, et s'affronter, un peu plus tard, avec énergie.

L'élargissement du débat, en ce sens, fut certain. Bien sûr, les concours ne pouvaient dépasser leurs propres limites: le discours critique y avait comme objet principal la poésie, les juges universitaires, chargés surtout de la distribution de prix, s'acquittaient souvent de leur devoir sans enthousiasme, et l'esprit didactique l'emportait sur une libre confrontation d'idées. Pourtant, l'institution de Rallis, fut loin de constituer, dans la vie intellectuelle grecque, un domaine à part, marginal et routinier. Ouverte à tous, elle donnait à toutes les tendances une possibilitté d'expression. Il était donc normal, dans la mesure où la poésie véhiculait plusieurs messages, que ceux-ci apparussent, d'une façon ou d'une autre, dans le contexte des concours, ne fût-ce que pour être critiqués, désapprouvés ou condamnés.

Parfois, les problèmes s'entrecroisent, se chevauchent, et les allusions ne sont pas moins éloquentes que les reproches ouverts; parfois, une vieille discussion, qui se prolonge, est imperceptiblement transformée par de nouveaux éléments. Ainsi, en 1856, l'attaque de Castorchis contre Tertsétis a toujours la langue comme objet principal, mais le différend des deux hommes porte aussi sur l'unité. A partir d'un certain moment, le centre de gravité se déplace, et la question de la langue, malgré la place importante qu'elle continue d'occuper, perd une partie de son autonomie, sinon de son intérêt. On aperçoit déjà l'impasse créée par les interminables querelles grammaticales. Orphanidis (Τίρι-Λίρι, 1857-1858) ne manque pas de fustiger les pédants stériles qui tuent les idées par les mots:

Προσκροΰσται τόσων πο',ητων και τόσων λογογράφων,

οΐ με τας λέξεις σπάπτοντες των Ιδεών τον τάφον!

A la même époque (1857), Vernardakis conçoit le grec comme un tout et refuse la division en langue ancienne, médiévale et moderne: aussi étrange que cette idée puisse paraître, elle montre à merveille à quel point le nouveau concept de l'unité occupe le devant de la scène et

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s'insère même dans le domaine linguistique. Le besoin d'une ouverture est sensible.

Unité diachronique à deux ou à trois étapes: tout le conflit théorique entre le classicisme et le romantisme, dans sa version grecque, pourrait être, en grande partie, résumé par cette formule. Faut-il rappeler l'origine étrangère non seulement de ce conflit mais aussi des deux grands courants en question? C'est presque une évidence. Un phénomène culturel, cependant, importe plus par ses manifestations particulières de pays en pays que par son lieu de naissance. Or, si romantiques et classiques s'affrontent en Grèce, comme ailleurs, l'essentiel sera toujours de savoir non seulement en quoi consiste la particularité de cet affrontement, mais aussi sous quels aspects spécifiques se manifestent ces deux écoles adverses, chaque fois soumises au conditionnement local. Nous touchons certes là un des problèmes les plus essentiels et les plus complexes du XIXe siècle, problème que nous ne saurions pourtant aborder ici. Bornons-nous à quelques remarques nécessaires.

Concept romantique par excellence, l'unité est destinée à devenir en Grèce la clef de voûte de tout le système idéologique dominant, tel qu'il se concrétise surtout à partir du milieu du XIXe siècle. Ce système est primordial, prioritaire; il mobilise les énergies nationales, rapproche tous les Grecs, sert les objectifs de l'État et des classes dirigeantes. Sa suprématie ne fait pas de doute; c'est lui qui anime, inspire et contrôle en dernière analyse, toute la vie intellectuelle du pays. Dans ces conditions, comment le conflit entre le romantisme et le classicisme s'exprime-t-il? En réalité, tous les courants, littéraires ou autres (y compris la question de la langue), dominés par cette forte poussée idéologique, n'ont qu'une marge d'action limitée. Chose caractéristique: l'unité, fondement de la doctrine officielle, constitue en même temps la base sur laquelle s'affronteront romantiques et classiques grecs. Elle peut être conçue en deux ou en trois étapes, elle ne peut pas être refusée. C'est ainsi que la ligne de démarcation entre les deux écoles paraît souvent imprécise et, dans la mesure où des éléments communs se mélangent ou se déplacent d'un camp vers l'autre, un romantisme classique devient aussi réel qu'un classicisme romantique. Il s'agit, évidemment, d'un manque de contours qui n'a rien à voir avec la démarche consciente de Solomos pour «un genre mixte, mais légitime».

L'explication de ce phénomène doit être cherchée, en premier lieu, dans les contradictions internes d'un système de pensée qui, d' essence romantique, n'est pas moins fondé sur un certain nombre de valeurs incompatibles (hellénisme et christianisme, ouverture vers

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l'Europe et culte de l'Antiquité, etc.). Attisée par les circonstances, l'hypersensibilité nationale impose aussi bien une marche en avant qu'un retour en arrière. Romantiques et classiques, tout en s'affrontant, ne vivent, au fond, que la même contradiction: obligés de puiser leurs idées dans l'Europe moderne, ils s'acharnent à démontrer leur fidélité à la Grèce ancienne; plus ils empruntent à l'étranger, plus ils étalent leur propre patrimoine. Lorsque, en 1857, Coumanoudis accuse le romantisme d'être «une école étrangère, non hellénique», reprenant ainsi un argument déjà avancé par des classiques d'autres pays, il entend sûrement le mot «hellénique» aussi bien comme «national» que comme «grec ancien». Mais les romantiques ne sont pas moins disposés à sacrifier, eux aussi, au culte de l'Antiquité grecque, ce qui ne les empêche pas, à leur tour, de mener leur combat avec un armement fabriqué à l'étranger.

Servant le même système idéologique tout en illustrant ses contradictions internes, les deux écoles ne sont néanmoins pas destinées à n'alimenter qu'un débat théorique entre universitaires. Dans la mesure où la doctrine officielle se développe et exerce de plus en plus son emprise, le romantisme littéraire, très répandu, devient la principale expression d'une exaltation patriotique sans bornes. La littérature de toute une époque en témoigne. La Révolution Grecque, au centre de cette production, est l'événement majeur qui ne finit pas de fournir des décennies durant, une source d'inspiration inépuisable. Mais il y a aussi l'autre face de la médaille: le même mouvement qui abrite l'enthousiasme collectif n'exprime pas moins des frustrations individuelles de tous genres. Schématiquement: Hugo, Barthélemy ou Béranger, d'un côté; Byron, A. de Musset ou Lamartine, de l'autre.

Ces deux tendances romantiques, présentes dès le début dans le cadre des concours, vont s'accentuer et s'affronter. La première n' a, évidemment, rien de répréhensible du point de vue de l'ordre établi; elle véhicule l'optimisme patriotique, exalte les luttes nationales, sert à merveille la doctrine officielle. C'est la seconde qui posera des problèmes de plus en plus sérieux. Le byronisme, forme de révolte individuelle passionnée, devient avec le temps une force centrifuge non négligeable; il met en valeur le goût du morbide, sape le moral, incarne tout un ensemble de mécontentements. Les universitaires, classiques ou romantiques, n'ont pas de mal à repérer le danger. Lorsque, en 1857, Coumanoudis et Assopios condamnent «les amours entre frères et sœurs» qui abondent dans les produits de l'école «étrangère», ils sont sûrement conscients du fait que l'immoralisme byronien, loin de

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toucher seulement quelques cas particuliers (Vernardakis), peut traduire un malaise généralisé aussi démobilisateur que subversif. En effet, dans la mesure où l'opposition de la jeunesse estudiantine au régime du roi Othon prend de l'ampleur, vers la fin de la sixième décennie du siècle, la montée du byronisme n'est pas sans rapport avec un esprit de contestation plus ou moins politisé. D'autres "modèles" viennent aussi s'ajouter: Béranger, très honoré après sa mort, suscite l'intérêt moins par son philhellénisme que par le caractère oppositionnel de ses actions. C'est à lui précisément que se réfère Paparrigopoulos, en 1859, pour condamner toute attaque contre l'ordre établi et défendre une poésie "complètement étrangère à la politique".

En tout état de cause, ce qui est certain, c'est que les dernières années du concours de Rallis sont marquées par une problématique qui, dans le cadre d'un débat littéraire, et apparemment monotone, ne cesse de se développer ou de s'enrichir. Au moment où, à la fin de la Guerre de Crimée, le Royaume de Grèce affronte des changements d'ordre économique, politique et social, sa vie intellectuelle, dominée par les querelles linguistiques, tend en quelque sorte à élargir ses horizons. Il s'agit certes d'une ouverture plutôt que d'un bond en avant. Mais cette ouverture n'en est pas moins significative. Elle coïncide avec le développement d'une idéologie unitaire qui, érigée en doctrine, étend de plus en plus sa domination, pénètre dans tous les domaines, anime et élargit tous les débats, sans toutefois éviter, au moment de sa plus forte poussée, l'exacerbation ou l'éclatement de ses contradictions.

1. 1856: L'unité impossible

En 1856, pour la première et la dernière fois, les membres du jury furent sept: J. Olymbios (président), E. Castorchis (rapporteur), A. R. Rangabé, Ph. Ioannou, A. S. Roussopoulos, St. Coumanoudis et C. Paparrigopoulos. Les poèmes envoyés (2 tragédies, les autres épiques et lyriques) suivirent, en général, l'exemple de l'année précédente, non seulement pour le nombre (14), mais aussi pour l'abondance des hexamètres. Deux œuvres étaient écrites en langue populaire. La cérémonie eut lieu, selon l'usage, le 25 mars1.

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1. Voir les comptes rendus dans les journaux Αθήνα et Φιλόπατρις. 29 mars 1856, Ημέρα (de Trieste), 13/25 avril 1856.

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A première vue, tout se passa comme à l'ordinaire. Le nouveau rapporteur E. Castorchis (1815-1889), assurant la continuité de l'esprit universitaire, n'avait pas à innover. Dans son rapport, nous retrouvons tous les lieux communs des Jugements précédents: éloge de Rallis, rapprochement des concours avec ceux de l'antiquité, constat de leur succès, références habituelles aux auteurs classiques, etc. L'introduction de l'hexamètre et d'autres vers anciens dans la poésie grecque moderne n'est, pour Castorchis, qu'un signe de progrès certain. Mais un durcissement de ton se manifeste pourtant sur deux points: a) malgré la clause explicite du règlement de Rallis, les extraits de poèmes, rendant le jugement impossible, ne peuvent plus être admis au concours, et b) le jury s'étonne que l'envoi d'œuvres écrites en langue populaire se poursuive; il est donc "absurde que les juges soient obligés de lire des poèmes dont le couronnement est formellement interdit par le fondateur. C'est pourquoi désormais nous ne tiendrons aucun compte des poèmes écrits en langue vulgaire"1. Deux poèmes "vulgaires" sur quatorze ne constituaient peut-être pas une rechute inquiétante; mais l'un d'eux, sorti de la plume de Tertsétis, n'était pas à négliger; il fallait donc éliminer, par un nouvel avertissement tout danger menaçant un équilibre difficilement atteint.

Voici les 14 œuvres du concours, selon l'ordre et les appréciations du rapporteur:

1) Un poème ayant obtenu un accessit au concours de 1855 et envoyé de nouveau avec 200 vers de plus. Dans une lettre aux universitaires, l'auteur demande un réexamen de son œuvre, si toutefois un second jugement est possible. Mais le jury n'a pas pris connaissance de cette lettre à temps, et le poème n'a pas été jugé2.

Il s'agissait, évidemment, du poème de J. Carassoutsas Προς τον ποιητήν Λαμαρτίνον, seul accessit du concours de 1855 3.

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1. Jugement de 1856, Πανδώρα 7 (1856-1857) 26-27. Cf. les vers de G. Tertsétis (Ο θρίαμβος του ποιητικού διαγωνισμού, 1858):

Δεν πιστεύω

τα όσα εφοβερίσανε να πράξουν.

Πιστεύω ο εισηγητής μόνος του τάπε:

Στην γλώσσαν του λαού στίχοι γραμμένοι

ούτε καν από ημάς αναγνωστέοι.

2. Ibid., p. 26. A partir de 1856, cependant, les poèmes ayant obtenu un accessit il purent être envoyés pour la deuxième fois au concours.

3. Ce poème devait ainsi avoir 474 vers (274+200). Mais sa version finale, 

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2) Ο Καραλής : tragédie; une «complainte écœurante, misérable et entièrement insignifiante».

3) Ιεφθάε : tragédie occupant, avec la précédente, la dernière place du concours. Imitation de Shakespeare — la première en Grèce — elle se solde par un échec total (fautes de grammaire et de versification, invention banale, intrigue et description de passions invraisemblables, imagination froide, caractères indistincts). Le seul rapport avec Shakespeare: la multitude des personnages et des morts1.

Oeuvre du céphalonien Spyridion Mélissinos (1933-1887), publiée la même année avec une longue réponse au jury. Étudiant en droit, l'auteur commence par exprimer aux professeurs son respect et sa reconnaissance, ce qui ne l'empêche point de fustiger, à la fin, la «légèreté impardonnable» avec laquelle le jury exerce ses fonctions. Les moindres allusions du rapporteur trouvent une réplique. Mélissinos refuse l'influence de Shakespeare: lorsqu'il commença sa tragédie, encore lycéen, il ne connaissait le dramaturge anglais que de nom. Quant à la versification, il se déclare fidèle au vers de onze syllabes, à la poésie italienne et, surtout, à celle de Dante; sa réponse traite d'ailleurs en grande partie des questions métriques. Le jury est, de plus, accusé d'avoir passé sous silence quatre Λυρικά qui accompagnaient la tragédie2.

4) Οι Γάμοι του Μεγ. Αλεξάνδρου : poème en langue populaire écrit «avec un rare bon goût et avec beaucoup de grâce»; le rapporteur en cite, à l'appui, de longs extraits. Mais la composition est défectueuse: l'auteur, au lieu de terminer son œuvre sur les noces d'Alexandre le Grand, lie son héros au christianisme, le présente comme une sorte de prophète et finit par l'appeler «saint»! En plus, son poème n'ayant pas les 500 vers nécessaires, il y ajoute une «Prière» (200 vers) qui n'a

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publiée dans Η Βάρβιτος, pp. 34-36 [=C. Th. Dimaras, Ποιηταί του ΙΘ΄ αιώνος, pp. 134-1401 ne comporte que 279 vers.

1. Jugement de 1856, pp. 26-27.

2. Sp. Mélissinos, Ιεφθάε, τραγωδία έμμετρος μετά τινων Λυρικών ποιημάτων και τινων επί της τραγωδίας κριτικών παρατηρήσεων, Corfou 1856, pp. 144-168. Des quatre Λυρικά ne sont publiés (pp. 118-140) que deux (Αυγή et Σεληνίτις Νυξ), appartenant au recueil de poèmes Η Εξυπνηθείσα Μούσα. Il est à noter que Mélissinos avait déjà annoncé la publication de sa tragédie et de ses poèmes lyriques dans Ιερεύς των Φιλικών και Ιωάννα Γρέυ, Corfou 1854, p. 255. Sur sa participation aux concours de 1856 et 1857, voir aussi: Ηθικός Κόσμος, Corfou 1879, pp. 175 et 185; cf. Τα μνήματα, Corfou 1860, p. 6. Notices biographiques sur Mélissinos: El. Tsitsélis, Κεφαλληνιακά Σύμμικτα, t. I, Athènes 1904, pp. 859-860; MEE 16 (1931) 882; N. I. Lascaris, Ιστορία του νεοελληνικού θεάτρου, t. II, Athènes 1939, p. 18.

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pas une composition meilleure. La langue manque de pureté; on trouve des mots étrangers, barbares et anciens1.

G. Tertsétis, auteur du poème, répondit à Castorchis quelques jours plus tard, dans un discours à la Bibliothèque du Parlement: on y trouve la défense de la langue populaire tout comme l'indignation, parfois explosive, du poète contre les universitaires «écervelés», qui «se moquent de (sa) langue, de (ses) images, et qui, hantés par les superstitions, décidèrent cette année d'exiler pour toujours la langue commune de la Grèce... cachés derrière le nom et la volonté d'un bienfaiteur absent et innocent!»2. Mais le problème principal pour Tertsétis était ailleurs: il s'agissait, avant tout, de démontrer le christianisme d'Alexandre, en d'autres termes de prêcher une unité «helléno-chrétienne». Homme des Lumières, le rapporteur Castorchis ne s'y était-il pas opposé en critiquant le poème pour sa composition défectueuse? «Je suis sûr que je serais aujourd'hui couronné au concours si le recteur de l'Université était Contogonis, professeur de théologie»3. Or, sous les apparences d'une discussion d'ordre esthétique, le vrai débat, quoique très souvent allusif, se déroulait sur le plan idéologique. Le rapporteur pouvait très bien (et tout en exprimant son profond respect envers la religion) trouver incompatible une «Prière» avec un poème sur les noces d'Alexandre. Mais, dans sa pensée, cette disjonction ne s' opérait-elle pas à un niveau qui dépassait le cadre du poème en question? N'était-ce pas un refus de l'unité «helléno-chrétienne»? Décidément, Tertsétis pesait bien ses mots quand il répondait: «Que le jury ne doute pas que les Noces d'Alexandre et la Prière sont une seule chose, un psaume de famille. Mais les oreilles du jury, bouchées, semble-t-il (et je m'en excuse), par des accents aigus, graves et circonflexes, n'ont pas entendu ce psaume»4. Le mot «psaume», lancé contre des universitaires suspects d'athéisme, est significatif. Dans son indignation, Tertsétis n'hésitait pas à recourir, en quelque sorte, au terrorisme intellectuel.

5) Η Βοσκοπούλα : poème en langue populaire, inférieur au précédent, mais non sans quelques qualités (images heureuses, langage simple, naturel et qui convient à l'héroïne). Parmi les défauts, le 

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1. Jugement de 1856, pp. 27-29.

2. [G. Tertsétis], Λόγος της 25 Μαρτίου 1835. Οι Γάμοι του Μεγάλου Αλεξάνδρου Κόριννα και Πίνδαρος, Athènes 1856, ρρ 62-63.

3. Ibid., p. 39.

4. Ibid., p. 62.

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rapporteur énumère la prolixité, les tautologies, l'économie défectueuse, les personnages invraisemblables et la lecture difficile, due aux synérèses et à l'âpreté de la langue.

6) Νεότητος άνθη : poème sans valeur. L'auteur ayant demandé la sévérité du jury, Castorchis lui adresse des conseils en citant Platon et Horace.

Supérieurs en ce qui concerne la langue et la poésie sont les 5 poèmes qui suivent:

7) Νεανικά αθύρματα : recueil de poésies diverses, en mètres variés. La langue, quoique "suffisamment ornée", recèle des fautes de grammaire. En général: poésie monotone, prolixe et non exempte de répétitions. Le rapporteur cite, comme réussi, le poème Εις το έαρ, ainsi qu'un extrait plein de "grâce anacréontique"1.

Il s'agissait de la première participation de Panayotis Matarangas (1834-1895)2.

8) Ιστορικαί ποιήσεις : quatre poèmes, dont le dernier, Η αγαθή μήτηρ, didactique. La langue et la versification sont bonnes. L'auteur, une dame, est félicité pour sa participation au concours.

9) Φλώρος : extraits (500 vers) d'un poème en 6.000 vers. L'auteur, un adolescent de 17 ans, fait preuve de bon goût quant à la langue et la versification, ainsi que, parfois, de sentiments tendres et d'un tempérament passionné. Il doit, cependant, remanier son poème et en corriger les fautes.

10) Κράμα χολής και μέλιτος : épopée inachevée en hexamètres. Faute de temps, l'auteur ne put ajouter les trois derniers chants. Castorchis lui conseille d'achever son poème et de l'envoyer de nouveau.

11) Πατρίς και έρως : épopée en 1.099 hexamètres. L'auteur ne manque pas de bon goût et d'imagination. Mais son œuvre, "froide et relâchée", est pleine de longueurs, de discours creux et de pensées

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1. Jugement de 1856, pp. 29-30.

2. Son poème Εις το έαρ, remanié, paraîtra dans la revue Χρυσαλλίς 2 (1864) 689 [=P. Matarangas, Φαντασία και καρδία, Athènes 1876, pp. 1-2]. Quant à l'extrait anacréontique, c'est le poème Εις ρόδον (1854), publié également dans Φαντασία και καρδία, pp. 2-3. -Sur P. Matarangas, voir: Sp. De Biazi, "Παναγιώτης Ματαράγκας", Ποιητικός Ανθών 2 (1887) 589-592; L. Zois, "Είς ποιητής", Κυψέλη 2 (1902) 17-25; El. Tsitsélis, op. cit., pp. 379-381, et L. Ch. Z[ois], "Ματαράγκας", ΜΕΕ 16 (1931) 767. Nous signalons que les renseignements de S. De Biazi (suivi par les autres biographes) sur la participation de Matarangas au concours de 1856 sont, en grande partie, erronés. El. Tsitsélis (op. cit., p. 379) et L. Zois (MEE, op. cit , p. 767) écrivent Νεαρά αθύρματα, au lieu de Νεανικά αθύρματα

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philosophiques abstraites. Autres défauts: connaissance médiocre de la langue, absence d'économie et d'intrigue, versification défectueuse.

Enfin, sont meilleurs et se disputent le prix les trois poèmes suivants:

12) Ο Έλλην της Ίδης : épopée en 640 hexamètres et deux chants. Le rapporteur loue son invention, son goût et son économie, mais il trouve le dénouement «invraisemblable et forcé». Défaut principal: les caractères ne sont pas strictement adaptés à leur époque. La langue, généralement bonne et facile à lire, «est exempte de mots vulgaires, anciens et rares, ainsi que de tournures recherchées». L'hexamètre est bien travaillé; quelques vers sont de mauvais goût et d'autres manquent de césures1.

Il s'agissait d'une oeuvre de Myron Nicolaïdis (1835-1898), publiée la même année avec une réponse «aux juges». Reproduisant le verdict de Castorchis, l'auteur exprime son désaccord et se justifie, sans toutefois manquer de protester2.

13) Ο υιός του δημίου : épopée de 4 chants, en 500 vers rimés constituant 50 strophes. La langue est correcte et gracieuse — «le lecteur n'y trouve ni mots vulgaires ni mots inusités et archaïques» — la versification impeccable, les images et les métaphores naturelles; la prolixité est absente. Le principal défaut du poème réside dans son intrigue: le héros, un personnage «infâme et moralement condamnable», n'a pas de place dans la poésie «qui a pour but non seulement le plaisir mais aussi l'utilité morale»; aussi son suicide est-il inadmissible. Selon Castorchis, «l'œuvre du poète n'est pas de dire les choses telles qu'elles se passent dans la vie, mais de sorte que, selon l'enseignement d'Aristote, la société tire profit de la poésie». L'économie est également défectueuse, les parties du poèmes étant mal agencées3.

Il s'agissait d'une œuvre d'Alexandre Catacouzinos (1824-1892). Aucune mention du concours n'accompagne ses deux publications4.

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1. Jugement de 1836, pp. 30-34.

2. N[icolaïdis] Myron, Ο Έλλην της Ίδης, εξάμετρον έπος εις άσματα δύω, Athènes 1856, pp. s'-ut.'.

3. Jugement de 1858, pp. 34-36.

4. Πανδώρα 7 (1856-57) 433-438 et A. Catacouzinos, Η θυγάτηρ του Τειρεσίου - Ο υιός του δημίου, Athènes 1879. —Sur A. Catacouzinos, voir: Πανδώρα 3 (1852-53) 240, Skokos, Ημερολόγιον 25 (1910) 23 et MEE 14 (1930) 49-50. G. Tertsétis (Ο θρίαμβος του ποιητ. διαγωνισμού, 3e acte) cite ironiquement des vers «savants» enpruntés à Ο υιός του δημίου:

Βαρύγδουπος ήχος χαλκίνων κωδώνων

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14) Εικασία : poème de 3 chants, en 2.000 trimètres iambiques rimes. Ses qualités sont nombreuses: intrigue heureuse, versification remarquable, invention riche, dénouement habile. Le rapporteur reproche à l'auteur le suicide d'un brigand, les blasphèmes d'un idolâtre contre le christianisme, ainsi qu'un anachronisme voulu. Les deux premiers chants du poème, contrairement au troisième, sont de longs récits sans rien de dramatique. Mais le poète décrit bien ses caractères et manie la langue avec précision, encore qu'il n'évite pas l'usage des mots homériques et rarissimes à côté des mots vulgaires. "Nous avouons que les frontières entre la langue ancienne et la langue moderne ne sont pas tracées, et qu'il est bon, avec le grand trésor de la langue ancienne de couvrir la nudité de la moderne; mais les vêtements doivent convenir aux saisons et à la taille du corps". Malgré ses défauts, ce poème est jugé digne du prix - le jury choisissant l'œuvre qui était relativement la meilleure - pour la riche invention, l'adroit dénouement, l'imagination fertile, la pureté et la précision de la langue. Deux accessits sont décernés aux poèmes No 12 et 13 1.

C'est ainsi que D. Vernardakis, couronné à 22 ans, après quatre participations aux concours, prenait en quelque sorte sa revanche. Le temps n'était pas encore éloigné où, débutant docile, il s'empressait de corriger ses vers selon les instructions du jury. Maintenant, il n'avait plus rien à changer: "Beaucoup de passages d' Εικασία furent jugés de mauvais goût. Nous avouons ne pas voir leur mauvais goût... Nous avons laissé les passages en question tels qu'ils étaient"2.

On ne saurait attribuer exclusivement une telle attitude à l'arrogance de la victoire. Vernardakis, au fond, semblait étranger à un homme comme Castorchis; il ne pouvait lui devoir le respect qu'il devait, par exemple, à Rangabé ou à Paparrigopoulos. De son côté, le rapporteur de 1856, classique et rationaliste, n'avait pas dû éprouver une grande admiration pour ce poème d'inspiration byzantine dont, exprimant la volonté de la majorité du jury, il annonçait la victoire: il suffit de lire attentivement le rapport de Castorchis pour apercevoir ses réticences à l'égard d' Εικασία et de son auteur.

Car, tout le problème est là: un texte comme celui du rapporteur

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εις οίκον Θεού τους πιστούς προσκαλεί...

Μετά του λαού και ο νέος Μαρτίνος,

νεόρραπτον φέρων στολήν εορτής.

1. Jugement de 1856, pp. 36-40.

2. D. N. Vernardakis, Εικασία, Athènes 1856, p. 76.

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n'offre, le plus souvent, qu'une seule dimension des choses, un sens presque unique. C'est à nous de lire entre ses lignes pour découvrir les sens multiples, les allusions cachées, les mouvements d'humeur dissimulés derrière une argumentation rationnelle. Parfois, le vrai débat ne se déroule qu'en marge: Castorchis et Tertsétis parlent des Noces d'Alexandre, mais leur principal différend porte en réalité sur le christianisme et sur le problème de l'unité. Par ailleurs, n'oublions pas que les luttes de tendances traduisent très souvent des antipathies personnelles, des conflits de coteries, de cliques et de castes. Si l'entrée dans les coulisses universitaires n'est pas toujours facile, la vie de ces coulisses ne doit pas être sous-estimée.

En deuxième lieu, nous devons toujours chercher l'essentiel et le principal derrière l'inessentiel et le secondaire. Deux poètes comme Tertsétis et Vernardakis n'avaient, apparemment, rien de commun, et ils pouvaient s'opposer sur tous les points: mais ce qui les unissait sur le plan idéologique - un romantisme "helléno-chrétien" concevant l'unité de l'hellénisme à trois étapes et sans discontinuité - n'était pas un détail insignifiant. Face à ce romantisme montant, dont Paparrigopoulos s'apprêtait à devenir le grand théoricien, les derniers représentants des Lumières (Assopios, Coumanoudis, Castorchis), contempteurs de Byzance et partisans d'une unité discontinue, se retranchaient derrière leur classicisme rationaliste. Le mot "romantisme" n'était pas encore prononcé par les rapporteurs dans le cadre des concours; les questions de la langue et de la grammaire continuaient à occuper le devant de la scène. Homogène aux yeux du public, le jury laissait difficilement apparaître ses luttes intestines. Mais, en 1856, tout en annonçant le couronnement de Vernardakis, Castorchis avait posé discrètement le problème d'une unité impossible et, en quelque sorte, avait préparé le chemin à sa "faction". Une bataille décisive allait s'engager l'année suivante.

2. 1857: Le romantisme au pilori

Le moment était propice: en 1857, Coumanoudis assumait le rôle du rapporteur, Assopios présidait le jury, Castorchis en faisait partie avec C. Paparrigopoulos et A. Roussopoulos. Or, une majorité "classique" était assurée. Comme Coumanoudis en 1855, A. R. Rangabé avait quitté son poste pour se joindre aux concurrents. Toutes les conditions favorables étaient réunies pour passer à la contre-attaque. Les prétextes n'y manquaient pas: au moment où, pour la première

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fois depuis le commencement des concours, la langue populaire n'était représentée par aucun des poèmes envoyés, les exagérations romantiques semblaient plus exaspérantes que jamais. Il fallait riposter énergiquement.

Selon l'usage, la cérémonie eut lieu le 25 mars1. Plus nombreux que jamais, les 18 poèmes jugés, totalisant 24.000 vers environ, avaient de quoi irriter un jury dont l'énorme labeur n'était récompensé ni moralement ni matériellement. Coumanoudis cache à peine son énervement. Il est caractéristique que, dans son rapport, le nom de Rallis, mentionné une fois en passant, n'est accompagné d'aucun éloge. La crise ouverte entre le jury et le fondateur n'était pas encore déclenchée, mais le malaise était déjà perceptible, même si le rapporteur, agacé surtout par la quantité et la mauvaise qualité des poèmes présentés, n'avait aucune raison de s'en prendre à Rallis.

Il fit pourtant l'éloge des concours, sans ménager leurs contempteurs, prétendument partisans d'œuvres plus positives2. Le succès de la nouvelle institution est, pour Coumanoudis, indéniable: non seulement depuis 1851 trois autres concours avaient été créés, mais c'est dans le cadre de l'institution de Rallis qu'avaient vu le jour les seules œuvres poétiques de valeur, tous les poèmes publiés en dehors des concours étant "des produits de vie douteuse". "Enfin, une critique publique de la poésie n'existant pas chez nous, comme dans les périodiques européens, quel est le mal si, une fois par an, à l'occasion du concours, on entend tenir dans cette salle des propos sur cette question?"3.

Cela dit, beaucoup de poèmes de l'année 1857 sont inadmissibles tant pour leur forme que pour leur contenu. Pour la forme tout d'abord: le jury éliminera désormais toutes les œuvres illisibles ou inachevées; il proposera, d'ailleurs, que le concours ait lieu tous les deux ans, de façon à ce que les concurrents puissent se préparer sans hâte. Pour le contenu ensuite: certains poèmes traitent des sujets "moralement condamnables", tels que les amours entre frères et sœurs. En outre, la présence de "beaucoup de folies" dans la production poétique de

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1. Voir les journaux Αθηνά, 27 mars 1857 et Ημέρα, 5/17 avril 1857.

2. Jugement de 1857, Πανδώρα 8 (1857-1858) 26. Évidemment, c'est P. Arghyropoulos qui est visé (voir R.R. de 1853, p. 35). G. Tertsétis avait déjà répondu au recteur de 1853 et défendu le concours de Rallis en citant comme exemple le respect de Périclès envers Sophocle: Ομιλία εκφωνηθείσα εις την Βιβλιοθήκην της Βουλής τη 28 Μαρτίου υπό Γ. Τερτζέτου, [Athènes, 1854], p. 7. D. Vemardakis, à son tour, attaquera P. Arghyropoulos nommément: Μαρία Δοξαπατρή, Munich 1858, p. ς΄.

3. Jugement de 1857, p. 26.

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1857 est inquiétante. Le fait que, dans la littérature grecque ancienne, se trouvent quelques cas de folie particuliers n'explique et ne justifie aucunement cette surabondance de maladies mentales, qui constitue avant tout, une "imitation étrangère". "Que disparaissent donc définitivement les exagérations et les mensonges anormaux de l'école poétique moderne qui, nous le répétons, est étrangère, non hellénique!". Aussi l'"hellénique" va-t-il de pair avec le "naturel", voire avec le "réel": Coumanoudis reproche aux poètes d'abuser des phénomènes de la nature, les utilisant à tort et à travers sans les connaître1.

Les problèmes de la versification ne préoccupent pas moins le rapporteur. Depuis trois ans, l'hexamètre, mis à la mode et préconisé par Rangabé, occupait dans les concours une place prépondérante. Il fallait mettre fin à cette domination. C'est ainsi que Coumanoudis, bien qu'il se félicite de l'augmentation des poèmes en mètres anciens, exprime ses réserves à l'égard du vers trochaïque de seize syllabes et, surtout, à l'égard de l'hexamètre, vers difficile et, en quelque sorte, étranger aux possibilités du grec moderne2; au contraire, selon le rapporteur, le trimètre iambique et le vers de quinze syllabes conviennent parfaitement à la poésie épique; les chants populaires en témoignent. "Il serait bon, peut-être, que nous respections un peu le sens musical du peuple...". Quant à lui, Coumanoudis, il le respecte absolument: les chants populaires "doivent avoir l'autorité d'Homère"3. Est-ce, en même temps, une ouverture indirecte vers la langue populaire? L'hommage rendu à Solomos, à Rigas et à Tertsétis le laisse penser4. Nous avons

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1. Ibid., p. 28. «L'attitude antiromantique des juges, tout aussi "étrangère" que la poésie romantique, sinon plus, a néanmoins certains effets salutaires: elle exige que la poésie plonge ses racines dans la réalité»; C. Th. Dimaras, Histoire, op. cit, p. 365.

2. Ibid. Th. Orphanidis (Χίος Δούλη και Τίρι-λίρι, Athènes 1858, p. 264), défenseur de l'hexamètre, ne manquera pas de relever l'inconséquence du rapporteur: "Il y a quelque temps, tu aimais les hexamètres et, si je ne me trompe, dans un concours désastreux pour toi, tu as servi un tel plat à la table des Muses". En effet, au concours de 1855, Coumanoudis avait présenté des poèmes en hexamètres.

3. Jugement de 1857, p. 30. C'est à ce passage que se réfère, plus tard C. Sathas ("Η δημοτική ποίησις και το Κάστρον της Ωριάς", Εστία 9, 1880, 310), lorsqu'il exprime son plein accord avec "un critique" qui "a fait le rapprochement entre les chants populaires et Homère". En 1892, C. Palamas reprend la même idée: "Les, chants populaires sont, seront et doivent être, pour nos véritables poètes, ce que furent à peu près pour les poètes de la Grèce ancienne les épopées d'Homère": Pal. A. t. II, p. 305.

4. Plus tard, faisant de nouveau l'éloge de Solomos, Coumanoudis prendra

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l'impression qu'Assopios, témoin silencieux, avait dû donner son entier consentement aux dires du rapporteur de 1857. Le refus du romantisme et le retour à la réalité ne passait-il pas obligatoirement par la langue vivante? Cette vérité, les hommes des Lumières, depuis Assopios jusqu'à Mistriotis, ne l'ont saisie qu'en partie. Et il est vrai que, comme nous le verrons souvent, ils ne refuseront pas les alliances "vulgaristes". Mais le moment n'était pas encore arrivé pour faire le pas en avant qu'allait faire une autre génération, celle de 1880, dans un contexte historique différent. En 1857, l'idéal classique mobilisait toutes les énergies universitaires et la lutte antiromantique passait avant tout.

Parmi les 18 poèmes jugés, 12 étaient épiques, 4 lyriques, un satirique et un dramatique. Le prix de l'année précédente n'avait pas manqué de produire ses effets, comme si le couronnement d'une épopée était, de la part du jury, une incitation à l'envoi d'œuvres épiques. Deux autres poèmes furent exclus du concours: le premier était arrivé après échéance; le second, "œuvre, semble-t-il, importante", était une traduction des 5 premiers chants de "Jérusalem délivrée" du Tasse; elle n'avait pas droit au concours, vu que "la participation de traductions n'est pas prévue par les clauses du fondateur"1.

Ces deux poèmes éliminés nous sont connus. Le premier, œuvre d'Emmanuel, est un poème sur les massacres de Chio en 1822, accompagné d'une lettre-dédicace à Tantalidis2. Quant à la traduction du Tasse, elle est due à la plume de A. R. Rangabé3.

Les 18 poèmes jugés, dans l'ordre du rapport de Coumanoudis, sont les suivants:

1) Κλεόβουλος και Αγγελική : poème épique en hexamètres, occupant, avec les deux suivants, la dernière place du concours. L'auteur,

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ouvertement position pour la langue populaire; voir N.I. Spandonis, "Ο Στέφανος Κουμανούδης περί του γλωσσικού ζητήματος", Νέα Ελλάς 1, Athènes 1894, pp. 237-245.

1. Jugement de 1857, p. 26. Coumanoudis lui-même avait présenté au concours de 1855 Συλλογή ποιηματίων qui contenait des traductions. Mais le rapporteur Ioannou n'avait pas fait appel au règlement de Rallis.

2. Emmanuel, Ο έμπορος ποιητής, ποίημα αποβληθέν εκ του ποιητικού συναγωνισμού του έτους 1857, Hermoupolis 1858.

3. La traduction du Tasse est publiée dans A.R. Rangabé, Διάφορα Διηγήματα και Ποιήματα, t. III, Athènes 1859; cf. le compte rendu inachevé de A*** [=Th. Orphanidis] dans Πανδώρα 10 (1859-60) 579-582. En 1860, les attaques furieuses d'Orphanidis (Ο Άγιος Μηνάς, Athènes 1860) contre Rangabé n'épargneront pas la traduction du Tasse, dont une longue défense est publiée dans le journal Η Ελπίς, 24 mai 1860. Beaucoup plus tard, J. Polylas (Η φιλολογική μας γλώσσα, Athènes 1892, pp. 25-36) se livrera à une sévère critique de cette traduction.

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qui semble avoir lu énormément de romans en vers français, échoue complètement. Ses interrogations oratoires fréquentes sont "répréhensibles"1.

Il s'agissait de la première participation d'Ange Vlachos (1838-1920), à 19 ans. Le jeune auteur publiait la même année son premier recueil de poèmes qui contenait, entre autres, les vers envoyés au concours. Il n'y manquait pas, dans une violente réponse à Coumanoudis, de reprocher au rapporteur sa partialité pour Vernardakis! Au demeurant, l'indignation de Vlachos n'avait rien d'original: "Plus que le jugement du jury je respecte le jugement du public"2.

2) Αδελφότης και Έρως : poème épique insignifiant, plein de "scélératesses" et de fautes de grammaire.

3) Αβουλίας αποτελέσματα : poème épique, caractérisé par l'abondance des démons; il n'est exempt ni de notions erronées ni de fautes de grammaire.

Les trois poèmes suivants, quoique irréprochables du point de vue moral, constituent de froids essais qui emploient, inutilement, des mots homériques:

4) Ο Αριστόδημος ή ο εν Μεσσηνία πατριωτισμός : poème épique en 1.300 hexamètres. Abus d'adjectifs, fautes de grammaire.

5) Οι Γάμοι Πηλέως και Θέτιδος : poème épique en hexamètre. Abondance de fautes de grammaire.

6) Η θυγάτηρ του Τειρεσίου : poème épique, relativement meilleur que les deux précédents et avec peu de fautes de grammaire3.

Il s'agissait d'une œuvre de A. Catacouzinos, publiée plus tard sans aucune mention des concours4.

7) Αι Αναμνήσεις της Πριγκήπου : poème lyrique simple, non dépourvu d'une certaine grâce idyllique vers la fin. L'auteur paraît très jeune et il est plein de nobles sentiments. "Mais dans ses vers non rimés de quinze syllabes nous n'apercevons ni art ni faculté poétique"5.

Ce "très jeune" auteur (en effet, il avait 22 ans) n'était autre que D. Vikélas (1835-1908). Beaucoup plus tard, il racontera comment, de retour de Londres, il écrivit son poème et, poussé par son oncle

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1. Jugement de 1867, p. 29.

2. A. Vlachos, Η Ηώς, Athènes 1857, p. γ'.

3. Jugement de 1857, p. 29.

4. A. Catacouzinos, Η θυγάτηρ του Τειρεσίου - Ο υιός του δημίου, Athènes 1879, pp. 3-32.

5. Jugement de 1837, p. 29.

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Léon Mélas, il l'envoya au jury, pour recevoir de Coumanoudis "une leçon salutaire". Il déchira son manuscrit sans le publier. Il ne devait plus jamais participer aux concours1.

8) Ελλάς και Ορθοδοξία : hymne qui devrait occuper une place inférieure, si son titre n'était pas aussi respectable. L'auteur se soucie de la grammaire et ne manque peut-être pas d'imagination; mais il abuse des synérèses, échoue dans la composition et, surtout, "néglige, l'intelligence, comme si elle était quelque chose d'inutile en poésie"2.

Il s'agissait de la deuxième participation de S. Mélissinos. L'auteur remania son hymne et il en publia trois extraits3.

9) Μελωδήματα ή λυρικών ποιημάτων ανθοδέσμη : recueil de poèmes d'amour, pour la plupart, et poèmes philosophiques. L'auteur devrait attacher plus d'importance à la grammaire. L'imitation des sonnets italiens est à noter4.

Il s'agissait d'une œuvre de A. Vlachos, publiée dans le même recueil que son poème épique (No 1). Dans sa réponse à Coumanoudis, le jeune auteur se montre particulièrement sensible au reproche concernant la grammaire: "Que le rapporteur me dise... que mes essais poétiques ont plusieurs défauts et que, en fin de compte, en faisant des vers je ne fais pas de poésie, j'assure franchement le lecteur que cela ne me gêne pas du tout...; qu'il me dise, cependant, que je commets des fautes de grammaire, en d'autres termes que je suis illettré..., cela me blesse et je n'accepte nullement un tel reproche"5.

10) Ο συρμός : poème satirique. L'auteur, quoique pourvu de culture et d'esprit, considérant la poésie satirique comme quelque chose de facile, aligne toutes sortes de plaisanteries sans distinction et sans art; il néglige, en outre, le style et la versification.

11) Μυρσίνη και Φώτος : poème épique, plein de massacres, d'intrigues, de vengeances, etc., et difficile à suivre. Idées déplacées, monotonie. La versification est soignée; les fautes d'orthographe abondent6.

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1. D. Vikélas, Η ζωή μου, Athènes 1908, pp. 307-308; cf. p. 397.

2. Jugement de 1857, p. 29.

3. S. Mélissinos, Η πτώσις του Βυζαντίου - Είς στεναγμός του Μεσολογγίου - Η ενσάρκωσις του Σωτήρος. Τρία αποσπάσματα εκ τινος ανεκδότου ποιήματος επιγραφομένου Ελλάς και Ορθοδοξία, Corfou 1859.

4. Jugement de 1857, p. 29.

5. A. Vlachos, op. cit., p. ζ'.

6. Jugement de 1857, pp. 29-30,

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Il s'agissait d'une œuvre de S. Carydis. Elle sera envoyée de nouveau au concours de 1859 1.

12) Κράμα χολής και μέλιτος : poème épique en 1.487 hexamètres. Il s'agit de l'œuvre présentée au concours de 1856. Elle est écrite avec habileté. Ses lacunes, cependant, rendent l'intrigue incompréhensible. Mais le lecteur grec est surtout choqué d'y trouver des mœurs étrangères (duels, enlèvements d'amour avec le concours des contrebandiers, etc.). La langue est soignée, mais la versification défectueuse.

13) Εύχαρις, ήτοι ο αγών του 1854 : poème épique inachevé en 600 vers non rimés; il a l'économie mauvaise et présente des lacunes. Louable pour son patriotisme, l'auteur est néanmoins critiqué pour ses généralités et pour l'absence de choses concrètes2.

Il s'agissait d'une œuvre de Constantin Pop (1816-1878), publiée sous les initiales C.P.3

14) Ανάμικτα : recueil de poèmes lyriques, dont trois ou quatre «très beaux». L'auteur fait montre d'une saine sensibilité qui prend souvent des accents élégiaques; il se sert de l'imagination et de l'intelligence à la fois, ce qui est très rare. Si ses idées et ses images ne manquent pas d'originalité, sa langue est irrégulière et sa versification «très souvent rude et négligée»4.

Il s'agissait de la deuxième participation de Gérasime Mavroyannis5.

15) Ο ραψωδός : poème épique en 968 vers rimes. L'auteur ne manque ni d'esprit ni de culture; ses idées sont parfois bonnes, sa 

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1. Cette œuvre, dont un extrait parut anonymement dans Πανδώρα 8 (1857-58) 263, est publiée dans le journal de Carydis Το Φως, 1er janvier 1864-14 mars 1864. Sa publication en brochure nous est connue: S. Carydis, Η κοινωνία των Αθηνών, Athènes 1868, 4ème page de la couverture. Nous n'avons pas pu consulter cette édition.

2. Jugement de 1851, p. 30.

3. Πανδώρα 8 (1857-58) 473-474 et 498-499; cf. p. 564, où l'auteur est cité parmi les rédacteurs de Πανδώρα à Corfou. Cette œuvre, qui porte la date du 11 décembre 1857, fut probablement remaniée en vue de sa publication. —Sur C. Pop, connu sous le pseudonyme de Gorgias, voir les revues Βύρων 3 (1878) 189, et Παρνασσός 2 (1878) 156, MEE 20 (1932) 953 et C. Th. Dimaras, Histoire, op. cit., p. 353.

4. Jugement de 1857, p. 30.

5. Ses poèmes envoyés aux concours de 1852 et de 1857 sont publiés dans Ποιητική συλλογή, Athènes 1858. Coumanoudis considère comme meilleurs les poèmes Η νοσταλγία μου, Ο άπατρις et Ωδή εις την Σεβαστούπολιν, dont les deux premiers sont reproduits dans Mat. Parn., pp. 856-860. Il est à noter qu'un autre recueil de poèmes lyriques, sous le titre Ανάμικτα, fut envoyé au concours de 1874.

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langue suffisamment pure, sa versification plaisante et sa rime riche. Mais le poème est "très obscur" et son intrigue invraisemblable. A la place du héros imaginaire, un personnage historique aurait été préférable.

16) Τίρι-λίρι ή Το κυνηγέσιον εν τη νήσω Σύρω : poème satirique en 6 chants, dont trois furent envoyés au concours (1.300 vers rimés). La langue, en général bonne, n'est pas exempte de fautes de grammaire. Les vers de quinze syllabes, quoique "très bons et naturels" quant à la rime, ne suivent pas l'exemple des chants populaires "qui doivent avoir l'autorité d'Homère". Sorti d'une plume exercée au genre satirique, ce poème n'en reste pas moins "remarquable"1.

Cette œuvre d'Orphanidis, complétée, sera envoyée de nouveau au concours de l'année suivante.

17) Χίος δούλη : poème épique en 1.113 hexamètres, du même auteur que le poème précédent. Bien qu'il constitue une partie d'une œuvre plus étendue, l'extrait envoyé au concours possède une certaine autonomie. Les épisodes y sont naturels et les caractères "variés et vivement peints". Parmi les défauts du poème: les longues descriptions qui interrompent la narration, ainsi que les répétitions de mots et de phrases. La langue est relativement bonne et, heureusement, exempte de mots par trop archaïques; mais les fautes d'orthographe y sont plus nombreuses que dans n'importe quel autre poème. Enfin, les hexamètres "ne sont pas suffisamment vigoureux"2.

Complété, ce poème aussi sera envoyé de nouveau par Orphanidis au concours de l'année suivante.

18) Μαρία Δοξαπατρή : drame en trimètres iambiques (3.000 vers environ accompagnés de passages en prose), tiré de la "Chronique de Morée". Selon le rapporteur, il s'agit plutôt d'un "poème à apparence dramatique" que d'un drame proprement dit. Riche en idées et en sentiments, ce poème ne manque pourtant pas de défauts, surtout dans sa composition; la vérité psychologique est souvent absente, et l'intrigue, malgré son ingéniosité, maladroite. Il ne fait pas de doute que l'auteur imite Shakespeare: on s'en rend compte aussi bien par la forme de l'œuvre (mélange d'épisodes comiques et tragiques, de poésie et de prose) que par son contenu (imitation de l'entretien de Roméo et de Juliette). Mais l'auteur grec n'évite pas toujours ni la prolixité et la froideur ni les exagérations et les invraisemblances. Sa langue,

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1. Jugement de 1857, pp. 30-31.

2. Ibid., pp. 32-33.

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dépourvue de fautes de grammaire, est pleine de mots et de phrases archaïques, ce qui est inconvenant, surtout dans un texte de théâtre. En outre, la versification est souvent négligée.

Bien que meilleurs que tous les autres, les deux derniers poèmes, en raison de leurs défauts sérieux, mirent cependant les juges dans une situation difficile: un choix entre ces deux poèmes était impossible, les membres du jury de 1857 refusant de retomber dans le relativisme de l'année précédente. Finalement, persuadés qu'il fallait, de temps en temps, exiger de la poésie une perfection plus rigoureuse, ils décidèrent, à l'unanimité, de ne décerner aucun prix. Les poèmes No 17 et 18 obtenaient deux accessits1.

On pouvait prévoir la suite : les protestations ne se firent pas attendre. Comme en 1852, la décision du jury ne manqua pas de soulever une série de polémiques dans les journaux; Η Ελπίς donna le signal d'attaque contre Coumanoudis. On cria de nouveau à l'injustice, on dénonça la sévérité excessive d'un verdict qui, parmi 18 poèmes, n'en trouvait aucun digne du prix. Au moment où la tension entre les universitaires et le fondateur Rallis entrait dans une phase critique, le rapport de Coumanoudis, cible principale des contestataires, suscitait de nouvelles animosités et, des mois durant, ajoutait au déferlement des passions.

Privé du prix, l'auteur de Μαρία Δοξαπατρή D. Vernardakis avait plus de raisons que quiconque de garder rancune au jury. Il ne tarda pas à passer à la contre-attaque dans une longue lettre-réponse (Munich, 27 mai 1857); le journal Αθηνά, qui en publia de longs extraits, ne manqua pas de souligner l'importance de cette réfutation contenant "des idées et des jugements dignes du plus haut intérêt, surtout à l'heure actuelle, lorsque le premier illettré venu se considère comme un législateur qualifié de la langue"".

Car, c'était toujours sur le terrain linguistique que Vernardakis menait principalement son combat. De tous les reproches de Coumanoudis, le plus cuisant pour lui était, sans doute, celui qui concernait l'usage de mots et de phrases archaïques. Il devait, avant tout, justifier sa langue. Mais il allait plus loin: en désaccord avec le rapporteur de 1857, qui était partisan d'une unité interrompue, il transférait dans le domaine linguistique le concept romantique de l'unité totale. C'est pourquoi il s'opposait au morcellement du grec, "la langue la plus

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1. Ibid., p. 39.

2. Αθηνά, 3 juin 1857.

Σελ. 122
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    Σελίδα: 103
    22. Moullas, Concours poetiques

    CHAPITRE II

    LE DÉBAT S'ÉLARGIT (1856-1860)

    Τον Βύρωνα αναπολείς και κλαίεις; θα τη είπουν,

    Δεν θέλομεν ρομαντισμούς ημείς· αυτά μας λείπουν!

    J. Cambouroglou (1872)

    Le problème de la langue, nous l'avons vu, domina la première période des concours de façon décisive. Il ne devait pas, bien sûr, disparaître automatiquement pas la suite; mais ses rebondissements, dus notamment aux défis de Tertsétis, furent loin de prendre le caractère d'une résistance collective. Pendant les cinq premières années, les jurys avaient réussi à imposer leur loi. Ils pouvaient enfin durcir leurs positions pour empêcher toute récidive vulgariste: en effet, le rapporteur Castorchis annonçait, en 1856, que les poèmes écrits en langue démotique seraient exclus désormais, sans commentaires. Quand, en 1858, Tertsétis souleva à nouveau le problème, il dut vite comprendre, par la violente réponse de Paparrigopoulos, que les universitaires n'étaient nullement disposés à revenir sur leur décision. A coup sûr, les vulgaristes n'avaient pas de place dans l'institution de Rallis. Il fallut attendre Voutsinas pour que l'interdit frappant la langue populaire fût officiellement levé (1862). Mais on n'en était pas encore là.

    Entre-temps, par la force des choses, le débat devait prendre plus d'ampleur. En fin de compte, la question de la langue, malgré son importance, n'en restait pas moins subordonnée à des objectifs d'ordre idéologique: le «retour aux formes anciennes» était, certes, d'une priorité presque absolue, mais il ne pouvait devenir une fin en soi, l'essentiel étant toujours d'établir entre le présent et le passé des liens à tous les niveaux et dans tous les domaines. Or, la bataille linguistique, si importante fût-elle, ne constituait, en réalité, qu'une étape. C'était là que reposait l'édifice idéologique de la Grande Idée. Cette unité, conçue différemment mais acceptée par tous, imprimait son élan à