Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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loin des concours, triste et désabusé, A. Valaoritis écrivait à Tommaseo (10 août 1862): «D'altronde mi accorgo che in Grecia la poesia ha poco corso e questo mi avvilisce et m'addolora perchè mi fa temere che il cuore della mia natione si sia, da lunghi patimenti, infievolito in modo da non avere più battiti nè per le tradizioni antiche nè per le speranze che racchiudonsi nell'avvenire»1.

2. 1863 : Un manifeste anti-romantique

La cérémonie du concours de 1863 eut lieu le 3 mai2. Le jury était composé de quatre membres: P. Paparrigopoulos (président), D. Vernardakis (rapporteur), A. R. Rangabé et A. S. Roussopoulos. Le nombre des poèmes envoyés (7) avait diminué sensiblement, ce qui n'était pas une surprise, vu les «circonstances politiques extraordinaires», évoquées par le rapporteur à deux reprises3.

Ces «circonstances politiques extraordinaires» touchaient de près l'Université d'Athènes. Tout d'abord, la jeunesse estudiantine n'avait pas été étrangère au mouvement révolutionnaire qui, le 10 octobre 1862,

εν μια νυκτί και μόνη, αντιστάσεως μη ούσης

avait renversé le trône et montré au roi Othon le chemin de l'exil; la Phalange Universitaire, formée une semaine plus tard pour maintenir l'ordre, mobilisait déjà, pour deux ans, presque 600 étudiants armés et de nombreux professeurs. Ensuite, le changement de régime ne laissait pas les structures universitaires intactes (renvoi de professeurs fidèles à Othon, dont Philippe Ioannou, réintégration d'autres, élection de deux représentants de l'Université à l'Assemblée Nationale, etc.)4. Bref, la vie universitaire et la vie politique ne constituaient

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1. G. Zoras, Επτανησιακά Μελετήματα, t. III, Athènes 1966, p. 166.

2. Πανδώρα 14 (1863-1864) 105; cf. l'intéressant compte rendu du journal Ευνομία, 7 mai 1863. Le Jugement de 1863, publié en brochure (Athènes 1863), explique le report de la cérémonie dans une note préliminaire, p. 3: «La fête annuelle de l'Université Nationale ayant été désormais transférée du 20 au 3 mai, anniversaire de la fondation de celle-ci, il a été décidé que ce jour fût célébré, non plus par le panégyrique habituel, mais par le concours poétique et littéraire». Par concours littéraire (φιλολογικόν διαγώνισμα) on entendait celui fondé par Th. P. Rodocanakis, concours qui avait eu lieu pour la première fois le 20 mai 1861 et où le prix avait été décerné à l'étudiant G. Mistriotis.

3. Jugement de 1863, Πανδώρα 15 (1863-1864) 105 et 107.

4. Pant. Chr., pp. 152-153.

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point deux domaines séparés ou étanches. Mais le danger d'un bouleversement prolongé était toujours présent. Une fois le coup contre la "tyrannie" réussi, les outres d'Éole risquaient de rester ouvertes pour longtemps. Consciente de sa force, cette jeunesse "romantique" en révolte n'était-elle pas plus dangereuse que jamais? Sa récupération, voire sa mise au pas, constituait une des tâches les plus urgentes. Or les autorités universitaires et, dans la mesure de leurs moyens, les juges de 1863, avaient à remplir, en ce moment de crise, une mission sérieuse: défendre l'ordre contre toute tentative ou manœuvre de débordement.

Vernardakis s'y employa de bon cœur. A 29 ans, professeur d'Histoire Générale depuis 1861, il ne pouvait pas passer pour un homme de l'opposition politique1. Ayant déjà une longue expérience des concours auxquels il participa régulièrement de 1854 à 1860, il y faisait maintenant, en 1863, son unique apparition comme rapporteur du jury, avant de disparaître définitivement, ainsi que nous le verrons, dans la tempête de l'année suivante.

Mais cette unique apparition est un événement. Parmi les 25 Jugements, qui constituent le corpus de la critique universitaire de 1851 à 1877, peu de textes sont, sans doute, aussi lourds de significations que le rapport de Vernardakis. Écrit en une seule nuit2, ce rapport a la verve d'un véritable manifeste anti-romantique; "on y voit la plume du critique et du littérateur qui enchante et qui fait penser"3. A vrai dire, la pensée du rapporteur de 1863, souvent étroite et dogmatique, ne dépassait ni le cadre idéologique d'un conservatisme rébarbatif ni les visées d'une polémique hargneuse; elle avait cependant le mérite de s'élever à un niveau théorique que les juges universitaires, absorbés d'habitude par leurs pédanteries grammaticales, atteignaient

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1. Selon le journal Πρωινός Κήρυξ, 25 janvier 1862, son cours inaugural avait été accueilli aux cris "vive Canaris!", ce qui était plutôt un signe de contestation. Il est significatif aussi que Vernardakis devait sa nomination au ministre de l'Éducation Nationale M. Potlis, un des professeurs écartés de l'Université après le 10 octobre 1862: M.I. Michaïlidis, Λεσβιακαί σελίδες. Μέρος πρώτον, Βίος και έργα Δ.Ν. Βερναρδάκη, Mytilène 1909, p. 30.

2. Ibid., p. 69.

3. Pal. Α., t. Χ, p. 290; cf. p. 214. Il serait intéressant de voir, dans l'œuvre critique de Palamas, comment Vernardakis est de plus en plus valorisé au fur et à mesure que les conflits linguistiques perdent leur acuité: "homme resté inactif" en 1907 (Ibid., t. VI, p. 334), il est considéré comme "la figure la plus vivace et la plus essentielle de la période historique précédente" en 1916. (Ibid., t. VIII, p. 281), pour devenir "sublime" en 1934 (Ibid., p. 511).

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rarement. Toujours prompt à théoriser, Vernardakis se souciait, avant tout, de donner réponse à un certain nombre de questions générales. Nous en résumons les plus importantes:

a) Poésie. Elles était conçue, ainsi que la langue et la religion, comme «le fidèle reflet et la règle impeccable du développement de l'esprit national». A cet égard, seule «la Muse démotique de la Grèce moderne, guidée par un philhellène et un ami des arts, le savant français Fauriel», avait pu donner naissance à une véritable poésie nationale. Rallis et Voutsinas, les fondateurs des concours, étaient dignes de reconnaissance. Mais leurs espérances demeuraient encore vaines: la poésie néo-hellénique, «cherchant ses inspirations non en elle-même et dans la nation, mais dans des littératures et histoires étrangères», n'était pas arrivée à dépasser le stade de l'imitation, ce qui était, en fin de compte, normal et compréhensible. Or une poésie autonome, indépendante et libre du «joug étranger» était à souhaiter1.

b) Langue. «Terrain commun de toute l'activité humaine», elle devenait particulièrement importante en poésie. Quant à sa forme acceptée aux concours: «Les juges n'interdisent pas la langue populaire en poésie; au contraire, ils la tolèrent et l'acceptent avec plaisir, mais la langue populaire elle-même, pure et véritable, dont seul, peut-être, feu Zalocostas réussit jusqu'à l'heure actuelle à découvrir le mystère, et non ce fade et mauvais mélange de l'éolo-dorien parlé et de l'ancien dialecte attique. Ils tolèrent et acceptent avec plaisir la langue en question surtout quand celle-ci exprime des idées analogues à sa forme, ce que Zalocostas réussit suffisamment, et non quand des Pégases ailés et aériens, chevaux de Chateaubriand, de Lamartine, de Hugo, de Goethe ou de Schiller, introduisent dans la pauvre et simple langue de la nation grecque le Manfred de Byron ou la poésie métaphysique de Shelley, ce qui est arrivé chez nous. Une telle langue devient alors un monstre horrible et abominable, une Chimère inconsistante, et c'est pour cela que de tels poèmes, quelle que soit leur hauteur, profondeur ou largeur, sont condamnés à disparaître dans l'oubli»2.

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1. Jugement de 1863, pp. 106-107.

2. Ibid., p. 110. Nous retrouvons dans ce passage les principaux arguments de la critique savante contre la langue et la poésie populaires: a) La langue parlée par le peuple constitue, selon la terminologie de Christopoulos (Γραμματική της Αιολοδωρικής, Vienne 1805), un dialecte (éolo-dorien) ; b) Cette langue n'est acceptable en poésie que dans la mesure où elle imite la forme (figée) et le contenu (naïf) des chants populaires; c) Solomos est coupable d'une double déviation: il ne resta fidèle ni à la lettre ni à l'esprit des chants populaires. Sa «poésie métaphysique» est

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c) Religion. Elle était le but suprême de la poésie. Vernardakis exaltait "la nation grecque ancienne qui s'était avérée non seulement la plus poétique de toutes, mais aussi la plus religieuse"1.

d) Politique. Après avoir été qualifiée d'"étrangère à la poésie" par C. Paparrigopoulos (1859), elle subissait maintenant un réquisitoire foudroyant: "Rien peut-être n'a nui à notre littérature moderne en général, et plus spécialement à notre poésie, autant que la politique. C'est elle qui a absorbé et qui a fané les plus nobles forces de la nation néo-hellénique; les Muses ne sont jamais restées tranquilles et en dehors de son influence. La politique est œuvre et souci du présent. Or celui qui veut cultiver les Muses, doit rejeter complètement la politique, en se rappelant que les Muses sont filles de Mnémosyne et que le poète ne trouve la vérité historique et poétique des choses que lorsque celles-ci deviennent objet de la mémoire, de Mnémosyne"2.

e) Romantisme. Épidémie d'origine étrangère, ce mouvement était notamment caractérisé en poésie par son côté extravagant, absurde et maladif. "Les fureurs poétiques de Manfred, de Childe Harold, du Giaour et de tant d'autres héros hypocondriaques et spleenétiques de lord Byron, la mélancolie élégiaque de Lamartine, la piété catholique de René et d'Atala, héros de Chateaubriand, et les extravagances enflammées et éloquentes de George Sand contre les régimes sociaux, ces dernières étincelles de la lampe poétique vacillante de l'Europe occidentale vieillie, sont arrivées, très tôt malheureusement, chez nous les habitants de l'Orient, et ont soulevé, dans les cœurs de nombreux de nos poètes, des passions imaginaires et inexistantes, passions qui là-bas, chez les Occidentaux, sont justifiées par les conditions sociales,

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condamnable. Or Vernardakis porte sur son œuvre le jugement sévère de Sp. Zambélios (Πόθεν η κοινή λέξις τραγουδώ, Athènes 1859) et reprend la "prédiction" de A. Soutsos:

Ιδέαι όμως έξοχοι πτωχά ενδεδυμέναι

δεν είναι δι' αιώνιον ζωήν προωρισμέναι.

1. Jugement de 1863, p. 106.

2. Ibid., p. 115. Liée à l'esprit contestataire, la poésie politique est souvent condamnée, à cette époque-là, par les adversaires du romantisme. En 1864, par exemple, à propos de Lamartine et de ses Méditations poétiques traduites en grec par A. Vlachos, A. Vyzantios écrit de façon caractéristique: "Mais les poésies politiques, même les meilleures, disparaissent avec les passions éphémères qui les font naître; ce qui s'appelait justice il y a quarante ans, s'appelle aujourd'hui blasphème": Χρυσαλλίς 2 (1864) 332.

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religieuses et morales, mais qui ne peuvent avoir aucune raison d'être dans notre civilisation jeune et à peine renaissante"1.

Ce n'était pas tout. Byron qui, mort à Missolonghi, n'avait connu de la part des Grecs que des éloges presque ininterrompus, était maintenant accusé personnellement avec une véhémence peu commune: "Oui, Byron était hypocondriaque et extravagant; mais c'était un lord Anglais qui disposait de milliers de livres sterling... Il a foulé aux pieds non seulement toute idée commune et, pour ainsi dire, établie dans le domaine de la religion, de la morale, etc., mais aussi la logique elle-même; cependant, foulant aux pieds la logique, il l'a remplacée par une autre: par la logique ou plutôt par la sophistique de la passion"2.

Mais Byron n'était pas un cas isolé: Rousseau, George Sand, Fallmerayer et d'autres souffraient des mêmes "hypocondrie et extravagance". Un poète Grec n'avait aucune raison de singer de telles exagérations maladives que rejetaient "la langue, le bon sens et le bon goût helléniques, restés sains, purs, nobles et non contaminés par l'épidémie étrangère"3. Ce poète Grec ne devait pas, en outre, manquer de connaissances naturelles: "les Grecs anciens avaient le sentiment de la nature beaucoup plus profond et beaucoup plus merveilleux, bien qu'ils ne l'aient nullement exprimé en poésie comme les modernes..."4. Enfin, entre la langue et la logique - car, "l'une et l'autre ont la même source" - existaient des liens étroits et ceux-ci ne pouvaient pas rester intacts, lorsque le discours poétique se transformait en délire incohérent.

Ce long réquisitoire prononcé contre Byron et le byronisme avait une cible immédiate: deux poèmes "byroniens", Ο άγνωστος et Εγερτήριον, placés parmi les meilleurs du concours, offraient un exemple

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1. Jugement de 1863, p. 113. Nous relevons, dans le texte de Vernardakis, les principales expressions relatives à la poésie romantique: ρωμαντική φρασεολογία (passim), τετριμμένη ρωμαντική φρασεολογία (p. 111), ληκύθειοι φρασεολογίαι (p. 108), ρωμαντικός στόμφος και όγκος (p. 108), ρωμαντικαί υπερβολαί (p. 114), ληκύθειος στόμφος (pp. 114, 115), τα ξένα και τα οθνεία (p. 115), ρωμαντική λέξις του συρμού: άγιος (p. 115), ρωμαντική δραματικότης (p. 116), στίχος υπερρωμαντικός (p. 118), ξενική επιδημία (p. 118), υποχονδρία και παραδοξολογία (p. 119), χιμαιρικός και ψευδής κόσμος (p. 119), υπερρωμαντικοί ποιηταί (p. 120), "poésie" (p. 120).

2. Ibid., p. 119. C. Palamas relève cette "belle qualification" de Byron pour la tourner contre le rapporteur de 1863: "Qu'était aussi Vernardakis sinon un sophiste de la passion?": Pal. A., t. X, p. 290.

3. Jugement de 1863, p. 118.

4. Ibid., p. 120. En fait, Vernardakis, ayant renié le romantisme, reprenait les idées qu'avait exprimées contre lui Coumanoudis en 1857.

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dangereux. Leur auteur n'était pas le premier venu; il s'appelait Achille Paraschos.

Une fois de plus, nous avons là l'occasion de voir dans quelle mesure les luttes idéologiques peuvent correspondre, au niveau personnel, à une opposition de caractères et de fonctions significative. Deux hommes de la même génération — Vernardakis était né en 1834, A. Paraschos en 1838 — s'affrontaient, en 1863, dans deux rôles différents et, en réalité, antagoniques. Le premier jugeait le second; il pouvait donc prendre un ton accusateur, voire faire de l'esprit1. Depuis dix ans, il avait fait un long chemin. Imitateur de Coumanoudis en 1854, il était vite passé de la poésie satirique au byronisme immoral, il s'était engoué du drame romantique et de Shakespeare, il avait étonné, polémiqué, scandalisé. Érudit, versatile, instable, au fond conservateur, il devait trouver un refuge plus durable dans son esthétique classique (Euripide) et dans son négativisme sceptique, pour devenir un cavalier seul, un franc-tireur et un ermite au-dessus de la mêlée. Vernardakis allait résoudre ses contradictions négativement; il n'avait pas la force, dans les batailles intellectuelles, de dominer ses passions et ses sautes d'humeur. Avec le temps, ses forces créatrices s'épuisaient sensiblement et son univers devenait de plus en plus figé, statique, appauvri; «l'helléniste l'avait emporté sur le poète»2.

Chez le second, au contraire, le poète n'a jamais rencontré l'helléniste. A 25 ans, A. Paraschos était déjà ce qu'il allait rester toute sa vie: un byronien pur sang, enthousiaste et naïf, sans culture et sans évolution, toujours guidé par son sentiment. En 1863, Vernardakis représentait un ordre établi qui, après la secousse du 10 octobre 1862, voulait prendre en main la situation et stopper toutes les forces centrifuges en poésie, au nom d'un néo-classicisme apolitique. De l'autre côté de la barricade, A. Paraschos, poète-symbole de la jeunesse qui avait renversé le trône, donnait l'assaut à la forteresse universitaire, sous le drapeau d'un byronisme politisé et révolutionnaire. Peine perdue: la forteresse tenait bon pour le moment et disposait de tous les moyens pour résister à ses agresseurs.

Voici pourtant les 7 poèmes du concours, accompagnés d' un résumé du rapport de Vernardakis et de notre commentaire:

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1. Le texte de Vernardakis n'est pas exempt d'un humour caustique. Sa lecture fit rire «l'auditoire distingué» de la cérémonie: Πανδώρα 14 (1863-1864) 105.

2. Pal. A., t. VI, p. 334.

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1) Ουσία: poème de 84 pages, incompréhensible et illisible, traitant de Dieu, de la nature, de la poésie, de l'unité, de la vie, de la justice, de l'économie, etc. Est cité complaisamment un passage ridicule1.

Canular ou œuvre d'un paranoïaque, ce "poème" est attribué par Ch. Anninos à Myrianthoussis, un versificateur simple d'esprit, ou à un de ses partisans2.

2) Ειρήνη, ή η τελευταία νυξ : extrait (544 vers) d'un poème se référant à la sortie de Missolonghi. Bien que l'auteur semble avoir lu les classiques Grecs, son œuvre constitue un mauvais mélange de mots anciens et de lieux communs romantiques.

3) Ο πατριάρχης Γρηγόριος : poème meilleur que le précédent en ce qui concerne la langue et la versification. Écrit dans un style ecclésiastique, il n'évite pas le ton déclamatoire et pompeux de la rhétorique religieuse, bien qu'il soit exempt de l'emphase romantique. Les solécismes, les barbarismes, les comparaisons malheureuses et les mauvaises métaphores abondent3.

Il s'agissait de l'œuvre d'un ancien concurrent de Vernardakis, Alexandre Catacouzinos4. Musicien et poète, ce petit-fils de C. Coumas devait rester lié à l'Église Orthodoxe par des rapports professionnels: directeur de chorales ecclésiastiques, il fut le premier à y avoir introduit la polyphonie. Son "style ecclésiastique" et "pompeux", en 1863, était au service de la Grande Idée:

Αετέ θριάμβων χαίρε! αετέ ορθοδοξίας!

Συ από του Βυζαντίου προς τας χώρας της Ρωσσίας

μετά του σταυρού απέπτης, σύνοδος της Βασιλίδος.

Τώρα πάλιν εκ Ρωσσίας, εκ της νέας σου πατρίδος,

τας εκτάσεις διατρέχον

και σταυρόν εις ράμφος έχον,

σύμβολον σεπτής θρησκείας,

επί της αγίας τούτον επανάφερε Σοφίας8.

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1. Jugement de 1863, p. 107.

2. Ch. Anninos, Ο Σύλλογος των Εισαγγελέων και άλλα ευθυμογραφήματα, Athènes 1925, p. 339. A en croire Th. Vellianitis, Myrianthoussis fit son apparition à Athènes "vers 1878": MEE 2 (1927) 277.

3. Jugement de 1863, pp. 107-109.

4. A. Catacouzinos, Ο πατριάρχης Γρηγόριος, Athènes 1871. L'auteur, ayant complètement remanié son poème, ne mentionne pas son envoi au concours de 1863.

5. Jugement de 1863, pp. 108-109. Ces vers ne figurent plus dans la version publiée par A. Catacouzinos en 1871.

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4) Οι τάφοι της Αργολίδος, ή Ύμνος εις την Ελευθερίαν : poème politique en langue populaire, œuvre d'un poète plus ou moins illettré mais non dépourvu de talent. Imitation de l'"Hymne à la Liberté" de Solomos, ce poème fait montre, quant à la langue, de "toutes les anomalies qui se trouvent dans l'original" mais encore plus poussées. L'auteur a cependant échoué non seulement dans le choix de la langue, mais aussi dans celui du sujet: il ne devait pas s'occuper d'un "sujet politique aussi récent", à savoir la révolte de février 1862 et ses victimes en Argolide1.

Il s'agissait d'une œuvre de Spyridion Malakis2. Céphalonien, ayant exercé le métier de menuisier, ce poète autodidacte, qui s'était fixé dans la capitale grecque, allait se distinguer notamment pour ses activités journalistiques et politiques. Il nous a laissé aussi un volume de Mémoires. En 1863, sa verve révolutionnaire ne dépassait pas le niveau d'une imitation servile de Solomos :

Σε γνωρίζω ανδρειωμένη

από την αρματοσιά

κι' από την αιματωμένη

κόκκινή σου φορεσιά.

5) Όνυχες : six épisodes de la Révolution de 1821 (Η καταστροφή, Η λεία, Τα θύματα της πείνης, Το λάφυρον, Η αιχμάλωτος, Το πτώμα). Poésies, en général, remarquables. La versification est variée et correcte. Les fautes de grammaire sont insignifiantes. Cependant, l'invention est plus ou moins banale, et "le poète n'a pas ce regard profond qui découvre sur une chose connue et commune des côtés nouveaux et inconnus". La "phraséologie romantique" laisse, ici aussi, quelques traces3.

Il s'agissait d'une œuvre de Sophocle Carydis4. Les lieux communs alternaient avec l'emphase et l'imprécision de la langue:

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1. Ibid., pp. 109-110.

2. Sp. G. Malakis, Οι τάφοι της Αργολίδος, ή Ύμνος εις την Ελευθερίαν. Του Εξορίστου του Ναυπλίου άσμα πρώτον. Υπό Κεφαλλήνος λεπτουργού, Athènes 1863. L'envoi du poème au concours est mentionné dans la Préface (p. ιγ'), mais sans aucun autre commentaire. Sur ce poème, voir dans Χρυσαλλίς 1 (1863) 566, un compte rendu anonyme qui reprend, en grande partie, les reproches de Vernardakis. Sur l'auteur: El. A. Tsitsélis, Κεφαλληνιακά Σύμμικτα, t. I, Athènes 1904, pp. 374-377.

3. Jugement de 1863, pp. 110-112 et 115-117.

4. Όνυχες, ή Επεισόδια του 1821 sont publiés dans le journal de Carydis Φως, 16 novembre- 21 décembre 1863 et, en volume, dans S. Carydis, Έμμετρα και πεζά

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Εις το Μεσολόγγιον φέρε με, Μούσα!

Της πείνης τα θύματα δείξον μ' εκεί...

Το μέτωπον κλίνον εδώ σκεπτική,

εις τάφους θρηνούσα.

Τον θάνατον μάλλον αυτοί προτιμούν,

ατίμου δουλείας εχθροί κηρυγμένοι·

με μάλλον την πείναν και δίψαν, κλεισμένοι,

εδώ πολεμούν.

6) Φειδίας και Περικλής : poème qui, du point de vue de la forme, constitue "le plus beau et le plus parfait de tous les poèmes de cette année". La langue, malgré quelques fautes de grammaire, est correcte et soignée. L'auteur semble avoir étudié sérieusement le contexte historique de son œuvre. Il n'en reste pas moins prisonnier de ses connaissances et se livre à des descriptions minutieuses, comme s'il avait pour seul objectif de dépeindre les mœurs de l'Antiquité. L'invention fait défaut et l'intrigue n'évolue pas. "Le poète à voulu, de toute évidence, suivre le modèle dit classique, mais il a échoué; il est resté ce qu'il était, un romantique"1.

Ce poète, Ange Vlachos, allait publier son œuvre en brochure sans manquer d'y ajouter une préface caractéristique. Vernardakis avait vu juste: les intentions du poète étaient consciemment anti-romantiques. "J'avoue que j'ai voulu emprunter un chemin différent de celui suivi jusqu'à présent en Grèce et, par la rédaction d'un poème à sujet antique, abandonner le romantisme qui, mourant déjà à l'Occident, prospère encore malheureusement chez nous"2. Ce nouveau chemin, le poète ne pouvait prétendre l'avoir découvert le premier: l'école classique à laquelle il adhérait, "fleurit déjà depuis longtemps dans le Parnasse occidental, surtout allemand"3. C'est ainsi que l'autorité "occidentale" donnait plus de poids à sa démarche. Du reste, Vlachos,

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εις βιβλία δέκα. Βιβλίον πρώτον [Καλλιόπη], Athènes 1866, pp. 7-43, ainsi que dans Λυρικά ποιήματα. Όνυχες, Athènes 1876. Un épisode du poème (Τα θύματα) est reproduit dans Rapt. Parn., pp. 549-552.

1. Jugement de 1863, pp. 112-113 et 117-118.

2. Ange St. Vlachos, Φειδίας και Περικλής, Athènes 1863, p. [α'|.

3. Ibid. Vlachos ne mentionnait pas encore Heine, dont il avait connu l'œuvre à Berlin en 1861-1862 et dont il allait traduire, l'année suivante, les "Dieux exilés" dans Χρυσαλλίς 2 (1864) 289 sq.

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décrivant minutieusement la vie antique d'Athènes, versait dans un archaïsme aussi élégant que froid:

Καίουν χρυσαί πολύμυξοι λυχνίαι

από λευκών του Τάραντος λυχνούχων,

όπου θα πίουν φίλοι νεανίαι,

όπου θα πίη μετ' αυτών ο προύχων

ομού των Αθηνών.

Επέραναν το δείπνον οι συμπόται,

παρασκευήν Σικελικών μαγείρων,

αι τράπεζαι απήρθησαν αι πρώται,

και φέρεται γλυκύς εντός κρατήρων

οίνος Κλαζομενών.

A. Vyzantios, lauréat de l'année précédente, n'avait-il pas déjà ouvert cette voie avec succès? Un critique anonyme de la revue Χρυσαλλίς venait bientôt le rappeler. Il trouvait normal que "le vent de la poésie souffle de l'Acropole": au moment où George Sand écrivait une comédie d'après "Ploutos" d'Aristophane et que le "fort en archéologie" Beulé rédigeait un drame comme "La mort de Phidias", "rien d'étonnant si, à Athènes même, a commencé récemment à apparaître une tendance semblable vers l'antiquité". Or le poème de Vlachos, "écrit selon le modèle de Σωκράτης και Αριστοφάνης", témoignait d'une poussée classique incontestable1.

A. Vyzantios, de son côté, avait tout intérêt à louer, lui aussi, une œuvre comme Φειδίας και Περικλής - œuvre d'un de ses amis - qui montrait, au moins, que son propre poème couronné au concours de 1862 commençait à faire école. Ainsi, dans un long compte rendu, il trouvait l'occasion, tout d'abord, d'attaquer les "imitations étrangères", le romantisme transplanté "des climats glaciaux de l'Occident aux territoires lumineux de l'Orient", les romans français et "les transports lyriques de Byron"; le mérite de Vlachos était de "conserver son grand sujet vierge de tous les fards étrangers"; malheureusement, concluait A. Vyzantios, un tel poème, qui ailleurs connaîtrait des éloges, était

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l. Χρυσαλλίς 1 (1863) 564-566; cf. pp. 596-597. Sur les manifestations anti-romantiques de cette époque, voir Pal. A., t. VIII, p. 503-518, et G. Valétas, Αvτιρρωμαντικά φανερώματα του 1863", NE 20 (1936) 1086-1087.

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destiné à rester invendu dans un pays où l'on n'achetait que les traductions, pleines de solécismes, de Dumas et de Paul de Kock1.

Vernardakis, Vlachos, Vyzantios: le bloc anti-romantique paraissait, en 1863, bien solide et passait à la contre-attaque avec vigueur. A. R. Rangabé lui avait ouvert patiemment la voie; il allait apporter, l'année suivante, un renfort considérable, son poème Διονύσου πλους. Le 1er janvier 1863 avait commencé à paraître la revue Χρυσαλλίς qui, dirigée par Irénée Assopios (1825-1905), admirateur de Heine, allait contribuer au combat anti-romantique. Dans un tel contexte, l'apport d'un poème comme Φειδίας και Περικλής n'était pas négligeable. Face au désordre romantique, attisé par le byronisme et la littérature française, un esprit d'ordre (moral, politique, esthétique) s'orientait de plus en plus vers un classicisme rigoureux, dont les racines allemandes, le sens de la mesure phanariote et l'inspiration archaïsante constituaient quelques éléments des plus caractéristiques.

7) Ο Άγνωστος : poème purement romantique, une série de «gongorismes», de «divagations» et d'«absurdités hypocondriaques». L'intrigue est presque insignifiante et la forme négligée. L'auteur ne semble pas avoir étudié la langue (fautes de logique et de grammaire). Il dispose cependant d'une vertu rare et qui est absente chez tous les autres concurrents: l'inspiration. A cet égard, les passages de son poème sont «bons et mauvais à la fois». Quant à Εγερτήριον, un poème «entièrement politique» envoyé par le même auteur, il est inférieur à Ο Άγνωστος, excite les passions par ses appels au massacre et mérite le jugement sévère prononcé sur le poème Οι τάφοι της Αργολίδος2.

C'est ainsi que, traité en dernier, le poème de A. Paraschos prenait la première place au concours. Vernardakis avait, en grande partie, rédigé son texte par rapport à Ο Άγνωστος: ni ses longues tirades contre l'«hypocondrie» et l'«extravagance» romantiques, ni ses condamnations de la poésie politique n'auraient pris un caractère si violent, sans la présence de cette œuvre encombrante et contradictoire qui,

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1. Πανδώρα 14 (1863-1864) 366-368. A. Vyzantios exprime-t-il ici son amertume due à ce que, malgré le prix de 1862, son propre poème n'a pas connu de succès commercial? Quoi qu'il en soit, nous n'avons pas de raisons de croire que la distinction d'un poème aux concours en favorisait considérablement la vente. Quant aux «romans français» liés au romantisme et à l'introduction de mœurs étrangères, ils étaient, à cette époque, attaqués fréquemment; voir, par exemple, D. Vernardakis, Κυψελίδαι, op. cit., p. κγ' et Al. Zoiros, Δράματα δύο και λυρική ποίησις, Hermoupolis 1861, pp. 7-8.

2. Jugement de 1863, pp. 113-115 et 118-122.

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en dépit de ses défauts élémentaires, révélait un créateur aussi authentique que dangereux. Jamais un poème placé au sommet du concours n'avait été si sévèrement vilipendé par un rapporteur. Oeuvre passionnée, Ο Άγνωστος inspirait à Vernardakis des réactions passionnelles: un mépris mêlé d'émerveillement. L'érudition raffinée s'opposait vivement à la naïveté inculte, mais elle ne restait pas indifférente devant sa force et sa sincérité. En effet, le sentiment romantique enflammait le poème de Paraschos dès ses premiers vers:

Έκαστος στίχος στεναγμός,

πάσα στροφή του θρήνος,

πάσα ιδέα του παλμός·

δεν έγραφεν Εκείνος,

ησθάνετο και έκλαιε, και ήσαν δάκρυά του,

κ' ήτον αυτός ο ίδιος, εκείνος τ' άσματά του.

Από ουδένα ποιητής ποτέ δεν εκαλείτο,

αλλ' όμως ήτο ποίησις, αν ποιητής δεν ήτο.

Είναι, μεγάλοι ποιηταί, και ιερείς μεγάλοι,

όσοι να γράφουν αγνοούν και η ψυχή των ψάλλει.

Αυτοί δεν εξατμίζονται εις τα ποιήματά των,

 κλειούν το πυρ εις την ψυχήν και μένει η πυρά των.

Cependant, le jury de 1863 ne devait pas commettre l'erreur de couronner un tel poème: on ne donne pas d'armes à ses ennemis au moment du combat décisif. La solution des accessits, toujours valable, pouvait très bien arranger les choses, empêchant ainsi le contact de la couronne avec une tête brûlée. Or le prix ne fut pas décerné, les poèmes de 1863 "n'ayant pas atteint, en général, le degré de perfection qui leur permettrait d'être comparés avec les autres œuvres poétiques qui sont d'ordinaire couronnées aux concours"1. L'auteur de Όνυχες obtenait un accessit "pour avoir chanté la guerre sacrée de l'Indépendance"; celui de Φειδίας και Περικλής, "pour la forme excellente et soignée"; celui de Ο Άγνωστος, enfin, "pour l'inspiration poétique qu'il doit, cependant, nous l'y exhortons, puiser dans la vraie et pure 

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1. Ibid., p. 115. Sur recommandation de Voutsinas, les 1.000 drachmes du prix furent déposées à la Banque Nationale, 120 drachmes ayant été retirées pour la publication du Jugement de 1863: R.R. de 1863, p. 33.

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conscience de la nation hellénique, et non à des sources étrangères". Mais l'accessit de Paraschos était déclaré "le premier"1.

En fin de compte, le jury de 1863 faisait preuve de souplesse tactique. Car, condamner le byronisme "étranger" au nom d'une poésie "hellénique" était une chose; rompre définitivement avec la nouvelle génération romantique en était une autre. Si les juges entendaient toujours imposer leurs vues sur la poésie néo-hellénique, ils étaient loin de vouloir paraître comme des censeurs intolérants et sectaires. Par ailleurs, les concours avaient besoin d'élargir leur audience. Ils n'auraient rien à gagner s'ils s'aliénaient les poètes contestataires, au moment précisément où ils devaient les attirer et, en quelque sorte, les apprivoiser.

Dans ces conditions, critiqué et récompensé par le jury de 1863, Paraschos était un vainqueur et un vaincu à la fois. Au demeurant, il n'inspirait pas d'antipathie aux juges; il s'était soumis à l'autorité universitaire et il avait sollicité le prix humblement2. Du reste, naïf et débonnaire, s'il aimait attaquer les régimes dans ses vers, il n'avait aucun goût ni pour les polémiques personnelles ni pour les chicanes en prose. Même Vernardakis, d'ordinaire si rancunier et vindicatif, ne semblait pas lui en vouloir: il critiquait vivement le poème Ο Άγνωστος, mais il réservait à son auteur, "doué de génie poétique", suffisamment d'indulgence et d'estime - une indulgence et une estime non exemptes toutefois de condescendance et d'ironie.

3. 1864: Le concours annulé

Ainsi, engagés de plus en plus dans la voie classique depuis leur nouveau départ, les concours semblaient avoir le vent en poupe et

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1. Jugement de 1863, p. 115. Sur la participation de A. Paraschos au concours de 1863, voir Pal. A., t. VIII, p. 420, et Gr. Xénopoulos, Οι Παράσχοι, Athènes 1916, p. 29. - Ο Άγνωστος, sous le titre Ο Άγνωστος ποιητής (1863), est publié dans A. Paraschos, Ποιήματα, t. I, Athènes 1881, pp. 7-44. Le poème Εγερτήριον (1860), publié Ibid., t. II, pp. 145-151, ne doit pas être confondu avec un autre poème du même titre, daté également de 1860, que l'on trouve Ibid., pp. 96-102.

2. Le journal Ευνομία, 7 mai 1863, nous apprend que, dans une lettre adressée au jury -Vernardakis (Jugement de 1863, p. 113) y fait une allusion - Paraschos avouait les imperfections de son poème, les attribuait au manque de temps et s'en excusait. Selon le même journal, les défauts de Φειδίας και Περικλής étaient dus à la même raison, Vlachos ayant pris très tardivement la décision de se présenter au concours.

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pouvaient poursuivre leurs objectifs dans un climat favorable. Un grave accident vint soudain les bouleverser. En 1864, pour la première fois, la cérémonie fut annulée, «en raison d'une querelle très peu poétique survenue irrémédiablement parmi les membres du jury»1.

Cette querelle nous est connue dans ses détails les plus scandaleux: deux journaux athéniens de l'époque, Το Μέλλον et Ευνομία (organe de A. R. Rangabé), fournissent suffisamment de renseignements pour que nous puissions reconstituer les faits dans leur ordre chronologique et connaître leurs protagonistes d'une façon plus ou moins intime.

On ne saurait trop souligner l'importance des journaux athéniens. Sources vivantes de toute cette époque, ils en enregistrent non seulement les événements marquants, mais aussi le ton, l'atmosphère, le climat. La description est aussi précieuse que l'interprétation, le renseignement aussi utile que le commentaire. Certes, nous n'avons pas encore affaire à la «polyphonie» de nombreux collaborateurs, telle que nous la trouvons à la fin de XIXe siècle dans le presse quotidienne ou hebdomadaire. Le journal grec de la période qui nous préoccupe ne dépasse pas, en général, un stade plus ou moins artisanal. Produit d'un petit groupe, et très souvent d'une seule personne, il exprime un point de vue individuel, celui de son «rédacteur». C'est cet unique rédacteur, avec ses prises de position, ses humeurs, ses intérêts et ses objectifs immédiats qui confère d'ordinaire au journal un caractère subjectif ou partisan au plus haut degré: l'actualité est filtrée et reflétée par la conscience d'un seul individu. Mais cet individu n'est pas moins lié à des groupes, dont il devient le porte-parole à travers une série de médiations plus ou moins complexes.

Événement athénien, les concours occupent une place importante dans la presse de la capitale. C'est cette presse qui nous fournit, en premier lieu, un nombre inappréciable de renseignements et qui nous transmet la température du moment: les critiques, les insatisfactions, les rancunes, les polémiques les plus chaudes. La plupart des concurrents et des juges ont facilement accès à la presse athénienne; certains d'entre eux, éditeurs de journaux eux-mêmes, peuvent se battre avantageusement pro domo; beaucoup d'autres disposent d'avocats fervents. Les rédacteurs prennent position, soutiennent directement ou indirectement une personne ou un groupe, servent leurs amis, attaquent ou font attaquer leurs adversaires. Les rumeurs, les commentaires des cafés et les commérages ont toujours une place honorable à côté des

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1. R.R. de 1864, p. 76.

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faits et des renseignements concrets. Très souvent, les coulisses, riches en intrigues, livrent tous leurs secrets au public.

Ces coulisses, en 1864, sont particulièrement précieuses dans la mesure où elles nous permettent non seulement d'éclaircir la "querelle très peu poétique" des universitaires, mais aussi de nous introduire, en quelque sorte, dans les mécanismes du concours à travers les rapports humains les plus intimes. Ce sont les protagonistes de cette querelle eux-mêmes qui nous servent de guides: chacun a pris soin de s' expliquer immédiatement, de donner sa propre version des faits. Nous avons à confronter les témoignages et à combler leurs lacunes. Voici comment les choses se sont passées.

Annulé in extremis, le concours de 1864 avait suivi, jusqu'à un certain point, les préparatifs habituels. Les membres du jury avaient été connus: C. Phréaritis (président), Th. Orphanidis, D. Vernardakis et C. Paparrigopoulos1. Le rapporteur n'avait pas encore été désigné officiellement, mais Orphanidis se considérait déjà comme "chargé par tous de rédiger le rapport"2.

Quatorze poèmes avaient été envoyés, mais trois seulement avaient retenu, dès le début, l'attention du jury:

1) Θήβη3

2) Έρως Σουλτάνας4

3) Ο άγνωστος ποιητής5

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1. A.R. Rangabé n'avait-il pas été exclu du jury, parce qu'il se proposait de présenter au concours son poème Διονύσου πλους? Nous ne saurions l'affirmer avec certitude. En tout état de cause, la longueur de ce poème (500 vers) est caractéristique: c'est celle exigée par le règlement de Rallis; cf. Mario Vitti, «Σημείωμα στο "Διονύσου πλους" του Ραγκαβή» [extrait du volume Μνημόσυνον Σοφίας Αντωνιάδη], Venise 1974, p. 412.

2. Το Μέλλον, 26 mai 1864.

3. Tragédie de Jean Pervanoglos, publiée dans la revue Χρυσαλλίς 2 (1864) 356-369, et en brochure: Θήβη, τραγωδία υπό Ιωάννου Περβάνογλον, υποβληθείσα εις τον ποιητικόν διαγωνισμόν του 1864, Athènes 1864.

4. Poème de A. Vyzantios, publié dans Χρυσαλλίς 2 (1864) 300-305 [=Έργα Αλεξάνδρου Σ. Βυζαντίου, op. cit., pp. 39-59]. L'influence de A.R. Rangabé (Διονύσου πλους) est ici, encore une fois, manifeste:

Ο του Βοσπόρου το στενόν

βραδέως διατρέχων,

και τας πτυχάς του ερευνών,

σεράι βλέπει θερινόν

της όχθης υπερέχον

5. Selon toute probabilité, il s'agissait du poème présenté par A. Paraschos

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Deux réunions préparatoires du jury avaient eu lieu à la maison du recteur Phréaritis. Elles nous sont racontées par Orphanidis et Vernardakis avec tous les détails. En voici, en résumé, les deux versions:

Première réunion (début avril 1864?)

a) Version d'Orphanidis: Le jury eut à décider s'il allait décerner le prix, le concours étant, selon Vernardakis et Paparrigopoulos, inférieur à celui de l'année précédente. Les trois meilleurs poèmes furent jugés de la façon suivante: Θήβη: tragédie défectueuses mais non dépourvue d'"idées magnanimes et puissantes" (Vernardakis et Paparrigopoulos); œuvre d'un auteur ayant une expérience scénique et promettant un avenir dans la poésie dramatique (Orphanidis).-Έρως Σουλτάνας: poème "sans poésie", bien versifié, mais faible et flasque ("σανκουλί", selon Paparrigopoulos); "un diamant digne d' orner la couronne d'Apollon" (Vernardakis); "une toile d'araignée" (Orphanidis). - Ο άγνωστος ποιητής: poème à rejeter (Vernardakis et Paparrigopoulos); œuvre qui "mérite un meilleur sort, sinon le prix" (Orphanidis). Ainsi, alors que Vernardakis et Paparrigopoulos préférèrent le poème Έρως Σουλτάνας, Orphanidis considéra Θήβη "comme une œuvre plus généreuse, plus patriotique et plus virile". Le recteur Phréaritis ne se prononça pas1.

b) Version de Vernardakis : Le jury distingua, parmi 14 poèmes envoyés, les trois meilleurs. Orphanidis croyait que Έρως Σουλτάνας était une œuvre de Lacon2.

Deuxième réunion (15 avril 1864)

a) Version d'Orphanidis : La réunion, prolongée tard dans la nuit, dura cinq heures. Vernardakis prit la défense de Έρως Σουλτάνας "avec une obstination inexplicable"; cinq heures durant, Orphanidis essaya de lui faire entendre raison. A la sortie, dans la rue, il dit à Vernardakis qu'il ne fallait pas couronner le poète de Έρως Σουλτάνας "pour éviter de nouveaux scandales", mais son interlocuteur, faisant semblant de ne pas comprendre, l'insulta "cyniquement". En tout cas, Orphanidis ne déclara à aucun moment que Vernardakis "avait l'intention de partager le prix avec le concurrent"3.

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au concours de 1863. Le même titre est également employé par Ph. A. Iconomidis: Δύσελπις-Εύελπις ή Ο άγνωστος ποιητής, œuvre envoyée aux concours en 1861 et en 1865.

1. Το Μέλλον, 26 mai 1864.

2. Ibid., 2 juin 1864.

3. Ibid., 26 mai 1864.

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b) Version de Vernardakis : Paparrigopoulos prit la parole, mais il fut vite obligé de se retirer sur un canapé et de se taire jusqu'à la fin de la réunion, au fur et à mesure que la discussion dégénérait à cause d'Orphanidis (εξωρφανιδίζετο). Ce fut alors que celui-ci se mit à fulminer contre Έρως Σουλτάνας prétendant que l'auteur de cette œuvre avait plagié Byron, Πύργος της Πέτρας, Χίος δούλη, etc. En vain Vernardakis lui fit-il remarquer que le poème en question devait être jugé en tant que ballade (χορωδία). Plein de fureur, Orphanidis se répandit en injures, ridiculisa le poème et lança contre Vernardakis des allusions offensantes. Enfin, dans la rue, après avoir pressé Vernardakis de voter pour Θήβη - ce dernier avait refusé ironiquement - il le menaça de faire sur lui des révélations horribles et disparut dans la nuit en criant1.

Cet épisode fut fatal. Le lendemain, 16 avril, Vernardakis présentait au recteur sa démission du jury et en donnait les raisons: la nuit précédente, il avait été accusé par Orphanidis d'avoir corrigé Έρως Σουλτάνας et de s'être mis d'accord avec l'auteur pour le partage du prix2.

Aussitôt que cette démission fut connue, Orphanidis adressa une longue lettre au recteur (18 avril) pour lui fournir des explications. Les deux réunions du jury y étaient racontées en détail; les raisons de la démission de Vernardakis étaient réfutées comme des "mensonges". La vérité, révélée par cette lettre, explosait comme une bombe: "Le poème Έρως Σουλτάνας, appartient à un jeune ami de Vernardakis, avec qui ce dernier a des rapports très intimes et pour qui il a une grande sympathie - innocente, bien entendu!"3. Enfin, Orphanidis demandait au recteur de compléter le jury, tout en présentant des conditions: "je n'accepte en aucune façon de collaborer avec M. Alexandre Rangabé proposé par M. Paparrigopoulos, pour des raisons multiples et sérieuses que je me permets de ne pas exposer"4.

Les événements se précipitèrent. E. Gastorchis, désigné par le Conseil Universitaire comme remplaçant de Vernardakis, ne fut pas la personne indiquée pour rétablir la paix dans le jury: Paparrigopoulos

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1. Ibid., 2 juin 1864.

2. La lettre de démission de Vernardakis, publiée dans le journal Ευνομία, 19 avril 1864, est reproduite par Το Μέλλον, 4 juin 1864.

3. Το Μέλλον, 26 mai 1864. Au deuxième tirage du même numéro de ce journal, la, phrase "innocente, bien entendu!" fut enlevée par le rédacteur.

4. Ibid.

Σελ. 195
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/196.gif&w=600&h=915 22. Moullas, Concours poetiques

démissionna, à son tour, le 25 avril1. Après quoi, le concours de l'année 1864 fut annulé par le Conseil Universitaire. Mais la crise ne faisait que commencer; on avait encore beaucoup de comptes à régler.

Orphanidis revint à la charge, le 28 avril, avec une deuxième lettre au recteur, pour dénoncer, cette fois-ci, les agissements de Paparrigopoulos. Celui-ci, selon le professeur de botanique, n'avait pas cessé d'intriguer: il avait proposé Rangabé comme remplaçant de Vernardakis, il avait demandé le partage du prix entre les poèmes Έρως Σουλτάνας et Θήβη, il s'était opposé à la désignation d'Orphanidis comme rapporteur du jury. En fin de compte, sa démission était compréhensible: la nomination de Castorchis à la place de Rangabé avait marqué l'échec de ses intrigues2.

Début mai, l'annulation du concours fut annoncée et déplorée par les journaux. Το Μέλλον exprima la déception des concurrents devant un acte qui «ressemble à de l'eau froide versée sur la flamme poétique de notre nation»3. Ευνομία se préoccupa surtout des mécènes et des donateurs: «Nous souhaitons que les patriotes généreux, qui offrent avec empressement leur argent pour la Grèce, ne soient pas découragés par nos vilenies»4.

Ces «vilenies» allaient être bientôt révélées au public en détail. Dans une longue lettre présentée sous le titre «Ce qui s'est passé au concours de 1864» (Το Μέλλον, 26 mai 1864), Orphanidis ouvrait le dossier de cette affaire et publiait ses deux lettres adressées au recteur. Il se donnait comme ennemis non seulement «un certain Démétrios Trantalidis, lesbien, transformé, d'un coup de baguette magique, en Démétrios Vernardakis, crétois et professeur»5, mais aussi toute une «alliance quadripartite» (Rangabé, Paparrigopoulos, Vernardakis, Vyzantios) qui, ayant comme organe le journal Ευνομία, complotait 

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1. Pour Vernardakis, le responsable de cette démission fut de nouveau Orphanidis, dont la présence au jury entraîna, de plus, un refus de participation de la part d'Assopios et de Rangabé: Ibid., 4 juin 1864. Mais l'explication donnée par Orphanidis nous paraît en l'occurrence plus crédible: la démission de Paparrigopoulos fut principalement motivée par la nomination de son ennemi Castorchis à la place de son ami Rangabé: Ibid., 26 mai 1864.

2. Ibid.

3. Ibid., 8 mai 1864.

4. Ευνομία, 9 mai 1864.

5. Orphanidis n'évite pas les sous-entendus scabreux: Vernardakis, accusé d'homosexualité, est «lesbien», Castorchis, loué pour sa virilité, devient «Cast-orchis» etc. On comprend pourquoi le rédacteur de Το Μέλλον enleva, au dernier moment, par prudence, certaines expressions osées du professeur de botanique.

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contre lui. Du reste, Orphanidis était fier de son attitude: il avait sauvé l'honneur du jury et du concours, lequel n'aurait pas évité la faillite «à l'instar de celui de M. Rallis, après le couronnement des fameuses «perles» par M. Rangabé». Il invitait, enfin, les auteurs des trois meilleurs poèmes de 1864 à publier leurs oeuvres, pour que le public, les intellectuels et le fondateur puissent juger sur pièces1.

Deux réactions à l'article d'Orphanidis furent foudroyantes: celles de Vernardakis et de Vyzantios2.

Vernardakis commençait par faire amèrement son autocritique: il avait eu tort d'accepter de participer au même jury qu'Orphanidis, homme inculte, qui ne savait que crier fort, et «dont l'aptitude aux fautes d'orthographe est en effet inappréciable». Ensuite, il présentait sur les deux réunions du jury sa propre version. Il n'était pas devenu Vernardakis d'un coup de baguette magique: lesbien par sa mère (Trantalidis) et crétois par son père (Vernardakis), il avait le droit de s'appeler comme bon lui semblait. La haine d'Orphanidis contre l'auteur de Έρως Σουλτάνας A. Vyzantios, datait de l'époque où ce dernier avait écrit contre le professeur de botanique pour défendre le savant allemand Heldreich. Vernardakis ne niait pas son amitié avec Vyzantios. Mais il n'y voyait aucun crime. Zalocostas, Coumanoudis, Tertsétis, Carassoutsas et d'autres concurrents, dont Orphanidis lui-même, avaient entretenu des rapports amicaux avec des juges universitaires, sans être blâmés pour autant. Quant aux allusions «infectes et ignobles» d'Orphanidis, enlevées par le rédacteur de Το Μέλλον, Vernardakis dédaignait d'y répondre. En tout cas, ce n'était pas la première fois que le professeur de botanique se livrait à des calomnies pareilles: un dimanche du mois d'avril, au cours d'une excursion aux alentours d'Athènes, il avait raconté les mêmes ragots aux étudiants en médecine. Dans ces conditions, Vernardakis n'avait qu'à plaindre la patrie qui payait comme enseignants de la jeunesse «de telles ordures et de tels salauds!»3.

La réponse de A. Vyzantios n'était pas moins violente. Le jeune étudiant brossait, tout d'abord, un portrait d'Orphanidis peu flatteur:

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1. Το Μέλλον, 26 mai 1864.

2. Les réponses de Vernardakis et de Vyzantios, publiées quelques jours plus tard, datent du 25 mai, ce qui n'est pas inexplicable, si Το Μέλλον du 26 mai était mis en vente à Athènes dès la veille ou, chose moins probable, si le rédacteur du journal avait communiqué à Vernardakis et à Vyzantios le texte d'Orphanidis avant sa publication.

3. Ibid., 2 et 4 juin 1864.

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cabotin, poêle sans valeur, critique insignifiant, inculte et spécialiste des fautes d'orthographe, personnage vulgaire et intéressé, le professeur de botanique n'avait été couronné à trois reprises dans le passé que grâce à ses flatteries ou à ses menaces. Assopios, Rangabé, Coumanoudis et Vernardakis en dernier avaient connu successivement sa colère, «parce qu'ils ont tardé, ou parce qu'ils n'ont jamais consenti, à lui donner les mille drachmes». Nourrissant une haine implacable contre Vyzantios — «car, j'ai toujours exprimé, en écrivant ou en parlant sur lui, le mépris qu'il mérite» — Orphanidis, après avoir appris «par des moyens honteux» l'identité de l'auteur de Έρως Σουλτάνας avait tout fait pour empêcher le couronnement de celui-ci, avait obligé ses confrères à démissionner et, par conséquent, portait toute la responsabilité de l'annulation du concours. Vyzantios avouait volontiers être un ami de Vernardakis, et il s'en vantait. Mais il affirmait, en même temps, qu'il n'avait jamais donné à ce dernier l'occasion de soupçonner «ni directement ni indirectement» que lui, Vyzantios, était parmi les candidats du concours. Il invitait aussi Orphanidis à expliquer «formellement, exactement et nommément les calomnies qu'il laisse sous-entendre». Quant au recteur, il n'avait pas montré une attitude irréprochable: Vyzantios s'étonnait que Phréaritis eût permis à Orphanidis de lui adresser des lettres qui parlaient «d'une manière aussi indécente de deux collègues honnêtes. Mais ce scandale aussi nous a paru normal, vu la qualité du recteur et professeur»1.

Cette violence de la part d'un étudiant envers deux universitaires, aussi étonnante qu'elle puisse paraître, était justifiée, en dernière analyse, par le niveau du débat et les mœurs de l'époque. Vyzantios, d'ailleurs, n'était pas n'importe qui; son rang familial, son couronnement au concours de 1862, ses relations avec les professeurs Rangabé, Vernardakis et Paparrigopoulos, lui donnait le droit, vu la gravité des «calomnies» d'Orphanidis, de se défendre sans réticences. Une fois de plus, A. R. Rangabé réglait ses comptes avec son vieil ennemi par personnes interposées. Une fois de plus, Orphanidis trouvait des défenseurs parmi les adversaires de Rangabé, les hommes de l'opposition politique, les poètes battus.

Sophocle Carydis nous en offre un exemple typique. Candidat

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1. Ευνομία, 2 juin 1864. Le même numéro de ce journal annonce que le «principal rédacteur» A.R. Rangabé étant parti en voyage, il est remplacé provisoirement par son fils Cléon. Mais ce départ diplomatique n'était-il pas un prétexte pour faciliter les attaques du journal contre Orphanidis?

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    22. Moullas, Concours poetiques

    loin des concours, triste et désabusé, A. Valaoritis écrivait à Tommaseo (10 août 1862): «D'altronde mi accorgo che in Grecia la poesia ha poco corso e questo mi avvilisce et m'addolora perchè mi fa temere che il cuore della mia natione si sia, da lunghi patimenti, infievolito in modo da non avere più battiti nè per le tradizioni antiche nè per le speranze che racchiudonsi nell'avvenire»1.

    2. 1863 : Un manifeste anti-romantique

    La cérémonie du concours de 1863 eut lieu le 3 mai2. Le jury était composé de quatre membres: P. Paparrigopoulos (président), D. Vernardakis (rapporteur), A. R. Rangabé et A. S. Roussopoulos. Le nombre des poèmes envoyés (7) avait diminué sensiblement, ce qui n'était pas une surprise, vu les «circonstances politiques extraordinaires», évoquées par le rapporteur à deux reprises3.

    Ces «circonstances politiques extraordinaires» touchaient de près l'Université d'Athènes. Tout d'abord, la jeunesse estudiantine n'avait pas été étrangère au mouvement révolutionnaire qui, le 10 octobre 1862,

    εν μια νυκτί και μόνη, αντιστάσεως μη ούσης

    avait renversé le trône et montré au roi Othon le chemin de l'exil; la Phalange Universitaire, formée une semaine plus tard pour maintenir l'ordre, mobilisait déjà, pour deux ans, presque 600 étudiants armés et de nombreux professeurs. Ensuite, le changement de régime ne laissait pas les structures universitaires intactes (renvoi de professeurs fidèles à Othon, dont Philippe Ioannou, réintégration d'autres, élection de deux représentants de l'Université à l'Assemblée Nationale, etc.)4. Bref, la vie universitaire et la vie politique ne constituaient

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    1. G. Zoras, Επτανησιακά Μελετήματα, t. III, Athènes 1966, p. 166.

    2. Πανδώρα 14 (1863-1864) 105; cf. l'intéressant compte rendu du journal Ευνομία, 7 mai 1863. Le Jugement de 1863, publié en brochure (Athènes 1863), explique le report de la cérémonie dans une note préliminaire, p. 3: «La fête annuelle de l'Université Nationale ayant été désormais transférée du 20 au 3 mai, anniversaire de la fondation de celle-ci, il a été décidé que ce jour fût célébré, non plus par le panégyrique habituel, mais par le concours poétique et littéraire». Par concours littéraire (φιλολογικόν διαγώνισμα) on entendait celui fondé par Th. P. Rodocanakis, concours qui avait eu lieu pour la première fois le 20 mai 1861 et où le prix avait été décerné à l'étudiant G. Mistriotis.

    3. Jugement de 1863, Πανδώρα 15 (1863-1864) 105 et 107.

    4. Pant. Chr., pp. 152-153.