Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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n'offre, le plus souvent, qu'une seule dimension des choses, un sens presque unique. C'est à nous de lire entre ses lignes pour découvrir les sens multiples, les allusions cachées, les mouvements d'humeur dissimulés derrière une argumentation rationnelle. Parfois, le vrai débat ne se déroule qu'en marge: Castorchis et Tertsétis parlent des Noces d'Alexandre, mais leur principal différend porte en réalité sur le christianisme et sur le problème de l'unité. Par ailleurs, n'oublions pas que les luttes de tendances traduisent très souvent des antipathies personnelles, des conflits de coteries, de cliques et de castes. Si l'entrée dans les coulisses universitaires n'est pas toujours facile, la vie de ces coulisses ne doit pas être sous-estimée.

En deuxième lieu, nous devons toujours chercher l'essentiel et le principal derrière l'inessentiel et le secondaire. Deux poètes comme Tertsétis et Vernardakis n'avaient, apparemment, rien de commun, et ils pouvaient s'opposer sur tous les points: mais ce qui les unissait sur le plan idéologique - un romantisme "helléno-chrétien" concevant l'unité de l'hellénisme à trois étapes et sans discontinuité - n'était pas un détail insignifiant. Face à ce romantisme montant, dont Paparrigopoulos s'apprêtait à devenir le grand théoricien, les derniers représentants des Lumières (Assopios, Coumanoudis, Castorchis), contempteurs de Byzance et partisans d'une unité discontinue, se retranchaient derrière leur classicisme rationaliste. Le mot "romantisme" n'était pas encore prononcé par les rapporteurs dans le cadre des concours; les questions de la langue et de la grammaire continuaient à occuper le devant de la scène. Homogène aux yeux du public, le jury laissait difficilement apparaître ses luttes intestines. Mais, en 1856, tout en annonçant le couronnement de Vernardakis, Castorchis avait posé discrètement le problème d'une unité impossible et, en quelque sorte, avait préparé le chemin à sa "faction". Une bataille décisive allait s'engager l'année suivante.

2. 1857: Le romantisme au pilori

Le moment était propice: en 1857, Coumanoudis assumait le rôle du rapporteur, Assopios présidait le jury, Castorchis en faisait partie avec C. Paparrigopoulos et A. Roussopoulos. Or, une majorité "classique" était assurée. Comme Coumanoudis en 1855, A. R. Rangabé avait quitté son poste pour se joindre aux concurrents. Toutes les conditions favorables étaient réunies pour passer à la contre-attaque. Les prétextes n'y manquaient pas: au moment où, pour la première

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fois depuis le commencement des concours, la langue populaire n'était représentée par aucun des poèmes envoyés, les exagérations romantiques semblaient plus exaspérantes que jamais. Il fallait riposter énergiquement.

Selon l'usage, la cérémonie eut lieu le 25 mars1. Plus nombreux que jamais, les 18 poèmes jugés, totalisant 24.000 vers environ, avaient de quoi irriter un jury dont l'énorme labeur n'était récompensé ni moralement ni matériellement. Coumanoudis cache à peine son énervement. Il est caractéristique que, dans son rapport, le nom de Rallis, mentionné une fois en passant, n'est accompagné d'aucun éloge. La crise ouverte entre le jury et le fondateur n'était pas encore déclenchée, mais le malaise était déjà perceptible, même si le rapporteur, agacé surtout par la quantité et la mauvaise qualité des poèmes présentés, n'avait aucune raison de s'en prendre à Rallis.

Il fit pourtant l'éloge des concours, sans ménager leurs contempteurs, prétendument partisans d'œuvres plus positives2. Le succès de la nouvelle institution est, pour Coumanoudis, indéniable: non seulement depuis 1851 trois autres concours avaient été créés, mais c'est dans le cadre de l'institution de Rallis qu'avaient vu le jour les seules œuvres poétiques de valeur, tous les poèmes publiés en dehors des concours étant "des produits de vie douteuse". "Enfin, une critique publique de la poésie n'existant pas chez nous, comme dans les périodiques européens, quel est le mal si, une fois par an, à l'occasion du concours, on entend tenir dans cette salle des propos sur cette question?"3.

Cela dit, beaucoup de poèmes de l'année 1857 sont inadmissibles tant pour leur forme que pour leur contenu. Pour la forme tout d'abord: le jury éliminera désormais toutes les œuvres illisibles ou inachevées; il proposera, d'ailleurs, que le concours ait lieu tous les deux ans, de façon à ce que les concurrents puissent se préparer sans hâte. Pour le contenu ensuite: certains poèmes traitent des sujets "moralement condamnables", tels que les amours entre frères et sœurs. En outre, la présence de "beaucoup de folies" dans la production poétique de

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1. Voir les journaux Αθηνά, 27 mars 1857 et Ημέρα, 5/17 avril 1857.

2. Jugement de 1857, Πανδώρα 8 (1857-1858) 26. Évidemment, c'est P. Arghyropoulos qui est visé (voir R.R. de 1853, p. 35). G. Tertsétis avait déjà répondu au recteur de 1853 et défendu le concours de Rallis en citant comme exemple le respect de Périclès envers Sophocle: Ομιλία εκφωνηθείσα εις την Βιβλιοθήκην της Βουλής τη 28 Μαρτίου υπό Γ. Τερτζέτου, [Athènes, 1854], p. 7. D. Vemardakis, à son tour, attaquera P. Arghyropoulos nommément: Μαρία Δοξαπατρή, Munich 1858, p. ς΄.

3. Jugement de 1857, p. 26.

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1857 est inquiétante. Le fait que, dans la littérature grecque ancienne, se trouvent quelques cas de folie particuliers n'explique et ne justifie aucunement cette surabondance de maladies mentales, qui constitue avant tout, une "imitation étrangère". "Que disparaissent donc définitivement les exagérations et les mensonges anormaux de l'école poétique moderne qui, nous le répétons, est étrangère, non hellénique!". Aussi l'"hellénique" va-t-il de pair avec le "naturel", voire avec le "réel": Coumanoudis reproche aux poètes d'abuser des phénomènes de la nature, les utilisant à tort et à travers sans les connaître1.

Les problèmes de la versification ne préoccupent pas moins le rapporteur. Depuis trois ans, l'hexamètre, mis à la mode et préconisé par Rangabé, occupait dans les concours une place prépondérante. Il fallait mettre fin à cette domination. C'est ainsi que Coumanoudis, bien qu'il se félicite de l'augmentation des poèmes en mètres anciens, exprime ses réserves à l'égard du vers trochaïque de seize syllabes et, surtout, à l'égard de l'hexamètre, vers difficile et, en quelque sorte, étranger aux possibilités du grec moderne2; au contraire, selon le rapporteur, le trimètre iambique et le vers de quinze syllabes conviennent parfaitement à la poésie épique; les chants populaires en témoignent. "Il serait bon, peut-être, que nous respections un peu le sens musical du peuple...". Quant à lui, Coumanoudis, il le respecte absolument: les chants populaires "doivent avoir l'autorité d'Homère"3. Est-ce, en même temps, une ouverture indirecte vers la langue populaire? L'hommage rendu à Solomos, à Rigas et à Tertsétis le laisse penser4. Nous avons

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1. Ibid., p. 28. «L'attitude antiromantique des juges, tout aussi "étrangère" que la poésie romantique, sinon plus, a néanmoins certains effets salutaires: elle exige que la poésie plonge ses racines dans la réalité»; C. Th. Dimaras, Histoire, op. cit, p. 365.

2. Ibid. Th. Orphanidis (Χίος Δούλη και Τίρι-λίρι, Athènes 1858, p. 264), défenseur de l'hexamètre, ne manquera pas de relever l'inconséquence du rapporteur: "Il y a quelque temps, tu aimais les hexamètres et, si je ne me trompe, dans un concours désastreux pour toi, tu as servi un tel plat à la table des Muses". En effet, au concours de 1855, Coumanoudis avait présenté des poèmes en hexamètres.

3. Jugement de 1857, p. 30. C'est à ce passage que se réfère, plus tard C. Sathas ("Η δημοτική ποίησις και το Κάστρον της Ωριάς", Εστία 9, 1880, 310), lorsqu'il exprime son plein accord avec "un critique" qui "a fait le rapprochement entre les chants populaires et Homère". En 1892, C. Palamas reprend la même idée: "Les, chants populaires sont, seront et doivent être, pour nos véritables poètes, ce que furent à peu près pour les poètes de la Grèce ancienne les épopées d'Homère": Pal. A. t. II, p. 305.

4. Plus tard, faisant de nouveau l'éloge de Solomos, Coumanoudis prendra

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l'impression qu'Assopios, témoin silencieux, avait dû donner son entier consentement aux dires du rapporteur de 1857. Le refus du romantisme et le retour à la réalité ne passait-il pas obligatoirement par la langue vivante? Cette vérité, les hommes des Lumières, depuis Assopios jusqu'à Mistriotis, ne l'ont saisie qu'en partie. Et il est vrai que, comme nous le verrons souvent, ils ne refuseront pas les alliances "vulgaristes". Mais le moment n'était pas encore arrivé pour faire le pas en avant qu'allait faire une autre génération, celle de 1880, dans un contexte historique différent. En 1857, l'idéal classique mobilisait toutes les énergies universitaires et la lutte antiromantique passait avant tout.

Parmi les 18 poèmes jugés, 12 étaient épiques, 4 lyriques, un satirique et un dramatique. Le prix de l'année précédente n'avait pas manqué de produire ses effets, comme si le couronnement d'une épopée était, de la part du jury, une incitation à l'envoi d'œuvres épiques. Deux autres poèmes furent exclus du concours: le premier était arrivé après échéance; le second, "œuvre, semble-t-il, importante", était une traduction des 5 premiers chants de "Jérusalem délivrée" du Tasse; elle n'avait pas droit au concours, vu que "la participation de traductions n'est pas prévue par les clauses du fondateur"1.

Ces deux poèmes éliminés nous sont connus. Le premier, œuvre d'Emmanuel, est un poème sur les massacres de Chio en 1822, accompagné d'une lettre-dédicace à Tantalidis2. Quant à la traduction du Tasse, elle est due à la plume de A. R. Rangabé3.

Les 18 poèmes jugés, dans l'ordre du rapport de Coumanoudis, sont les suivants:

1) Κλεόβουλος και Αγγελική : poème épique en hexamètres, occupant, avec les deux suivants, la dernière place du concours. L'auteur,

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ouvertement position pour la langue populaire; voir N.I. Spandonis, "Ο Στέφανος Κουμανούδης περί του γλωσσικού ζητήματος", Νέα Ελλάς 1, Athènes 1894, pp. 237-245.

1. Jugement de 1857, p. 26. Coumanoudis lui-même avait présenté au concours de 1855 Συλλογή ποιηματίων qui contenait des traductions. Mais le rapporteur Ioannou n'avait pas fait appel au règlement de Rallis.

2. Emmanuel, Ο έμπορος ποιητής, ποίημα αποβληθέν εκ του ποιητικού συναγωνισμού του έτους 1857, Hermoupolis 1858.

3. La traduction du Tasse est publiée dans A.R. Rangabé, Διάφορα Διηγήματα και Ποιήματα, t. III, Athènes 1859; cf. le compte rendu inachevé de A*** [=Th. Orphanidis] dans Πανδώρα 10 (1859-60) 579-582. En 1860, les attaques furieuses d'Orphanidis (Ο Άγιος Μηνάς, Athènes 1860) contre Rangabé n'épargneront pas la traduction du Tasse, dont une longue défense est publiée dans le journal Η Ελπίς, 24 mai 1860. Beaucoup plus tard, J. Polylas (Η φιλολογική μας γλώσσα, Athènes 1892, pp. 25-36) se livrera à une sévère critique de cette traduction.

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qui semble avoir lu énormément de romans en vers français, échoue complètement. Ses interrogations oratoires fréquentes sont "répréhensibles"1.

Il s'agissait de la première participation d'Ange Vlachos (1838-1920), à 19 ans. Le jeune auteur publiait la même année son premier recueil de poèmes qui contenait, entre autres, les vers envoyés au concours. Il n'y manquait pas, dans une violente réponse à Coumanoudis, de reprocher au rapporteur sa partialité pour Vernardakis! Au demeurant, l'indignation de Vlachos n'avait rien d'original: "Plus que le jugement du jury je respecte le jugement du public"2.

2) Αδελφότης και Έρως : poème épique insignifiant, plein de "scélératesses" et de fautes de grammaire.

3) Αβουλίας αποτελέσματα : poème épique, caractérisé par l'abondance des démons; il n'est exempt ni de notions erronées ni de fautes de grammaire.

Les trois poèmes suivants, quoique irréprochables du point de vue moral, constituent de froids essais qui emploient, inutilement, des mots homériques:

4) Ο Αριστόδημος ή ο εν Μεσσηνία πατριωτισμός : poème épique en 1.300 hexamètres. Abus d'adjectifs, fautes de grammaire.

5) Οι Γάμοι Πηλέως και Θέτιδος : poème épique en hexamètre. Abondance de fautes de grammaire.

6) Η θυγάτηρ του Τειρεσίου : poème épique, relativement meilleur que les deux précédents et avec peu de fautes de grammaire3.

Il s'agissait d'une œuvre de A. Catacouzinos, publiée plus tard sans aucune mention des concours4.

7) Αι Αναμνήσεις της Πριγκήπου : poème lyrique simple, non dépourvu d'une certaine grâce idyllique vers la fin. L'auteur paraît très jeune et il est plein de nobles sentiments. "Mais dans ses vers non rimés de quinze syllabes nous n'apercevons ni art ni faculté poétique"5.

Ce "très jeune" auteur (en effet, il avait 22 ans) n'était autre que D. Vikélas (1835-1908). Beaucoup plus tard, il racontera comment, de retour de Londres, il écrivit son poème et, poussé par son oncle

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1. Jugement de 1867, p. 29.

2. A. Vlachos, Η Ηώς, Athènes 1857, p. γ'.

3. Jugement de 1857, p. 29.

4. A. Catacouzinos, Η θυγάτηρ του Τειρεσίου - Ο υιός του δημίου, Athènes 1879, pp. 3-32.

5. Jugement de 1837, p. 29.

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Léon Mélas, il l'envoya au jury, pour recevoir de Coumanoudis "une leçon salutaire". Il déchira son manuscrit sans le publier. Il ne devait plus jamais participer aux concours1.

8) Ελλάς και Ορθοδοξία : hymne qui devrait occuper une place inférieure, si son titre n'était pas aussi respectable. L'auteur se soucie de la grammaire et ne manque peut-être pas d'imagination; mais il abuse des synérèses, échoue dans la composition et, surtout, "néglige, l'intelligence, comme si elle était quelque chose d'inutile en poésie"2.

Il s'agissait de la deuxième participation de S. Mélissinos. L'auteur remania son hymne et il en publia trois extraits3.

9) Μελωδήματα ή λυρικών ποιημάτων ανθοδέσμη : recueil de poèmes d'amour, pour la plupart, et poèmes philosophiques. L'auteur devrait attacher plus d'importance à la grammaire. L'imitation des sonnets italiens est à noter4.

Il s'agissait d'une œuvre de A. Vlachos, publiée dans le même recueil que son poème épique (No 1). Dans sa réponse à Coumanoudis, le jeune auteur se montre particulièrement sensible au reproche concernant la grammaire: "Que le rapporteur me dise... que mes essais poétiques ont plusieurs défauts et que, en fin de compte, en faisant des vers je ne fais pas de poésie, j'assure franchement le lecteur que cela ne me gêne pas du tout...; qu'il me dise, cependant, que je commets des fautes de grammaire, en d'autres termes que je suis illettré..., cela me blesse et je n'accepte nullement un tel reproche"5.

10) Ο συρμός : poème satirique. L'auteur, quoique pourvu de culture et d'esprit, considérant la poésie satirique comme quelque chose de facile, aligne toutes sortes de plaisanteries sans distinction et sans art; il néglige, en outre, le style et la versification.

11) Μυρσίνη και Φώτος : poème épique, plein de massacres, d'intrigues, de vengeances, etc., et difficile à suivre. Idées déplacées, monotonie. La versification est soignée; les fautes d'orthographe abondent6.

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1. D. Vikélas, Η ζωή μου, Athènes 1908, pp. 307-308; cf. p. 397.

2. Jugement de 1857, p. 29.

3. S. Mélissinos, Η πτώσις του Βυζαντίου - Είς στεναγμός του Μεσολογγίου - Η ενσάρκωσις του Σωτήρος. Τρία αποσπάσματα εκ τινος ανεκδότου ποιήματος επιγραφομένου Ελλάς και Ορθοδοξία, Corfou 1859.

4. Jugement de 1857, p. 29.

5. A. Vlachos, op. cit., p. ζ'.

6. Jugement de 1857, pp. 29-30,

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Il s'agissait d'une œuvre de S. Carydis. Elle sera envoyée de nouveau au concours de 1859 1.

12) Κράμα χολής και μέλιτος : poème épique en 1.487 hexamètres. Il s'agit de l'œuvre présentée au concours de 1856. Elle est écrite avec habileté. Ses lacunes, cependant, rendent l'intrigue incompréhensible. Mais le lecteur grec est surtout choqué d'y trouver des mœurs étrangères (duels, enlèvements d'amour avec le concours des contrebandiers, etc.). La langue est soignée, mais la versification défectueuse.

13) Εύχαρις, ήτοι ο αγών του 1854 : poème épique inachevé en 600 vers non rimés; il a l'économie mauvaise et présente des lacunes. Louable pour son patriotisme, l'auteur est néanmoins critiqué pour ses généralités et pour l'absence de choses concrètes2.

Il s'agissait d'une œuvre de Constantin Pop (1816-1878), publiée sous les initiales C.P.3

14) Ανάμικτα : recueil de poèmes lyriques, dont trois ou quatre «très beaux». L'auteur fait montre d'une saine sensibilité qui prend souvent des accents élégiaques; il se sert de l'imagination et de l'intelligence à la fois, ce qui est très rare. Si ses idées et ses images ne manquent pas d'originalité, sa langue est irrégulière et sa versification «très souvent rude et négligée»4.

Il s'agissait de la deuxième participation de Gérasime Mavroyannis5.

15) Ο ραψωδός : poème épique en 968 vers rimes. L'auteur ne manque ni d'esprit ni de culture; ses idées sont parfois bonnes, sa 

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1. Cette œuvre, dont un extrait parut anonymement dans Πανδώρα 8 (1857-58) 263, est publiée dans le journal de Carydis Το Φως, 1er janvier 1864-14 mars 1864. Sa publication en brochure nous est connue: S. Carydis, Η κοινωνία των Αθηνών, Athènes 1868, 4ème page de la couverture. Nous n'avons pas pu consulter cette édition.

2. Jugement de 1851, p. 30.

3. Πανδώρα 8 (1857-58) 473-474 et 498-499; cf. p. 564, où l'auteur est cité parmi les rédacteurs de Πανδώρα à Corfou. Cette œuvre, qui porte la date du 11 décembre 1857, fut probablement remaniée en vue de sa publication. —Sur C. Pop, connu sous le pseudonyme de Gorgias, voir les revues Βύρων 3 (1878) 189, et Παρνασσός 2 (1878) 156, MEE 20 (1932) 953 et C. Th. Dimaras, Histoire, op. cit., p. 353.

4. Jugement de 1857, p. 30.

5. Ses poèmes envoyés aux concours de 1852 et de 1857 sont publiés dans Ποιητική συλλογή, Athènes 1858. Coumanoudis considère comme meilleurs les poèmes Η νοσταλγία μου, Ο άπατρις et Ωδή εις την Σεβαστούπολιν, dont les deux premiers sont reproduits dans Mat. Parn., pp. 856-860. Il est à noter qu'un autre recueil de poèmes lyriques, sous le titre Ανάμικτα, fut envoyé au concours de 1874.

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langue suffisamment pure, sa versification plaisante et sa rime riche. Mais le poème est "très obscur" et son intrigue invraisemblable. A la place du héros imaginaire, un personnage historique aurait été préférable.

16) Τίρι-λίρι ή Το κυνηγέσιον εν τη νήσω Σύρω : poème satirique en 6 chants, dont trois furent envoyés au concours (1.300 vers rimés). La langue, en général bonne, n'est pas exempte de fautes de grammaire. Les vers de quinze syllabes, quoique "très bons et naturels" quant à la rime, ne suivent pas l'exemple des chants populaires "qui doivent avoir l'autorité d'Homère". Sorti d'une plume exercée au genre satirique, ce poème n'en reste pas moins "remarquable"1.

Cette œuvre d'Orphanidis, complétée, sera envoyée de nouveau au concours de l'année suivante.

17) Χίος δούλη : poème épique en 1.113 hexamètres, du même auteur que le poème précédent. Bien qu'il constitue une partie d'une œuvre plus étendue, l'extrait envoyé au concours possède une certaine autonomie. Les épisodes y sont naturels et les caractères "variés et vivement peints". Parmi les défauts du poème: les longues descriptions qui interrompent la narration, ainsi que les répétitions de mots et de phrases. La langue est relativement bonne et, heureusement, exempte de mots par trop archaïques; mais les fautes d'orthographe y sont plus nombreuses que dans n'importe quel autre poème. Enfin, les hexamètres "ne sont pas suffisamment vigoureux"2.

Complété, ce poème aussi sera envoyé de nouveau par Orphanidis au concours de l'année suivante.

18) Μαρία Δοξαπατρή : drame en trimètres iambiques (3.000 vers environ accompagnés de passages en prose), tiré de la "Chronique de Morée". Selon le rapporteur, il s'agit plutôt d'un "poème à apparence dramatique" que d'un drame proprement dit. Riche en idées et en sentiments, ce poème ne manque pourtant pas de défauts, surtout dans sa composition; la vérité psychologique est souvent absente, et l'intrigue, malgré son ingéniosité, maladroite. Il ne fait pas de doute que l'auteur imite Shakespeare: on s'en rend compte aussi bien par la forme de l'œuvre (mélange d'épisodes comiques et tragiques, de poésie et de prose) que par son contenu (imitation de l'entretien de Roméo et de Juliette). Mais l'auteur grec n'évite pas toujours ni la prolixité et la froideur ni les exagérations et les invraisemblances. Sa langue,

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1. Jugement de 1857, pp. 30-31.

2. Ibid., pp. 32-33.

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dépourvue de fautes de grammaire, est pleine de mots et de phrases archaïques, ce qui est inconvenant, surtout dans un texte de théâtre. En outre, la versification est souvent négligée.

Bien que meilleurs que tous les autres, les deux derniers poèmes, en raison de leurs défauts sérieux, mirent cependant les juges dans une situation difficile: un choix entre ces deux poèmes était impossible, les membres du jury de 1857 refusant de retomber dans le relativisme de l'année précédente. Finalement, persuadés qu'il fallait, de temps en temps, exiger de la poésie une perfection plus rigoureuse, ils décidèrent, à l'unanimité, de ne décerner aucun prix. Les poèmes No 17 et 18 obtenaient deux accessits1.

On pouvait prévoir la suite : les protestations ne se firent pas attendre. Comme en 1852, la décision du jury ne manqua pas de soulever une série de polémiques dans les journaux; Η Ελπίς donna le signal d'attaque contre Coumanoudis. On cria de nouveau à l'injustice, on dénonça la sévérité excessive d'un verdict qui, parmi 18 poèmes, n'en trouvait aucun digne du prix. Au moment où la tension entre les universitaires et le fondateur Rallis entrait dans une phase critique, le rapport de Coumanoudis, cible principale des contestataires, suscitait de nouvelles animosités et, des mois durant, ajoutait au déferlement des passions.

Privé du prix, l'auteur de Μαρία Δοξαπατρή D. Vernardakis avait plus de raisons que quiconque de garder rancune au jury. Il ne tarda pas à passer à la contre-attaque dans une longue lettre-réponse (Munich, 27 mai 1857); le journal Αθηνά, qui en publia de longs extraits, ne manqua pas de souligner l'importance de cette réfutation contenant "des idées et des jugements dignes du plus haut intérêt, surtout à l'heure actuelle, lorsque le premier illettré venu se considère comme un législateur qualifié de la langue"".

Car, c'était toujours sur le terrain linguistique que Vernardakis menait principalement son combat. De tous les reproches de Coumanoudis, le plus cuisant pour lui était, sans doute, celui qui concernait l'usage de mots et de phrases archaïques. Il devait, avant tout, justifier sa langue. Mais il allait plus loin: en désaccord avec le rapporteur de 1857, qui était partisan d'une unité interrompue, il transférait dans le domaine linguistique le concept romantique de l'unité totale. C'est pourquoi il s'opposait au morcellement du grec, "la langue la plus

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1. Ibid., p. 39.

2. Αθηνά, 3 juin 1857.

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libre de toutes", et aux limitations que l'on lui imposait. Selon lui, on devait considérer la langue comme un tout et "cueillir des mots dans ce tout, sans se soucier s'ils appartiennent à telle ou telle période et à tel ou tel genre littéraire, l'essentiel étant d'examiner uniquement si un mot exprime avec précision l'idée que l'on veut interpréter". Par ailleurs, la grandeur de Shakespeare consistait dans la combinaison de l'idéal (tragédie) avec le réel (comédie). Pour suivre donc son exemple, le mélange des deux langues était nécessaire, et la comédie, genre où dominent "la vérité et la vie", ne pouvait pas ne pas recourir à la langue parlée - épurée, naturellement, de barbarismes1.

Mais cette argumentation cachait mal la colère de la défaite. Blessé dans son amour-propre, le jeune admirateur de Shakespeare abandonnait vite le terrain théorique pour parler un langage plus émotionnel et plus spontané. C'est ainsi que, à son tour, il relevait dans le rapport de Coumanoudis quatre solécismes, des fautes d'orthographe, des tournures étrangères, etc. Par ailleurs, le rapporteur de 1857, "critique de mauvaise foi", était accusé d'avoir déformé les choses, calomnié Μαρία Δοξαπατρή et ignoré sciemment ses vertus. Enfin, l'amertume de Vernardakis cédait la place à son scepticisme profond: "Autant la morale contribue à corriger les gens, autant la critique contribue à corriger l'art"2.

Ce texte - précurseur, en quelque sorte, de la Préface de Μαρία Δοξαπατρή - n'en reste pas moins important pour ses répercussions immédiates. Elie S. Stathopoulos, autrefois adversaire de P. Soutsos et de Rangabé, fut le premier à exprimer son indignation et à prendre la défense de Coumanoudis, dans une réponse signée A. Ω.: Vernardakis y était constamment accusé de fatuité et de fanfaronnade3. Ce dernier répondit violemment dans le journal Φιλόπατρις Έλλην. Stathopoulos renouvela ses attaques contre le "jeune homme arrogant" dans le même journal; nous avons toujours affaire à un langage passionnel qui réduit le débat à un échange de médisances et d'injures4.

Dans ces conditions, C. Assopios, prononçant son rapport rectoral (septembre 1857), avait non seulement à attaquer Rallis pour le rejet

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1. Ibid.

2. Ibid.

3. Αθηνά, 16 juin 1857.

4. On trouve les articles contre Vernardakis dans Elie S. Stathopoulos, Του ποιητικού διαγωνισμού του 1857 τα επεισόδια και μιας λογικής αριθμητικής η επίκρισις, Athènes 1857, pp. 11-61.

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des propositions universitaires, mais aussi à défendre Coumanoudis et le jury contre les contestataires, notamment contre Vernardakis. Nous avons vu ailleurs comment le vieux recteur traita le commerçant de Trieste. Quant aux poètes mécontents, il ne les ménagea pas plus que le fondateur opiniâtre. Un récent concours de l'Académie Française lui servit d'exemple: sur 150 poèmes présentés, 148 n'étaient même pas mentionnés, sans que cela fît le moindre scandale en France. D'autre part, Assopios prit la défense des universitaires grecs qui «ne sont ni admirateurs aveugles des classiques, ni contempteurs, encore plus aveugles, des romantiques; au contraire, ils honorent et admirent le beau où qu'il se trouve, dans la nature et dans l'art... Ils admirent aussi bien les œuvres inspirées de Sophocle que de Shakespeare, pourvu que, en dehors de leurs autres qualités, elles ne portent pas atteinte au noble sentiment de la pudeur. Mais, classique ou romantique, un poème traitant des amours illégales, des mariages entre frères et sœurs etc., qu'il soit écrit à la manière d'Euripide, de Hugo, de Dumas ou de Shakespeare... ne sera jamais recommandé, je l'espère, comme lecture honnête et utile par des juges qu'élit le Conseil Universitaire sous le contrôle du Gouvernement». Enfin, après avoir conseillé la modestie aux poètes participants, Assopios ne manqua pas de leur adresser une menace: si le concours s'arrêtait prématurément, la responsabilité leur en incomberait entièrement1.

Que ses allusions visassent principalement l'auteur de Μαρία Δοξαπατρή, ce n'était pas difficile à deviner. De Munich, où il se trouvait pour ses études, Vernardakis n'avait pas perdu le contact avec son pays; il prit donc connaissance du rapport rectoral. C'est ainsi que, rédigeant la Préface de son drame en vue de sa publication, il trouva l'occasion de répondre à Assopios. Une fois engagé dans la lutte contre le jury, il ne pouvait qu'aller jusqu'au bout. Face à un professeur «classique», il n'avait qu'à faire appel à l'autorité d'Aristote: en effet, concevoir le drame d'un point de vue pédagogique et moralisateur, comme le faisait le recteur de 1857, était, pour Vernardakis, contraire à la «catharsis» aristotélicienne, fondée sur la présence du Mal et, à travers lui, sur le triomphe du Bien. «Aucune donc éducation correcte et aucune instruction n'est possible et réalisable sans la connaissance du Mal». D'autre part, le Beau étant supérieur au Bien et au Vrai, Assopios ignorait «tant la nature que la fin de la poésie»2.

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1. R.R. de 1857, pp. 23-26 [=Πανδώρα 8(1857-58) 507-509].

2. D. Vernardakis, Μαρία Δοξαπατρή, Munich 1858, pp. ξα' - ρα'.

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Cependant, les ambitions de Vernardakis, au moment où il rédigeait sa Préface, dépassaient de loin le cadre d'une polémique avec les universitaires. Certes, la blessure de son échec au concours n'était pas encore cicatrisée: en revenant à plusieurs reprises sur le verdict de Coumanoudis, le jeune poète se montrait assez rancunier vis-à-vis d'une critique «drôle et satirique», voire «complètement absurde»1. Ailleurs, il protestait, indigné: «Pourquoi, pendant trois ans, sommes-nous constamment et sévèrement accusés d'écrire des poèmes blasphématoires, immoraux et dangereux à notre nouvel État?»2. Mais cette autodéfense n'était qu'un aspect secondaire, dans un texte-manifeste qui, avant tout, visait à imposer le drame romantique comme la seule option «nationale». Shakespeare, déifié, «était et devait rester, peut-être à jamais, le plus grand dramaturge de l'Europe chrétienne»; toute véritable poésie dramatique, y compris celle de Goethe et de Schiller, partait de lui. La résurrection de la tragédie ancienne n'était qu'une chimère. «Or, notre drame national... sera forcément identique à celui des nations chrétiennes de l'Europe, c'est à dire romantique»3.

Vernardakis avait beau rejeter les drames de Victor Hugo comme «dépourvus de poésie»; l'auteur de «Cromwell» ne lui offrait pas moins un modèle. Car, avec sa Préface de 1858, le poète grec ne voulait-il pas, au fond, jouer de nouveau le rôle qu'avait joué le poète français trente ans plus tôt? En principe, cela était possible, et le mouvement romantique grec, en plein essor, aurait peut-être pris une autre dimension, s'il avait bénéficié de la forte personnalité d'un théoricien littéraire. Mais Vernardakis, agressif mais non combatif, n'avait ni le tempérament d'un chef ni cette constance dans les options qui, sans exclure une évolution nécessaire, caractérise d'habitude les fortes personnalités. Quelques temps suffirent pour que l'auteur de Μαρία Δοξαπατρή, saisi par d'autres engouements, abandonnât sa ferveur tant pour le Moyen Age que pour Shakespeare.

Ce qui est à retenir, c'est que, pour la première fois en 1857, deux tendances se sont ouvertement opposées, et le mot «romantisme» fut prononcé avec insistance dans le cadre des concours. Réduire, cependant, ce conflit à l'opposition traditionnelle entre classiques et romantiques,

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1. Ibid., pp. μγ' sq.

2. Ibid., p. οζ'.

3. Ibid., p. μζ'. Dix ans plus lard, c'est S.N. Vassiliadis (Οι Καλλέργαι - Λουκάς Νοταράς, Athènes 1869, pp. β' sq.) qui s'employa à réfuter ces thèses; mais Vernardakis les avait abandonnées depuis longtemps.

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serait s'arrêter à un schéma trop simpliste et incapable de rendre compte d'une réalité beaucoup plus complexe et riche en nuances; on risquerait ainsi de méconnaître non seulement les conditions historiques précises qui, en accentuant une crise à un certain moment, lui confèrent son caractère particulier, mais aussi le rôle des personnes et des groupes (ainsi que des cliques, en l'occurrence) qui chaque fois marque les tendances de façon spécifique. Si les divergences idéologiques éclatent au grand jour et, de ce fait, sont faciles à repérer, elles plongent leurs racines dans des motivations sociales et individuelles trop complexes et hétérogènes pour être définies avec certitude.

Quoi qu'il en soit, il ne fait pas de doute que l'année 1857 constitue, dans l'histoire des concours, une étape décisive. Sur le plan idéologique, l'esprit des Lumières, représenté à la tête du jury par le groupe Assopios-Coumanoudis-Castorchis, s'efforça énergiquement de barrer la route à un romantisme confus et incohérent, mais non moins dangereux dans sa montée irrésistible. Ce romantisme était en fait le reflet d'une tension sociale élargie. En même temps, la crise déclenchée entre Rallis et les professeurs mit les concours en danger et rendit leur continuation assez problématique. Le refus du prix et les protestations qui suivirent n'étaient pas de nature à apaiser une agressivité généralisée. Mais les concours n'avaient pas encore fait leur temps; riches d'avenir, en dépit de toutes les querelles, ils ne faisaient que traverser une crise de jeunesse.

3. 1858: Une abstention significative

Après la tempête, un certain calme: la préparation du concours de 1858 s'était déroulée dans un climat d'incertitude, d'attente et d' hésitation. La crise entre les universitaires et Rallis n'était pas encore réglée. En décembre 1857, trois mois après le discours d'Assopios, le Conseil Universitaire décidait tardivement: a) d'entreprendre de nouvelles démarches auprès du fondateur, afin que le concours eût lieu tous les deux ans, b) de ne pas annuler le concours de 1858 à la date prévue. Les juges lui obéirent1.

La diminution du nombre des œuvres (10 en tout, dont deux, arrivées après échéance, furent éliminées) est caractéristique. Le nouveau rapporteur C. Paparrigopoulos (1815-1891) a beau qualifier les

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1. Jugement de 1858, p. 3.

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5 concurrents de «nombreux»: si l'on pense qu'Orphanidis représentait ses deux poèmes de l'année précédente, la récolte poétique de 1858 apparaît plus que jamais réduite. Ce phénomène ne saurait être exclusivement attribué à l'incertitude concernant la continuation du concours. Il est certain que le verdict du jury de 1857 y était pour quelque chose. Le refus du prix, prenant comme en 1852 le caractère d'une «chasse à la poésie», et le discours menaçant d'Assopios, un peu plus tard, ne pouvaient pas ne pas susciter chez les candidats un explicable refroidissement de zèle. Orphanidis, poussé par sa colère, ne voulut rejeter la responsabilité de cette «abstention» que sur le rapporteur de 1857: c'était à cause de Coumanoudis qu'en 1858 les concurrents avaient disparu, «pour la même raison que les habitants d'un pays se dispersent, lorsque à un bon et équitable chef d'État succède un tyran capricieux»1. Exagérée, simpliste et unilatérale, cette explication n'en contient pas moins une certaine part de vérité.

En raison de la maladie du recteur Philippe Ioannou, la cérémonie fut reportée au 23 avril. Nous retrouvons à nouveau un jury composé de 5 membres: Ph. Ioannou (président), C. Paparrigopoulos (rapporteur), A. Roussopoulos, St. Coumanoudis et E. Castorchis. Est-ce un hasard si, après la domination «classique» de l'année précédente, le rôle du rapporteur fut assumé par l'homme qui, en tant qu'historien, devait lier son nom pour toujours au mouvement romantique? Il ne faut pas oublier que les décisions du Conseil Universitaire, qui désignait chaque fois le rapporteur, étaient en grande partie dictées par une lutte d'influences, voire par une consciente et subtile équilibration de tendances idéologiques. De ce point de vue, la désignation de Paparrigopoulos après celle de Coumanoudis demeure très significative.

Nous avons là, encore une fois, l'occasion de voir quelles étaient les possibilités et les limites du rôle de rapporteur: les deux poèmes d'Orphanidis, examinés en 1857 et 1858 par deux hommes différents nous en offrent un exemple caractéristique. Si Paparrigopoulos n'avait aucune raison de partager les critères de son prédécesseur, il ne pouvait pour autant se désolidariser publiquement de Coumanoudis. Exécutant des décisions déjà prises, le rapporteur a sûrement une marge d'action assez importante pour exprimer son point de vue dans les détails; il ne dispose pas pourtant d'un pouvoir illimité et, ce qui est l'essentiel, il ne va en aucune façon jusqu'à s'opposer à la majorité du jury2. Or,

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1. Th. Orphanidis, Χίος Δούλη και Τίρι-λίρι, Athènes 1858, p. 271.

2. Voir, à cet égard, l'analyse pertinente du rôle du rapporteur par Th. Orphanidis. op. cit., pp. 241 et 269-270.

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ce jury, malgré les divergences de ses membres, ne peut se présenter devant le public que comme un tout plus ou moins homogène; son autorité réside dans le fait que ses décisions revêtent un caractère impersonnel ou transindividuel. D'autre part, les juges universitaires ne peuvent jouer convenablement leur rôle qu'en s'identifiant, en quelque sorte, l'un à l'autre: Paparrigopoulos, porte-parole du même jury que Coumanoudis, non seulement reprend à son compte les assertions de son prédécesseur, mais aussi il s'identifie à lui par des expressions telles que «comme nous avons dit autrefois» ou «dans notre rapport de l'année dernière»1. Mais cette identification, dictée par les règles du jeu, n'est qu'une convention formelle qui, cependant, n'exclut guère, dans les détails, l'expression d'une optique différente, voire diamétralement opposée.

Voici, en résumé, les appréciations de Paparrigopoulos sur les 8 poèmes du concours, suivies de notre commentaire:

1) Ο θρίαμβος του ποιητικού διαγωνισμού κατά το έτος 1858 : comédie en trois actes, «inacceptable» et indigne de tout commentaire en raison de sa langue populaire. Cependant, comme l'auteur à pris pour sujet la question de la langue, qu'il annonce le triomphe de l' idiome du peuple et, qu'en plus, il ridiculise les juges puristes, le jury croit bon de relever le défi. Dans un long exposé, le rapporteur essaiera de démontrer: a) que «le poème n'est pas écrit en ce que l'on appelle langue du peuple», pas plus que, bien sûr, en langue savante, b) que, si plusieurs dialectes existent en Grèce comme ailleurs, il n'existe pas pourtant une langue populaire commune, parlée par tous les Grecs et apte à exprimer «les besoins intellectuels supérieurs, sociaux ou scientifiques, de la nation... Même la comédie en question, qui prétend être écrite en langue populaire, ne recourt-elle pas sans cesse à la langue savante?». Enfin, le poète est blâmé pour son impertinence à présenter, dans sa comédie, les membres du jury en train de se battre, chose que de telles «constructions cérébrales et froides» et de telles «aventures invraisemblables», selon Paparrigopoulos, ne sauraient en aucun cas engendrer2.

Cette comédie de G. Tertsétis, publiée pour la première fois en 1950 d'après le manuscrit envoyé au concours3, n'en reste pas moins

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1. Jugement de 1858, p. 21.

2. Ibid., pp. 4-7.

3. «Ελληνική Δημιουργία» 6 (1950) 575-588 (éd. D. Conomos). G. Valétas trouve dans cette première publication «des fautes et des inadvertances», et 

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un témoignage à bien des égards précieux: nous y trouvons, entre autres, une représentation intéressante de la cérémonie du 25 mars. Au lendemain de la mort de Solomos (1857), Tertsétis, tenace, tâchait, une fois de plus, d'introduire, tel un défi, l'esprit de l'école ionienne dans le concours de Rallis. Il ne semblait pas se faire trop d'illusions sur sa victoire:

Ποιος ημπορεί να φαντασθεί ποτέ του

πως η Επιτροπή θε να βραβεύσει

ποίημα στην γλώσσαν του λαού γραμμένο;

Il ne pouvait plus avoir l'optimisme qui, en 1853 (Κόριννα και Πίνδαρος), le faisait exalter les concours universitaires et le fondateur :

είναι ο Ράλλης Μάης μας και το Πανεπιστήμιο.

Ses trois échecs et l'interdiction de la langue populaire par les jurys ne laissaient de place qu'à la polémique. Rejeté définitivement dans l'opposition, Tertsétis, avant de s'éloigner des concours, décida d'y revenir, encore une fois, pour livrer sa dernière bataille1. La satire lui offrait toutes les possibilités d'une attaque directe: les juges se transformaient en personnages comiques, parlaient la langue populaire et finissaient par couronner un poème "vulgaire"; le recteur, président du jury, se livrait à une autocritique déchirante:

Αμάρτημα μεγάλο έχομε κάμει

οι σοφοί της Ελλάδος έως τώρα,

δεν έχει γλώσσα, ελέγαμε, το έθνος.

Ο βλάσφημος ο λόγος κατεβάζει

την φυλήν μας στην τάξιν των αγρίων.

Ainsi, prenant ses désirs pour des réalités, Tertsétis exorcisait, en quelque sorte, les démons et remportait dans l'imaginaire une victoire impossible. Sa démarche ne manquait ni d'audace ni de courage. Au moment où les universitaires, préoccupés par d'autres problèmes, ne paraissaient pas s'attendre à une telle contre-offensive, cette comédie encombrante de 1.003 vers, sortie d'une plume expérimentée, prenait

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reproduit la comédie d'après le même manuscrit: Tertsétis Άπαντα, op. cit., pp. 220-251.

1. Peu avant sa mort, il enverra au concours de 1874 son poème Η κόρη του Σεϊσλάμη. Mais cette dernière participation du poète n'aura aucun caractère de défi, la langue populaire n'étant plus, en ce moment-là, interdite dans les concours.

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l'aspect d'une provocation dangereuse. Le jury en fut conscient: la longue réponse courroucée de Paparrigopoulos montre que le coup de Tertsétis avait atteint son but. Oeuvre de polémique, cependant, la comédie en question n'ajoute pas grand-chose à la gloire littéraire de son auteur; ni ses monologues interminables et ennuyeux, ni ses maladresses scéniques ne sont de nature à démontrer que le tempérament lyrique du poète a pu se combiner ici avec une connaissance suffisante de l'art dramatique.

2) Γνωμικά, Διάφορα άλλα στιχουργήματα και Βακχικά (avant 1821)

3) Περί Παιδαγωγίας (1846)

4) Σάλπιγξ της Αθηνάς προς τους εν Τουρκία Έλληνας (1855) : Ces trois œuvres du même "vieux patriote", écrites en trois moments différents de sa vie, manquent de valeur, et n'ont pas la grâce nécessaire à la poésie didactique.

5) Θάνος και Θίσβη : épopée lyrique en trois chants, prolixe et non exempte de fautes de grammaire ou d'images obscures. L'auteur, jeune et modeste, ne manque pas pour autant de "bons germes" susceptibles d'être développés.

6) Τίτος και Όθων : roman en vers comprenant trois chants. Bien que supérieur au poème précédent, il n'est pas exempt, lui non plus, de fautes et d'obscurités. L'auteur semble avoir lu quelques poésies romantiques, surtout de celles de Byron, à qui cette œuvre est dédiée; mais les idées et les images byroniennes y apparaissent "privées de leur vie initiale, comme les ombres inanimées et assoupies d'Orion et d' Achille dans l'Hadès homérique"1.

Il s'agissait d'une œuvre de A. Vlachos2.

7) Τίρι-λίρι ή Το κυνηγέσιον εν τη νήσω Σύρω : poème héroï-comique en 7 chants (3.050 vers de quinze syllabes rimés); il s'agit de la version finale et complète de l'œuvre présentée au concours de 1857. Du point de vue du genre littéraire, on pourrait rattacher cette œuvre à Κούρκας αρπαγή de I. R. Néroulos, au "Lutrin" de Boileau et à "Vert-Vert" de Gresset. Si l'intrigue est invraisemblable (le rapporteur s' emploie à en donner un long résumé), elle est néanmoins traitée avec beaucoup de succès. L'auteur, habile versificateur, ne manque pas d'esprit; il n'évite pas, cependant, ni les grossièretés ni les fautes de grammaire. Il est blâmable, surtout, pour ses attaques contre les enseignants puristes. Par ailleurs, bien que patriote fervent qui fustige

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1. Jugement de 1858, pp. 8-13.

2. A. Vlachos, Ώραι, Athènes 1860, pp. 5-36.

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le calomniateur About, il risque d'offrir plusieurs arguments aux ennemis de la Grèce en critiquant sévèrement sa vie politique et sociale1.

8) Χίος δούλη : poème complété en 5 chants (1.784 hexamètres). L'auteur s'est assigné une tâche difficile: ayant à peindre une multitude de caractères variés, il est digne d'indulgence s'il n'y a pas toujours réussi. Par contre, il a tort de représenter le métropolite de Chio comme un ennemi des Génois en raison de ses intérêts personnels:

κίνδυνον έτρεχε μέγαν πολλάς ν' απολέση προσόδους

ας οι Λατίνοι ποθούντες με άπληστον έβλεπον όμμα

alors qu'il serait "plus convenable et plus naturel" que cette hostilité fût attribuée aux malheurs des orthodoxes. En somme, "ce poème a quelques fautes de grammaire, de versification et, encore plus, d'orthographe... sans être impeccable quant à la description des caractères; cependant, pour ce qui est de son intrigue, de son économie et de la plupart de ses caractères, il a été considéré non seulement comme le plus beau des poèmes de cette année, mais aussi comme un des meilleurs parmi les poèmes couronnés à ce concours. Or, le jury décerne le prix à Χίος δούλη. Cette décision fut prise à la majorité, les professeurs Coumanoudis et Roussopoulos s'étant opposés au couronnement du poème, pour des raisons qu'ils ont expliquées dans les procès-verbaux"2.

Ainsi, couronné pour la troisième fois, Orphanidis était enfin libre de régler ses comptes avec les rapporteurs de 1857 et de 1858. La publication de ses deux poèmes en volume, peu après, lui offrait l'occasion d'une longue réponse3. Coumanoudis et Paparrigopoulos étaient certes "tous les deux d'une capacité et d'une culture indiscutables", mais ils n'avaient pas moins "des humeurs aussi différentes que leurs

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1. Jugement de 1858, pp. 13-20. Le manuscrit de Τίρι-λίρι se trouve en possession de C. Th. Dimaras. Il est à noter que le réexamen de ce poème n'était pas réglementaire, Orphanidis ayant obtenu en 1857 l'accessit exclusivement pour Χίος δούλη.

2. Ibid., pp. 20-28. Il est caractéristique que l'existence des procès-verbaux, mentionnée ici par Paparrigopoulos, sera contestée par Roussopoulos en 1865 (voir ici p. 45): quatorze ans après le commencement des concours, ni ces procès-verbaux ni les manuscrits des poèmes envoyés n'étaient conservés dans les archives universitaires. En 1865, enfin, ces lacunes semblent comblées. Mais, si nous disposons aujourd'hui de quelques manuscrits envoyés aux concours, nous ignorons complètement le sort des procès-verbaux des jurys, même après 1865.

3. Th. Orphanidis, op. cit., épilogue (pp. 237-280).

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Rapports"1. Or, chacun d'eux méritait une réponse appropriée. Si Coumanoudis suscita en exclusivité la colère de l'irascible professeur de botanique, rien d'étonnant: il avait exprimé ses réserves à l'égard des poèmes d'Orphanidis, il avait refusé le prix à Χίος δούλη tant en 1857 qu'en 1858. Nous avons donc affaire à un acte de défoulement: en plus de 30 pages, le rapport "satirique" de Coumanoudis est réfuté paragraphe par paragraphe; les fautes reprochées aux deux poèmes d'Orphanidis sont compensées par la recherche des fautes dans Στράτις Καλοπίχειρος; la colère du moment se transforme en forfanterie: "je te donne ma parole d'honneur que tu ne jugeras plus aucun de mes poèmes"2.

Il est normal que, vis-à-vis de Paparrigopoulos, le ton d'Orphanidis change complètement: "je a'ai pas l'intention de critiquer Monsieur le Rapporteur ou de me plaindre de lui, étant donné qu'il ne fit pas montre d'une ironie satanique et qu'il n'exerça pas indécemment son esprit satirique contre les concurrents"3. Ce qui n'empêche pas le poète de se défendre fermement contre tout ce qui lui est reproché par le Jugement de 1858.

Mais relever les contradictions et les fanfaronnades d'Orphanidis n'aurait, en fin de compte, de sens que dans la mesure où, à travers un des personnages les plus caractéristiques de l'époque, nous pouvons saisir le comportement typique d'une moyenne. Lauréat de 1855, l'auteur de Άννα και Φλώρος promettait à Zalocostas, comme nous avons vu, de ne jamais insulter les juges, "même s'il se croyait défavorisé par eux", pour oublier sa promesse à la première occasion. De même, en 1858, c'est en vain qu'il se déclarait heureux dans le cas où il serait battu par un poète plus jeune que lui, louait la noblesse d'âme de Rangabé et parlait de sa propre "Muse modeste" qui n'allait se présenter au concours qu'après une longue préparation4; deux ans plus tard, comme nous le verrons, toutes ces assertions, il les démentira lui-même d'une manière catégorique. S'agit-il, en fait, d'un tempérament fougueux, dont l'irascibilité va de pair avec les mouvements d'humeur les plus fantaisistes? Sans doute. Mais le problème est ailleurs. Car, au fond, cette humeur batailleuse qui entraîne toutes sortes d'inconséquences, loin de relever d'une psychologie exceptionnelle,

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1. Ibid., p. 241.

2. Ibid., p. 271.

3. Ibid., p. 272.

4. Ibid., pp. ιβ΄ et 280.

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http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/133.gif&w=600&h=915 22. Moullas, Concours poetiques

s'inscrit dans le cadre d'un comportement collectif plus vaste; des réactions plus ou moins analogues pourraient être détectées chez la plupart des concurrents. Champs de bataille plutôt que tournois sportifs, les concours avaient la possibilité, par la valeur tant matérielle que morale du prix offert, de mobiliser un grand nombre d'énergies dans une lutte acharnée. Mais cette lutte (reflet en même temps que manipulation d'une agressivité plus élargie) n'en restait pas moins une affaire individuelle; en excluant toute sorte d'alliance parmi les concurrents, elle semait la discorde et poussait les rivalités personnelles à leur paroxysme. C'était dans les règles du jeu: la victoire de chacun passait exclusivement par la défaite de tous les autres. Et c'est là que nous avons, en grande partie, non seulement l'explication d'un comportement typique chez les concurrents (ton d'apologie personnelle, vantardises, attaques multilatérales et contradictoires, selon les résultats variables des concours, etc.), mais aussi la différence fondamentale qui les sépare de leurs juges: ces derniers, obligés d'agir en commun, en dépit de leurs rivalités multiples, possèdent une conscience de groupe, alors que les premiers mènent une lutte solitaire, chacun pour soi.

Cette lutte solitaire, cependant, qui semble chercher sa justification uniquement dans le jugement d'un public anonyme, n'est pas toujours dénuée d'appuis très concrets. Un concurrent étudiant, par exemple, peut être soutenu par la «claque» de ses camarades et de ses amis, voire être favorisé par un de ses professeurs. Les journaux ne jouent pas un rôle moins décisif: ils entrent dans le jeu des querelles personnelles, déclarent leur préférence pour tel poète, attaquent tel autre. Orphanidis exprime toute son indignation contre les journalistes anonymes et les «chuchoteurs» qui lui refusent le droit, du fait qu'il est professeur, d'écrire des poèmes, de participer aux concours, d'être couronné pour la troisième fois, etc.1. N'oublions pas que les rumeurs qui circulent s'avèrent, très souvent, plus efficaces que les écrits; on peut révéler par voix orale les choses les plus secrètes, propager 

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1. Ibid., p. ια΄. Les relations que certains personnages des concours, notamment les plus en vue, entretiennent avec les journaux de l'époque sont trop complexes pour être expliquées uniquement par des affinités politiques; les rapports humains, en définitive, y jouent un rôle important. Nous notons, à cette occasion, que de longs extraits du Jugement de 1858 ont paru pour la première fois dans le journal Ημέρα de Trieste (9/21 et 16/28 mai 1858), ce qui donne à penser que Paparrigopoulos aurait été assez lié à ce journal pour lui accorder la priorité d'une telle publication.

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    22. Moullas, Concours poetiques

    n'offre, le plus souvent, qu'une seule dimension des choses, un sens presque unique. C'est à nous de lire entre ses lignes pour découvrir les sens multiples, les allusions cachées, les mouvements d'humeur dissimulés derrière une argumentation rationnelle. Parfois, le vrai débat ne se déroule qu'en marge: Castorchis et Tertsétis parlent des Noces d'Alexandre, mais leur principal différend porte en réalité sur le christianisme et sur le problème de l'unité. Par ailleurs, n'oublions pas que les luttes de tendances traduisent très souvent des antipathies personnelles, des conflits de coteries, de cliques et de castes. Si l'entrée dans les coulisses universitaires n'est pas toujours facile, la vie de ces coulisses ne doit pas être sous-estimée.

    En deuxième lieu, nous devons toujours chercher l'essentiel et le principal derrière l'inessentiel et le secondaire. Deux poètes comme Tertsétis et Vernardakis n'avaient, apparemment, rien de commun, et ils pouvaient s'opposer sur tous les points: mais ce qui les unissait sur le plan idéologique - un romantisme "helléno-chrétien" concevant l'unité de l'hellénisme à trois étapes et sans discontinuité - n'était pas un détail insignifiant. Face à ce romantisme montant, dont Paparrigopoulos s'apprêtait à devenir le grand théoricien, les derniers représentants des Lumières (Assopios, Coumanoudis, Castorchis), contempteurs de Byzance et partisans d'une unité discontinue, se retranchaient derrière leur classicisme rationaliste. Le mot "romantisme" n'était pas encore prononcé par les rapporteurs dans le cadre des concours; les questions de la langue et de la grammaire continuaient à occuper le devant de la scène. Homogène aux yeux du public, le jury laissait difficilement apparaître ses luttes intestines. Mais, en 1856, tout en annonçant le couronnement de Vernardakis, Castorchis avait posé discrètement le problème d'une unité impossible et, en quelque sorte, avait préparé le chemin à sa "faction". Une bataille décisive allait s'engager l'année suivante.

    2. 1857: Le romantisme au pilori

    Le moment était propice: en 1857, Coumanoudis assumait le rôle du rapporteur, Assopios présidait le jury, Castorchis en faisait partie avec C. Paparrigopoulos et A. Roussopoulos. Or, une majorité "classique" était assurée. Comme Coumanoudis en 1855, A. R. Rangabé avait quitté son poste pour se joindre aux concurrents. Toutes les conditions favorables étaient réunies pour passer à la contre-attaque. Les prétextes n'y manquaient pas: au moment où, pour la première