Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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ville de commerçants"1. Seul le peuple, continuateur de la tradition antique et créateur de chants admirables, trouvait grâce à ses yeux.

Mais qu'est-ce qu'un Vassiliadis pouvait trouver dans les chants populaires, sinon des inspirations pour son théâtre (Γαλάτεια) et des preuves suffisantes pour renforcer sa foi dans la Grèce ancienne? La langue démotique n'entrait pas dans son champ visuel. Formé dans l'Athènes des années 1860, comme d'autres poètes de sa génération, il n'avait respiré que l'air purifié et glacial de la langue savante. Depuis le début du concours de Voutsinas, et malgré la levée de l'interdit qui frappait la langue démotique, cette dernière ne jouait pratiquement aucun rôle dans la production poétique athénienne. Les poètes vulgaristes étaient absents des concours. Les rapporteurs n'avaient aucune raison de poser le problème de la langue. Mais celui-ci n'était pas résolu pour autant. En 1869, Roussopoulos disait en privé à Tertsétis: "Ne désespère pas. Si nous n'admettons pas les poésies et les œuvres en prose qui sont écrites en langue simple, nous avons nos raisons. Quant à toi, tâche toujours, autant que tu peux, d'écrire la langue simple, afin qu'elle demeure un monument de la génération qui a entrepris notre glorieuse Révolution"2.

C'était comme si le rapporteur de 1869 dissociait la "glorieuse Révolution" et les médiocres objectifs de l'institution poétique. Lui aussi, à sa façon et sans l'avouer publiquement, constatait la déchéance d'un idéal.

3. 1870 : Un afflux de poèmes dramatiques

Cette déchéance devenait déjà un lieu commun qui non seulement exprimait des mécontentements multiples, mais aussi -ce qui devait se concrétiser dans les années suivantes- donnait naissance à des réflexions fructueuses. Th. Orphanidis, rapporteur au concours de 1870, transposait le problème dans le domaine littéraire: "Avons-nous aujourd'hui en Grèce des poètes lyriques et de la poésie lyrique?", demandait-il, pour répondre par la négative. Les signes de cette carence étaient, pour Orphanidis, évidents: depuis des années les Grecs ne chantaient plus dans les rues des chansons nouvelles; en société, les opéras italiens offraient la seule distraction musicale attrayante, tandis que l'homme du peuple, ivrogne (ο οινοβαρής "βρακάς"), ne fredonnait que

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1. Ibid., III, p. 292.

2. G. Tertsétis, Λόγος της 25 Μαρτίου 1869, Athènes 1869, p. β'.

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des mélopées turques (αμανές). Il n'en allait pas de même à l'époque de la Révolution, lorsque les Grecs s'enflammaient grâce aux poésies de Rigas, de Cokkinakis, de I. R. Rangabé, de Christopoulos, de Solomos. "On trouvait alors dans chaque maison une guitare suspendue, mais aujourd'hui tout reste silencieux, les lèvres chantantes se sont tues, nous sommes passés de l'enthousiasme à la sophistication, et les guitares sont remplacées par le piano, étalage de pseudo-civilisation". En d'autres termes, le problème se posait ainsi: pourquoi cette "disparition de l'enthousiasme lyrique de la nation"?1.

Certes, Orphanidis évitait de s'attarder sur la réponse -c'était Mistriotis qui, l'année suivante, ainsi que nous le verrons, devait s'y appliquer. Mais sa question, par la façon même dont elle était formulée, ne cherchait-elle pas l'explication dans un cadre trans-individuel et dans un "milieu" peu favorable à l'éclosion de la poésie lyrique? Un écho lointain de l'enseignement de Taine, bien que vague encore, était perceptible dans les paroles du rapporteur de 1870. On devait déjà lier l'échec littéraire à un ensemble de conditions qui ne concernaient et ne touchaient pas seulement la littérature.

Car, pour une certaine intelligentsia grecque, le moment de vérité était arrivé. Après tant de discours creux sur le "rapatriement des Muses" et sur la création des chefs-d'œuvre dignes de l'Antiquité, force était de reconnaître, vingt ans après la fondation des concours, que l'institution de Rallis et de Voutsinas ne devenait qu'une "école d'enseignement mutuel de versification"2. Le nouveau régime du roi Georges n'avait pas changé grand-chose sur le plan intérieur et extérieur: l'instabilité politique continuait, et la récente défaite crétoise ne justifiait pas, dans l'immédiat, un grand optimisme sur le sort des Grecs irrédimés. Le brigandage était toujours un problème insoluble: en mars 1870, le drame de Dilessi (massacre d'otages étrangers tombés dans les mains des brigands) avait bouleversé l'opinion internationale et avait mis le gouvernement grec dans une situation des plus difficiles. Athènes vivait à l'heure de l'opéra italien, du roman et du vaudeville français. Le conseil de Zalocostas

Ο αγών δεν επεράνθη,

μη δεχθήτε ήθη ξένα

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1. Jugement de 1870, Athènes 1870, pp. 30-31. -Il est à noter que le rapport du jury de 1870 est publié, pour la première fois depuis 1863, dans la revue Πανδώρα 21 (1870-71) 45-56, 73-76, 111-116, 137-140, 151-160, 192-199, 213-218.

2. Ibid., p. 8.

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n'avait pas été entendu. Les mœurs étrangères s'étaient solidement installées. La société grecque tout entière semblait manquer de souffle. On le voyait bien: la Révolution de 1821 était gelée.

Entre-temps, les concours poétiques connaissaient une augmentation de participation sans précédent. Les 35 poèmes présentés en 1870 —un ensemble de 47.075 vers, le triple de l'Iliade!— non seulement battaient tous les records, mais aussi représentaient tous les genres de poésie, selon la répartition suivante: 1 poème bucolique, 1 gnomique, 11 lyriques, 4 épiques, 4 comédies et 14 drames.

Comme le nombre des drames était impressionnant, Orphanidis ne manquait pas d'exprimer son étonnement désapprobateur: «Ce caractère du concours, incompatible avec la gaieté naturelle des Grecs, ne montre-t-il pas qu'il est artificiel et factice, et que nous imitons sans sentir?»1. Ailleurs, essayant d'expliquer cette pléthore dramatique, il l'attribuait «peut-être» au fait que «le jury, lors des dernières années du concours de Voutsinas, avait en quelque sorte protégé et couronné de tels poèmes», ce qui pourtant ne signifiait pas que les universitaires avaient une préférence pour un genre de poésie particulier2.

Mais le véritable problème était ailleurs. En fin de compte, l'augmentation du nombre des poèmes envoyés au concours n'aurait pas été un phénomène inquiétant —bien au contraire— si elle n'avait pas provoqué le découragement des professeurs qui, devant le volume imposant et la médiocrité grandissante des manuscrits présentés, se montraient de moins en moins empressés de participer au jury. Orphanidis était donc obligé de sonner l'alarme, craignant «que le nombre croissant des candidats, ainsi que leurs exigences, d'une part, et l'éloignement justifié des juges, de l'autre, n'apportassent [au concours] un relâchement mortel»3. Dans ces conditions, l'institution poétique avait besoin de réformes, de façon à suivre le modèle d'autres nations. Ainsi, comme il était difficile de distinguer le meilleur parmi des poèmes 

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1. Ibid.

2. Ibid., p. 51. La même année, S. Carydis signalait «la tendance exclusive, pour ainsi dire, à la composition de drames», pour en rejeter la responsabilité sur le jury universitaire qui, «considérant le drame comme le genre de poésie le plus difficile, lui décerne le prix chaque année. C'est pour cela que les meilleurs poètes, à l'exception d'un ou deux amis des juges, ont fini par se retirer du concours, lequel se terminera rapidement ou deviendra, s'il ne l'est pas encore devenu, ridicule»: S. Carydis, Οι τρεις τάφοι, δράμα εις πράξεις τρεις, Athènes 1870, p. ς'. L'auteur de ces lignes avait envoyé, lui aussi, au concours de 1870 un drame!

3. Jugement de 1870, p. 4

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appartenant à des genres différents, les candidats devaient concourir, tout simplement, dans le même genre de poésie et, si possible, sur le même sujet, désigné par le Conseil Universitaire1.

Très probablement, le peu de zèle manifesté par les professeurs pour participer au jury ne s'expliquait pas seulement par le volume et la mauvaise qualité des poèmes, et il n'était pas aussi "justifié" que le prétendait Orphanidis: la guerre des coteries universitaires, toujours acharnée, devait y être pour beaucoup. En tout cas, le jury de 1870, composé de 4 membres, se présentait en partie renouvelé. Sous la présidence du recteur P. Calligas, Orphanidis assumait pour la première fois le rôle de rapporteur, G. Mistriotis faisait sa première apparition et Th. Aphentoulis consolidait sa place qu'il allait garder jusqu'à la fin des concours. Prévue initialement pour le 3 mai, la cérémonie de 1870 eut lieu le 10 mai, sans que les raisons de ce petit ajournement fussent explicitées2. Du reste, tout s'était passé comme à l'ordinaire. Le public de la Grande Salle de l'Université était nombreux et, trois heures durant, il s'ennuya peu, nous dit-on, à un rapport qui combinait "le jugement avec le sel attique"3. Orphanidis énonçait de tristes vérités, mais, complaisant, il ne perdait pas l'occasion d'étaler son talent satirique ou d'adopter, très souvent, un ton léger qui contrastait avec le pessimisme de ses propos.

Les 35 poèmes du concours, selon l'ordre, les appréciations et les développements du rapporteur, se présentaient comme suit:

1) Τα βουκολικά της Βοσκίνης : idylle insignifiante, à rejeter.

Parmi les 11 recueils lyriques, étaient à rejeter les 7 suivants:

2) Μελέται κοινωνικαί

3) Γραμμαί

4) Η ηρωίς

5) Δάφναι : mauvaise imitation de Solomos.

6 ) Η νύμφη της Ίδης

7) Τα κύκνεια άσματά μου

8) Λυρική ποίησις

Parmi les 4 poèmes épiques, n'étaient pas jugés dignes d'intérêt les 2 suivants:

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1. Ibid., pp. 8-9. Orphanidis pensait, évidemment, à l'exemple des concours: de l'Académie Française.

2. Voir les comptes rendus dans Παλιγγενεσία, 11 mai 1870, et dans Πανδώρα 21 (1870-71) 45-46.

3. Ibid., p. 45.

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9) Ο Γλαύκος και η Κορώνα

10) Ο Αρίστων

Parmi les 18 (=4 comédies + 14 drames et tragédies) poèmes dramatiques, étaient jugés très médiocres les 11 suivants:

11) Θεόδωρος και Ελευθερία : tragédie en cinq actes.

12) Ρεμόνδος : drame en trois actes, influencé par des romans français.

13) Εκδίκησις : drame en cinq actes, aussi immoral que le drame précédent.

14) Ο τελευταίος Γατελούζος : drame en trois actes.

15) Η πτώσις του Βυζαντίου : drame en cinq actes. L'auteur devrait étudier, pour tirer des leçons, la tragédie de Jean Zambélios Κωνσταντίνος1.

Il s'agissait d'une œuvre de Georges M. Zadès, publiée la même année à Patras avec une longue réponse à Orphanidis: l'auteur y considérait Κωνσταντίνος comme une des tragédies les plus médiocres de Jean Zambélios, signalait les contradictions du rapporteur de 1870 et accusait le jury d'avoir rempli son devoir avec "frivolité"2:.

16) Κλέαρχος ο Λακεδαιμόνιος : drame en trois actes.

17) Έβρος ο Θραξ : drame en cinq actes; "poème monstrueux"3. Il s'agissait d'une œuvre de T. Ambélas.

18) Η έξωσις του Ταρκυνίου : drame en cinq actes.

19) Οι τρεις τάφοι : drame en trois actes. L'auteur, Sophocle Carydis, ayant demandé de retirer son œuvre, en publia des extraits avec son nom dans son journal Φως4.

20) Δαιμονία : comédie en cinq actes.

21) Ο αποτυχών νυμφίος : comédie en cinq actes.

Enfin, les poèmes les plus intéressants du concours et les plus dignes d'une analyse détaillée étaient les suivants:

22) Αι ευχαί της Πρωτοχρονιάς του έτους 1870 : poème gnomique en langue populaire et en vers de quatorze syllabes rimés. Écrit "avec

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1. Jugement de 1870, p. 15.

2. Georges M. Zadès, Η πτώσις του Βυζαντίου, δράμα εις μέρη πέντε κατά τας αρχικάς πηγάς υπό - Patras, 1870, pp. ε'-η'.

3. Jugement de 1870, p. 19.

4. Ibid., p. 20. La même année, publiant en volume son drame, l'auteur passait sous silence l'envoi de celui-ci au concours, mais attaquait le jury violemment: S. Carydis, Οι τρεις τάφοι, op. cit., p. ς΄.

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beaucoup d'humour et de grâce», il est pour les juges une oasis. L'auteur se propose de stigmatiser un certain nombre de mauvaises tendances de la société grecque; il n'évite pas cependant quelques «tautologies séniles» et quelques longueurs. Partisan de la langue démotique, par ailleurs, il en prend la défense fermement. En somme, il est souhaitable que cette «belle œuvre» soit publiée1.

Elle fut publiée, en effet, anonymement tout d'abord dans Πανδώρα, et en brochure, avec le nom de l'auteur, par la suite2. Antoine Phatséas (1821-1872) ne laissait pas son poème sans commentaires. Non seulement il reproduisait la lettre (Nauplie, 4 décembre 1869) qu'il avait adressée au jury, mais aussi il répondait à l'«enthousiaste et trop flatteur» jugement d'Orphanidis, en attribuant le non-couronnement de son poème au fait qu'il était écrit en langue populaire: «Mon poème ne fut pas couronné, une clause du fondateur y faisant obstacle»3. Mais le dossier de Phatséas ne se terminait pas là; il contenait, encore, une lettre (14 novembre 1870) adressée au recteur de l'Université de Berlin, dans laquelle le poète demandait si les Grecs «ont le droit de parler librement et d'écrire leur langue en dépit de l'avis contraire émis par l'Université Hellénique»4. Enfin, dans un texte brillant adressé aux membres du jury de 1870, il prenait à nouveau la défense de la langue populaire, avec une éloquence et une clarté rarement trouvées dans ses vers5: on y reconnaît, encore une fois, le polémiste et le penseur doué, plus à l'aise dans la prose que dans la poésie.

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1. Jugement de 1870, pp. 24-30.

2. Πανδώρα 21 (1870-71) 103-109, 165-174, et A. Phatséas, Αι ευχαί της Πρωτοχρονιάς του έτους 1870, υπό — Καθηγητού των Μαθηματικών και της Φυσικής του εν Νανπλίω Γυμνασίου, Athènes 1870. De longs extraits du poème sont publiés dans le Jugement de 1870, pp. 24-29, et dans Mat. Parn., pp. 540-545.

3. A. Phatséas, op. cit., p. ξ'. Apparemment, l'auteur critiquait le jury plutôt sur ses intentions profondes que sur ses paroles: depuis 1862 la langue populaire ne constituait pas, officiellement tout au moins, un obstacle à la participation et au couronnement d'un poète aux concours. Or, Orphanidis, connaisseur du règlement, ne pouvait appliquer une clause abolie. En fait, ce n'était pas lui, mais la revue Πανδώρα qui avait expliqué l'échec de Phatséas par le fait que celui-ci «contrevenait à la clause du fondateur exigeant la langue savante»: Πανδώρα 21 (1870-71) 45.

4. A. Phatséas, op. cit., pp. η'-ι'. La réponse (1er février 1871) du recteur de l'Université de Berlin Bruns est publiée dans A. Phatséas, Ο Βερτόλδος, Athènes 1871, pp. 94-96. Bien que le savant allemand ait déclaré son Université incompétente sur un problème concernant la Grèce, Phatséas exprime sa satisfaction et fait l'éloge de la Prusse.

5. A. Phatséas, Αι ευχαί..., pp. ι'-λβ' [= Πανδώρα 21 (1870-71) 167-174].

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23) Ανθύλλιον : recueil de 9 poésies lyriques. Le jury y trouve «quelques bons vers», mais demande à l'auteur de corriger sa langue et, surtout, de ne pas traiter de suicides et d'empoisonnements. «Car, tout poète Grec doit éviter le roman européen comme une perfide Circé. Et puisque le poète enthousiaste a pour s'inspirer tout le monde extérieur, tant d'exploits héroïques de sa patrie et tant de nobles passions du cœur humain, à quoi bon recourir aux balbutiements romantiques de la mode?»1.

24) Λυκαυγές : recueil de 14 poésies lyriques. La versification est très souvent harmonieuse, les images «vives et vraies». Est cité le poème Το βρέφος, critiqué cependant pour l'influence du romantisme2.

Il s'agissait du premier recueil lyrique de Charalambe (Babis) Anninos (1852-1934), publié deux ans plus tard à Céphalonie3. Satisfait du rapport d'Orphanidis, l'auteur se montrait, dans sa petite préface, modeste et reconnaissant, et il dédiait son œuvre à son compatriote Jean Voutsinas.

25) Ανεμώνη : recueil de 5 poésies lyriques, caractérisées par la variété des sujets, par la naïveté juvénile et par un certain coloris lamartinien. Le poème Ο τρελός rappelle un poème de A. Paraschos ayant le même titre4.

Il s'agissait d'une œuvre de Jean Cambouroglou5.

26) Εμπνεύσεις : recueil de 5 poésies lyriques. L'auteur ne manque pas d'inspiration. Mais sa versification, régulière et harmonieuse, est souvent gâtée par des fautes de grammaire et d'orthographe, voire par

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1. Jugement de 1870, p. 32.

2. Ibid., pp. 33-3Ί.

3. Ch. Anninos, Λυκαυγές, συλλογή λυρικών ποιήσεων, υπό—, Céphalonie 1872. Des poèmes appartenant à ce recueil sont reproduits dans Pap. NP., pp. 5-14, et dans Mat. Parn., pp. 584-589. Il est à noter qu'un critique anonyme compara les poésies d'Anninos à celles d'Alfred de Musset (Εθνική Βιβλιοθήκη 7, 1872, 326), tandis que, en 1900, C. Palamas rendit hommage à l'auteur de Λυκαυγές «qui, il y a presque trente ans, frappa (son) imagination d'enfant»: Τριακονταετηρίς Χ. Αννίνου 1869-1899, Athènes 1900, p. 77. Sur sa participation au concours de 1870, Anninos revient à plusieurs reprises: Προ του 1862 και μετά το 1862, dans Η Ελλάς κατά την 25ετηρίδα του Βασιλέως Γεωργίου, Athènes 1888, p. 46; «Εκ των απομνημονευμάτων μου», Παναθήναια 11 (l905-6) 247; «Τα πρώτα έτη του Ζαν Μωρεάς», Η Μελέτη, Νο 2, février 1911, p. 75.

4. Jugement de 1870, pp. 34-36. Le poème de Paraschos était, évidemment, Άσμα παράφρονος, publié dans Χρυσαλλίς 1(1863) 154-155.

5. Voirie poème Ο τρελός dans Coromilas, Καζαμίας 1871, pp. 172-176.

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une confusion entre le paganisme et le christianisme. Est cité le poème Ο θάνατος του Ιούδα1.

Il s'agissait d'une œuvre de P. Matarangas2.

27) Η Ακρόπολις : poème épique en six chants, imitation du poème de Louise Colet "L'Acropole d'Athènes" couronné au concours de l'Académie Française en 1854. L'auteur fait preuve de bon goût et d'enthousiasme. Il n'évite pourtant pas quelques gallicismes. La versification est souvent bonne, parfois négligée. En somme, le poème en question, "un des beaux poèmes du concours présent", a de nombreuses qualités (idées et images excellentes, imagination vive, etc.) et, de ce fait, "est jugé par le jury digne d'obtenir un accessit". De longs extraits sont cités3.

Œuvre de Jean Cambouroglou, ce poème épique allait être publié l'année suivante sans commentaires4. Le jeune poète s'engageait dans la voie d'un classicisme conventionnel:

Ουρανόν και γην συνήνου

αποθέωσις το πάλαι,

κ' εκ του δώματος εκείνου

των θεών, επί της γης

ζωηράς μαρμαρυγής

λάμψεις έπιπτον μεγάλαι.

Louise Colet (1806-1876) était hautement qualifiée pour lui servir d'exemple: grâce à ses couronnements aux concours français, à son poème se référant à l'Acropole d'Athènes et à sa réputation de philhellène,

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1. Jugement de 1870, pp. 34-36."

2. Voir P. Matarangas, Φαντασία και καρδία, op. cit., pp. ε'-ι', où l'auteur raconte ses démarches auprès d'Orphanidis afin d'obtenir une copie de son manuscrit, et prend la défense de la poésie lyrique. Rappelons que Matarangas avait présenté au concours de 1860 un recueil lyrique intitulé également Εμπνεύσεις; voir ici p.149. Le poème Ο θάνατος του Ιούδα (1858), envoyé en 1860 et en 1870, est considéré par Ch. Anninos (Βασιλειάδης, Παπαρρηγόπουλος και οι περί αυτούς, op. cit., p. 36) comme traduction d'un sonnet de Monti. Nous signalons encore que les renseignements de Sp. De Biazi (Ποιητικός Ανθών 2, 24 mai 1887, p. 592) sur les participations de Matarangas aux concours de 1870 et 1871 sont en grande partie erronés.

3. Jugement de 1870, pp. 38-44.

4. Jean Cambouroglou, Η Ακρόπολις, ποίημα υπό - Athènes 1871. De longs extraits sont reproduits dans Mat. Parn., pp. 702-708. Nous signalons que le parallèle établi par Orphanidis entre le poème de Jean Cambouroglou et celui de Louise Colet est contesté dans un compte rendu anonyme: Εθνική Βιβλιοθήκη 6 (1871) 295.

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elle disposait de tous les atouts pour avoir bonne presse en Grèce1.

28) Θησεύς : poème épique, "en langue savante mais qui, parfois, sent l'école et la grammaire". La versification, en général bonne, est quelquefois forcée ou négligée. Le défaut principal du poème réside dans le fait qu'il manque d'"une forme plus archaïque". Du reste, ses qualités qui font de lui "un des meilleurs poèmes du concours présent", sont, nombreuses: concision de style, précision et exactitude, riches images de la nature, vraie passion, manque d'"emphase et de fards romantiques". De longs extraits sont cités2.

Il s'agissait de la première œuvre d'Aristomène Provélenghios (1850-1936)3. Engagé dans la voie du néo-classicisme archaïsant, le jeune poète restait fidèle à l'élégance d'un style stéréotypé:

Αττική αύρα, ήτις ριπάς

μεστάς σκορπίζεις θείων σπερμάτων,

ήτις εξέτριψες αστραπάς

λαμπράς, ασβέστους μετά πνευμάτων,

συναντηθείσα μεγαλουργών,

ήτις πτερύγων κυαναυγών

διαφανέστατον ζεύγος αίρεις

τι εις τα ώτα μου, τι μοι φέρεις;

29) Οι Μάγοι : tragédie en trois actes. "Cette œuvre dramatique

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1. La revue Εθνική Βιβλιοθήκη 5 (1870) 358 publie le sonnet Τη κυρία Λουΐζα Κολλέ (2 juillet 1870) de P. Matarangas -sonnet que A. R. Rangabé avait traduit en français et envoyé à L. Colet- et, deux ans plus tard (Εθνική Βιβλιοθήκη 7, 1873, 456-462), une biographie élogieuse de la poétesse, datée de septembre 1871 et signée P. [Matarangas?]. Deux sonnets de L. Colet, "Volupté du beau" (Athènes, 8 juin 1870) et "A Mlle M...", paraissent dans Ir. Assopios, Αττικόν Ημερολόγιον 1871, pp. 383-384. Mais, alors que le nom de la poétesse française est généralement accompagné de louanges dans la presse grecque, une nécrologie publiée dans la revue Βύρων 2 (1876) 177-178 insiste, au contraire, sur les poésies "oubliées" de L. Colet et rapporte défavorablement l'attentat dirigé par elle contre Alphonse Karr; cf. Εστία 10 (1880) 704.

2. Jugement de 1870, pp. 44-51.

3. A. I. Provélenghios, Θησεύς, ποίημα επικόν αξιωθέν του Αου επαίνου εν τω ποιητικώ αγώνι του έτους 1870, υπό- Athènes 1870. Sp. Lambros consacre au poème un compte rendu élogieux: Ιλισσός 3 (1870) 153-157.- Sur cette première participation de l'auteur aux concours," voir A. I. Provélenghios, «Πώς έγραψα τον "Θησέα" το πρώτον έργον μου», dans Ημερολόγιον της Μεγάλης Ελλάδος 1927, pp. 291-296.

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peut quand même être lue, parce qu'elle est moins bavarde et chargée". Les dialogues et les caractères sont bons; les vers manquent de césures; la langue a des fautes de grammaire. En somme, cette tragédie ne contient aucun enseignement. Saisissant l'occasion, Orphanidis attaque Gobineau comme ennemi de la Grèce1.

30) Βιργινία η Ρωμαία : drame en cinq actes. L'auteur, qui est le même que celui du drame Έβρος ο Θραξ, a lu, sans doute, "Virginie" d'Alfieri "et y a emprunté certains passages". (Orphanidis compare longuement les deux œuvres)2.

Oeuvre de T. Ambélas, ce drame allait être publié l'année suivante avec une réponse au rapporteur. L'auteur s'indignait qu'Orphanidis, "ayant massacré pendant une heure le poète italien", se fût livré à une comparaison malheureuse, "pour la simple raison qu'il ne s'agissait pas de distinguer les radis des betteraves, ce qu'il faisait dès sa naissance, mais il était question d'Alfieri, dont les chefs-d'œuvre furent respectés même par les critiques les plus exigeants". Bref, le rapporteur de 1870, "un juge-dictateur", avait manqué à son devoir3.

31) Νέρων : drame en quatre actes, œuvre de l'auteur de Βιργινία η Ρωμαία et de Έβρος ο Θραξ. Un "des bons poèmes du concours présent", le drame en question possède une intrigue naturelle et des dialogues vivants. Ses défauts principaux: "le mauvais choix du sujet" et "le peu de respect que le poète montre à l'égard de l'histoire". En général, l'auteur de la trilogie doit dans l'avenir "faire plus d'attention au choix de ses sujets, écrire moins et lire plus attentivement ce qu'il écrit"4.

En publiant ce drame, T. Ambélas ne perdait pas l'occasion de

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1. Jugement de 1870, pp. 51-55. Gobineau, ministre de France à Athènes (1865-1868), n'y avait pas laissé un bon souvenir. Son rôle pendant la révolution crétoise était de nature à susciter chez les Grecs une antipathie compréhensible. Par ailleurs, ses écrits consolidaient sa réputation de "mishellène". En 1870, après la réponse qui lui avait été donnée par C. Paparrigopoulos dans une conférence à la Société Ευαγγελισμός, A. Paraschos, à son tour, attaquait l'écrivain français dans un poème satirique (Ποιήματα, t. 111, pp. 245-248):

Τον Έλληνα ό,τι βαρύνει,

ο Γκομπινώ το διακρίνει·

αλλ' αν καλόν τι απαντήση,

αβρώς θα το πλαστογραφήση.

2. Jugement du 1870, pp. 55-1)4

3. T. Ambélas, Βιργινία η Ρωμαία υπό - Athènes 1871, pp. δ΄-ε'. Ce drame avait paru également en annexe de la revue Εθνική Βιβλιοθήκη, t. 5.

4. Jugement de 1870, pp. 64-76. 

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l'accompagner d'une longue préface (25 juillet 1870). Son intention de s'éloigner de l'école romantique "hugolienne ou shakespearienne" y était déclarée. "Je devais donc suivre une voie moyenne ou, plutôt, proche de l'ancienne". Quant au concours de Voutsinas, il présentait déjà des signes de décadence, "en raison de l'éloignement des juges impartiaux et dès poètes de valeur". Mais c'était Orphanidis, surtout, qui attirait les foudres verbales du jeune poète. Juge partial et de mauvaise volonté, il avait employé un "langage dictatorial" et il n'avait pas hésité à révéler que l'auteur des trois drames était le même, "après avoir appris que cet auteur était l'étudiant en droit Ambélas". Enfin, le poète, faisant allusion au concours de 1860, déclarait qu'il ne voulait pas imiter l'exemple de "M. le rapporteur qui, battu autrefois dans le même concours par un versificateur déjà oublié, s'est défendu par des centaines de pages vigoureuses"1.

32) Οι μνηστήρες : comédie en un acte, "de forme archaïsante". Elle constitue le meilleur poème du concours quant à la versification. La langue est convenable. Vaudeville plutôt que comédie à proprement parler, cette œuvre apparaît comme un produit de froide réflexion plutôt que d'inspiration. Malgré tout, le jury la considère comme un des bons poèmes du concours et lui décerne à l'unanimité un accessit2.

Il s'agissait d'une œuvre de Panayotis D. Zanos3.

33) Ο τελευταίος κόμης των Σαλώνων : drame en cinq actes qui tire son sujet de Χρονικό του Γαλαξιδιού édité par C. Sathas. L'intrigue moyenâgeuse est excellente; la langue et la versification sont bonnes. L'auteur fait montre de patriotisme et de nobles sentiments. Défauts de l'œuvre: quelques caractères "irréguliers", une catharsis mauvaise, une certaine négligence vers la fin4.

Il s'agissait d'une oeuvre de Sp. Lambros, jouée au théâtre le 5 novembre 1870 et publiée en volume la même année. Dans sa longue préface (9 novembre 1870), faisant l'éloge de l'époque byzantine, l'auteur

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1. T. Ambélas, Νέρων, υπό - Syros 1870, pp. γ'-ιζ'. Une nouvelle attaque contre le rapporteur de 1870 est contenu dans T. Ambélas, Λέων Καλλέργης, δράμα διαγωνισθεν εις τον Α' ποιητικόν αγώνα των Ολυμπίων, Syros 1871, p. δ'. Il est à noter qu'un demi-siècle plus tard, dans un contexte différent, T. Ambélas, devenu un conservateur rétrograde, n'allait pas ménager ses éloges à Orphanidis et aux concours poétiques: T. Ambélas, Ο Θεόδωρος Ορφανίδης και η εποχή τον, Athènes 1916.

2. Jugement de 1870, pp. 76-80.

3. P. D. Zanos, Οι μνηστήρες ποιηταί, κωμωδία επαινεθείσα εν τω ποιητικώ αγώνι του έτους 1870, υπό - Athènes 1870.

4. Jugement de 1870, pp. 80-90.

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partageait la conviction de Vernardakis (Μαρία Δοξαπατρή) que "cette époque peut offrir au drame national la matière la plus appropriée"1. N'était-ce pas une réponse indirecte aux idées avancées par Sp. Vassiliadis (Οι Καλλέργαι - Λουκάς Νοταράς) l'année précédente? De plus en plus préoccupé par l'histoire du Moyen Age hellénique, Lambros trouvait provisoirement le moyen, grâce à l'actualité du théâtre, de combiner ses intérêts scientifiques avec ses ambitions littéraires2. Mais sa participation au concours de 1870 devait rester la dernière: en lui l'historien doué l'emporterait bientôt définitivement sur le poète amateur.

34) Το φρόνημα των πρώτων Χριστιανών : drame en cinq actes, imitation d'"Antigone" de Sophocle. C'est "un des meilleurs poèmes du concours présent". Ses qualités principales: sujet excellent, épisodes intéressants, sentiment religieux, langue savante, caractères réussis3.

Ce drame de A. I. Antoniadis -le même qui, envoyé au concours de 1862 sous le titre Χριστιανή Ευγενία, avait été sévèrement critiqué par A. R. Rangabé- allait être publié, l'année suivante, pour apporter encore une preuve de la fécondité intarissable de son auteur4.

35) Αννίβας εν Γόρτυνι : drame en quatre actes, "un des meilleurs du concours présent". Il donne une image appropriée de la démagogie, et présente une satire non pas de l'individu, mais de la société. Ses seuls défauts: l'auteur s'amuse sur un sujet tragique (la ville qui souffre de la faim) et commet certains anachronismes. Mais les qualités sont nombreuses: langue et versification irréprochables, grâce et originalité, dénouement ingénieux. Dans ces conditions, le jury: a) décerne à moitié le prix au drame en question et au drame précédent; b) considérant comme dignes d'accessit les poèmes Θησεύς et Ο τελευταίος κόμης των Σαλώνων, décide d'ouvrir leurs enveloppes et d'annoncer les noms de leurs auteurs "en signe d'honneur et d'encouragement"5.

Ce qui fut fait. Constantin Ch. Versis, 25 ans, auteur de Αννίβας εν

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1. Sp. P. Lambros, Ο τελευταίος κόμης των Σαλώνων, δράμα εις μέρη πέντε, λαβόν Α' έπαινον εν τω Βουτσιναίω αγώνι του ΑΩΟ', υπό - Athènes 1870, p. 9.

2. Au même moment, il composait une autre pièce de théâtre historique, Δαυΐδ Κομνηνός, dont un petit extrait est présenté par la revue Εθνική Βιβλιοθήκη 6 (1870) 38-39.

3. Jugement de 1870, pp. 90-99.

4. A. I. Antoniadis, Η Χριστιανή Ευγενία, ήτοι Το φρόνημα των πρώτων Χριστιανών, ποιηθέν μεν υπό -, Γυμνασιάρχου εν Πειραιεί, βραβευθέν δε εις τον ποιητικόν διαγωνισμόν του φιλογενούς Κ. Βουτσινά, τη 10 Μαΐου 1870, Athènes 1871.

5. Jugement de 1870, pp. 99-113.

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Γόρτυνι3, partagea le prix de 1.000 drachmes avec A. I. Antoniadis, 34 ans, proviseur au Pirée. Les noms des étudiants A. Provélenghios, 20 ans, et Sp. Lambros, 19 ans, furent annoncés au public par le recteur P. Calligas. Après la cérémonie, ce sont les journaux et les revues qui révélèrent l'identité des autres candidats loués: A. Phatséas, 49 ans, Jean Cambouroglou, 19 ans, T. Ambélas, 20 ans, P. D. Zanos, 22 ans. Le jeune âge des poètes était signalé: parmi les 8 concurrents couronnés ou récompensés par des accessits, faisait-on remarquer, six avaient à peine 20 ans2.

Ouverture consciente de la part de l'Université à la jeunesse? On ne saurait l'affirmer. Il est certain que les universitaires espéraient toujours pouvoir imposer des poètes talentueux et capables de réaliser leur propre idéal littéraire. Et il est certain aussi qu'un tel espoir ne pouvait être porté, en premier lieu, que sur la jeunesse. Mais le choix était maintenant presque forcé: depuis quelque temps, les jeunes débutants constituaient, parmi les concurrents, une majorité de plus en plus écrasante, et S. N. Zavitsanos n'avait pas complètement tort de qualifier en 1868 l'institution poétique de "concours d'enfants". Or si, en 1870, la jeunesse recevait la part du lion dans la distribution du prix et des accessits, c'était qu'elle restait pratiquement -à quelques exceptions près- la seule à concourir, alors que les poètes d'un certain âge et d'une certaine notoriété, découragés et déçus, boudaient de plus en plus les concours.

Dans ces conditions, le fossé entre la qualité et la quantité ne faisait que s'élargir. Le jury de 1870, par la bouche de son rapporteur, exprimait une grande déception devant les poèmes présentés; il n'en distribuait pas moins les accessits avec une générosité inconnue jusque-là. Dépassé par les événements, n'était-il pas obligé, en quelque

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1. C. Ch. Versis, Αννίβας εν Γόρτυνι, δράμα σατυρικόν [sic] εις μέρη τέσσαρα, υπό-, βραβευθέν εν τω ποιητικώ διαγωνισμώ του 1870, Athènes 1870. Des extraits du poème sont publiés dans la revue de Braïla Ερμής ο Λόγιος και Κερδώος 1 (1872) 21-40. Le terme "drame satyrique" est évidemment abusif: Versis emploie ce terme pour désigner, tout simplement, un "drame satirique" ou une "tragi-comédie".

2. Πανδώρα 21 (1870-71) 45. Selon la même revue (p. 46), tous avaient été disciples du proviseur Aristide Kyprianos, mort prématurément; sur ce dernier, voir l'"autobiographie" de Sp. Lambros, publiée par Jean Vlachoyannis dans NE 19 (1936) 370, ainsi que l'hommage rendu par D. Gr. Cambouroglou: Camb.A., pp. 697-698. Mais les jeunes poètes distingués en 1870 étaient également unis par d'autres liens: trois d'entre eux étaient étudiants de l'Université d'Athènes et, en même, membres de la Société Littéraire Παρνασσός; voir Παλιγγενεσία, 11 mai 1870.

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sorte, de faire des concessions pour éviter une nouvelle crise? Orphanidis s'élevait contre l'affluence dramatique de 1870, mais il n'avait plus, par la force des choses, qu'à annoncer la victoire du drame. En fin de compte, celui-ci était préférable à une production lyrique qui versait dans le romantisme le plus malsain. «Or nous avons tenu compte, en premier lieu, du bon choix du sujet, qui est l'esprit du poète, et, en second lieu, de la forme extérieure et de l'art, qui constituent le corps des œuvres jugées; car, nous désapprouve as ouvertement ceux qui pratiquent mal chez nous les principes de l'école dite romantique»1.

Ainsi, l'ennemi principal, pour les jurys universitaires, demeurait toujours le même: le romantisme «étranger». Dix ans plus tôt, en tant que candidat du concours, Orphanidis (Άγιος Μηνάς) avait lancé à A. R. Rangabé son défi byronien et avait revendiqué son droit à «la mélancolie, la tristesse et la misanthropie». Maintenant, porte-parole de l'esprit classique, il n'avait qu'à se conformer à l'ordre universitaire établi. Seulement, cet ordre, malgré l'autorité dont il disposait toujours, était moins inattaquable que dix ans auparavant. Son ennemi, le romantisme, invincible encore, non seulement survivait au sein des concours, mais concentrait ses forces les plus importantes loin de l'institution poétique; son protégé, le classicisme, à bout de souffle après dix ans de contre-attaques intensives, attirait de moins en moins l'admiration par ses productions littéraires et inspirait de plus en plus de scepticisme sur ses possibilités futures.

Les concours avaient vingt ans, et leur bilan ne prêtait pas à un grand optimisme. Une partie des poèmes glorifiés et couronnées par les jurys universitaires étaient déjà tombés dans l'oubli. Des poètes célèbres, morts pendant cette période —Solomos (1857), Alexandre Soutsos (1863) ou Panayotis Soutsos (1868)— n'avaient jamais honoré l'institution poétique; Tertsétis avait fini par l'abandonner; Valaoritis ne lui devait rien de sa gloire2. Au moment où les jeunes poètes athéniens les plus en vue se retiraient des concours les uns après les autres

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1. Jugement de 1870, p. 111.

2. Autant que nous sachions, il n'a jamais participé aux concours, croyant ou faisant semblant de croire que la langue populaire y était strictement interdite. Le 3 novembre 1877, il se plaignait dans une lettre à Roïdis: «Quelle pitié de ne jamais être admis aux concours poétiques...»: Παναθήναια 11 (1905-1906) 67. Quelques mois plus tard, dans une lettre à Queux de Saint-Hilaire (12 mai 1878), il considérait encore, et non sans exagérer, la langue populaire comme exclue «de tous les concours poétiques»: Εστία 16 (1883) 420.

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et où les juges universitaires manifestaient de plus en plus leur lassitude, l'irruption massive des débutants et des amateurs n'était sûrement pas de nature à relever le prestige de l'institution poétique, pas plus que les couronnements annuels et monotones d'Antoniadis. Le problème de la langue était loin d'être réglé définitivement; il ressurgissait avec une nouvelle acuité, et Phatséas ne manquait pas, en 1870, de le porter à l'intérieur des concours, renouvelant l'exemple de Tertsétis.

Les jurys avaient à affronter désormais une situation difficile. La huitième décennie du siècle s'annonçait remplie d' obstacles à surmonter.

4. 1871: Le record des 70.000 vers

Cependant, l'Université athénienne possédait des ressources inépuisables aussi bien sur le plan des étudiants-concurrents que sur celui des professeurs-juges.

Le 23 mai 1871, un nouveau rapporteur, Georges Mistriotis (1840-1916), se présentait dans un jury qui avait comme président le recteur C. Voussakis et comme membres les professeurs St. Coumanoudis, Th. Aphentoulis et D. Sémitélos. C'était un jour mémorable: après la cérémonie poétique, E. Castorchis, rapporteur du concours de Rodocanakis, allait annoncer la victoire de Nicolas Politis pour son étude Μελέτη επί του βίου των νεωτέρων Ελλήνων1.

Professeur de lettres classiques depuis 1868, Mistriotis avait déjà eu l'occasion de faire montre d'un caractère hargneux, lorsque, quelques mois plus tôt, il s'était désolidarisé publiquement du jury d' Ολύμπια qui avait couronné A. Vlachos pour sa comédie Γαμβρού πολιορκία2. Un peu plus tard, comme nous le verrons, son conflit avec C. Paparrigopoulos allait devenir une haine durable à laquelle seule la mort de l'historien (1891) vint mettre fin. Mistriotis, tel que nous le connaissons dans sa maturité, à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle, est l'homme de la réaction pure et simple: archaïsant, sclérosé,

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1. Παλιγγενεσία, 24 mai 1871

2. Παλιγγενεσία, 4 décembre 1870 et 15 janvier 1871. A. Vlachos (Κωμωδίαι, op. cit., pp. ιγ'-ιε') attaque violemment Mistriotis, tandis que E. Roïdis (Κριτικαί Μελέται, op. cit., pp. 19-21) et N. Cazazis (Παρθενών 1, 1871-72, 350) s'en prennent avec la même virulence au jeune professeur qui avait prétendu être le plus qualifié pour juger des poèmes.

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fanatique, ennemi du progrès. Ce n'était pas ce personnage qui s'adressait au public athénien le 23 mai 1871. C'était un jeune professeur de 31 ans, sûrement ambitieux, arrogant et d'une humeur difficile, mais en même temps ouvert aux idées nouvelles, conscient des vrais problèmes qui se posaient à la poésie et à la société néo-helléniques, bref un homme à la hauteur de la situation. Assopios, Coumanoudis et Castorchis auraient reconnu en lui un allié: Mistriotis menait en 1871 le même combat désespéré que les autres représentants des Lumières contre la montée de l'esprit religieux, la réhabilitation de Byzance, l'unité à trois étapes, le romantisme irrationnel. Il se rapprochait de la réalité, de l'esprit païen, de la chanson et de la langue populaires. "Son esthétique n'était pas transcendantale; elle prenait sérieusement en considération le facteur historique"1.

Dans la mesure où la production lyrique de 1871 ne justifiait pas l'enthousiasme, Mistriotis n'avait qu'à reprendre, pour la développer, la question posée par Orphanidis l'année précédente: pourquoi cette insignifiance générale de la poésie lyrique? Le fait que la même insignifiance caractérisait également la poésie dramatique et épique n'avait, en fin de compte, pour le rapporteur de 1871, rien d'étonnant, puisque l'apparition de grands poètes dramatiques et épiques était strictement liée à des conditions précises (création de théâtres, développement de la vie sociale, sérieuses études d'art, longues absences à l'étranger, dépenses) dont les concurrents grecs étaient privés. Le seul problème préoccupant demeurait donc la poésie lyrique. On ne pouvait pas prétendre que celle-ci manquait de conditions favorables à son épanouissement: Canaris, symbole de l'héroïsme national, était encore vivant, et les Grecs éprouvaient un grand nombre de sentiments collectifs et individuels (enthousiasme patriotique, frustrations, mépris, colère, haine). "Les grands lyriques de l'antiquité qu' avaient-ils de plus comme source d'inspiration?"2. Le paysage grec, en outre, n'avait pas changé. Si, en dernière analyse, le cœur, notamment le cœur juvénile, était le seul facteur nécessaire à l'éclosion de la poésie lyrique, pourquoi celle-ci ne donnait-elle pas de fruits satisfaisants dans le cadre des concours où la jeunesse occupait une place prépondérante?

Pour Mistriotis, les causes de cette médiocrité lyrique étaient objectives et subjectives à la fois; elles devaient être recherchées aussi

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1. C. Th. Dimaras, "Γεώργιος Μιστριώτης", dans le journal Το Βήμα, 19 septembre 1969 [=NE 86 (1969) 1450].

2. Jugement de 1871, Athènes 1871, p. 11

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bien «dans les circonstances» que dans le domaine des responsabilités personnelles. Tout d'abord, c'étaient ces «circonstances» objectives qui imposaient, sur le plan du recrutement des intellectuels, une sorte de sélection. Dans un pays pauvre et dominé par les besoins matériels, les jeunes les plus doués s'orientaient d'habitude vers des occupations lucratives, laissant ainsi le champ littéraire libre aux «cerveaux stériles». Ceux-ci, incapables de transcrire de vrais sentiments, ne faisaient qu'en exprimer de faux, puisés «dans des livres écrits sous les climats mélancoliques du Nord», ce qui expliquait leur échec. «Il y a aussi, parmi nos poètes lyriques, ceux qui, essayant de philosopher, deviennent froids et glacés»1.

Mais ces explications lucides n'empêchaient pas Mistriotis de recourir à un langage passionné pour prendre à partie «les vrais enfants de notre siècle pratique», les «matérialistes», qui étaient peu conscients du rôle de la poésie. «Un peuple sans poètes est une nuit sans étoiles, un peuple privé d'un grand ou d'un petit Homère est un ciel sans soleil»2. Pour les Grecs, en particulier, la poésie constituait une «nécessité nationale»; depuis Orphée et Homère jusqu'à Rigas et Solomos, les poètes étaient «les plus grands bienfaiteurs de la nation hellénique». Quant à ceux qui s'indignaient devant la fadeur de la production poétique des concours, «ils ont oublié la grande loi de l'histoire littéraire, selon laquelle les grands poètes et écrivains apparaissent après une longue série de médiocrités». Pour le moment, il ne fallait donc pas se faire trop d'illusions. Car, «les grands poètes ne naissent pas comme Athéna par la tête de Zeus, mais ils sont des représentants du peuple dans lequel ils vivent; ils sont des foyers lumineux qui rassemblent les rayons d'esprit des générations précédentes et contemporaines pour en allumer le feu»3.

C'est ainsi que, pessimiste et optimiste à la fois, la pensée de Mistriotis abordait le problème de la poésie et de l'idéal déchu en termes historiques, ouvrant, en même temps, la voie à Roïdis et au fameux

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1. Ibid., p. 12. Cette dernière allusion ne visait-elle pas particulièrement D. Paparrigopoulos?

2. Ibid., p. 5. Cette phrase de Mistriotis, citée élogieusement par les journaux athéniens, a provoqué une très violente réponse du journal Κεραυνός, 26 mai 1871: l'auteur de cette réponse insultait le rapporteur de 1871, considérait la poésie comme pernicieuse et immorale, et trouvait la source de la vérité dans la philosophie de Platon et dans les Évangiles.

3. Jugement de 1871, p. 6.

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débat de celui-ci avec Vlachos (1877). Le nom de Taine n'avait pas été prononcé une seule fois par le rapporteur de 1871 1. Mais la doctrine du «milieu» n'en était pas moins lue en filigrane dans son texte. Cette rencontre, plus ou moins concrète, avec la problématique du philosophe français relevait moins d'une «influence» à la mode que d'une prise de conscience certaine: il était déjà clair (et Orphanidis, l'année précédente, en donnait une autre preuve) que le marasme littéraire, en Grèce, n'était pas indépendant d'un certain «état général de l'esprit et de mœurs environnantes». Il s'agissait donc de rechercher les causes de ce marasme, ce qui amenait à l'étude de ses conditions et, en d'autres mots, à l'élimination du hasard.

Mais Mistriotis n'allait pas plus loin. Son esthétique, quoique axée sur l'histoire et sur la réalité, ne pouvait pas dépasser le cadre figé d'un classicisme universitaire en perte de vitesse. Ses développements sur les poèmes présentés au concours, aussi monotones que ceux des autres rapporteurs, ne témoignaient ni d'un goût littéraire ni d'un sens critique particuliers. Malgré tout, dans la mesure où, ouvert à la réalité, le rapporteur de 1871 n'évitait pas de donner une réponse aux véritables problèmes qui se posaient, il prenait la défense de la langue populaire d'une manière certainement nuancée et restrictive, mais tout de même catégorique et courageuse: «Étant donné que la poésie lyrique a pour but de faire vibrer les cordes du cœur, la langue du peuple est sans doute la touche la plus appropriée»2. Ce n'était pas une boutade sans importance. Alors que le peuple devenait un objet d'étude passionnant, que Valaoritis s'imposait de plus en plus comme poète national et que la langue démotique gagnait du terrain en poésie, certains universitaires, «οι περί τον Ασώπιον» en particulier, comprenaient déjà qu'une certaine alliance avec les vulgaristes était aussi nécessaire qu'inévitable pour sortir d'une situation difficile.

Cependant, dans le cadre des concours, le règlement de Rallis

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1. Comme l'a signalé C. Th. Dimaras à plusieurs reprises, l'«influence» subie par un auteur n'est pas toujours apparente dans son texte; au contraire, elle est très souvent soumise à un silence significatif. De ce point de vue, Mistriotis pourrait nous offrir un exemple. Ajoutons encore que Sp. Vassiliadis, bien qu'il cite Taine nommément et élogieusement par deux fois, en 1872 et 1873 (Αττικαί Νύκτες Ι, p. 7, et III, p. 370), ne semble pas avoir eu un contact plus profond avec la pensée du philosophe français.

2. Jugement de 1871, p. 14.

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http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/287.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

avait besoin de réformes urgentes. Les 45 poèmes envoyés en 1871 (70.000 vers!), battant tous les records précédents, rendaient problématique leur examen par le jury. Les universitaires se montraient de moins en moins empressés d'assumer une tâche pareille. C'est ainsi que, devant une augmentation des participations galopante, le jury de 1871 décida, ainsi que l'avait proposé l'année précédente Orphanidis, de répartir désormais le concours entre les trois principaux genres de la poésie1. On espérait, tout au moins, que cette répartition allait diminuer le nombre de participations annuelles dans l'avenir.

Pour le moment, Mistriotis considérait les 45 œuvres de 1871 comme «à rejeter», «intéressantes» et «louables», et en citait tous les titres, par genre poétique, pour s'occuper seulement des plus importants. Voici un résumé de son rapport, commenté:

a. Poèmes lyriques

1) Χαμαίμηλα

2) Ροδοδάφναι

3) Κυπάρισσοι

4) Σπινθήρες

5) Ιτέα

6) Λυρικά ποιήματα

7) Τερετίσματα

8) Νάρκισσος

9) Η 25 Μαρτίου2

10) Εντυπώσεις

11) Θάμνοι

12) Ευφρόνη

13) Πρόχειρα. Principales qualités: mélancolie sincère, «passion élégiaque», «profondeur lyrique».

14) Μοιρολόγια : poésies en langue populaire.

15) Φαντασία και καρδία : le meilleur recueil lyrique du concours. L'auteur fait montre de bon sens, de sensibilité et de modestie. Est cité le poème Η αναχώρησις3.

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1. Ibid., pp. 6 et [57]; cf. R.R. de 1871, p. 55. Sur cette réforme, voir ici p. 48.

2. Il s'agissait peut-être du poème de D. Coromilas Η ΚΕ' Μαρτίου ΑΩΚΑ', publié à Athènes en 1871.

3. Jugement de 1871, p. 16.

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http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/288.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

Il s'agissait d'une œuvre de P. Matarangas1.

b. Comédies

16) Ο δι' απάτης γάμος

Il s'agissait d'une œuvre de Démétrios Ioannidis2.

17) Ποιητονύ βάσανα

18) Η νεάνις του συρμού

19) Βερτόλδος : comédie «bizarre», appartenant au genre didactique et dramatique à la fois. L'auteur, ayant pour objectif de proposer, par une série de comédies, un programme de réformes diverses, fustige, dans cette première œuvre, le goût du luxe dominant et demande le retour —impossible, pour le rapporteur— à la vie simple et sobre du passé. Vulgariste, par ailleurs, il prend la défense de la langue populaire avec ardeur. Mais ses personnages, quoique habitants du Péloponnèse, parlent le dialecte heptanésien. Son héros est irréel et «invraisemblable». L'ignorance de l'art dramatique est manifeste: l'action fait défaut, et les dialogues sont remplacés par des monologues interminables. Toutefois, le poète a le sens de l'observation et dispose de qualités didactiques excellentes3.

Œuvre de A. Phatséas, la comédie en question (Ο Βερτόλδος οικογενειάρχης) allait être publié bientôt, avec tout le dossier relatif à sa candidature au concours: lettres de l'auteur adressées aux juges de 1871, programme de réformes, réponse à Mistriotis, etc.4. C'était la première comédie d'une série que le poète, malade déjà (il mourra en 1872), n'a apparemment pas pu compléter5. Bertoldo, le héros de G.C. Croce qui avait connu un grand succès auprès du public populaire grec, servait maintenant à Phatséas de porte-parole: médecin à Tripolis, il défendait les valeurs saines et helléniques de la campagne, opposées aux mœurs étrangères et corrompues de la capitale.

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1. Voir P. Matarangas, Φαντασία και καρδία, op. cit., pp. ζ'-η'. Le poème Η αναχώρησις est également publié dans Εθνική Βιβλιοθήκη 7 (1872) 80, et dans le journal Ειρηνική, 28 avril 1872.

2. D. Ioannidis, Το δι' απάτης συνοικέσιον, κωμωδία εις μέρη δύο, υπό— επιλοχίου του ελληνικού πεζικού, Athènes 1871.

3. Jugement de 1871, pp. 16-21.

4. A. Phatséas, Ο Βερτόλδος, σειρά πολιτικών κωμωδιών, υπό—Καθηγητού, Athènes 1871.

5. De cette série nous ne connaissons que la deuxième comédie, Ο Βερτόλδος αστυνόμος Ασίνης, qui, comme nous le verrons, fut envoyée au concours de 1872.

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    22. Moullas, Concours poetiques

    ville de commerçants"1. Seul le peuple, continuateur de la tradition antique et créateur de chants admirables, trouvait grâce à ses yeux.

    Mais qu'est-ce qu'un Vassiliadis pouvait trouver dans les chants populaires, sinon des inspirations pour son théâtre (Γαλάτεια) et des preuves suffisantes pour renforcer sa foi dans la Grèce ancienne? La langue démotique n'entrait pas dans son champ visuel. Formé dans l'Athènes des années 1860, comme d'autres poètes de sa génération, il n'avait respiré que l'air purifié et glacial de la langue savante. Depuis le début du concours de Voutsinas, et malgré la levée de l'interdit qui frappait la langue démotique, cette dernière ne jouait pratiquement aucun rôle dans la production poétique athénienne. Les poètes vulgaristes étaient absents des concours. Les rapporteurs n'avaient aucune raison de poser le problème de la langue. Mais celui-ci n'était pas résolu pour autant. En 1869, Roussopoulos disait en privé à Tertsétis: "Ne désespère pas. Si nous n'admettons pas les poésies et les œuvres en prose qui sont écrites en langue simple, nous avons nos raisons. Quant à toi, tâche toujours, autant que tu peux, d'écrire la langue simple, afin qu'elle demeure un monument de la génération qui a entrepris notre glorieuse Révolution"2.

    C'était comme si le rapporteur de 1869 dissociait la "glorieuse Révolution" et les médiocres objectifs de l'institution poétique. Lui aussi, à sa façon et sans l'avouer publiquement, constatait la déchéance d'un idéal.

    3. 1870 : Un afflux de poèmes dramatiques

    Cette déchéance devenait déjà un lieu commun qui non seulement exprimait des mécontentements multiples, mais aussi -ce qui devait se concrétiser dans les années suivantes- donnait naissance à des réflexions fructueuses. Th. Orphanidis, rapporteur au concours de 1870, transposait le problème dans le domaine littéraire: "Avons-nous aujourd'hui en Grèce des poètes lyriques et de la poésie lyrique?", demandait-il, pour répondre par la négative. Les signes de cette carence étaient, pour Orphanidis, évidents: depuis des années les Grecs ne chantaient plus dans les rues des chansons nouvelles; en société, les opéras italiens offraient la seule distraction musicale attrayante, tandis que l'homme du peuple, ivrogne (ο οινοβαρής "βρακάς"), ne fredonnait que

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    1. Ibid., III, p. 292.

    2. G. Tertsétis, Λόγος της 25 Μαρτίου 1869, Athènes 1869, p. β'.