Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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22) Αβδηριάς: œuvre en trimètres iambiques sans rimes. La langue, banale, n'est pas exempte de fautes de grammaire. En général, le poème en question fait preuve d'une certaine grâce, mais non de force dramatique. Par ailleurs, il manque d'allusions à la vie contemporaine, allusions "qui sont le sel de la comédie"1.

Il s'agissait d'une œuvre de T. Ambélas2.

23) Ο φλύαρος : comédie de plus de 1500 trimètres iambiques, avec un seul personnage. Celui-ci bavarde incessamment et fait montre d'un caractère gouailleur et paresseux. Mais la composition est défectueuse: les scènes se succèdent arbitrairement et peuvent être augmentées à l'infini. Le troisième acte, en raison de sa longueur, n'est pas lu en public, mais il figure dans le rapport publié3.

Oeuvre de S. Carydis, Ο φλύαρος allait être publié immédiatement4 avec le dossier d'une riche polémique, sur laquelle nous reviendrons.

24) O πλουτήσας σκυτοτόμος : comédie se référant à la vie contemporaine d'Athènes. Par sa grâce comique et par son unité, elle constitue "un ensemble harmonieux". Le dénouement, heureux, produit chez le lecteur et chez le spectateur une catharsis. (Roussopoulos donne lecture de deux scènes). Mais le mètre de la comédie, le trimètre trochaïque, n'est pas conforme au rythme du vers populaire équivalent. En tout état de cause, étant donné que, selon le jury, le poète de Ο πλουτήσας σκυτοτόμος a réussi à créer, plus que quiconque, "un ensemble ingénieux et harmonieux", il obtient la couronne et le prix. Le premier accessit est décerné au poète de Κρίσπος, le second aux auteurs de Πυγμαλίων, de Ο φλύαρος et de Μάγων5.

A.I. Antoniadis, auteur de Ο πλουτήσας σκυτοτόμος et de Κρίσπος, connaissait ainsi un triomphe qu'aucun poète n'avait jusqu' alors connu: il remportait à la fois le prix et le premier accessit. Entre lui et Roussopoulos, le même rapporteur qui en 1865 avait annoncé la victoire de Φίλιππος ο Μακεδών, l'entente devenait parfaite. C'était, avant tout, un pacte tacite entre deux hommes sans envergure, dont chacun 

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1. Ibid., p. 72-73.

2. Voir N. I. Lascaris, Ιστορία του νεοελληνικού θεάτρου, t. II, p. 142; cf. MEE 4 (1928) 338.

3. Jugement de 1869, pp. 73-94.

4. Sophocle C. Carydis, Ο φλύαρος, κωμωδία μονοπρόσωπος εις πράξεις τρεις, υπό -, λαβούσα τα δευτερεία εν τω ποιητικώ διαγωνισμώ του 1869, Athènes 1869. La préface et le premier acte de la comédie sont publiés par l'auteur dans son journal Φως, 30 mai 1869.

5. Jugement de 1869, pp. 94-119.

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retrouvait chez l'autre sa propre inconsistance. Dans son rapport de 1869, parlant des poèmes du concours en général, Roussopoulos avait souligné, parmi leurs principaux défauts, la médiocrité, "l'imagination asiatique ou la dyspepsie romantique", les fautes d'orthographe, le gribouillage, la pauvreté de rythmes1. Plein de bonne volonté, Antoniadis s'empressait bientôt de promettre, vu que "la comédie a besoin de mètres variés", d'utiliser dans l'avenir des rythmes mixtes2. Vainqueur, il n'avait qu'à exprimer sa gratitude au jury par l'obéissance.

Il n'en allait pas de même avec Sophocle Carydis, privé du prix de 1.000 drachmes pour la deuxième année consécutive. Sa rancune contre le lauréat de 1869 était compréhensible: contrairement à Vlachos, Antoniadis ne lui laissait même pas la couronne de laurier. Ce deuxième échec sur le terrain de la comédie devenait cuisant. A vrai dire, Carydis lui-même l'avait en partie cherché. Sa préface en prose, envoyée au jury mais passée sous silence par Roussopoulos, était trop insolente pour ne pas indisposer les universitaires: imitant le bavardage et le franc-parler de son héros, l'auteur n'avait pas hésité à y présenter sa comédie, écrite en une seule nuit, comme un "petit chef-d'œuvre", à faire des jeux de mots sur le nom d'Aphentoulis, à ridiculiser le concours (διαγώνισμα - δραχμαγώνισμα) et à déclarer cyniquement son souci de gagner les 1.000 drachmes3.

En tout cas, la cérémonie du 25 mai 1869 avait mis fin à ses espérances. Le ton de l'auteur comique avait beau rester goguenard, l'amertume y était difficilement dissimulée. Ainsi, dans un premier commentaire du concours, Carydis ne manquait pas de souligner que la comédie d'Antoniadis, récitée en partie par Roussopoulos, n'avait à aucun moment fait rire le public de la cérémonie4. Un mois plus tard, pour appuyer ses arguments, il reproduisait dans son journal tout le texte de Ο πλουτήσας σκυτοτόμος qu'avait lu le rapporteur5. Enfin, publiant en volume sa propre comédie, il y ajoutait tout un dossier pour plaider sa cause: réfutation du rapport de Roussopoulos, attaques contre Antoniadis, commentaires de la presse défavorables à la comédie couronnée. L'année précédente, face à Vlachos, Carydis s'était vanté d'avoir obtenu

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1. Ibid., p. 71-72.

2. A. I. Antoniadis, Ο πλουτήσας σκυτοτόμος, κωμωδία ποιηθείσα μεν υπό -, Γυμνασιάρχου εν Πειραιεί, βραβευθείσα δε εις τον ποιητικόν διαγωνισμόν του φιλογενούς Κ. Βουτσινά, τη 25 Μαΐου 1869, Athènes 1870, p. 95.

3. S. Carydis, op. cit., pp. α'-ς'.

4. Φως, 30 mai 1869.

5. Φως, 27 juin 1869.

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la couronne de laurier qu'"il désirait". Maintenant, il poursuivait des objectifs plus prosaïques: "Au diable la couronne, Messieurs les Juges! Mais pourquoi ne pas me donner le véritable prix, les 1.000 drachmes?"1.

Décidément, ce changement de ton n'était ni un fait isolé ni une manifestation uniquement liée aux sautes d'humeur d'un poète battu. Depuis quelques années, les goûts matériels, qui se développaient dans la société grecque, contrastaient de plus en plus avec un idéal fondé sur l'exaltation du passé et sur le culte de la génération-modèle de 1821. A cet égard, Carydis parlait avec cynisme, mais il était sûr d'exprimer l'état d'esprit d'un certain public. Déjà, le langage comique, plus proche de la réalité, devenait à la fois plus prosaïque et plus sincère. Mais n'accélérait-il pas, en même temps, une prise de conscience douloureuse?

En effet, si l'ouverture à la comédie, préconisée par ceux qui, comme Coumanoudis, avaient perçu l'impasse du romantisme et du classicisme, fut un pas vers le réel, elle ne tarda pas à révéler la bassesse de celui-ci: on découvrait déjà avec beaucoup d'amertume un présent décevant. La poésie comique opérait forcément une sorte de démystification. Ses personnages n'étaient pas les héros de la Révolution, encore moins ceux de l'Antiquité, mais les Athéniens des années 1860: hommes médiocres, souvent vulgaires, qui ne pensaient qu'à l'argent ou à leur promotion sociale; femmes vaniteuses qui singeaient les mœurs étrangères et se nourrissaient de romans français à la mode. Facilité par la comédie, ce contact avec une certaine réalité prosaïque rendait de plus en plus sensible la déchéance de l'"idéal". Les réalistes, ceux qui cherchaient une explication, allaient la trouver souvent, comme nous le verrons, dans la doctrine de H. Taine. Les romantiques, ceux qui exprimaient des sentiments, n'avaient qu'à intensifier leur lutte contre un présent sordide en élevant le ton.

La récolte du concours de 1869 en témoigne. Au moment où D. Paparrigopoulos (Πυγμαλίων), refusant le réel, cherchait son idéal dans les mythes antiques, A. Paraschos (Αλφρέδος) se lamentait sur la décadence de l'esprit héroïque:

Ως ο Κανάρης σήμερον συζή μετά πυγμαίων...

Α, ήτον είς εκ της φυλής εκείνης, ήτις ήδη

απήλθε, και ποτέ η γη δεν θέλει πλέον ίδει!

alors que T. Ambélas (Ποιητού αποχαιρετισμός προς την ποίησιν) trouvait incompatibles la poésie et la réalité:

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1. S. Carydis, op. cit., p. 55.

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Δεν είναι, όχι, εποχή γελώτων και ονείρων!

Είναι ο σιδηρούς αιών ατμού, σιδηροδρόμων!

Και τώρ' αν έζη κ' έψαλλεν ο Πίνδαρος, ο Βύρων,

γελώντες οι ακροαταί θα ήγειρον τον ώμον.

Το κύκνειόν μου, ποίησις, αυτό είναι το άσμα!

Σε παραιτώ, ω ένθεε, ω κόσμε των ονείρων!

Εις της πραγματικότητος βυθίζομαι το χάσμα,

της λύρας μου έν αφανές μνημείον ανεγείρων.

A vrai dire, cette vitupération du présent au nom d'un idéal passé n'était pas un fait nouveau. A. Valaoritis, fidèle aux chansons des kleftes, opposait depuis longtemps les souvenirs héroïques à la décadence de la Grèce contemporaine. "L'esprit guerrier de la nation est éteint, les armes ensanglantées de nos pères sont rouillées, les descendants des armatoles célèbres se sont transformés en avocats obscurs..."1. Les poètes classiques, soucieux de revenir aux modèles anciens, n'en rejetaient pas moins un présent souillé par les mœurs étrangères et indigne de la tradition hellénique. Mais c'est autour de 1870 que cette "perte de l'idéal", véritable constat d'échec, devenait particulièrement sensible. La défaite de la révolution crétoise n'y était pas pour rien; la crise politique permanente accentuait le malaise; les goûts matériels de la société athénienne exaspéraient de plus en plus la jeunesse romantique.

S. N. Vassiliadis nous en offre un exemple. Dès son premier recueil de poèmes, Εικόνες, il n'avait pas manqué, lui non plus, de déplorer la décadence de la Grèce moderne:

Και συ, Πατρίς μου, των θεών πατρίς και των ενθέων,

μεγάλη μήτερ Σωκρατών, Ομήρων, Περικλέων,

οποία μένεις σήμερον!... Της πάλαι δόξης χήρα,

και στείρα της σοφίας σου και των υιών σου στείρα!

Mais c'était surtout dans la longue préface de ses "essais dramatiques" qu'il essayait de signaler et de stigmatiser pêle-mêle les responsables de cette décadence littéraire et sociale: le romantisme, les 

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1. A. Valaoritis, Αθανάσης Διάκος - Αστραπόγιαννος, Athènes 1867, p. 37. Signalons que la notion de "perte de l'idéal" servira à Roïdis non seulement pour faire face à Vlachos (1877), mais aussi pour interpréter l'œuvre entière de Valaoritis: E. D. Roïdis, "Αριστοτέλης Βαλαωρίτης", Εστία 8 (1879) 545-551.

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imitations étrangères, "le matérialisme égoïste et boueux", les intérêts sordides. "De l'argent! crie tout le monde aujourd'hui, de l'argent! Je me trompe, peut-être, mais j'ai la conviction que c'est le séculaire culte de l'idéal pratiqué par les Grecs anciens, cette tendance à transsubstantier tout ce qui est positif et matériel... qui a permis à la malheureuse nation grecque de survivre, après les catastrophes et les esclavages de tant de siècles..."1. Ce "culte de l'idéal" était déjà périmé. La littérature, ainsi que la société athénienne, vidée de sa substance, ne faisait que courir après les modes étrangères. La poésie lyrique sombrait dans les pleurnichements romantiques. Seul un "nouveau drame national", axé sur la tragédie ancienne et sur les chants populaires, pouvait retrouver le chemin perdu de l'art et de la vérité. "Soyons Grecs, voilà tout"2.

Vassiliadis rédigeait sa préface en avril 1869. Depuis trois mois, la révolution crétoise avait expiré dans le sang, et le choc de la défaite n'était pas facile à surmonter. Ailleurs, l'abattement du poète allait se transformer en colère: "Après la lutte des grands pères, survint la génération des fossoyeurs"3. Ou bien (décembre 1872): "Aujourd'hui la Grande Idée est devenue un objet de risée... et quiconque ose en parler courageusement et sérieusement est considéré comme celui qui, à Athènes, après la grande époque de Périclès, parlait de vertu et de justice: un idiot"4.

Porte-parole de sa génération, Vassiliadis allait fulminer, jusqu'à la fin de sa courte vie, contre tout ce qu'il considérait comme un signe de dégénérescence: le romantisme morbide, le matérialisme sordide, les mœurs étrangères, la dégradation de la vie politique et sociale, le byzantinisme, le vaudeville français. En 1873, devant la dépouille mortelle de son ami D. Paparrigopoulos, il n'allait pas hésiter à appeler Athènes "non plus une ville d'artistes, de héros et de savants, mais une

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1. S. N. Vassiliadis, Οι Καλλέργαι, op. cit., pp. ιε'-ις'.

2. Ibid., p. νβ'. Dans une réponse à Vassiliadis, N. Cazazis prend la défense du romantisme et qualifie le retour à l'Antiquité d'"anachronisme absurde": "Soyons Grecs, nous le pensons aussi, mais Grecs chrétiens, Grecs d'aujourd'hui, non des momies classiques, ainsi que le souhaitent les bons professeurs du concours poétique"; Εθνική Βιβλιοθήκη 5 (1869) 20. On le voit bien: la question de l'unité de l'hellénisme à deux ou à trois étapes est toujours au cœur du débat. Signalons que Vassiliadis, anti-chrétien, ne ménagera pas ses attaques contre Byzance: Αττικαί Νύκτες I, p. 18, et III, p. 344; cf. C. Th. Dimaras, Histoire, p. 331.

3. S. N. Vassiliadis, Αττικαί Νύκτες III, p. 263.

4. Ibid., I, p. 21.

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ville de commerçants"1. Seul le peuple, continuateur de la tradition antique et créateur de chants admirables, trouvait grâce à ses yeux.

Mais qu'est-ce qu'un Vassiliadis pouvait trouver dans les chants populaires, sinon des inspirations pour son théâtre (Γαλάτεια) et des preuves suffisantes pour renforcer sa foi dans la Grèce ancienne? La langue démotique n'entrait pas dans son champ visuel. Formé dans l'Athènes des années 1860, comme d'autres poètes de sa génération, il n'avait respiré que l'air purifié et glacial de la langue savante. Depuis le début du concours de Voutsinas, et malgré la levée de l'interdit qui frappait la langue démotique, cette dernière ne jouait pratiquement aucun rôle dans la production poétique athénienne. Les poètes vulgaristes étaient absents des concours. Les rapporteurs n'avaient aucune raison de poser le problème de la langue. Mais celui-ci n'était pas résolu pour autant. En 1869, Roussopoulos disait en privé à Tertsétis: "Ne désespère pas. Si nous n'admettons pas les poésies et les œuvres en prose qui sont écrites en langue simple, nous avons nos raisons. Quant à toi, tâche toujours, autant que tu peux, d'écrire la langue simple, afin qu'elle demeure un monument de la génération qui a entrepris notre glorieuse Révolution"2.

C'était comme si le rapporteur de 1869 dissociait la "glorieuse Révolution" et les médiocres objectifs de l'institution poétique. Lui aussi, à sa façon et sans l'avouer publiquement, constatait la déchéance d'un idéal.

3. 1870 : Un afflux de poèmes dramatiques

Cette déchéance devenait déjà un lieu commun qui non seulement exprimait des mécontentements multiples, mais aussi -ce qui devait se concrétiser dans les années suivantes- donnait naissance à des réflexions fructueuses. Th. Orphanidis, rapporteur au concours de 1870, transposait le problème dans le domaine littéraire: "Avons-nous aujourd'hui en Grèce des poètes lyriques et de la poésie lyrique?", demandait-il, pour répondre par la négative. Les signes de cette carence étaient, pour Orphanidis, évidents: depuis des années les Grecs ne chantaient plus dans les rues des chansons nouvelles; en société, les opéras italiens offraient la seule distraction musicale attrayante, tandis que l'homme du peuple, ivrogne (ο οινοβαρής "βρακάς"), ne fredonnait que

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1. Ibid., III, p. 292.

2. G. Tertsétis, Λόγος της 25 Μαρτίου 1869, Athènes 1869, p. β'.

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des mélopées turques (αμανές). Il n'en allait pas de même à l'époque de la Révolution, lorsque les Grecs s'enflammaient grâce aux poésies de Rigas, de Cokkinakis, de I. R. Rangabé, de Christopoulos, de Solomos. "On trouvait alors dans chaque maison une guitare suspendue, mais aujourd'hui tout reste silencieux, les lèvres chantantes se sont tues, nous sommes passés de l'enthousiasme à la sophistication, et les guitares sont remplacées par le piano, étalage de pseudo-civilisation". En d'autres termes, le problème se posait ainsi: pourquoi cette "disparition de l'enthousiasme lyrique de la nation"?1.

Certes, Orphanidis évitait de s'attarder sur la réponse -c'était Mistriotis qui, l'année suivante, ainsi que nous le verrons, devait s'y appliquer. Mais sa question, par la façon même dont elle était formulée, ne cherchait-elle pas l'explication dans un cadre trans-individuel et dans un "milieu" peu favorable à l'éclosion de la poésie lyrique? Un écho lointain de l'enseignement de Taine, bien que vague encore, était perceptible dans les paroles du rapporteur de 1870. On devait déjà lier l'échec littéraire à un ensemble de conditions qui ne concernaient et ne touchaient pas seulement la littérature.

Car, pour une certaine intelligentsia grecque, le moment de vérité était arrivé. Après tant de discours creux sur le "rapatriement des Muses" et sur la création des chefs-d'œuvre dignes de l'Antiquité, force était de reconnaître, vingt ans après la fondation des concours, que l'institution de Rallis et de Voutsinas ne devenait qu'une "école d'enseignement mutuel de versification"2. Le nouveau régime du roi Georges n'avait pas changé grand-chose sur le plan intérieur et extérieur: l'instabilité politique continuait, et la récente défaite crétoise ne justifiait pas, dans l'immédiat, un grand optimisme sur le sort des Grecs irrédimés. Le brigandage était toujours un problème insoluble: en mars 1870, le drame de Dilessi (massacre d'otages étrangers tombés dans les mains des brigands) avait bouleversé l'opinion internationale et avait mis le gouvernement grec dans une situation des plus difficiles. Athènes vivait à l'heure de l'opéra italien, du roman et du vaudeville français. Le conseil de Zalocostas

Ο αγών δεν επεράνθη,

μη δεχθήτε ήθη ξένα

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1. Jugement de 1870, Athènes 1870, pp. 30-31. -Il est à noter que le rapport du jury de 1870 est publié, pour la première fois depuis 1863, dans la revue Πανδώρα 21 (1870-71) 45-56, 73-76, 111-116, 137-140, 151-160, 192-199, 213-218.

2. Ibid., p. 8.

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n'avait pas été entendu. Les mœurs étrangères s'étaient solidement installées. La société grecque tout entière semblait manquer de souffle. On le voyait bien: la Révolution de 1821 était gelée.

Entre-temps, les concours poétiques connaissaient une augmentation de participation sans précédent. Les 35 poèmes présentés en 1870 —un ensemble de 47.075 vers, le triple de l'Iliade!— non seulement battaient tous les records, mais aussi représentaient tous les genres de poésie, selon la répartition suivante: 1 poème bucolique, 1 gnomique, 11 lyriques, 4 épiques, 4 comédies et 14 drames.

Comme le nombre des drames était impressionnant, Orphanidis ne manquait pas d'exprimer son étonnement désapprobateur: «Ce caractère du concours, incompatible avec la gaieté naturelle des Grecs, ne montre-t-il pas qu'il est artificiel et factice, et que nous imitons sans sentir?»1. Ailleurs, essayant d'expliquer cette pléthore dramatique, il l'attribuait «peut-être» au fait que «le jury, lors des dernières années du concours de Voutsinas, avait en quelque sorte protégé et couronné de tels poèmes», ce qui pourtant ne signifiait pas que les universitaires avaient une préférence pour un genre de poésie particulier2.

Mais le véritable problème était ailleurs. En fin de compte, l'augmentation du nombre des poèmes envoyés au concours n'aurait pas été un phénomène inquiétant —bien au contraire— si elle n'avait pas provoqué le découragement des professeurs qui, devant le volume imposant et la médiocrité grandissante des manuscrits présentés, se montraient de moins en moins empressés de participer au jury. Orphanidis était donc obligé de sonner l'alarme, craignant «que le nombre croissant des candidats, ainsi que leurs exigences, d'une part, et l'éloignement justifié des juges, de l'autre, n'apportassent [au concours] un relâchement mortel»3. Dans ces conditions, l'institution poétique avait besoin de réformes, de façon à suivre le modèle d'autres nations. Ainsi, comme il était difficile de distinguer le meilleur parmi des poèmes 

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1. Ibid.

2. Ibid., p. 51. La même année, S. Carydis signalait «la tendance exclusive, pour ainsi dire, à la composition de drames», pour en rejeter la responsabilité sur le jury universitaire qui, «considérant le drame comme le genre de poésie le plus difficile, lui décerne le prix chaque année. C'est pour cela que les meilleurs poètes, à l'exception d'un ou deux amis des juges, ont fini par se retirer du concours, lequel se terminera rapidement ou deviendra, s'il ne l'est pas encore devenu, ridicule»: S. Carydis, Οι τρεις τάφοι, δράμα εις πράξεις τρεις, Athènes 1870, p. ς'. L'auteur de ces lignes avait envoyé, lui aussi, au concours de 1870 un drame!

3. Jugement de 1870, p. 4

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appartenant à des genres différents, les candidats devaient concourir, tout simplement, dans le même genre de poésie et, si possible, sur le même sujet, désigné par le Conseil Universitaire1.

Très probablement, le peu de zèle manifesté par les professeurs pour participer au jury ne s'expliquait pas seulement par le volume et la mauvaise qualité des poèmes, et il n'était pas aussi "justifié" que le prétendait Orphanidis: la guerre des coteries universitaires, toujours acharnée, devait y être pour beaucoup. En tout cas, le jury de 1870, composé de 4 membres, se présentait en partie renouvelé. Sous la présidence du recteur P. Calligas, Orphanidis assumait pour la première fois le rôle de rapporteur, G. Mistriotis faisait sa première apparition et Th. Aphentoulis consolidait sa place qu'il allait garder jusqu'à la fin des concours. Prévue initialement pour le 3 mai, la cérémonie de 1870 eut lieu le 10 mai, sans que les raisons de ce petit ajournement fussent explicitées2. Du reste, tout s'était passé comme à l'ordinaire. Le public de la Grande Salle de l'Université était nombreux et, trois heures durant, il s'ennuya peu, nous dit-on, à un rapport qui combinait "le jugement avec le sel attique"3. Orphanidis énonçait de tristes vérités, mais, complaisant, il ne perdait pas l'occasion d'étaler son talent satirique ou d'adopter, très souvent, un ton léger qui contrastait avec le pessimisme de ses propos.

Les 35 poèmes du concours, selon l'ordre, les appréciations et les développements du rapporteur, se présentaient comme suit:

1) Τα βουκολικά της Βοσκίνης : idylle insignifiante, à rejeter.

Parmi les 11 recueils lyriques, étaient à rejeter les 7 suivants:

2) Μελέται κοινωνικαί

3) Γραμμαί

4) Η ηρωίς

5) Δάφναι : mauvaise imitation de Solomos.

6 ) Η νύμφη της Ίδης

7) Τα κύκνεια άσματά μου

8) Λυρική ποίησις

Parmi les 4 poèmes épiques, n'étaient pas jugés dignes d'intérêt les 2 suivants:

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1. Ibid., pp. 8-9. Orphanidis pensait, évidemment, à l'exemple des concours: de l'Académie Française.

2. Voir les comptes rendus dans Παλιγγενεσία, 11 mai 1870, et dans Πανδώρα 21 (1870-71) 45-46.

3. Ibid., p. 45.

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9) Ο Γλαύκος και η Κορώνα

10) Ο Αρίστων

Parmi les 18 (=4 comédies + 14 drames et tragédies) poèmes dramatiques, étaient jugés très médiocres les 11 suivants:

11) Θεόδωρος και Ελευθερία : tragédie en cinq actes.

12) Ρεμόνδος : drame en trois actes, influencé par des romans français.

13) Εκδίκησις : drame en cinq actes, aussi immoral que le drame précédent.

14) Ο τελευταίος Γατελούζος : drame en trois actes.

15) Η πτώσις του Βυζαντίου : drame en cinq actes. L'auteur devrait étudier, pour tirer des leçons, la tragédie de Jean Zambélios Κωνσταντίνος1.

Il s'agissait d'une œuvre de Georges M. Zadès, publiée la même année à Patras avec une longue réponse à Orphanidis: l'auteur y considérait Κωνσταντίνος comme une des tragédies les plus médiocres de Jean Zambélios, signalait les contradictions du rapporteur de 1870 et accusait le jury d'avoir rempli son devoir avec "frivolité"2:.

16) Κλέαρχος ο Λακεδαιμόνιος : drame en trois actes.

17) Έβρος ο Θραξ : drame en cinq actes; "poème monstrueux"3. Il s'agissait d'une œuvre de T. Ambélas.

18) Η έξωσις του Ταρκυνίου : drame en cinq actes.

19) Οι τρεις τάφοι : drame en trois actes. L'auteur, Sophocle Carydis, ayant demandé de retirer son œuvre, en publia des extraits avec son nom dans son journal Φως4.

20) Δαιμονία : comédie en cinq actes.

21) Ο αποτυχών νυμφίος : comédie en cinq actes.

Enfin, les poèmes les plus intéressants du concours et les plus dignes d'une analyse détaillée étaient les suivants:

22) Αι ευχαί της Πρωτοχρονιάς του έτους 1870 : poème gnomique en langue populaire et en vers de quatorze syllabes rimés. Écrit "avec

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1. Jugement de 1870, p. 15.

2. Georges M. Zadès, Η πτώσις του Βυζαντίου, δράμα εις μέρη πέντε κατά τας αρχικάς πηγάς υπό - Patras, 1870, pp. ε'-η'.

3. Jugement de 1870, p. 19.

4. Ibid., p. 20. La même année, publiant en volume son drame, l'auteur passait sous silence l'envoi de celui-ci au concours, mais attaquait le jury violemment: S. Carydis, Οι τρεις τάφοι, op. cit., p. ς΄.

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beaucoup d'humour et de grâce», il est pour les juges une oasis. L'auteur se propose de stigmatiser un certain nombre de mauvaises tendances de la société grecque; il n'évite pas cependant quelques «tautologies séniles» et quelques longueurs. Partisan de la langue démotique, par ailleurs, il en prend la défense fermement. En somme, il est souhaitable que cette «belle œuvre» soit publiée1.

Elle fut publiée, en effet, anonymement tout d'abord dans Πανδώρα, et en brochure, avec le nom de l'auteur, par la suite2. Antoine Phatséas (1821-1872) ne laissait pas son poème sans commentaires. Non seulement il reproduisait la lettre (Nauplie, 4 décembre 1869) qu'il avait adressée au jury, mais aussi il répondait à l'«enthousiaste et trop flatteur» jugement d'Orphanidis, en attribuant le non-couronnement de son poème au fait qu'il était écrit en langue populaire: «Mon poème ne fut pas couronné, une clause du fondateur y faisant obstacle»3. Mais le dossier de Phatséas ne se terminait pas là; il contenait, encore, une lettre (14 novembre 1870) adressée au recteur de l'Université de Berlin, dans laquelle le poète demandait si les Grecs «ont le droit de parler librement et d'écrire leur langue en dépit de l'avis contraire émis par l'Université Hellénique»4. Enfin, dans un texte brillant adressé aux membres du jury de 1870, il prenait à nouveau la défense de la langue populaire, avec une éloquence et une clarté rarement trouvées dans ses vers5: on y reconnaît, encore une fois, le polémiste et le penseur doué, plus à l'aise dans la prose que dans la poésie.

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1. Jugement de 1870, pp. 24-30.

2. Πανδώρα 21 (1870-71) 103-109, 165-174, et A. Phatséas, Αι ευχαί της Πρωτοχρονιάς του έτους 1870, υπό — Καθηγητού των Μαθηματικών και της Φυσικής του εν Νανπλίω Γυμνασίου, Athènes 1870. De longs extraits du poème sont publiés dans le Jugement de 1870, pp. 24-29, et dans Mat. Parn., pp. 540-545.

3. A. Phatséas, op. cit., p. ξ'. Apparemment, l'auteur critiquait le jury plutôt sur ses intentions profondes que sur ses paroles: depuis 1862 la langue populaire ne constituait pas, officiellement tout au moins, un obstacle à la participation et au couronnement d'un poète aux concours. Or, Orphanidis, connaisseur du règlement, ne pouvait appliquer une clause abolie. En fait, ce n'était pas lui, mais la revue Πανδώρα qui avait expliqué l'échec de Phatséas par le fait que celui-ci «contrevenait à la clause du fondateur exigeant la langue savante»: Πανδώρα 21 (1870-71) 45.

4. A. Phatséas, op. cit., pp. η'-ι'. La réponse (1er février 1871) du recteur de l'Université de Berlin Bruns est publiée dans A. Phatséas, Ο Βερτόλδος, Athènes 1871, pp. 94-96. Bien que le savant allemand ait déclaré son Université incompétente sur un problème concernant la Grèce, Phatséas exprime sa satisfaction et fait l'éloge de la Prusse.

5. A. Phatséas, Αι ευχαί..., pp. ι'-λβ' [= Πανδώρα 21 (1870-71) 167-174].

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23) Ανθύλλιον : recueil de 9 poésies lyriques. Le jury y trouve «quelques bons vers», mais demande à l'auteur de corriger sa langue et, surtout, de ne pas traiter de suicides et d'empoisonnements. «Car, tout poète Grec doit éviter le roman européen comme une perfide Circé. Et puisque le poète enthousiaste a pour s'inspirer tout le monde extérieur, tant d'exploits héroïques de sa patrie et tant de nobles passions du cœur humain, à quoi bon recourir aux balbutiements romantiques de la mode?»1.

24) Λυκαυγές : recueil de 14 poésies lyriques. La versification est très souvent harmonieuse, les images «vives et vraies». Est cité le poème Το βρέφος, critiqué cependant pour l'influence du romantisme2.

Il s'agissait du premier recueil lyrique de Charalambe (Babis) Anninos (1852-1934), publié deux ans plus tard à Céphalonie3. Satisfait du rapport d'Orphanidis, l'auteur se montrait, dans sa petite préface, modeste et reconnaissant, et il dédiait son œuvre à son compatriote Jean Voutsinas.

25) Ανεμώνη : recueil de 5 poésies lyriques, caractérisées par la variété des sujets, par la naïveté juvénile et par un certain coloris lamartinien. Le poème Ο τρελός rappelle un poème de A. Paraschos ayant le même titre4.

Il s'agissait d'une œuvre de Jean Cambouroglou5.

26) Εμπνεύσεις : recueil de 5 poésies lyriques. L'auteur ne manque pas d'inspiration. Mais sa versification, régulière et harmonieuse, est souvent gâtée par des fautes de grammaire et d'orthographe, voire par

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1. Jugement de 1870, p. 32.

2. Ibid., pp. 33-3Ί.

3. Ch. Anninos, Λυκαυγές, συλλογή λυρικών ποιήσεων, υπό—, Céphalonie 1872. Des poèmes appartenant à ce recueil sont reproduits dans Pap. NP., pp. 5-14, et dans Mat. Parn., pp. 584-589. Il est à noter qu'un critique anonyme compara les poésies d'Anninos à celles d'Alfred de Musset (Εθνική Βιβλιοθήκη 7, 1872, 326), tandis que, en 1900, C. Palamas rendit hommage à l'auteur de Λυκαυγές «qui, il y a presque trente ans, frappa (son) imagination d'enfant»: Τριακονταετηρίς Χ. Αννίνου 1869-1899, Athènes 1900, p. 77. Sur sa participation au concours de 1870, Anninos revient à plusieurs reprises: Προ του 1862 και μετά το 1862, dans Η Ελλάς κατά την 25ετηρίδα του Βασιλέως Γεωργίου, Athènes 1888, p. 46; «Εκ των απομνημονευμάτων μου», Παναθήναια 11 (l905-6) 247; «Τα πρώτα έτη του Ζαν Μωρεάς», Η Μελέτη, Νο 2, février 1911, p. 75.

4. Jugement de 1870, pp. 34-36. Le poème de Paraschos était, évidemment, Άσμα παράφρονος, publié dans Χρυσαλλίς 1(1863) 154-155.

5. Voirie poème Ο τρελός dans Coromilas, Καζαμίας 1871, pp. 172-176.

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une confusion entre le paganisme et le christianisme. Est cité le poème Ο θάνατος του Ιούδα1.

Il s'agissait d'une œuvre de P. Matarangas2.

27) Η Ακρόπολις : poème épique en six chants, imitation du poème de Louise Colet "L'Acropole d'Athènes" couronné au concours de l'Académie Française en 1854. L'auteur fait preuve de bon goût et d'enthousiasme. Il n'évite pourtant pas quelques gallicismes. La versification est souvent bonne, parfois négligée. En somme, le poème en question, "un des beaux poèmes du concours présent", a de nombreuses qualités (idées et images excellentes, imagination vive, etc.) et, de ce fait, "est jugé par le jury digne d'obtenir un accessit". De longs extraits sont cités3.

Œuvre de Jean Cambouroglou, ce poème épique allait être publié l'année suivante sans commentaires4. Le jeune poète s'engageait dans la voie d'un classicisme conventionnel:

Ουρανόν και γην συνήνου

αποθέωσις το πάλαι,

κ' εκ του δώματος εκείνου

των θεών, επί της γης

ζωηράς μαρμαρυγής

λάμψεις έπιπτον μεγάλαι.

Louise Colet (1806-1876) était hautement qualifiée pour lui servir d'exemple: grâce à ses couronnements aux concours français, à son poème se référant à l'Acropole d'Athènes et à sa réputation de philhellène,

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1. Jugement de 1870, pp. 34-36."

2. Voir P. Matarangas, Φαντασία και καρδία, op. cit., pp. ε'-ι', où l'auteur raconte ses démarches auprès d'Orphanidis afin d'obtenir une copie de son manuscrit, et prend la défense de la poésie lyrique. Rappelons que Matarangas avait présenté au concours de 1860 un recueil lyrique intitulé également Εμπνεύσεις; voir ici p.149. Le poème Ο θάνατος του Ιούδα (1858), envoyé en 1860 et en 1870, est considéré par Ch. Anninos (Βασιλειάδης, Παπαρρηγόπουλος και οι περί αυτούς, op. cit., p. 36) comme traduction d'un sonnet de Monti. Nous signalons encore que les renseignements de Sp. De Biazi (Ποιητικός Ανθών 2, 24 mai 1887, p. 592) sur les participations de Matarangas aux concours de 1870 et 1871 sont en grande partie erronés.

3. Jugement de 1870, pp. 38-44.

4. Jean Cambouroglou, Η Ακρόπολις, ποίημα υπό - Athènes 1871. De longs extraits sont reproduits dans Mat. Parn., pp. 702-708. Nous signalons que le parallèle établi par Orphanidis entre le poème de Jean Cambouroglou et celui de Louise Colet est contesté dans un compte rendu anonyme: Εθνική Βιβλιοθήκη 6 (1871) 295.

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elle disposait de tous les atouts pour avoir bonne presse en Grèce1.

28) Θησεύς : poème épique, "en langue savante mais qui, parfois, sent l'école et la grammaire". La versification, en général bonne, est quelquefois forcée ou négligée. Le défaut principal du poème réside dans le fait qu'il manque d'"une forme plus archaïque". Du reste, ses qualités qui font de lui "un des meilleurs poèmes du concours présent", sont, nombreuses: concision de style, précision et exactitude, riches images de la nature, vraie passion, manque d'"emphase et de fards romantiques". De longs extraits sont cités2.

Il s'agissait de la première œuvre d'Aristomène Provélenghios (1850-1936)3. Engagé dans la voie du néo-classicisme archaïsant, le jeune poète restait fidèle à l'élégance d'un style stéréotypé:

Αττική αύρα, ήτις ριπάς

μεστάς σκορπίζεις θείων σπερμάτων,

ήτις εξέτριψες αστραπάς

λαμπράς, ασβέστους μετά πνευμάτων,

συναντηθείσα μεγαλουργών,

ήτις πτερύγων κυαναυγών

διαφανέστατον ζεύγος αίρεις

τι εις τα ώτα μου, τι μοι φέρεις;

29) Οι Μάγοι : tragédie en trois actes. "Cette œuvre dramatique

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1. La revue Εθνική Βιβλιοθήκη 5 (1870) 358 publie le sonnet Τη κυρία Λουΐζα Κολλέ (2 juillet 1870) de P. Matarangas -sonnet que A. R. Rangabé avait traduit en français et envoyé à L. Colet- et, deux ans plus tard (Εθνική Βιβλιοθήκη 7, 1873, 456-462), une biographie élogieuse de la poétesse, datée de septembre 1871 et signée P. [Matarangas?]. Deux sonnets de L. Colet, "Volupté du beau" (Athènes, 8 juin 1870) et "A Mlle M...", paraissent dans Ir. Assopios, Αττικόν Ημερολόγιον 1871, pp. 383-384. Mais, alors que le nom de la poétesse française est généralement accompagné de louanges dans la presse grecque, une nécrologie publiée dans la revue Βύρων 2 (1876) 177-178 insiste, au contraire, sur les poésies "oubliées" de L. Colet et rapporte défavorablement l'attentat dirigé par elle contre Alphonse Karr; cf. Εστία 10 (1880) 704.

2. Jugement de 1870, pp. 44-51.

3. A. I. Provélenghios, Θησεύς, ποίημα επικόν αξιωθέν του Αου επαίνου εν τω ποιητικώ αγώνι του έτους 1870, υπό- Athènes 1870. Sp. Lambros consacre au poème un compte rendu élogieux: Ιλισσός 3 (1870) 153-157.- Sur cette première participation de l'auteur aux concours," voir A. I. Provélenghios, «Πώς έγραψα τον "Θησέα" το πρώτον έργον μου», dans Ημερολόγιον της Μεγάλης Ελλάδος 1927, pp. 291-296.

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peut quand même être lue, parce qu'elle est moins bavarde et chargée". Les dialogues et les caractères sont bons; les vers manquent de césures; la langue a des fautes de grammaire. En somme, cette tragédie ne contient aucun enseignement. Saisissant l'occasion, Orphanidis attaque Gobineau comme ennemi de la Grèce1.

30) Βιργινία η Ρωμαία : drame en cinq actes. L'auteur, qui est le même que celui du drame Έβρος ο Θραξ, a lu, sans doute, "Virginie" d'Alfieri "et y a emprunté certains passages". (Orphanidis compare longuement les deux œuvres)2.

Oeuvre de T. Ambélas, ce drame allait être publié l'année suivante avec une réponse au rapporteur. L'auteur s'indignait qu'Orphanidis, "ayant massacré pendant une heure le poète italien", se fût livré à une comparaison malheureuse, "pour la simple raison qu'il ne s'agissait pas de distinguer les radis des betteraves, ce qu'il faisait dès sa naissance, mais il était question d'Alfieri, dont les chefs-d'œuvre furent respectés même par les critiques les plus exigeants". Bref, le rapporteur de 1870, "un juge-dictateur", avait manqué à son devoir3.

31) Νέρων : drame en quatre actes, œuvre de l'auteur de Βιργινία η Ρωμαία et de Έβρος ο Θραξ. Un "des bons poèmes du concours présent", le drame en question possède une intrigue naturelle et des dialogues vivants. Ses défauts principaux: "le mauvais choix du sujet" et "le peu de respect que le poète montre à l'égard de l'histoire". En général, l'auteur de la trilogie doit dans l'avenir "faire plus d'attention au choix de ses sujets, écrire moins et lire plus attentivement ce qu'il écrit"4.

En publiant ce drame, T. Ambélas ne perdait pas l'occasion de

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1. Jugement de 1870, pp. 51-55. Gobineau, ministre de France à Athènes (1865-1868), n'y avait pas laissé un bon souvenir. Son rôle pendant la révolution crétoise était de nature à susciter chez les Grecs une antipathie compréhensible. Par ailleurs, ses écrits consolidaient sa réputation de "mishellène". En 1870, après la réponse qui lui avait été donnée par C. Paparrigopoulos dans une conférence à la Société Ευαγγελισμός, A. Paraschos, à son tour, attaquait l'écrivain français dans un poème satirique (Ποιήματα, t. 111, pp. 245-248):

Τον Έλληνα ό,τι βαρύνει,

ο Γκομπινώ το διακρίνει·

αλλ' αν καλόν τι απαντήση,

αβρώς θα το πλαστογραφήση.

2. Jugement du 1870, pp. 55-1)4

3. T. Ambélas, Βιργινία η Ρωμαία υπό - Athènes 1871, pp. δ΄-ε'. Ce drame avait paru également en annexe de la revue Εθνική Βιβλιοθήκη, t. 5.

4. Jugement de 1870, pp. 64-76. 

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l'accompagner d'une longue préface (25 juillet 1870). Son intention de s'éloigner de l'école romantique "hugolienne ou shakespearienne" y était déclarée. "Je devais donc suivre une voie moyenne ou, plutôt, proche de l'ancienne". Quant au concours de Voutsinas, il présentait déjà des signes de décadence, "en raison de l'éloignement des juges impartiaux et dès poètes de valeur". Mais c'était Orphanidis, surtout, qui attirait les foudres verbales du jeune poète. Juge partial et de mauvaise volonté, il avait employé un "langage dictatorial" et il n'avait pas hésité à révéler que l'auteur des trois drames était le même, "après avoir appris que cet auteur était l'étudiant en droit Ambélas". Enfin, le poète, faisant allusion au concours de 1860, déclarait qu'il ne voulait pas imiter l'exemple de "M. le rapporteur qui, battu autrefois dans le même concours par un versificateur déjà oublié, s'est défendu par des centaines de pages vigoureuses"1.

32) Οι μνηστήρες : comédie en un acte, "de forme archaïsante". Elle constitue le meilleur poème du concours quant à la versification. La langue est convenable. Vaudeville plutôt que comédie à proprement parler, cette œuvre apparaît comme un produit de froide réflexion plutôt que d'inspiration. Malgré tout, le jury la considère comme un des bons poèmes du concours et lui décerne à l'unanimité un accessit2.

Il s'agissait d'une œuvre de Panayotis D. Zanos3.

33) Ο τελευταίος κόμης των Σαλώνων : drame en cinq actes qui tire son sujet de Χρονικό του Γαλαξιδιού édité par C. Sathas. L'intrigue moyenâgeuse est excellente; la langue et la versification sont bonnes. L'auteur fait montre de patriotisme et de nobles sentiments. Défauts de l'œuvre: quelques caractères "irréguliers", une catharsis mauvaise, une certaine négligence vers la fin4.

Il s'agissait d'une oeuvre de Sp. Lambros, jouée au théâtre le 5 novembre 1870 et publiée en volume la même année. Dans sa longue préface (9 novembre 1870), faisant l'éloge de l'époque byzantine, l'auteur

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1. T. Ambélas, Νέρων, υπό - Syros 1870, pp. γ'-ιζ'. Une nouvelle attaque contre le rapporteur de 1870 est contenu dans T. Ambélas, Λέων Καλλέργης, δράμα διαγωνισθεν εις τον Α' ποιητικόν αγώνα των Ολυμπίων, Syros 1871, p. δ'. Il est à noter qu'un demi-siècle plus tard, dans un contexte différent, T. Ambélas, devenu un conservateur rétrograde, n'allait pas ménager ses éloges à Orphanidis et aux concours poétiques: T. Ambélas, Ο Θεόδωρος Ορφανίδης και η εποχή τον, Athènes 1916.

2. Jugement de 1870, pp. 76-80.

3. P. D. Zanos, Οι μνηστήρες ποιηταί, κωμωδία επαινεθείσα εν τω ποιητικώ αγώνι του έτους 1870, υπό - Athènes 1870.

4. Jugement de 1870, pp. 80-90.

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partageait la conviction de Vernardakis (Μαρία Δοξαπατρή) que "cette époque peut offrir au drame national la matière la plus appropriée"1. N'était-ce pas une réponse indirecte aux idées avancées par Sp. Vassiliadis (Οι Καλλέργαι - Λουκάς Νοταράς) l'année précédente? De plus en plus préoccupé par l'histoire du Moyen Age hellénique, Lambros trouvait provisoirement le moyen, grâce à l'actualité du théâtre, de combiner ses intérêts scientifiques avec ses ambitions littéraires2. Mais sa participation au concours de 1870 devait rester la dernière: en lui l'historien doué l'emporterait bientôt définitivement sur le poète amateur.

34) Το φρόνημα των πρώτων Χριστιανών : drame en cinq actes, imitation d'"Antigone" de Sophocle. C'est "un des meilleurs poèmes du concours présent". Ses qualités principales: sujet excellent, épisodes intéressants, sentiment religieux, langue savante, caractères réussis3.

Ce drame de A. I. Antoniadis -le même qui, envoyé au concours de 1862 sous le titre Χριστιανή Ευγενία, avait été sévèrement critiqué par A. R. Rangabé- allait être publié, l'année suivante, pour apporter encore une preuve de la fécondité intarissable de son auteur4.

35) Αννίβας εν Γόρτυνι : drame en quatre actes, "un des meilleurs du concours présent". Il donne une image appropriée de la démagogie, et présente une satire non pas de l'individu, mais de la société. Ses seuls défauts: l'auteur s'amuse sur un sujet tragique (la ville qui souffre de la faim) et commet certains anachronismes. Mais les qualités sont nombreuses: langue et versification irréprochables, grâce et originalité, dénouement ingénieux. Dans ces conditions, le jury: a) décerne à moitié le prix au drame en question et au drame précédent; b) considérant comme dignes d'accessit les poèmes Θησεύς et Ο τελευταίος κόμης των Σαλώνων, décide d'ouvrir leurs enveloppes et d'annoncer les noms de leurs auteurs "en signe d'honneur et d'encouragement"5.

Ce qui fut fait. Constantin Ch. Versis, 25 ans, auteur de Αννίβας εν

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1. Sp. P. Lambros, Ο τελευταίος κόμης των Σαλώνων, δράμα εις μέρη πέντε, λαβόν Α' έπαινον εν τω Βουτσιναίω αγώνι του ΑΩΟ', υπό - Athènes 1870, p. 9.

2. Au même moment, il composait une autre pièce de théâtre historique, Δαυΐδ Κομνηνός, dont un petit extrait est présenté par la revue Εθνική Βιβλιοθήκη 6 (1870) 38-39.

3. Jugement de 1870, pp. 90-99.

4. A. I. Antoniadis, Η Χριστιανή Ευγενία, ήτοι Το φρόνημα των πρώτων Χριστιανών, ποιηθέν μεν υπό -, Γυμνασιάρχου εν Πειραιεί, βραβευθέν δε εις τον ποιητικόν διαγωνισμόν του φιλογενούς Κ. Βουτσινά, τη 10 Μαΐου 1870, Athènes 1871.

5. Jugement de 1870, pp. 99-113.

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Γόρτυνι3, partagea le prix de 1.000 drachmes avec A. I. Antoniadis, 34 ans, proviseur au Pirée. Les noms des étudiants A. Provélenghios, 20 ans, et Sp. Lambros, 19 ans, furent annoncés au public par le recteur P. Calligas. Après la cérémonie, ce sont les journaux et les revues qui révélèrent l'identité des autres candidats loués: A. Phatséas, 49 ans, Jean Cambouroglou, 19 ans, T. Ambélas, 20 ans, P. D. Zanos, 22 ans. Le jeune âge des poètes était signalé: parmi les 8 concurrents couronnés ou récompensés par des accessits, faisait-on remarquer, six avaient à peine 20 ans2.

Ouverture consciente de la part de l'Université à la jeunesse? On ne saurait l'affirmer. Il est certain que les universitaires espéraient toujours pouvoir imposer des poètes talentueux et capables de réaliser leur propre idéal littéraire. Et il est certain aussi qu'un tel espoir ne pouvait être porté, en premier lieu, que sur la jeunesse. Mais le choix était maintenant presque forcé: depuis quelque temps, les jeunes débutants constituaient, parmi les concurrents, une majorité de plus en plus écrasante, et S. N. Zavitsanos n'avait pas complètement tort de qualifier en 1868 l'institution poétique de "concours d'enfants". Or si, en 1870, la jeunesse recevait la part du lion dans la distribution du prix et des accessits, c'était qu'elle restait pratiquement -à quelques exceptions près- la seule à concourir, alors que les poètes d'un certain âge et d'une certaine notoriété, découragés et déçus, boudaient de plus en plus les concours.

Dans ces conditions, le fossé entre la qualité et la quantité ne faisait que s'élargir. Le jury de 1870, par la bouche de son rapporteur, exprimait une grande déception devant les poèmes présentés; il n'en distribuait pas moins les accessits avec une générosité inconnue jusque-là. Dépassé par les événements, n'était-il pas obligé, en quelque

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1. C. Ch. Versis, Αννίβας εν Γόρτυνι, δράμα σατυρικόν [sic] εις μέρη τέσσαρα, υπό-, βραβευθέν εν τω ποιητικώ διαγωνισμώ του 1870, Athènes 1870. Des extraits du poème sont publiés dans la revue de Braïla Ερμής ο Λόγιος και Κερδώος 1 (1872) 21-40. Le terme "drame satyrique" est évidemment abusif: Versis emploie ce terme pour désigner, tout simplement, un "drame satirique" ou une "tragi-comédie".

2. Πανδώρα 21 (1870-71) 45. Selon la même revue (p. 46), tous avaient été disciples du proviseur Aristide Kyprianos, mort prématurément; sur ce dernier, voir l'"autobiographie" de Sp. Lambros, publiée par Jean Vlachoyannis dans NE 19 (1936) 370, ainsi que l'hommage rendu par D. Gr. Cambouroglou: Camb.A., pp. 697-698. Mais les jeunes poètes distingués en 1870 étaient également unis par d'autres liens: trois d'entre eux étaient étudiants de l'Université d'Athènes et, en même, membres de la Société Littéraire Παρνασσός; voir Παλιγγενεσία, 11 mai 1870.

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sorte, de faire des concessions pour éviter une nouvelle crise? Orphanidis s'élevait contre l'affluence dramatique de 1870, mais il n'avait plus, par la force des choses, qu'à annoncer la victoire du drame. En fin de compte, celui-ci était préférable à une production lyrique qui versait dans le romantisme le plus malsain. «Or nous avons tenu compte, en premier lieu, du bon choix du sujet, qui est l'esprit du poète, et, en second lieu, de la forme extérieure et de l'art, qui constituent le corps des œuvres jugées; car, nous désapprouve as ouvertement ceux qui pratiquent mal chez nous les principes de l'école dite romantique»1.

Ainsi, l'ennemi principal, pour les jurys universitaires, demeurait toujours le même: le romantisme «étranger». Dix ans plus tôt, en tant que candidat du concours, Orphanidis (Άγιος Μηνάς) avait lancé à A. R. Rangabé son défi byronien et avait revendiqué son droit à «la mélancolie, la tristesse et la misanthropie». Maintenant, porte-parole de l'esprit classique, il n'avait qu'à se conformer à l'ordre universitaire établi. Seulement, cet ordre, malgré l'autorité dont il disposait toujours, était moins inattaquable que dix ans auparavant. Son ennemi, le romantisme, invincible encore, non seulement survivait au sein des concours, mais concentrait ses forces les plus importantes loin de l'institution poétique; son protégé, le classicisme, à bout de souffle après dix ans de contre-attaques intensives, attirait de moins en moins l'admiration par ses productions littéraires et inspirait de plus en plus de scepticisme sur ses possibilités futures.

Les concours avaient vingt ans, et leur bilan ne prêtait pas à un grand optimisme. Une partie des poèmes glorifiés et couronnées par les jurys universitaires étaient déjà tombés dans l'oubli. Des poètes célèbres, morts pendant cette période —Solomos (1857), Alexandre Soutsos (1863) ou Panayotis Soutsos (1868)— n'avaient jamais honoré l'institution poétique; Tertsétis avait fini par l'abandonner; Valaoritis ne lui devait rien de sa gloire2. Au moment où les jeunes poètes athéniens les plus en vue se retiraient des concours les uns après les autres

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1. Jugement de 1870, p. 111.

2. Autant que nous sachions, il n'a jamais participé aux concours, croyant ou faisant semblant de croire que la langue populaire y était strictement interdite. Le 3 novembre 1877, il se plaignait dans une lettre à Roïdis: «Quelle pitié de ne jamais être admis aux concours poétiques...»: Παναθήναια 11 (1905-1906) 67. Quelques mois plus tard, dans une lettre à Queux de Saint-Hilaire (12 mai 1878), il considérait encore, et non sans exagérer, la langue populaire comme exclue «de tous les concours poétiques»: Εστία 16 (1883) 420.

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et où les juges universitaires manifestaient de plus en plus leur lassitude, l'irruption massive des débutants et des amateurs n'était sûrement pas de nature à relever le prestige de l'institution poétique, pas plus que les couronnements annuels et monotones d'Antoniadis. Le problème de la langue était loin d'être réglé définitivement; il ressurgissait avec une nouvelle acuité, et Phatséas ne manquait pas, en 1870, de le porter à l'intérieur des concours, renouvelant l'exemple de Tertsétis.

Les jurys avaient à affronter désormais une situation difficile. La huitième décennie du siècle s'annonçait remplie d' obstacles à surmonter.

4. 1871: Le record des 70.000 vers

Cependant, l'Université athénienne possédait des ressources inépuisables aussi bien sur le plan des étudiants-concurrents que sur celui des professeurs-juges.

Le 23 mai 1871, un nouveau rapporteur, Georges Mistriotis (1840-1916), se présentait dans un jury qui avait comme président le recteur C. Voussakis et comme membres les professeurs St. Coumanoudis, Th. Aphentoulis et D. Sémitélos. C'était un jour mémorable: après la cérémonie poétique, E. Castorchis, rapporteur du concours de Rodocanakis, allait annoncer la victoire de Nicolas Politis pour son étude Μελέτη επί του βίου των νεωτέρων Ελλήνων1.

Professeur de lettres classiques depuis 1868, Mistriotis avait déjà eu l'occasion de faire montre d'un caractère hargneux, lorsque, quelques mois plus tôt, il s'était désolidarisé publiquement du jury d' Ολύμπια qui avait couronné A. Vlachos pour sa comédie Γαμβρού πολιορκία2. Un peu plus tard, comme nous le verrons, son conflit avec C. Paparrigopoulos allait devenir une haine durable à laquelle seule la mort de l'historien (1891) vint mettre fin. Mistriotis, tel que nous le connaissons dans sa maturité, à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle, est l'homme de la réaction pure et simple: archaïsant, sclérosé,

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1. Παλιγγενεσία, 24 mai 1871

2. Παλιγγενεσία, 4 décembre 1870 et 15 janvier 1871. A. Vlachos (Κωμωδίαι, op. cit., pp. ιγ'-ιε') attaque violemment Mistriotis, tandis que E. Roïdis (Κριτικαί Μελέται, op. cit., pp. 19-21) et N. Cazazis (Παρθενών 1, 1871-72, 350) s'en prennent avec la même virulence au jeune professeur qui avait prétendu être le plus qualifié pour juger des poèmes.

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    22. Moullas, Concours poetiques

    22) Αβδηριάς: œuvre en trimètres iambiques sans rimes. La langue, banale, n'est pas exempte de fautes de grammaire. En général, le poème en question fait preuve d'une certaine grâce, mais non de force dramatique. Par ailleurs, il manque d'allusions à la vie contemporaine, allusions "qui sont le sel de la comédie"1.

    Il s'agissait d'une œuvre de T. Ambélas2.

    23) Ο φλύαρος : comédie de plus de 1500 trimètres iambiques, avec un seul personnage. Celui-ci bavarde incessamment et fait montre d'un caractère gouailleur et paresseux. Mais la composition est défectueuse: les scènes se succèdent arbitrairement et peuvent être augmentées à l'infini. Le troisième acte, en raison de sa longueur, n'est pas lu en public, mais il figure dans le rapport publié3.

    Oeuvre de S. Carydis, Ο φλύαρος allait être publié immédiatement4 avec le dossier d'une riche polémique, sur laquelle nous reviendrons.

    24) O πλουτήσας σκυτοτόμος : comédie se référant à la vie contemporaine d'Athènes. Par sa grâce comique et par son unité, elle constitue "un ensemble harmonieux". Le dénouement, heureux, produit chez le lecteur et chez le spectateur une catharsis. (Roussopoulos donne lecture de deux scènes). Mais le mètre de la comédie, le trimètre trochaïque, n'est pas conforme au rythme du vers populaire équivalent. En tout état de cause, étant donné que, selon le jury, le poète de Ο πλουτήσας σκυτοτόμος a réussi à créer, plus que quiconque, "un ensemble ingénieux et harmonieux", il obtient la couronne et le prix. Le premier accessit est décerné au poète de Κρίσπος, le second aux auteurs de Πυγμαλίων, de Ο φλύαρος et de Μάγων5.

    A.I. Antoniadis, auteur de Ο πλουτήσας σκυτοτόμος et de Κρίσπος, connaissait ainsi un triomphe qu'aucun poète n'avait jusqu' alors connu: il remportait à la fois le prix et le premier accessit. Entre lui et Roussopoulos, le même rapporteur qui en 1865 avait annoncé la victoire de Φίλιππος ο Μακεδών, l'entente devenait parfaite. C'était, avant tout, un pacte tacite entre deux hommes sans envergure, dont chacun 

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    1. Ibid., p. 72-73.

    2. Voir N. I. Lascaris, Ιστορία του νεοελληνικού θεάτρου, t. II, p. 142; cf. MEE 4 (1928) 338.

    3. Jugement de 1869, pp. 73-94.

    4. Sophocle C. Carydis, Ο φλύαρος, κωμωδία μονοπρόσωπος εις πράξεις τρεις, υπό -, λαβούσα τα δευτερεία εν τω ποιητικώ διαγωνισμώ του 1869, Athènes 1869. La préface et le premier acte de la comédie sont publiés par l'auteur dans son journal Φως, 30 mai 1869.

    5. Jugement de 1869, pp. 94-119.