Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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conscience de la nation hellénique, et non à des sources étrangères". Mais l'accessit de Paraschos était déclaré "le premier"1.

En fin de compte, le jury de 1863 faisait preuve de souplesse tactique. Car, condamner le byronisme "étranger" au nom d'une poésie "hellénique" était une chose; rompre définitivement avec la nouvelle génération romantique en était une autre. Si les juges entendaient toujours imposer leurs vues sur la poésie néo-hellénique, ils étaient loin de vouloir paraître comme des censeurs intolérants et sectaires. Par ailleurs, les concours avaient besoin d'élargir leur audience. Ils n'auraient rien à gagner s'ils s'aliénaient les poètes contestataires, au moment précisément où ils devaient les attirer et, en quelque sorte, les apprivoiser.

Dans ces conditions, critiqué et récompensé par le jury de 1863, Paraschos était un vainqueur et un vaincu à la fois. Au demeurant, il n'inspirait pas d'antipathie aux juges; il s'était soumis à l'autorité universitaire et il avait sollicité le prix humblement2. Du reste, naïf et débonnaire, s'il aimait attaquer les régimes dans ses vers, il n'avait aucun goût ni pour les polémiques personnelles ni pour les chicanes en prose. Même Vernardakis, d'ordinaire si rancunier et vindicatif, ne semblait pas lui en vouloir: il critiquait vivement le poème Ο Άγνωστος, mais il réservait à son auteur, "doué de génie poétique", suffisamment d'indulgence et d'estime - une indulgence et une estime non exemptes toutefois de condescendance et d'ironie.

3. 1864: Le concours annulé

Ainsi, engagés de plus en plus dans la voie classique depuis leur nouveau départ, les concours semblaient avoir le vent en poupe et

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1. Jugement de 1863, p. 115. Sur la participation de A. Paraschos au concours de 1863, voir Pal. A., t. VIII, p. 420, et Gr. Xénopoulos, Οι Παράσχοι, Athènes 1916, p. 29. - Ο Άγνωστος, sous le titre Ο Άγνωστος ποιητής (1863), est publié dans A. Paraschos, Ποιήματα, t. I, Athènes 1881, pp. 7-44. Le poème Εγερτήριον (1860), publié Ibid., t. II, pp. 145-151, ne doit pas être confondu avec un autre poème du même titre, daté également de 1860, que l'on trouve Ibid., pp. 96-102.

2. Le journal Ευνομία, 7 mai 1863, nous apprend que, dans une lettre adressée au jury -Vernardakis (Jugement de 1863, p. 113) y fait une allusion - Paraschos avouait les imperfections de son poème, les attribuait au manque de temps et s'en excusait. Selon le même journal, les défauts de Φειδίας και Περικλής étaient dus à la même raison, Vlachos ayant pris très tardivement la décision de se présenter au concours.

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pouvaient poursuivre leurs objectifs dans un climat favorable. Un grave accident vint soudain les bouleverser. En 1864, pour la première fois, la cérémonie fut annulée, «en raison d'une querelle très peu poétique survenue irrémédiablement parmi les membres du jury»1.

Cette querelle nous est connue dans ses détails les plus scandaleux: deux journaux athéniens de l'époque, Το Μέλλον et Ευνομία (organe de A. R. Rangabé), fournissent suffisamment de renseignements pour que nous puissions reconstituer les faits dans leur ordre chronologique et connaître leurs protagonistes d'une façon plus ou moins intime.

On ne saurait trop souligner l'importance des journaux athéniens. Sources vivantes de toute cette époque, ils en enregistrent non seulement les événements marquants, mais aussi le ton, l'atmosphère, le climat. La description est aussi précieuse que l'interprétation, le renseignement aussi utile que le commentaire. Certes, nous n'avons pas encore affaire à la «polyphonie» de nombreux collaborateurs, telle que nous la trouvons à la fin de XIXe siècle dans le presse quotidienne ou hebdomadaire. Le journal grec de la période qui nous préoccupe ne dépasse pas, en général, un stade plus ou moins artisanal. Produit d'un petit groupe, et très souvent d'une seule personne, il exprime un point de vue individuel, celui de son «rédacteur». C'est cet unique rédacteur, avec ses prises de position, ses humeurs, ses intérêts et ses objectifs immédiats qui confère d'ordinaire au journal un caractère subjectif ou partisan au plus haut degré: l'actualité est filtrée et reflétée par la conscience d'un seul individu. Mais cet individu n'est pas moins lié à des groupes, dont il devient le porte-parole à travers une série de médiations plus ou moins complexes.

Événement athénien, les concours occupent une place importante dans la presse de la capitale. C'est cette presse qui nous fournit, en premier lieu, un nombre inappréciable de renseignements et qui nous transmet la température du moment: les critiques, les insatisfactions, les rancunes, les polémiques les plus chaudes. La plupart des concurrents et des juges ont facilement accès à la presse athénienne; certains d'entre eux, éditeurs de journaux eux-mêmes, peuvent se battre avantageusement pro domo; beaucoup d'autres disposent d'avocats fervents. Les rédacteurs prennent position, soutiennent directement ou indirectement une personne ou un groupe, servent leurs amis, attaquent ou font attaquer leurs adversaires. Les rumeurs, les commentaires des cafés et les commérages ont toujours une place honorable à côté des

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1. R.R. de 1864, p. 76.

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faits et des renseignements concrets. Très souvent, les coulisses, riches en intrigues, livrent tous leurs secrets au public.

Ces coulisses, en 1864, sont particulièrement précieuses dans la mesure où elles nous permettent non seulement d'éclaircir la "querelle très peu poétique" des universitaires, mais aussi de nous introduire, en quelque sorte, dans les mécanismes du concours à travers les rapports humains les plus intimes. Ce sont les protagonistes de cette querelle eux-mêmes qui nous servent de guides: chacun a pris soin de s' expliquer immédiatement, de donner sa propre version des faits. Nous avons à confronter les témoignages et à combler leurs lacunes. Voici comment les choses se sont passées.

Annulé in extremis, le concours de 1864 avait suivi, jusqu'à un certain point, les préparatifs habituels. Les membres du jury avaient été connus: C. Phréaritis (président), Th. Orphanidis, D. Vernardakis et C. Paparrigopoulos1. Le rapporteur n'avait pas encore été désigné officiellement, mais Orphanidis se considérait déjà comme "chargé par tous de rédiger le rapport"2.

Quatorze poèmes avaient été envoyés, mais trois seulement avaient retenu, dès le début, l'attention du jury:

1) Θήβη3

2) Έρως Σουλτάνας4

3) Ο άγνωστος ποιητής5

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1. A.R. Rangabé n'avait-il pas été exclu du jury, parce qu'il se proposait de présenter au concours son poème Διονύσου πλους? Nous ne saurions l'affirmer avec certitude. En tout état de cause, la longueur de ce poème (500 vers) est caractéristique: c'est celle exigée par le règlement de Rallis; cf. Mario Vitti, «Σημείωμα στο "Διονύσου πλους" του Ραγκαβή» [extrait du volume Μνημόσυνον Σοφίας Αντωνιάδη], Venise 1974, p. 412.

2. Το Μέλλον, 26 mai 1864.

3. Tragédie de Jean Pervanoglos, publiée dans la revue Χρυσαλλίς 2 (1864) 356-369, et en brochure: Θήβη, τραγωδία υπό Ιωάννου Περβάνογλον, υποβληθείσα εις τον ποιητικόν διαγωνισμόν του 1864, Athènes 1864.

4. Poème de A. Vyzantios, publié dans Χρυσαλλίς 2 (1864) 300-305 [=Έργα Αλεξάνδρου Σ. Βυζαντίου, op. cit., pp. 39-59]. L'influence de A.R. Rangabé (Διονύσου πλους) est ici, encore une fois, manifeste:

Ο του Βοσπόρου το στενόν

βραδέως διατρέχων,

και τας πτυχάς του ερευνών,

σεράι βλέπει θερινόν

της όχθης υπερέχον

5. Selon toute probabilité, il s'agissait du poème présenté par A. Paraschos

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Deux réunions préparatoires du jury avaient eu lieu à la maison du recteur Phréaritis. Elles nous sont racontées par Orphanidis et Vernardakis avec tous les détails. En voici, en résumé, les deux versions:

Première réunion (début avril 1864?)

a) Version d'Orphanidis: Le jury eut à décider s'il allait décerner le prix, le concours étant, selon Vernardakis et Paparrigopoulos, inférieur à celui de l'année précédente. Les trois meilleurs poèmes furent jugés de la façon suivante: Θήβη: tragédie défectueuses mais non dépourvue d'"idées magnanimes et puissantes" (Vernardakis et Paparrigopoulos); œuvre d'un auteur ayant une expérience scénique et promettant un avenir dans la poésie dramatique (Orphanidis).-Έρως Σουλτάνας: poème "sans poésie", bien versifié, mais faible et flasque ("σανκουλί", selon Paparrigopoulos); "un diamant digne d' orner la couronne d'Apollon" (Vernardakis); "une toile d'araignée" (Orphanidis). - Ο άγνωστος ποιητής: poème à rejeter (Vernardakis et Paparrigopoulos); œuvre qui "mérite un meilleur sort, sinon le prix" (Orphanidis). Ainsi, alors que Vernardakis et Paparrigopoulos préférèrent le poème Έρως Σουλτάνας, Orphanidis considéra Θήβη "comme une œuvre plus généreuse, plus patriotique et plus virile". Le recteur Phréaritis ne se prononça pas1.

b) Version de Vernardakis : Le jury distingua, parmi 14 poèmes envoyés, les trois meilleurs. Orphanidis croyait que Έρως Σουλτάνας était une œuvre de Lacon2.

Deuxième réunion (15 avril 1864)

a) Version d'Orphanidis : La réunion, prolongée tard dans la nuit, dura cinq heures. Vernardakis prit la défense de Έρως Σουλτάνας "avec une obstination inexplicable"; cinq heures durant, Orphanidis essaya de lui faire entendre raison. A la sortie, dans la rue, il dit à Vernardakis qu'il ne fallait pas couronner le poète de Έρως Σουλτάνας "pour éviter de nouveaux scandales", mais son interlocuteur, faisant semblant de ne pas comprendre, l'insulta "cyniquement". En tout cas, Orphanidis ne déclara à aucun moment que Vernardakis "avait l'intention de partager le prix avec le concurrent"3.

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au concours de 1863. Le même titre est également employé par Ph. A. Iconomidis: Δύσελπις-Εύελπις ή Ο άγνωστος ποιητής, œuvre envoyée aux concours en 1861 et en 1865.

1. Το Μέλλον, 26 mai 1864.

2. Ibid., 2 juin 1864.

3. Ibid., 26 mai 1864.

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b) Version de Vernardakis : Paparrigopoulos prit la parole, mais il fut vite obligé de se retirer sur un canapé et de se taire jusqu'à la fin de la réunion, au fur et à mesure que la discussion dégénérait à cause d'Orphanidis (εξωρφανιδίζετο). Ce fut alors que celui-ci se mit à fulminer contre Έρως Σουλτάνας prétendant que l'auteur de cette œuvre avait plagié Byron, Πύργος της Πέτρας, Χίος δούλη, etc. En vain Vernardakis lui fit-il remarquer que le poème en question devait être jugé en tant que ballade (χορωδία). Plein de fureur, Orphanidis se répandit en injures, ridiculisa le poème et lança contre Vernardakis des allusions offensantes. Enfin, dans la rue, après avoir pressé Vernardakis de voter pour Θήβη - ce dernier avait refusé ironiquement - il le menaça de faire sur lui des révélations horribles et disparut dans la nuit en criant1.

Cet épisode fut fatal. Le lendemain, 16 avril, Vernardakis présentait au recteur sa démission du jury et en donnait les raisons: la nuit précédente, il avait été accusé par Orphanidis d'avoir corrigé Έρως Σουλτάνας et de s'être mis d'accord avec l'auteur pour le partage du prix2.

Aussitôt que cette démission fut connue, Orphanidis adressa une longue lettre au recteur (18 avril) pour lui fournir des explications. Les deux réunions du jury y étaient racontées en détail; les raisons de la démission de Vernardakis étaient réfutées comme des "mensonges". La vérité, révélée par cette lettre, explosait comme une bombe: "Le poème Έρως Σουλτάνας, appartient à un jeune ami de Vernardakis, avec qui ce dernier a des rapports très intimes et pour qui il a une grande sympathie - innocente, bien entendu!"3. Enfin, Orphanidis demandait au recteur de compléter le jury, tout en présentant des conditions: "je n'accepte en aucune façon de collaborer avec M. Alexandre Rangabé proposé par M. Paparrigopoulos, pour des raisons multiples et sérieuses que je me permets de ne pas exposer"4.

Les événements se précipitèrent. E. Gastorchis, désigné par le Conseil Universitaire comme remplaçant de Vernardakis, ne fut pas la personne indiquée pour rétablir la paix dans le jury: Paparrigopoulos

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1. Ibid., 2 juin 1864.

2. La lettre de démission de Vernardakis, publiée dans le journal Ευνομία, 19 avril 1864, est reproduite par Το Μέλλον, 4 juin 1864.

3. Το Μέλλον, 26 mai 1864. Au deuxième tirage du même numéro de ce journal, la, phrase "innocente, bien entendu!" fut enlevée par le rédacteur.

4. Ibid.

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démissionna, à son tour, le 25 avril1. Après quoi, le concours de l'année 1864 fut annulé par le Conseil Universitaire. Mais la crise ne faisait que commencer; on avait encore beaucoup de comptes à régler.

Orphanidis revint à la charge, le 28 avril, avec une deuxième lettre au recteur, pour dénoncer, cette fois-ci, les agissements de Paparrigopoulos. Celui-ci, selon le professeur de botanique, n'avait pas cessé d'intriguer: il avait proposé Rangabé comme remplaçant de Vernardakis, il avait demandé le partage du prix entre les poèmes Έρως Σουλτάνας et Θήβη, il s'était opposé à la désignation d'Orphanidis comme rapporteur du jury. En fin de compte, sa démission était compréhensible: la nomination de Castorchis à la place de Rangabé avait marqué l'échec de ses intrigues2.

Début mai, l'annulation du concours fut annoncée et déplorée par les journaux. Το Μέλλον exprima la déception des concurrents devant un acte qui «ressemble à de l'eau froide versée sur la flamme poétique de notre nation»3. Ευνομία se préoccupa surtout des mécènes et des donateurs: «Nous souhaitons que les patriotes généreux, qui offrent avec empressement leur argent pour la Grèce, ne soient pas découragés par nos vilenies»4.

Ces «vilenies» allaient être bientôt révélées au public en détail. Dans une longue lettre présentée sous le titre «Ce qui s'est passé au concours de 1864» (Το Μέλλον, 26 mai 1864), Orphanidis ouvrait le dossier de cette affaire et publiait ses deux lettres adressées au recteur. Il se donnait comme ennemis non seulement «un certain Démétrios Trantalidis, lesbien, transformé, d'un coup de baguette magique, en Démétrios Vernardakis, crétois et professeur»5, mais aussi toute une «alliance quadripartite» (Rangabé, Paparrigopoulos, Vernardakis, Vyzantios) qui, ayant comme organe le journal Ευνομία, complotait 

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1. Pour Vernardakis, le responsable de cette démission fut de nouveau Orphanidis, dont la présence au jury entraîna, de plus, un refus de participation de la part d'Assopios et de Rangabé: Ibid., 4 juin 1864. Mais l'explication donnée par Orphanidis nous paraît en l'occurrence plus crédible: la démission de Paparrigopoulos fut principalement motivée par la nomination de son ennemi Castorchis à la place de son ami Rangabé: Ibid., 26 mai 1864.

2. Ibid.

3. Ibid., 8 mai 1864.

4. Ευνομία, 9 mai 1864.

5. Orphanidis n'évite pas les sous-entendus scabreux: Vernardakis, accusé d'homosexualité, est «lesbien», Castorchis, loué pour sa virilité, devient «Cast-orchis» etc. On comprend pourquoi le rédacteur de Το Μέλλον enleva, au dernier moment, par prudence, certaines expressions osées du professeur de botanique.

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contre lui. Du reste, Orphanidis était fier de son attitude: il avait sauvé l'honneur du jury et du concours, lequel n'aurait pas évité la faillite «à l'instar de celui de M. Rallis, après le couronnement des fameuses «perles» par M. Rangabé». Il invitait, enfin, les auteurs des trois meilleurs poèmes de 1864 à publier leurs oeuvres, pour que le public, les intellectuels et le fondateur puissent juger sur pièces1.

Deux réactions à l'article d'Orphanidis furent foudroyantes: celles de Vernardakis et de Vyzantios2.

Vernardakis commençait par faire amèrement son autocritique: il avait eu tort d'accepter de participer au même jury qu'Orphanidis, homme inculte, qui ne savait que crier fort, et «dont l'aptitude aux fautes d'orthographe est en effet inappréciable». Ensuite, il présentait sur les deux réunions du jury sa propre version. Il n'était pas devenu Vernardakis d'un coup de baguette magique: lesbien par sa mère (Trantalidis) et crétois par son père (Vernardakis), il avait le droit de s'appeler comme bon lui semblait. La haine d'Orphanidis contre l'auteur de Έρως Σουλτάνας A. Vyzantios, datait de l'époque où ce dernier avait écrit contre le professeur de botanique pour défendre le savant allemand Heldreich. Vernardakis ne niait pas son amitié avec Vyzantios. Mais il n'y voyait aucun crime. Zalocostas, Coumanoudis, Tertsétis, Carassoutsas et d'autres concurrents, dont Orphanidis lui-même, avaient entretenu des rapports amicaux avec des juges universitaires, sans être blâmés pour autant. Quant aux allusions «infectes et ignobles» d'Orphanidis, enlevées par le rédacteur de Το Μέλλον, Vernardakis dédaignait d'y répondre. En tout cas, ce n'était pas la première fois que le professeur de botanique se livrait à des calomnies pareilles: un dimanche du mois d'avril, au cours d'une excursion aux alentours d'Athènes, il avait raconté les mêmes ragots aux étudiants en médecine. Dans ces conditions, Vernardakis n'avait qu'à plaindre la patrie qui payait comme enseignants de la jeunesse «de telles ordures et de tels salauds!»3.

La réponse de A. Vyzantios n'était pas moins violente. Le jeune étudiant brossait, tout d'abord, un portrait d'Orphanidis peu flatteur:

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1. Το Μέλλον, 26 mai 1864.

2. Les réponses de Vernardakis et de Vyzantios, publiées quelques jours plus tard, datent du 25 mai, ce qui n'est pas inexplicable, si Το Μέλλον du 26 mai était mis en vente à Athènes dès la veille ou, chose moins probable, si le rédacteur du journal avait communiqué à Vernardakis et à Vyzantios le texte d'Orphanidis avant sa publication.

3. Ibid., 2 et 4 juin 1864.

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cabotin, poêle sans valeur, critique insignifiant, inculte et spécialiste des fautes d'orthographe, personnage vulgaire et intéressé, le professeur de botanique n'avait été couronné à trois reprises dans le passé que grâce à ses flatteries ou à ses menaces. Assopios, Rangabé, Coumanoudis et Vernardakis en dernier avaient connu successivement sa colère, «parce qu'ils ont tardé, ou parce qu'ils n'ont jamais consenti, à lui donner les mille drachmes». Nourrissant une haine implacable contre Vyzantios — «car, j'ai toujours exprimé, en écrivant ou en parlant sur lui, le mépris qu'il mérite» — Orphanidis, après avoir appris «par des moyens honteux» l'identité de l'auteur de Έρως Σουλτάνας avait tout fait pour empêcher le couronnement de celui-ci, avait obligé ses confrères à démissionner et, par conséquent, portait toute la responsabilité de l'annulation du concours. Vyzantios avouait volontiers être un ami de Vernardakis, et il s'en vantait. Mais il affirmait, en même temps, qu'il n'avait jamais donné à ce dernier l'occasion de soupçonner «ni directement ni indirectement» que lui, Vyzantios, était parmi les candidats du concours. Il invitait aussi Orphanidis à expliquer «formellement, exactement et nommément les calomnies qu'il laisse sous-entendre». Quant au recteur, il n'avait pas montré une attitude irréprochable: Vyzantios s'étonnait que Phréaritis eût permis à Orphanidis de lui adresser des lettres qui parlaient «d'une manière aussi indécente de deux collègues honnêtes. Mais ce scandale aussi nous a paru normal, vu la qualité du recteur et professeur»1.

Cette violence de la part d'un étudiant envers deux universitaires, aussi étonnante qu'elle puisse paraître, était justifiée, en dernière analyse, par le niveau du débat et les mœurs de l'époque. Vyzantios, d'ailleurs, n'était pas n'importe qui; son rang familial, son couronnement au concours de 1862, ses relations avec les professeurs Rangabé, Vernardakis et Paparrigopoulos, lui donnait le droit, vu la gravité des «calomnies» d'Orphanidis, de se défendre sans réticences. Une fois de plus, A. R. Rangabé réglait ses comptes avec son vieil ennemi par personnes interposées. Une fois de plus, Orphanidis trouvait des défenseurs parmi les adversaires de Rangabé, les hommes de l'opposition politique, les poètes battus.

Sophocle Carydis nous en offre un exemple typique. Candidat

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1. Ευνομία, 2 juin 1864. Le même numéro de ce journal annonce que le «principal rédacteur» A.R. Rangabé étant parti en voyage, il est remplacé provisoirement par son fils Cléon. Mais ce départ diplomatique n'était-il pas un prétexte pour faciliter les attaques du journal contre Orphanidis?

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malheureux aux concours à maintes reprises (1851, 1857, 1859, 1863), ennemi mortel de A. R. Rangabé et de son groupe, il avait maintenant l'occasion de donner libre cours à ses sarcasmes dans le journal qu'il publiait: «Nos professeurs livrèrent récemment la bataille la plus meurtrière pour la prise des mille drachmes... Si le fondateur n'est d'aucune utilité, il offre néanmoins au public des spectacles annuels si originaux et réussis que beaucoup de spectateurs souhaitent les voir deux fois par an». Au début, prétendait Carydis, après la démission de Vernardakis, «nous avons rejeté toute la responsabilité de ces tristes événements sur M. Orphanidis»; mais par la suite, dans la réponse de ce dernier «nous avons trouvé plus de sincérité que dans les bavardages brutaux du jeune homme» (Vyzantios). En somme, le concours de 1864 avait été transformé en une farce pitoyable «qu'a montée, caché derrière un rideau invisible, le phanariote connu» (Rangabé). Quant au poème Έρως Σουλτάνας publié entre-temps dans Χρυσαλλίς (30 mai), il n'était qu'un «avorton misérable» et dépourvu de toute qualité, en dépit «des multiples retouches phanariotes» qu'il avait subies. Enfin, Vernardakis était digne de félicitations «pour la riche collection de mots grossiers avec laquelle il enrichit nos dictionnaires»1.

Carydis ne tardait pas à reprendre ses attaques avec plus de violence: «La clique de Έρως Σουλτάνας continue d'enrager et de pleurer sur la perte du butin. On continue d'insulter dans Κλειώ M. Orphanidis, parce qu'il n'a pas permis que le concours poétique fût déshonoré par le couronnement d'un poème écœurant, comme cela est arrivé autrefois, grâce au même vieillard, l'orang-outang (Ραγκ-ου-τάγκον) du Phanar, pour que fussent payés quelques loyers... Et le blanc-bec de Έρως Σουλτάνας enrage maintenant, lui aussi, parce qu'il a perdu les frais d'un grand voyage...»2.

Mais cette affaire ne pouvait pas en rester là. En fait, elle avait dépassé les limites d'une polémique décente et, qui plus est, avait mis en évidence une crise universitaire plus profonde que jamais. Or l'opposition politique s'empressa d'en profiter. Le journal Μέριμνα, par exemple, ne perdit pas l'occasion de se lancer dans de virulentes 

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1. Φως, 6 juin 1864. Nous ignorons si Carydis avait envoyé quelque poème pour le concours de 1864.

2. Ibid., 20 juin 1864. Par son allusion aux «loyers», Carydis se référait évidemment au fait que le lauréat du concours de 1862 Vyzantios cohabitait avec Rangabé. La suite de l'article, toujours riche en insultes (σουλτανική σπείρα, ραγκουταγκαβικό χαρέμι, etc.) annonçait entre autres la publication d'une parodie d' Έρως Σουλτάνας, publication qui, à notre connaissance, ne fut pas réalisée.

Σελ. 199
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attaques contre l'"obscurantiste" ex-roi Othon et ses partisans, Philippe Ioannou en particulier, demandant, en même temps, une épuration générale dans l'Université1. Dans ces conditions, le gouvernement fut obligé d'agir. Le ministre de l'Éducation Nationale invitait bientôt le Conseil Universitaire à blâmer sévèrement les deux professeurs, Orphanidis et Vernardakis, pour leur attitude indécente. Mais Vernardakis était trop susceptible pour accepter une telle sanction disciplinaire sans présenter sa démission2.

Ainsi, la "querelle très peu poétique" des professeurs athéniens devenait un scandale public. Au moment où le nouveau régime du roi Georges se mettait en place et où le rattachement de l'Heptanèse à la Grèce (21 mai - 2 juin 1864) constituait un événement national majeur, les juges universitaires, déchirés par leurs propres discordes, prouvaient qu'ils n'avaient rien à envier aux candidats protestataires pour la technique du commérage et pour l'art de l'injure. Le passage d'un régime à l'autre attisait les vieilles rancunes et rendait manifeste la crise de l'Université. Pour la première fois, les concours poétiques étaient attaqués, non pas par la base, mais par le sommet. Le jury de 1864, en proie aux inimitiés internes les plus irréconciliables, sombrait soudain dans un déferlement de passions.

Deux candidats du concours annulé, Jean Pervanoglos (1831-1911) et P. Panacos, nous ont laissé, eux aussi, leurs témoignages.

Pervanoglos, auteur de Θήβη et bénéficiaire du soutien d'Orphanidis, est reconnaissant "au juge qui vota pour (son) poème". Ce poème, explique-t-il, n'était point envoyé au concours de 1864 pour le prix de 1.000 drachmes; sa publication devenait néanmoins nécessaire "après la querelle de M.M. les juges". Quant au fond du problème, la querelle elle-même, Pervanoglos se montre prudent: "Les événements de ce concours sont connus. Je n'essaie nullement d'éclaircir lequel des juges avait raison, car, en tant qu'impliqué dans l'affaire, je risque peut-être de me tromper. Ayant toutefois une expérience de la poésie notamment dramatique, j'ose croire que mon œuvre ne méritait pas d'être considérée comme inférieure à une ballade". Pervanoglos est consciemment anti-romantique: "En ce qui concerne la 

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1. Voir Ευνομία, 16 et 30 juin 1864, où Ph. Ioannou -renvoyé en 1862, mais réintégré un an plus tard- est défendu contre ces attaques.

2. Annoncée par les journaux (Το Μέλλον, 23 juin 1864, Ευνομία, 27 juin 1864), cette démission semble éphémère et sans conséquences. En fait, c'est en 1869 que Vernardakis quitta son poste de professeur, pour des raisons étrangères à l'institution poétique: Pant. Chr., pp. 191-193.

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composition de ma tragédie, j'ai préféré suivre l'école classique et ses partisans, évitant ainsi la division en actes, la minutie des caractères, l'intrigue compliquée et les inutiles imitations de l'école romantique, car je pense que toute singerie (πιθηκισμός) en Grèce est nuisible et que le Grec, pour être Grec, doit considérer comme modèles ses ancêtres admirés et admirables". La seule nouveauté de l'auteur est l'introduction de la rime dans les chœurs chantés1.

P. Panacos, étudiant en médecine et télégraphiste à Argos, a les réactions typiques d'un candidat frustré: rancune contre les juges, vantardise, esprit de vengeance et de dénigrement, le tout dans un grec excessivement archaïsant, presque ancien. Son drame Άγις αγχόμενος (1862) n'avait pas été apprécié par Rangabé "qui avait couronné son voisin de chambre Vyzantios". Son poème épique Οι πλανήται, envoyé au concours de 1864, "le nain" Vernardakis, au cours d'un entretien que l'auteur avait eu avec lui, l'avait décrété inférieur à Άγις. Or Panacos, originaire de Sparte, a toutes raisons de fulminer contre ses ennemis "hétérochtones"2 : "Quel signe de vertu pourrait-on attendre de Vernardakis et consorts, élevés dans la servitude?"3. Ainsi, A. R. Rangabé est constamment insulté, Vernardakis menacé de "donner publiquement compte de ses actes", A. Vyzantios traité d'"illettré", d'"insolent" et d'"adolescent aux belles jambes", Cléon Rangabé vilipendé. Seul le "consciencieux" Orphanidis est vertueux: il a déjoué le

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1. Jean Pervanoglos, op. cit., pp. 62-64. Sur Θήβη, voir Nicolas I. Lascaris, Ιστορία του νεοελληνικού θεάτρου, t. I, Athènes 1938, pp. 223-225. -Jean Pervanoglos, docteur en lettres à Munich (1854) et, plus tard, professeur non titulaire à l'Université d'Athènes, est un écrivain polygraphe. Son "exprérience de la poésie notamment dramatique" est due à ses traductions en vers: "Iphigénie en Tauride" de Goethe, Φιλίστωρ 2 (1861) 403-427, "Les animaux parlants" de J. Casti, Πανδώρα 19 (1868-69) 121-129. A Leipzig (vers 1880-89), il deviendra l'éditeur de la revue Έσπερος. Nous lui devons un récit historique (Μιχαήλ ο Παλαιολόγος, 1883), des traductions, des monographies historiques, etc. Sur Pervanoglos, voir MEE 19 (1932) 933 et C. Th. Dimaras, Histoire, p. 361.

2. La distinction des Grecs entre "autochtones" et "hétérochtones" fut établie par un décret voté à l'Assemblée Nationale le 21 janvier 1844, afin que fussent éloignés des postes publics les fonctionnaires venant de l'étranger (hétérochtones). Mais ce décret, qui souleva alors une vague de protestations, ne fut jamais appliqué.

3. P.I. Panacos, Οι Πλανήται ή Ο κόσμος και τα δεινά του. Ποίημα επικόν. Ραψωδία Α'. -Επιτάφιος λόγος προς τον φοιτητήν Παπίτσαν, και το Γάντι (Der Handschuh). Έμμετρος μετάφρασις εκ του γερμανικού υπό - τελειοφοίτου της ιατρικής, τηλεγραφητού Β'τάξεως και προϊσταμένου του τηλεγραφείουΆργους, Athènes 1864, p. ια΄.

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complot et empêché les «hétérochtones» de s'approprier les 2.000 drachmes de l'«honnête fondateur»1.

Les événements de 1864 ouvrent, sans doute, dans l'histoire des concours une parenthèse lourde de sens. Jamais les antipathies et les controverses entre professeurs, connues depuis longtemps2 mais soigneusement dissimulées, n'avaient éclaté au grand jour avec une force aussi brutale. Jamais les concours poétiques n'avaient été entraînés dans un conflit aussi prosaïque, qui faisait des 1.000 drachmes la principale, sinon la seule, pomme de discorde. Deux anciens concurrents hargneux, Orphanidis et Vernardakis, devenus membres du même jury, avaient servi de détonateurs dans une crise qui, au fond, dévoilait de manière peu flatteuse l'ensemble des coulisses universitaires. Or, si l' institution fondée par Rallis et adoptée par Voutsinas devait survivre — et toutes les conditions pour cela étaient réunies — sa réorganisation semblait urgente et nécessaire. Mais, tout d'abord, il fallait relever le prestige du jury et faire oublier le scandale; par conséquent, les personnes directement impliquées dans les «tristes événements» de 1864 n'avaient plus de place aux concours — tout au moins, dans un proche avenir.

4. 1865 : L'heure du drame

En effet, aucun des professeurs compromis dans la querelle de 1864, ne faisait, l'année suivante, partie du jury, qui était composé de 4 membres: H. Mitsopoulos (président), A. S. Roussopoulos (rapporteur), St. Coumanoudis et Th. Aphentoulis. Un besoin de renouveau était manifeste; les circonstances s'y prêtaient. Voutsinas redoublait de zèle: désireux de voir célébrer le rattachement de l'Heptanèse à la Grèce, il offrait, exceptionnellement pour l'année 1865, 1.000 drachmes supplémentaires, destinées au couronnement d'un poème écrit en langue populaire et notamment heptanésienne; «mais aucun poème pareil ne fut envoyé au concours»3. D'autre part, il était normal que la mise en place du nouveau régime créât un certain esprit d'innovation, ne fût-ce que superficiel; aussi quelques lacunes quant au fonctionnement

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1. Ibid., pp. ta' sq.

2. Lorsque, en 1858, G. Tertsétis (Ο θρίαμβος του ποιητικού διαγωνισμού) présentait les juges en train de se battre, il n'ignorait certainement pas les querelles des factions universitaires.

3. R.R. de 1865, p. 27.

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du concours ont-elles été comblées, ainsi que nous l'avons vu, par des mesures administratives précises1.

Ceci dit, aucun changement de fond n'était à faire ou à envisager. Bien partis, les concours pouvaient poursuivre leur route selon le chemin tracé. Après l'accident momentané de 1864, tout continuait comme avant. La cérémonie du 9 mai 1865 était une cérémonie comme les autres.

Bien entendu, ce n'est pas le rapporteur A. S. Roussopoulos (1823-1898) qui pouvait lui offrir des signes d'originalité. Personnage amorphe, presque inconsistant, il s'acquittait de sa tâche en recourant, le plus souvent, aux lieux communs habituels: éloge des concours, références constantes à l'Antiquité, conseils donnés aux jeunes concurrents d'accepter le verdict du jury sans protestations et de subir les épreuves «à l'instar des adolescents Spartiates»2. Son moralisme, excité par les cris anti-religieux des poètes romantiques, était aussi monotone qu'ennuyeux. La seule hardiesse de Roussopoulos consistait à parsemer son rapport de nouveautés orthographiques plus ou moins fantaisistes: par exemple, ίνε, τώρα, au lieu de είναι, τώρα. Du reste, le néo-classicisme universitaire lui montrait la voie à suivre. Le rapporteur de 1865 ne pouvait et ne voulait pas innover.

Les 15 poèmes envoyés au concours étaient répartis en trois catégories: 5 lyriques, 7 épico-lyriques et 3 dramatiques. Nous présentons ci-dessous, comme à l'ordinaire, un résumé du Jugement de 1865 suivi de notre commentaire. Voici, d'abord, les 5 poèmes lyriques:

1) Στίχοι, : recueil de 9 petites poésies diverses, dont le bon goût et la grâce sont indiscutables. La versification, aisée et correcte, «ne semble pas dépourvue d'une certaine affectation». L'auteur manie habilement la langue savante — l'usage de quelques mots anciens et incompréhensibles est inscrit toutefois à son passif — et évite, en général, les fautes de grammaire et d'orthographe, sinon les germanismes ou quelques formules syntaxiques compliquées. Mais son principal défaut réside dans l'absence de sentiment: «son insensibilité consiste en ceci, qu'aucun sentiment noble et supérieur ne s'est encore implanté dans son âme; ni amour, ni patrie, ni religion, ni vérité, ni joie, ni tristesse..., mais une frivolité..., une indifférence générale et une certaine ironie se dégage de toute sa poésie. Si de telles caractéristiques ne relèvent pas d'une instabilité juvénile, elles sont certainement dues

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1. Voir, ici pp. 45-46

2. Jugement de 1865, Χρυσαλλίς 3 (1865) 306-307.

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à la lecture de livres sceptiques ou à l'imitation du célèbre poète allemand Heine. Seulement, nous croyons que la dose poétique de ce dernier fut ici par trop débordante». Sont cités les poèmes Η τροπή, Εις νέαν κόρην, Η αναισθησία μου1.

Il s'agissait de la quatrième participation d'Ange Vlachos aux concours depuis 1857. Στίχοι venaient cristalliser la présence de Heine dans l'œuvre du jeune poète de façon concrète2. C'était une réaction compréhensible; Irénée Assopios et la revue Χρυσαλλίς partageaient le même engouement pour le poète allemand. Face à la montée irrésistible du romantisme, la recherche d'alliés, capables de lui barrer la route, devenait plus nécessaire que jamais. Car, Heine était principalement lu comme un anti-romantique3; il avait toujours à opposer son ironie au débordement du sentiment et son impassibilité, voire sa résignation, à la révolte désespérée. Ainsi, un certain esprit conservateur qui, devant l'«anarchie» romantique, s'appuyait naguère principalement sur l'exemple des auteurs grecs anciens, pouvait maintenant se moderniser et chercher ses maîtres à penser directement dans la littérature contemporaine. Vlachos passait de Φειδίας και Περικλής à Στίχοι et donnait l'impression d'une évolution rapide. Mais le nouveau n'était, en partie, qu'un replâtrage de l'ancien: à travers une versification leste et badine, le néo-classicisme phanariote l'emportait souvent sur la voix de Heine:

Όταν σ' εκάλει

θερμή αγκάλη

και είς παλμός,

αδιαφόρει

σου, νέα κόρη,

ο οφθαλμός.

A.R. Rangabé aurait été, probablement, plus indulgent à l'égard

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1. Ibid., pp. 307-310.

2. Sur la présence de Heine en Grèce et, plus spécialement, dans l'œuvre de Vlachos, voir C. Th. Dimaras, «Η δεξίωση του Heine στον χώρο της ελληνικής παιδείας» (brochure: «Heinrich Heine», s.d., éditée en grec par l'Institut allemand Goethe d'Athènes).

3. Il est caractéristique que, dans une longue étude qu'il consacrait au poète allemand dès le premier numéro de sa revue, Irénée Assopios présentait Heine comme un auteur qui «porta un coup mortel au romantisme allemand au nom de la plastique grecque» et qui «rechercha partout les traces et les contours de la beauté ancienne et divine»: Χρυσαλλίς 1 (1863) 131.

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de Vlachos et aurait apprécié, sans doute, l'«affectation» de ses rimes. Mais le jury de 1865 avait, en fait, détourné son attention de la poésie lyrique, non seulement parce qu'elle était dominée, en général, par le romantisme, mais aussi parce qu'une ouverture vers le drame s'imposait déjà par la force des choses. Or, Στίχοι n'obtenait qu'un accessit; il était présenté au concours à un moment inopportun pour remporter le prix.

Vlachos n'allait pas tarder à réagir. Publiant bientôt ses poésies dans Πανδώρα, il les accompagnait d'une petite préface (29 mai 1865) qui exprimait contre le jury une rancune difficilement dissimulée derrière une ironie hautaine. Les reproches de Roussopoulos y étaient réfutés avec arrogance: Vlachos feignait de ne pas comprendre «quel est le rapport entre patriotisme et poèmes d'amour» et «(il) souriait, tout simplement», lorsque on l'accusait d'insensibilité. D'autre part, il se déclarait heureux, si Στίχοι, ressemblait en effet aux vers de Heine1.

2) Εικόνες : recueil de 7 poèmes caractérisés, contrairement à Στίχοι, par «une tristesse allant jusqu'au désespoir et au blasphème». La langue, non exempte de mots anciens et vulgaires, est irrégulière, ainsi que la versification, dont la monotonie devient fatigante. Mais l'auteur, en dépit de ses défauts fondamentaux et, notamment, de son ton blasphématoire, est un poète de talent et qui «émeut parfois le lecteur jusqu'aux larmes». La quatrième Εικών est citée et commentée2.

C'était la première œuvre envoyée aux concours par Spiridion Vassiliadis. Elle allait être publiée anonymement, un an plus tard, avec un autre recueil de poèmes, Κύματα, et une préface datée du 20 octobre 1865. Sans se référer explicitement au rapport de Roussopoulos, Vassiliadis proclamait avec fougue sa profession de foi romantique: la véritable poésie lui paraissait «fière, majestueuse, cosmopolite»; le véritable poète «délirant» (έκφρων) et étranger à tout ce qui était «calme, régulier, ordonné, banal, convenable, probable»3. Au demeurant, obsédé par l'idée de Dieu à qui il dédiait ses Εικόνες, le poète de 20 ans

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1. Πανδώρα 16 (1865-66) 145.

2. Jugement de 1865, pp. 310-312.

3. Εικόνες και Κύματα, ποιήσεις υπό*** Athènes 1866, p. δ΄. La sixième Εικών est reproduite, sous le pseudonyme Orion, dans Rapt. Par»., pp. 711-713. Les œuvres complètes du poète ne contiennent que les Εικόνες Ι, VI et VII: Αττικαί Νύκτες, t. II, Athènes 1875, pp. 287-307. Sur la participation de Vassiliadis au concours de 1865, les renseignements fournis par P. Matarangas (Mat. Parn., p. 458), Sp. De Biazi «Σπυρίδων Βασιλειάδης» Ποιητικός Ανθών 2, 1887, 528) et Ch. Anninos (Βασιλειάδης, Παπαρρηγόπουλος και οι περί αυτούς, Athènes 1916, p. 23) sont inexacts.

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passait du blasphème à l'accablement provoqué par la décadence de la Grèce contemporaine:

Πού σήμερον οι Σοφοκλείς, οι Πίνδαροι πού είναι;

Πού είναι Θήβαι, Κόρινθος; Πού είναι αι Μυκήναι;

Παρήλθον, εις τας πτέρυγας παρήλθον των αιώνων,

κ' ηχώ οικτρά εμείναμεν κλεινών ημείς προγόνων,

Αισχύλους αντηχούντες,

σκιαί γιγάντων, πίθηκοι εκείνους παρωδούντες!

et sombrait dans le pessimisme le plus conventionnel:

Μόνον θεόν ανέκφραστον του κάτω τούτου κόσμου

θεον βλέπει τον θάνατον ο κλαίων οφθαλμός μου,

Φρικτός εδώ παρίσταται του σύμπαντος δεσπότης

και είναι τούτου άθυρμα η σύμπασα ανθρωπότης.

3) Ία : recueil de 14 poèmes qui, malgré leurs qualités (langue régulière, sentiment vrai), sont inadmissibles au concours en raison de leur contenu. Le jeune poète se livre "sans vergogne" à des descriptions érotiques auxquelles il ajoute des images blasphématoires. "Il devait tremper ses Ία dans la couleur de la pudeur, avant de les envoyer ici". Sont cités les poèmes Οπτασία, Άλλοτε (trois strophes), Αδελαΐς, Άσμα1.

Cléon Rangabé, auteur de ce recueil, combinait parfois les lieux communs romantiques avec une leste versification phanariote:

εις του τάφου τους μυχούς

δεν αισθάνεται ο χους·

μόνον ούτος δυστυχούς

παύει την οδύνην!

pour retrouver souvent un climat de volupté quasi baudelairien:

με φωσφορούντας οφθαλμούς, με κόμην λελυμένην

θεάν ωμοίαζε τρυφής και λάγνον υββαλίδα·

αν τότε τις την έβλεπεν ασέμνως γυμνουμένην

και παραφόρως εις τρυφής πελάγη ριπτουμένην,

δι' έν της βλέμμα της Εδέμ επώλει την ελπίδα.

Mais le ton dominant était ici, ainsi que chez Vassiliadis, celui d'un

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1. Jugement de 1865, pp. 321-324.

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pessimisme sombre et véhément. Le désespoir amenait à la révolte: à travers le blasphème et l'érotisme, la volonté de transgresser les tabous prenait le caractère d'une provocation verbale1.

4) Δύσελπις - Εύελπις : 40 petits poèmes qui constituent, selon l'auteur, un chant. Ce sont des réflexions philosophiques, notamment sur la morale. Le rapporteur, impuissant à saisir "toute la pensée" du poète, se borne à citer, sans commentaires, certains passages2.

Il s'agissait de l'œuvre de Phémius Harold Euclide (Ph. A. Iconomidis), déjà mentionnée à propos du concours annulé de 186l3. L'auteur se montrait très satisfait de lui-même et de ses propres poésies:

αν δ' άπελπις ενίοτε μέχρι βαθμού εσχάτου,

οργίζεται και βλασφημεί υπ' άλγους ανιάτου,

πλην πόση άμα αίσθησις και ποίησις βαθεία

εν τη μελαγχολία του! εν τη απελπισία!

5) Στόνοι : recueil de 17 poèmes, œuvre de l'auteur précédent. Celui-ci "pleure sur toutes les choses, avec un sentiment profond et dans une langue savante et régulière". Malgré ses qualités (piété, patriotisme, culture, etc.), il fait montre d'un égoïsme exorbitant et, dévoré par ses ambitions, il va jusqu'à mendier la couronne du concours de façon indigne. Sont cités les poèmes : Εις την απόλυτον αλήθειαν, Τι το παν κατ' εμήν γνώμην, Ο ποιητής χαλκεύς, Το δαφνηφορείν4.

A la deuxième catégorie appartenaient 7 poèmes épico-lyriques. Mais Roussopoulos ne parlait que des deux premiers, se bornant à citer les autres comme titres.

6) Η Λυδία, Πόθος, Εις ποταμόν : trois poèmes du même auteur. Le premier est "une œuvre médiocre, comme celles écrites d'ordinaire par les jeunes gens". Le second, en langue démotique, est meilleur, mais non exempt de défauts (répétitions, usage de mots non purement

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1. Les poèmes du recueil Ία, reproduits en partie (Οπτασία, Αδελαΐίς, Άλλοτε, Τη Λυδία) dans Rapt. Parn., pp. 688-694, sont incorporés, après une sélection et un remaniement plus ou moins poussé, dans Cléon Rangabé, Άλγη (1893).

2. Jugement de 1865, pp. 324-325.

3. Voir ici p. 162, note 1.

4. Jugement de 1865, pp. 325-326. Certains poèmes appartenant au recueil Στόνοι sont publiés dans Ph. A. Iconomidis, Βαΐων φύλλα, διάφορα ποιήματα, Athènes 1894, pp. 6-7 et 35. Il est à noter que D. Cambouroglou, trompé par le titre et, peut-être, par le caractère philosophique de ce recueil, mentionne parmi les concurrents de 1865 D. Paparrigopoulos: Camb. A., p. 803.

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populaires). Le troisième, en langue démotique aussi, est cité en entier comme "davantage réussi"; mais, là non plus, l'auteur ne reste pas toujours fidèle à la langue des chants populaires1.

Il s'agissait de trois poèmes de A. Paraschos2. Long récit romantique en langue savante, Η Λυδία était une œuvre, en quelque sorte, complémentaire de Ο άγνωστος. L'héroïne connaissait les chagrins d'amour, tentait de se suicider, s'enfermait dans un couvent, changeait de nom et mourait dans le malheur: aucun détail d'une mise en scène conventionnelle n'était ici ignoré. Dans ses deux autres poèmes lyriques, écrits en langue populaire, Paraschos non seulement retrouvait sa sensiblerie habituelle:

Ήθελα του πατέρα μου ν' ανοίξω το μνημείο,

να σκάψω με τα χέρια μου, να βγάλω το φορείο,

να ιδώ πώς μου τον έκαμαν τόσον καιρό εκεί πέρα

η νύχτα και τα χώματα το γέρο μου πατέρα!

Σφιχτά, σφιχτά ν' αγκαλιασθώ το σώμα του το κρύο

στήθος με στήθος, κεφαλή με κεφαλή κ' οι δύο.

mais aussi s'efforçait d'imiter les chants populaires:

Ποτάμι ταξιδιάρικο, ποτάμι αγαπημένο,

μυριολογώντας πού μου πας να βυθισθής καϋμένο;

7) Σαπφώ και Φάων : poème de 904 vers répartis en strophes, œuvre d'un adolescent. Son défaut principal: l'usage de mots anciens. "Mais l'archaïsme a pris chez nous les dimensions d'une épidémie, et nous ne savons pas si quelqu'un a pu l'éviter..." Malgré tout, le poème en question est le meilleur de tous les poèmes épico-lyriques3.

Cet adolescent qui, à 14 ans, participait aux concours pour la première fois, n'était autre que Jean Cambouroglou (1851-1903). Quelques années plus tard, lors d'une conférence sur Sappho à la Société 

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1. Jugement de 1865, pp. 327-328.

2. Η Λυδία (1863) est publié (en trois chants) dans Χρυσαλλίς 3 (1865) 671-675, et (en six chants) dans A. Paraschos, Ποιήματα, t. I., pp. 131-160. Le poème Πόθος (1862), publié dans Χρυσαλλίς 3 (1865) 499, figure, ainsi que le poème Εις ποταμόν (1863), dans les principales anthologies de l'époque: Rapt. Parn., pp. 603 et 608-609, Pap. NP., pp. 198-199, Mat. Parn., pp. 935-936 et 943-944 [=A. Paraschos, Ποιήματα, t. II, pp. 357-358, et t. III, pp. 119-120].

3. Jugement de 1865, pp. 328-329; cf. p. 327.

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Littéraire Παρνασσός, il aurait l'occasion de présenter de larges extraits de son poème, sans toutefois s'en attribuer formellement la paternité1. Le jeune J. Cambouroglou sacrifiait sans doute au néo-classicisme archaïsant de son époque:

Αψόφητ' ηνεώχθησαν της ουρανίου χώρας

αι πύλαι, όπως διαβή το άστρον της ημέρας.

Mais, en même temps, les amours passionnées de Sappho et de Phaon donnaient à son poème un caractère essentiellement romantique:

Έρως σιγών είν' όνειρον απράγμονος καρδίας,

είν' η σιγή ο θάνατος κ' είνε ζωή ο έρως.

Ω φίλη μου, ας ζήσωμεν· ομίλει ελευθέρως

και λάλει, μοι ως άλλοτε μετά περιπαθείας.

8) Σοφία

9) Ο πρώτος άνθρωπος

10) Πίστις, πατρίς, έρως

11) Εξομολόγησις

12) Un poème sans titre.

Enfin, les trois drames, dont la présence simultanée au concours surprenait agréablement le rapporteur comme un fait unique, étaient les suivants:

13) Οινώνη : tragédie classique (chœur, dialogues, absence d'actes et de scènes), composée de 925 vers iambiques et anapestiques sans rime. Le bon goût ne manque pas. Mais les défauts sont très nombreux: caractères incomplets, économie et versification défectueuses, archaïsmes, vocabulaire pauvre. Par ailleurs, l'auteur n'épuise pas toutes les sources concernant le sujet de son œuvre, la guerre de Troie2.

14) Φίλιππος ο Μακεδών : drame historique en 4 actes (environ 1660 vers sans rime). Son intrigue, l'assassinat du roi de Macédoine Philippe II, est longuement exposée par le rapporteur, passages à l' appui; une scène est qualifiée de "shakespearienne". En général,

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1. Παρθενών 2 (1872-73) 824-833 et 865-877. -Sur Jean Cambouroglou, voir: Sp. De Biazi, "Ιωάννης Καμπούρογλου", Ποιητικός Ανθών 1 (1886) 62-64; Νέα Ελλάς 1 (1894) 311-313; Skokos, Ημερολόγιον 25 (1910) 23; ΜΕΕ 13 (1930) 663. Sp. De Biazi (Ibid., p. 63), suivi par les autres biographes, ne situe les premières œuvres poétiques de J. Gambouroglou qu'après 1867.

2. Jugement de 1865, pp. 330-332.

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http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/210.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

"l'œuvre du poète, dans son ensemble, est jugée louable pour ses nombreuses qualités de composition, pour sa richesse d'idées, pour la force et la variété du style, ainsi que pour le choix d'un sujet correspondant, en grande partie, aux vœux actuels de la nation hellénique..." Cependant, dans les détails les défauts abondent: violation de la vérité historique, nouveautés "conformes au goût du public d'aujourd'hui", langue et versification parfois négligées1.

Oeuvre d'Antoine I. Antoniadis, ce drame qui allait être couronné comme "le meilleur poème relativement", constitue, dans l'histoire des concours, un événement: nous avons là la première œuvre dramatique qui a remporté le prix, imposant ainsi un auteur qui, par ses couronnements fréquents dans l'avenir, deviendra le poète des concours par excellence. En effet, Antoniadis est l'exemple typique du bon élève de l'institution poétique. Dès ses débuts, il sait se plier aux normes universitaires sur tous les points: "Traitant un sujet hellénique et étant porté sur un art poétique national plutôt qu' étranger, je me suis servi d'une poésie et d'une versification helléniques. Exprimant mes battements de cœur que j'ai ressentis plus fort grâce à non séjour dans une terre asservie [la Crète], j'ai évité le romantisme qui a submergé notre Hélicon moderne. C'est le public qui jugera si, en empruntant ce chemin, je ne me suis pas égaré dans les fades froideurs des archaïsants"2. Ce passage suffit à démontrer dans quelle mesure Antoniadis avait assimilé l'enseignement de la critique universitaire dans ses options fondamentales: refus du romantisme "étranger" et de l'archaïsme excessif, acceptation du classicisme "national" et modéré, mise en valeur de la poésie patriotique, etc.

15) Ιουλιανός ο Παραβάτης : drame historique en cinq actes, "écrit à la manière de Shakespeare", sans unité de temps et de lieu. S'il s' impose, à première vue, par son volume et par l'enthousiasme de sa polémique, il a un défaut capital: la haine contre le christianisme. Admirateur de la Grèce antique et ennemi de Byzance, l'auteur a trouvé en Julien l'Apostat un maître à penser et un porte-parole de ses propres idées. Dans ces conditions, quelles que soient ses qualités littéraires, il n'a rien à attendre de la part du jury: "nous l'expulsons hors des portes de la ville, dans l'espoir qu'il donnera des fruits meilleurs".

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1. Ibid., pp. 364-370.

2. A.I. Antoniadis, Φίλιππος ο Μακεδών, δράμα, ποιηθέν μεν υπό -, καθηγητού εν Πειραιεί, βραβευθέν δε κατά τον ποιητικόν διαγωνισμόν του φιλογενούς κυρίου Βουτσινά τη 9 Μαΐου 1865, Athènes 1866, p. [5].

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    22. Moullas, Concours poetiques

    conscience de la nation hellénique, et non à des sources étrangères". Mais l'accessit de Paraschos était déclaré "le premier"1.

    En fin de compte, le jury de 1863 faisait preuve de souplesse tactique. Car, condamner le byronisme "étranger" au nom d'une poésie "hellénique" était une chose; rompre définitivement avec la nouvelle génération romantique en était une autre. Si les juges entendaient toujours imposer leurs vues sur la poésie néo-hellénique, ils étaient loin de vouloir paraître comme des censeurs intolérants et sectaires. Par ailleurs, les concours avaient besoin d'élargir leur audience. Ils n'auraient rien à gagner s'ils s'aliénaient les poètes contestataires, au moment précisément où ils devaient les attirer et, en quelque sorte, les apprivoiser.

    Dans ces conditions, critiqué et récompensé par le jury de 1863, Paraschos était un vainqueur et un vaincu à la fois. Au demeurant, il n'inspirait pas d'antipathie aux juges; il s'était soumis à l'autorité universitaire et il avait sollicité le prix humblement2. Du reste, naïf et débonnaire, s'il aimait attaquer les régimes dans ses vers, il n'avait aucun goût ni pour les polémiques personnelles ni pour les chicanes en prose. Même Vernardakis, d'ordinaire si rancunier et vindicatif, ne semblait pas lui en vouloir: il critiquait vivement le poème Ο Άγνωστος, mais il réservait à son auteur, "doué de génie poétique", suffisamment d'indulgence et d'estime - une indulgence et une estime non exemptes toutefois de condescendance et d'ironie.

    3. 1864: Le concours annulé

    Ainsi, engagés de plus en plus dans la voie classique depuis leur nouveau départ, les concours semblaient avoir le vent en poupe et

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    1. Jugement de 1863, p. 115. Sur la participation de A. Paraschos au concours de 1863, voir Pal. A., t. VIII, p. 420, et Gr. Xénopoulos, Οι Παράσχοι, Athènes 1916, p. 29. - Ο Άγνωστος, sous le titre Ο Άγνωστος ποιητής (1863), est publié dans A. Paraschos, Ποιήματα, t. I, Athènes 1881, pp. 7-44. Le poème Εγερτήριον (1860), publié Ibid., t. II, pp. 145-151, ne doit pas être confondu avec un autre poème du même titre, daté également de 1860, que l'on trouve Ibid., pp. 96-102.

    2. Le journal Ευνομία, 7 mai 1863, nous apprend que, dans une lettre adressée au jury -Vernardakis (Jugement de 1863, p. 113) y fait une allusion - Paraschos avouait les imperfections de son poème, les attribuait au manque de temps et s'en excusait. Selon le même journal, les défauts de Φειδίας και Περικλής étaient dus à la même raison, Vlachos ayant pris très tardivement la décision de se présenter au concours.