Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
Το Βιβλίο σε PDF:Κατέβασμα αρχείου 16.82 Mb
 
Εμφανείς σελίδες: 147-166 από: 490
-20
Τρέχουσα Σελίδα:
+20
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/147.gif&w=600&h=915 22. Moullas, Concours poetiques

l'emploi de mètres anciens, «car nous avons cru bon que nos nouveaux poètes s'éloignassent un peu de l'usage exclusif de la rime»1.

Il est donc certain que l'esprit universitaire s'accommodait mal de la versification moderne, soucieux de voir, avant tout, la poésie néo-hellénique en plein accord avec celle de l'Antiquité. Beaucoup plus tard, Rangabé paraît à la fois étonné et indigné «car presque tous ceux qui ont écrit sur la Grèce moderne affirment que sa versification repose sur des bases toutes différentes de celles de la versification ancienne. C'est une erreur. Quand les Grecs aujourd'hui font de mauvais vers, ils les font dans le même moule où étaient coulés les chefs-d'œuvre de leurs ancêtres»2. C'est dans ce sens que les principaux vers préconisés dans le cadre des concours par les rapporteurs — l'hexamètre (par Rangabé), le trimètre iambique et le vers de quinze syllabes (par Coumanoudis) — non seulement avaient tous des titres anciens3, mais aussi présentaient un avantage non négligeable: ils étaient, en principe, incompatibles avec la rime «étrangère».

Toutefois, à partir d'un certain moment, les signes d'un autre esprit devenaient sensibles. Les rapporteurs Castorchis et Coumanoudis avaient été remplacés par Paparrigopoulos et Rangabé, et le néoclassicisme phanariote avait fait son apparition pour assumer, lui aussi, et par ses propres moyens, la lutte antiromantique. Paparrigopoulos s'était déjà opposé à Coumanoudis, lorsque, en 1859, il avait, en quelque sorte, réhabilité la rime en insistant sur sa richesse. Dans la mesure où le groupe d'Assopios avait présenté une poétique commune, il avait avancé un certain nombre de valeurs qui, bien que peu cohérentes à première vue, trouvaient leur unité profonde dans le goût du naturel: poésie classique et chants populaires, mètres anciens et vers de quinze syllabes sans rime, connaissance de la nature et santé morale, Ερωτόκριτος, Vilaras, Solomos, Tertsétis. Déjà, sous le pouvoir absolu de Rangabé, le goût du naturel cédait la place au goût de l'artificiel; la rime, «ornement» du vers, revendiquait de nouveau ses droits, dans une écriture où l'élégance, la grâce et le jeu constituaient les valeurs

————————————

commentera pertinemment, dans un portrait de Zalocostas où le style polémique n'empêche ni la clairvoyance ni la justice: Pal. A., t. II, pp. 249 et sq.

1. Jugement de 1857, Πανδώρα 8(1857-1858) 28.

2. A. R. Rangabé, Histoire littéraire, op. cit., t. I, p. 118.

3. Le vers de quinze syllabes, appelé souvent «tétramètre iambique» par Rangabé et autres, n'était pas moins considéré comme un vers ancien. Selon C. Sathas, op. cit., p. 310, il a été utilisé par certains poètes de l'Antiquité, mais non de façon systématique.

Σελ. 147
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/148.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

dominantes. On proposait comme remède au morbide (byronisme) l'insouciance, on essayait de barrer la route à P. Soutsos par un retour à Christopoulos.

Rangabé, lui, avait trop contribué à la mode de l'hexamètre pour pouvoir se prononcer soudain contre les vers sans rime; il lui fallait donc adopter, sur cette question, une attitude libérale. En fin de compte, avec rime ou sans rime, le classicisme était le seul moyen de sortir de l'impasse byronienne1. Or, en 1860, Rangabé devait continuer - bien que disposant d'armes différentes- le combat antiromantique de Coumanoudis et, par une ironie du sort, se faire les mêmes ennemis: Orphanidis et Vernardakis.

Les 14 poèmes présentés au concours de 1860, avec leurs 20.000 vers environ, avaient de quoi mécontenter un jury composé de trois membres. Mais Rangabé s'en félicitait: la moitié de ces poèmes se référaient, entièrement ou en partie, à la Révolution Grecque. Une telle ferveur patriotique était, sans doute, digne d'exaltation.

Le rapporteur classait les poèmes présentés dans 4 catégories principales, dont la première comprenait 4 œuvres insignifiantes et à rejeter:

1) Un mélodrame.

Il s'agissait de l'œuvre déjà mentionnée du fondateur A. S. Rallis. Sa publication luxueuse, quelques années plus tard, avait comme objectif, ainsi que l'expliquait l'auteur, d'apporter une aide financière à la révolution crétoise2.

2) Ο υιός της πτωχής.

3) Ο έμπορος ποιητής.

Il s'agissait du même poème qu'Emmanuel avait présenté au concours de 1857 et publié à Hermoupolis en 1858. De toute évidence,

————————————

1. Romantique dans sa jeunesse (Διάφορα ποιήματα, t. Ι, 1837), mais orienté de plus en plus vers l'archaïsme, Rangabé peut être considéré, à juste titre, comme "le premier antiromantique manifesté systématiquement": Pal.A., t. VIII, p. 508. Sans doute, des poèmes tels que Διονύσου πλους(1864) et Ο γοργός ιέραξ (1871) montrent-ils en lui un partisan convaincu du classicisme et qui, depuis longtemps, "a renié ses premières convictions": C. Th. Dimaras, Histoire, p. 303. Mais il serait futile de chercher à situer, dans une telle évolution, le moment précis de la "rupture", alors que manifestations romantiques et classiques se recouvrent en partie et coexistent. Palamas pensait, sans doute, à des hommes comme Rangabé, lorsqu'il qualifiait le phénomène du romantisme néo-hellénique de "singulier": Pal. A., t. I, p. 17.

2. Οι Κλέπται, μελόδραμα εις δύω πράξεις διηρημένον (Εκδίδοται δαπάναις Α. Σ. Ράλλη), Trieste 1866.

Σελ. 148
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/149.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

Rangabé ignorait ces précédents, sinon il n'aurait pas accepté de juger ce poème.

4) Ο Δερβίσης.

A la deuxième catégorie appartenaient 4 poèmes épiques, ayant les mêmes qualités (versification et langue correctes) et, à peu près, les mêmes défauts (prosaïsme, énormités):

5) Ο Θ. Κολοκοτρώνης ή ο ελληνικός αγών του 1821 : poème en vers rimés et sans rime alternativement.

6) Ο Έλλην της Κορίνθου : poème en hexamètres harmonieux. L'intrigue est invraisemblable et compliquée. L'auteur envoie aussi deux élégies pleines de lieux communs, Θάνατος et Μελαγχολία.

7) Ο Πύργος της Βορδώνης : poème en vers rimés, comportant un passage en trimètres iambiques. Prosaïsme, invraisemblances.

8) Το όνειρον, ήτοι η σκιά Κωνσταντίνου του Παλαιολόγου : poème en vers anapestiques, racontant platement la chute de Constantinople1.

La troisième catégorie comprenait 3 poèmes lyriques :

9) Η νεανική καρδία : œuvre dépourvue de toutes les qualités qui sont propres à la poésie lyrique.

10) Εμπνεύσεις : poésies qui, malgré leurs défauts, se distinguent par la versification harmonieuse, la langue colorée, la chaleur du sentiment et l'originalité des idées. Sont cités des extraits des poèmes Προς τους Ηπειρώτας, Εις το έαρ et Ο θάνατος του Ιούδα2.

Il s'agissait de la deuxième participation de P. Matarangas3.

11) Ποιημάτια: recueil de poésies lyriques. Principales qualités: versification correcte, langue pure et précise. Sont largement cités des extraits des poèmes Άγαλμα et Ο μέγας Επαίτης4.

————————————

1. Jugement de 1860, pp. 27-29.

2. Ibid., pp. 29-30.

3. Sp. De Biazi, principal biographe du poète, ignore cette participation. Selon lui, Matarangas avait été loué par Rangabé au concours de 1856 pour Νεανικά αθύρματα, recueil auquel appartenait aussi le poème Προς τους Ηπειρώτας, publié anonymement en 1860 dans le journal Η Ελπίς et qualifié par C. Lévidis de "supérieur à tous les poèmes grecs": Ποιητικός Ανθών 2, 24 mai 1887, p. 590. Mais, en 1856, le rapporteur du jury était E. Castorchis, tandis que le poème Προς τους Ηπειρώτας, daté de 1859 (Mat. Parn., pp. 813-821} et reproduit partiellement dans Ποιητικός ανθών 2, 10 mai 1887, pp. 550-553, daté de 1860, ne pouvait évidemment pas appartenir au recueil de 1856. Nous signalons, à cette occasion, que la brochure anonyme Ποιήματα Λυρικά υπό*** Α' Προς τους Ηπειρώτας, Athènes 1860 (voir GM* 8395) a comme auteur P. Matarangas. Les poèmes Εις το έαρ (1859) et Ο θάνατος του Ιούδα (1858), cités par Rangabé, sont reproduits dans P. Matarangas, Φαντασία και καρδία, op. cit., pp. 33-37 et 117-120.

4. Jugement de 1860, pp. 30-31.

Σελ. 149
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/150.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

Il s'agissait de la première participation d'Alexandre Vyzantios (1841-1898)1. A 19 ans, l'homme qui devait se distinguer plus tard comme éditeur du journal Νέα Ημέρα de Trieste, faisait déjà montre d'un tempérament fougueux. Appartenant à la "jeunesse dorée" d' Athènes, il ne cachait pas son hostilité pour le régime d'Othon2. La politique entrait déjà dans sa vie, ainsi que la littérature. Fils de Scarlatos Vyzantios, Alexandre avait connu dans la maison paternelle de nombreux intellectuels, "parmi lesquels excellait A. R. Rangabé, ayant exercé une influence bénéfique... tant sur Anastase que sur ses frères"3.

Cette influence dans Ποιημάτια était manifeste. On y chercherait en vain l'ardeur spontanée d'un jeune homme de 19 ans; elle était sacrifiée aux exigences d'un classicisme froid, d'une versification soignée, d'une langue archaïsante:

Τα έργα του εκείνα πλάττων

εδώ το μέτωπον ο Πλάτων

εστήριξ' ίσως εμβριθής,

————————————

1. Sur Alexandre Vyzantios voir surtout: A. R. Rangabé, Histoire littéraire, op. cit., t. II, pp. 128-134; A. Vlachos, "Αλέξανδρος Σ. Βυζάντιος", journal Νέα Ημέρα, 15/27 janvier 1899 [=Ανάλεκτα, t. II, pp. 264-269]; Skokos, Ημερολόγιον 15 (1900) 161-163; Έργα Αλεξάνδρου Σ. Βυζαντίου. Εκδίδονται υπό Γρηγορίου Σ. Βυζαντίου, Athènes 1902, pp. ε'-ιγ'; D.C. Vardouniotis, "Η νεότης ενός ποιητού", Μικρασιατικόν Ημερολόγιον 1913, pp. 337-339; Th. V[ellianitis], Βυζάντιος Αλέξαντρος, ΜΕΕ 7(1929) 922.

2. Son frère Anastase allait être arrêté, avec Ach. Paraschos, Ialémos, Vitalis et G. Mavromichalis, pour la manifestation du 3 septembre 1860: Πρωινός Κήρυξ, 10 septembre 1860. Alexandre, assagi plus tard, évoquera avec tristesse le "bizarre mouvement" de 1859 qui aboutit, en 1862, au renversement du trône "par la fougue irraisonnable d'enfants... Nos têtes brûlaient des aventures dramatiques de la Révolution Française": Έργα Αναστασίου Σ. Βυζαντίου. Εκδίδονται υπό Αλεξάνδρου Σ. Βυζαντίου, Trieste 1893, pp. ζ'-η'.

3. Ibid., p. α'. En 1892, écrivant la nécrologie de Rangabé, A. Vyzantios attestait qu'"il l'avait connu dans son enfance, il l'avait aimé et il l'avait respecté comme un père": Έργα Αλεξάνδρου Σ. Βυζαντίου, op. cit., p. 105. Rangabé lui-même confirme ses rapports amicaux avec le jeune Alexandre dans Απομνημονεύματα, t. III. Athènes 1930, pp. 77 et 94; cf. son poème Εις το λεύκωμα Αλ. Σ. Βυζαντίου, dans Rapt. Parn., pp. 357-360. Il faut noter que Rangabé accordait de bonne grâce son amitié et ses faveurs aux jeunes poètes qui passaient, en quelque sorte, pour ses disciples. Vernardakis, jusqu'en 1860, faisait partie de ses "protégés"; Ρ Matarangas, nommé par lui en 1858 Secrétaire au Consulat de Jannina (Sp. De Biazi, op. cit., p. 590), devait lui rester fidèle toute sa vie; Gr. Stavridis et G. Vizyinos, ainsi que nous allons voir, connurent de la part de Rangabé une faveur qui fit scandale.

Σελ. 150
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/151.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

μέτωπον κόσμους περικλείον,

και του οποίου το φορτίον

θα σε εκλόνισεν ευθύς.

Mais le jeune poète n'avait pas à se plaindre; il obtenait au concours de 1860 la quatrième place et, publiant bientôt ses poèmes, trouvait que l'indulgence de Rangabé envers lui avait dépassé ses espoirs1.

Enfin, à la dernière catégorie appartenaient les 3 meilleures oeuvres du concours :

12) Άγιος Μηνάς : poème épique. Son défaut principal: l'intrigue invraisemblable, qui rappelle le poème de P. Soutsos Οδοιπόρος, "fils adoptif de Byron". Les fautes de grammaire et de versification ne manquent pas. Mais les qualités sont remarquables: versification harmonieuse, idées heureuses, force descriptive, imagination vive, images réussies2.

Il s'agissait d'une œuvre de Th. Orphanidis3.

13) Κυψελίδαι : tragédie. Ses trois actes envoyés l'année précédente sont complétés par deux autres, et l'auteur, ainsi qu'il l'explique dans une lettre aux juges, a l'intention d'en ajouter un sixième. La langue est parfaite et la versification bonne. Mais les défauts abondent: absence de poésie, manque d'unité et de sens dramatique, dialogues prosaïques, longueurs. Il est difficile de distinguer le héros principal. Cette tragédie est placée par le jury au même niveau que le poème précédent4.

Il s'agissait d'une œuvre de Vernardakis, publiée telle qu'elle avait été envoyée au concours de 1860 5.

14) Ο Αρματωλός : poème épique en vers rimés de quinze et de huit syllabes. Oeuvre de grande valeur, comparable aux produits de l'art antique. La langue est pure et impeccable, l'intrigue simple et émouvante. "Ici, il n'y a rien de superflu, de brumeux ou d'ambigu,

————————————

1. A.S. Vyzantios, Ποιημάτια, Athènes 1860, p. 3. Un long compte rendu de ce livre, signé A. (Η Ελπίς, 20 décembre 1860), faisait l'éloge de Rangabé et relevait les principales qualités du jeune Vyzantios: maturité, imagination sage et virile, préférence pour les sujets de guerre, simplicité. L'auteur de cet article, Rangabé lui-même, est aisément reconnaissable.

2. Jugement de 1860, pp. 31-34.

3. Th. Orphanidis, Άγιος Μηνάς (Επεισόδιον εκ της Ελληνικής Επαναστάσεως). Ποίημα λυρικο-επικόν εις άσματα τέσσαρα, Athènes 1860.

4. Jugement de 1860, pp. 49-53.

5. D. Vernardakis, Κυψελίδαι. Mégoç A', Τραγωδίία εις πράξεις πέντε, Leipzig 1360, p. κ΄.

Σελ. 151
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/152.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

mais chaque vers brille comme une pure perle, placée à l'endroit convenable d'un riche collier». Vu que ses qualités sont grandes et ses défauts secondaires, le poème en question est considéré par le jury comme digne de la couronne1.

Les jeux étaient faits. Un étudiant en médecine, Grégoire Stavridis, 30 ans, originaire d'Ohrid, devançait soudain des «favoris» tel que Orphanidis et Vernardakis pour recevoir le prix de 1.000 drachmes2. Nous savons aujourd'hui que ce que Rangabé qualifiait de «miniature classique» n'était, en réalité, qu'un poème quelconque de l'époque, écrit dans une langue archaïsante, froide et pleine de lieux communs, d'hiatus et de réminiscences homériques:

Ταύτα μεν ούτοι έπραττον· έκλαιε δε αθλία

κόρη εις θάλαμον κλειστή

τον φίλον της Κοσμάν. Τίς ην; Ην αύτη η Μαρία,

η καλλιβλέφαρος μνηστή3

Nous savons aussi, grâce aux recherches de Dorothea Kadach, que ce jeune «macédonien» ou «bulgare», né en 1830 et venu à Athènes pour faire des études en 1850, s'était déjà montré, même avant son apparition aux concours, un versificateur farouchement philhellène: lorsque, en 1858, dans une lettre anonyme, on avait voulu attribuer sa haine contre les Russes au fait qu'il n'était pas Grec, «mais barbare, Albanais et de religion inconnue», Stavridis s'en était pris à son détracteur en termes injurieux:

————————————

1. Jugement de 1860, pp. 53-54.

2. Dans une lettre aux juges, Stavridis leur permettait de dépenser la moitié du prix à leur guise. Selon un communiqué du Rectorat daté du 27 mars, le recteur, après avoir vérifié que l'auteur de Αρματωλός était bien Stavridis, offrit à celui-ci la couronne et les 500 drachmes, l'autre moitié du prix étant réservée, «conformément à la volonté du poète», à l'étudiant D. Zomboulidis: Η Ελπίς, 2 avril 1860.

3. De longs extraits du poème sont reproduits dans le Jugement de 1860, p. 54, ainsi que dans les journaux athéniens de l'époque; voir par exemple, Η Ελπίς, 2,12 et 26 avril 1860. La publication en brochure: Ο Αρματωλός. Ποίημα Γρηγορίου Σταυρίδου του εξ Αχρίδος, στεφανωθέν κατά τον ποιητικόν διαγωνισμόν του 1860, Athènes 1860, contient une dédicace à Evanghélos Zappas, mais elle ne commente aucunement le concours. En 1880, P. Matarangas reproduit un long extrait du poème: Mat. Parn., pp. 1008-1013. Une adaptation française (par Guillevic et Lucie Albertini) a paru récemment: La poésie macédonienne. Anthologie des origines à nos jours, Paris 1972, pp. 70-73.

Σελ. 152
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/153.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

Έρρε εις κόρακας λοιπόν και κρυπτού εις την λάσπην

ω ποιητα φιλάληθες αχρείε ψευδολόγε

προδότα αργυρώνητε πατρίδος έφιάλτα

χαμαίζηλε παράσιτε, ψυχή γαγγραινωμένη

σαγματοφόρ' ήμίονε του σταύλου της Ρωσίας1

Haine contre la Russie, attachement à la Grèce: jusqu'en 1862, année où, comme nous le verrons, il se présenta aux concours pour la deuxième et dernière fois, Stavridis semble destiné à faire une carrière littéraire à Athènes. D. Miladinov, son maître d'Ohrid, n'avait peut-être pas tort d'être indigné contre lui et de l'appeler, en 1859, "grecomane"2. Ce n'est qu'après 1862 que tout change dans la vie de ce poète errant. Rentré dans sa patrie, Grégoire Stavridis devient Grigor Prličev, il n'écrit qu'en bulgare, traduit son poème couronné au concours de 1860, tente de traduire en vers bulgares l'Iliade, compose une autobiographie. Mais le changement le plus spectaculaire concerne ses sentiments vis-à-vis de la Grèce: "ingrat envers la patrie de Périclès, il partagea la haine de ses compatriotes contre les Grecs et prit part à la croisade contre l'hellénisme, lui qui, à Athènes, ne trouvait pas de mots pour témoigner son respect sincère à l'égard de la Grèce mère"3. Il a vécu jusqu'en 1893 comme un poète maudit. "Nature inquiète, nerveuse, désordonnée... Il mène une vie vagabonde, déchirée et malheureuse, changeant sans cesse de domicile, occupant ici et là des postes divers"4.

Sa victoire au concours de 1860 n'était pas due au hasard, encore moins à un caprice momentané de Rangabé. Certes, Ο Αρματωλός avait toutes les caractéristiques d'un poème répondant à l'idéal du rapporteur phanariote et, de ce fait, il méritait d'être présenté comme

————————————

1. Journal Αυγή, 10 janvier 1859; cf. Dorothea Kadach, "Zwei griechische Gedichte von Grigor S. Prličev (Γρηγόριος Σταυρίδης, Ελληνικά 24 (1971) 107-115.

2. Ibid., p. 114.

3. Mat. Parn., p. 1008. C'est l'auteur qui souligne. Un autre poète des concours, Ch. Papoulias (Δάκρυα, Athènes 1873, Introduction) fait une allusion au revirement de Stavridis-Prličev en présentant la Macédoine déçue:

Ω μη τα ρωτάτε... ήτο γιος της, πλην κακό προγόνι

Nous rappelons que Nicolas Piccolos (1792-1865), né à Ternova en Bulgarie, ne fut pas moins accusé d'"avoir oublié, avec ingratitude, notre patrie dans son testament" (M. Vrétos, Εθνικόν Ημερολόγιον 1866, p. 371) et d'"avoir présenté, vers la fin de sa vie, des signes de misanthropie et de mishellénisme" (Mat. Parn., p. 93).

4. La poésie macédonienne, op. cit., ρ 69.

Σελ. 153
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/154.gif&w=600&h=915 22. Moullas, Concours poetiques

exemple, à un moment, surtout, où le principal ennemi à combattre était le byronisme. D'autre part, les rapports personnels entre Rangabé et Stavridis — «car tout est chez nous, malheureusement, question de rapports personnels», écrivait Orphanidis1 — pourraient justifier l'hypothèse d'un favoritisme prenant les dimensions, selon l'expression de Palamas, d'un «coup d'État»2. Mais l'aspect politique de ce couronnement nous paraît le plus essentiel. Rallis, comme nous savons, admettait à son concours «tous les Grecs et tous les hellénistes étrangers» (clause 7). Le moment historique se prêtait aux grandes ambitions: on caressait avec plaisir l'idée que l'Université d'Athènes devînt un centre de rayonnement international et que la langue grecque, en dehors de son rôle dans l'unité nationale, obtînt une audience plus large. Or, la participation d'un «bulgare philhellène» aux concours était, par principe, digne d'encouragement. Elle devenait un signe de succès tangible et donnait à l'institution de Rallis plus de prestige. Ainsi, en offrant la couronne à Stavridis, Rangabé agissait autant en ex-ministre des affaires étrangères qu'en critique littéraire universitaire. Cette couronne certes semblait offerte à l'hellénisme irrédimé, et le rapporteur de 1860 rappelait pertinemment qu'«ailleurs, loin de nous, vivent des compatriotes dont les cœurs, les mœurs et l'héroïsme sont grecs»3. Mais il n'ignorait sûrement pas que Stavridis était «macédonien», ce qui donnait, peut-être, au couronnement de 1860 sa plus profonde signification: encourager un certain philhellénisme «macédonien» qui s'opposait à la politique russe.

Quoi qu'il en soit, Orphanidis et Vernardakis, les deux vaincus du concours, étaient mal placés pour comprendre les arrière-pensées de Rangabé et, à plus forte raison, pour les lui pardonner. Couronnés déjà dans le passé, ils n'étaient pas des débutants qui pouvaient se contenter de quelques remarques encourageantes du rapporteur. Tous deux visaient le prix4. Dans ces conditions, leur déception fut énorme

————————————

1. Th. Orphanidis, Άγιος Μηνάς, op. cit., p. 160.

2. Pal. A., t. VIII, p. 485. Le deuxième «coup d'État» de Rangabé fut, selon l'auteur, le couronnement de Vizyinos au concours de 1874. Nous signalons ici que Palamas, d'habitude très attentif aux noms et aux dates, donne à Stavridis le prénom de Georges —suivant Mat. Parn., p. 1008— et situe sa victoire en 1862. Il est à noter que le nom de Stavridis se trouve accompagné, entre parenthèses, d'un autre: Maralitsas ou Mamalitsis: Η Ελπίς, 1er avril 1860.

3. Jugement de 1860, p. 54.

4. Orphanidis (Άγιος Μηνάς, pp. 159-160) explique que, malgré ses promesses de ne plus participer aux concours, il n'a pu résister au désir d'être encore une fois

Σελ. 154
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/155.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

et elle ne tarda pas à se transformer en colère. Le concours de Rallis allait s'achever dans une atmosphère troublée par les polémiques les plus hargneuses et les diatribes les plus violentes.

Le premier à avoir réagi au verdict de 1860 fut Orphanidis. Nous connaissons ses faits et gestes en détail; en publiant Άγιος Μηνάς, il prit soin de raconter tous ses démêlés avec Rangabé et Stavridis, afin de montrer aux futures générations "la taille réelle de nos nains"1. En plus, nous nous trouvons devant un précieux dossier de procédure - "Δικογραφία" est le titre employé par l'auteur - où toutes les preuves et toutes les pièces à conviction (articles dans les journaux, lettres, confidences, etc.) sont réunies pour donner matière, sinon à un procès historique, tout au moins à une image caractéristique des mœurs littéraires de l'époque. Voici une reconstitution chronologique des faits de 1860, d'après les renseignements d'Orphanidis:

15 mars : La revue Πανδώρα (fasc. 240, pp. 579-582) publie le début d'un compte rendu élogieux de A*** [=Th. Orphanidis] sur Διάφορα Διηγήματα και Ποιήματα (t. III, Athènes 1859) de A. R. Rangabé. La suite de ce compte rendu ne paraîtra jamais.

25 mars : Cérémonie du concours. Victoire de Stavridis.

27 mars : Rangabé rend visite à Orphanidis, se justifie de son rapport au concours et, pendant cet entretien, il traite Stavridis d'"idiot".

29 mars : Orphanidis invite chez lui la plupart des jeunes poètes athéniens et donne lecture de Άγιος Μηνάς. Il en fait de même devant "trois de nos lettrés les plus distingués", dont un lui offre les 1.000 drachmes du prix.

15 avril : La revue Πανδώρα (fasc. 242, pp. 25-34) commence la publication du rapport de Rangabé.

18 avril : Stavridis apporte son poème à Orphanidis. Celui-ci étant

————————————

couronné, offrant toutefois, en cas de victoire, le prix de 1.000 drachmes à une fille pauvre de combattant. Vernardakis (Κυψελίδαι,, p. ία'), lui, fait montre d'une franchise cynique: "J'avoue que, lorsque j'envoyais ce poème au concours, j'avais des motifs peu poétiques ou dignes des Muses. J'espérais obtenir le prix pour faire face à mes besoins financiers".

1. Th. Orphanidis. op. cit., p. 155. -Sur ces querelles retentissantes, voir: Dorothea Kadach, "Grigor S. Prličevs Teilnahme am Athener Dichterwettbewerb 1860 und 1862", Zeitschrift für Balkanologie 6 (1968) 45-62, et "Die Polemik Orphanidis - Prličev anlässlich des Athener Dichterwettbewerbs", Ibid., VIII/1-2, pp. 84-100.

Σελ. 155
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/156.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

absent, le lauréat de 1860 lui laisse une lettre pleine de respect et d'admiration.

22 avril : Orphanidis publie une «Annonce» de Άγιος Μηνάς dans laquelle il accuse le «Zoïle» Rangabé de perfidie.

30 avril : Le journal Ομόνοια, dans son premier numéro, commente anonymement l'«Annonce» du 22 avril. L'auteur de ce commentaire, Rangabé lui-même, rappelle qu'Orphanidis, ayant fait son éloge dans Πανδώρα du 15 mars, n'a changé d'avis sur lui qu'à cause de sa défaite au concours; d'où l'interruption de son compte rendu.

10 mai : Orphanidis répond à Rangabé dans le journal Αυγή. Il prétend que le compte rendu de Πανδώρα lui fut mendié (εψωμοζητήθη) par Rangabé et N. Dragoumis plusieurs mois avant le concours. Il critique l'action politique et l'œuvre littéraire (notamment la traduction du Tasse) de son adversaire.

19 mai : Stavridis attaque violemment Orphanidis et prend la défense de Rangabé dans le journal Φως.

27 mai : Nouvelle diatribe d'Orphanidis contre Rangabé dans le journal Αυγή. Stavridis est accusé d'être un agent de la propagande bulgare à Athènes: il avait signé une copie de son poème «G. Stavridis, bulgare philhellène».

28 mai : Commentaire du journal Ομόνοια contre Orphanidis.

1er juin : Stavridis s'en prend de nouveau à Orphanidis dans le journal Φως. Il avoue sa nationalité bulgare, mais nie être un agent de propagande.

4 juin : Orphanidis publie dans le journal Αυγή la lettre que lui avait adressée, le 18 avril, Stavridis, «rédacteur en chef» et «avocat» de Rangabé.

10 juin : Le journal bruxellois «Le Nord» commente le duel Orphanidis - Rangabé. «Dieu sait quand le duel finira! Plus il durera d'ailleurs et plus la galerie sera satisfaite. Depuis qu'il y a une Grèce au monde et tant qu'il y aura une Grèce, les citoyens de l'Attique y raffoleront et y raffoleront de ces passes d'armes».

18 juin : Le journal Φιλελεύθερος, dans un compte rendu sur Αρματωλός, qualifie le poème de Stavridis d'«œuvre insipide».

20 juin : En préparant la publication de Άγιος Μηνάς, Orphanidis rédige une lettre à Rallis, dans laquelle il propose au fondateur: a) que le concours ait lieu tous les deux ans, b) que

Σελ. 156
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/157.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

les poèmes envoyés n'aient pas moins de 1.000 vers, c) que le jury, élu par le Conseil Universitaire, soit composé du recteur, du professeur de philosophie, de deux professeurs de lettres et de trois lettrés extra-universitaires, d) que le prix de 2.000 drachmes soit partagé entre les juges (1.000 drachmes) et le poète couronné (1.000 drachmes), e) que le jugement des poèmes soit confié, après sa création, à l'Académie, qui décernera un prix de 2.000 drachmes, f) que tout concurrent contestant le verdict du jury soit exclu du concours définitivement1.

21 juin : Le journal Η Ελπίς publie une lettre datée du 9 juin et signée A. R. Rangabé. Celui-ci prétend ignorer tout: il n'a jamais lu les articles d'Orphanidis, il n'a jamais répondu, il n'a jamais poussé quelqu'un à répondre. Un long commentaire anonyme du même journal s'en prend à Orphanidis, ce professeur qui se conduit indécemment et qui, au lieu de se réjouir de la victoire de son élève Stavridis, insulte celui-ci et Rangabé, sans se rendre compte "combien [de tels actes] portent atteinte à l'Université, lorsque les étrangers observent le dévergondage et les brutalités de ceux à qui le gouvernement a confié l'éducation de la jeunesse". Quant aux Bulgares, dont la contribution à la Révolution Grecque fut importante, ils ont toujours été considérés par les Grecs comme des "frères chers"2.

2 juillet : Le journal Πρωινός Κήρυξ répond au commentaire de Ελπίς en l'attribuant, lui aussi, à Rangabé. Défense d'Orphanidis. Le rapporteur de 1860 est accusé de favoriser l'"unité bulgare" et de sous-estimer "l'attitude actuelle d'une propagande connue depuis longtemps et dont les objectifs et les activités préoccupent non seulement la presse grecque, mais aussi celle de la Turquie".

Ainsi, une querelle personnelle prenait, à la longue, l'aspect d'une affaire politique. Pendant plus de trois mois, Orphanidis avait déployé toute son énergie pour discréditer le principal artisan du verdict de 1860, Rangabé. Sa rage ne s'était pas calmée. La publication de

————————————

1. Th. Orphanidis, op. cit., pp. 147-154.

2. Η Ελπίς, 21 juin 1860. Orphanidis (op. cit., p. 238), tout en attribuant ce commentaire à Rangabé n'en cite que deux phrases pour y répondre.

Σελ. 157
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/158.gif&w=600&h=915 22. Moullas, Concours poetiques

Άγιος Μηνάς en volume lui offrait encore l'occasion d'une attaque. Le texte du poème allait être accompagné de dizaines de pages dénigrant, une fois de plus, le rapporteur et le lauréat du concours. Toute une partie du livre était consacrée à l'œuvre couronnée de Stavridis: Orphanidis en indiquait les fautes, la réfutait vers par vers, la ridiculisait en la comparant aux poésies insignifiantes d'Exarchopoulos1. Il faisait de même avec le rapport du jury, auquel il répondait paragraphe par paragraphe2. Quant à Rangabé, il était accusé, en outre, d'avoir offert le prix au «bulgare philhellène» pour les raisons suivantes:

a) pour humilier Orphanidis, qui s'était opposé à lui au Congrès des juges de la première Exposition Grecque, et dont la gloire, récemment chantée par E. Yemeniz, avait suscité sa jalousie3; b) pour ex primer son aversion contre les victimes de Chio et contre son ennemi Canaris, dont Άγιος Μηνάς faisait l'éloge; c) pour humilier Vernardakis qui, par ses études sérieuses d'archéologie, devenait pour lui un adversaire redoutable, d) pour jeter le discrédit sur les concours poétiques, auxquels il avait échoué en présentant sa malheureuse traduction du Tasse4.

Les commentaires seraient inutiles. Monument de fureur et de forfanterie, le livre d'Orphanidis montre à quel point les motivations personnelles au sein d'une petite société étaient les seules détectables et déterminantes. L'histoire des concours semblait passer uniquement par les coulisses; elle se confondait avec la petite histoire. La critique littéraire devenait un simple règlement de comptes: en proie à son émotivité, Orphanidis ne visait qu'à obtenir satisfaction en anéantissant ses adversaires (Rangabé et Stavridis) et en éclaboussant, par la même occasion, ses ennemis du moment5. Dans sa lettre à Rallis, il ne faisait que sonner l'alarme, croyant que les concours étaient en danger à cause d'un mauvais fonctionnement (accaparement du jury

————————————

1. Ibid., pp. 113-146. Exarchopoulos, un versificateur simple d'esprit, devient à celle époque-là symbole du ridicule en poésie.

2. Ibid., pp. 158-186.

3. Mais l'article d'E. Yemeniz, «De la renaissance littéraire en Grèce. Les poètes Zalocostas et Orphanidis», Revue des Deux Mondes, livraison du 1er mai 1860, pp. 212-242, avait paru plus d'un mois après le concours.

4. Th. Orphanidis, op. cit., pp. 141-142.

5. Notamment C. Paparrigopoulos et N. Dragoumis. En 1860, Orphanidis (op. cit., p. 223) en voulait en bloc au «triumvirat de Πανδώρα». Par contre, il ne gardait pas rancune à ses anciens adversaires: Coumanoudis devenait maintenant son «respectable collègue» (p. 238), et le mort Zalocostas était son «ancien ami» (p. 214).

Σελ. 158
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/159.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

par certains «Zoïles», mécontentement de concurrents et de professeurs, etc.) dû aux ambitions d'une minorité1. Il ne pouvait ni savoir ni comprendre que les concours avaient vécu dix ans — et ils allaient vivre dix-sept ans encore — non pas en dépit des ambitions de certains, mais en raison des ambitions de tous; que leur fonction, au fond, était de donner libre cours à l'agressivité hypertrophiée d'une société bloquée où le besoin du succès devenait d'autant plus impératif que les obstacles semblaient insurmontables. De ce point de vue, ni les «intrigues» de Rangabé, ni les «dénonciations» bruyantes d'Orphanidis ni les protestations générales ne constituaient des pratiques exceptionnelles pouvant mettre en danger l'institution de Rallis. En réalité, le déclenchement des passions, loin de menacer les concours, justifiait leur nécessité et leur donnait une raison d'être.

Cependant, dans le mesure où le règlement de comptes laissait une petite place à la critique littéraire, Orphanidis prenait la défense du byronisme avec ardeur. «Pour toi, disait-il à Rangabé, l'âme des amoureux trouve toujours un soulagement dans le vacarme de la guerre; la mélancolie, la tristesse et la misanthropie, conséquence normale d'un grand amour malheureux, ne sont que des crimes byroniens et condamnables par ton esthétique»2. Et ailleurs: «Mon poème appartenait à l'école byronienne... Selon quelles règles cet homme divin [Byron] composa-t-il ses épopées immortelles? Selon une seule règle, par rapport à laquelle les normes aristotéliciennes ne semblent que des croassements de pédants...: Fais des poèmes en écoutant ton cœur»3.

Vernardakis, lui, n'était plus animé en 1860 par le même idéal romantique—Κυψελίδαι marquaient déjà un revirement indiscutable vers le classicisme — et sans doute n'avait-il pas le tempérament sanguin d'Orphanidis. Cela dit, le coup porté à son drame par son «respectable professeur et ami» Rangabé n'était pas moins ressenti comme «désespérant et mortel»4. Mais Vernardakis n'écoutait pas que son cœur. Sa réponse, tardive et mesurée, si elle ne manquait ni d' amertume ni de colère, évitait néanmoins de chicaner mesquinement ou de sombrer dans la vulgarité. Le ton restait ici élevé, et le rapport de Rangabé était soumis à une critique aussi exhaustive que sérieuse.

————————————

1. Ibid., pp. 150 sq.

2. Ibid., p. 176.

3. Ibid., p. 186.

4. D. Vernardakis, Κυψελίδαι, pp. ιη΄ et κα΄.

Σελ. 159
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/160.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

Une fois de plus, Vernardakis étalait son érudition et faisait montre de son penchant pour les constructions théoriques: la poésie dramatique, l'esthétique et la morale, les genres littéraires et les problèmes de la versification lui donnaient l'occasion de prouver, non sans prétention, que ses études dans les universités allemandes avaient été au moins fructueuses.

Depuis Μαρία Δοξαπατρή (1858), il avait fait de nouvelles connaissances: Euripide venait déjà éclipser Shakespeare. En 1860, Vernardakis n'était plus préoccupé par le drame romantique, pas plus que par la tragédie ancienne, mais épris de ce qu'il appelait «tragédie moderne» ou «drame moderne»1. Le romantisme soulevait de plus en plus sa désapprobation: les romans français, les drames de V. Hugo («Le roi s'amuse»), les «dithyrambes» de Solomos et de A. Soutsos, le «spleen à la Ossian, Byron et Lamartine» (οσσiανοβυρωνολαμαρτινική σπληνολογία), les poésies de P. Soutsos, suscitaient en bloc son dédain2. Mais sa répulsion était particulièrement violente pour la poésie et la critique phanariotes et heptanésiennes.

En fait, Vernardakis avait bien repéré ses adversaires. En 1860, Rangabé, malgré ses activités théâtrales précédentes, semblait exclusivement orienté vers la poésie lyrique et épico-lyrique. D'autre part, la critique heptanésienne, représentée en ce moment-là par la polémique Polylas-Zambélios, ne s'occupait que de l'œuvre de Solomos, une œuvre essentiellement lyrique3. Dans ces conditions, le drame était complètement négligé. Depuis dix ans, aucune œuvre dramatique n' avait été couronnée aux concours. La capitale de la Grèce manquait de théâtre national, et la «nouvelle tragédie», au lieu d'être encouragée dans ses premiers pas, était constamment persécuter par sa «marâtre phanariote»4. Rangabé, «le Mécène des Exarchopoulos» et le représentant de la «critique phanariote myope», était incapable d'apprécier une œuvre comme Κυψελίδαι: il n'y comprenait rien, il interprétait mal, il déformait tout5. D'une façon générale, les juges étaient inaptes

————————————

1. Ibid., pp. ιε΄, λη' et μδ'. Ailleurs (p. λα'), Vernardakis, après avoir expliqué les conditions dans lesquelles il composa sa tragédie, constate que celle-ci appartient à un genre «ni ancien ni moderne».

2. Ibid., pp. κγ', λγ'-λδ', λε', ξγ'.

3. Il est à noter que Vernardakis, dans sa lettre aux juges qui accompagne sa tragédie {ibid., p. ιζ') s'en prend à Sp. Zambélios (Πόθεν η κοινή λέξις τραγουδώ, Athènes 1859) sans toutefois le nommer.

4. Ibid., p. κβ'.

5. Ibid., p. μζ'.

Σελ. 160
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/161.gif&w=600&h=915 22. Moullas, Concours poetiques

à concevoir «le beau multiple» (drame): «Le seul poème pouvant obtenir leur faveur est celui qui ressemble à une simple et mélodieuse chanson, sans le moindre désaccord»1.

Ainsi, Vernardakis semblait mener son combat au nom de la poésie dramatique méprisée, et la blessure de sa défaite était suffisamment camouflée par ses nobles intentions. Il allait trouver bientôt un fervent défenseur: en février 1861, un long compte rendu signé C. N. C[ostis] faisait l'éloge de Κυψελίδαι et réfutait le rapport de Rangabé sans toutefois l'attaquer ouvertement2. Les personnages de la tragédie étaient longuement décrits, analysés, justifiés; l'auteur Vernardakis avait le mérite d'avoir appliqué avec succès les règles de l'art dramatique, d'avoir abandonné «le drame français qui régnait chez nous jusqu'à présent» et d'avoir suivi «l'exemple de nos poètes anciens et celui des meilleurs dramaturges anglais et allemands à la fois», de sorte que sa tragédie pouvait être considérée comme «un très bon augure pour le développement de notre poésie dramatique»3.

Au moment où cet article était publié, on aurait dû normalement préparer le concours de 1861. Il n'en fut rien. Orphanidis avait beau proposer à Rallis des réformes urgentes pour que les problèmes menaçant les concours — et, notamment, le plus important: celui de la récompense des juges — fussent résolus. Aveuglé par son entêtement, le fondateur triestin ne voulut rien entendre, rien entreprendre. Ainsi, dans des conditions que nous avons expliquées ailleurs4, la crise qui couvait depuis 1857 éclata soudain en 1861, et le jury ne fut pas formé. Le 25 mars de cette année-là ne serait marqué que par les manifestations de la jeunesse contre le régime du roi Othon5. Le concours fut d'abord

————————————

1. Ibid., p. μγ'. Le rapport du jury de 1859, cité par la suite, constitue la seule réponse de Vernardakis à Paparrigopoulos.

2. Πανδώρα 11 (1860-1861) 539-543. Dans une courte note (p. 543). N. Dragoumis, tout en condamnant les polémiques injurieuses, déclarait que Πανδώρα, revue démocratique, n'hésitait pas à publier cet article modéré, bien que celui-ci s'opposât complètement aux opinions de Rangabé et de Paparrigopoulos sur Κυψελίδαι. Cette note ayant été mal interprétée—on y avait vu des allusions à Vernardakis—N. Dragoumis s'empressa, plus tard, de préciser qu'en condamnant certaines attitudes indécentes «dans une société qui aime par trop le dénigrement», il ne faisait allusion à personne (p. 592). Nous pensons pourtant que si l'éditeur de Πανδώρα visait quelqu'un, il n'était autre qu'Orphanidis.

3. Ibid., p. 543.

4. Voir ici pp. 41-42.

5. Sur ces manifestations (banquets d'étudiants, slogans pour la liberté, pour Garibaldi, etc.), voir le long compte rendu du journal Πρωινός Κήρυξ, 1er avril 1861.

Σελ. 161
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/162.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

ajourné et ensuite annulé, malgré l'envoi de 7 œuvres1. Rallis céda sa place à Jean Voutsinas. Une période de dix ans était achevée dans la déception.

En fait, le bilan de cette période avait de quoi mécontenter tous ceux qui, en 1851, avaient espéré que "le rapatriement des Muses" s'effectuerait dans de meilleures conditions. Déjà force était de se rendre à l'évidence. Ce "rapatriement des Muses" ne pouvait être aussi simple qu'on l'avait imaginé. Certes, le concours de Rallis avait stimulé la production poétique, mais la qualité n'en était pas toujours proportionnée à la quantité. A deux reprises (1852, 1857), en refusant de décerner le prix, le jury universitaire avait illustré cette vérité. Par ailleurs, infime minorité parmi les dizaines de concurrents, les 4 poètes couronnés - Zalocostas (1851, 1853, 1859), Orphanidis (1854, 1855, 1858), Vernardakis (1856) et Stavridis (1860) - avaient remporté la victoire dans des circonstances qui n'avaient pas assuré un jugement impartial et acceptable par tous. La déception touchait donc, en premier lieu, les poètes frustrés.

Elle n'épargnait pas, en second lieu, une grande partie des juges universitaires. Rallis s'était comporté avec eux de façon autoritaire; il avait rejeté aussi bien leurs exigences pécuniaires que leurs propositions concernant le fonctionnement du concours. D'autre part, les attaques de la presse et les protestations continuelles des poètes avaient sérieusement diminué leur ardeur à servir la poésie néo-hellénique. Le fondateur lui-même, de son côté, n'était pas moins déçu, ayant rencontré des résistances qui avaient fini par l'évincer. Ainsi, couronné par un scandale retentissant, le concours de Rallis se terminait, au bout de dix ans, dans un climat de mécontentement général.

Il avait cependant démontré sa nécessité. C'est dans le cadre de l'institution de Rallis que la vie intellectuelle grecque était devenue plus intense, mobilisant une série d'énergies ou donnant libre cours à une agressivité collective. En 1853, grâce au concours, le problème de la langue avait été posé de façon plus claire, et la critique 

————————————

1. Πρωινός Κήρυξ, 24 mars 1861. Le recteur A. Pallis (R.R. de 1861, p. 23), sans préciser leur nombre exact, mentionne simplement l'envoi de "quelques poèmes". Nous en connaissons deux: Le premier, œuvre de Phémius Harold Euclide[=Ph. A. Iconomidis,] sera envoyé de nouveau au concours de 1865; voir Ph. Harold Euclide, Δύσελπις -Εύελπις ή Ο άγνωστος ποιητής, ποίημα εις άσματα τρία, Hermoupolis 1868, p. [γ']. Le second, Ύμνος εις τον Ελληνικόν Αγώνα, sera publié anonymement dans Πανδώρα 12 (1861-62) 529-535, avec une note expliquant que le poème était destiné au concours annulé de 1861.

Σελ. 162
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/163.gif&w=600&h=915 22. Moullas, Concours poetiques

universitaire (Τα Σούτσεια) avait imposé ses droits. En 1857, le conflit entre le classicisme et le romantisme avait pris plus d'ampleur, et les deux groupes ennemis au sein du jury universitaire étaient apparus avec plus de relief. Implantée solidement dans les mœurs littéraires grecques, l'institution poétique, loin de se limiter à un rôle marginal, avait reflété, en dernière analyse, tous les courants de la décennie 1850-1860.

A une époque marquée par un ensemble d'événements décisifs dans tous les domaines (élan nationaliste et religieux, développement de la Grande Idée et de l'unité «hellène-chrétienne», Guerre de Crimée, apogée du régime d'Othon et commencement de son déclin, etc.), il est normal que l'esprit héroïque ait été plus particulièrement encouragé. En effet, les jurys universitaires n'avaient couronné jusque-là que des poèmes épiques ou épico-lyriques. C'est dans la perspective d'une poésie narrative que les vers mis à la mode (hexamètre, trimètre iambique, vers de quinze syllabes) avaient eu une fonction à remplir. Ni la poésie lyrique, individualiste et liée au byronisme contestataire, ni le drame romantique, fort éloigné de la tragédie ancienne, n'avaient pu trouver grâce aux yeux des universitaires. L'Antiquité demeurait toujours le modèle fondamental à copier; la langue populaire et le romantisme «étranger», constituaient les ennemis principaux à abattre. Rangabé, la figure la plus marquante de cette décennie, avait fini par imposer ses options en matière de poésie et de langue: «retour aux formes anciennes», néo-classicisme abstrait, goût de l'artificiel. L'opposition de l'autre groupe universitaire, celui d'Assopios et de Coumanoudis, n'avait pu changer, en fin de compte, le cours des choses. Les défaites répétées de Tertsétis avaient été, de ce point de vue, significatives: ni la langue populaire ni l'esprit de l'école ionienne ni le sens du naturel n'avaient de place dans l'institution poétique qu'avait fondée et surveillée, épris d'archaïsme, Ambroise Rallis.

Déjà, après la disparition de celui-ci, pouvait-on s'attendre à un retournement de la situation? Autant il serait erroné de sous-estimer le rôle joué par le fondateur, autant il serait simpliste de grossir sa part de responsabilités. En réalité, les grandes orientations qui avaient prévalu dans le concours athénien pendant dix ans avaient été moins liées à quelques initiatives individuelles qu'à des courants collectifs plus larges. L'archaïsme et la question de la langue, le romantisme et le classicisme, la valorisation des chants populaires, le problème de l'unité, l'esprit héroïque résultant de la Révolution de 1821 et le culte de l'Antiquité, bref toutes les caractéristiques de la décennie 1850-1860, ne s'étaient évidemment pas manifestées dans le seul cadre du

Σελ. 163
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/164.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

concours. Par ailleurs, la physionomie littéraire de cette décennie avait été aussi transformée par des poètes qui n'avaient jamais participé à l'institution de Rallis. P. Soutsos, le père du byronisme grec (Ο Οδοιπόρος, 1831), avait exercé une influence considérable sur la littérature athénienne tant par ses vers que par sa prose. Son frère Alexandre (H Τουρκομάχος Ελλάς, 1850; Απομνημονεύματα ποιητικά επί του ανατολικού πολέμου, 1857) avait été pour beaucoup dans le développement de la poésie politique. De même, vers la fin de la décennie, loin du concours, l'école ionienne avait fait sentir sa présence: J. Typaldos (Ποιήματα διάφορα, 1856), A. Valaoritis (Μνημόσυνα,1857; Η κυρά Φροσύνη, 1859), D. Solomos (Τα Ευρισκόμενα, 1859), Sp. Zambélios (Πόθεν η κοινή λεξις τραγουδώ, 1859), J. Polylas (Πόθεν η μυστικοφοβία του κ. Σπ. Ζαμπελίου, 1860). Ce qui s'était passé dans le concours avait donc découlé non seulement de la volonté de Rallis et des objectifs universitaires, mais aussi de tout un ensemble de conditions intérieures et extérieures, positives ou négatives, directes ou indirectes, de longue ou de courte durée, qui avaient déterminé d'une façon pu d'une autre le sort de l'institution poétique.

Cette institution, ayant fait ses preuves, pouvait maintenant survivre à son fondateur. Elle avait un rôle important à jouer dans l'avenir. Car, en 1861, lorsque Rallis disparaissait, rien n'était encore définitivement joué. Divisés en deux groupes hostiles, les universitaires n'avaient rien perdu de leur détermination à imposer leur idéal classique, bien au contraire. Au milieu d'une crise politique et sociale, et pendant qu'une nouvelle génération romantique faisait son apparition, l'agressivité collective, les ambitions personnelles et les luttes partisanes avaient plus que jamais besoin d'un terrain d'expression. Ainsi, Rallis s'en allait, mais son institution demeurait intacte. On pouvait envisager un avenir où les hypothèques du passé seraient levées. Une nouvelle période commençait au printemps de 1862, en un moment où la révolte de Nauplie grondait déjà de loin pour annoncer à Athènes que le règne du premier souverain de Grèce était définitivement condamné. 

Σελ. 164
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/165.gif&w=600&h=915 22. Moullas, Concours poetiques

DEUXIÈME PARTIE

LE CONCOURS DE VOUTSINAS

(1862 -1877)

Σελ. 165
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/166.gif&w=600&h=915 22. Moullas, Concours poetiques

ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

Σελ. 166
Φόρμα αναζήτησης
Αναζήτηση λέξεων και φράσεων εντός του βιβλίου: Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
Αποτελέσματα αναζήτησης
    Ψηφιοποιημένα βιβλία
    Σελίδα: 147
    22. Moullas, Concours poetiques

    l'emploi de mètres anciens, «car nous avons cru bon que nos nouveaux poètes s'éloignassent un peu de l'usage exclusif de la rime»1.

    Il est donc certain que l'esprit universitaire s'accommodait mal de la versification moderne, soucieux de voir, avant tout, la poésie néo-hellénique en plein accord avec celle de l'Antiquité. Beaucoup plus tard, Rangabé paraît à la fois étonné et indigné «car presque tous ceux qui ont écrit sur la Grèce moderne affirment que sa versification repose sur des bases toutes différentes de celles de la versification ancienne. C'est une erreur. Quand les Grecs aujourd'hui font de mauvais vers, ils les font dans le même moule où étaient coulés les chefs-d'œuvre de leurs ancêtres»2. C'est dans ce sens que les principaux vers préconisés dans le cadre des concours par les rapporteurs — l'hexamètre (par Rangabé), le trimètre iambique et le vers de quinze syllabes (par Coumanoudis) — non seulement avaient tous des titres anciens3, mais aussi présentaient un avantage non négligeable: ils étaient, en principe, incompatibles avec la rime «étrangère».

    Toutefois, à partir d'un certain moment, les signes d'un autre esprit devenaient sensibles. Les rapporteurs Castorchis et Coumanoudis avaient été remplacés par Paparrigopoulos et Rangabé, et le néoclassicisme phanariote avait fait son apparition pour assumer, lui aussi, et par ses propres moyens, la lutte antiromantique. Paparrigopoulos s'était déjà opposé à Coumanoudis, lorsque, en 1859, il avait, en quelque sorte, réhabilité la rime en insistant sur sa richesse. Dans la mesure où le groupe d'Assopios avait présenté une poétique commune, il avait avancé un certain nombre de valeurs qui, bien que peu cohérentes à première vue, trouvaient leur unité profonde dans le goût du naturel: poésie classique et chants populaires, mètres anciens et vers de quinze syllabes sans rime, connaissance de la nature et santé morale, Ερωτόκριτος, Vilaras, Solomos, Tertsétis. Déjà, sous le pouvoir absolu de Rangabé, le goût du naturel cédait la place au goût de l'artificiel; la rime, «ornement» du vers, revendiquait de nouveau ses droits, dans une écriture où l'élégance, la grâce et le jeu constituaient les valeurs

    ————————————

    commentera pertinemment, dans un portrait de Zalocostas où le style polémique n'empêche ni la clairvoyance ni la justice: Pal. A., t. II, pp. 249 et sq.

    1. Jugement de 1857, Πανδώρα 8(1857-1858) 28.

    2. A. R. Rangabé, Histoire littéraire, op. cit., t. I, p. 118.

    3. Le vers de quinze syllabes, appelé souvent «tétramètre iambique» par Rangabé et autres, n'était pas moins considéré comme un vers ancien. Selon C. Sathas, op. cit., p. 310, il a été utilisé par certains poètes de l'Antiquité, mais non de façon systématique.