Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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quelque sorte, la suite de Μαρία Δοξαπατρή de Vernardakis. Ses qualités sont nombreuses: unité de temps et de lieu, langue satisfaisante, bonne description de caractères. Mais les défauts ne manquent pas: invraisemblances, imitations d'Alfieri et de Vernardakis. Or le drame en question, bien qu' il mérite d'être joué au théâtre, n'est pas jugé digne d'obtenir le prix du concours1.

Sophocle Carydis, auteur de cette œuvre, expliquait bientôt sa démarche en détail. Ayant composé son premier drame en trois nuits et se proposant de le monter au Théâtre Hellénique qu'il dirigeait, il avait décidé de ne l'envoyer au concours qu'au dernier moment. Faute de temps, il s'était servi de son imprimerie pour présenter au jury, à la place d'une copie manuscrite, un exemplaire imprimé à la bâte. Or les fautes et les imperfections de cette première édition étaient compréhensibles. Plus tard, dans une deuxième édition, Carydis promettait de répondre «aux idées parfois erronées» du jury et d'aborder tous les problèmes concernant «l'intrigue, les caractères et la versification du poème». Pour l'instant, il exprimait aux universitaires sa satisfaction: «j'accepte avec reconnaissance comme très juste le verdict du jury, car seuls les imbéciles tiennent leurs œuvres pour infaillibles»2.

25) Ο λοχαγός της Εθνοφυλακής : comédie en trois actes (1700 vers), ayant comme but de ridiculiser, à juste titre, la vanité de certains Grecs, notamment Athéniens, qui rêvent de devenir officiers de la Garde Nationale. Le sujet de l'œuvre est réel et actuel; les quatre personnages sont décrits avec justesse. La langue, sonore, harmonieuse et naturelle, est «celle qui est à la mode dans la société athénienne». L'absence de mots grossiers s'inscrit à l'actif de l'auteur. Si les défauts ne manquent pas (longueurs de certaines scènes, rareté relative de situations comiques, manque de jeux de mots), ils ne sont pas de nature à priver la comédie en question de la première place au concours. Le poète de Ο λοχαγός της Εθνοφυλακής est donc appelé à recevoir le prix et la couronne, celui de Τα τέκνα του Δοξαπατρή occupant la deuxième place et obtenant comme récompense l'annonce de son nom3.

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1. Jugement de 1868, pp. 48-58

2. S. Carydis, Τα τέκνα τον Δοξαπατρή, δράμα εις πράξεις τρεις υπό - στεφθέν εν τω ποιητικώ διαγωνισμώ του 1868, Athènes, pp. ζ'-ς'. Cette première édition était déjà mise en vente dès le mois de mai: voir Φως, 24 mai 1868. Il est à noter que l'auteur n'a pas tenu compte de ses promesses: aucune réponse au jury de 1868 n'accompagne la deuxième édition (Athènes, 1876} de son drame.

3. Jugement de 1868, pp. 58-69.

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C'est ainsi que, pour la deuxième fois depuis 1866, Ange Vlachos, auteur de Ο λοχαγός της Εθνοφυλακής1, remportait la victoire en battant sans équivoque une trentaine de concurrents. Mais il devait ménager une surprise à la cérémonie du 5 mai 1868: dans une lettre adressée au jury, il offrait, en cas de victoire, les 1.000 drachmes du prix à la Commision chargée de secourir les réfugiés crétois et, de plus, il refusait de révéler son nom. Dans ces conditions, le couronnement devenait impossible, et la cérémonie du concours aurait failli à sa tâche, si le jury n'avait pas eu l'idée d'attribuer la couronne à l'auteur de Τα τέκνα του Δοξαπατρή, Sophocle Carydis. Ce qui n'a pas empêché ce dernier de se vanter, sans vergogne, d'une victoire imméritée, voire de dénigrer l'homme qui la lui avait offerte: "Ce que je désirais, la couronne de laurier, je l'ai eu. Mon rival a eu, lui aussi, ce qu'il désirait peut-être, les 1.000 drachmes, pour les donner aux familles crétoises". Ou encore: "Au drame succède d'habitude la comédie. Cette comédie, je la laisse à mes ridicules ennemis, à tous ceux qui, comme il était normal furent jaloux de la couronne que j'ai obtenue"2.

Mais d'autres concurrents de Vlachos ne tardaient pas à s'en prendre à Ο λοχαγός της Εθνοφυλακής, sous des prétextes, à première vue, moins mesquins. Ainsi, A. K. Yannopoulos exprimait toute son indignation pour le prix offert à une comédie qui ridiculisait "l'institution la plus vitale pour les libertés nationales des Grecs"3. De même, Sp. N. Zavitsanos ne pardonnait pas au jury de 1868 d'avoir honoré une œuvre qui portait atteinte "à la gloire de notre Garde Nationale"4. Ces protestations avaient tout lieu de toucher une sensibilité excitée au plus haut degré par les événements: au moment où la révolution crétoise battait son plein, la décision d'un jury qui refusait l'esprit d'exaltation patriotique et, pour la première fois dans l'histoire des concours, couronnait "à l'unanimité"5 une comédie critiquant la vanité des Grecs paraissait suffisamment audacieuse pour fournir aux perdants des arguments démagogiques.

En réalité, le verdict de 1868 était dans la logique des choses. Depuis 1866, où Coumanoudis avait incité à l'envoi de comédies aux

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1. Cette œuvre est publiée dans A. Vlachos, Κωμωδίαι, Athènes 1871, pp. 187-292. Contrairement aux autres comédies de Vlachos, elle n'a pas été jouée au théâtre.

2. S. Carydis, op. cit., pp. ζ' et ς΄. Ajoutons que l'auteur qualifie abusivement son drame de στεφθέν εν τω ποιητικώ διαγωνισμώ του 1868.

3. Α. Κ. Yannopoulos, op. cit., p. 407.

4. Sp. Ν. Zavitsanos, op. cit., p. 80.

5. R.R. de 1868, p. 66.

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concours, il était clair que le jury saisirait la première occasion pour honorer enfin un genre littéraire qui n'avait jamais obtenu de récompense. En 1868, cette occasion ne devait pas être perdue. Les deux membres du jury les plus influents, Orphanidis et Coumanoudis, avaient toutes les raisons de respecter la poésie comique. D'ailleurs, la lutte anti-romantique n'était pas encore terminée, bien au contraire. Le néo-classicisme n'avait rempli sa mission qu'en partie. Certes, il contrôlait déjà de larges secteurs de l'expression épique et dramatique (tragédie) — la poésie lyrique demeurait toujours un fief romantique— mais ses froideurs archaïsantes n'offraient pas la meilleure garantie contre les ardeurs de la «nouvelle école». Donc, il devenait nécessaire que cette dernière fût combattue plus efficacement. La comédie, par sa nature, avait toutes les caractéristiques d'une arme anti-romantique redoutable. Elle introduisait le naturel, remplaçait l'individuel par le social, développait le sens critique, changeait le ton de la poésie. Elle ouvrait la porte à la réalité, et au réalisme.

Le fait que le jury de 1868 ait opté pour une œuvre se référant à la vie contemporaine et quotidienne n'était pas négligeable. La poésie-modèle acceptée par les universitaires passait déjà de l'emphase à la familiarité. Le monologue devenait dialogue. Le trimètre iambique de Ο λοχαγός της Εθνοφυλακής, exempt d'archaïsmes, baignait dans la simplicité prosaïque de la langue parlée:

Μου ενήργεις εναντίον μου

λοιπόν ...και όταν σ' ανεκοίνωσα εγώ

την πρόθεσίν μου, δεν με είπες τίποτε!

Μου υπεσχέθης συνδρομήν... μ' εγέλασες!

Ηθέλησες να μου φωνάζουν: του, του, του

με τα χωνιά στο στόμα οι μπακάληδες!

Καλό, δεν θα μου πέσης εις τα νύχια μου

ποτέ; Θα σε μαδήσω τρίχα, τρίχα!

Un virage décisif s'effectuait: la poésie semblait soudain se débarrasser de ses ailes artificielles pour atterrir sur le sol de la réalité. Elle n'en était pas moins vidée de sa substance: une prose versifiée.

Ange Vlachos ne dépassait certes pas son conservatisme, sa froideur, son attachement à la langue savante. Mais, une fois orienté vers la comédie, il devait respecter les lois de celle-ci. Depuis le succès au Théâtre d'Athènes de Η κόρη του παντοπώλου (1866), comédie en prose se référant à la vie contemporaine, il était persuadé que «telle

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doit être la comédie grecque d'aujourd'hui»1. Ο λοχαγός της Εθνοφυλακής, œuvre écrite durant l'hiver de 1867-68 en trimètres iambiques pour le concours poétique, était dans la même optique, ainsi que toutes les comédies (en prose ou en vers) qui suivirent: Γαμβρού πολιορκία (1870), Γάμος ένεκα βροχής (1870), Η εορτή της μάμμης (1871), Προς το θεαθήναι (d'après la Poudre aux yeux de Labiche et Martin, 1870), Η σύζυγος του Λουλουδάκη (d'après Un Mari dans du coton de Lambert Thiboust, 1870).

Dans le mesure où un certain public athénien était de plus en plus attiré par le théâtre et par la comédie, Vlachos avait un rôle important à jouer; il essayait de créer ce qu'il appelait «comédie nationale de caractères»2. Ennemi de toute imitation étrangère, il voulait, avant tout, ridiculiser et fustiger à la fois les défauts qu'avait produits chez les Grecs contemporains l'introduction des mœurs occidentales: Mariori, un des personnages de Ο λοχαγός της Εθνοφυλακής, représentait les jeunes filles d'Athènes «qui s'endorment sur les romans de Soulié et de Sand»3. Anti-romantique, il se tournait vers la vie quotidienne pour la démystifier.

Mais sur quels modèles pouvait s'appuyer une «comédie nationale de caractères»? Vlachos avait beau jeu de vouloir se placer dans la tradition de Molière et de Holberg4. Son esprit comique était trop superficiel pour aller au fond des choses. E. Roïdis le voyait bien: «En effet, M. Vlachos n'a rien à voir avec Aristophane, Plaute, Molière et de tels bourreaux de la société, mais il appartient à la famille des Pope, des Boileau, des Laharpe et des autres maîtres du bien écrire»5. Ainsi, malgré son hostilité envers les mœurs et les imitations étrangères, Vlachos

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1. A. Vlachos, op. cit., p. ιγ'.

2. Voir sa préface importante, Ibid., p. γ' sq. La publication des comédies de Vlachos, en 1871, a été un événement. Parmi les articles qui lui ont été consacrés, nous signalons notamment: le compte rendu de E. Roïdis dans le journal Αιών, 16, 23 et 30 août 1871 [=Κριτικαί Μελέται, Athènes 1912, pp. 16-23; le compte rendu de N. Cazazis dans la revue Παρθενών l (1871-72) 346-351; un compte rendu signé Γ. dans la revue Πανδώρα 22 (1871-72) 433-437; Queux de Saint-Hilaire, «Un essai de théâtre national dans la Grèce moderne», Annuaire de l'Association pour l' encouragement des Études Grecques en France 6 (1872) 204-216 (article traduit en partie dans Παρθενών 2, 1872-73, 1039-1041). L'ensemble de la bibliographie concernant les comédies de Vlachos est présenté et commenté par Ch. G. Sakellariadis, «Ο Άγγελος Βλάχος ποιητής σατιρικός», NE 46 (Noël 1949) 111-115.

3. Jugement de 1868, p. 61.

4. A. Vlachos, op. cit., p. ς' sq.

5. E. Roïdis, Κριτικαί Μελέται, op. cit , p. 22.

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ne pouvait faire autrement que d'emprunter le chemin facile où le conduisaient à la fois son tempérament et le goût du public athénien: le vaudeville français.

Queux de Saint-Hilaire, du reste très indulgent pour l'auteur de Κωμωδίαι, devait parler d'une erreur «qui a conduit sans doute M. Vlachos à faire les honneurs d'une traduction grecque et d'une adaptation à la scène grecque de deux vaudevilles agréables du théâtre des Variétés, mais qui certainement ne s'attendaient pas à l'honneur de se voir traduits dans la langue d'Aristophane, de Ménandre et «des dieux»: la Poudre aux yeux, de MM. Labiche et Martin, et Un Mari dans du coton, de Lambert Thiboust. C'est cette même erreur qui a engagé M. Vlachos dans son essai de théâtre national, dans ses comédies, à faire des imitations de nos vaudevilles français plutôt que de véritables comédies, des œuvres vraiment originales, et à peindre des types secondaires de la société grecque plutôt que des caractères vraiment humains»1. Le mot «erreur» était sans doute une formule de politesse; en fait, on pourrait plus justement parler des limites, subjectives et objectives, de l'auteur de Κωμωδίαι..

En tout état de cause, la tentative de Vlachos ne doit pas être minimisée. Au moment où le romantisme et le classicisme athéniens sombraient, plus ou moins, dans les mêmes impasses (retour à l'Antiquité, archaïsme, éloignement du réel et du naturel, etc.), la comédie venait indiquer une issue; en diminuant la distance entre la poésie et la prose, elle jetait, en dernière analyse, un pont solide vers la réalité. La langue vivante faisait obligatoirement son apparition—et cela malgré les convictions linguistiques de Vlachos lui-même, toujours prêt à recourir au purisme— dans les dialogues: on s'éloignait à la fois de l' archaïsme et de la «pure et véritable» langue des chants populaires. A sa manière, et sans le vouloir, Vlachos travaillait, au fond, pour tout ce qu'il aurait plus tard en horreur: le naturalisme, le démotisme, le vaudeville grec.

Connaisseur de la vie littéraire et sociale d'Athènes, il n'ignorait pas ce qui changeait dans les goûts du public et dans les options des universitaires. Depuis 1866 (Εκ των ενόντων), il savait que la poésie lyrique n'était plus le genre favori des concours:

«Ποιητά μου! αι! πού τρέχεις

λέγ' εις άλλον, να μου ζήσης,

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1. Queux de Saint-Hilaire, op. cit. pp. 210-211.

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τας χιλίας μη ζητής·

στείλε δράματα αν έχης,

όχι λυρικάς ποιήσεις,

και θα γίνης νικητής!"

Cette conviction l'avait conduit à envoyer au concours sa tragédie Αντίνοος, alors que, répondant à une demande qui se manifestait de tous côtés, il s'orientait systématiquement vers la comédie. En 1868, ses efforts pour créer une "comédie nationale de caractères" étaient récompensés par l'Université. Mais Vlachos, accablé par un deuil, "le plus grand malheur de (sa) vie", survenu quelques jours après l'envoi de Ο λοχαγός της Εθνοφυλακής au concours, n'avait aucune envie - explique-t-il - de fêter sa victoire: c'est pourquoi, dans une longue lettre au jury, il avait offert les 1.000 drachmes aux réfugiés crétois et caché son nom1. C'est aussi pourquoi - pouvons-nous conclure - les rodomontades et les allusions offensantes de S. Carydis restèrent sans réponse au moment où elles furent formulées (1868). Il fallut trois ans pour que Vlachos trouvât l'occasion, dans la préface de Κωμωδίαι, de répondre à l'auteur de Τα τέκνα του Δοξαπατρή et de revendiquer le prix et la couronne du concours de 1868 2.

Dès lors, il allait abandonner à jamais le concours de Voutsinas. Son bilan était déjà satisfaisant: 8 participations pendant plus de 10 ans (1857-1868), un accessit (1863), deux victoires (1866, 1868). C'est au cours de cette décennie, entre la dix-neuvième et la trentième année de sa vie, que le poète s'était accompli en lui, à l'ombre de l'Université et à travers une série de transformations conjoncturelles: Vlachos était passé du romantisme au classicisme, avait cultivé la poésie lyrique, épique et dramatique, avait découvert Lamartine, Heine, Heyse, le vaudeville français. A partir de 1868 il allait continuer son œuvre d'auteur comique, participer à d'autres concours (Ολύμπια, 1870), s' adonner à la critique littéraire et à la traduction. L'institution poétique qui, bafouée par lui en 1866, lui avait néanmoins offert la couronne et le prix deux ans plus tard, n'avait plus rien à lui donner.

2. 1869: L'idéal déchu

Dans la mesure où l'augmentation des participations aux concours ne constituait pas un fait exceptionnel et passager, les 24 poèmes envoyés en 1869 venaient confirmer une poussée numérique 

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1. A. Vlachos, op. cit., p. ιε'.

2. Ibid., pp. ιε'-ις'.

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indiscutable. Le recteur G. A. Rallis s'en réjouissait: «nous avons vu avec plaisir que nous n'étions plus à l'époque où les juges des concours littéraires et poétiques, faute de pouvoir couronner une des œuvres présentées, remettaient à plus tard l'attribution du prix»1. A vrai dire, la non-attribution du prix dans le passé n'avait rien à voir avec le nombre des poèmes présentés et, de ce point de vue, l'exemple de l'année 1857 (18 participations) était caractéristique. Mais le recteur de 1869, prompt à tirer argument du nombre des poèmes pour exalter le succès des concours, n'hésitait pas à confondre la quantité avec la qualité.

Un jury composé de cinq membres —G. A. Rallis (président), A. S. Roussopoulos (rapporteur), St. Coumanoudis, Th. Aphentoulis et D. Sémitélos2— eut à examiner les 24 œuvres en 40 jours. Le rapporteur de 1869 ne voulut pas suivre l'exemple de son prédécesseur: son rapport, moins volumineux que celui d'Aphentoulis, s'occupait seulement des poèmes les plus importants, et, chose nouvelle, il dispensait le public de la cérémonie du 25 mai d'un grand nombre de citations poétiques qui devaient figurer dans sa publication en brochure. Roussopoulos avait hâte de finir une besogne dans laquelle il ne se sentait apparemment pas à l'aise. Universitaire plus que critique littéraire, il gardait ses réflexes conditionnés de correcteur de copies; il mettait des notes plus souvent qu'il ne développait des jugements.

Répartis en trois catégories (2 épiques, 12 lyriques et mixtes, 10 dramatiques) les poèmes envoyés en 1869 représentaient les principaux genres littéraires. Nous suivons ci-dessous l'ordre, les analyses et les développements principaux du rapporteur, en y apportant, lorsque cela est possible, des éclaircissements3:

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1. R.R. de 1869, p. 345. Il est à noter que le recteur Rallis mentionne par erreur 17 participations, au lieu de 24, et que, de plus, il parle —ce que le rapporteur ne fait pas— de l'exclusion de 3 poèmes arrivés après l'échéance. Nous pouvons donc évaluer l'ensemble des œuvres envoyées au concours de 1869 à 27.

2. Le nom de ce dernier ne figure pas parmi les signataires du Jugement de 1869, bien que le rapporteur parle de 5 juges (πέντε όντες): Jugement de 1860, Athènes 1869, pp. 3 et 119. Cette inadvertance est corrigée par le recteur Rallis, qui cite D. Sémitélos parmi les membres du jury.

3. Roussopoulos (Jugement de 1869, p. 33) précise que l'ordre selon lequel il présente les poèmes constitue l'échelle de leur valeur. En effet, à l'intérieur de chaque catégorie, il commence par les meilleures œuvres pour aboutir aux plus insignifiantes. Cette règle néanmoins n'est pas respectée en ce qui concerne les 3 comédies du concours, dont la plus importante est placée en troisième place: le rapport devait s'achever, comme toujours, sur l'œuvre choisie pour le prix.

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a. Poèmes épiques

1) Ο ληστής

2) Η Μονή του Αρκαδίου1

Tous les deux méritent la mention «à rejeter»2.

b. Poèmes lyriques et mixtes

3) Πυγμαλίων (auquel s'ajoutent, en annexe, trois poésies lyriques; Έρως και νυξ, Η προσευχή, Ο Λίνος): poème traitant du mythe antique du sculpteur chypriote Pygmalion, «écrit dans un esprit novateur avec une habileté, une grâce et une harmonie peu communes, mais aussi parfois avec tine tiédeur qui ne conserve pas l'énergie de toute l'œuvre». L'auteur, triste et accablé, transfuse partout sa mélancolie et laisse apparaître une certaine influence de Schiller (Die Ideale). Curieusement, la source principale de son mythe, les «Métamorphoses» d'Ovide, n'est pas respectée: le poète de Πυγμαλίων «a omis certaines idées bonnes et morales que l'on trouve chez Ovide» et, par conséquent, «il n'a pas épuisé la tradition, parfois même il l'a déformée ou violée au détriment de son œuvre». La dernière strophe de celle-ci montre, cependant, que le poète a l'espoir de la vie éternelle:

Θέλεις; άνω η γαλήνη

αιωνία βασιλεύει·

εδώ άρχει η οδύνη·

άνελθε εις ουρανόν,

ον ο άνθρωπος μαντεύει

εν τω μέσω των δεινών3.

Œuvre de D. Paparrigopoulos, Πυγμαλίων allait être publié la même année avec les trois poésies lyriques qui l'accompagnaient4. Ainsi que dans Ορφεύς, la mythologie ancienne et le récit épique dissimulaient mal ici un lyrisme romantique qui trahissait l'auteur désespéré de Στόνοι:

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1. Il s'agissait peut-être du poème exclu du concours de l'année précédente.

2. Jugement de 1869, p. 3.

3. Ibid., pp. 3 et 14-19. La plus grande partie du poème est publiée, pp. 19-32.

4. D. Paparrigopoulos, Ορφεύς-Πυγμαλίων, op. cit., pp. 33-64. Nous signalons, sur ce livre, l'intéressant compte rendu de N. Cazazis dans Εθνική Βιβλιοθήκη 5 (1869) 13-16. De longs extrais de Πυγμαλίων sont présentés dans Mat. Parn., pp. 437-442. Le poème Ο Λίνος est reproduit dans Pap. NP., pp. 170-172.

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Εις την γην, ω, μη ζητήσης

τους ονείρους της καρδίας,

δάκρυα πικρά θα χύσης,

θα απογοητευθής·

είναι μήτηρ της πικρίας

η αγάπ' η αληθής.

C'était la dernière participation de D. Paparrigopoulos aux concours: jusqu'à sa mort (1873), le meilleur représentant de la nouvelle école athénienne allait bouder obstinément une institution qui, le demi prix de 1866 (Στόνοι) excepté, ne lui avait offert par la suite (Χελιδόνες 1867, Ορφεύς 1868, Πυγμαλίων 1869) que de simples accessits. "Ce troisième échec qu'il attribua à l'incompétence du jury, écrit P. Matarangas, le déçut complètement, et c'est ainsi qu'il décida de ne pas participer désormais à un concours où, selon lui, n'étaient couronnées que de froides monstruosités dramatiques et épiques"1. Il y avait, certes, la déception personnelle et le fait, indiscutable, que les universitaires attachaient de moins en moins d'importance à la poésie lyrique. Mais il y avait aussi une réaction de solidarité familiale: le fils ne pouvait pas se soumettre à un jury auquel le père devenait de plus en plus hostile.

4) Κογχύλαι και Χρώματα : deux recueils de 15 et de 9 petites poésies respectivement, qui obtiennent la note "bien". Est cité en entier le poème Ποιητού αποχαιρετισμός προς την ποίησιν, auquel Roussopoulos apporte quelques corrections2.

Il s'agissait d'une œuvre de T. Ambélas3.

5) Λευκάνθεμα : recueil de 13 petites poésies bénéficiant également de la note "bien". Est cité en entier le poème Ο λιμήν. Τη**4.

Il s'agissait d'une œuvre de Jean Cambouroglou5.

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1. Mat. Parn., p. 406.

2. Jugement de 1869, pp. 3-4, 8, 10-14.

3. Le recueil Κογχύλαι, remanié en partie et comprenant la plupart des poèmes de Χρώματα, est publié dans Πανδώρα 20 (1869-70) 225-232, avec une noie ironique du poète adressée au jury. Les poèmes Η ελληνική σημαία, Έπεσε το προσωπείον et Ποιητού αποχαιρετισμός προς την ποίησιν sont reproduits dans Mat. Parn., pp. 581-584. Nous signalons que le renseignement de la revue Ποικίλη Στοά 9 (1891) 251, selon lequel T. Ambélas envoya au concours de 1869 le recueil lyrique Μυρσίναι, est inexact; en réalité, le recueil en question fut envoyé au concours de 1876.

4. Jugement de 1869, pp. 4-5, 8-10.

5. Voir Sp. De Biazi, Ιωάννης Καμπούρογλου, op. cit., p. 63, Le poème cité par Roussopoulos est également reproduit dans Pap. Ν P., pp. 109-111.

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6) Πτερυγίσματα : recueil de 13 petites poésies obtenant la note "assez bien". Est cité comme le meilleur le poème Ασμάτιον (19 juin 1868) qui, selon une note explicative de l'auteur, fut récité par lui lorsqu' il était écolier1.

Il s'agissait d'une œuvre de Sp. Lambros2. Celui-ci, né en 1851, n'était évidemment pas écolier le 19 juin 1868, mais étudiant. Or, Ασμάτιον portait la date de son remaniement, et non pas celle de sa rédaction initiale. Attaché à son enfance, Lambros n'entendait pas s'en éloigner:

Αν ένδυμα φέρω ναυβάτου θρασέος

και είναι ο πόντος γλαυκός και ωραίος,

αλλά δεν μ' αρέσκει το κύμα αφρίζον

και φόβον μ' εμπνέει ο μέγας ορίζων,

με τέρπει πλειότερον οίκος καλός,

διότι παις είμαι και είμαι δειλός.

7) Σταγόνες : recueil de J4 poésies. Médiocre3.

8) Ζηλοτυπία και έρως : poème dont le titre fut ajouté par une main étrangère. Médiocre.

9) Παιάνες : recueil de 4 poèmes. Très médiocre.

10) Ο μελαγχολικός κυνηγός : recueil de 5 poèmes. Médiocre.

11) Ο εκπατρισμός. Η ναυμαχία του Αρκαδίου etc., Lamia 1868: œuvre imprimée et, de ce fait, exclue du concours4.

12) Ο μαθητής της φύσεως : poème en 4 chants. A rejeter.

13) Τριάς : recueil comprenant a) Ο εθελοντής της Κρήτης, tragédie; b) Η νυξ της εκδικήσεως ή η πτώσις του Όθωνος, drame; c) Η Μονή του Αρκαδίου, épopée. A rejeter5.

14) Αλφρέδος : poème à rejeter6.

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1. Jugement de 1869, pp. 5, 7-8.

2. La plupart des poèmes appartenant à Πτερυγίσματα sont publiés séparément; voir G. Charitakis, op. cit., No 39, 40, 43, 51, 55, 58, 60 et 61, pp. 39-41. Les poèmes Προς τον Γκαίτην, Χορός και τάφος et Ιδανικός έρως sont reproduits dans Pap. NP., pp. 112-114, et dans Mat. Parn., pp. 762-766.

3. Jugement de 1869, pp. 5-7. Il s'agissait peut-être d'une œuvre de T. Ambélas.

4. Ibid., p. 6.

5. Ibid., p. 7. Nous ignorons si Epaminondas Anninos (1842-?), auteur de Ο εθελοντής της Κρήτης, tragédie en cinq actes publiée à Céphalonie en 1872, peut revendiquer la paternité de Τριάς. Antoniadis, lui aussi, est l'auteur d'un drame intitulé Ο εθελοντής της Κρήτης

6. Ibid.

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Dernière œuvre envoyée aux concours par A. Paraschos, ce long poème épique, conçu initialement, semble-t-il, en six chants, allait préoccuper son auteur pendant très longtemps1. Le rapporteur Roussopoulos avait tout lieu de le rejeter sans commentaires. Exemple typique d'un byronisme inconsistant, Αλφρέδος était en effet un des poèmes les plus médiocres de Paraschos. Son héros, un jeune marquis parisien qui, à l'instar de Byron, avait combattu les Turcs pendant la Révolution de 1821, avait de quoi étonner: magnanime et diabolique, vaillant et débauché à la fois, il menait à Paris une vie invraisemblable, dont le décor était emprunté, selon toute évidence, aux traductions de romans français à la mode. En vain le poète ajoutait-il, ici et là, des touches satiriques; son récit devenait à la longue ennuyeux et extravagant. Ayant abandonné l'institution poétique après son échec de 1869, Paraschos ne manquait pourtant pas d'exprimer plus tard, dans le quatrième chant de son poème, son mépris arrogant pour tous les concours:

Εμέ; δεν εσυνήθισα ποτέ να υποβάλλω

ό,τι μ' εμπνέει του θεού φωνή και ό,τι ψάλλω.

Αν μ' έστεψεν ο ουρανός, το στέμμα περισσεύει

αμούσων διαγωνισμών· αν όχι, είναι χλεύη2.

c. Poèmes dramatiques

Ι. Tragédies

15) Κρίσπος : tragédie en cinq actes qui, en général, "est une des œuvres réussies de cette année". Longuement analysée et citée, elle est louée particulièrement pour sa construction et pour "l'imitation des auteurs dramatiques anciens". Mais les personnages ne sont pas toujours bien décrits. En outre, le poète se soucie peu de la vérité historique: il situe, par exemple, l'assassinat de son héros, fils de Constantin le Grand, à Byzance, ce qui constitue "une déformation de l'histoire"3.

Œuvre d'A. I. Antoniadis, cette tragédie allait être publiée l'année

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1. Des extraits de Αλφρέδος ont paru dans Ημερολόγιον Οικογενειακόν του 1871, pp. 121-130, et dans Coromilas, Καζαμίας 1872, pp. 143-144. Le poème en quatre chants (1869-1873) est publié dans A. Paraschos, Ποιήματα, t. I, pp. 45-130, où la date du quatrième chant (1873) est évidemment erronée, puisque le poète se réfère au débat littéraire de Roïdis et Vlachos (1877). Le cinquième chant de Αλφρέδος à été récité par Paraschos à la Société Παρνασσός, en janvier 1888: Παρνασσός 11 (1888) 262.

2. A. Paraschos, op. cit., p. 107.

3. Jugement de 1869, pp. 42-72.

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suivante1. Dans une note discrète, le poète ne manquait pas de se justifier devant le jury de 1869: s'il avait placé sa scène à Constantinople, c'était que Constantin le Grand, dans l'imagination du peuple grec, vivait toujours à "Byzance, "et la poésie s'adresse à l'imagination du grand public"2.

16) Μάγων : tragédie en cinq actes. L'intrigue est maladroite, le dénouement mauvais. Les personnages ne sont pas bien décrits. Malgré tout, l'auteur de cette tragédie, un poète de talent qui connaît la langue, dispose "de nerfs solides et d'ailes capables de le conduire au ciel de la poésie"3.

Il s'agissait, à notre connaissance, de la première participation de Constantin Ch. Versis (1845-1881), ce "météore dramatique prématurément disparu"4.

17) Μακεδόνες : tragédie en cinq actes.

18) Λουκάς Νοταράς : drame en cinq actes3.

Deuxième "essai dramatique" de S. N. Vassiliadis -Οι Καλλέργαι, drame en prose, avait déjà été joué en février 1868-, Λουκάς Νοταράς venait montrer, une fois de plus, dans quelle mesure l'actualité du théâtre offrait aux poètes lyriques de la génération de 1860 de nouvelles possibilités d'expression.

L'influence du drame romantique sur notre auteur était incontestable, et son cadre historique, celui des XlVe et XVe siècles, en 

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1. A. I. Antoniadis, Κρίσπος, ο συκοφαντηθείς υιός του Μεγάλου Κωναταντίνου, τραγωδία ποιηθείσα μεν υπό -, Γυμνασιάρχου εν Πειραιεί, τυχούσα δε του πρώτου επαίνου εις τον ποητικόν διαγωνισμόν του φιλογενούς Κ. Βουτσινά, τη 25 Μαΐου 1869, Athènes 1870. A la même édition est ajoutée celle de la comédie Ο πλουτήσας σκυτοτόμος, avec le titre commun: Κρίσπος, ο συκοφαντηθείς υιός του Μεγάλου Κωνσταντίνου, τραγωδία, και Ο πλουτήσας σκυτοτύμος, κωμωδία· η μεν τυχούσα του πρώτου επαίνου, η δε βραβευθείσα εις τον ποιητικόν διαγωνισμόν του φιλογενούς Κ. Βουτσινά τη 25 Μαΐου 1869, Athènes 1870, pp. 110 [ = Κρίσπος] +95 [ = O πλουτήσας σκυτοτόμος]. La deuxième édition de la tragédie d'Antoniadis porte le titre: Κρίσπος, ο υιός του Μεγάλου Κωνσταντίνου, τραγωδία, τυχούσα του πρώτου επαίνου εις τον ποιητικόν διαγωνισμόν του φιλογενούς Ι. Γ. Βουτσινά τη 19 [sic] Μαΐου 1869. Έκδοσις Β' βελτιωμένη, Athènes 1877. -Il est à noter que Κρίσπος fut joué au théâtre le 18 et 19 mars 1872, en présence de l'auteur et de ses élèves: journal Ειρηνική, 18 et 21 mars 1872.

2. Ibid., p. 95.

3. Jugement de 1869, pp. 32-42.

4. Camb. A., p. 803. Sur l'œuvre de C. Ch. Versis, voir N. I. Lascaris, K. X. Βερσής, MEE 7 (1929) 148; M. Valsa, Le théâtre grec moderne, op. cit., p. 311; C. Th. Dimaras, Histoire, op. cit., p. 361. -Μάγων est publié en partie dans la revue de Braïla Ερμής ο Λόγιος και Κερδώος 1 (1872) 86-89.

5. Jugement de 1869, p. 32.

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témoignait. Mais, curieusement, ce n'était que la lutte anti-romantique qui inspirait Vassiliadis, lorsque, en 1869, il préparait la publication de ses deux "essais dramatiques"1. A cet égard, sa longue introduction, un réquisitoire contre le drame romantique et contre les idées avancées par Vernardakis dans Μαρία Δοξαπατρή (1858), était éloquente. A l'instar de son ami D. Paparrigopoulos, Vassiliadis versait dans le culte, tout au moins théorique, de l'Antiquité. Pour lui, "le pâle et sauvage romantisme occidental" n'avait rien à offrir aux Grecs modernes, la tragédie ancienne demeurait toujours un modèle inégalable, et les chants populaires, "petits drames", étaient le seul moyen d'assimiler les œuvres d'Homère et de Sophocle2. En conclusion: "nos ancêtres sont les guides les plus sûrs en ce qui concerne la poésie et la conscience nationale"3.

Dans la mesure où ces idées n'étaient aucunement appliquées aux deux drames publiés, l'auteur expliquait qu'elles avaient "surgi" en lui après la rédaction de ses "essais dramatiques"4. Quant au Jugement de 1869, qui n'avait consacré aucun commentaire à Λουκάς Νοταράς, il semblait, à première vue, oublié. Mais Roussopoulos, le même rapporteur qui, en 1865, avait fustigé le ton blasphématoire de Εικόνες, restait un ennemi de Vassiliadis, un ennemi dont le nom, tantôt écrit ironiquement en minuscules5, tantôt passé sous silence, nourrissait toute la colère retenue du poète: "Et je tairai ici, par honneur et par respect, la raison pour laquelle je publie déjà Λουκάς Νοταράς, puisque toute sincérité et toute justice sont absentes de la bouche et de la conscience de professeurs âgés, de juges philosophes... Il s'agit d'ignominies; passons"6. Vassiliadis répondait au silence méprisant de Roussopoulos par le silence.

19) Τα τέκνα τον Μαξιμίνου : tragédie en cinq actes.

20) Η εν Βηθλεέμ βρεφοκτονία : drame en cinq actes.

21) Εκάβη : essai dramatique occupant la dernière place. L'échec de l'auteur est dû au fait qu'il n'a pas voulu suivre Euripide7.

II. Comédies

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1. S. N. Vassiliadis, Οι Καλλέργαι - Λουκάς Νοταράς, δραματικά δοκίμια - Athènes 1869.

2. Ibid., pp. νδ'-νε'.

3. Ibid., p. μ'.

4. Ibid., p. ξα'.

5. Ibid., p. ξβ'.

6. Ibid., p. [215].

7. Jugement de 1869, p. 33.

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22) Αβδηριάς: œuvre en trimètres iambiques sans rimes. La langue, banale, n'est pas exempte de fautes de grammaire. En général, le poème en question fait preuve d'une certaine grâce, mais non de force dramatique. Par ailleurs, il manque d'allusions à la vie contemporaine, allusions "qui sont le sel de la comédie"1.

Il s'agissait d'une œuvre de T. Ambélas2.

23) Ο φλύαρος : comédie de plus de 1500 trimètres iambiques, avec un seul personnage. Celui-ci bavarde incessamment et fait montre d'un caractère gouailleur et paresseux. Mais la composition est défectueuse: les scènes se succèdent arbitrairement et peuvent être augmentées à l'infini. Le troisième acte, en raison de sa longueur, n'est pas lu en public, mais il figure dans le rapport publié3.

Oeuvre de S. Carydis, Ο φλύαρος allait être publié immédiatement4 avec le dossier d'une riche polémique, sur laquelle nous reviendrons.

24) O πλουτήσας σκυτοτόμος : comédie se référant à la vie contemporaine d'Athènes. Par sa grâce comique et par son unité, elle constitue "un ensemble harmonieux". Le dénouement, heureux, produit chez le lecteur et chez le spectateur une catharsis. (Roussopoulos donne lecture de deux scènes). Mais le mètre de la comédie, le trimètre trochaïque, n'est pas conforme au rythme du vers populaire équivalent. En tout état de cause, étant donné que, selon le jury, le poète de Ο πλουτήσας σκυτοτόμος a réussi à créer, plus que quiconque, "un ensemble ingénieux et harmonieux", il obtient la couronne et le prix. Le premier accessit est décerné au poète de Κρίσπος, le second aux auteurs de Πυγμαλίων, de Ο φλύαρος et de Μάγων5.

A.I. Antoniadis, auteur de Ο πλουτήσας σκυτοτόμος et de Κρίσπος, connaissait ainsi un triomphe qu'aucun poète n'avait jusqu' alors connu: il remportait à la fois le prix et le premier accessit. Entre lui et Roussopoulos, le même rapporteur qui en 1865 avait annoncé la victoire de Φίλιππος ο Μακεδών, l'entente devenait parfaite. C'était, avant tout, un pacte tacite entre deux hommes sans envergure, dont chacun 

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1. Ibid., p. 72-73.

2. Voir N. I. Lascaris, Ιστορία του νεοελληνικού θεάτρου, t. II, p. 142; cf. MEE 4 (1928) 338.

3. Jugement de 1869, pp. 73-94.

4. Sophocle C. Carydis, Ο φλύαρος, κωμωδία μονοπρόσωπος εις πράξεις τρεις, υπό -, λαβούσα τα δευτερεία εν τω ποιητικώ διαγωνισμώ του 1869, Athènes 1869. La préface et le premier acte de la comédie sont publiés par l'auteur dans son journal Φως, 30 mai 1869.

5. Jugement de 1869, pp. 94-119.

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retrouvait chez l'autre sa propre inconsistance. Dans son rapport de 1869, parlant des poèmes du concours en général, Roussopoulos avait souligné, parmi leurs principaux défauts, la médiocrité, "l'imagination asiatique ou la dyspepsie romantique", les fautes d'orthographe, le gribouillage, la pauvreté de rythmes1. Plein de bonne volonté, Antoniadis s'empressait bientôt de promettre, vu que "la comédie a besoin de mètres variés", d'utiliser dans l'avenir des rythmes mixtes2. Vainqueur, il n'avait qu'à exprimer sa gratitude au jury par l'obéissance.

Il n'en allait pas de même avec Sophocle Carydis, privé du prix de 1.000 drachmes pour la deuxième année consécutive. Sa rancune contre le lauréat de 1869 était compréhensible: contrairement à Vlachos, Antoniadis ne lui laissait même pas la couronne de laurier. Ce deuxième échec sur le terrain de la comédie devenait cuisant. A vrai dire, Carydis lui-même l'avait en partie cherché. Sa préface en prose, envoyée au jury mais passée sous silence par Roussopoulos, était trop insolente pour ne pas indisposer les universitaires: imitant le bavardage et le franc-parler de son héros, l'auteur n'avait pas hésité à y présenter sa comédie, écrite en une seule nuit, comme un "petit chef-d'œuvre", à faire des jeux de mots sur le nom d'Aphentoulis, à ridiculiser le concours (διαγώνισμα - δραχμαγώνισμα) et à déclarer cyniquement son souci de gagner les 1.000 drachmes3.

En tout cas, la cérémonie du 25 mai 1869 avait mis fin à ses espérances. Le ton de l'auteur comique avait beau rester goguenard, l'amertume y était difficilement dissimulée. Ainsi, dans un premier commentaire du concours, Carydis ne manquait pas de souligner que la comédie d'Antoniadis, récitée en partie par Roussopoulos, n'avait à aucun moment fait rire le public de la cérémonie4. Un mois plus tard, pour appuyer ses arguments, il reproduisait dans son journal tout le texte de Ο πλουτήσας σκυτοτόμος qu'avait lu le rapporteur5. Enfin, publiant en volume sa propre comédie, il y ajoutait tout un dossier pour plaider sa cause: réfutation du rapport de Roussopoulos, attaques contre Antoniadis, commentaires de la presse défavorables à la comédie couronnée. L'année précédente, face à Vlachos, Carydis s'était vanté d'avoir obtenu

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1. Ibid., p. 71-72.

2. A. I. Antoniadis, Ο πλουτήσας σκυτοτόμος, κωμωδία ποιηθείσα μεν υπό -, Γυμνασιάρχου εν Πειραιεί, βραβευθείσα δε εις τον ποιητικόν διαγωνισμόν του φιλογενούς Κ. Βουτσινά, τη 25 Μαΐου 1869, Athènes 1870, p. 95.

3. S. Carydis, op. cit., pp. α'-ς'.

4. Φως, 30 mai 1869.

5. Φως, 27 juin 1869.

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la couronne de laurier qu'"il désirait". Maintenant, il poursuivait des objectifs plus prosaïques: "Au diable la couronne, Messieurs les Juges! Mais pourquoi ne pas me donner le véritable prix, les 1.000 drachmes?"1.

Décidément, ce changement de ton n'était ni un fait isolé ni une manifestation uniquement liée aux sautes d'humeur d'un poète battu. Depuis quelques années, les goûts matériels, qui se développaient dans la société grecque, contrastaient de plus en plus avec un idéal fondé sur l'exaltation du passé et sur le culte de la génération-modèle de 1821. A cet égard, Carydis parlait avec cynisme, mais il était sûr d'exprimer l'état d'esprit d'un certain public. Déjà, le langage comique, plus proche de la réalité, devenait à la fois plus prosaïque et plus sincère. Mais n'accélérait-il pas, en même temps, une prise de conscience douloureuse?

En effet, si l'ouverture à la comédie, préconisée par ceux qui, comme Coumanoudis, avaient perçu l'impasse du romantisme et du classicisme, fut un pas vers le réel, elle ne tarda pas à révéler la bassesse de celui-ci: on découvrait déjà avec beaucoup d'amertume un présent décevant. La poésie comique opérait forcément une sorte de démystification. Ses personnages n'étaient pas les héros de la Révolution, encore moins ceux de l'Antiquité, mais les Athéniens des années 1860: hommes médiocres, souvent vulgaires, qui ne pensaient qu'à l'argent ou à leur promotion sociale; femmes vaniteuses qui singeaient les mœurs étrangères et se nourrissaient de romans français à la mode. Facilité par la comédie, ce contact avec une certaine réalité prosaïque rendait de plus en plus sensible la déchéance de l'"idéal". Les réalistes, ceux qui cherchaient une explication, allaient la trouver souvent, comme nous le verrons, dans la doctrine de H. Taine. Les romantiques, ceux qui exprimaient des sentiments, n'avaient qu'à intensifier leur lutte contre un présent sordide en élevant le ton.

La récolte du concours de 1869 en témoigne. Au moment où D. Paparrigopoulos (Πυγμαλίων), refusant le réel, cherchait son idéal dans les mythes antiques, A. Paraschos (Αλφρέδος) se lamentait sur la décadence de l'esprit héroïque:

Ως ο Κανάρης σήμερον συζή μετά πυγμαίων...

Α, ήτον είς εκ της φυλής εκείνης, ήτις ήδη

απήλθε, και ποτέ η γη δεν θέλει πλέον ίδει!

alors que T. Ambélas (Ποιητού αποχαιρετισμός προς την ποίησιν) trouvait incompatibles la poésie et la réalité:

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1. S. Carydis, op. cit., p. 55.

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Δεν είναι, όχι, εποχή γελώτων και ονείρων!

Είναι ο σιδηρούς αιών ατμού, σιδηροδρόμων!

Και τώρ' αν έζη κ' έψαλλεν ο Πίνδαρος, ο Βύρων,

γελώντες οι ακροαταί θα ήγειρον τον ώμον.

Το κύκνειόν μου, ποίησις, αυτό είναι το άσμα!

Σε παραιτώ, ω ένθεε, ω κόσμε των ονείρων!

Εις της πραγματικότητος βυθίζομαι το χάσμα,

της λύρας μου έν αφανές μνημείον ανεγείρων.

A vrai dire, cette vitupération du présent au nom d'un idéal passé n'était pas un fait nouveau. A. Valaoritis, fidèle aux chansons des kleftes, opposait depuis longtemps les souvenirs héroïques à la décadence de la Grèce contemporaine. "L'esprit guerrier de la nation est éteint, les armes ensanglantées de nos pères sont rouillées, les descendants des armatoles célèbres se sont transformés en avocats obscurs..."1. Les poètes classiques, soucieux de revenir aux modèles anciens, n'en rejetaient pas moins un présent souillé par les mœurs étrangères et indigne de la tradition hellénique. Mais c'est autour de 1870 que cette "perte de l'idéal", véritable constat d'échec, devenait particulièrement sensible. La défaite de la révolution crétoise n'y était pas pour rien; la crise politique permanente accentuait le malaise; les goûts matériels de la société athénienne exaspéraient de plus en plus la jeunesse romantique.

S. N. Vassiliadis nous en offre un exemple. Dès son premier recueil de poèmes, Εικόνες, il n'avait pas manqué, lui non plus, de déplorer la décadence de la Grèce moderne:

Και συ, Πατρίς μου, των θεών πατρίς και των ενθέων,

μεγάλη μήτερ Σωκρατών, Ομήρων, Περικλέων,

οποία μένεις σήμερον!... Της πάλαι δόξης χήρα,

και στείρα της σοφίας σου και των υιών σου στείρα!

Mais c'était surtout dans la longue préface de ses "essais dramatiques" qu'il essayait de signaler et de stigmatiser pêle-mêle les responsables de cette décadence littéraire et sociale: le romantisme, les 

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1. A. Valaoritis, Αθανάσης Διάκος - Αστραπόγιαννος, Athènes 1867, p. 37. Signalons que la notion de "perte de l'idéal" servira à Roïdis non seulement pour faire face à Vlachos (1877), mais aussi pour interpréter l'œuvre entière de Valaoritis: E. D. Roïdis, "Αριστοτέλης Βαλαωρίτης", Εστία 8 (1879) 545-551.

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imitations étrangères, "le matérialisme égoïste et boueux", les intérêts sordides. "De l'argent! crie tout le monde aujourd'hui, de l'argent! Je me trompe, peut-être, mais j'ai la conviction que c'est le séculaire culte de l'idéal pratiqué par les Grecs anciens, cette tendance à transsubstantier tout ce qui est positif et matériel... qui a permis à la malheureuse nation grecque de survivre, après les catastrophes et les esclavages de tant de siècles..."1. Ce "culte de l'idéal" était déjà périmé. La littérature, ainsi que la société athénienne, vidée de sa substance, ne faisait que courir après les modes étrangères. La poésie lyrique sombrait dans les pleurnichements romantiques. Seul un "nouveau drame national", axé sur la tragédie ancienne et sur les chants populaires, pouvait retrouver le chemin perdu de l'art et de la vérité. "Soyons Grecs, voilà tout"2.

Vassiliadis rédigeait sa préface en avril 1869. Depuis trois mois, la révolution crétoise avait expiré dans le sang, et le choc de la défaite n'était pas facile à surmonter. Ailleurs, l'abattement du poète allait se transformer en colère: "Après la lutte des grands pères, survint la génération des fossoyeurs"3. Ou bien (décembre 1872): "Aujourd'hui la Grande Idée est devenue un objet de risée... et quiconque ose en parler courageusement et sérieusement est considéré comme celui qui, à Athènes, après la grande époque de Périclès, parlait de vertu et de justice: un idiot"4.

Porte-parole de sa génération, Vassiliadis allait fulminer, jusqu'à la fin de sa courte vie, contre tout ce qu'il considérait comme un signe de dégénérescence: le romantisme morbide, le matérialisme sordide, les mœurs étrangères, la dégradation de la vie politique et sociale, le byzantinisme, le vaudeville français. En 1873, devant la dépouille mortelle de son ami D. Paparrigopoulos, il n'allait pas hésiter à appeler Athènes "non plus une ville d'artistes, de héros et de savants, mais une

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1. S. N. Vassiliadis, Οι Καλλέργαι, op. cit., pp. ιε'-ις'.

2. Ibid., p. νβ'. Dans une réponse à Vassiliadis, N. Cazazis prend la défense du romantisme et qualifie le retour à l'Antiquité d'"anachronisme absurde": "Soyons Grecs, nous le pensons aussi, mais Grecs chrétiens, Grecs d'aujourd'hui, non des momies classiques, ainsi que le souhaitent les bons professeurs du concours poétique"; Εθνική Βιβλιοθήκη 5 (1869) 20. On le voit bien: la question de l'unité de l'hellénisme à deux ou à trois étapes est toujours au cœur du débat. Signalons que Vassiliadis, anti-chrétien, ne ménagera pas ses attaques contre Byzance: Αττικαί Νύκτες I, p. 18, et III, p. 344; cf. C. Th. Dimaras, Histoire, p. 331.

3. S. N. Vassiliadis, Αττικαί Νύκτες III, p. 263.

4. Ibid., I, p. 21.

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ville de commerçants"1. Seul le peuple, continuateur de la tradition antique et créateur de chants admirables, trouvait grâce à ses yeux.

Mais qu'est-ce qu'un Vassiliadis pouvait trouver dans les chants populaires, sinon des inspirations pour son théâtre (Γαλάτεια) et des preuves suffisantes pour renforcer sa foi dans la Grèce ancienne? La langue démotique n'entrait pas dans son champ visuel. Formé dans l'Athènes des années 1860, comme d'autres poètes de sa génération, il n'avait respiré que l'air purifié et glacial de la langue savante. Depuis le début du concours de Voutsinas, et malgré la levée de l'interdit qui frappait la langue démotique, cette dernière ne jouait pratiquement aucun rôle dans la production poétique athénienne. Les poètes vulgaristes étaient absents des concours. Les rapporteurs n'avaient aucune raison de poser le problème de la langue. Mais celui-ci n'était pas résolu pour autant. En 1869, Roussopoulos disait en privé à Tertsétis: "Ne désespère pas. Si nous n'admettons pas les poésies et les œuvres en prose qui sont écrites en langue simple, nous avons nos raisons. Quant à toi, tâche toujours, autant que tu peux, d'écrire la langue simple, afin qu'elle demeure un monument de la génération qui a entrepris notre glorieuse Révolution"2.

C'était comme si le rapporteur de 1869 dissociait la "glorieuse Révolution" et les médiocres objectifs de l'institution poétique. Lui aussi, à sa façon et sans l'avouer publiquement, constatait la déchéance d'un idéal.

3. 1870 : Un afflux de poèmes dramatiques

Cette déchéance devenait déjà un lieu commun qui non seulement exprimait des mécontentements multiples, mais aussi -ce qui devait se concrétiser dans les années suivantes- donnait naissance à des réflexions fructueuses. Th. Orphanidis, rapporteur au concours de 1870, transposait le problème dans le domaine littéraire: "Avons-nous aujourd'hui en Grèce des poètes lyriques et de la poésie lyrique?", demandait-il, pour répondre par la négative. Les signes de cette carence étaient, pour Orphanidis, évidents: depuis des années les Grecs ne chantaient plus dans les rues des chansons nouvelles; en société, les opéras italiens offraient la seule distraction musicale attrayante, tandis que l'homme du peuple, ivrogne (ο οινοβαρής "βρακάς"), ne fredonnait que

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1. Ibid., III, p. 292.

2. G. Tertsétis, Λόγος της 25 Μαρτίου 1869, Athènes 1869, p. β'.

Σελ. 269
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des mélopées turques (αμανές). Il n'en allait pas de même à l'époque de la Révolution, lorsque les Grecs s'enflammaient grâce aux poésies de Rigas, de Cokkinakis, de I. R. Rangabé, de Christopoulos, de Solomos. "On trouvait alors dans chaque maison une guitare suspendue, mais aujourd'hui tout reste silencieux, les lèvres chantantes se sont tues, nous sommes passés de l'enthousiasme à la sophistication, et les guitares sont remplacées par le piano, étalage de pseudo-civilisation". En d'autres termes, le problème se posait ainsi: pourquoi cette "disparition de l'enthousiasme lyrique de la nation"?1.

Certes, Orphanidis évitait de s'attarder sur la réponse -c'était Mistriotis qui, l'année suivante, ainsi que nous le verrons, devait s'y appliquer. Mais sa question, par la façon même dont elle était formulée, ne cherchait-elle pas l'explication dans un cadre trans-individuel et dans un "milieu" peu favorable à l'éclosion de la poésie lyrique? Un écho lointain de l'enseignement de Taine, bien que vague encore, était perceptible dans les paroles du rapporteur de 1870. On devait déjà lier l'échec littéraire à un ensemble de conditions qui ne concernaient et ne touchaient pas seulement la littérature.

Car, pour une certaine intelligentsia grecque, le moment de vérité était arrivé. Après tant de discours creux sur le "rapatriement des Muses" et sur la création des chefs-d'œuvre dignes de l'Antiquité, force était de reconnaître, vingt ans après la fondation des concours, que l'institution de Rallis et de Voutsinas ne devenait qu'une "école d'enseignement mutuel de versification"2. Le nouveau régime du roi Georges n'avait pas changé grand-chose sur le plan intérieur et extérieur: l'instabilité politique continuait, et la récente défaite crétoise ne justifiait pas, dans l'immédiat, un grand optimisme sur le sort des Grecs irrédimés. Le brigandage était toujours un problème insoluble: en mars 1870, le drame de Dilessi (massacre d'otages étrangers tombés dans les mains des brigands) avait bouleversé l'opinion internationale et avait mis le gouvernement grec dans une situation des plus difficiles. Athènes vivait à l'heure de l'opéra italien, du roman et du vaudeville français. Le conseil de Zalocostas

Ο αγών δεν επεράνθη,

μη δεχθήτε ήθη ξένα

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1. Jugement de 1870, Athènes 1870, pp. 30-31. -Il est à noter que le rapport du jury de 1870 est publié, pour la première fois depuis 1863, dans la revue Πανδώρα 21 (1870-71) 45-56, 73-76, 111-116, 137-140, 151-160, 192-199, 213-218.

2. Ibid., p. 8.

Σελ. 270
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    Σελίδα: 251
    22. Moullas, Concours poetiques

    quelque sorte, la suite de Μαρία Δοξαπατρή de Vernardakis. Ses qualités sont nombreuses: unité de temps et de lieu, langue satisfaisante, bonne description de caractères. Mais les défauts ne manquent pas: invraisemblances, imitations d'Alfieri et de Vernardakis. Or le drame en question, bien qu' il mérite d'être joué au théâtre, n'est pas jugé digne d'obtenir le prix du concours1.

    Sophocle Carydis, auteur de cette œuvre, expliquait bientôt sa démarche en détail. Ayant composé son premier drame en trois nuits et se proposant de le monter au Théâtre Hellénique qu'il dirigeait, il avait décidé de ne l'envoyer au concours qu'au dernier moment. Faute de temps, il s'était servi de son imprimerie pour présenter au jury, à la place d'une copie manuscrite, un exemplaire imprimé à la bâte. Or les fautes et les imperfections de cette première édition étaient compréhensibles. Plus tard, dans une deuxième édition, Carydis promettait de répondre «aux idées parfois erronées» du jury et d'aborder tous les problèmes concernant «l'intrigue, les caractères et la versification du poème». Pour l'instant, il exprimait aux universitaires sa satisfaction: «j'accepte avec reconnaissance comme très juste le verdict du jury, car seuls les imbéciles tiennent leurs œuvres pour infaillibles»2.

    25) Ο λοχαγός της Εθνοφυλακής : comédie en trois actes (1700 vers), ayant comme but de ridiculiser, à juste titre, la vanité de certains Grecs, notamment Athéniens, qui rêvent de devenir officiers de la Garde Nationale. Le sujet de l'œuvre est réel et actuel; les quatre personnages sont décrits avec justesse. La langue, sonore, harmonieuse et naturelle, est «celle qui est à la mode dans la société athénienne». L'absence de mots grossiers s'inscrit à l'actif de l'auteur. Si les défauts ne manquent pas (longueurs de certaines scènes, rareté relative de situations comiques, manque de jeux de mots), ils ne sont pas de nature à priver la comédie en question de la première place au concours. Le poète de Ο λοχαγός της Εθνοφυλακής est donc appelé à recevoir le prix et la couronne, celui de Τα τέκνα του Δοξαπατρή occupant la deuxième place et obtenant comme récompense l'annonce de son nom3.

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    1. Jugement de 1868, pp. 48-58

    2. S. Carydis, Τα τέκνα τον Δοξαπατρή, δράμα εις πράξεις τρεις υπό - στεφθέν εν τω ποιητικώ διαγωνισμώ του 1868, Athènes, pp. ζ'-ς'. Cette première édition était déjà mise en vente dès le mois de mai: voir Φως, 24 mai 1868. Il est à noter que l'auteur n'a pas tenu compte de ses promesses: aucune réponse au jury de 1868 n'accompagne la deuxième édition (Athènes, 1876} de son drame.

    3. Jugement de 1868, pp. 58-69.