Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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CHAPITRE I

LE ΝÉΟ - CLASSICISME BAT SON PLEIN

(1862-1867)

αρχαϊκήν εγκράτειαν περί τε την ουσίαν

και την μορφήν έπρεπε να λάβω κυρίαν μου βάσιν

A. Vlachos (1863)

La période du concours de Voutsinas est marquée, en grande partie, par une série d'événements politiques, qui semblent tenir la septième décennie du siècle en état d'alerte: destitution du roi Othon (1862), début du règne de Georges 1er, rattachement de l'Heptanèse à la Grèce (1864), révolution crétoise (1866-1869). Athènes se développe encore lentement; sa population, de 42.725 habitants en 1862, dépasse à peine les 44.500 en 1870, malgré l'élargissement, à partir de 1864, des frontières de l'État Hellénique. Une autre évolution est significative: les étudiants de l'Université, au nombre de 675 en 1861, sont 1.215 en 1867, ayant ainsi, en six ans, pratiquement doublé d'effectifs.

La Grèce entière, au moment où elle règle ses comptes avec le présent et se penche sur le sort des "frères asservis", est sous le coup d'un passéisme de plus en plus accentué. En 1859, l'organisation des Jeux Olympiques à Athènes s'insère déjà dans un processus de reconstitutions irrésistible; en 1864, quelques essais pour donner, dans le théâtre antique de Dionysos, des représentations de tragédies anciennes en version originale, n'ont, en réalité, rien d'étonnant. C'est le moment où le culte de l'Antiquité atteint son point culminant. Le classicisme, découlant de l'idéologie officielle et profitant des maladresses d'une révolte romantique qui rompt de plus en plus avec le bon sens, réagit énergiquement, cherche des alliés (Heine), gagne du terrain. A partir de 1862, les concours poétiques universitaires évoluent dans un sens rigoureusement classique; une revue athénienne, Χρυσαλλίς, qui commence à paraître en 1863, se met à refléter le même

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esprit; des poètes tels que A. R. Rangabé, D. Vernardakis, A. Vyzantios et A. Vlachos sont les principaux représentants d'un courant anti-romantique en plein essor.

A première vue, on serait tenté de surestimer l'importance de ce courant, si l'on s'en tenait à l'aspect extérieur des choses. D'une manière générale, la production poétique athénienne de la décennie 1860-1870, dans son ensemble, ne rompt pas, en ce qui concerne la forme, avec un idéal classique conventionnel: culte de l'Antiquité, purisme, usage de mètres anciens, etc. Car, ce n'est pas au niveau de la forme que le romantisme athénien livre sa bataille décisive. Les œuvres des nouveaux poètes romantiques tels que A. Paraschos (1838-1895), Cléon Rangabé (1842-1917), D. Paparrigopoulos (1843-1873). Sp. Vassiliadis (1844-1874) et autres, œuvres truffées de noms anciens et d'archaïsmes, n'ont rien à envier, pour l'aspect extérieur, aux poésies classiques les plus fidèles à la lettre, sinon à l'esprit, de la littérature antique. Dans une lettre à un ami, D. Paparrigopoulos, un des représentants les plus caractéristiques de la nouvelle génération, écrit: «Mon but est de ranimer en quelque sorte la mythologie ancienne. Je crois que l'humanité n'égalera jamais le génie plastique des Grecs anciens; on ne créera jamais de mythes plus beaux. Par conséquent, ne faisons-nous pas une œuvre nationale, si nous associons les plus dramatiques de ces mythes à des idées nouvelles et à des sentiments nouveaux?»1.

Idées nouvelles, sentiments nouveaux: c'est sûrement à ce niveau-là que nous devons chercher la particularité romantique, pour ne pas étendre abusivement l'influence classique sur toute une production qui baigne, uniformément, (il suffit de voir les titres de la plupart des poèmes écrits entre 1860 et 1870), dans le culte de la Grèce antique. A vrai dire, ces «idées nouvelles» et ces «sentiments nouveaux» avaient déjà fait leur apparition depuis longtemps. Mais le romantisme athénien, assumé autour des années 1860 par une nouvelle génération, n'en présente pas moins, par rapport à son passé, des traits distinctifs qui lui confèrent une autre dimension.

Cette autre dimension est, avant tout, sensible dans le ton des poèmes lui-même qui monte rapidement, comme si le romantisme athénien, entré dans la phase finale de sa course, s'empressait, de dépenser toutes ses forces jusqu'à l'épuisement. C'est une vision de plus en plus dramatique qui se manifeste maintenant. La mélancolie cède la place au désespoir, la résignation à la révolte, la protestation à la

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1. D. Paparrigopoulos, Ανέκδοτα έργα, Athènes 1894, p. 7.

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provocation; le déchirement aboutit au suicide. Si A. Paraschos incarne, à ses débuts, la révolte de la jeunesse anti-othonienne, il s'enferme vite, lui aussi, avec les autres poètes de sa génération, dans un individualisme grandiloquent et morbide. La religion, pilier de l'édifice idéologique officiel, reçoit des coups sévères et aveugles. Anarchiste en 1861 (Σκέψεις ενός ληστού), D. Paparrigopoulis évolue vers un scepticisme sombre et désespéré, qui ne laisse aucune place à la piété (Στόνοι, 1866). En 1865, au moment où Cléon Rangabé (Ιουλιανός ο Παραβάτης) attaque violemment le christianisme, Sp. Vassiliadis (Εικόνες) est, à son tour, accusé par le rapporteur Roussopoulos de montrer «une tristesse allant jusqu'au désespoir et au blasphème». Ce mot «blasphème» devient presque synonyme de la production romantique: en 1866, Coumanoudis va jusqu'à indiquer, parmi les principales qualités du recueil lyrique Ορφεύς, «l'absence de blasphèmes»!

A coup sûr, ces cris d'athéisme, poussés dans un climat d'asphyxie grandissante, n'ont rien à voir, par exemple, avec l'ironie irréligieuse et lucide d'un Roïdis (Η πάπισσα Ιωάννα, 1866). Gestes de colère et de provocation, ils se bornent à un anti-conformisme spectaculaire mais exempt de tout esprit critique; états d'âme exagérés, ils ne marquent, en fin de compte, qu'une étape avancée vers l'irrationnel. Malgré tout, ce nouveau départ romantique, effectué à Athènes dans les années 1860, ne doit pas être minimisé. Sur le plan des idées, l'unité «helléno-chrétienne», au moment où elle semble bien solide, reçoit des coups; elle prend un aspect de plus en plus «hellénique», de moins en moins «chrétien». Car, au fond, le blasphème romantique n'est-il pas un acte de sabotage contre cette unité? Dans la décennie 1860-1870, Byzance, symbole du christianisme, paraît plus éloignée que jamais. Le classicisme officiel lui accorde peu de place. Les romantiques athéniens n'ont aucune tendresse pour elle; de là leur surenchère archaïsante et leur souci de se placer dans une atmosphère païenne d'où le souvenir chrétien soit absent. En 1866, Coumanoudis doit être largement approuvé, lorsque, à propos d'un poème insignifiant, il prononce la phrase méprisante: «Tout cela sent le byzantinisme»!

Mais tout cela sent aussi la confusion, l'absence de contours précis et même la contradiction. Au fond, le classicisme et le romantisme athéniens travaillent dans la même optique, se complètent, et se confondent. Si, à partir de 1860, ils entrent dans une nouvelle phase de conflit, il est important de noter que ce conflit cache moins des rapports antagoniques que des rapports complémentaires, dictés par le même système idéologique dans la mesure où ce dernier n'arrive pas à

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harmoniser ses contradictions. En effet, située au niveau du sentiment, la révolte romantique est incapable de dépasser, sur le plan théorique, le dilemme principal: unité à deux ou à trois étapes. Au demeurant, tout se passe comme si l'accès à la réalité n'était possible que par les détours les plus sinueux. La "mesure" classique s'exerce, la plupart du temps, dans la peinture de tableaux froids, inspirés de la vie antique. Le "sentiment" romantique pour exister, doit être faussé, exagéré, mis au superlatif.

Dans la mesure où ce sentiment est constamment combattu par les jurys universitaires - Στόνοι de D. Paparrigopoulos sera le premier recueil romantique à être couronné en 1866 dans des circonstances plutôt exceptionnelles -, les droits d'une poésie descriptive, objective, archaïsante et à caractère épique sont de plus en plus établis. Rangabé en donne un exemple avec Διονύσου πλους (1864):

Η έκτασις του αχανούς

Αιγαίου εκοιμάτο,

κ' έβλεπες δύω ουρανούς·

ο είς ην άνω κυανούς,

γλαυκός ο άλλος κάτω.

C'est le moment où le néo-classicisme athénien bat son plein. La production dramatique, encouragée à partir de 1865, est jusque-là négligée par les jurys, non seulement parce qu'elle subit, en grande partie, l'influence romantique, mais aussi parce que les possibilités de représentations grecques dans le Théâtre d'Athènes (théâtre dit de Boucoura) sont pratiquement inexistantes. En 1862, dans un poème consacré à l'arrivée d'une troupe italienne, D. Vernardakis ne manque pas de déplorer la domination du théâtre étranger et, en même temps, de prôner une production dramatique nationale axée sur les modèles anciens:

Ομοίως και της σκηνικής ποιήσεως

το στέμμα δεν θα λάβη νέος Έλλην, πριν

ελθών το γόνυ κλίνη μετά σεβασμού

εκεί, προ των μνημείων των μεγάλων του

προγόνων, κ' εξ αυτών ζητήση έμπνευσιν1.

C'est cette "inspiration", cherchée dans les œuvres des "grands

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1. D. N. Vernardakis, Δράματα. Έκδοσις νέα πολλαχώς μεταρρυθμισθείσα και επιδιορθωθείσα, t. Ι, Athènes 1903, p. οα'.

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ancêtres", qui domine les débuts de la période de Voutsinas pour contrebalancer le nouvelle offensive romantique, de plus en plus virulente. Une langue archaïsante, guindée et pleine de clichés, enveloppe presque toute la production poétique athénienne, établissant, sur le plan de l'écriture et de l'expression, une sorte de barrage. Bien que, à partir de 1862, l'utilisation de la langue démotique soit permise aux concours (à condition, certes, de rester fidèle à la lettre des chants populaires), elle n'a pratiquement aucun rôle à jouer, pendant la décennie 1860-1870, à l'intérieur de l'institution poétique; elle traverse une longue période de silence. Classiques et romantiques athéniens ont d'autres objectifs, parfois communs, à atteindre. Mais leur agressivité demeure toujours la même, pour animer, comme par le passé, des conflits de personnes et de tendances.

Dans les pages qui suivent, nous établissons l'histoire des concours jusqu'en 1867. Il va de soi que cette limite conventionnelle, dictée surtout par le faible nombre de participations avant le bond de 1868, ne doit pas être considérée comme une "rupture": il est certain que les phénomènes culturels se laissent difficilement enfermer entre des dates précises, qui ne donnent, en dernière analyse, que des indications de fréquence.

1. 1862: La levée d'un interdit

Le 28 mai 1862, fête de la Sainte Trinité, le rapporteur A.R. Rangabé inaugurait le concours de Voutsinas, comme il avait inauguré celui de Rallis. La Grande Salle de l'Université était à nouveau pleine d'un public nombreux et distingué1. Tout allait se passer comme à l'ordinaire. Ayant comme président le recteur C. Assopios, le jury était composé de quatre membres; C. Paparrigopoulos et St. Coumanoudis en faisaient partie.

Faut-il voir dans la composition de ce jury une symétrie établissant l'équilibre entre les deux principales factions universitaires? Le fait que Assopios et Coumanoudis réapparussent sur la scène des concours, après cinq ans d'absence, face à Rangabé et Paparrigopoulos,

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1. Voir A.R. Rangabé, Απομνημονεύματα, t. III, Athènes 1930, p. 93, ainsi que les comptes rendus des revues Πανδώρα 13 (1862-63) 121 et Φιλίστωρ 3 (1862) 480. Charles Schaub (Excursion en Grèce au printemps de 1862, Genève 1863, pp. 6-7) donne quelques renseignements sur les concours et plus particulièrement sur celui de 1862 d'après le compte rendu de Φιλίστωρ.

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n'était sans doute pas dû au hasard. Rallis disparu, la voie était ouverte à tous les universitaires. Voutsinas n'y faisait pas d'obstacle, tout au contraire. Il avait donné satisfaction aux exigences pécuniaires des professeurs et il ne semblait lié à aucun groupe particulier. Dans ces conditions, sous la présidence d'Assopios, Coumanoudis ne pouvait voir aucun inconvénient à ce qu'il reprît sa place parmi les juges.

Par ailleurs, rédigé dans un esprit rigoureusement antiromantique, le rapport de Rangabé avait tout lieu d'obtenir, sur ses lignes générales, l'approbation de l'ensemble du jury. Il n'en introduisait pas moins une nouveauté spectaculaire, la levée de l'interdit frappant la langue populaire: «Le jury du concours avait repoussé autrefois les poèmes qui n'étaient pas écrits en langue savante, non parce qu'il proscrit la poésie populaire, ni parce qu'il ignore les chefs-d'œuvre naturels de la Muse montagnarde, ni parce qu'il rejette leurs imitations parfois très réussies ou, enfin, parce qu'il oublie que, chez d'autres peuples aussi, la langue vulgaire fit pousser de charmantes fleurettes, mais parce qu'il avait remarqué que beaucoup recouraient à la langue inculte de la populace non par force mais par faiblesse, essayant ainsi de dissimuler, sous le manteau informe de celle-ci, les haillons de leur propre ignorance. De surcroît, on avait jugé que, dans le combat livré aujourd'hui pour la formation de la langue, la grande force de la poésie ne devrait pas rester inutilisée... Cependant, nous ne maintenons plus la décision prise alors par le jury, bien que nous estimions les raisons qui l'avaient dictée»1.

Cette argumentation de Rangabé, reprise largement par la suite, mérite quelques réflexions. Tout d'abord, la «langue inculte de la populace», liée directement aux chants populaires, était loin d'être conçue comme une langue vivante, parlée et, par conséquent, susceptible d'évolution: elle ne constituait qu'un objet d'imitation figé2. Ce n'est

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1. Jugement de 1862, Πανδώρα 13(1862-63) 122.

2. D. Vernardakis (1863), A. Roussopoulos (1865) et d'autres rapporteurs du concours de Voutsinas ont, comme nous le verrons, la même idée sur la langue populaire. En 1891, A. Vlachos, rapporteur du jury au concours de Philadelpheus, ne raisonne pas autrement, lorsqu'il accepte seulement «la langue démotique pure et véritable, rendue immortelle par les chants populaires»; Εστία No 44 (1891) 284. D'où la réponse pertinente de J. Polylas: «Par conséquent, la langue nationale a pris sa forme définitive dans les chants improvisés du peuple... et elle n'est plus susceptible de développement et d'enrichissement. Mais que signifie cela sinon une proscription de la langue démotique?»: Η φιλολογική μας γλώσσα, Athènes 1892, p. 17. Cf. l'observation de G. Calosgouros: «Certains, notamment des juges des concours

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donc pas la langue vivante qui était acceptée aux concours, mais une langue livresque, connue déjà par les éditions fréquentes des chants populaires. Ensuite, les explications de Rangabé paraissent trop évasives pour être convaincantes. Comment croire, par exemple, ,que les raisons qui justifiaient l'interdiction de la langue démotique en 1852 n'étaient plus valables au bout de dix ans? En fait, l'«ignorance» n'avait pas disparu en 1862, et la «formation de la langue» n'était pas davantage achevée. Nous devons donc attribuer le revirement linguistique du jury à une conjoncture plus complexe, sur laquelle nous sommes conduits à formuler un certain nombre d'hypothèses.

La première hypothèse nous amènerait au rôle joué par le successeur de Rallis. Jean Voutsinas ne partageait sûrement pas l'engouement de son prédécesseur pour la langue savante. Originaire de Céphalonie, il avait toutes les raisons de vouloir introduire dans son concours l'esprit de l'école ionienne et, par conséquent, celui de la langue populaire; d'ailleurs, il allait manifester cette volonté en 1865, en offrant 1.000 drachmes supplémentaires pour le couronnement d'un poème écrit «en langue populaire, notamment heptanésienne». Le remplacement de Rallis par Voutsinas impliquait donc, tout d'abord, la levée de l'interdit frappant la langue populaire comme une satisfaction donnée par le jury au nouveau fondateur.

Une politique d'ouverture à la poésie ionienne était par ailleurs nécessaire, non seulement parce que cette poésie s'imposait de plus en plus et avait des admirateurs même parmi les professeurs athéniens, mais aussi parce que l'institution poétique avait tout intérêt, pour étendre son influence, à jouer un rôle de rassembleur national. De ce point de vue, il fallait corriger les erreurs du passé. La susceptibilité heptanésienne, marquée par un esprit de régionalisme, était déjà éveillée par les attaques des jurys contre la langue populaire: en 1858, par exemple, au moment où Tertsétis était pris à partie par C. Paparrigopoulos, P. Vraïlas Arménis n'avait pas manqué de protester vivement contre ceux qui «s'efforcent de ressusciter le dialecte attique ancien, en excluant ainsi impitoyablement des concours poétiques les poèmes écrits en langue populaire»1. C'est dans ce sens que le jury de 1862, d'une façon plus générale, faisait un geste de bonne volonté à

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poétiques, n'acceptent pas un mot qu'ils ne l'aient entendu dans la bouche du vrai peuple, à savoir les bergers et les bergères...»: Εστία No 23 (1892), 357. A ce sujet, les réflexions de C. Palamas restent toujours précieuses: Pal. A., t. II, pp. 239 sq.

1. Πανδώρα 9 (1858-1859) 249 [=Φιλοσοφικαί Μελέται, Corfou 1864, p. 265].

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l'égard des intellectuels ioniens. Athènes ne voulait pas paraître rivaliser avec l'Heptanèse.

D'autre part, l'enthousiasme pour les chants populaires — dans la décennie précédente avaient déjà paru les recueils de A. Manoussos (1850), de Sp. Zambélios (1852) et de A. Passow (1860)—ne pouvait rester sans conséquences. Lorsque, en 1860, Sp. Zambélios distinguait, dans la culture grecque, une tradition savante et une autre populaire1, il n'exprimait certainement qu'un état d'esprit général: les chants populaires étaient honorés et considérés par tous comme partie intégrante du patrimoine national. Par conséquent, on ne pouvait pas se passionner pour ces chants et faire l'éloge de leurs qualités multiples sans mettre en valeur, en même temps, leur langue.

Par ailleurs, les juges universitaires n'auraient accepté ni d'être dépassés par les événements ni de se présenter plus longtemps comme des censeurs. Assopios et Coumanoudis avaient assez de sympathie envers la culture populaire pour voir, dans la réhabilitation de la langue démotique, la garantie d'un retour au naturel; Rangabé et Paparrigopoulos n'avaient aucune raison de s'opposer à l'utilisation de cette langue, à condition que celle-ci copiât la forme figée des «chefs-d'œuvre naturels de la Muse montagnarde». C'était dans la logique d'un purisme poussée: à côté d'une langue savante «pure et véritable», on pouvait accepter une langue populaire «pure et véritable» aussi. Entre ces deux langues aucun contact n'était possible; chacune gardait son indépendance et son autonomie. C'est ainsi que, dans un esprit plus démocratique, le jury de 1862 donnait enfin droit de cité à la langue du peuple, mais il prenait toutes les mesures pour que celle-ci fût enfermée dans une sorte de ghetto.

Une fois de plus, en 1862, le rapporteur Rangabé se passionnait pour les problèmes de la forme: langue et versification. Il condamnait de nouveau la «rime boiteuse et forcée» au nom d'une rime-ornement. «En général, la versification est une affectation, et l'affectation devient ridicule sans habileté»2. Âme de la poésie, l'inspiration était exaltée comme une illumination divine de l'esprit et comme une condition sine qua non de la création littéraire. Les genres poétiques ne devraient pas être confondus; aussi le rapporteur de 1862 s'employait-il à 

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1. Πανδώρα 10 (1859-1860) 459; cf. Pal. A., t. VI, pp. 201-202.

2. Jugement de 1862, p. 123.

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expliquer patiemment les lois régissant la poésie didactique, lyrique, épique et dramatique1.

Les poèmes envoyés au concours étaient au nombre de onze (1 didactique, 3 dramatiques, 1 lyrique et 6 épiques), mais Rangabé, selon son habitude, passait sous silence la plupart d'entre eux. Les trois drames avaient échoué complètement; l'auteur de Άγις αγχόμενος, malgré sa connaissance du grec ancien, n'avait pas pu échapper à ce "naufrage" général, pas plus que celui de Χριστιανή Ευγενία, un dramaturge qui parodiait malencontreusement l'"Antigone" de Sophocle2. Parmi les autres poèmes, trois seulement avaient attiré l'attention du jury:

1) Σκενδέρμπεης : épopée dont la longueur est sept fois supérieure à celle requise dans les concours. La langue est excessivement archaïsante, la versification généralement correcte. Un défaut majeur: le vers de quinze syllabes sans rime, mal choisi, devient monotone et favorise les longueurs. L'influence d'Homère - et, en partie, celle du Tasse - est manifeste. Mais l'auteur, ayant comme héros un personnage historique, n'arrive pas toujours à transformer l'histoire en poésie. Il humilie Dieu en lui prêtant "des passions qui ne sont même pas dignes de l'homme", ou bien il se plaît à décrire des atrocités. Malgré tout, le poème en question ne manque pas de passages intéressants, dont le rapporteur présente de longs extraits3.

C'était la deuxième et dernière participation de Grégoire Stavridis-Prličev4. Après son triomphe au concours de 1860, le "bulgare philhellène" revenait à la charge avec une épopée de 3.792 vers dont le sujet, dans le contexte historique de l'époque, ne manquait pas d'actualité5. Son archaïsme, attisé par les emprunts homériques, était plus rigide

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1. Ibid., pp. 123-124.

2. Ibid., p. 124. Il s'agissait des poètes P. Panacos et Antoine Antoniadis (1836-1905). Le premier avoue être l'auteur de Άγις αγχόμενος dans Οι Πλανήται ή ο κόσμος και τα δεινά του, Athènes 1864, p. ι'. Le second enverra le même drame, sous le titre Το φρόνημα των πρώτων Χριστιανών, au concours de 1870 et remportera le prix. Nous avons là, très probablement, la première participation d'Antoniadis, un poète qui occupera une place importante dans le concours de Voutsinas.

3. Jugement de 1862, pp. 124-127. En 1877, Rangabé revient sur Σκενδέρμπεης et en traduit en français de longs extraits: Histoire littéraire, t. II, pp. 181-186.

4. Voir le texte grec du poème dans Grigor Prličev, Scanderberg. Introduction, traduction et notes par Ch. Codov, 2ème éd., Sofia 1969 (en bulgare).

5. La revue Πανδώρα, en annexe du t. 12, avait publié: N. Dragoumis, Ιστορία Γεωργίου Καστριώτου του επιλεγομένου Σκεντέρμπεη, επεξεργασθείσα κατά Παγανέλ, Athènes 1861.

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que jamais, sans toutefois dissimuler l'influence des chants populaires:

Τα καθειμένα κράσπεδα πρασίνου εφιππείου

ταινία χρυσοκέντητος παρέστρεφε βυσσίνη·

κατάργυροι αναβολείς από τρητών ιμάντων

με χάριν αιωρούμενοι έσθ' ότε εδονούντο

"Τι μοι εφρύαξας Γελίν ως πάντοτε φρυάσσεις,

όταν Σουλτάνος μάς καλή, ή είναι ώρα μάχης;

ουδέ Σουλτάνος μάς καλεί, ουδ' είναι ώρα μάχης,

αλλά σε στέλνω, τέκνον μου, εις τον εχθρόν μου δώρον"1

2) Περίλυπός εστιν η ψυχή μου μέχρι θανάτου : poésies lyriques, caractérisées par un désespoir "qui parfois va jusqu'à ignorer même les doctrines consolatrices de la foi religieuse". L'accablement de l'auteur témoigne "ou d'un état moral maladif ou d'une affectation de mauvais aloi". La langue, moins archaïsante ici que dans le poème précédent, n'est pas dépourvue de fautes de grammaire. La versification est généralement correcte. En somme, l'auteur possède les vertus fondamentales d'un véritable poète (imagination, sentiment et bon goût), mais il manque encore d'expérience et de culture. Sont entièrement cités les poèmes Εις ασθενές παιδίον et Η κατάσκοπος ψυχή2.

Nous avons là, selon toute probabilité, la première participation aux concours de Cléon Rangabé, fils du rapporteur3. A 20 ans, le jeune poète enfermait dans ses vers l'hypersensibilité maladive et la protestation blasphématoire de la nouvelle génération romantique:

Θεέ μου! το μικρόν αυτό τι σ' έπταισε παιδίον;

τον κραταιόν πώς έβλαψε το ασθενές σου πλάσμα;

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1. Grigor Prličev, op. cit., p. 29. Georges Hateau a déjà repéré dans Αρματωλός de Stavridis-Prličev les réminiscences homériques qui "se mêlent aux influences de l'épopée populaire du Balkan": Panorama de la littérature bulgare contemporaine, Paris 1937, p. 63. Cf. La poésie, macédonienne, op. cit., p. 69.

2: Jugement de 1862, pp. 127-128.

3. Les deux poèmes cités par le rapporteur sont reproduits dans Rapt. Parn., pp. 686-688, et Mat. Parn., pp. 992-995; le second dans Pap. NP., pp. 238-240. Il est à noter que ces poèmes ne figurent plus dans Cléon Rangabé, Άλγη, Leipzig1 1893, dont la préface porte en exergue le titre du recueil présenté par l'auteur au concours de 1862. -Sur Cléon Rangabé (1842-1917), voir surtout: Sp. De Biazi, "Κλέων Ραγκαβής", Ποιητικός Ανθών 1 (1886) 237-240; Cléon Rangabé, op. cit., pp. V-VIII; Hélène Svoronos, Μικρασιατικόν Ημερολόγιον, Samos 1918, pp. 10-15, E.R.R[angabé], Κλέων Ραγκαβής, ΜΕE 2l (1933) 6.

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Μη σε αφύπνισε τυχόν με άκαιρόν τι άσμα,

ή άνθος τι μη σ' έθραυσε, πηδών εις το πεδίον;

Τι άλλο μέγα έγκλημα να πράξη ηδυνήθη

και τι κακούργημα φρικτόν εις τον βραχύν του βίον,

ώστε βασάνων άξιον και πόνων και δακρύων

εν τη δικαιοσύνη σου τη φοβερά εκρίθη;

3) Σωκράτης και Αριστοφάνης : poème épique accompagné de morceaux lyriques. La versification est parfaite, la rime riche, la langue savante, soignée, élégante. La sobriété du style va jusqu'à l'exagération: "Quelques ornements ajoutés ça et là ne seraient pas superflus. La beauté nue est inimitable, mais elle ne perd rien avec une rosé dans les cheveux". Peinture de la vie antique, ce poème en conserve la clarté des formes, l'austérité des contours, l'économie du coloris. Il obtient le prix à l'unanimité1.

On pouvait s'y attendre: ni l'épopée volumineuse de Stavridis ni les poésies pessimistes de Cléon Rangabé n'égalaient, aux yeux du jury, cette œuvre mesurée et sobre qui donnait, aussi bien par son contenu que par sa forme, l'exemple d'un néo-classicisme digne d'encouragement. C'est ainsi que l'étudiant Alexandre S. Vyzantios, auteur de l'œuvre, reçut des mains d'Assopios la première couronne du nouveau concours. Il n'allait pas tarder à publier son poème, dédié à Jean Voutsinas2. Ses vers, truffés de noms antiques, véhiculaient tout un rêve de retour au passé glorieux à travers une reconstitution du présent obscur :

Του Παρθενώνος θεωρών τας στήλας πεπτωκυίας

τον πλάττω ως τον επλασεν ακμαίον ο Φειδίας,

ο πλάστης ούτος των Θεών·

και παν εκπλύνων λείψανον των δουλικών κηλίδίων

κοσμώ και με την λείπουσαν εκ των Καρυατίδων

του Ερεχθέως τον ναόν.

A. R. Rangabé pouvait être satisfait: il avait réussi à imposer

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1. Jugement de 1862, pp. 128-132.

2. A.S. Vyzantios, Σωκράτης και Αριστοφάνης, ποίημα - βραβευθέν κατά τον ποιητικόν διαγωνισμόν του 1862, Athènes 1862. Le même poème est reproduit dans la brochure Ποιήματα Αλεξάνδρου Σ. Βυζαντίου (préface de A.R. Rangabé), Athènes s.d., pp. 3-25, ainsi que dans Έργα Αλεξάνδρου Σ. Βυζαντίου, op. cit., pp. 19-37.

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ses vues littéraires et à faire couronner «à l'unanimité» un de ses amis. Mais il n'allait pas éviter, cette fois non plus, les attaques verbales d'Orphanidis, ainsi qu'il le raconte dans ses Mémoires: «En récompense de mes labeurs, je n'ai pas tardé à être insulté publiquement, surtout par un de mes collègues (Orphanidis), qui faisait courir le bruit que j'avais consciemment favorisé — si, au moins, il disait nous avions favorisé, puisque nous étions quatre au jury! — mon ami personnel et voisin Alexandre Vyzantios. Il oubliait pourtant ou il ignorait une chose, c'est que parmi les poètes éliminés était aussi mon fils Cléon, auteur du recueil Περίλυπός εστιν η ψυχή μου μέχρι θανάτου, recueil qui aurait très justement obtenu le prix, s'il n'y avait pas eu le poème de Vyzantios»1.

Mais ce n'étaient que des escarmouches sans grande importance — les concours avaient déjà connu des combats plus décisifs — et qui ne pouvaient pas ternir l'image d'un nouveau départ prometteur. En 1862, au milieu d'une crise politique et sociale battant son plein, le concours de Voutsinas attisait de nouveau les espoirs et faisait de la poésie aussi bien un exutoire qu'un moyen de lutte. A. R. Rangabé l'expliquait bien: «La poésie ne nourrit certes pas la société et ne développe pas les forces matérielles de celle-ci; mais elle excite l'esprit et soulève l'enthousiasme... Les Jeux Olympiques et les Panathénées n'apportèrent pas de blé à la Grèce, mais ils lui apportèrent de la gloire»2.

Après dix ans d'activité intense, A. R. Rangabé pouvait enfin se retirer au second plan des concours; il ne serait de nouveau rapporteur qu'en 1874. C. Paparrigopoulos avait rédigé son dernier rapport en 1859 et il ne serait plus jamais désigné comme porte-parole du jury3. Mais la relève était assurée. L'Université d'Athènes, dans son ensemble, avait toutes raisons d'être satisfaite. Elle assumait la continuation des concours, imposait ses options et envisageait avec optimisme un avenir littéraire où des œuvres-modèles telles que Σωκράτης και Αριστοφάνης apporteraient au moins à la Grèce, faute de blé, une gloire digne de l'Antiquité. A Athènes, on vivait à l'ombre de l'Acropole et avec le rêve d'une résurrection du passé. C'était le moment où

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1. A.R. Rangabé, Απομνημονεύματα, op. cit., pp. 93-94.

2. Jugement de 1862, pp. 121-122.

3. Sa dernière participation au jury de 1864 sera suivie, ainsi que nous le verrons, de sa démission. Il n'acceptera plus jamais de se mêler des concours. Fait sans précédent: en 1873, recteur de l'Université d'Athènes, il refusera de présider le jury.

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loin des concours, triste et désabusé, A. Valaoritis écrivait à Tommaseo (10 août 1862): «D'altronde mi accorgo che in Grecia la poesia ha poco corso e questo mi avvilisce et m'addolora perchè mi fa temere che il cuore della mia natione si sia, da lunghi patimenti, infievolito in modo da non avere più battiti nè per le tradizioni antiche nè per le speranze che racchiudonsi nell'avvenire»1.

2. 1863 : Un manifeste anti-romantique

La cérémonie du concours de 1863 eut lieu le 3 mai2. Le jury était composé de quatre membres: P. Paparrigopoulos (président), D. Vernardakis (rapporteur), A. R. Rangabé et A. S. Roussopoulos. Le nombre des poèmes envoyés (7) avait diminué sensiblement, ce qui n'était pas une surprise, vu les «circonstances politiques extraordinaires», évoquées par le rapporteur à deux reprises3.

Ces «circonstances politiques extraordinaires» touchaient de près l'Université d'Athènes. Tout d'abord, la jeunesse estudiantine n'avait pas été étrangère au mouvement révolutionnaire qui, le 10 octobre 1862,

εν μια νυκτί και μόνη, αντιστάσεως μη ούσης

avait renversé le trône et montré au roi Othon le chemin de l'exil; la Phalange Universitaire, formée une semaine plus tard pour maintenir l'ordre, mobilisait déjà, pour deux ans, presque 600 étudiants armés et de nombreux professeurs. Ensuite, le changement de régime ne laissait pas les structures universitaires intactes (renvoi de professeurs fidèles à Othon, dont Philippe Ioannou, réintégration d'autres, élection de deux représentants de l'Université à l'Assemblée Nationale, etc.)4. Bref, la vie universitaire et la vie politique ne constituaient

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1. G. Zoras, Επτανησιακά Μελετήματα, t. III, Athènes 1966, p. 166.

2. Πανδώρα 14 (1863-1864) 105; cf. l'intéressant compte rendu du journal Ευνομία, 7 mai 1863. Le Jugement de 1863, publié en brochure (Athènes 1863), explique le report de la cérémonie dans une note préliminaire, p. 3: «La fête annuelle de l'Université Nationale ayant été désormais transférée du 20 au 3 mai, anniversaire de la fondation de celle-ci, il a été décidé que ce jour fût célébré, non plus par le panégyrique habituel, mais par le concours poétique et littéraire». Par concours littéraire (φιλολογικόν διαγώνισμα) on entendait celui fondé par Th. P. Rodocanakis, concours qui avait eu lieu pour la première fois le 20 mai 1861 et où le prix avait été décerné à l'étudiant G. Mistriotis.

3. Jugement de 1863, Πανδώρα 15 (1863-1864) 105 et 107.

4. Pant. Chr., pp. 152-153.

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point deux domaines séparés ou étanches. Mais le danger d'un bouleversement prolongé était toujours présent. Une fois le coup contre la "tyrannie" réussi, les outres d'Éole risquaient de rester ouvertes pour longtemps. Consciente de sa force, cette jeunesse "romantique" en révolte n'était-elle pas plus dangereuse que jamais? Sa récupération, voire sa mise au pas, constituait une des tâches les plus urgentes. Or les autorités universitaires et, dans la mesure de leurs moyens, les juges de 1863, avaient à remplir, en ce moment de crise, une mission sérieuse: défendre l'ordre contre toute tentative ou manœuvre de débordement.

Vernardakis s'y employa de bon cœur. A 29 ans, professeur d'Histoire Générale depuis 1861, il ne pouvait pas passer pour un homme de l'opposition politique1. Ayant déjà une longue expérience des concours auxquels il participa régulièrement de 1854 à 1860, il y faisait maintenant, en 1863, son unique apparition comme rapporteur du jury, avant de disparaître définitivement, ainsi que nous le verrons, dans la tempête de l'année suivante.

Mais cette unique apparition est un événement. Parmi les 25 Jugements, qui constituent le corpus de la critique universitaire de 1851 à 1877, peu de textes sont, sans doute, aussi lourds de significations que le rapport de Vernardakis. Écrit en une seule nuit2, ce rapport a la verve d'un véritable manifeste anti-romantique; "on y voit la plume du critique et du littérateur qui enchante et qui fait penser"3. A vrai dire, la pensée du rapporteur de 1863, souvent étroite et dogmatique, ne dépassait ni le cadre idéologique d'un conservatisme rébarbatif ni les visées d'une polémique hargneuse; elle avait cependant le mérite de s'élever à un niveau théorique que les juges universitaires, absorbés d'habitude par leurs pédanteries grammaticales, atteignaient

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1. Selon le journal Πρωινός Κήρυξ, 25 janvier 1862, son cours inaugural avait été accueilli aux cris "vive Canaris!", ce qui était plutôt un signe de contestation. Il est significatif aussi que Vernardakis devait sa nomination au ministre de l'Éducation Nationale M. Potlis, un des professeurs écartés de l'Université après le 10 octobre 1862: M.I. Michaïlidis, Λεσβιακαί σελίδες. Μέρος πρώτον, Βίος και έργα Δ.Ν. Βερναρδάκη, Mytilène 1909, p. 30.

2. Ibid., p. 69.

3. Pal. Α., t. Χ, p. 290; cf. p. 214. Il serait intéressant de voir, dans l'œuvre critique de Palamas, comment Vernardakis est de plus en plus valorisé au fur et à mesure que les conflits linguistiques perdent leur acuité: "homme resté inactif" en 1907 (Ibid., t. VI, p. 334), il est considéré comme "la figure la plus vivace et la plus essentielle de la période historique précédente" en 1916. (Ibid., t. VIII, p. 281), pour devenir "sublime" en 1934 (Ibid., p. 511).

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rarement. Toujours prompt à théoriser, Vernardakis se souciait, avant tout, de donner réponse à un certain nombre de questions générales. Nous en résumons les plus importantes:

a) Poésie. Elles était conçue, ainsi que la langue et la religion, comme «le fidèle reflet et la règle impeccable du développement de l'esprit national». A cet égard, seule «la Muse démotique de la Grèce moderne, guidée par un philhellène et un ami des arts, le savant français Fauriel», avait pu donner naissance à une véritable poésie nationale. Rallis et Voutsinas, les fondateurs des concours, étaient dignes de reconnaissance. Mais leurs espérances demeuraient encore vaines: la poésie néo-hellénique, «cherchant ses inspirations non en elle-même et dans la nation, mais dans des littératures et histoires étrangères», n'était pas arrivée à dépasser le stade de l'imitation, ce qui était, en fin de compte, normal et compréhensible. Or une poésie autonome, indépendante et libre du «joug étranger» était à souhaiter1.

b) Langue. «Terrain commun de toute l'activité humaine», elle devenait particulièrement importante en poésie. Quant à sa forme acceptée aux concours: «Les juges n'interdisent pas la langue populaire en poésie; au contraire, ils la tolèrent et l'acceptent avec plaisir, mais la langue populaire elle-même, pure et véritable, dont seul, peut-être, feu Zalocostas réussit jusqu'à l'heure actuelle à découvrir le mystère, et non ce fade et mauvais mélange de l'éolo-dorien parlé et de l'ancien dialecte attique. Ils tolèrent et acceptent avec plaisir la langue en question surtout quand celle-ci exprime des idées analogues à sa forme, ce que Zalocostas réussit suffisamment, et non quand des Pégases ailés et aériens, chevaux de Chateaubriand, de Lamartine, de Hugo, de Goethe ou de Schiller, introduisent dans la pauvre et simple langue de la nation grecque le Manfred de Byron ou la poésie métaphysique de Shelley, ce qui est arrivé chez nous. Une telle langue devient alors un monstre horrible et abominable, une Chimère inconsistante, et c'est pour cela que de tels poèmes, quelle que soit leur hauteur, profondeur ou largeur, sont condamnés à disparaître dans l'oubli»2.

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1. Jugement de 1863, pp. 106-107.

2. Ibid., p. 110. Nous retrouvons dans ce passage les principaux arguments de la critique savante contre la langue et la poésie populaires: a) La langue parlée par le peuple constitue, selon la terminologie de Christopoulos (Γραμματική της Αιολοδωρικής, Vienne 1805), un dialecte (éolo-dorien) ; b) Cette langue n'est acceptable en poésie que dans la mesure où elle imite la forme (figée) et le contenu (naïf) des chants populaires; c) Solomos est coupable d'une double déviation: il ne resta fidèle ni à la lettre ni à l'esprit des chants populaires. Sa «poésie métaphysique» est

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c) Religion. Elle était le but suprême de la poésie. Vernardakis exaltait "la nation grecque ancienne qui s'était avérée non seulement la plus poétique de toutes, mais aussi la plus religieuse"1.

d) Politique. Après avoir été qualifiée d'"étrangère à la poésie" par C. Paparrigopoulos (1859), elle subissait maintenant un réquisitoire foudroyant: "Rien peut-être n'a nui à notre littérature moderne en général, et plus spécialement à notre poésie, autant que la politique. C'est elle qui a absorbé et qui a fané les plus nobles forces de la nation néo-hellénique; les Muses ne sont jamais restées tranquilles et en dehors de son influence. La politique est œuvre et souci du présent. Or celui qui veut cultiver les Muses, doit rejeter complètement la politique, en se rappelant que les Muses sont filles de Mnémosyne et que le poète ne trouve la vérité historique et poétique des choses que lorsque celles-ci deviennent objet de la mémoire, de Mnémosyne"2.

e) Romantisme. Épidémie d'origine étrangère, ce mouvement était notamment caractérisé en poésie par son côté extravagant, absurde et maladif. "Les fureurs poétiques de Manfred, de Childe Harold, du Giaour et de tant d'autres héros hypocondriaques et spleenétiques de lord Byron, la mélancolie élégiaque de Lamartine, la piété catholique de René et d'Atala, héros de Chateaubriand, et les extravagances enflammées et éloquentes de George Sand contre les régimes sociaux, ces dernières étincelles de la lampe poétique vacillante de l'Europe occidentale vieillie, sont arrivées, très tôt malheureusement, chez nous les habitants de l'Orient, et ont soulevé, dans les cœurs de nombreux de nos poètes, des passions imaginaires et inexistantes, passions qui là-bas, chez les Occidentaux, sont justifiées par les conditions sociales,

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condamnable. Or Vernardakis porte sur son œuvre le jugement sévère de Sp. Zambélios (Πόθεν η κοινή λέξις τραγουδώ, Athènes 1859) et reprend la "prédiction" de A. Soutsos:

Ιδέαι όμως έξοχοι πτωχά ενδεδυμέναι

δεν είναι δι' αιώνιον ζωήν προωρισμέναι.

1. Jugement de 1863, p. 106.

2. Ibid., p. 115. Liée à l'esprit contestataire, la poésie politique est souvent condamnée, à cette époque-là, par les adversaires du romantisme. En 1864, par exemple, à propos de Lamartine et de ses Méditations poétiques traduites en grec par A. Vlachos, A. Vyzantios écrit de façon caractéristique: "Mais les poésies politiques, même les meilleures, disparaissent avec les passions éphémères qui les font naître; ce qui s'appelait justice il y a quarante ans, s'appelle aujourd'hui blasphème": Χρυσαλλίς 2 (1864) 332.

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religieuses et morales, mais qui ne peuvent avoir aucune raison d'être dans notre civilisation jeune et à peine renaissante"1.

Ce n'était pas tout. Byron qui, mort à Missolonghi, n'avait connu de la part des Grecs que des éloges presque ininterrompus, était maintenant accusé personnellement avec une véhémence peu commune: "Oui, Byron était hypocondriaque et extravagant; mais c'était un lord Anglais qui disposait de milliers de livres sterling... Il a foulé aux pieds non seulement toute idée commune et, pour ainsi dire, établie dans le domaine de la religion, de la morale, etc., mais aussi la logique elle-même; cependant, foulant aux pieds la logique, il l'a remplacée par une autre: par la logique ou plutôt par la sophistique de la passion"2.

Mais Byron n'était pas un cas isolé: Rousseau, George Sand, Fallmerayer et d'autres souffraient des mêmes "hypocondrie et extravagance". Un poète Grec n'avait aucune raison de singer de telles exagérations maladives que rejetaient "la langue, le bon sens et le bon goût helléniques, restés sains, purs, nobles et non contaminés par l'épidémie étrangère"3. Ce poète Grec ne devait pas, en outre, manquer de connaissances naturelles: "les Grecs anciens avaient le sentiment de la nature beaucoup plus profond et beaucoup plus merveilleux, bien qu'ils ne l'aient nullement exprimé en poésie comme les modernes..."4. Enfin, entre la langue et la logique - car, "l'une et l'autre ont la même source" - existaient des liens étroits et ceux-ci ne pouvaient pas rester intacts, lorsque le discours poétique se transformait en délire incohérent.

Ce long réquisitoire prononcé contre Byron et le byronisme avait une cible immédiate: deux poèmes "byroniens", Ο άγνωστος et Εγερτήριον, placés parmi les meilleurs du concours, offraient un exemple

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1. Jugement de 1863, p. 113. Nous relevons, dans le texte de Vernardakis, les principales expressions relatives à la poésie romantique: ρωμαντική φρασεολογία (passim), τετριμμένη ρωμαντική φρασεολογία (p. 111), ληκύθειοι φρασεολογίαι (p. 108), ρωμαντικός στόμφος και όγκος (p. 108), ρωμαντικαί υπερβολαί (p. 114), ληκύθειος στόμφος (pp. 114, 115), τα ξένα και τα οθνεία (p. 115), ρωμαντική λέξις του συρμού: άγιος (p. 115), ρωμαντική δραματικότης (p. 116), στίχος υπερρωμαντικός (p. 118), ξενική επιδημία (p. 118), υποχονδρία και παραδοξολογία (p. 119), χιμαιρικός και ψευδής κόσμος (p. 119), υπερρωμαντικοί ποιηταί (p. 120), "poésie" (p. 120).

2. Ibid., p. 119. C. Palamas relève cette "belle qualification" de Byron pour la tourner contre le rapporteur de 1863: "Qu'était aussi Vernardakis sinon un sophiste de la passion?": Pal. A., t. X, p. 290.

3. Jugement de 1863, p. 118.

4. Ibid., p. 120. En fait, Vernardakis, ayant renié le romantisme, reprenait les idées qu'avait exprimées contre lui Coumanoudis en 1857.

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dangereux. Leur auteur n'était pas le premier venu; il s'appelait Achille Paraschos.

Une fois de plus, nous avons là l'occasion de voir dans quelle mesure les luttes idéologiques peuvent correspondre, au niveau personnel, à une opposition de caractères et de fonctions significative. Deux hommes de la même génération — Vernardakis était né en 1834, A. Paraschos en 1838 — s'affrontaient, en 1863, dans deux rôles différents et, en réalité, antagoniques. Le premier jugeait le second; il pouvait donc prendre un ton accusateur, voire faire de l'esprit1. Depuis dix ans, il avait fait un long chemin. Imitateur de Coumanoudis en 1854, il était vite passé de la poésie satirique au byronisme immoral, il s'était engoué du drame romantique et de Shakespeare, il avait étonné, polémiqué, scandalisé. Érudit, versatile, instable, au fond conservateur, il devait trouver un refuge plus durable dans son esthétique classique (Euripide) et dans son négativisme sceptique, pour devenir un cavalier seul, un franc-tireur et un ermite au-dessus de la mêlée. Vernardakis allait résoudre ses contradictions négativement; il n'avait pas la force, dans les batailles intellectuelles, de dominer ses passions et ses sautes d'humeur. Avec le temps, ses forces créatrices s'épuisaient sensiblement et son univers devenait de plus en plus figé, statique, appauvri; «l'helléniste l'avait emporté sur le poète»2.

Chez le second, au contraire, le poète n'a jamais rencontré l'helléniste. A 25 ans, A. Paraschos était déjà ce qu'il allait rester toute sa vie: un byronien pur sang, enthousiaste et naïf, sans culture et sans évolution, toujours guidé par son sentiment. En 1863, Vernardakis représentait un ordre établi qui, après la secousse du 10 octobre 1862, voulait prendre en main la situation et stopper toutes les forces centrifuges en poésie, au nom d'un néo-classicisme apolitique. De l'autre côté de la barricade, A. Paraschos, poète-symbole de la jeunesse qui avait renversé le trône, donnait l'assaut à la forteresse universitaire, sous le drapeau d'un byronisme politisé et révolutionnaire. Peine perdue: la forteresse tenait bon pour le moment et disposait de tous les moyens pour résister à ses agresseurs.

Voici pourtant les 7 poèmes du concours, accompagnés d' un résumé du rapport de Vernardakis et de notre commentaire:

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1. Le texte de Vernardakis n'est pas exempt d'un humour caustique. Sa lecture fit rire «l'auditoire distingué» de la cérémonie: Πανδώρα 14 (1863-1864) 105.

2. Pal. A., t. VI, p. 334.

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1) Ουσία: poème de 84 pages, incompréhensible et illisible, traitant de Dieu, de la nature, de la poésie, de l'unité, de la vie, de la justice, de l'économie, etc. Est cité complaisamment un passage ridicule1.

Canular ou œuvre d'un paranoïaque, ce "poème" est attribué par Ch. Anninos à Myrianthoussis, un versificateur simple d'esprit, ou à un de ses partisans2.

2) Ειρήνη, ή η τελευταία νυξ : extrait (544 vers) d'un poème se référant à la sortie de Missolonghi. Bien que l'auteur semble avoir lu les classiques Grecs, son œuvre constitue un mauvais mélange de mots anciens et de lieux communs romantiques.

3) Ο πατριάρχης Γρηγόριος : poème meilleur que le précédent en ce qui concerne la langue et la versification. Écrit dans un style ecclésiastique, il n'évite pas le ton déclamatoire et pompeux de la rhétorique religieuse, bien qu'il soit exempt de l'emphase romantique. Les solécismes, les barbarismes, les comparaisons malheureuses et les mauvaises métaphores abondent3.

Il s'agissait de l'œuvre d'un ancien concurrent de Vernardakis, Alexandre Catacouzinos4. Musicien et poète, ce petit-fils de C. Coumas devait rester lié à l'Église Orthodoxe par des rapports professionnels: directeur de chorales ecclésiastiques, il fut le premier à y avoir introduit la polyphonie. Son "style ecclésiastique" et "pompeux", en 1863, était au service de la Grande Idée:

Αετέ θριάμβων χαίρε! αετέ ορθοδοξίας!

Συ από του Βυζαντίου προς τας χώρας της Ρωσσίας

μετά του σταυρού απέπτης, σύνοδος της Βασιλίδος.

Τώρα πάλιν εκ Ρωσσίας, εκ της νέας σου πατρίδος,

τας εκτάσεις διατρέχον

και σταυρόν εις ράμφος έχον,

σύμβολον σεπτής θρησκείας,

επί της αγίας τούτον επανάφερε Σοφίας8.

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1. Jugement de 1863, p. 107.

2. Ch. Anninos, Ο Σύλλογος των Εισαγγελέων και άλλα ευθυμογραφήματα, Athènes 1925, p. 339. A en croire Th. Vellianitis, Myrianthoussis fit son apparition à Athènes "vers 1878": MEE 2 (1927) 277.

3. Jugement de 1863, pp. 107-109.

4. A. Catacouzinos, Ο πατριάρχης Γρηγόριος, Athènes 1871. L'auteur, ayant complètement remanié son poème, ne mentionne pas son envoi au concours de 1863.

5. Jugement de 1863, pp. 108-109. Ces vers ne figurent plus dans la version publiée par A. Catacouzinos en 1871.

Σελ. 185
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/186.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

4) Οι τάφοι της Αργολίδος, ή Ύμνος εις την Ελευθερίαν : poème politique en langue populaire, œuvre d'un poète plus ou moins illettré mais non dépourvu de talent. Imitation de l'"Hymne à la Liberté" de Solomos, ce poème fait montre, quant à la langue, de "toutes les anomalies qui se trouvent dans l'original" mais encore plus poussées. L'auteur a cependant échoué non seulement dans le choix de la langue, mais aussi dans celui du sujet: il ne devait pas s'occuper d'un "sujet politique aussi récent", à savoir la révolte de février 1862 et ses victimes en Argolide1.

Il s'agissait d'une œuvre de Spyridion Malakis2. Céphalonien, ayant exercé le métier de menuisier, ce poète autodidacte, qui s'était fixé dans la capitale grecque, allait se distinguer notamment pour ses activités journalistiques et politiques. Il nous a laissé aussi un volume de Mémoires. En 1863, sa verve révolutionnaire ne dépassait pas le niveau d'une imitation servile de Solomos :

Σε γνωρίζω ανδρειωμένη

από την αρματοσιά

κι' από την αιματωμένη

κόκκινή σου φορεσιά.

5) Όνυχες : six épisodes de la Révolution de 1821 (Η καταστροφή, Η λεία, Τα θύματα της πείνης, Το λάφυρον, Η αιχμάλωτος, Το πτώμα). Poésies, en général, remarquables. La versification est variée et correcte. Les fautes de grammaire sont insignifiantes. Cependant, l'invention est plus ou moins banale, et "le poète n'a pas ce regard profond qui découvre sur une chose connue et commune des côtés nouveaux et inconnus". La "phraséologie romantique" laisse, ici aussi, quelques traces3.

Il s'agissait d'une œuvre de Sophocle Carydis4. Les lieux communs alternaient avec l'emphase et l'imprécision de la langue:

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1. Ibid., pp. 109-110.

2. Sp. G. Malakis, Οι τάφοι της Αργολίδος, ή Ύμνος εις την Ελευθερίαν. Του Εξορίστου του Ναυπλίου άσμα πρώτον. Υπό Κεφαλλήνος λεπτουργού, Athènes 1863. L'envoi du poème au concours est mentionné dans la Préface (p. ιγ'), mais sans aucun autre commentaire. Sur ce poème, voir dans Χρυσαλλίς 1 (1863) 566, un compte rendu anonyme qui reprend, en grande partie, les reproches de Vernardakis. Sur l'auteur: El. A. Tsitsélis, Κεφαλληνιακά Σύμμικτα, t. I, Athènes 1904, pp. 374-377.

3. Jugement de 1863, pp. 110-112 et 115-117.

4. Όνυχες, ή Επεισόδια του 1821 sont publiés dans le journal de Carydis Φως, 16 novembre- 21 décembre 1863 et, en volume, dans S. Carydis, Έμμετρα και πεζά

Σελ. 186
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    22. Moullas, Concours poetiques

    CHAPITRE I

    LE ΝÉΟ - CLASSICISME BAT SON PLEIN

    (1862-1867)

    αρχαϊκήν εγκράτειαν περί τε την ουσίαν

    και την μορφήν έπρεπε να λάβω κυρίαν μου βάσιν

    A. Vlachos (1863)

    La période du concours de Voutsinas est marquée, en grande partie, par une série d'événements politiques, qui semblent tenir la septième décennie du siècle en état d'alerte: destitution du roi Othon (1862), début du règne de Georges 1er, rattachement de l'Heptanèse à la Grèce (1864), révolution crétoise (1866-1869). Athènes se développe encore lentement; sa population, de 42.725 habitants en 1862, dépasse à peine les 44.500 en 1870, malgré l'élargissement, à partir de 1864, des frontières de l'État Hellénique. Une autre évolution est significative: les étudiants de l'Université, au nombre de 675 en 1861, sont 1.215 en 1867, ayant ainsi, en six ans, pratiquement doublé d'effectifs.

    La Grèce entière, au moment où elle règle ses comptes avec le présent et se penche sur le sort des "frères asservis", est sous le coup d'un passéisme de plus en plus accentué. En 1859, l'organisation des Jeux Olympiques à Athènes s'insère déjà dans un processus de reconstitutions irrésistible; en 1864, quelques essais pour donner, dans le théâtre antique de Dionysos, des représentations de tragédies anciennes en version originale, n'ont, en réalité, rien d'étonnant. C'est le moment où le culte de l'Antiquité atteint son point culminant. Le classicisme, découlant de l'idéologie officielle et profitant des maladresses d'une révolte romantique qui rompt de plus en plus avec le bon sens, réagit énergiquement, cherche des alliés (Heine), gagne du terrain. A partir de 1862, les concours poétiques universitaires évoluent dans un sens rigoureusement classique; une revue athénienne, Χρυσαλλίς, qui commence à paraître en 1863, se met à refléter le même