Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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corrupteur des "mœurs helléniques"1. Un événement important, le succès obtenu à Athènes par la tragédienne italienne Adélaïde Ristori (janvier 1865)2, était venu poser à nouveau le problème du théâtre grec et, en quelque sorte, précipiter sa solution. L'enthousiasme provoqué par cet événement n'avait pas tardé à donner des fruits. Un comité de théâtre (C. N. Costis, A. R. Rangabé, A. Vlachos et G. Tertsétis), nommé par le gouvernement Coumoundouros, s'occupait bientôt de constituer une troupe grecque de valeur et de préparer, pour la période 1865-1866, toute une série de représentations de pièces helléniques. C'est dans le cadre de ces représentations qu'allaient connaître un succès certain, quelques mois plus tard, la comédie de Vlachos Η κόρη του παντοπώλου (5 janvier 1866), le drame de Vernardakis Μαρία Δοξαπατρή (10 décembre 1865) et notamment sa tragédie Μερόπη (12 mars 1866).

Dans ces conditions, il était normal que le jury de 1865, de son côté, voulût encourager le théâtre national en décernant le prix à une œuvre dramatique. Mais l'actualité du drame rendait plus sensible l'absence de la comédie, et Roussopoulos déplorait le fait qu'"autant que nous nous en souvenions... aucun auteur n'a encore envoyé une pièce comique"3. Était-ce, en même temps, un effort pour dissiper la lourde atmosphère des pleurnicheries romantiques en faisant appel à un genre littéraire qui, par définition, déclenchait l'hilarité? Quoi qu'il en soit, le public et les concurrents de l'année suivante auraient leur part de rire grâce à un canular inattendu.

5. 1866 : La farce de Vlachos

Il va de soi que, dans les coulisses universitaires, les querelles

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1. Irénée Assopios, chroniqueur dramatique de la revue Χρυσαλλίς sous le pseudonyme Althotas, ne manquait pas lui non plus, selon l'expression de A. Vyzantios (Χρυσαλλίς 1, 1863, 88), "de pleurer deux fois par mois sur le dénouement habituellement pitoyable des mélodrames étrangers". Dans la même revue, les rares représentations de pièces grecques - Παραμονή de A.R. Ranagabé (25 janvier 1863) ou Η άλωσις του Μεσολογγίου (30 janvier 1864)- étaient chaleureusement accueillies: Χρυσαλλίς 1 (1863) 88-90 et 2 (1864) 55-56.

2. Voir G. Mavroyannis, "Η κ. Ριστόρη και η Μήδεια του κ. Legouvé", Χρυσαλλίς 3 (1865) 52-56 et 81-83; Ε. M. Roïdis, Έργα, t. VI, Athènes 1913, pp. 79-84.

3. Jugement de 1865, p. 330. Roussopoulos se trompait une fois de plus, ignorant la comédie envoyé par G. Tertsétis en 1858. Coumanoudis, meilleur connaisseur de l'histoire des concours, allait corriger cette inexactitude l'année suivante.

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partisanes et les luttes d'influence continuaient sans répit. Le rapport de forces changeait souvent, et la balance penchait tantôt d'un côté tantôt de l'autre. En fin de compte, il était impossible qu'une faction donnée l'emportât définitivement; elle avait toujours des pertes à subir et des concessions à faire. Un professeur, par exemple, pouvait nouer des alliances tactiques, tomber en disgrâce, disparaître du jury pendant un certain temps, réapparaître avec un prestige diminué ou renforcé. Après la crise de 1864, Vernardakis et C. Paparrigopoulos avaient disparu à jamais de la scène des concours. La plupart des juges ne connurent que des éclipses temporaires, au gré des circonstances. Chaque année, aux yeux du public athénien, un jury apparemment homogène et très souvent renouvelé rendait compte de la production poétique annuelle comme d'un budget facilement ou difficilement équilibré; on ne peut pas connaître les tractations secrètes auxquelles un tel équilibre était soumis.

En 1866, le jury universitaire, présidé par M. Venizélos, avait comme membres St. Coumanoudis (rapporteur), A. R. Rangabé et A. Roussopoulos. La cérémonie eut lieu le 8 mai, en même temps que celle d'un concours théologique1. Les poèmes jugés furent au nombre de 10. Quatre autres poèmes, arrivés après échéance, n'eurent pas le droit d'entrer en lice; un communiqué du Rectorat avait annoncé à temps leur exclusion et avait invité leurs auteurs à récupérer les manuscrits2.

Coumanoudis assumait le rôle de rapporteur pour la deuxième fois depuis 1857. En dix ans, il avait peu changé: son tempérament, solide et équilibré, ignorait les engouements ou les ruptures spectaculaires. Lucide, il voyait en 1866 comme en 1857, le romantisme se précipiter dans une impasse; il trouvait la production poétique, en général, pleine de "vains fards" et caractérisée par "la vantardise et l'emphase"; la mesure et la sagesse devenaient des qualités "de plus en plus rares chez nous, la plupart des poètes s'égarant dans le verbiage, l'incontinence et l'enflure"3. Ce qui avait changé chez Coumanoudis, était principalement

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1. Voir les comptes rendus dans Πανδώρα 17 (1866-67) 103-104, et dans les journaux Η Ελπίς, 10 et 19 mai 1866, Φως 13 mai 1866.

2. Η Ελπίς, 26 avril 1866; cf. Jugement de 1866, Athènes 1866, p. 5. Les poèmes exclus étaient les suivants: 1) Μυστήριον; 2) Φλώρος και Ελένη (envoyé de nouveau au concours de 1868) ; 3) Κλεονίκη (œuvre de Jean Carassoutsas, envoyée de nouveau au concours de 1867) et 4) Τα δάκρυα του Φίλωνος, recueil lyrique de Cléanthe I. Papazoglou publié dans Χρυσαλλίς 4 (1866) 397-403.

3. Jugement de 1866, p. 48.

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le ton, déjà plus détaché et résigné. Il semble que le polémiste de 1857, qui foudroyait avec ardeur les exagérations de l'école «étrangère, non hellénique», se fit maintenant moins d'illusions quant à la possibilité cl' extirper par des attaques verbales un mal endémique. Du reste son idéal classique était toujours vivant. Mais cet idéal brillait déjà de moins en moins; enraciné dans l'esprit universitaire et affadi par la répétition des mêmes lieux communs, il devenait de plus en plus une vision statique et routinière.

D'ailleurs, Coumanoudis avait ses propres limites. Le caractère constant et invariable de ses options n'allait pas toujours de pair avec une souplesse critique susceptible d'évolution et de renouvellement. Parfois, son insistance sur des questions déjà dépassées témoignait d'une pensée qui frisait la sclérose: c'était le cas, par exemple, lorsque, répétant inopportunément ses positions de 1857, Coumanoudis condamnait l'usage de l'hexamètre, préconisait celui de l'iambe et se livrait à des comparaisons entre les trimètres iambiques populaires et savants1. Attaché toujours à la poésie héroï-comique comme en 1851 et en 1857, il prouvait que l'auteur de Στράτις Καλοπίχειρος n'était jamais mort en lui. Défense obstinée d'une œuvre de jeunesse érigée en règle poétique absolue? Ou impasse d'un classicisme qui, face à la montée romantique, se montrait incapable de promouvoir une poésie originale et libérée de modèles?

Quoi qu'il en soit, le rapporteur de 1866 agissait dans le cadre d'une institution qui lui imposait, en grande partie, ses choix fondamentaux et ses options concrètes. Universitaire, il n'avait à penser qu'en universitaire. Il n'établissait un dialogue qu'avec ses prédécesseurs, notamment avec Roussopoulos. Là où ses collègues voyaient des similitudes entre les concours anciens et modernes, Coumanoudis voyait des différences2: il ne dépassait pas ainsi la méthode des comparaisons. L'archaïsme exagéré était également désapprouvé par lui3. Les pédanteries grammaticales des autres universitaires continuaient d'alimenter la critique du rapporteur de 1866.

Cependant, dans la mesure où la promotion d'une production dramatique nationale était à l'ordre du jour, Coumanoudis pouvait faire un pas en avant pour réhabiliter la poésie comique. C'est ainsi qu'il reprenait, développait et corrigeait les réflexions de Roussopoulos

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1. Ibid., pp. 10-11 et .48-52.

2. Ibid., pp. 4-5.

3. Ibid., pp. 18-20.

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sur l'absence de la comédie. Celle-ci, pour le rapporteur de 1866, bénéficiait de tout un ensemble de conditions favorables à son éclosion: Tout d'abord, la littérature néo-hellénique était riche en comédies (Κορακιστικά, Χάσης, Βαβυλωνία, Του Κουτρούλη ο γάμος), ainsi qu'en poèmes héroï-comiques (Ερμήλος, Κούρκας αρπαγή, Πανόραμα, Ληξούρι)1. Ensuite, le développement de la comédie n'était entravé ni par les juges universitaires, ni par le règlement de Rallis, ni par la société grecque, ni par les autorités: «Pourquoi donc les comédies sont-elles absentes des concours, et pourquoi des poèmes proches de la comédie, déjà présentés, ne sont-ils pas couronnés?».

C'était là, dans cette allusion aux «poèmes proches de la comédie», que la question posée par Coumanoudis trouvait un sens révélateur, exprimant aussi bien une surprise qu'un grief. On dirait que, au bout de 15 ans, l'auteur de Στράτις Καλοπίχειρος n'avait pas encore pardonné au jury de 1851 — et, plus exactement, à A. R. Rangabé, son ennemi et son collaborateur au jury de 1866 — de ne pas avoir couronné son poème «proche de la comédie». Au demeurant, il prétendait connaître la réponse à la question qu'il posait. S'il se gardait de formuler cette réponse, c'était qu'il ne voulait pas se trouver dans l'obligation «de discuter publiquement pendant longtemps, pendant des années entières peut-être, avec ceux qui ne seraient probablement pas d'accord avec (lui)»2. Fatigué ou vaincu, il renonçait à un combat inutile. En 1866, les circonstances ne favorisaient plus sa lutte, encore moins sa victoire. Il n'avait qu'à composer avec ses adversaires.

Voici les 10 poèmes du concours (1 épique, 3 épico-lyriques, 3 lyriques et 3 dramatiques), selon l'ordre et les appréciations principales du rapporteur:

1) Λευκωσιάς : poème qualifié par l'auteur d'épique. C'est une œuvre entièrement insignifiante.

2) Ο θάνατος τον Μεγάλου Βασιλείου : poème épico-lyrique en 565 hexamètres. L'intrigue est sans intérêt, les épisodes font défaut. L'auteur semble suivre sans réfléchir la mode poétique qui consiste «à pleurer et à plaindre le sort de tous les êtres vivants sur la terre». La versification est défectueuse; les fautes de grammaire abondent.

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1. Ibid., pp. 34-35. Coumanoudis liait la tradition phanariote à celle de l'Heptanèse, alors que, en citant la comédie de A.R. Rangabé Του Κουτρούλη ο γάμος (1845), il adressait publiquement un compliment à son ennemi.

2. Ibid., p. 36.

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3) Όλγα : poème épico-lyrique. La langue et la versification sont incorrectes. L'intrigue (suicide de deux amants) suit la mode romantique la plus morbide et macabre.

4) Η δύσερως ορφανή : poème épico-lyrique présenté au concours de 1865 sous le titre Πίστις, πατρίς, έρως. L'intrigue est fatigante et d'un lyrisme débordant. Autres défauts: idées fausses du point de vue logique, répétitions de mêmes mots. "Tout cela sent le byzantinisme!"1.

5) Ορφεύς : recueil lyrique, divisé sans raison apparente en trois chants et constituant "une monstrueuse accumulation de mots lugubres et d'emphase embrouillée". La versification est très défectueuse et la langue pleine d'archaïsmes. "Ce recueil a néanmoins deux qualités: l'absence de fautes d'orthographe et de syntaxe, ainsi que l'absence de blasphèmes".

6) Εκ των ενόντων: recueil lyrique de 40 petits poèmes en 510 vers rimés. Le titre paraît au rapporteur "modeste". La principale qualité de ce recueil est "l'élégance et, parfois, la grâce, exprimées dans un style excellent et naturel". La versification est irréprochable. Mais l'auteur ne se soucie que de la forme. "On y trouve rarement une pensée profonde ou un sentiment chaleureux. Quelquefois même le lecteur frissonne au passage d'une brise froide". Un membre du jury propose le recueil en question pour la première place. Sont cités les poèmes Τω φίλω*** et, en partie, Η προφήτις2.

Il s'agissait encore d'une œuvre d'Ange Vlachos3. Après Στίχοι (1865), l'auteur retrouvait les accents d'une poésie satirique, légère et anacréontique:

Κίρνα, Γλαύκε, κίρνα οίνον,

λήθην θέλω, λήθην πίνων!

Le souci de la perfection formelle était ici évident: Vlachos restait fidèle à lui-même. Mais sa versification élégante ne dépassait pas la "grâce" superficielle du néo-classicisme phanariote. Admirateur de la Grèce ancienne, le poète reprenait le thème romantique de la décadence contemporaine et ne cachait pas son aversion pour Byzance:

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1. Ibid., pp. 15-17. Ch. Anninos (Ο Σύλλογος των Εισαγγελέων, op. cit., p. 341), citant les passages les plus ridicules des poèmes présentés aux concours, ironise sur cette œuvre, "la plus originale de toutes".

2. Ibid., pp. 22-28.

3. Elle est publiée en entier dans Πανδώρα 17 (1866-67) 155-162, et en brochure: Ange St. Vlachos, Εκ των ενόντων, ποιήσεις - βραβευθείσαι εν τω ποιητικώ διαγωνισμώ του 1866, Athènes 1866.

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Φευ! του Κέκροπος η πόλις

ουδ' έν ίχνος έχει μόλις

του ποτέ της του κλεινού...

Και του Πλάτωνος η χώρα

δούλους τρέφει μόνον τώρα

του Ιουστινιανού!

7) Στόνοι : recueil lyrique de 14 petits poèmes. Les traits dominants de ce remarquable recueil sont "le ton élégiaque et le coloris mélancolique". Le style, d'ordinaire descriptif, est parfois puissant. Mais les défauts ne manquent pas: pessimisme et impiété, contradictions, obscurité, prolixité, économie défectueuse. Les poèmes de Στόνοι par rapport à ceux de Εκ των ενόντων "sont souvent plus profonds quant au sentiment, mais inférieurs quant à l'exactitude du style". Un membre du jury propose ce recueil pour la première place. Est cité le poème Στιγμαί μελαγχολίας1.

Il s'agissait de la première participation aux concours de Démétrios C. Paparrigopoulos (1843-1873)2. Le romantisme athénien trouvait son expression la plus complète, celle de l'abattement, du désespoir et de la frustration :

Εις μάτην επεζήτησα παντού την ευτυχίαν·

δεν εύρον ειμή στεναγμόν και πόνον και πικρίαν·

όσας καρδίας έθιξα παλμόν δεν είχον ένα,

και αίσχ' υπό την καλλονήν υπήρχον κεκρυμμένα.

D. Paparrigopoulos n'avait pas, au fond, le tempérament cyclothymique des autres poètes romantiques de sa génération; sa mélancolie, profonde et inaltérée, révélait un état pathologique plus grave et en plein accord avec une vision du monde essentiellement nihiliste:

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1. Jugement de 1866, pp. 28-33.

2. Στόνοι est publié dans Πανδώρα 17 (1866-67) 123-130, et dans D. Paparrigopoulos, Ποιήσεις, Athènes 1867, pp. 3-26. Les anthologies de l'époque en reproduisent des extraits : Rapt. Parn., pp. 706-707, Mat. Parn, 406-410. - Sur les participations de D. Paparrigopoulos aux concours, voir: Mat. Parn., pp. 405-406; D. Paparrigopoulos, Pigmalione, poemetto di - Versione poetica dal greco di Agostino Garlato con un bozzeto critico e documenti inediti sulla vita e sulle opère dell' autore, Venise 1881, pp. XI sq.; Juliette Lamber, Poètes grecs contemporains, Paris 1881, p. 190; Sp. De Biazi, "Δ. Παπαρρηγόπουλος", Ποιητικός Ανθών 2 (1887) 430; Ch. Anninos, Βασιλειάδης, Παπαρρηγόπουλος, op. cit., p. 10.

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Εις τον άνεμον μη λέγε τα δεινά σου·

δεν σ' ακούει.

Εις την άμμον μη χαράσσης τ' όνομά σου·

θα χαθή.

C'est ce nihilisme absolu, alimenté par des lectures et des réflexions philosophiques pessimistes, qui donnait aux poésies de Στόνοι, malgré leurs imperfections formelles et leur manque de clarté, un caractère d'authenticité. Le byronisme prenait ici un ton différent, plus tragique, plus morbide et plus résigné à la fois. Dans un poème de la même époque, D. Paparrigopoulos se définissait par rapport aux poètes contemporains:

Αν αγαπώ τον Βύρωνα, συγχρόνως

μισώ τους παρασίτους όσοι ζώσι

την τράπεζάν του λείχοντες· ο πόνος

σιγά ως τάφος, οι ψυχροί βοώσι.

Θα μ' είπης άτεχνον· δικαίως ΐσως·

δεν λεπτουργώ τους στίχους όπως άλλοι,

προς την βλακίαν τρέφω μέγα μίσος

και εις την ρίνην η βλακία θάλλει1.

8) Θεοδοσία : drame en trois actes. L'intrigue est développée "de façon très maladroite, pour ne pas dire puérile". Les invraisemblances abondent. Le style est banal et prosaïque, la versification défectueuse.

9) Η ωραία Ειρήνη και Μωάμεθ Β' : drame en cinq actes (2615 trimètres iambiques sans rime). C'est "une dramatisation d'intrigues de sérail". Ce drame pourtant est supérieur au précédent2.

10) Αντίνοος : tragédie en cinq actes. L'intrigue, "remplie de péripéties variées, satisfait pleinement la curiosité du spectateur et du lecteur". La même satisfaction est procurée par les passions, les caractères, l'économie, le dénouement, les dialogues, les monologues et la langue de l'œuvre. Cependant, la versification en est un peu négligée. Or, la majorité du jury considérant cette tragédie comme "un bon poème en général, mais non pas irréprochable", décerne le prix à sou auteur3.

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1. D. Paparrigopoulos, Ποιήσεις, op. cit., p. 71. Il est bien possible que les derniers vers visent en particulier Ange Vlachos.

2. Jugement de 1866, pp. 37-38.

3. Ibid., pp. 39-60.

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Ici se terminait le rapport de Coumanoudis, et la cérémonie du 8 mai 1866 touchait à sa fin habituelle; il ne restait plus au recteur qu'à décacheter l'enveloppe d'Αντίνοος pour annoncer et couronner le lauréat, Ange Vlachos en l'occurrence. Mais les choses n'allaient pas se passer sans surprises. Lorsque M. Venizélos ouvrit l'enveloppe du poème vainqueur, il y trouva, à la place du nom de l'auteur, une courte lettre dont il donna lecture publiquement. En voici le texte: «Cette tragédie n'est pas originale, mais elle constitue une libre adaptation de la tragédie allemande «Hadrian», œuvre du poète connu Heyse. Si M.M. les juges estiment que, malgré tout, elle mérite le prix, ils sont libres d'ouvrir — mais seulement dans ce cas précis — l'enveloppe fermée»1.

La suite est facile à deviner. Devant un jury embarrassé, les ricanements du public furent de nature à transformer l'atmosphère officielle de la cérémonie2. C'était la première fois que les juges universitaires essuyaient une déconvenue de ce genre. Obligés cependant de modifier leur verdict initial — les traductions n'étaient pas admises aux concours, selon le règlement —, ils décidèrent enfin, après une délibération sur place, de décerner le prix aux recueils lyriques Εκ των ενόντων et Στόνοι, dont chacun avait obtenu une voix. C'est ainsi que le recteur distribua les 1.000 drachmes à Ange Vlachos et à D. Paparrigopoulos3.

A vrai dire, ce qui est arrivé aux juges de 1866 n'était pas tout à fait imprévisible. L'année précédente, A. Roussopoulos, parlant des inconvénients des concours (changement de membres du jury, protestations des poètes battus, etc.), avait déjà insinué une telle éventualité: «et il est bien possible qu'un jour soit couronné un poète orné d'ailes étrangères...»4. Était-ce une suggestion involontaire? Ange Vlachos, loué mais non couronné au concours de 1865, se décidait à jouer un mauvais tour aux universitaires. Le climat de l'époque favorisait l'agressivité, le sabotage, la provocation. Ainsi, la farce d'Αντίνοος venait bafouer la compétence du jury et, en même temps, donner à la rancune une nouvelle forme d'action: l'insulte brutale était remplacée par la dérision.

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1. Ibid., p. 61 ; cf. Pant. Chr., p. 246.

2. S. Carydis, très content de la déconfiture des professeurs, décrit avec beaucoup d'entrain l'hilarité de la salle: Φως, 13 mai 1866.

3. A en croire Carydis (Ibid,), les deux lauréats furent payés en billets devant le public, ce qui accentua le grotesque de cette «scène comique».

4. Jugement de 1865, p. 5; cf. Jugement de 1866, p. 61.

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"Tout le monde a ri - sauf les juges, bien entendu", raconte Vlachos, très fier des commentaires ironiques parus dans les journaux1. En réalité, ces commentaires ne furent pas unanimes: le journal Η Ελπίς, par exemple, trouva de mauvais goût la farce d'Αντίνοος et prit la défense des universitaires qui, en fin de compte, n'étaient pas obligés "de connaître tous les poèmes publiés dans les diverses langues étrangères"2. A. R. Rangabé, membre du jury, adopta une politique plus subtile: dans une lettre au journal Αλήθεια, il prétendit que Vlachos, nullement disposé à se moquer des juges, avait omis sur son manuscrit le nom de Heyse par inadvertance! Mais cette diversion tourna court: Vlachos ne tarda pas à affirmer, dans une lettre publiée par le même journal, que c'était exprès, et non pas par inadvertance, qu'il avait caché le nom du poète allemand; au surplus, il trouvait inacceptable que les juges universitaires ignorassent une tragédie comme "Hadrian", œuvre d'un poète célèbre, "publiée il y a à peine un an et demi et saluée par la presse allemande avec beaucoup de commentaires"3.

L'animosité de Vlachos envers les juges de 1866 ne semble pas, en dernière analyse, inexplicable. Coumanoudis était un ancien ennemi qui avait déjà connu la colère du jeune poète, lors de la participation de celui-ci au concours de 1857. Roussopoulos ne méritait aucune indulgence après son rapport sur Στίχοι (1865). Quant à Rangabé, il était coupable d'une faute majeure: il n'avait pas voté pour Αντίνοος. C'est Vlachos lui-même qui nous donne ce renseignement4 et, en même temps, nous aide à en tirer les conclusions. Car, si Rangabé n'avait pas voté pour Αντίνοος, pour quel autre poème aurait-il pu se prononcer, sinon pour Στόνοι, œuvre du fils de son ami C. Paparrigopoulos? Le fait que cette œuvre donnait dans le romantisme le plus morbide n'était pas, en définitive, un obstacle insurmontable: les rapports humains jouaient souvent plus que les principes.

Vlachos savait peut-être avant le concours que son rival D. Paparrigopoulos

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1. A. Vlachos, Αντίνοος, τραγωδία εις πράξεις πέντε, παραφρασθείσα ελευθέρως εε [sic] του γερμανικού του Paul Heyse, και Εκ των ενόντων, λυρικαί ποιήσεις βραβευθείσαι εν τω συναγωνισμώ του 1866, υπό - Athènes 1866, p. θ΄.

2. Η Ελπίς, 10 mai 1866.

3. Les lettres de A.R. Rangabé et de Vlachos sont reproduites et commentées dans Αντίνοος op. cit., pp. ια΄-κα΄. -Paul Heyse (1830-1914) était déjà connu en Grèce: la revue Χρυσαλλίς 1 (1863) 242-247 avait publié son poème "Les deux frères", traduit par D. Vernardakis, et avait promis (p. 242) la publication d'une étude sur l'auteur.

4. A. Vlachos, op. cit., p. ς'.

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bénéficiait de la faveur du jury. La cérémonie du 8 mai vint confirmer ses soupçons; même Coumanoudis, habituellement pourfendeur intransigeant du romantisme, n'hésita pas à exalter "le ton élégiaque et le coloris mélancolique" de Στόνοι. Par ailleurs, le demi prix remis finalement à D. Paparrigopoulos, malgré le caractère de ses poésies, et contre le règlement du concours, ne pouvait pas être expliqué sans l'hypothèse d'un favoritisme plus ou moins prononcé.

Dans ces conditions, la colère de Vlachos n'était pas facile à maîtriser. Elle explosait, une fois de plus, au moment de la publication de Εκ των ενόντων. L'auteur y ajoutait "Deux mots à son lecteur" (28 mai 1866) pour exprimer tout le mécontentement provoqué en lui par le partage du prix. Il ne comprenait pas "d'où les juges ont acquis ce droit, puisque le fondateur précise explicitement qu'il faut couronner le poème qui est le meilleur relativement". Or, des deux choses l'une: ou il y avait une petite différence de qualité entre les deux poèmes couronnés, auquel cas il fallait récompenser le meilleur, ou bien il n'y en avait aucune, auquel cas il valait mieux ne pas décerner le prix. Quant à lui, Vlachos, il ne faisait confiance qu'au jugement du public, "jugement que ni les sympathies et les antipathies ne déterminent, et que ni les amitiés et les inimitiés n'influencent"1. Cette dernière allusion en disait long.

Sans doute les événements de 1866 n'étaient-ils pas de nature à apaiser les esprits et à redresser le prestige des concours. Vlachos ne s'était pas limité à ridiculiser les professeurs avec Αντίνοος; dans la préface de cette tragédie, il retrouvait son sérieux pour contester vivement leur compétence et leur capacité à promouvoir une poésie néo- hellénique de valeur. Il faisait un bilan négatif: "les concours n'ont nullement apporté jusqu'à présent les résultats espérés"2.

Ce bilan négatif, dicté par la crise de 1866, devenait déjà un lieu commun. On voyait mal comment pourrait fonctionner dans l'avenir une institution qui, depuis quinze ans, n'avait apporté que des scandales. N'était-il pas préférable qu'elle fût supprimée pour donner sa place, ainsi que disait P. Arghyropoulos en 1853, à des "oeuvres plus positives"? Dans Πανδώρα un compte rendu anonyme sur un ouvrage historique concluait: "A notre avis, la publication de telles monographies devrait être encouragée avant toute autre chose, car nous avons besoin, avant tout, de connaître notre histoire, ce que nous fûmes et

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1. Πανδώρα 17 (1866-67) 155-156.

2. A. Vlachos, op. cit., p. γ'.

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ce que nous fîmes. Les concours poétiques n'ont doté le Parnasse grec que d'injures. Par ailleurs, un poète n'a pas besoin d'une récompense financière pour être inspiré... Si le patriote fondateur dépensait à la publication d'un bon livre l'argent qu'il dépense chaque année pour le concours, il serait plus utile et il rendrait son nom immortel"1. Un peu plus tard, dans une lettre envoyée de Manchester (20 août 1866), le poète Ch. A. Parménidis écrivait: "Pourquoi les concours littéraires et poétiques sont-ils tombés vite en décadence?... Il serait superflu que je parle de nos concours poétiques. Leur histoire est très connue et de fraîche date; les circonstances tragi-comiques qui non seulement accélérèrent leur déclin total mais aussi portèrent préjudice aux intérêts de la vraie poésie, n'échappent, je crois, à aucun lecteur"2.

Décadence, déclin total. On dirait que la revue Πανδώρα, impatiente d'en finir avec les concours, préparait inopportunément leur nécrologie. Depuis 1863, elle avait cessé de publier les Jugements des jurys, comme si elle ne voulait plus se mêler directement à une affaire compromettante. La revue Χρυσαλλίς avait pris en 1865 la relève; elle était plus proche d'un esprit néo-classique moderne tel qu'il apparaissait au début des années 1860. Mais cette revue non plus ne se montrait pas disposée, après le scandale de 1866, à prendre la défense d'une institution inutile. La cérémonie poétique de 8 mai ayant été suivie d'une autre, celle du concours théologique, Χρυσαλλίς ne manquait pas d'exprimer sa préférence pour la seconde: le rapport du professeur de théologie Th. Vimbos avait démontré "combien sont utiles les concours qui ont comme objet les questions les plus importantes de notre histoire ecclésiastique et littéraire. Or, au lieu de nous appliquer à inventer en poésie des histoires et des aventures parfois blâmables, il vaudrait mieux, à notre avis, nous occuper des problèmes plus nationaux et plus utiles"3.

Ce principe persistant d'utilité devenait primordial. Au moment où commençait la révolution crétoise et où l'atmosphère s'aggravait, la farce de Vlachos et, en général, les controverses littéraires avaient tout lieu de paraître comme entièrement déplacées. Le raisonnement des bien pensants était simple: La poésie ne servait à rien4; bien au 

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1. Πανδώρα 17 (1866-67) 214.

2. Ibid., p. 358.

3. Χρυσαλλίς 4 (1866) 241.

4. Cf. le témoignage de D. Cambouroglou, qui affirme que, dans sa jeunesse, un poète était considéré par le Grec moyen comme un être "désœuvré, paresseux, mais aussi simple d'esprit": Camb. A., p. 748.

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contraire, elle propageait la révolte et la contestation, l'esprit anti-national et anti-religieux. Les concours poétiques, incapables de répondre à leur mission, sombraient dans les scandales. A quoi bon les conserver plus longtemps?

On ne pouvait pas poser le problème autrement qu'en termes moraux. Il n'était pas encore évident que cette institution «inutile» découlait d'un ensemble d'impératifs sociaux qui garantissaient sa survie plus qu'ils ne menaçaient son existence. On parlait de déclin, au moment précisément où les concours mobilisaient de plus en plus les ambitions collectives. On ignorait que le vrai déclin, lorsqu'il commencerait à apparaître, ne serait pas lié aux scandales, mais d'une part à la rupture des équilibres existant entre l'offre et la demande et d'autre part à la caducité d'une institution incapable de canaliser les nouveaux besoins. Mais on n'en était pas encore là.

6. 1867 : Patriotisme et exaltation

En dépit de toutes les critiques amères sur les concours, les poèmes envoyés en 1867, au nombre de 17, marquaient une augmentation sensible et égalaient presque le record de 1857 (18 œuvres). C'était une année d'exaltation patriotique sans précédent; la révolution crétoise, qui se prolongeait, sensibilisait les consciences et mobilisait les énergies; A. Valaoritis publiait son Αθανάσης Διάκος et son Αστραπόγιαννος. Dans la Grande Salle de l'Université d'Athènes, le 7 mai 1867, la cérémonie poétique précédait celle du concours littéraire de Rodocanakis, qui allait décerner son prix à C. Sathas1.

Par rapport au jury de l'année précédente, celui de 1867 ne présentait qu'un seul nouveau membre: le rapporteur D. Sémitélos (1830-1898). A. R. Rangabé, recteur maintenant, était parti pour l'Amérique le 15 avril et était remplacé par le vice-recteur M. Venizélos; St. Coumanoudis, une fois de plus, faisait partie du jury. Mais sur les quatre professeurs (Rangabé, Sémitélos, Venizélos, Coumanoudis) qui signaient ensemble le Jugement de 1867 trois seulement, semble-t-il, ont accompli effectivement leur office: il est peu possible que le premier, absent à la veille du concours, ait participé activement aux préparatifs de celui-ci.

Le véritable protagoniste, le rapporteur D. Sémitélos, était mal

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1. Πανδώρα 18 (1867-68) 41. Mais cette revue ne publie (pp. 42-45 et 81-87) que le rapport sur le concours de Rodocanakis.

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à l'aise dans un rôle qu'il assumait pour la première et la dernière fois. Il n'allait pas briller par son expérience dans le domaine de la poésie moderne. "Le travail critique lui était étranger et indifférent, ainsi qu'en témoigne son rapport, écrit à la hâte et sans entrain"1. Préoccupé par les questions métriques, il était à peine capable de formuler une réflexion littéraire sans recourir aux citations des auteurs antiques et aux lieux communs les plus ennuyeux. Son manque d'humour sautait aux yeux; à propos du poème Κρητηίς, il observait: "Dans le troisième chant et ailleurs, la mention répétée de la nourriture et de la boisson est blâmable. Le héros du poème et les autres crétois risquent ainsi d'être considérés comme voraces"2. Partisan de la langue savante, en dépit de ses attaques contre "l'archaïsme exagéré", il ne cachait pas son faible pour "l'exemple parfait du grec ancien" et n'hésitait pas à féliciter l'auteur de Κρητηίς pour avoir choisi "non pas le dialecte du peuple, mais celui des savants"3. Moraliste, il estimait qu'"une œuvre poétique, pour être véritablement une œuvre d'art, doit avoir comme fondement la vérité et comme but la morale et l'utilité"4. Réactionnaire, il se lançait dans des attaques sommaires contre tout esprit nouveau.

Il s'en prenait aux détracteurs des concours avec véhémence: "Pour notre grand malheur, une tendance immorale et pernicieuse s'est manifestée depuis quelques années dans notre jeune société, une tendance qui consiste à contester et à bafouer tout ce qui est ancien, bien placé, traditionnel, légitime - sans lequel aucune société humaine ne peut progresser - pour que toute discrimination sociale disparaisse et que tout soit, en quelque sorte, nivelé. Malheureusement, cette tendance n'a pas laissé intacte notre poésie et le concours poétique présent. Il a fallu que nos poètes modernes, aussi bien les vivants que les morts, fussent traités de vauriens, afin d'être placés tous au même niveau, à un niveau prosaïque; que le concours poétique fût critiqué comme mutile et ridicule; que les juges universitaires fussent accusés d'incompétence. Voilà ce que beaucoup ont commencé à faire depuis quelques années contre tout esprit de justice et d'utilité à l'égard de notre jeune vie nationale"5. Les romantiques contestataires, les chicaneurs de

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1. C. Th. Dimaras, "Ο διαγωνισμός του 1867", dans le journal Το Βήμα, 5 mai 1967 [=NE 81, 1967, 649].

2. Jugement de 1867, Athènes 1867, p. 52.

3. Ibid., pp. 33 et 46. Ailleurs (p. 32), l'"exemple des anciens" était érigé en loi éternelle de la poésie.

4. Ibid., pp. 36-37.

5. Ibid., pp. 33-34.

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toutes sortes, Ange Vlachos et ceux qui niaient l'«utilité nationale» des concours étaient renvoyés dos à dos comme tenants de la même «tendance immorale et pernicieuse».

A vrai dire, Sémitélos avait tout lieu de se montrer, au nom du jury, aussi sensible aux critiques. L'appel lancé par Roussopoulos et Coumanoudis en faveur de la comédie portait ses fruits: deux poèmes parmi ceux envoyés en 1867 appartenaient au genre comique. Mais la déception des juges était néanmoins de taille. Car, si la première comédie, Σαρικοφόρος, écrite en prose, n'avait pas le droit d'entrer en lice, la seconde, Μώμος ο Ελικώνιος, posait des problèmes plus sérieux; elle ridiculisait les concours et les universitaires et, à l'instar de la comédie de Tertsétis en 1858, elle transportait la contestation à l'intérieur du jury, obligeant ainsi les professeurs à juger une œuvre qui les prenait pour cible. Or Sémitélos traduisait les sentiments de tous ses collègues, lorsque, par des exemples puisés dans l'Antiquité, il essayait de démontrer qu'un jury, pour être compétent en matière de poésie, n'avait point besoin de membres-poètes1. Peine perdue: son propre rapport n'était pas de nature à servir ses arguments.

Selon ce rapport, les 17 poèmes du concours étaient répartis en 6 épico-lyriques, 5 lyriques, 5 dramatiques (2 comédies et 3 tragédies) et une épopée. Voici un résumé du Jugement de 1867, accompagné, quand faire se peut, de notre commentaire.

1 ) Η αποθανούσα : poème épique qualifié par son auteur de «poème historique en trois phases». Il contient environ 1000 vers. C'est une œuvre puérile et dépourvue de toute valeur.

2) Δάμων : poème épico-lyrique en 1872 vers, relatant un crime crapuleux de Paris. Il est «bizarre», obscur, plein d'archaïsmes et de défauts.

3) Ακροναυπλιάς : poème épico-lyrique en trois chants (1025 vers). Intrigue maladroite, archaïsmes, versification souvent défectueuse. «Ce poème n'a pas de qualités visibles»; il semble être l'œuvre d'un débutant.

4) Η κόρη του Σίννιδος : poème épico-lyrique «sans unité», divisé en deux parties. Fautes de grammaire, de versification et d'orthographe. L'auteur emprunte son intrigue toute faite à un texte étranger traduit dans Χρυσαλλίς 1 (1863) 290 sq.

5) Aι ηρωίδες του Ζαλόγκου : poème épico-lyrique en 370 vers. Le sacrifice des femmes de Souli est relaté «sans épisodes, sans art épique

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1. Ibid., pp. 34 sq.

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et sans aucune invention". Les strophes de 10 vers ne conviennent pas au caractère du poème. L'auteur envoie également trois poésies lyriques (Εις ποιμενίδα, Νηνεμία, Τη μούση μου) qui sont réussies, notamment la première; elles sont citées en entier1.

6) Κλεονίκη : poème épico-lyrique en trois chants. Il relate l'assassinat de la prêtresse Cléonice par le roi de Sparte Pausanias. (L'intrigue, empruntée à Plutarque (Cimon, chap. VI), donne au rapporteur l'occasion de se livrer à de minutieuses comparaisons entre le poème et sa source). La langue, non exempte d'archaïsmes, est "florissante, puissante et pleine de grâce". L'auteur s'applique à imiter la poésie antique qu'il semble connaître assez bien; mais il n'évite pas toujours une certaine froideur. Son patriotisme est incontestable: à travers le tyran Pausanias, le poète fustige les occupants de Constantinople, ce qui s'inscrit à son actif2.

Cette œuvre, exclue l'année précédente, marquait la dernière apparition de Jean Carassoutsas sur la scène des concours3. Depuis 1859, le poète de Βάρβιτος s'était gardé de rejoindre les concurrents. Il ne manquait pas maintenant, lui aussi, de sacrifier à la mode. Il traitait un sujet antique, truffait ses vers de noms mythologiques et d'archaïsmes, se créait un décor à la mesure de l'époque:

Εις θάλαμον ευώδη, ον Βαβυλών και Τύρος

διά φαιδρών ταπήτων και βύσσου της πλουσίας

κοσμούσιν εναμίλλως, επί χρυσού κλιντήρος

ρεμβάζει ο της Σπάρτης προδότης Παυσανίας.

Parfois, son tempérament romantique explosait avec force:

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1. Ibid., pp. 9-13. Ch. Anninos (Ο Σύλλογος των Εισαγγελέων, op. cit., pp. 340-341} donne un exemple des vers qui soulevaient l'admiration de Sémitélos:

Ελθέ, γλυκεία. ποιμενίς,

πλησίον μου να ζήσης,

ελθέ και θα γνωρίσης

πως είμαι νέος ευγενής.

2. Jugement de 1867, pp. 13-20.

3. Elle est publiée dans Πανδώρα 18 (1867-68) 134-140, et en brochure: Jean Carassoutsas, Η Κλεονίκη και έτερα ποιήματα υπό- Athènes 1868, avec une préface enflammée contre les Turcs à propos de la révolution crétoise, mais sans aucune mention du concours de 1867. Le passage cité par Sémitélos est reproduit dans Rapt. Parn., pp. 473-474, et Mat. Parn., pp. 396-399.

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Λαών βαρβάρων φύλα από Βορρά και Νότου

λάβρα σε απειλούσιν, ω Πόλις η μεγάλη.

Ομοίως γύρωθέν σου μετά λυσσώδους κρότου

βρέμει ο Πόντος, βρέμει η θάλασσα η άλλη.

Χιλίας διανύων ο Φοίβος περιόδους

ακράδαντόν σε βλέπει. Αλλ' ω κλαυθμός, ω πόνοι!

Εκ του Καυκάσου δράκων ελθών του βορβορώδους,

αίμα φυσών και φλόγα , αμφιλαφής σε ζώνει.

Mais, la plupart du temps, face aux exigences d'un long poème épique, le poète se montrait incapable d'animer un récit froid et inintéressant. Décidément, Vlachos avait raison, lorsqu'il jugeait Κλεονίκη comme un des poèmes les plus faibles de Carassoutsas et comme "complètement étranger à son univers lyrique"1.

7) Η πρώτη λάμψις άστρου γεννωμένου : recueil de poésies lyriques publiées dans le journal Ερμούπολις (1867) et, de ce fait, exclues du concours2.

8) Ποικίλα : recueil de 7 poésies lyriques, "exercices maladroits d'un poète débutant et inexpérimenté". Les défauts abondent: verbiage, manque de précision, langue irrégulière, imitations étrangères.

9) Διάφορα λυρικά ποιήματα : recueil de 15 poésies lyriques (500 vers) qui ne sont que "versus inopes rerum nugaeque canorae". Des mots tels que "fleurs", "lune pâle", "printemps", sont répétés à satiété. Fautes de grammaire et d'orthographe, métaphores erronées.

10) Σκιαί : recueil de 15 poésies lyriques. Dans la première poésie (Τοις κριταίς), citée en exemple, l'auteur, un adolescent, avoue faire ses débuts littéraires sans aucune prétention. En effet, il écrit des vers à la mesure de son âge. Mais il aurait mieux fait d'étudier la poésie d'Horace, "à la place des poèmes étrangers qu'il semble lire et imiter"3.

Cet adolescent n'était autre que le futur historien Spyridion Lambros (1851-1919)4. A 16 ans, il donnait à sa première participation aux concours le caractère d'une profession de foi:

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1. A. Vlachos, Περί Ιωάννου Καρασούτσα, op. cit., p. 35 [_=Ανάλεκτα, t. II, p. 79].

2. Jugement de 1867, p. 20. Il s'agissait, peut-être, de poésies de T. Ambélas.

3. Ibid., pp. 22-24.

4. Cinq poésies appartenant au recueil Σκιαί sont publiées séparément; voir G. Charitakis, Κατάλογος δημοσιευμάτων Σπ. Λάμπρου, Νο 17, 18, 19, 23 et 25, dans le volume Σπυρίδων Π. Λάμπρος 1831-1919, Athènes 1920, p. 37.

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Ευθαρσώς την λύραν κρούω, μείραξ έτι, της καρδίας,

ούτε άθλα περιμένων ούτε δάφνας ονειρώττων.

Άσματα δεν θα ποιήσω, δεν θα ψάλλω μελωδίας.

Είναι τούτο της ψυχής μου το πτερύγισμα το πρώτον.

Νικητήρια δεν ψάλλω και πολεμικούς παιάνας·

δεν με ευνοούν αι Μούσαι, είμαι μόνον στιχουργός·

επιπλέον είμαι μείραξ'· έτι τρέφομαι με πλάνας,

και σπινθήρ δεν με θερμαίνει της πολεμικής φλογός.

Lambros avait fait ses premiers vers à 13 ans (mars 1864), lorsqu' il avait adapté en grec un poème de Béranger1. Jusqu'en 1872, année de son départ pour l'Allemagne, ses activités littéraires sont intenses: il compose des poèmes lyriques et des drames, fait des traductions, participe aux concours à quatre reprises, publie une étude sur Zalocostas (1868). C'est à partir de 1872 que Sp. Lambros, absorbé par ses études et par ses travaux scientifiques, abandonne la poésie pour une carrière universitaire brillante. Jusqu'à la fin de ses jours, il écrit des vers, sans les publier et, surtout, sans se faire trop d'illusions sur son talent. Ce qui n'a pas empêché un de ses biographes, André N. Skias, de voir en lui un "vrai poète" qui, s'il avait continué son œuvre, "serait devenu probablement le poète le plus grand et le plus populaire de la Grèce moderne"2.

11) Χελιδόνες : recueil de 7 poésies lyriques (560 vers) qui dépasse de loin tous les précédents. Pleines de passion, ces poésies sont caractérisées par un ton dithyrambique, par une imagination sans bornes, par une tendance aux lamentations; elles sont néanmoins obscures, énigmatiques et privées de clarté. L'auteur, expérimenté, semble influencé par "la muse moderne des poètes lyriques étrangers". La versification est "irréprochable" et "la composition des strophes simple et bonne". Est citée en entier la première poésie, Προς τον ήλιον3.

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1. Ibid., p. 36.

2. Ibid., p. 16. -Sur Sp. Lambros en tant que poète, voir: E. M. Edmond, Modern Greek Poets, The Woman's World, mai 1888, pp. 315-322; G. Charitakis, op. cit., pp. 35 sq.; André N. Skias, Ibid., pp. 12-18; D. Simos Balanos, Σπυρίδων Π. Λάμπρος 1851-1919 (Ανατύπωσις εκ του Β' Παραρτήματος των Ηπειρωτικών Χρονικών), Jannina 1929, pp. 5-9; A. Adamantiou, Σπυρίδων Λάμπρος, ΜΕΕ 15 (1931) 759-760; Nicos A. Bees, "Ο Στ. Κουμανούδης ως κριτής ποιητικών πρωτολείων του Σπ. Π. Λάμπρου", NE 23 (1938) 77-81 ; M. Valsa, Le théâtre grec moderne de 1453 à 1900, Berlin 1960, p. 318.

3. Jugement de 1867, pp. 24-30.

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Il s'agissait de la deuxième participation aux concours de D. Paparrigopoulos1. Le romantisme athénien atteignait son apogée. L'auteur de Στόνοι faisait un pas en avant et imposait sa personnalité; il était le chantre des ténèbres:

Ναι, νυξ· το φως είν' ειρωνεία,

όπου κυλίονται, οδύναί·

νυξ βαθυτάτη και σκοτία

ο ουρανός του πόνου είναι.

Και όμως, Ήλιε, πού τείνει

πού η μακρά αυτή πορεία;

ουδ' ίχνος όπισθεν αφίνει·

το φως διώκει η σκοτία.

Si son pessimisme demeurait véhément, sa foi semblait ravivée:

Με αναμένει ο Θεός και η αθανασία

alors que son désespoir laissait place parfois aux lieux communs anacréontiques:

Ροφώμεν, ροφώμεν τον άκρατον οίνον,

την κόμην με κλήματος κλάδους κοσμώμεν,

ο οίνος το πνεύμα προς τ' άνω ευθύνων

την γην διαγράφει· πληρούτε, ροφώμεν.

En 1867, publié en volume, Ποιήσεις de D. Paparrigopoulos marquait sans doute un événement de première importance. Sp. Vassiliadis, ami intime de l'auteur, était un homme tout indiqué pour rendre compte de ces poésies: il ne les voyait point comme des "inspirations", mais comme des "études" inspirées par des réflexions et des lectures philosophiques; aussi leur manque de délicatesse, d'harmonie, de douceur et de grâce était-il compréhensible. "Produits de notre époque, fleurs qui s'épanouissent dans l'asphyxie romantique et dans la vie suffocante de notre Grèce pauvre, les poésies de M. D. Paparrigopoulos ont un caractère excessivement mélancolique et désespéré". Or, selon Vassiliadis, l'auteur de Ποιήσεις pouvait, s'il le voulait, "orienter les tendances de son cœur saignant vers des sujets plus vaillants et plus

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1. Χελιδόνες est publié avec Στόνοι dans D. Paparrigopoulos, Ποιήσεις, op. cit., pp. 73-100. Les poèmes Προς τον ήλιον et Δεν θέλω δόξαν sont reproduits dans Rapt. Parn., pp. 696-699, 701-702, et Mat. Parn., pp. 419-426.

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helléniques"1. En d'autres mots: au moment où la révolution crétoise attisait les espoirs de la nation, D. Paparrigopoulos avait tort de rester enfermé dans ses impasses individuelles. Vassiliadis était toujours prêt à critiquer le romantisme; il n'en constituait pas moins un des principaux représentants; il respirait avec trop de difficulté, lui aussi, dans une Grèce pauvre et suffocante.

12) Σαρικοφόρος : comédie écrite en prose et, de ce fait, exclue du concours. Le genre comique ayant été toujours présenté en vers dans l'Antiquité, les poètes modernes n'ont pas à libérer la comédie "des liens du rythme"2.

13) Μώμος ο Ελικώνιος: comédie inacceptable au concours en raison de son contenu; elle ridiculise non seulement tous les poètes modernes, mais aussi les juges universitaires en tant que philologues, médecins, etc. L'auteur avoue se présenter au concours non pour la couronne, mais pour les 1.000 drachmes. Cette attitude est fustigée par le rapporteur, et la compétence du jury longuement défendue3.

Oeuvre de l'historien Epaminondas Stamatiadis (1835-1901), la comédie en question était publiée la même année à Athènes, avec quelques mots "au lecteur"; le poète y protestait vivement contre son exclusion d'un concours qui acceptait, cependant, même des poèmes blasphématoires. "Nous ne voulûmes bafouer aucun poète personnellement, encore moins les derniers juges. Notre seul objectif fut, tout simplement, de persifler la superactivité poétique qui s'est développée irrésistiblement ces dernières années, ainsi que l'esprit pédant qui a dominé au jugement des poèmes. Si quelques-uns se sentirent visés, ce n'est pas de notre faute"4.

En réalité, toute une série de poètes ou de versificateurs contemporains étaient mis en cause dans la comédie de Stamatiadis: P. Soutsos, G. Exarchopoulos, Capsoképhalos le zantiote, Ch. Sakellariadis, I. Skylitsis, G. Skokos, I. Matharikos, E. Loverdos, A. Pothitos, S. Mélissinos, I. Bartas, G. Stavridis, Ph. Papadimitriou, Ch. Parménidis, Jean Carassoutsas, A. Vyzantios, P. Synodinos, Arion, A. Afxentiadis, S. Carydis, A. Manoussos, P. Contopoulos, Ch. Samartzidis. 

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1. Εθνική Βιβλιοθήκη 2 (1867) 328-331 [=Αττικαί Νύκτες III,, pp. 316-324].

2. Jugement de 1867, pp. 31-33.

3. Ibid., pp. 33-37.

4. E. Stamatiadis, Μώμος ο Ελικώνιος, κωμωδία εις πράξιν μίαν, Athènes 1867 p. [3]. La deuxième édition de cette comédie a paru avec un poème comique: Πανοικίας, ποίημα κωμικόν εις άσματα πέντε - Μώμος ο Ελικώνιος, κωμωδία εις πράξιν μίαν, Samos 1897.

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http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/234.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

Rassemblés sur le mont Hélicon, ces poètes ne faisaient que se vanter ou se disputer, devant un jury littéraire dont les membres étaient visiblement ceux du concours de 1865: Coumanoudis (Stamnochéroulis), Roussopoulos (Inaios) et Aphentoulis (Trémentinas). A Momos, un «nouveau poète», les juges ne posaient que des questions absurdes; Stamnochéroulis l'interrogeait sur l'archéologie, Inaios sur l'orthographe du mot ίνε1, Trémentinas sur la médecine. Le nouveau poète répondait correctement, remportait la victoire et demandait les 1.000 drachmes:

ποιητής κ' εγώ εβγήκα, έτζι το 'φερ' η κατάρα.

C'est ainsi, que, suivant l'exemple de Tertsétis (1858), Stamatiadis recourait à la comédie pour se moquer des concours. Historien de son île Samos, il avait l'occasion, depuis le 12 avril 1866, d'étudier les mœurs littéraires de la capitale de près, venu à Athènes en tant qu'exilé politique2. Il n'apportait pourtant pas grand-chose à la poésie de son temps: sa comédie, utile comme source littéraire, est loin de dépasser un amateurisme ennuyeux.

14) Ο βασιλεύς Νίσος : drame en cinq parties. L'intrigue est maladroite, les personnages inconsistants, la versification défectueuse. «L'auteur ne semble posséder aucune expérience de l'art dramatique»3.

Il s'agissait d'une des premières œuvres de Timoléon Ambélas (1850-1926)4.

15) Αλέξανδρος ο τύραννος: drame en cinq actes. Le choix de l'intrigue est mauvais, l'économie défectueuse; les défauts sont plus nombreux que les qualités5.

16) Κοριολάνος : drame en cinq parties; œuvre, apparemment, d'un jeune débutant. Les personnages sont mal décrits, la vérité historique est violée arbitrairement. La langue et la versification ne manquent pas de fautes6.

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1. Roussopoulos écrivait ίνε au lieu de είναι; d'où son sobriquet Inaios. Rappelons que Cléon Rangabé (Ιουλιανός ο Παραβάτης, p. λη') ironise, lui aussi, sur les fantaisies orthographiques du rapporteur de 1865.

2. Sp. De Biazi, «Επαμεινώνδας Σταματιάδης», Ποιητικός Ανθών 1 (1877) 380.

3. Jugement de 1867, p. 37.

4. Ν. Ι. Lascaris, Ιστορία του νεοελληνικού θεάτρου, t. II, Athènes 1939, p. 142; cf. MEE 4 (1928) 338.

5. Jugement de 1867, p. 38. N. I. Lascaris (op. cit., t. I, Athènes 1938, p. 225) lie le sujet de cette œuvre à celui de ©ήβη de Pervanoglos.

6. Jugement de 1867, p. 38.

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    22. Moullas, Concours poetiques

    corrupteur des "mœurs helléniques"1. Un événement important, le succès obtenu à Athènes par la tragédienne italienne Adélaïde Ristori (janvier 1865)2, était venu poser à nouveau le problème du théâtre grec et, en quelque sorte, précipiter sa solution. L'enthousiasme provoqué par cet événement n'avait pas tardé à donner des fruits. Un comité de théâtre (C. N. Costis, A. R. Rangabé, A. Vlachos et G. Tertsétis), nommé par le gouvernement Coumoundouros, s'occupait bientôt de constituer une troupe grecque de valeur et de préparer, pour la période 1865-1866, toute une série de représentations de pièces helléniques. C'est dans le cadre de ces représentations qu'allaient connaître un succès certain, quelques mois plus tard, la comédie de Vlachos Η κόρη του παντοπώλου (5 janvier 1866), le drame de Vernardakis Μαρία Δοξαπατρή (10 décembre 1865) et notamment sa tragédie Μερόπη (12 mars 1866).

    Dans ces conditions, il était normal que le jury de 1865, de son côté, voulût encourager le théâtre national en décernant le prix à une œuvre dramatique. Mais l'actualité du drame rendait plus sensible l'absence de la comédie, et Roussopoulos déplorait le fait qu'"autant que nous nous en souvenions... aucun auteur n'a encore envoyé une pièce comique"3. Était-ce, en même temps, un effort pour dissiper la lourde atmosphère des pleurnicheries romantiques en faisant appel à un genre littéraire qui, par définition, déclenchait l'hilarité? Quoi qu'il en soit, le public et les concurrents de l'année suivante auraient leur part de rire grâce à un canular inattendu.

    5. 1866 : La farce de Vlachos

    Il va de soi que, dans les coulisses universitaires, les querelles

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    1. Irénée Assopios, chroniqueur dramatique de la revue Χρυσαλλίς sous le pseudonyme Althotas, ne manquait pas lui non plus, selon l'expression de A. Vyzantios (Χρυσαλλίς 1, 1863, 88), "de pleurer deux fois par mois sur le dénouement habituellement pitoyable des mélodrames étrangers". Dans la même revue, les rares représentations de pièces grecques - Παραμονή de A.R. Ranagabé (25 janvier 1863) ou Η άλωσις του Μεσολογγίου (30 janvier 1864)- étaient chaleureusement accueillies: Χρυσαλλίς 1 (1863) 88-90 et 2 (1864) 55-56.

    2. Voir G. Mavroyannis, "Η κ. Ριστόρη και η Μήδεια του κ. Legouvé", Χρυσαλλίς 3 (1865) 52-56 et 81-83; Ε. M. Roïdis, Έργα, t. VI, Athènes 1913, pp. 79-84.

    3. Jugement de 1865, p. 330. Roussopoulos se trompait une fois de plus, ignorant la comédie envoyé par G. Tertsétis en 1858. Coumanoudis, meilleur connaisseur de l'histoire des concours, allait corriger cette inexactitude l'année suivante.