Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
Το Βιβλίο σε PDF:Κατέβασμα αρχείου 16.82 Mb
 
Εμφανείς σελίδες: 202-221 από: 490
-20
Τρέχουσα Σελίδα:
+20
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/202.gif&w=600&h=915 22. Moullas, Concours poetiques

complot et empêché les «hétérochtones» de s'approprier les 2.000 drachmes de l'«honnête fondateur»1.

Les événements de 1864 ouvrent, sans doute, dans l'histoire des concours une parenthèse lourde de sens. Jamais les antipathies et les controverses entre professeurs, connues depuis longtemps2 mais soigneusement dissimulées, n'avaient éclaté au grand jour avec une force aussi brutale. Jamais les concours poétiques n'avaient été entraînés dans un conflit aussi prosaïque, qui faisait des 1.000 drachmes la principale, sinon la seule, pomme de discorde. Deux anciens concurrents hargneux, Orphanidis et Vernardakis, devenus membres du même jury, avaient servi de détonateurs dans une crise qui, au fond, dévoilait de manière peu flatteuse l'ensemble des coulisses universitaires. Or, si l' institution fondée par Rallis et adoptée par Voutsinas devait survivre — et toutes les conditions pour cela étaient réunies — sa réorganisation semblait urgente et nécessaire. Mais, tout d'abord, il fallait relever le prestige du jury et faire oublier le scandale; par conséquent, les personnes directement impliquées dans les «tristes événements» de 1864 n'avaient plus de place aux concours — tout au moins, dans un proche avenir.

4. 1865 : L'heure du drame

En effet, aucun des professeurs compromis dans la querelle de 1864, ne faisait, l'année suivante, partie du jury, qui était composé de 4 membres: H. Mitsopoulos (président), A. S. Roussopoulos (rapporteur), St. Coumanoudis et Th. Aphentoulis. Un besoin de renouveau était manifeste; les circonstances s'y prêtaient. Voutsinas redoublait de zèle: désireux de voir célébrer le rattachement de l'Heptanèse à la Grèce, il offrait, exceptionnellement pour l'année 1865, 1.000 drachmes supplémentaires, destinées au couronnement d'un poème écrit en langue populaire et notamment heptanésienne; «mais aucun poème pareil ne fut envoyé au concours»3. D'autre part, il était normal que la mise en place du nouveau régime créât un certain esprit d'innovation, ne fût-ce que superficiel; aussi quelques lacunes quant au fonctionnement

————————————

1. Ibid., pp. ta' sq.

2. Lorsque, en 1858, G. Tertsétis (Ο θρίαμβος του ποιητικού διαγωνισμού) présentait les juges en train de se battre, il n'ignorait certainement pas les querelles des factions universitaires.

3. R.R. de 1865, p. 27.

Σελ. 202
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/203.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

du concours ont-elles été comblées, ainsi que nous l'avons vu, par des mesures administratives précises1.

Ceci dit, aucun changement de fond n'était à faire ou à envisager. Bien partis, les concours pouvaient poursuivre leur route selon le chemin tracé. Après l'accident momentané de 1864, tout continuait comme avant. La cérémonie du 9 mai 1865 était une cérémonie comme les autres.

Bien entendu, ce n'est pas le rapporteur A. S. Roussopoulos (1823-1898) qui pouvait lui offrir des signes d'originalité. Personnage amorphe, presque inconsistant, il s'acquittait de sa tâche en recourant, le plus souvent, aux lieux communs habituels: éloge des concours, références constantes à l'Antiquité, conseils donnés aux jeunes concurrents d'accepter le verdict du jury sans protestations et de subir les épreuves «à l'instar des adolescents Spartiates»2. Son moralisme, excité par les cris anti-religieux des poètes romantiques, était aussi monotone qu'ennuyeux. La seule hardiesse de Roussopoulos consistait à parsemer son rapport de nouveautés orthographiques plus ou moins fantaisistes: par exemple, ίνε, τώρα, au lieu de είναι, τώρα. Du reste, le néo-classicisme universitaire lui montrait la voie à suivre. Le rapporteur de 1865 ne pouvait et ne voulait pas innover.

Les 15 poèmes envoyés au concours étaient répartis en trois catégories: 5 lyriques, 7 épico-lyriques et 3 dramatiques. Nous présentons ci-dessous, comme à l'ordinaire, un résumé du Jugement de 1865 suivi de notre commentaire. Voici, d'abord, les 5 poèmes lyriques:

1) Στίχοι, : recueil de 9 petites poésies diverses, dont le bon goût et la grâce sont indiscutables. La versification, aisée et correcte, «ne semble pas dépourvue d'une certaine affectation». L'auteur manie habilement la langue savante — l'usage de quelques mots anciens et incompréhensibles est inscrit toutefois à son passif — et évite, en général, les fautes de grammaire et d'orthographe, sinon les germanismes ou quelques formules syntaxiques compliquées. Mais son principal défaut réside dans l'absence de sentiment: «son insensibilité consiste en ceci, qu'aucun sentiment noble et supérieur ne s'est encore implanté dans son âme; ni amour, ni patrie, ni religion, ni vérité, ni joie, ni tristesse..., mais une frivolité..., une indifférence générale et une certaine ironie se dégage de toute sa poésie. Si de telles caractéristiques ne relèvent pas d'une instabilité juvénile, elles sont certainement dues

————————————

1. Voir, ici pp. 45-46

2. Jugement de 1865, Χρυσαλλίς 3 (1865) 306-307.

Σελ. 203
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/204.gif&w=600&h=915 22. Moullas, Concours poetiques

à la lecture de livres sceptiques ou à l'imitation du célèbre poète allemand Heine. Seulement, nous croyons que la dose poétique de ce dernier fut ici par trop débordante». Sont cités les poèmes Η τροπή, Εις νέαν κόρην, Η αναισθησία μου1.

Il s'agissait de la quatrième participation d'Ange Vlachos aux concours depuis 1857. Στίχοι venaient cristalliser la présence de Heine dans l'œuvre du jeune poète de façon concrète2. C'était une réaction compréhensible; Irénée Assopios et la revue Χρυσαλλίς partageaient le même engouement pour le poète allemand. Face à la montée irrésistible du romantisme, la recherche d'alliés, capables de lui barrer la route, devenait plus nécessaire que jamais. Car, Heine était principalement lu comme un anti-romantique3; il avait toujours à opposer son ironie au débordement du sentiment et son impassibilité, voire sa résignation, à la révolte désespérée. Ainsi, un certain esprit conservateur qui, devant l'«anarchie» romantique, s'appuyait naguère principalement sur l'exemple des auteurs grecs anciens, pouvait maintenant se moderniser et chercher ses maîtres à penser directement dans la littérature contemporaine. Vlachos passait de Φειδίας και Περικλής à Στίχοι et donnait l'impression d'une évolution rapide. Mais le nouveau n'était, en partie, qu'un replâtrage de l'ancien: à travers une versification leste et badine, le néo-classicisme phanariote l'emportait souvent sur la voix de Heine:

Όταν σ' εκάλει

θερμή αγκάλη

και είς παλμός,

αδιαφόρει

σου, νέα κόρη,

ο οφθαλμός.

A.R. Rangabé aurait été, probablement, plus indulgent à l'égard

————————————

1. Ibid., pp. 307-310.

2. Sur la présence de Heine en Grèce et, plus spécialement, dans l'œuvre de Vlachos, voir C. Th. Dimaras, «Η δεξίωση του Heine στον χώρο της ελληνικής παιδείας» (brochure: «Heinrich Heine», s.d., éditée en grec par l'Institut allemand Goethe d'Athènes).

3. Il est caractéristique que, dans une longue étude qu'il consacrait au poète allemand dès le premier numéro de sa revue, Irénée Assopios présentait Heine comme un auteur qui «porta un coup mortel au romantisme allemand au nom de la plastique grecque» et qui «rechercha partout les traces et les contours de la beauté ancienne et divine»: Χρυσαλλίς 1 (1863) 131.

Σελ. 204
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/205.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

de Vlachos et aurait apprécié, sans doute, l'«affectation» de ses rimes. Mais le jury de 1865 avait, en fait, détourné son attention de la poésie lyrique, non seulement parce qu'elle était dominée, en général, par le romantisme, mais aussi parce qu'une ouverture vers le drame s'imposait déjà par la force des choses. Or, Στίχοι n'obtenait qu'un accessit; il était présenté au concours à un moment inopportun pour remporter le prix.

Vlachos n'allait pas tarder à réagir. Publiant bientôt ses poésies dans Πανδώρα, il les accompagnait d'une petite préface (29 mai 1865) qui exprimait contre le jury une rancune difficilement dissimulée derrière une ironie hautaine. Les reproches de Roussopoulos y étaient réfutés avec arrogance: Vlachos feignait de ne pas comprendre «quel est le rapport entre patriotisme et poèmes d'amour» et «(il) souriait, tout simplement», lorsque on l'accusait d'insensibilité. D'autre part, il se déclarait heureux, si Στίχοι, ressemblait en effet aux vers de Heine1.

2) Εικόνες : recueil de 7 poèmes caractérisés, contrairement à Στίχοι, par «une tristesse allant jusqu'au désespoir et au blasphème». La langue, non exempte de mots anciens et vulgaires, est irrégulière, ainsi que la versification, dont la monotonie devient fatigante. Mais l'auteur, en dépit de ses défauts fondamentaux et, notamment, de son ton blasphématoire, est un poète de talent et qui «émeut parfois le lecteur jusqu'aux larmes». La quatrième Εικών est citée et commentée2.

C'était la première œuvre envoyée aux concours par Spiridion Vassiliadis. Elle allait être publiée anonymement, un an plus tard, avec un autre recueil de poèmes, Κύματα, et une préface datée du 20 octobre 1865. Sans se référer explicitement au rapport de Roussopoulos, Vassiliadis proclamait avec fougue sa profession de foi romantique: la véritable poésie lui paraissait «fière, majestueuse, cosmopolite»; le véritable poète «délirant» (έκφρων) et étranger à tout ce qui était «calme, régulier, ordonné, banal, convenable, probable»3. Au demeurant, obsédé par l'idée de Dieu à qui il dédiait ses Εικόνες, le poète de 20 ans

————————————

1. Πανδώρα 16 (1865-66) 145.

2. Jugement de 1865, pp. 310-312.

3. Εικόνες και Κύματα, ποιήσεις υπό*** Athènes 1866, p. δ΄. La sixième Εικών est reproduite, sous le pseudonyme Orion, dans Rapt. Par»., pp. 711-713. Les œuvres complètes du poète ne contiennent que les Εικόνες Ι, VI et VII: Αττικαί Νύκτες, t. II, Athènes 1875, pp. 287-307. Sur la participation de Vassiliadis au concours de 1865, les renseignements fournis par P. Matarangas (Mat. Parn., p. 458), Sp. De Biazi «Σπυρίδων Βασιλειάδης» Ποιητικός Ανθών 2, 1887, 528) et Ch. Anninos (Βασιλειάδης, Παπαρρηγόπουλος και οι περί αυτούς, Athènes 1916, p. 23) sont inexacts.

Σελ. 205
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/206.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

passait du blasphème à l'accablement provoqué par la décadence de la Grèce contemporaine:

Πού σήμερον οι Σοφοκλείς, οι Πίνδαροι πού είναι;

Πού είναι Θήβαι, Κόρινθος; Πού είναι αι Μυκήναι;

Παρήλθον, εις τας πτέρυγας παρήλθον των αιώνων,

κ' ηχώ οικτρά εμείναμεν κλεινών ημείς προγόνων,

Αισχύλους αντηχούντες,

σκιαί γιγάντων, πίθηκοι εκείνους παρωδούντες!

et sombrait dans le pessimisme le plus conventionnel:

Μόνον θεόν ανέκφραστον του κάτω τούτου κόσμου

θεον βλέπει τον θάνατον ο κλαίων οφθαλμός μου,

Φρικτός εδώ παρίσταται του σύμπαντος δεσπότης

και είναι τούτου άθυρμα η σύμπασα ανθρωπότης.

3) Ία : recueil de 14 poèmes qui, malgré leurs qualités (langue régulière, sentiment vrai), sont inadmissibles au concours en raison de leur contenu. Le jeune poète se livre "sans vergogne" à des descriptions érotiques auxquelles il ajoute des images blasphématoires. "Il devait tremper ses Ία dans la couleur de la pudeur, avant de les envoyer ici". Sont cités les poèmes Οπτασία, Άλλοτε (trois strophes), Αδελαΐς, Άσμα1.

Cléon Rangabé, auteur de ce recueil, combinait parfois les lieux communs romantiques avec une leste versification phanariote:

εις του τάφου τους μυχούς

δεν αισθάνεται ο χους·

μόνον ούτος δυστυχούς

παύει την οδύνην!

pour retrouver souvent un climat de volupté quasi baudelairien:

με φωσφορούντας οφθαλμούς, με κόμην λελυμένην

θεάν ωμοίαζε τρυφής και λάγνον υββαλίδα·

αν τότε τις την έβλεπεν ασέμνως γυμνουμένην

και παραφόρως εις τρυφής πελάγη ριπτουμένην,

δι' έν της βλέμμα της Εδέμ επώλει την ελπίδα.

Mais le ton dominant était ici, ainsi que chez Vassiliadis, celui d'un

————————————

1. Jugement de 1865, pp. 321-324.

Σελ. 206
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/207.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

pessimisme sombre et véhément. Le désespoir amenait à la révolte: à travers le blasphème et l'érotisme, la volonté de transgresser les tabous prenait le caractère d'une provocation verbale1.

4) Δύσελπις - Εύελπις : 40 petits poèmes qui constituent, selon l'auteur, un chant. Ce sont des réflexions philosophiques, notamment sur la morale. Le rapporteur, impuissant à saisir "toute la pensée" du poète, se borne à citer, sans commentaires, certains passages2.

Il s'agissait de l'œuvre de Phémius Harold Euclide (Ph. A. Iconomidis), déjà mentionnée à propos du concours annulé de 186l3. L'auteur se montrait très satisfait de lui-même et de ses propres poésies:

αν δ' άπελπις ενίοτε μέχρι βαθμού εσχάτου,

οργίζεται και βλασφημεί υπ' άλγους ανιάτου,

πλην πόση άμα αίσθησις και ποίησις βαθεία

εν τη μελαγχολία του! εν τη απελπισία!

5) Στόνοι : recueil de 17 poèmes, œuvre de l'auteur précédent. Celui-ci "pleure sur toutes les choses, avec un sentiment profond et dans une langue savante et régulière". Malgré ses qualités (piété, patriotisme, culture, etc.), il fait montre d'un égoïsme exorbitant et, dévoré par ses ambitions, il va jusqu'à mendier la couronne du concours de façon indigne. Sont cités les poèmes : Εις την απόλυτον αλήθειαν, Τι το παν κατ' εμήν γνώμην, Ο ποιητής χαλκεύς, Το δαφνηφορείν4.

A la deuxième catégorie appartenaient 7 poèmes épico-lyriques. Mais Roussopoulos ne parlait que des deux premiers, se bornant à citer les autres comme titres.

6) Η Λυδία, Πόθος, Εις ποταμόν : trois poèmes du même auteur. Le premier est "une œuvre médiocre, comme celles écrites d'ordinaire par les jeunes gens". Le second, en langue démotique, est meilleur, mais non exempt de défauts (répétitions, usage de mots non purement

————————————

1. Les poèmes du recueil Ία, reproduits en partie (Οπτασία, Αδελαΐίς, Άλλοτε, Τη Λυδία) dans Rapt. Parn., pp. 688-694, sont incorporés, après une sélection et un remaniement plus ou moins poussé, dans Cléon Rangabé, Άλγη (1893).

2. Jugement de 1865, pp. 324-325.

3. Voir ici p. 162, note 1.

4. Jugement de 1865, pp. 325-326. Certains poèmes appartenant au recueil Στόνοι sont publiés dans Ph. A. Iconomidis, Βαΐων φύλλα, διάφορα ποιήματα, Athènes 1894, pp. 6-7 et 35. Il est à noter que D. Cambouroglou, trompé par le titre et, peut-être, par le caractère philosophique de ce recueil, mentionne parmi les concurrents de 1865 D. Paparrigopoulos: Camb. A., p. 803.

Σελ. 207
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/208.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

populaires). Le troisième, en langue démotique aussi, est cité en entier comme "davantage réussi"; mais, là non plus, l'auteur ne reste pas toujours fidèle à la langue des chants populaires1.

Il s'agissait de trois poèmes de A. Paraschos2. Long récit romantique en langue savante, Η Λυδία était une œuvre, en quelque sorte, complémentaire de Ο άγνωστος. L'héroïne connaissait les chagrins d'amour, tentait de se suicider, s'enfermait dans un couvent, changeait de nom et mourait dans le malheur: aucun détail d'une mise en scène conventionnelle n'était ici ignoré. Dans ses deux autres poèmes lyriques, écrits en langue populaire, Paraschos non seulement retrouvait sa sensiblerie habituelle:

Ήθελα του πατέρα μου ν' ανοίξω το μνημείο,

να σκάψω με τα χέρια μου, να βγάλω το φορείο,

να ιδώ πώς μου τον έκαμαν τόσον καιρό εκεί πέρα

η νύχτα και τα χώματα το γέρο μου πατέρα!

Σφιχτά, σφιχτά ν' αγκαλιασθώ το σώμα του το κρύο

στήθος με στήθος, κεφαλή με κεφαλή κ' οι δύο.

mais aussi s'efforçait d'imiter les chants populaires:

Ποτάμι ταξιδιάρικο, ποτάμι αγαπημένο,

μυριολογώντας πού μου πας να βυθισθής καϋμένο;

7) Σαπφώ και Φάων : poème de 904 vers répartis en strophes, œuvre d'un adolescent. Son défaut principal: l'usage de mots anciens. "Mais l'archaïsme a pris chez nous les dimensions d'une épidémie, et nous ne savons pas si quelqu'un a pu l'éviter..." Malgré tout, le poème en question est le meilleur de tous les poèmes épico-lyriques3.

Cet adolescent qui, à 14 ans, participait aux concours pour la première fois, n'était autre que Jean Cambouroglou (1851-1903). Quelques années plus tard, lors d'une conférence sur Sappho à la Société 

————————————

1. Jugement de 1865, pp. 327-328.

2. Η Λυδία (1863) est publié (en trois chants) dans Χρυσαλλίς 3 (1865) 671-675, et (en six chants) dans A. Paraschos, Ποιήματα, t. I., pp. 131-160. Le poème Πόθος (1862), publié dans Χρυσαλλίς 3 (1865) 499, figure, ainsi que le poème Εις ποταμόν (1863), dans les principales anthologies de l'époque: Rapt. Parn., pp. 603 et 608-609, Pap. NP., pp. 198-199, Mat. Parn., pp. 935-936 et 943-944 [=A. Paraschos, Ποιήματα, t. II, pp. 357-358, et t. III, pp. 119-120].

3. Jugement de 1865, pp. 328-329; cf. p. 327.

Σελ. 208
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/209.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

Littéraire Παρνασσός, il aurait l'occasion de présenter de larges extraits de son poème, sans toutefois s'en attribuer formellement la paternité1. Le jeune J. Cambouroglou sacrifiait sans doute au néo-classicisme archaïsant de son époque:

Αψόφητ' ηνεώχθησαν της ουρανίου χώρας

αι πύλαι, όπως διαβή το άστρον της ημέρας.

Mais, en même temps, les amours passionnées de Sappho et de Phaon donnaient à son poème un caractère essentiellement romantique:

Έρως σιγών είν' όνειρον απράγμονος καρδίας,

είν' η σιγή ο θάνατος κ' είνε ζωή ο έρως.

Ω φίλη μου, ας ζήσωμεν· ομίλει ελευθέρως

και λάλει, μοι ως άλλοτε μετά περιπαθείας.

8) Σοφία

9) Ο πρώτος άνθρωπος

10) Πίστις, πατρίς, έρως

11) Εξομολόγησις

12) Un poème sans titre.

Enfin, les trois drames, dont la présence simultanée au concours surprenait agréablement le rapporteur comme un fait unique, étaient les suivants:

13) Οινώνη : tragédie classique (chœur, dialogues, absence d'actes et de scènes), composée de 925 vers iambiques et anapestiques sans rime. Le bon goût ne manque pas. Mais les défauts sont très nombreux: caractères incomplets, économie et versification défectueuses, archaïsmes, vocabulaire pauvre. Par ailleurs, l'auteur n'épuise pas toutes les sources concernant le sujet de son œuvre, la guerre de Troie2.

14) Φίλιππος ο Μακεδών : drame historique en 4 actes (environ 1660 vers sans rime). Son intrigue, l'assassinat du roi de Macédoine Philippe II, est longuement exposée par le rapporteur, passages à l' appui; une scène est qualifiée de "shakespearienne". En général,

————————————

1. Παρθενών 2 (1872-73) 824-833 et 865-877. -Sur Jean Cambouroglou, voir: Sp. De Biazi, "Ιωάννης Καμπούρογλου", Ποιητικός Ανθών 1 (1886) 62-64; Νέα Ελλάς 1 (1894) 311-313; Skokos, Ημερολόγιον 25 (1910) 23; ΜΕΕ 13 (1930) 663. Sp. De Biazi (Ibid., p. 63), suivi par les autres biographes, ne situe les premières œuvres poétiques de J. Gambouroglou qu'après 1867.

2. Jugement de 1865, pp. 330-332.

Σελ. 209
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/210.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

"l'œuvre du poète, dans son ensemble, est jugée louable pour ses nombreuses qualités de composition, pour sa richesse d'idées, pour la force et la variété du style, ainsi que pour le choix d'un sujet correspondant, en grande partie, aux vœux actuels de la nation hellénique..." Cependant, dans les détails les défauts abondent: violation de la vérité historique, nouveautés "conformes au goût du public d'aujourd'hui", langue et versification parfois négligées1.

Oeuvre d'Antoine I. Antoniadis, ce drame qui allait être couronné comme "le meilleur poème relativement", constitue, dans l'histoire des concours, un événement: nous avons là la première œuvre dramatique qui a remporté le prix, imposant ainsi un auteur qui, par ses couronnements fréquents dans l'avenir, deviendra le poète des concours par excellence. En effet, Antoniadis est l'exemple typique du bon élève de l'institution poétique. Dès ses débuts, il sait se plier aux normes universitaires sur tous les points: "Traitant un sujet hellénique et étant porté sur un art poétique national plutôt qu' étranger, je me suis servi d'une poésie et d'une versification helléniques. Exprimant mes battements de cœur que j'ai ressentis plus fort grâce à non séjour dans une terre asservie [la Crète], j'ai évité le romantisme qui a submergé notre Hélicon moderne. C'est le public qui jugera si, en empruntant ce chemin, je ne me suis pas égaré dans les fades froideurs des archaïsants"2. Ce passage suffit à démontrer dans quelle mesure Antoniadis avait assimilé l'enseignement de la critique universitaire dans ses options fondamentales: refus du romantisme "étranger" et de l'archaïsme excessif, acceptation du classicisme "national" et modéré, mise en valeur de la poésie patriotique, etc.

15) Ιουλιανός ο Παραβάτης : drame historique en cinq actes, "écrit à la manière de Shakespeare", sans unité de temps et de lieu. S'il s' impose, à première vue, par son volume et par l'enthousiasme de sa polémique, il a un défaut capital: la haine contre le christianisme. Admirateur de la Grèce antique et ennemi de Byzance, l'auteur a trouvé en Julien l'Apostat un maître à penser et un porte-parole de ses propres idées. Dans ces conditions, quelles que soient ses qualités littéraires, il n'a rien à attendre de la part du jury: "nous l'expulsons hors des portes de la ville, dans l'espoir qu'il donnera des fruits meilleurs".

————————————

1. Ibid., pp. 364-370.

2. A.I. Antoniadis, Φίλιππος ο Μακεδών, δράμα, ποιηθέν μεν υπό -, καθηγητού εν Πειραιεί, βραβευθέν δε κατά τον ποιητικόν διαγωνισμόν του φιλογενούς κυρίου Βουτσινά τη 9 Μαΐου 1865, Athènes 1866, p. [5].

Σελ. 210
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/211.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

Or, le prix du concours revient à l'auteur de Φίλιππος ο Μακεδών, celui de Στίχοι méritant l'accessit "pour sa langue et sa versification excellentes et combinées avec une grâce peu commune"1.

Ce verdict était pour le moins compréhensible : Ιουλιανός ο Παραβάτης, œuvre incendiaire de Cléon Rangabé, n'avait pas droit de cité dans une république où l'unité helléno-chrétienne, qui avait toujours besoin de consolidation, supportait mal les actes de sabotage. Or il serait absurde de penser que le jury de 1865 aurait pu réagir différemment, au moment où la lutte anti-romantique prenait notamment l'aspect d'une défense de la religion contre le blasphème et l'athéisme.

En fait, Cléon Rangabé lançait en 1865 un double défi: ses positions émotives (Ία), conceptualisées dans un drame historique volumineux, plaçaient finalement la polémique antichrétienne aussi bien sur le plan du sentiment que sur celui des idées. Mais c'était surtout Ιουλιανός ο Παραβάτης qui constituait le vrai danger. Douze ans plus tard, ce danger s'avérait réel: publié en 1877 avec une longue Introduction, le drame de C. Rangabé allait faire l'effet d'une bombe à retardement. Pour l'instant, en 1865, bien que connu seulement par le rapport de Roussopoulos, il ne manquait pas de "scandaliser les juges et les auditeurs"2. Sophocle Carydis, toujours opposant, trouvait l'occasion de fustiger, une fois de plus, les pieux professeurs:

Η Μούσα θέλουσι λοιπόν να ην' εις μοναστήρι,

κι' όταν εξέλθη, να κρατή σταυρόν και αγιαστήρι...3

Une chose est certaine: en 1865, les controverses idéologiques au sein des concours étaient plus vivaces que jamais. Au moment où des poètes tels que Antoniadis et Vlachos s'accommodaient d'un classicisme conservateur et respectueux des valeurs établies, la révolte romantique (C. Rangabé, Vassiliadis, Paraschos) prenait de plus en plus l'aspect d'une provocation. La religion devenait déjà une cible privilégiée; le malaise romantique n'avait pas de mal à se transformer en blasphème. Si ce blasphème, produit brut d'une émotivité exempte de sens critique, constituait un acte d'anticonformisme certain et qui sabotait l'unité helléno-chrétienne de façon spectaculaire, il se manifestait néanmoins à un moment historique précis, où l'influence grandissante de

————————————

1. Jugement de 1865, pp. 402-103.

2. Camb. A., p.803.

3. Φως, 14 mai 1865.

Σελ. 211
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/212.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

l'esprit religieux ne manquait pas de produire, en dehors du domaine de la poésie, des réactions plus rationnelles. Les derniers représentants des Lumières en Grèce, eux aussi, devaient résister pendant longtemps, et de façon plus ou moins discrète avant d'être battus par une religiosité triomphante, combinée avec l'archaïsme1. E. Roïdis (Η πάπισσα Ιωάννα, 1866) transposerait son scepticisme dans le roman historique, mais il s'opposerait, en même temps, à un romantisme irrationnel qui ne pouvait pas lui servir d'allié. Car, dans la mesure où la révolte romantique, fondée sur le sentiment, était incapable de rationaliser ses objectifs et de revêtir un caractère véritablement critique, elle ne faisait que s'enliser de plus en plus dans le verbiage, la surenchère, l'absurdité et l'utopie. On combattait le christianisme en valorisant l'antiquité païenne; on brandissait l'archaïsme comme une arme contre la religion.

De ce point de vue, Cléon Rangabé nous offre un exemple caractéristique si nous voulons, en ouvrant ici une parenthèse, suivre la fortune de son drame quelques années plus tard. Certes, en juin 1876, au moment où il rédigeait son Introduction à Ιουλιανός ο Παραβάτης, beaucoup de choses avaient changé en Grèce. Le romantisme athénien et les concours poétiques mouraient lentement, après avoir rempli leur mission; la langue populaire gagnait du terrain; les signes d'une évolution rapide se multipliaient; le retour au réel allait de pair avec un positivisme qui accordait à la science une place prépondérante. Mais l'archaïsme, réaction à l'esprit religieux et à la montée du «vulgarisme» à la fois, ne manquerait pas de surgir à nouveau de façon spectaculaire au moment où ses ennemis renforçaient leurs positions: le professeur C. Contos (Γλωσσικαί παρατηρήσεις, 1882) deviendrait le champion d'un nouvel atticisme.

Dans un tel climat, Cléon Rangabé donnait, tout d'abord, à son athéisme les apparences d'un exposé scientifique. La Bible, prétendait-il, était un ensemble de mythes créés par «la mythologie hébraïque». «Pour nous, les brouillards épais ont été dispersés grâce aux sciences et à l'histoire»2. Quant à la poésie néo-hellénique, elle n'avait à présenter rien de viable depuis la génération des frères Soutsos, étant

————————————

1. Cette religiosité apparaît en plein essor dans les réactions provoquées en Grèce par la Vie de Jésus d'Ernest Renan: le roman-réponse Η Χαριτίνη (1864) de P. Soutsos n'en est pas le seul exemple.

2. Cléon R. Rangabé, Ιουλιανός ο Παραβάτης, ποίημα δραματικόν εις μέρη πέντε υπό— Γενικού προξένου της Ελλάδος εν Ρωμανία, Athènes 1877, p. κ'.

Σελ. 212
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/213.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

donné que la plupart des poètes "écrivent dans la langue parlée et, de ce fait, produisent des œuvres mort-nées et qui, en vingt ans, seront aussi inconnues que celles de St. Canellos, de Jean Vilaras et de C. Cokkinakis..."1. La seule solution était donc le retour au grec ancien. «Nous avançons vers le grec ancien, nous épurons et ennoblissons notre langue divine qui fut détruite par les siècles de la servitude et par l'ignorance; nous arriverons ainsi un jour à quelque chose d'intermédiaire entre le dialecte attique et l'esprit analytique moderne...»2 Pour ce faire, il fallait réintroduire l'infinitif disparu et respecter toutes les formes grammaticales du grec ancien. Enfin, l'auteur de Ιουλιανός ο Παραβάτης reproduisait le passage du Jugement de 1865 qui concernait son drame, sans oublier d'ironiser sur l'orthographe de Roussopoulos3.

C'était ainsi que le manifeste archaïsant (1853) de P. Soutsos trouvait, au bout d'un quart de siècle, en Cléon Rangabé un adepte plein de ferveur. Enfermé dans son individualisme hautain, ce phanariote épris de purisme et de noblesse poussait, au nom de la science et de l'histoire, sa problématique jusqu'à l'utopie la plus anachronique. Au fond, il ne faisait qu'apporter aux vrais problèmes (langue, religion) de fausses réponses; il cherchait aussi le scandale, pour "épater le bourgeois". Le 26 octobre 1877, Roïdis écrivait à Valaoritis: "Avez-vous lu ce livre qui, en plein dix-neuvième siècle, se propose de démontrer que les miracles de Moïse sont contestables? Son auteur, si hostile aux miracles, essaie pourtant d'en faire quelques-uns, en ressuscitant - et cela dans un dialogue dramatique - l'infinitif, le futur monolectique et autres cadavres malodorants du même genre. Je ne peux comprendre comment un jeune homme aussi intelligent a eu l'idée de devenir le Don Quichotte de l'infinitif. Ce livre, heureusement, semble être le chant de cygne du pédantisme mourant"4.

Mais le livre de Rangabé devait faire du bruit par son contenu

————————————

1. Ibid., p. κθ'. St. Canellos (1792-1823) et C. Cokkinakis (1781-1831), amis et collaborateurs à la revue Ερμής ο Λόγιος (1811-1821), appartiennent, plus ou moins, à l'ambiance de Coray; ils sont des auteurs de chants guerriers. Le vulgariste Jean Vilaras (1771-1823), un des précurseurs de Solomos, occupe dans la poésie néo-hellénique une place qui rend complètement absurde le jugement de C. Rangabé.

2. Ibid., p. λ'.

3. Ibid., pp. λε'-λη'.

4. A. Valaoritis, Βίος και έργα, t. I, Athènes 1907, p. 236. L'archaïsme de Cléon Rangabé est pertinemment critiqué par J. Polylas dans Η φιλολογική μας γλώσσα, op. cit., pp. 39-46.

Σελ. 213
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/214.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

plutôt que par sa forme. En effet, cette attaque brutale contre le christianisme, lancée par un diplomate qui n'était pas le premier venu, constituait un scandale peu ordinaire. Or les protestations ne se firent pas attendre. Dans les journaux, l'indignation contre le fils athée fut souvent suscitée par d'anciennes rancunes contre le père prudent. En général, le refus de l'athéisme l'emporta sur celui de l'archaïsme. Dans une conférence sur Julien l'Apostat à la Société Littéraire Παρνασσός (30 décembre 1877), le livre de Cléon Ranagabé fut la principale cible1. Un député alla jusqu'à proposer que le blasphémateur fût expulsé du Parlement, mais celui-ci, repenti, s'empressa d'enlever de son drame les commentaires incriminés2. Un étudiant en théologie ne manqua pas de publier une longue "réfutation scientifique"3. En 1893, A. Papadiamandis gardait encore rancune contre Cléon Rangabé et stigmatisait son Introduction scandaleuse4.

Mais revenons au concours de 1865. Trois drames envoyés à la fois ne constituaient certes pas un fait unique - Roussopoulos s'y trompait, faute d'archives - mais le jury ne pouvait pas ignorer plus longtemps un genre littéraire régulièrement présent aux concours depuis 1854. L'heure du théâtre était arrivée. Antoniadis, dramaturge couronné, obtenait enfin ce que Vernardakis n'avait jamais obtenu. Et ce n'était pas un effet du hasard.

En fait, les circonstances favorisaient de plus en plus une orientation vers l'art dramatique. Au moment où le néo-classicisme valorisait la tragédie ancienne et où le nouveau régime mis en place faisait montre d'un esprit novateur, l'occasion était unique de prêter attention au théâtre néo-hellénique en retard: il s'agissait de réorganiser la vie du spectacle aussi bien que de promouvoir une production nationale susceptible de concurrencer les représentations des troupes étrangères. Depuis longtemps, les griefs de Vernardakis et d'une partie de la presse athénienne à propos de l'absence d'une scène nationale étaient accompagnés de virulentes attaques contre la domination de l'opéra italien,

————————————

1. A. Diomidis Kyriacos, "Περί Ιουλιανού του Παραβάτου", Εστία 5 (1878) 56.

2. A.R. Rangabé, Απομνημονεύματα, t. IV, Athènes 1930, pp. 230-31.

3. Nicolas Ch. Amvrazis, Ιουλιανός ο Παραβάτης εν απελπισία εκπνέων ή απάντησις εις τα υπό Κλέωνος Ραγκαβή κατά της αμωμήτου ημών πίστεως γραφέντα και επιστημονική αυτών αναίρεσις, Athènes 1878.

4. A. Papadiamandis, "Λαμπριάτικος ψάλτης", Ακρόπολις, 27 mars 1893 [=Τα άπαντα, éd. G. Valetas, t. II, Athènes 1954, p. 109].

Σελ. 214
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/215.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

corrupteur des "mœurs helléniques"1. Un événement important, le succès obtenu à Athènes par la tragédienne italienne Adélaïde Ristori (janvier 1865)2, était venu poser à nouveau le problème du théâtre grec et, en quelque sorte, précipiter sa solution. L'enthousiasme provoqué par cet événement n'avait pas tardé à donner des fruits. Un comité de théâtre (C. N. Costis, A. R. Rangabé, A. Vlachos et G. Tertsétis), nommé par le gouvernement Coumoundouros, s'occupait bientôt de constituer une troupe grecque de valeur et de préparer, pour la période 1865-1866, toute une série de représentations de pièces helléniques. C'est dans le cadre de ces représentations qu'allaient connaître un succès certain, quelques mois plus tard, la comédie de Vlachos Η κόρη του παντοπώλου (5 janvier 1866), le drame de Vernardakis Μαρία Δοξαπατρή (10 décembre 1865) et notamment sa tragédie Μερόπη (12 mars 1866).

Dans ces conditions, il était normal que le jury de 1865, de son côté, voulût encourager le théâtre national en décernant le prix à une œuvre dramatique. Mais l'actualité du drame rendait plus sensible l'absence de la comédie, et Roussopoulos déplorait le fait qu'"autant que nous nous en souvenions... aucun auteur n'a encore envoyé une pièce comique"3. Était-ce, en même temps, un effort pour dissiper la lourde atmosphère des pleurnicheries romantiques en faisant appel à un genre littéraire qui, par définition, déclenchait l'hilarité? Quoi qu'il en soit, le public et les concurrents de l'année suivante auraient leur part de rire grâce à un canular inattendu.

5. 1866 : La farce de Vlachos

Il va de soi que, dans les coulisses universitaires, les querelles

————————————

1. Irénée Assopios, chroniqueur dramatique de la revue Χρυσαλλίς sous le pseudonyme Althotas, ne manquait pas lui non plus, selon l'expression de A. Vyzantios (Χρυσαλλίς 1, 1863, 88), "de pleurer deux fois par mois sur le dénouement habituellement pitoyable des mélodrames étrangers". Dans la même revue, les rares représentations de pièces grecques - Παραμονή de A.R. Ranagabé (25 janvier 1863) ou Η άλωσις του Μεσολογγίου (30 janvier 1864)- étaient chaleureusement accueillies: Χρυσαλλίς 1 (1863) 88-90 et 2 (1864) 55-56.

2. Voir G. Mavroyannis, "Η κ. Ριστόρη και η Μήδεια του κ. Legouvé", Χρυσαλλίς 3 (1865) 52-56 et 81-83; Ε. M. Roïdis, Έργα, t. VI, Athènes 1913, pp. 79-84.

3. Jugement de 1865, p. 330. Roussopoulos se trompait une fois de plus, ignorant la comédie envoyé par G. Tertsétis en 1858. Coumanoudis, meilleur connaisseur de l'histoire des concours, allait corriger cette inexactitude l'année suivante.

Σελ. 215
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/216.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

partisanes et les luttes d'influence continuaient sans répit. Le rapport de forces changeait souvent, et la balance penchait tantôt d'un côté tantôt de l'autre. En fin de compte, il était impossible qu'une faction donnée l'emportât définitivement; elle avait toujours des pertes à subir et des concessions à faire. Un professeur, par exemple, pouvait nouer des alliances tactiques, tomber en disgrâce, disparaître du jury pendant un certain temps, réapparaître avec un prestige diminué ou renforcé. Après la crise de 1864, Vernardakis et C. Paparrigopoulos avaient disparu à jamais de la scène des concours. La plupart des juges ne connurent que des éclipses temporaires, au gré des circonstances. Chaque année, aux yeux du public athénien, un jury apparemment homogène et très souvent renouvelé rendait compte de la production poétique annuelle comme d'un budget facilement ou difficilement équilibré; on ne peut pas connaître les tractations secrètes auxquelles un tel équilibre était soumis.

En 1866, le jury universitaire, présidé par M. Venizélos, avait comme membres St. Coumanoudis (rapporteur), A. R. Rangabé et A. Roussopoulos. La cérémonie eut lieu le 8 mai, en même temps que celle d'un concours théologique1. Les poèmes jugés furent au nombre de 10. Quatre autres poèmes, arrivés après échéance, n'eurent pas le droit d'entrer en lice; un communiqué du Rectorat avait annoncé à temps leur exclusion et avait invité leurs auteurs à récupérer les manuscrits2.

Coumanoudis assumait le rôle de rapporteur pour la deuxième fois depuis 1857. En dix ans, il avait peu changé: son tempérament, solide et équilibré, ignorait les engouements ou les ruptures spectaculaires. Lucide, il voyait en 1866 comme en 1857, le romantisme se précipiter dans une impasse; il trouvait la production poétique, en général, pleine de "vains fards" et caractérisée par "la vantardise et l'emphase"; la mesure et la sagesse devenaient des qualités "de plus en plus rares chez nous, la plupart des poètes s'égarant dans le verbiage, l'incontinence et l'enflure"3. Ce qui avait changé chez Coumanoudis, était principalement

————————————

1. Voir les comptes rendus dans Πανδώρα 17 (1866-67) 103-104, et dans les journaux Η Ελπίς, 10 et 19 mai 1866, Φως 13 mai 1866.

2. Η Ελπίς, 26 avril 1866; cf. Jugement de 1866, Athènes 1866, p. 5. Les poèmes exclus étaient les suivants: 1) Μυστήριον; 2) Φλώρος και Ελένη (envoyé de nouveau au concours de 1868) ; 3) Κλεονίκη (œuvre de Jean Carassoutsas, envoyée de nouveau au concours de 1867) et 4) Τα δάκρυα του Φίλωνος, recueil lyrique de Cléanthe I. Papazoglou publié dans Χρυσαλλίς 4 (1866) 397-403.

3. Jugement de 1866, p. 48.

Σελ. 216
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/217.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

le ton, déjà plus détaché et résigné. Il semble que le polémiste de 1857, qui foudroyait avec ardeur les exagérations de l'école «étrangère, non hellénique», se fit maintenant moins d'illusions quant à la possibilité cl' extirper par des attaques verbales un mal endémique. Du reste son idéal classique était toujours vivant. Mais cet idéal brillait déjà de moins en moins; enraciné dans l'esprit universitaire et affadi par la répétition des mêmes lieux communs, il devenait de plus en plus une vision statique et routinière.

D'ailleurs, Coumanoudis avait ses propres limites. Le caractère constant et invariable de ses options n'allait pas toujours de pair avec une souplesse critique susceptible d'évolution et de renouvellement. Parfois, son insistance sur des questions déjà dépassées témoignait d'une pensée qui frisait la sclérose: c'était le cas, par exemple, lorsque, répétant inopportunément ses positions de 1857, Coumanoudis condamnait l'usage de l'hexamètre, préconisait celui de l'iambe et se livrait à des comparaisons entre les trimètres iambiques populaires et savants1. Attaché toujours à la poésie héroï-comique comme en 1851 et en 1857, il prouvait que l'auteur de Στράτις Καλοπίχειρος n'était jamais mort en lui. Défense obstinée d'une œuvre de jeunesse érigée en règle poétique absolue? Ou impasse d'un classicisme qui, face à la montée romantique, se montrait incapable de promouvoir une poésie originale et libérée de modèles?

Quoi qu'il en soit, le rapporteur de 1866 agissait dans le cadre d'une institution qui lui imposait, en grande partie, ses choix fondamentaux et ses options concrètes. Universitaire, il n'avait à penser qu'en universitaire. Il n'établissait un dialogue qu'avec ses prédécesseurs, notamment avec Roussopoulos. Là où ses collègues voyaient des similitudes entre les concours anciens et modernes, Coumanoudis voyait des différences2: il ne dépassait pas ainsi la méthode des comparaisons. L'archaïsme exagéré était également désapprouvé par lui3. Les pédanteries grammaticales des autres universitaires continuaient d'alimenter la critique du rapporteur de 1866.

Cependant, dans la mesure où la promotion d'une production dramatique nationale était à l'ordre du jour, Coumanoudis pouvait faire un pas en avant pour réhabiliter la poésie comique. C'est ainsi qu'il reprenait, développait et corrigeait les réflexions de Roussopoulos

————————————

1. Ibid., pp. 10-11 et .48-52.

2. Ibid., pp. 4-5.

3. Ibid., pp. 18-20.

Σελ. 217
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/218.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

sur l'absence de la comédie. Celle-ci, pour le rapporteur de 1866, bénéficiait de tout un ensemble de conditions favorables à son éclosion: Tout d'abord, la littérature néo-hellénique était riche en comédies (Κορακιστικά, Χάσης, Βαβυλωνία, Του Κουτρούλη ο γάμος), ainsi qu'en poèmes héroï-comiques (Ερμήλος, Κούρκας αρπαγή, Πανόραμα, Ληξούρι)1. Ensuite, le développement de la comédie n'était entravé ni par les juges universitaires, ni par le règlement de Rallis, ni par la société grecque, ni par les autorités: «Pourquoi donc les comédies sont-elles absentes des concours, et pourquoi des poèmes proches de la comédie, déjà présentés, ne sont-ils pas couronnés?».

C'était là, dans cette allusion aux «poèmes proches de la comédie», que la question posée par Coumanoudis trouvait un sens révélateur, exprimant aussi bien une surprise qu'un grief. On dirait que, au bout de 15 ans, l'auteur de Στράτις Καλοπίχειρος n'avait pas encore pardonné au jury de 1851 — et, plus exactement, à A. R. Rangabé, son ennemi et son collaborateur au jury de 1866 — de ne pas avoir couronné son poème «proche de la comédie». Au demeurant, il prétendait connaître la réponse à la question qu'il posait. S'il se gardait de formuler cette réponse, c'était qu'il ne voulait pas se trouver dans l'obligation «de discuter publiquement pendant longtemps, pendant des années entières peut-être, avec ceux qui ne seraient probablement pas d'accord avec (lui)»2. Fatigué ou vaincu, il renonçait à un combat inutile. En 1866, les circonstances ne favorisaient plus sa lutte, encore moins sa victoire. Il n'avait qu'à composer avec ses adversaires.

Voici les 10 poèmes du concours (1 épique, 3 épico-lyriques, 3 lyriques et 3 dramatiques), selon l'ordre et les appréciations principales du rapporteur:

1) Λευκωσιάς : poème qualifié par l'auteur d'épique. C'est une œuvre entièrement insignifiante.

2) Ο θάνατος τον Μεγάλου Βασιλείου : poème épico-lyrique en 565 hexamètres. L'intrigue est sans intérêt, les épisodes font défaut. L'auteur semble suivre sans réfléchir la mode poétique qui consiste «à pleurer et à plaindre le sort de tous les êtres vivants sur la terre». La versification est défectueuse; les fautes de grammaire abondent.

————————————

1. Ibid., pp. 34-35. Coumanoudis liait la tradition phanariote à celle de l'Heptanèse, alors que, en citant la comédie de A.R. Rangabé Του Κουτρούλη ο γάμος (1845), il adressait publiquement un compliment à son ennemi.

2. Ibid., p. 36.

Σελ. 218
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/219.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

3) Όλγα : poème épico-lyrique. La langue et la versification sont incorrectes. L'intrigue (suicide de deux amants) suit la mode romantique la plus morbide et macabre.

4) Η δύσερως ορφανή : poème épico-lyrique présenté au concours de 1865 sous le titre Πίστις, πατρίς, έρως. L'intrigue est fatigante et d'un lyrisme débordant. Autres défauts: idées fausses du point de vue logique, répétitions de mêmes mots. "Tout cela sent le byzantinisme!"1.

5) Ορφεύς : recueil lyrique, divisé sans raison apparente en trois chants et constituant "une monstrueuse accumulation de mots lugubres et d'emphase embrouillée". La versification est très défectueuse et la langue pleine d'archaïsmes. "Ce recueil a néanmoins deux qualités: l'absence de fautes d'orthographe et de syntaxe, ainsi que l'absence de blasphèmes".

6) Εκ των ενόντων: recueil lyrique de 40 petits poèmes en 510 vers rimés. Le titre paraît au rapporteur "modeste". La principale qualité de ce recueil est "l'élégance et, parfois, la grâce, exprimées dans un style excellent et naturel". La versification est irréprochable. Mais l'auteur ne se soucie que de la forme. "On y trouve rarement une pensée profonde ou un sentiment chaleureux. Quelquefois même le lecteur frissonne au passage d'une brise froide". Un membre du jury propose le recueil en question pour la première place. Sont cités les poèmes Τω φίλω*** et, en partie, Η προφήτις2.

Il s'agissait encore d'une œuvre d'Ange Vlachos3. Après Στίχοι (1865), l'auteur retrouvait les accents d'une poésie satirique, légère et anacréontique:

Κίρνα, Γλαύκε, κίρνα οίνον,

λήθην θέλω, λήθην πίνων!

Le souci de la perfection formelle était ici évident: Vlachos restait fidèle à lui-même. Mais sa versification élégante ne dépassait pas la "grâce" superficielle du néo-classicisme phanariote. Admirateur de la Grèce ancienne, le poète reprenait le thème romantique de la décadence contemporaine et ne cachait pas son aversion pour Byzance:

————————————

1. Ibid., pp. 15-17. Ch. Anninos (Ο Σύλλογος των Εισαγγελέων, op. cit., p. 341), citant les passages les plus ridicules des poèmes présentés aux concours, ironise sur cette œuvre, "la plus originale de toutes".

2. Ibid., pp. 22-28.

3. Elle est publiée en entier dans Πανδώρα 17 (1866-67) 155-162, et en brochure: Ange St. Vlachos, Εκ των ενόντων, ποιήσεις - βραβευθείσαι εν τω ποιητικώ διαγωνισμώ του 1866, Athènes 1866.

Σελ. 219
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/220.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

Φευ! του Κέκροπος η πόλις

ουδ' έν ίχνος έχει μόλις

του ποτέ της του κλεινού...

Και του Πλάτωνος η χώρα

δούλους τρέφει μόνον τώρα

του Ιουστινιανού!

7) Στόνοι : recueil lyrique de 14 petits poèmes. Les traits dominants de ce remarquable recueil sont "le ton élégiaque et le coloris mélancolique". Le style, d'ordinaire descriptif, est parfois puissant. Mais les défauts ne manquent pas: pessimisme et impiété, contradictions, obscurité, prolixité, économie défectueuse. Les poèmes de Στόνοι par rapport à ceux de Εκ των ενόντων "sont souvent plus profonds quant au sentiment, mais inférieurs quant à l'exactitude du style". Un membre du jury propose ce recueil pour la première place. Est cité le poème Στιγμαί μελαγχολίας1.

Il s'agissait de la première participation aux concours de Démétrios C. Paparrigopoulos (1843-1873)2. Le romantisme athénien trouvait son expression la plus complète, celle de l'abattement, du désespoir et de la frustration :

Εις μάτην επεζήτησα παντού την ευτυχίαν·

δεν εύρον ειμή στεναγμόν και πόνον και πικρίαν·

όσας καρδίας έθιξα παλμόν δεν είχον ένα,

και αίσχ' υπό την καλλονήν υπήρχον κεκρυμμένα.

D. Paparrigopoulos n'avait pas, au fond, le tempérament cyclothymique des autres poètes romantiques de sa génération; sa mélancolie, profonde et inaltérée, révélait un état pathologique plus grave et en plein accord avec une vision du monde essentiellement nihiliste:

————————————

1. Jugement de 1866, pp. 28-33.

2. Στόνοι est publié dans Πανδώρα 17 (1866-67) 123-130, et dans D. Paparrigopoulos, Ποιήσεις, Athènes 1867, pp. 3-26. Les anthologies de l'époque en reproduisent des extraits : Rapt. Parn., pp. 706-707, Mat. Parn, 406-410. - Sur les participations de D. Paparrigopoulos aux concours, voir: Mat. Parn., pp. 405-406; D. Paparrigopoulos, Pigmalione, poemetto di - Versione poetica dal greco di Agostino Garlato con un bozzeto critico e documenti inediti sulla vita e sulle opère dell' autore, Venise 1881, pp. XI sq.; Juliette Lamber, Poètes grecs contemporains, Paris 1881, p. 190; Sp. De Biazi, "Δ. Παπαρρηγόπουλος", Ποιητικός Ανθών 2 (1887) 430; Ch. Anninos, Βασιλειάδης, Παπαρρηγόπουλος, op. cit., p. 10.

Σελ. 220
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/221.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

Εις τον άνεμον μη λέγε τα δεινά σου·

δεν σ' ακούει.

Εις την άμμον μη χαράσσης τ' όνομά σου·

θα χαθή.

C'est ce nihilisme absolu, alimenté par des lectures et des réflexions philosophiques pessimistes, qui donnait aux poésies de Στόνοι, malgré leurs imperfections formelles et leur manque de clarté, un caractère d'authenticité. Le byronisme prenait ici un ton différent, plus tragique, plus morbide et plus résigné à la fois. Dans un poème de la même époque, D. Paparrigopoulos se définissait par rapport aux poètes contemporains:

Αν αγαπώ τον Βύρωνα, συγχρόνως

μισώ τους παρασίτους όσοι ζώσι

την τράπεζάν του λείχοντες· ο πόνος

σιγά ως τάφος, οι ψυχροί βοώσι.

Θα μ' είπης άτεχνον· δικαίως ΐσως·

δεν λεπτουργώ τους στίχους όπως άλλοι,

προς την βλακίαν τρέφω μέγα μίσος

και εις την ρίνην η βλακία θάλλει1.

8) Θεοδοσία : drame en trois actes. L'intrigue est développée "de façon très maladroite, pour ne pas dire puérile". Les invraisemblances abondent. Le style est banal et prosaïque, la versification défectueuse.

9) Η ωραία Ειρήνη και Μωάμεθ Β' : drame en cinq actes (2615 trimètres iambiques sans rime). C'est "une dramatisation d'intrigues de sérail". Ce drame pourtant est supérieur au précédent2.

10) Αντίνοος : tragédie en cinq actes. L'intrigue, "remplie de péripéties variées, satisfait pleinement la curiosité du spectateur et du lecteur". La même satisfaction est procurée par les passions, les caractères, l'économie, le dénouement, les dialogues, les monologues et la langue de l'œuvre. Cependant, la versification en est un peu négligée. Or, la majorité du jury considérant cette tragédie comme "un bon poème en général, mais non pas irréprochable", décerne le prix à sou auteur3.

————————————

1. D. Paparrigopoulos, Ποιήσεις, op. cit., p. 71. Il est bien possible que les derniers vers visent en particulier Ange Vlachos.

2. Jugement de 1866, pp. 37-38.

3. Ibid., pp. 39-60.

Σελ. 221
Φόρμα αναζήτησης
Αναζήτηση λέξεων και φράσεων εντός του βιβλίου: Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
Αποτελέσματα αναζήτησης
    Ψηφιοποιημένα βιβλία
    Σελίδα: 202
    22. Moullas, Concours poetiques

    complot et empêché les «hétérochtones» de s'approprier les 2.000 drachmes de l'«honnête fondateur»1.

    Les événements de 1864 ouvrent, sans doute, dans l'histoire des concours une parenthèse lourde de sens. Jamais les antipathies et les controverses entre professeurs, connues depuis longtemps2 mais soigneusement dissimulées, n'avaient éclaté au grand jour avec une force aussi brutale. Jamais les concours poétiques n'avaient été entraînés dans un conflit aussi prosaïque, qui faisait des 1.000 drachmes la principale, sinon la seule, pomme de discorde. Deux anciens concurrents hargneux, Orphanidis et Vernardakis, devenus membres du même jury, avaient servi de détonateurs dans une crise qui, au fond, dévoilait de manière peu flatteuse l'ensemble des coulisses universitaires. Or, si l' institution fondée par Rallis et adoptée par Voutsinas devait survivre — et toutes les conditions pour cela étaient réunies — sa réorganisation semblait urgente et nécessaire. Mais, tout d'abord, il fallait relever le prestige du jury et faire oublier le scandale; par conséquent, les personnes directement impliquées dans les «tristes événements» de 1864 n'avaient plus de place aux concours — tout au moins, dans un proche avenir.

    4. 1865 : L'heure du drame

    En effet, aucun des professeurs compromis dans la querelle de 1864, ne faisait, l'année suivante, partie du jury, qui était composé de 4 membres: H. Mitsopoulos (président), A. S. Roussopoulos (rapporteur), St. Coumanoudis et Th. Aphentoulis. Un besoin de renouveau était manifeste; les circonstances s'y prêtaient. Voutsinas redoublait de zèle: désireux de voir célébrer le rattachement de l'Heptanèse à la Grèce, il offrait, exceptionnellement pour l'année 1865, 1.000 drachmes supplémentaires, destinées au couronnement d'un poème écrit en langue populaire et notamment heptanésienne; «mais aucun poème pareil ne fut envoyé au concours»3. D'autre part, il était normal que la mise en place du nouveau régime créât un certain esprit d'innovation, ne fût-ce que superficiel; aussi quelques lacunes quant au fonctionnement

    ————————————

    1. Ibid., pp. ta' sq.

    2. Lorsque, en 1858, G. Tertsétis (Ο θρίαμβος του ποιητικού διαγωνισμού) présentait les juges en train de se battre, il n'ignorait certainement pas les querelles des factions universitaires.

    3. R.R. de 1865, p. 27.