Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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contraire, elle propageait la révolte et la contestation, l'esprit anti-national et anti-religieux. Les concours poétiques, incapables de répondre à leur mission, sombraient dans les scandales. A quoi bon les conserver plus longtemps?

On ne pouvait pas poser le problème autrement qu'en termes moraux. Il n'était pas encore évident que cette institution «inutile» découlait d'un ensemble d'impératifs sociaux qui garantissaient sa survie plus qu'ils ne menaçaient son existence. On parlait de déclin, au moment précisément où les concours mobilisaient de plus en plus les ambitions collectives. On ignorait que le vrai déclin, lorsqu'il commencerait à apparaître, ne serait pas lié aux scandales, mais d'une part à la rupture des équilibres existant entre l'offre et la demande et d'autre part à la caducité d'une institution incapable de canaliser les nouveaux besoins. Mais on n'en était pas encore là.

6. 1867 : Patriotisme et exaltation

En dépit de toutes les critiques amères sur les concours, les poèmes envoyés en 1867, au nombre de 17, marquaient une augmentation sensible et égalaient presque le record de 1857 (18 œuvres). C'était une année d'exaltation patriotique sans précédent; la révolution crétoise, qui se prolongeait, sensibilisait les consciences et mobilisait les énergies; A. Valaoritis publiait son Αθανάσης Διάκος et son Αστραπόγιαννος. Dans la Grande Salle de l'Université d'Athènes, le 7 mai 1867, la cérémonie poétique précédait celle du concours littéraire de Rodocanakis, qui allait décerner son prix à C. Sathas1.

Par rapport au jury de l'année précédente, celui de 1867 ne présentait qu'un seul nouveau membre: le rapporteur D. Sémitélos (1830-1898). A. R. Rangabé, recteur maintenant, était parti pour l'Amérique le 15 avril et était remplacé par le vice-recteur M. Venizélos; St. Coumanoudis, une fois de plus, faisait partie du jury. Mais sur les quatre professeurs (Rangabé, Sémitélos, Venizélos, Coumanoudis) qui signaient ensemble le Jugement de 1867 trois seulement, semble-t-il, ont accompli effectivement leur office: il est peu possible que le premier, absent à la veille du concours, ait participé activement aux préparatifs de celui-ci.

Le véritable protagoniste, le rapporteur D. Sémitélos, était mal

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1. Πανδώρα 18 (1867-68) 41. Mais cette revue ne publie (pp. 42-45 et 81-87) que le rapport sur le concours de Rodocanakis.

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à l'aise dans un rôle qu'il assumait pour la première et la dernière fois. Il n'allait pas briller par son expérience dans le domaine de la poésie moderne. "Le travail critique lui était étranger et indifférent, ainsi qu'en témoigne son rapport, écrit à la hâte et sans entrain"1. Préoccupé par les questions métriques, il était à peine capable de formuler une réflexion littéraire sans recourir aux citations des auteurs antiques et aux lieux communs les plus ennuyeux. Son manque d'humour sautait aux yeux; à propos du poème Κρητηίς, il observait: "Dans le troisième chant et ailleurs, la mention répétée de la nourriture et de la boisson est blâmable. Le héros du poème et les autres crétois risquent ainsi d'être considérés comme voraces"2. Partisan de la langue savante, en dépit de ses attaques contre "l'archaïsme exagéré", il ne cachait pas son faible pour "l'exemple parfait du grec ancien" et n'hésitait pas à féliciter l'auteur de Κρητηίς pour avoir choisi "non pas le dialecte du peuple, mais celui des savants"3. Moraliste, il estimait qu'"une œuvre poétique, pour être véritablement une œuvre d'art, doit avoir comme fondement la vérité et comme but la morale et l'utilité"4. Réactionnaire, il se lançait dans des attaques sommaires contre tout esprit nouveau.

Il s'en prenait aux détracteurs des concours avec véhémence: "Pour notre grand malheur, une tendance immorale et pernicieuse s'est manifestée depuis quelques années dans notre jeune société, une tendance qui consiste à contester et à bafouer tout ce qui est ancien, bien placé, traditionnel, légitime - sans lequel aucune société humaine ne peut progresser - pour que toute discrimination sociale disparaisse et que tout soit, en quelque sorte, nivelé. Malheureusement, cette tendance n'a pas laissé intacte notre poésie et le concours poétique présent. Il a fallu que nos poètes modernes, aussi bien les vivants que les morts, fussent traités de vauriens, afin d'être placés tous au même niveau, à un niveau prosaïque; que le concours poétique fût critiqué comme mutile et ridicule; que les juges universitaires fussent accusés d'incompétence. Voilà ce que beaucoup ont commencé à faire depuis quelques années contre tout esprit de justice et d'utilité à l'égard de notre jeune vie nationale"5. Les romantiques contestataires, les chicaneurs de

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1. C. Th. Dimaras, "Ο διαγωνισμός του 1867", dans le journal Το Βήμα, 5 mai 1967 [=NE 81, 1967, 649].

2. Jugement de 1867, Athènes 1867, p. 52.

3. Ibid., pp. 33 et 46. Ailleurs (p. 32), l'"exemple des anciens" était érigé en loi éternelle de la poésie.

4. Ibid., pp. 36-37.

5. Ibid., pp. 33-34.

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toutes sortes, Ange Vlachos et ceux qui niaient l'«utilité nationale» des concours étaient renvoyés dos à dos comme tenants de la même «tendance immorale et pernicieuse».

A vrai dire, Sémitélos avait tout lieu de se montrer, au nom du jury, aussi sensible aux critiques. L'appel lancé par Roussopoulos et Coumanoudis en faveur de la comédie portait ses fruits: deux poèmes parmi ceux envoyés en 1867 appartenaient au genre comique. Mais la déception des juges était néanmoins de taille. Car, si la première comédie, Σαρικοφόρος, écrite en prose, n'avait pas le droit d'entrer en lice, la seconde, Μώμος ο Ελικώνιος, posait des problèmes plus sérieux; elle ridiculisait les concours et les universitaires et, à l'instar de la comédie de Tertsétis en 1858, elle transportait la contestation à l'intérieur du jury, obligeant ainsi les professeurs à juger une œuvre qui les prenait pour cible. Or Sémitélos traduisait les sentiments de tous ses collègues, lorsque, par des exemples puisés dans l'Antiquité, il essayait de démontrer qu'un jury, pour être compétent en matière de poésie, n'avait point besoin de membres-poètes1. Peine perdue: son propre rapport n'était pas de nature à servir ses arguments.

Selon ce rapport, les 17 poèmes du concours étaient répartis en 6 épico-lyriques, 5 lyriques, 5 dramatiques (2 comédies et 3 tragédies) et une épopée. Voici un résumé du Jugement de 1867, accompagné, quand faire se peut, de notre commentaire.

1 ) Η αποθανούσα : poème épique qualifié par son auteur de «poème historique en trois phases». Il contient environ 1000 vers. C'est une œuvre puérile et dépourvue de toute valeur.

2) Δάμων : poème épico-lyrique en 1872 vers, relatant un crime crapuleux de Paris. Il est «bizarre», obscur, plein d'archaïsmes et de défauts.

3) Ακροναυπλιάς : poème épico-lyrique en trois chants (1025 vers). Intrigue maladroite, archaïsmes, versification souvent défectueuse. «Ce poème n'a pas de qualités visibles»; il semble être l'œuvre d'un débutant.

4) Η κόρη του Σίννιδος : poème épico-lyrique «sans unité», divisé en deux parties. Fautes de grammaire, de versification et d'orthographe. L'auteur emprunte son intrigue toute faite à un texte étranger traduit dans Χρυσαλλίς 1 (1863) 290 sq.

5) Aι ηρωίδες του Ζαλόγκου : poème épico-lyrique en 370 vers. Le sacrifice des femmes de Souli est relaté «sans épisodes, sans art épique

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1. Ibid., pp. 34 sq.

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et sans aucune invention". Les strophes de 10 vers ne conviennent pas au caractère du poème. L'auteur envoie également trois poésies lyriques (Εις ποιμενίδα, Νηνεμία, Τη μούση μου) qui sont réussies, notamment la première; elles sont citées en entier1.

6) Κλεονίκη : poème épico-lyrique en trois chants. Il relate l'assassinat de la prêtresse Cléonice par le roi de Sparte Pausanias. (L'intrigue, empruntée à Plutarque (Cimon, chap. VI), donne au rapporteur l'occasion de se livrer à de minutieuses comparaisons entre le poème et sa source). La langue, non exempte d'archaïsmes, est "florissante, puissante et pleine de grâce". L'auteur s'applique à imiter la poésie antique qu'il semble connaître assez bien; mais il n'évite pas toujours une certaine froideur. Son patriotisme est incontestable: à travers le tyran Pausanias, le poète fustige les occupants de Constantinople, ce qui s'inscrit à son actif2.

Cette œuvre, exclue l'année précédente, marquait la dernière apparition de Jean Carassoutsas sur la scène des concours3. Depuis 1859, le poète de Βάρβιτος s'était gardé de rejoindre les concurrents. Il ne manquait pas maintenant, lui aussi, de sacrifier à la mode. Il traitait un sujet antique, truffait ses vers de noms mythologiques et d'archaïsmes, se créait un décor à la mesure de l'époque:

Εις θάλαμον ευώδη, ον Βαβυλών και Τύρος

διά φαιδρών ταπήτων και βύσσου της πλουσίας

κοσμούσιν εναμίλλως, επί χρυσού κλιντήρος

ρεμβάζει ο της Σπάρτης προδότης Παυσανίας.

Parfois, son tempérament romantique explosait avec force:

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1. Ibid., pp. 9-13. Ch. Anninos (Ο Σύλλογος των Εισαγγελέων, op. cit., pp. 340-341} donne un exemple des vers qui soulevaient l'admiration de Sémitélos:

Ελθέ, γλυκεία. ποιμενίς,

πλησίον μου να ζήσης,

ελθέ και θα γνωρίσης

πως είμαι νέος ευγενής.

2. Jugement de 1867, pp. 13-20.

3. Elle est publiée dans Πανδώρα 18 (1867-68) 134-140, et en brochure: Jean Carassoutsas, Η Κλεονίκη και έτερα ποιήματα υπό- Athènes 1868, avec une préface enflammée contre les Turcs à propos de la révolution crétoise, mais sans aucune mention du concours de 1867. Le passage cité par Sémitélos est reproduit dans Rapt. Parn., pp. 473-474, et Mat. Parn., pp. 396-399.

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Λαών βαρβάρων φύλα από Βορρά και Νότου

λάβρα σε απειλούσιν, ω Πόλις η μεγάλη.

Ομοίως γύρωθέν σου μετά λυσσώδους κρότου

βρέμει ο Πόντος, βρέμει η θάλασσα η άλλη.

Χιλίας διανύων ο Φοίβος περιόδους

ακράδαντόν σε βλέπει. Αλλ' ω κλαυθμός, ω πόνοι!

Εκ του Καυκάσου δράκων ελθών του βορβορώδους,

αίμα φυσών και φλόγα , αμφιλαφής σε ζώνει.

Mais, la plupart du temps, face aux exigences d'un long poème épique, le poète se montrait incapable d'animer un récit froid et inintéressant. Décidément, Vlachos avait raison, lorsqu'il jugeait Κλεονίκη comme un des poèmes les plus faibles de Carassoutsas et comme "complètement étranger à son univers lyrique"1.

7) Η πρώτη λάμψις άστρου γεννωμένου : recueil de poésies lyriques publiées dans le journal Ερμούπολις (1867) et, de ce fait, exclues du concours2.

8) Ποικίλα : recueil de 7 poésies lyriques, "exercices maladroits d'un poète débutant et inexpérimenté". Les défauts abondent: verbiage, manque de précision, langue irrégulière, imitations étrangères.

9) Διάφορα λυρικά ποιήματα : recueil de 15 poésies lyriques (500 vers) qui ne sont que "versus inopes rerum nugaeque canorae". Des mots tels que "fleurs", "lune pâle", "printemps", sont répétés à satiété. Fautes de grammaire et d'orthographe, métaphores erronées.

10) Σκιαί : recueil de 15 poésies lyriques. Dans la première poésie (Τοις κριταίς), citée en exemple, l'auteur, un adolescent, avoue faire ses débuts littéraires sans aucune prétention. En effet, il écrit des vers à la mesure de son âge. Mais il aurait mieux fait d'étudier la poésie d'Horace, "à la place des poèmes étrangers qu'il semble lire et imiter"3.

Cet adolescent n'était autre que le futur historien Spyridion Lambros (1851-1919)4. A 16 ans, il donnait à sa première participation aux concours le caractère d'une profession de foi:

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1. A. Vlachos, Περί Ιωάννου Καρασούτσα, op. cit., p. 35 [_=Ανάλεκτα, t. II, p. 79].

2. Jugement de 1867, p. 20. Il s'agissait, peut-être, de poésies de T. Ambélas.

3. Ibid., pp. 22-24.

4. Cinq poésies appartenant au recueil Σκιαί sont publiées séparément; voir G. Charitakis, Κατάλογος δημοσιευμάτων Σπ. Λάμπρου, Νο 17, 18, 19, 23 et 25, dans le volume Σπυρίδων Π. Λάμπρος 1831-1919, Athènes 1920, p. 37.

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Ευθαρσώς την λύραν κρούω, μείραξ έτι, της καρδίας,

ούτε άθλα περιμένων ούτε δάφνας ονειρώττων.

Άσματα δεν θα ποιήσω, δεν θα ψάλλω μελωδίας.

Είναι τούτο της ψυχής μου το πτερύγισμα το πρώτον.

Νικητήρια δεν ψάλλω και πολεμικούς παιάνας·

δεν με ευνοούν αι Μούσαι, είμαι μόνον στιχουργός·

επιπλέον είμαι μείραξ'· έτι τρέφομαι με πλάνας,

και σπινθήρ δεν με θερμαίνει της πολεμικής φλογός.

Lambros avait fait ses premiers vers à 13 ans (mars 1864), lorsqu' il avait adapté en grec un poème de Béranger1. Jusqu'en 1872, année de son départ pour l'Allemagne, ses activités littéraires sont intenses: il compose des poèmes lyriques et des drames, fait des traductions, participe aux concours à quatre reprises, publie une étude sur Zalocostas (1868). C'est à partir de 1872 que Sp. Lambros, absorbé par ses études et par ses travaux scientifiques, abandonne la poésie pour une carrière universitaire brillante. Jusqu'à la fin de ses jours, il écrit des vers, sans les publier et, surtout, sans se faire trop d'illusions sur son talent. Ce qui n'a pas empêché un de ses biographes, André N. Skias, de voir en lui un "vrai poète" qui, s'il avait continué son œuvre, "serait devenu probablement le poète le plus grand et le plus populaire de la Grèce moderne"2.

11) Χελιδόνες : recueil de 7 poésies lyriques (560 vers) qui dépasse de loin tous les précédents. Pleines de passion, ces poésies sont caractérisées par un ton dithyrambique, par une imagination sans bornes, par une tendance aux lamentations; elles sont néanmoins obscures, énigmatiques et privées de clarté. L'auteur, expérimenté, semble influencé par "la muse moderne des poètes lyriques étrangers". La versification est "irréprochable" et "la composition des strophes simple et bonne". Est citée en entier la première poésie, Προς τον ήλιον3.

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1. Ibid., p. 36.

2. Ibid., p. 16. -Sur Sp. Lambros en tant que poète, voir: E. M. Edmond, Modern Greek Poets, The Woman's World, mai 1888, pp. 315-322; G. Charitakis, op. cit., pp. 35 sq.; André N. Skias, Ibid., pp. 12-18; D. Simos Balanos, Σπυρίδων Π. Λάμπρος 1851-1919 (Ανατύπωσις εκ του Β' Παραρτήματος των Ηπειρωτικών Χρονικών), Jannina 1929, pp. 5-9; A. Adamantiou, Σπυρίδων Λάμπρος, ΜΕΕ 15 (1931) 759-760; Nicos A. Bees, "Ο Στ. Κουμανούδης ως κριτής ποιητικών πρωτολείων του Σπ. Π. Λάμπρου", NE 23 (1938) 77-81 ; M. Valsa, Le théâtre grec moderne de 1453 à 1900, Berlin 1960, p. 318.

3. Jugement de 1867, pp. 24-30.

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Il s'agissait de la deuxième participation aux concours de D. Paparrigopoulos1. Le romantisme athénien atteignait son apogée. L'auteur de Στόνοι faisait un pas en avant et imposait sa personnalité; il était le chantre des ténèbres:

Ναι, νυξ· το φως είν' ειρωνεία,

όπου κυλίονται, οδύναί·

νυξ βαθυτάτη και σκοτία

ο ουρανός του πόνου είναι.

Και όμως, Ήλιε, πού τείνει

πού η μακρά αυτή πορεία;

ουδ' ίχνος όπισθεν αφίνει·

το φως διώκει η σκοτία.

Si son pessimisme demeurait véhément, sa foi semblait ravivée:

Με αναμένει ο Θεός και η αθανασία

alors que son désespoir laissait place parfois aux lieux communs anacréontiques:

Ροφώμεν, ροφώμεν τον άκρατον οίνον,

την κόμην με κλήματος κλάδους κοσμώμεν,

ο οίνος το πνεύμα προς τ' άνω ευθύνων

την γην διαγράφει· πληρούτε, ροφώμεν.

En 1867, publié en volume, Ποιήσεις de D. Paparrigopoulos marquait sans doute un événement de première importance. Sp. Vassiliadis, ami intime de l'auteur, était un homme tout indiqué pour rendre compte de ces poésies: il ne les voyait point comme des "inspirations", mais comme des "études" inspirées par des réflexions et des lectures philosophiques; aussi leur manque de délicatesse, d'harmonie, de douceur et de grâce était-il compréhensible. "Produits de notre époque, fleurs qui s'épanouissent dans l'asphyxie romantique et dans la vie suffocante de notre Grèce pauvre, les poésies de M. D. Paparrigopoulos ont un caractère excessivement mélancolique et désespéré". Or, selon Vassiliadis, l'auteur de Ποιήσεις pouvait, s'il le voulait, "orienter les tendances de son cœur saignant vers des sujets plus vaillants et plus

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1. Χελιδόνες est publié avec Στόνοι dans D. Paparrigopoulos, Ποιήσεις, op. cit., pp. 73-100. Les poèmes Προς τον ήλιον et Δεν θέλω δόξαν sont reproduits dans Rapt. Parn., pp. 696-699, 701-702, et Mat. Parn., pp. 419-426.

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helléniques"1. En d'autres mots: au moment où la révolution crétoise attisait les espoirs de la nation, D. Paparrigopoulos avait tort de rester enfermé dans ses impasses individuelles. Vassiliadis était toujours prêt à critiquer le romantisme; il n'en constituait pas moins un des principaux représentants; il respirait avec trop de difficulté, lui aussi, dans une Grèce pauvre et suffocante.

12) Σαρικοφόρος : comédie écrite en prose et, de ce fait, exclue du concours. Le genre comique ayant été toujours présenté en vers dans l'Antiquité, les poètes modernes n'ont pas à libérer la comédie "des liens du rythme"2.

13) Μώμος ο Ελικώνιος: comédie inacceptable au concours en raison de son contenu; elle ridiculise non seulement tous les poètes modernes, mais aussi les juges universitaires en tant que philologues, médecins, etc. L'auteur avoue se présenter au concours non pour la couronne, mais pour les 1.000 drachmes. Cette attitude est fustigée par le rapporteur, et la compétence du jury longuement défendue3.

Oeuvre de l'historien Epaminondas Stamatiadis (1835-1901), la comédie en question était publiée la même année à Athènes, avec quelques mots "au lecteur"; le poète y protestait vivement contre son exclusion d'un concours qui acceptait, cependant, même des poèmes blasphématoires. "Nous ne voulûmes bafouer aucun poète personnellement, encore moins les derniers juges. Notre seul objectif fut, tout simplement, de persifler la superactivité poétique qui s'est développée irrésistiblement ces dernières années, ainsi que l'esprit pédant qui a dominé au jugement des poèmes. Si quelques-uns se sentirent visés, ce n'est pas de notre faute"4.

En réalité, toute une série de poètes ou de versificateurs contemporains étaient mis en cause dans la comédie de Stamatiadis: P. Soutsos, G. Exarchopoulos, Capsoképhalos le zantiote, Ch. Sakellariadis, I. Skylitsis, G. Skokos, I. Matharikos, E. Loverdos, A. Pothitos, S. Mélissinos, I. Bartas, G. Stavridis, Ph. Papadimitriou, Ch. Parménidis, Jean Carassoutsas, A. Vyzantios, P. Synodinos, Arion, A. Afxentiadis, S. Carydis, A. Manoussos, P. Contopoulos, Ch. Samartzidis. 

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1. Εθνική Βιβλιοθήκη 2 (1867) 328-331 [=Αττικαί Νύκτες III,, pp. 316-324].

2. Jugement de 1867, pp. 31-33.

3. Ibid., pp. 33-37.

4. E. Stamatiadis, Μώμος ο Ελικώνιος, κωμωδία εις πράξιν μίαν, Athènes 1867 p. [3]. La deuxième édition de cette comédie a paru avec un poème comique: Πανοικίας, ποίημα κωμικόν εις άσματα πέντε - Μώμος ο Ελικώνιος, κωμωδία εις πράξιν μίαν, Samos 1897.

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Rassemblés sur le mont Hélicon, ces poètes ne faisaient que se vanter ou se disputer, devant un jury littéraire dont les membres étaient visiblement ceux du concours de 1865: Coumanoudis (Stamnochéroulis), Roussopoulos (Inaios) et Aphentoulis (Trémentinas). A Momos, un «nouveau poète», les juges ne posaient que des questions absurdes; Stamnochéroulis l'interrogeait sur l'archéologie, Inaios sur l'orthographe du mot ίνε1, Trémentinas sur la médecine. Le nouveau poète répondait correctement, remportait la victoire et demandait les 1.000 drachmes:

ποιητής κ' εγώ εβγήκα, έτζι το 'φερ' η κατάρα.

C'est ainsi, que, suivant l'exemple de Tertsétis (1858), Stamatiadis recourait à la comédie pour se moquer des concours. Historien de son île Samos, il avait l'occasion, depuis le 12 avril 1866, d'étudier les mœurs littéraires de la capitale de près, venu à Athènes en tant qu'exilé politique2. Il n'apportait pourtant pas grand-chose à la poésie de son temps: sa comédie, utile comme source littéraire, est loin de dépasser un amateurisme ennuyeux.

14) Ο βασιλεύς Νίσος : drame en cinq parties. L'intrigue est maladroite, les personnages inconsistants, la versification défectueuse. «L'auteur ne semble posséder aucune expérience de l'art dramatique»3.

Il s'agissait d'une des premières œuvres de Timoléon Ambélas (1850-1926)4.

15) Αλέξανδρος ο τύραννος: drame en cinq actes. Le choix de l'intrigue est mauvais, l'économie défectueuse; les défauts sont plus nombreux que les qualités5.

16) Κοριολάνος : drame en cinq parties; œuvre, apparemment, d'un jeune débutant. Les personnages sont mal décrits, la vérité historique est violée arbitrairement. La langue et la versification ne manquent pas de fautes6.

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1. Roussopoulos écrivait ίνε au lieu de είναι; d'où son sobriquet Inaios. Rappelons que Cléon Rangabé (Ιουλιανός ο Παραβάτης, p. λη') ironise, lui aussi, sur les fantaisies orthographiques du rapporteur de 1865.

2. Sp. De Biazi, «Επαμεινώνδας Σταματιάδης», Ποιητικός Ανθών 1 (1877) 380.

3. Jugement de 1867, p. 37.

4. Ν. Ι. Lascaris, Ιστορία του νεοελληνικού θεάτρου, t. II, Athènes 1939, p. 142; cf. MEE 4 (1928) 338.

5. Jugement de 1867, p. 38. N. I. Lascaris (op. cit., t. I, Athènes 1938, p. 225) lie le sujet de cette œuvre à celui de ©ήβη de Pervanoglos.

6. Jugement de 1867, p. 38.

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Il s'agissait d'une œuvre de Jean A. P. Mavromichalis (1851-1875)1.

17) Κρητηίς : épopée en 12 chants (plus de 10.000 hexamètres), ayant comme sujet la conquête de la Crète par les Vénitiens. Imitateur d'Homère, l'auteur est un poète expérimenté qui parvient à donner une image complète de la vie crétoise. Sa langue (savante) est "à la hauteur de l'intrigue et du genre épique"; les métaphores, les images, les comparaisons sont, en général, réussies. Mais ce poème "remarquable", qui dépasse de loin tous les précédents, ne manque pas de défauts: l'économie est souvent défectueuse et l'hexamètre, vers étranger au sens rythmique des Grecs modernes, mal choisi. Par ailleurs, l'épopée en question est incomplète, l'auteur n'ayant pas eu le temps de terminer une œuvre aussi volumineuse. Les juges croient, cependant, que cette œuvre pourrait devenir un véritable "poème national", si elle était complétée et corrigée. Pour le moment, elle ne peut obtenir le prix; son auteur reçoit le premier accessit; celui de Κλεονίκη en reçoit le second et celui de Χελιδόνες le troisième2.

A. Antoniadis, auteur de Κρητηίς, bénéficiait, une nouvelle fois, de la faveur universitaire. Il était l'homme de la situation, et il savait l'être. Ses atouts, par rapport à ceux de Carassoutsas et de D. Paparrigopoulos, étaient imbattables; à un moment d'exaltation patriotique, une épopée qui, par son sujet et même par son titre, faisait allusion à l'actualité la plus brûlante, qui combinait les réminiscences homériques avec l'esprit folklorique à la mode et qui se pliait à un conformisme apparemment néo-classique et essentiellement romantique, avait assurément tous les avantages pour être célébrée comme "poème national". Antoniadis ne faisait que transplanter l'univers héroïque d'Homère sur les montagnes crétoises:

Ψάλλω ηρώων ανδρών τα παθήματα, οίτινες όρη

πύργον κρατούν δυνατόν κατά πάσης εφόδου τυράννων.

Et ce n'était pas un hasard si le rapporteur Sémitélos admirait ces hexamètres qui, loin de communiquer un message, accumulaient des mots-stimulants vides de sens:

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1. Jean A. P. Mavromichalis, Κοριολάνος, δράμα διδαχθεν το πρώτον από της εν Αθήναις Εθνικής Σκηνής τον Ιανουάριον του 1868, Athènes 1868. - Sur l'auteur, voir la nécrologie publiée dans l'"Annuaire de l'Association pour l'Encouragement des Études Grecques" 9 (1875) 390.

2. Jugement de 1867, pp. 39-50.

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Ούτω Ρωμαίος ποτέ στρατηγός των Ελλήνων γινώσκων

αίσθημα ποίον ψυχάς προς ελεύθερον βίον φλογίζει,

θέλων καιρόν να κερδήση, θωπεύων μ' αλώπεκος τρόπον,

ήτις τον κόρακα είχε πτηνών βασιλέα δοξάσει,

κήρυκα λόγον τοιούτον βοώντ' εις το πλήθος αφήκεν,

ότε τα Ίσθμι' αγώνα κοινόν πανταχόθεν ετέλουν.

Car, dans la mesure où l'exaltation patriotique hypertrophiée imposait son primat dans tous les domaines, le rôle de la poésie devenait clair. Celle-ci avait moins comme mission de donner un sens aux mots que de mettre en vers un discours idéologique où le sens, déjà investi dans le sentiment commun, était seulement à suggérer et non à découvrir. A cet égard, Antoniadis avait la tâche facile. Polygraphe, superficiel, imitateur habile, il était un des meilleurs représentants de cette poésie médiocre. Son "poème national", complété selon les conseils de Sémitélos et publié en 18681, allait connaître deux rééditions (1881, 1899) qui ne manquaient pas de mentionner l'accessit obtenu au concours de 1867. Mais le titre de la troisième édition (1899) était encore plus riche: il indiquait que Κρητηίς avait été, entre-temps, recommandée comme lecture pédagogique dans les lycées crétois par décret royal.

Il n'en reste pas moins que l'épopée d'Antoniadis apportait, au moment propice, un matériel folklorique de première importance. Connaisseur des mœurs et des traditions de son île, le poète avait inséré dans Κρητηίς des renseignements précieux sur la vie et sur les coutumes crétoises, ce qui fut pour beaucoup dans l'admiration suscitée par son œuvre. Nicolas G. Politis, le fondateur de la science du folklore en Grèce, allait puiser abondamment à cette source pour montrer la survivance des traditions antiques2. S. N. Vassiliadis la considérait comme "notre seule épopée nationale depuis la Guerre de l'Indépendance"3. En 1904 encore, G. Mistriotis estimait qu'aucun poète épique contemporain n'égalait l'auteur de Κρητηίς4.

En tout état de cause, le verdict du jury de 1867 prouvait qu'Antoniadis, quoique non couronné, avait consolidé sa place dans la

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1. A. I. Antoniadis, Κρητηίς, ήτοι ο Λακκιώτης Δράκος και της Κρήτης οι Ορεινοί, έπος ποιηθέν μεν υπό -, καθηγητού εν Πειραιεί, τυχόν δε του πρώτου επαίνου εις τον ποιητικόν διαγωνισμόν του φιλογενούς Κ. Βουτσινά, τη 7 Μαΐου 1867, Athènes 1868.

2. Ν.G. Politis, Μελέτη επί του βίου των νεωτέρων Ελλήνων, t. Ι, Athènes 1871, pp. 62-63, 89, 101, 141, 142, 150, 187-188.

3. S.N. Vassiliadis, Αττικαί Νύκτες ΠΙ, Athènes 1875, p. 346.

4. Réponse à une enquête du journal Αθήναι; voir Παναθήναια 9 (1904-1905) 28.

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faveur universitaire. Au moment où Carassoutsas se retirait des concours définitivement, il était bien évident que le recrutement de nouveaux poètes ne posait pas de problèmes. La voie du succès littéraire, ouverte à de larges couches d'amateurs enthousiastes, paraissait plus praticable que jamais. Après tant d'années d'expérience, les mécanismes de l'institution poétique n'étaient plus un secret pour personne. Les critères fondamentaux sur lesquels les professeurs appuyaient leur jugement devenaient de plus en plus clairs. Par ailleurs, l'offre se rééquilibrait pour correspondre à la demande. Tous les genres littéraires avaient déjà droit de cité sans exclusives. Depuis 1865, la poésie lyrique et la poésie épique n'étaient plus les seules à occuper le devant de la scène; le drame avait été couronné (1865), le retour à l'épopée s'était avéré payant (1867) et la comédie avait devant elle un avenir prometteur. Popularisés et ouverts à tous ceux qui, spécialistes ou non, pouvaient répondre à leur appel, les concours entraient dans une phase d'expansion sans précédent — les poèmes envoyés en 1868 seraient au nombre de 31! — et semblaient traverser une période de prospérité. Ils étaient toutefois arrivés au point où la libre circulation de monnaies de toutes sortes dans le marché littéraire, annonçait un début d'inflation.

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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CHAPITRE II

LE SAUT QUANTITATIF (1868-1871)

Τας παραλυτικάς αυτών ποιήσεις

με άνθη και ψιμμύθιον κοσμούσιν,

ενδύουσι κομψώς και σαβανούσιν

εις πλείστας και ψυχράς μεταρρυθμίσεις.

D. Paparrigopoulos (1867)

L'heure du théâtre, nous l'avons déjà vu, avait sonné pour les concours poétiques universitaires en 1865, lorsque le prix avait été décerné au drame d'Antoniadis Φίλιππος ο Μακεδών. Les rapporteurs Roussopoulos (1865) et Coumanoudis (1866) avaient sollicité l'envoi de drames et de comédies en termes non ambigus. Au même moment, Vernardakis et Vlachos offraient, sur la scène du Théâtre d'Athènes, des exemples dramatiques à suivre. Si Μαρία Δοξαπατρή (1858), jouée pour la première fois en 1865 et rééditée en 1868 sans sa préface, demeurait toujours une pièce romantique exemplaire qui orientait de nombreux auteurs (S. Carydis, T. Ambélas, S. N. Vassiliadis, Sp. Lambros, etc.) vers l'histoire médiévale, Μερόπη (1866), cristallisation du revirement classique amorcé chez Vernardakis par Κυψελίδαι (1860), devenait le nouveau modèle de retour à l'Antiquité.

Des décennies durant, le théâtre néo-hellénique n'allait pas sortir de la voie dans laquelle l'avait engagé l'auteur de Μερόπη. En 1893, à propos de Φαϋστα, C. Palamas rejetait sur Vernardakis toute la responsabilité d'une production dramatique pléthorique et inconsistante: "La tragédie, toujours la tragédie! Avec ses empereurs et ses impératrices, sa langue savante et ses trimètres iambiques, son style sublime et sa noblesse!"1.

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1. Pal. A., t. X, p. 53.

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Peut-être est-il exagéré d'attribuer à un seul homme ce qui appartient, en fin de compte, à toute une époque. Car, aussi bien le néoclassicisme que le romantisme athéniens, au moment crucial de leur lutte d'influence, découvrent dans le théâtre un nouveau domaine pour étendre leur domination. Toujours est-il que, guidée par Euripide ou par Shakespeare, orientée vers la tragédie classique ou vers le drame romantique, la production théâtrale reste, en règle générale, l'expression d'une rupture avec la réalité.

Il en va autrement avec la comédie qui, liée au réel de façon intrinsèque, est forcément ouverte, ainsi que l'avait affirmé Vernardakis lui-même, «à la vérité et à la vie»1. Vlachos et les autres auteurs comiques n'ont pas à contester cette évidence. Obligés de chercher leurs inspirations dans la vie contemporaine et quotidienne, ils ouvrent, ne fût-ce qu'involontairement, la voie au réalisme et à la langue parlée: si celle-ci gagne du terrain à partir de 1868, c'est notamment grâce aux dialogues comiques. De leur côté, les juges universitaires, en encourageant la comédie, ne perdent pas l'occasion d'élargir l'horizon des concours, de répondre aux goûts du public et, surtout, de se servir, dans leur lutte anti-romantique, d'une arme efficace. Mais jusqu'à quel point peuvent-ils déjà contrôler une situation mouvante et pleine d'imprévus ?

En effet, de nouvelles difficultés apparaissent à partir de 1868, et les rapports arithmétiques changent de manière inattendue: la réorganisation du théâtre athénien et les appels du jury à l'envoi de pièces dramatiques ne sont pas pour rien dans une augmentation forte et régulière du nombre des concurrents. Jamais les concours ne furent envahis par des œuvres aussi nombreuses; elles passent de 31 (45.000 vers) en 1868 à 45 (70.000 vers) en 1871. Si la conjoncture, elle aussi, y est pour quelque chose — la révolution crétoise, source d'exaltation d'abord et d'amertume ensuite, attise au plus haut degré l'émotivité collective —, cette augmentation résulte, en définitive, d'une convergence de causes multiples. N'oublions pas que le redoublement du nombre des étudiants dans la période 1861-1867, la stabilité et l'ouverture de l'institution poétique, l'accès plus facile au prix, etc., sont des facteurs qui favorisent plus ou moins le saut quantitatif amorcé en 1868.

Il n'en reste pas moins que ce saut quantitatif, s'il avantage la variété, est en général défavorable à la qualité. Par ailleurs, ouverts

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1. Αθηνά, 3 juin 1857.

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aux poètes débutants, les concours s'aliènent de plus en plus la sympathie des concurrents prestigieux. C'est pendant cette période que les poètes les plus en vue, notamment ceux qui s'étaient imposés dans les années 1860 (A. Vlachos, A. Paraschos, D. Paparrigopoulos et autres) commencent à se retirer des concours, l'un après l'autre. Une nouvelle génération (Jean Papadiamantopoulos, A. Provélenghios, Jean Cambouroglou, Eugène Zalocostas, Ch. Anninos et autres) prend la relève autour de 1870, sans toutefois pouvoir changer le cours des choses; elle n'a qu'à se plier aux positions romantiques et néo-classiques connues, continuant ainsi un combat qui sera bientôt, ainsi que nous le verrons, dépassé par les événements.

Cependant, si le renouvellement ne vient pas du côté des poètes, il est sensible dans la pensée critique universitaire: les nouveaux rapporteurs, notamment Th. Orphanidis (1870) et G. Mistriotis (1871) ont l'occasion d'enrichir un débat axé, la plupart du temps, sur les fautes de grammaire et sur la monotone lutte anti-romantique. L'actualité du théâtre, la réapparition du problème de la langue, les nouvelles idées européennes (H. Taine), les transformations sensibles de la société néo-hellénique posent un certain nombre de questions pertinentes et finissent par soulever une problématique plus positive.

1. 1868 : La comédie, ouverture à la réalité

En 1868, les poèmes envoyés au concours atteignaient le chiffre extraordinaire de 31! Tous les records précédents étaient largement battus. Composé de trois membres— Orphanidis (président), Aphentoulis (rapporteur) et Coumanoudis — le jury universitaire semblait, en quelque sorte, pris au dépourvu, et son porte-parole ne manquait pas d'exprimer son étonnement devant une «telle fécondité» qui produisait plus de 45.000 vers1. Pouvait-on attribuer cette brusque augmentation à la conjoncture? Sans doute le contenu des poèmes envoyés était-il significatif: 12 œuvres se référaient aux luttes patriotiques, 4 à l'amour, une seule à la religion; les autres traitaient de sujets mixtes. Dans ces conditions, le rapporteur n'hésitait pas à tirer ses conclusions: c'était le patriotisme qui attisait, en premier lieu, de façon aussi féconde, la production poétique, et «la chose était prometteuse»2.

Décidément, Aphentoulis parlait en connaissance de cause. Poète

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1. Jugement de 1868, Athènes 1868, p. 3.

2. Ibid., p. 4.

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d'occasion, il avait composé et publié, lui aussi, l'année précédente, un poème patriotique, grâce à l'enthousiasme soulevé par la révolution crétoise1. Seulement, cet enthousiasme coïncidait maintenant avec une série de conditions qui facilitaient l'irruption des amateurs dans les concours: réorganisation et "démocratisation" de l'institution poétique, ouverture à tous les genres littéraires et notamment à la poésie dramatique2, augmentation du nombre des étudiants, etc. Les concours se portaient bien, et le prix - les succès d'Antoniadis en 1865 et 1867 l'avaient prouvé - n'était pas réservé aux "favoris" du moment, aux poètes connus, aux spécialistes chevronnés; bien au contraire, ces derniers prenaient de moins en moins de place dans l'institution poétique, transformée, selon un candidat de 1868, en "concours d'enfants". Le champ restait donc libre aux ambitions juvéniles et à l'enthousiasme versifié.

La cérémonie du concours de 1868 eut lieu le 5 mai3. Dans le jury, la répartition des rôles avait relativement changé, en fonction des circonstances. Orphanidis, disparu depuis le scandale de 1864, revenait pour occuper d'office le poste de président, en tant que recteur de l'Université. Coumanoudis était, une fois de plus, simple membre. Aphentoulis, juge pour la première fois en 1865, débutait comme rapporteur et lisait le rapport le plus long que le public athénien eût connu jusqu'alors.

Son rôle important pendant la dernière période des concours (10 participations au jury, dont 4 en tant que rapporteur) nous oblige à jeter un coup d'œil plus attentif sur ce personnage pittoresque et contradictoire. Médecin, poète amateur, journaliste et professeur de pharmacologie depuis 1862, Théodore Aphentoulis (1824-1893) laissait ses contemporains assez perplexes par la noblesse de ses intentions

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1. Th. Aphentoulis, Τα Κρητικά, ποίημα αφιερωμένον εις τους εν Κρήτη αγωνιζομένους, εις 3 ραψωδίας, Athènes 1867. Il s'agissait d'une médiocre imitation des chants populaires, en langue démotique "pure et véritable".

2. On pouvait toujours espérer qu'une œuvre dramatique distinguée au concours avait des chances d'être jouée au théâtre. Mais cet espoir, alimenté par le couronnement d'un drame (1865) et par l'appel du jury à l'envoi de comédies, n'était pas pour l'instant concrétisé: S. Carydis se plaignait en 1868 que "le Théâtre National fût oublié dans sa propre patrie" laissant les œuvres dramatiques du concours "comme des orphelins sans gîte": Η κοινωνία των Αθηνών, κωμωδία εις πράξεις τέσσαρας, Athènes 1868, p. 2.

3. Voir les comptes rendus dans la revue Πανδώρα 19 (1868-69) 144 et dans le journal Φως, 10 mai 1868.

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et par la mesquinerie de ses pratiques: le fervent patriote, qui s'était engagé dans les luttes nationales de 1854, était aussi un homme intéressé et réputé pour son avarice1. Ses capacités littéraires n'ont pas manqué d'admirateurs2. Mais Roïdis s'est appliqué à détruire tout ce qu'il pouvait laisser à la postérité en tant que spécialiste de poésie: "Les desseins de la Providence sont en effet admirables: ayant permis la naissance de poètes comme Antoniadis, elle a pris soin de mettre sur la terre des juges comme Aphentoulis pour les couronner"3. Ou, ailleurs: "Un poète privé du génie d'un Rossini ou d'un Praxitèle ne sert à autre chose qu'à être couronné par M. Aphentoulis"4. Symbole de l'incompétence critique des jurys, le rapporteur de 1868 expiait ainsi tous les péchés universitaires, alors que les poètes Antoniadis ou Ambélas personnifiaient la médiocrité des concurrents. Mais l'esprit caustique de Roïdis avait trop besoin de cibles concrètes pour ne pas attribuer aux personnes ce qui appartenait aux groupes et aux mentalités.

En réalité, Aphentoulis ne se différenciait pas d'une "moyenne" universitaire qui concevait la poésie en fonction d'un système de valeurs établi. Produit de son milieu et de son temps, s'il n'a pas brillé par son esprit critique, il a été loin de constituer un exemple de médiocrité unique et exceptionnel. Homme des circonstances, il ne faisait, en fin de compte, qu'illustrer les limites d'une critique conformiste, dont il n'était ni l'instigateur ni le seul responsable, il représentait un "ordre", une "règle générale", une médiocrité collective. Aristotélicien, il conseillait naïvement l' imitation pure et simple des auteurs classiques et n'acceptait pas un drame sans unité de lieu et de temps5. Admirateur de l'Antiquité, il ne manquait pas, lui non plus, de fustiger le "pédantisme byzantin" et d'exprimer sa préférence pour les mètres anciens, notamment pour la strophe alcaïque6. Du reste, son rapport de 1868, parsemé de citations d'auteurs classiques, répétait tous les

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1. Le surnom "Trémentinas" (avare) que lui donne E. Stamatiadis dans Μώμος ο Ελικώνιος est caractéristique. Voir aussi: D.S. Xénakis, Εξέχουσαι φυσιογνωμίαι εν Πηλίω και Βόλω κατά την ΙΘ΄ εκατονταετηρίδα, Volos 1938, pp. 30-31.

2. A. R. Rangabé, Histoire littéraire, op. cit., t. II, pp. 252-256; Skokos, Ημερολόγιον 1891, p. 93; Al. Vyzantios, Έργα, op. cit., p. 126.

3. E. D. Roïdis, Πάρεργα, εκδ. Δημητρίου Ι. Σταματοπούλου, t. Ι, Athènes 1885, p. 211.

4. Ε. D. Roïdis, Περί συγχρόνου εν Ελλάδι κριτικής, Athènes 1877, p. 18; cf. p. 57.

5. Jugement de 1868, pp. 16, 35-36, 52.

6. Ibid., pp. 18 et 28.

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lieux communs de la critique universitaire: insistance sur l'orthographe et la grammaire, condamnation de l'archaïsme exagéré, refus du romantisme, etc. A un poète qui écrivait en langue démotique, Aphentoulis, à l'instar de ses prédécesseurs, recommandait de "prendre comme seul exemple la poésie populaire pure"1. A un autre, qui présentait tous les symptômes de la maladie byronienne, il conseillait, en médecin, de longues promenades dans les montagnes et des bains froids2. On ne peut être certain que son humour était volontaire.

Revenons à la riche récolte poétique de 1868. Six poèmes, parmi les 31 envoyés, étaient exclus du concours: quatre d'entre eux (Η Μονή του Αρκαδίου, Ώραι Σχολής, Διθύραμβος εις την βασίλισσαν Όλγαν, Μάρκος Βότσαρης) n'avaient pas le nombre indispensable des 500 vers; le cinquième n'avait ni titre ni enveloppe; le sixième, Ο άγνωστος ποιητής, poème déjà envoyé au concours et ayant obtenu un accessit, avait été publié partiellement, sous le nom de l'auteur, dans la revue Χρυσαλλίς3. Le rapporteur n'avait donc à s'occuper que de 25 poèmes. Ceux-ci étaient répartis en trois catégories, selon leur valeur. Voici un résumé du rapport d'Aphentoulis, accompagné de notre commentaire :

a. Poèmes occupant la dernière place

1) Οι κρεμαστοί Αργολάβοι ή Η επανάστασις των γερόντων : comédie qui a pour but de ridiculiser les flirts séniles. C'est "une dégoûtante compilation d'un auteur polisson et inculte".

2) Μέρωψ ο Αγιορίτης : "un mélange d'érotisme et de bêtise monastique"4.

3) Βουκολικαί ποιήσεις : "oeuvre d'un homme illettré et ignorant l'orthographe". Verbalisme, lieux communs, manque de sens critique. L'image d'une bergère dormante rappelle un poème de Pétrarque5.

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1. Ibid., p. 10.

2. Ibid., p. 23.

3. Ibid., pp. 4-5. En effet, un extrait de Ο άγνωστος ποιητής, intitulé Άσμα παράφρονος et signé de A. Paraschos, avait déjà paru dans Χρυσαλλίς Ι (1863) 154-155. Mais le jury, sévère, ne trouvait-il pas ainsi un prétexte pour se débarrasser d'un poète indésirable et dont les vers, selon l'expression d'Aphentoulis (Ibid., p. 5), présentaient une "grâce fascinante et dangereuse"?

4. Ibid., p. 6. Ch. Anninos (Ο Σύλλογος των Εισαγγελέων, op. cit., p. 340) ne manque pas de reproduire les vers cités par le rapporteur, vers qui confirment plutôt l'hypothèse d'un canular.

5. Jugement de 1868, pp 6-7. Aphentoulis cite comme un exemple de "sottise" la strophe

Εφαίνοντο των ουρανών

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4) Η βασίλισσα Στάτειρα: drame insignifiant et licencieux, racontant les amours de la femme et des filles de Darios avec Alexandre le Grand.

5) Δυσέρωτες : long poème de 1600 vers, "griffonné, illisible, stupide, dégoûtant".

6) Ο μετά Χριστόν Έλλην et Ύμνος εις τον Θεόν : deux poèmes, "écrits en langue savante, mais dépourvus de bon goût et indignes de traiter des sujets aussi importants". Ils offrent "un bruit de mots... puisés maladroitement dans les psaumes de Οκτώηχος et dans les hymnes ecclésiastiques"1.

Il s'agissait d'une œuvre d'Anastase K. Yannopoulos, auteur que nous avons déjà rencontré au concours de 1853. Dans une longue réponse à Aphentoulis, il prenait soin bientôt d'exposer son point de vue sans réticences. Sa colère explosait aussi bien contre les concours poétiques, "école d'érotomanie", que contre les juges universitaires, "professeurs d'amour". Au moment où, selon A. K. Yannopoulos, seule la théocratie pouvait garantir l'avenir de la Grèce, la poésie bafouait la morale et méprisait l'Évangile. Aphentoulis, lui, indifférent vis-à-vis de la morale, cautionnait cette littérature de décadence; il était donc indigne de juger un poème religieux, puisque "non seulement il ignore l'Οκτώηχος, mais, qui plus est, il la calomnie au nom de l'Université clans sa patrie chrétienne"2.

7) Η παρθένος της Κορδύλλης : drame en cinq actes, composé selon le modèle des tragédies antiques (chœurs, strophes, antistrophes, etc.). L'auteur est un helléniste qui fait montre de patriotisme, mais il échoue dans l'économie dramatique; il n'évite pas non plus les archaïsmes exagérés. "Il semble être le même que celui de Οι φυγάδες της Τραπεζούντος, dont il est question par la suite"3.

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τα μήκη των κεράτων

σχίζοντα πέπλον γαλανόν,

η άκρα κορυφάς βουνών

εκέντα η μυτηρά των

qui, en fait, nous ramène à A. R. Rangabé (Διονύσου πλους) plutôt qu'à Pétrarque.

1. Ibid., p. 8.

2. A. K. Yannopoulos, "Περί θρησκευτικού ποιήματος του υποβληθέντος εις τον ποιητικόν διαγωνισμόν του 1868", Πανδώρα 19 (1868-69) 401-412. -Sur A.K. Yannopoulos et ses poésies, voir Pal. A., t. IV, pp. 523-525.

3. Jugement de 1868, p. 8-9.

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    22. Moullas, Concours poetiques

    contraire, elle propageait la révolte et la contestation, l'esprit anti-national et anti-religieux. Les concours poétiques, incapables de répondre à leur mission, sombraient dans les scandales. A quoi bon les conserver plus longtemps?

    On ne pouvait pas poser le problème autrement qu'en termes moraux. Il n'était pas encore évident que cette institution «inutile» découlait d'un ensemble d'impératifs sociaux qui garantissaient sa survie plus qu'ils ne menaçaient son existence. On parlait de déclin, au moment précisément où les concours mobilisaient de plus en plus les ambitions collectives. On ignorait que le vrai déclin, lorsqu'il commencerait à apparaître, ne serait pas lié aux scandales, mais d'une part à la rupture des équilibres existant entre l'offre et la demande et d'autre part à la caducité d'une institution incapable de canaliser les nouveaux besoins. Mais on n'en était pas encore là.

    6. 1867 : Patriotisme et exaltation

    En dépit de toutes les critiques amères sur les concours, les poèmes envoyés en 1867, au nombre de 17, marquaient une augmentation sensible et égalaient presque le record de 1857 (18 œuvres). C'était une année d'exaltation patriotique sans précédent; la révolution crétoise, qui se prolongeait, sensibilisait les consciences et mobilisait les énergies; A. Valaoritis publiait son Αθανάσης Διάκος et son Αστραπόγιαννος. Dans la Grande Salle de l'Université d'Athènes, le 7 mai 1867, la cérémonie poétique précédait celle du concours littéraire de Rodocanakis, qui allait décerner son prix à C. Sathas1.

    Par rapport au jury de l'année précédente, celui de 1867 ne présentait qu'un seul nouveau membre: le rapporteur D. Sémitélos (1830-1898). A. R. Rangabé, recteur maintenant, était parti pour l'Amérique le 15 avril et était remplacé par le vice-recteur M. Venizélos; St. Coumanoudis, une fois de plus, faisait partie du jury. Mais sur les quatre professeurs (Rangabé, Sémitélos, Venizélos, Coumanoudis) qui signaient ensemble le Jugement de 1867 trois seulement, semble-t-il, ont accompli effectivement leur office: il est peu possible que le premier, absent à la veille du concours, ait participé activement aux préparatifs de celui-ci.

    Le véritable protagoniste, le rapporteur D. Sémitélos, était mal

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    1. Πανδώρα 18 (1867-68) 41. Mais cette revue ne publie (pp. 42-45 et 81-87) que le rapport sur le concours de Rodocanakis.