Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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et où les juges universitaires manifestaient de plus en plus leur lassitude, l'irruption massive des débutants et des amateurs n'était sûrement pas de nature à relever le prestige de l'institution poétique, pas plus que les couronnements annuels et monotones d'Antoniadis. Le problème de la langue était loin d'être réglé définitivement; il ressurgissait avec une nouvelle acuité, et Phatséas ne manquait pas, en 1870, de le porter à l'intérieur des concours, renouvelant l'exemple de Tertsétis.

Les jurys avaient à affronter désormais une situation difficile. La huitième décennie du siècle s'annonçait remplie d' obstacles à surmonter.

4. 1871: Le record des 70.000 vers

Cependant, l'Université athénienne possédait des ressources inépuisables aussi bien sur le plan des étudiants-concurrents que sur celui des professeurs-juges.

Le 23 mai 1871, un nouveau rapporteur, Georges Mistriotis (1840-1916), se présentait dans un jury qui avait comme président le recteur C. Voussakis et comme membres les professeurs St. Coumanoudis, Th. Aphentoulis et D. Sémitélos. C'était un jour mémorable: après la cérémonie poétique, E. Castorchis, rapporteur du concours de Rodocanakis, allait annoncer la victoire de Nicolas Politis pour son étude Μελέτη επί του βίου των νεωτέρων Ελλήνων1.

Professeur de lettres classiques depuis 1868, Mistriotis avait déjà eu l'occasion de faire montre d'un caractère hargneux, lorsque, quelques mois plus tôt, il s'était désolidarisé publiquement du jury d' Ολύμπια qui avait couronné A. Vlachos pour sa comédie Γαμβρού πολιορκία2. Un peu plus tard, comme nous le verrons, son conflit avec C. Paparrigopoulos allait devenir une haine durable à laquelle seule la mort de l'historien (1891) vint mettre fin. Mistriotis, tel que nous le connaissons dans sa maturité, à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle, est l'homme de la réaction pure et simple: archaïsant, sclérosé,

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1. Παλιγγενεσία, 24 mai 1871

2. Παλιγγενεσία, 4 décembre 1870 et 15 janvier 1871. A. Vlachos (Κωμωδίαι, op. cit., pp. ιγ'-ιε') attaque violemment Mistriotis, tandis que E. Roïdis (Κριτικαί Μελέται, op. cit., pp. 19-21) et N. Cazazis (Παρθενών 1, 1871-72, 350) s'en prennent avec la même virulence au jeune professeur qui avait prétendu être le plus qualifié pour juger des poèmes.

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fanatique, ennemi du progrès. Ce n'était pas ce personnage qui s'adressait au public athénien le 23 mai 1871. C'était un jeune professeur de 31 ans, sûrement ambitieux, arrogant et d'une humeur difficile, mais en même temps ouvert aux idées nouvelles, conscient des vrais problèmes qui se posaient à la poésie et à la société néo-helléniques, bref un homme à la hauteur de la situation. Assopios, Coumanoudis et Castorchis auraient reconnu en lui un allié: Mistriotis menait en 1871 le même combat désespéré que les autres représentants des Lumières contre la montée de l'esprit religieux, la réhabilitation de Byzance, l'unité à trois étapes, le romantisme irrationnel. Il se rapprochait de la réalité, de l'esprit païen, de la chanson et de la langue populaires. "Son esthétique n'était pas transcendantale; elle prenait sérieusement en considération le facteur historique"1.

Dans la mesure où la production lyrique de 1871 ne justifiait pas l'enthousiasme, Mistriotis n'avait qu'à reprendre, pour la développer, la question posée par Orphanidis l'année précédente: pourquoi cette insignifiance générale de la poésie lyrique? Le fait que la même insignifiance caractérisait également la poésie dramatique et épique n'avait, en fin de compte, pour le rapporteur de 1871, rien d'étonnant, puisque l'apparition de grands poètes dramatiques et épiques était strictement liée à des conditions précises (création de théâtres, développement de la vie sociale, sérieuses études d'art, longues absences à l'étranger, dépenses) dont les concurrents grecs étaient privés. Le seul problème préoccupant demeurait donc la poésie lyrique. On ne pouvait pas prétendre que celle-ci manquait de conditions favorables à son épanouissement: Canaris, symbole de l'héroïsme national, était encore vivant, et les Grecs éprouvaient un grand nombre de sentiments collectifs et individuels (enthousiasme patriotique, frustrations, mépris, colère, haine). "Les grands lyriques de l'antiquité qu' avaient-ils de plus comme source d'inspiration?"2. Le paysage grec, en outre, n'avait pas changé. Si, en dernière analyse, le cœur, notamment le cœur juvénile, était le seul facteur nécessaire à l'éclosion de la poésie lyrique, pourquoi celle-ci ne donnait-elle pas de fruits satisfaisants dans le cadre des concours où la jeunesse occupait une place prépondérante?

Pour Mistriotis, les causes de cette médiocrité lyrique étaient objectives et subjectives à la fois; elles devaient être recherchées aussi

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1. C. Th. Dimaras, "Γεώργιος Μιστριώτης", dans le journal Το Βήμα, 19 septembre 1969 [=NE 86 (1969) 1450].

2. Jugement de 1871, Athènes 1871, p. 11

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bien «dans les circonstances» que dans le domaine des responsabilités personnelles. Tout d'abord, c'étaient ces «circonstances» objectives qui imposaient, sur le plan du recrutement des intellectuels, une sorte de sélection. Dans un pays pauvre et dominé par les besoins matériels, les jeunes les plus doués s'orientaient d'habitude vers des occupations lucratives, laissant ainsi le champ littéraire libre aux «cerveaux stériles». Ceux-ci, incapables de transcrire de vrais sentiments, ne faisaient qu'en exprimer de faux, puisés «dans des livres écrits sous les climats mélancoliques du Nord», ce qui expliquait leur échec. «Il y a aussi, parmi nos poètes lyriques, ceux qui, essayant de philosopher, deviennent froids et glacés»1.

Mais ces explications lucides n'empêchaient pas Mistriotis de recourir à un langage passionné pour prendre à partie «les vrais enfants de notre siècle pratique», les «matérialistes», qui étaient peu conscients du rôle de la poésie. «Un peuple sans poètes est une nuit sans étoiles, un peuple privé d'un grand ou d'un petit Homère est un ciel sans soleil»2. Pour les Grecs, en particulier, la poésie constituait une «nécessité nationale»; depuis Orphée et Homère jusqu'à Rigas et Solomos, les poètes étaient «les plus grands bienfaiteurs de la nation hellénique». Quant à ceux qui s'indignaient devant la fadeur de la production poétique des concours, «ils ont oublié la grande loi de l'histoire littéraire, selon laquelle les grands poètes et écrivains apparaissent après une longue série de médiocrités». Pour le moment, il ne fallait donc pas se faire trop d'illusions. Car, «les grands poètes ne naissent pas comme Athéna par la tête de Zeus, mais ils sont des représentants du peuple dans lequel ils vivent; ils sont des foyers lumineux qui rassemblent les rayons d'esprit des générations précédentes et contemporaines pour en allumer le feu»3.

C'est ainsi que, pessimiste et optimiste à la fois, la pensée de Mistriotis abordait le problème de la poésie et de l'idéal déchu en termes historiques, ouvrant, en même temps, la voie à Roïdis et au fameux

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1. Ibid., p. 12. Cette dernière allusion ne visait-elle pas particulièrement D. Paparrigopoulos?

2. Ibid., p. 5. Cette phrase de Mistriotis, citée élogieusement par les journaux athéniens, a provoqué une très violente réponse du journal Κεραυνός, 26 mai 1871: l'auteur de cette réponse insultait le rapporteur de 1871, considérait la poésie comme pernicieuse et immorale, et trouvait la source de la vérité dans la philosophie de Platon et dans les Évangiles.

3. Jugement de 1871, p. 6.

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débat de celui-ci avec Vlachos (1877). Le nom de Taine n'avait pas été prononcé une seule fois par le rapporteur de 1871 1. Mais la doctrine du «milieu» n'en était pas moins lue en filigrane dans son texte. Cette rencontre, plus ou moins concrète, avec la problématique du philosophe français relevait moins d'une «influence» à la mode que d'une prise de conscience certaine: il était déjà clair (et Orphanidis, l'année précédente, en donnait une autre preuve) que le marasme littéraire, en Grèce, n'était pas indépendant d'un certain «état général de l'esprit et de mœurs environnantes». Il s'agissait donc de rechercher les causes de ce marasme, ce qui amenait à l'étude de ses conditions et, en d'autres mots, à l'élimination du hasard.

Mais Mistriotis n'allait pas plus loin. Son esthétique, quoique axée sur l'histoire et sur la réalité, ne pouvait pas dépasser le cadre figé d'un classicisme universitaire en perte de vitesse. Ses développements sur les poèmes présentés au concours, aussi monotones que ceux des autres rapporteurs, ne témoignaient ni d'un goût littéraire ni d'un sens critique particuliers. Malgré tout, dans la mesure où, ouvert à la réalité, le rapporteur de 1871 n'évitait pas de donner une réponse aux véritables problèmes qui se posaient, il prenait la défense de la langue populaire d'une manière certainement nuancée et restrictive, mais tout de même catégorique et courageuse: «Étant donné que la poésie lyrique a pour but de faire vibrer les cordes du cœur, la langue du peuple est sans doute la touche la plus appropriée»2. Ce n'était pas une boutade sans importance. Alors que le peuple devenait un objet d'étude passionnant, que Valaoritis s'imposait de plus en plus comme poète national et que la langue démotique gagnait du terrain en poésie, certains universitaires, «οι περί τον Ασώπιον» en particulier, comprenaient déjà qu'une certaine alliance avec les vulgaristes était aussi nécessaire qu'inévitable pour sortir d'une situation difficile.

Cependant, dans le cadre des concours, le règlement de Rallis

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1. Comme l'a signalé C. Th. Dimaras à plusieurs reprises, l'«influence» subie par un auteur n'est pas toujours apparente dans son texte; au contraire, elle est très souvent soumise à un silence significatif. De ce point de vue, Mistriotis pourrait nous offrir un exemple. Ajoutons encore que Sp. Vassiliadis, bien qu'il cite Taine nommément et élogieusement par deux fois, en 1872 et 1873 (Αττικαί Νύκτες Ι, p. 7, et III, p. 370), ne semble pas avoir eu un contact plus profond avec la pensée du philosophe français.

2. Jugement de 1871, p. 14.

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avait besoin de réformes urgentes. Les 45 poèmes envoyés en 1871 (70.000 vers!), battant tous les records précédents, rendaient problématique leur examen par le jury. Les universitaires se montraient de moins en moins empressés d'assumer une tâche pareille. C'est ainsi que, devant une augmentation des participations galopante, le jury de 1871 décida, ainsi que l'avait proposé l'année précédente Orphanidis, de répartir désormais le concours entre les trois principaux genres de la poésie1. On espérait, tout au moins, que cette répartition allait diminuer le nombre de participations annuelles dans l'avenir.

Pour le moment, Mistriotis considérait les 45 œuvres de 1871 comme «à rejeter», «intéressantes» et «louables», et en citait tous les titres, par genre poétique, pour s'occuper seulement des plus importants. Voici un résumé de son rapport, commenté:

a. Poèmes lyriques

1) Χαμαίμηλα

2) Ροδοδάφναι

3) Κυπάρισσοι

4) Σπινθήρες

5) Ιτέα

6) Λυρικά ποιήματα

7) Τερετίσματα

8) Νάρκισσος

9) Η 25 Μαρτίου2

10) Εντυπώσεις

11) Θάμνοι

12) Ευφρόνη

13) Πρόχειρα. Principales qualités: mélancolie sincère, «passion élégiaque», «profondeur lyrique».

14) Μοιρολόγια : poésies en langue populaire.

15) Φαντασία και καρδία : le meilleur recueil lyrique du concours. L'auteur fait montre de bon sens, de sensibilité et de modestie. Est cité le poème Η αναχώρησις3.

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1. Ibid., pp. 6 et [57]; cf. R.R. de 1871, p. 55. Sur cette réforme, voir ici p. 48.

2. Il s'agissait peut-être du poème de D. Coromilas Η ΚΕ' Μαρτίου ΑΩΚΑ', publié à Athènes en 1871.

3. Jugement de 1871, p. 16.

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Il s'agissait d'une œuvre de P. Matarangas1.

b. Comédies

16) Ο δι' απάτης γάμος

Il s'agissait d'une œuvre de Démétrios Ioannidis2.

17) Ποιητονύ βάσανα

18) Η νεάνις του συρμού

19) Βερτόλδος : comédie «bizarre», appartenant au genre didactique et dramatique à la fois. L'auteur, ayant pour objectif de proposer, par une série de comédies, un programme de réformes diverses, fustige, dans cette première œuvre, le goût du luxe dominant et demande le retour —impossible, pour le rapporteur— à la vie simple et sobre du passé. Vulgariste, par ailleurs, il prend la défense de la langue populaire avec ardeur. Mais ses personnages, quoique habitants du Péloponnèse, parlent le dialecte heptanésien. Son héros est irréel et «invraisemblable». L'ignorance de l'art dramatique est manifeste: l'action fait défaut, et les dialogues sont remplacés par des monologues interminables. Toutefois, le poète a le sens de l'observation et dispose de qualités didactiques excellentes3.

Œuvre de A. Phatséas, la comédie en question (Ο Βερτόλδος οικογενειάρχης) allait être publié bientôt, avec tout le dossier relatif à sa candidature au concours: lettres de l'auteur adressées aux juges de 1871, programme de réformes, réponse à Mistriotis, etc.4. C'était la première comédie d'une série que le poète, malade déjà (il mourra en 1872), n'a apparemment pas pu compléter5. Bertoldo, le héros de G.C. Croce qui avait connu un grand succès auprès du public populaire grec, servait maintenant à Phatséas de porte-parole: médecin à Tripolis, il défendait les valeurs saines et helléniques de la campagne, opposées aux mœurs étrangères et corrompues de la capitale.

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1. Voir P. Matarangas, Φαντασία και καρδία, op. cit., pp. ζ'-η'. Le poème Η αναχώρησις est également publié dans Εθνική Βιβλιοθήκη 7 (1872) 80, et dans le journal Ειρηνική, 28 avril 1872.

2. D. Ioannidis, Το δι' απάτης συνοικέσιον, κωμωδία εις μέρη δύο, υπό— επιλοχίου του ελληνικού πεζικού, Athènes 1871.

3. Jugement de 1871, pp. 16-21.

4. A. Phatséas, Ο Βερτόλδος, σειρά πολιτικών κωμωδιών, υπό—Καθηγητού, Athènes 1871.

5. De cette série nous ne connaissons que la deuxième comédie, Ο Βερτόλδος αστυνόμος Ασίνης, qui, comme nous le verrons, fut envoyée au concours de 1872.

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Au fond, Phatséas renouvelait à bien des égards l'exemple de Tertsétis: heptanésien, vulgariste, admirateur de Capodistria et fidèle à une royauté forte, populaire, orthodoxe et orientée vers la Russie plutôt que vers la France ou l'Angleterre, il ne partageait pas le mépris à l'égard de Byzance. «La nation grecque moderne n'est pas fondée sur l'antiquité mais sur les ruines de l'empire byzantin»1. Son zèle pour la langue populaire, «la langue de la comédie grecque», entrait dans le cadre d'une lutte menée contre une «société pourrie»; dans une lettre remarquable au recteur (27 décembre 1870), Phatséas demandait à l'Université l'acceptation de la «langue nationale» comme une mesure de première importance2. Du reste, il ne cachait pas l'amertume provoquée par le jugement porté sur sa comédie, un jugement qui n'était «ni juste, ni exact, ni sincère»3. Mistriotis était accusé d'avoir sous-estimé Βερτόλδος pour des raisons notamment linguistiques. Dans sa ferveur pour défendre sa cause, Phatséas se demandait peu si sa comédie, en tant que pièce de théâtre, était une véritable œuvre d'art ayant dépassé le stade primaire d'un didactisme brillant mais ennuyeux. Il paraissait ignorer le fait que les bonnes intentions et les bonnes causes ne suffisent pas, en littérature, lorsque que le souffle du créateur y est absent.

20) Ακανθοδέσμη : il s'agit d'un mime plutôt que d'une comédie. L'intrigue n'est pas bien développée. Les caractères sont parfois exagérés et invraisemblables. La langue est, en général, bonne.

21) Του Διαβόλου η κάλτσα : L'auteur «a le sens de l'humour, mais il présente des faiblesses quant à l'intrigue, à la langue et à la versification».

22) Τοκογλύφος : intrigue banale, manque de but.

23) Η στιχομανία

24) Ο ψευδευγενής : catharsis morale, caractères bien peints. L'auteur puise ses images dans la réalité. Mais l'usage du dialecte de Kérasunde est malheureux4.

25) Οι δύο δικηγόροι : la meilleure comédie du concours. Imitateur d'Aristophane, le poète ne manque pas de talent et de force créatrice. Il raille les avocats dans une œuvre qui a une intrigue heureuse et des épisodes ingénieux et originaux5.

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1. A. Phatséas, op. cit., ρ 91.

2. Ibid., pp. 3-12.

3. Ibid., p. 86 sq.

4. Jugement de 1871, pp. 25-26. Le titre de cette comédie est cité comme Ο ψευδευγενής (p. 8) et comme Ψευδογενής (p. 25).

5. Ibid., pp. 27-28.

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c. Tragi-comédies

26) Ηρακλής δούλος

d. Parodies

27) Το μήλον της Έριδος

e. Tragédies

28) Θρασύβουλος, ο ήρως του Δραγατσανίου

29) Άγιος Γεώργιος ο μεγαλομάρτυς

30) Ορέστης

31) Φιλόμηλος

32) Τιμολεων

33) Ιούνιος Βρούτος

Il s'agissait d'une œuvre de Jean G. Phranghias (1849-1929)1.

34) Λέων Χαμάρετος

Il s'agissait d'une œuvre de T. Ambélas2.

35) Αρμόδιος

36) Ευμένης

37) Πέτρος Γανδαλόνης ο Κρης : le seul drame qui est digne d'une présentation plus détaillée. Un membre du jury attache une très grande importance à l'intrigue de ce poème, et considère celui-ci comme le meilleur du concours. Mais toutes les parties ne sont pas bien travaillées. Les caractères, en général variés, ne sont pas tous réussis. L'auteur a une expérience scénique, mais il n'évite ni les lieux communs dans ses dialogues ni les fautes de versification3.

Il s'agissait encore d'une œuvre de T. Ambélas4.

f. Poèmes épico-lyriques

38) Έρως και τάφος

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1. Elle sera de nouveau envoyée au concours de 1875. La participation de l'auteur au concours de 1871 est confirmée par lui-même: Jean G. Phranghias, Ιούνιος Βρούτος, τραγωδία - εις πράξεις πέντε, Hermoupolis 1876, p. δ΄.

2. Elle a pris plus tard le titre Ο πρίγκηψ του Μωρέως; voir Ν. Ι. Lascaris, Ιστορία του νεοελληνικού θεάτρου, op. cit., t. II, p. 142, et MEE 4 (1928) 338.

3. Jugement de 1871, pp. 28-30. Le titre de ce drame est cité comme Πέτρος Γανδανόλης ο Κρης (p. 8) et comme Πέτρος Γανδαλόνης (p. 28).

4. Ambélas (Νέρων, op. cit , quatrième page de la couverture) annonçait la prochaine publication de cette œuvre sous le titre: Πέτρος Γανδαλώνης· δράμα επαινεθέν εις τον ποιητικόν διαγωνισμόν. Mais il a dû renoncer à cette idée: la même œuvre allait être envoyée au concours de 1872 et publiée sous le titre Κρήτες και Βενετοί.

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39) Ο γοργός ιέραξ : œuvre dont l'auteur est un narrateur habile et plein d'imagination. Mais la langue est ici "forcée et obscure", en raison des rythmes mal choisis. "Si le lecteur réussit à comprendre le poète, il en tire plaisir plutôt que profit"1.

Ce poète n'était autre que A. R. Rangabé2. A 62 ans, il ne dédaignait pas de se présenter, pour la deuxième fois depuis 1857, au concours qu'il avait si profondément marqué par son rôle dans le jury. Voulait-il ainsi exprimer, encore une fois, son respect pour l'institution poétique? Se proposait-il de renforcer le mouvement classique hésitant, par une œuvre qui renouvelait l'expérience et suivait la trace de Διονύσου πλους (1864)? Ou bien ne pensait-il qu'à un couronnement facile à obtenir?

En tout état de cause, sa déception fut cuisante. Mistriotis contestait, au fond, la qualité suprême de la poésie de Rangabé: le choix des rythmes3. Ce choix, en fait, n'avait rien de nouveau, puisqu'il était presque le même que dans Διονύσου πλους,

Η φύσις η εαρινή

δεν ήτο πλέον των θαυμάτων,

ουδ' οι γελώντες ουρανοί,

ουδέ οι λόφ' οι φωτεινοί,

η γοητεία των βλεμμάτων

et c'est peut-être tout un esprit d'élégance formelle gratuite que voulait mettre en cause le rapporteur de 1871. A cet égard, sa remarque sur l'inutilité de Ο γοργός ιέραξ était significative. A. R. Rangabé versait en effet de plus en plus dans "l'art pour l'art"4, au moment précisément où, pour un homme comme Mistriotis, la poésie néo-hellénique avait plus que jamais besoin d'un retour au réel et au naturel.

40) Φαέθων, poème meilleur que le précédent. L'auteur développe

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1. Jugement de 1871, p. 30.

2. Ο γοργός ιέραξ, publié d'abord anonymement dans le journal de Trieste Ημέρα, est reproduit en entier dans Εθνική Βιβλιοθήκη Ι (1872) 76-79, 117-120 (avec une note de protestation contre le jugement du jury), dans Pap. ΝP., pp. 217-237, et dans A. R Rangabé, Άπαντα τα φιλολογικά, t. II, Athènes 1874. Des extraits sont présentés dans Mat. Parn., pp. 972-978.

3. En 1888, C. Palamas exprimait toute son indignation pour ce verdict singulier: "Rythmes mal choisis par qui? Par le poète qui fit montre de la plus grande eurythmie depuis que la Grèce est sortie du néant!": Pal. A., t. XV, p. 68.

4. Sur la réponse de Rangabé et sur un rapprochement de celui-ci avec Leconte de Lisle (Poèmes antiques), voir Mario Vitti, op. cit., pp. 412-414.

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le mythe de Phaéton "avec une tendresse et avec une grâce peu communes". Son défaut principal: le mauvais choix des rythmes. De longs extraits du poème sont cités1.

Il s'agissait d'une œuvre de Jean Gambouroglou2. A 20 ans, le jeune poète continuait de chercher ses inspirations dans les lieux communs du néo-classicisme à la mode:

Φαέθων, τέκνον μου, οποία

σε θλίβει, σκέψις μελανή;

Της λύπης σου τις η αίτια,

βαθέως τι σε συγκινεί;

41) Το μήλον της Έριδος : poème traitant le mythe connu de la pomme de Discorde. L'auteur, semble-t-il, a entrepris de compléter les "Chants Cypriens" de Stasinos, sans toutefois réussir. Sa force descriptive est incontestable. Sa langue, bien que riche quant au vocabulaire, "est souvent risquée, obscure et incompréhensible". De longs extraits du poème sont cités3.

Oeuvre d'Aristomène Provélenghios4, ce poème, ainsi que Θησεύς (1870), versait dans l'archaïsme néo-classique le plus pur:

Ως ρόδου κάλυξ υποσχάζει

ευώδη χείλη και αβρά

και η αυγή χρυσή, φαιδρά

σταγόνας δρόσου τω ενστάζει,

ούτως της Κύπριδος ακμαίον

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1. Jugement de 1871, pp. 31-36.

2. Jean Cambouroglou, Φαέθων, ποίημα -Athènes 1871. Des extraits du poème sont publiés dans Coromilas, Καζαμίας 1872, pp. 164-168, et dans Mat. Parn., pp. 711-714. Deux comptes rendus élogieux paraissent dans Παλιγγενεσία, 25 octobre 1871 et dans Εθνική Βιβλιοθήκη 7 (1872) 31-32.

3. Jugement de 1871, pp. 36-43.

4. Aristomène I. Provélenghios, Το μήλον της Έριδος, ποίημα -Athènes 1871. Un long extrait est reproduit dans Mat. Parn., pp. 952-959. Le parallèle établi par Mistriotis entre ce poème et les "Chants Cypriens" est vivement contesté dans un compte rendu anonyme: Εθνική Βιβλιοθήκη 7 (1872) 33. Signalons encore que, dans une lettre à l'auteur (Munich, 10 décembre 1878), L. Mavilis, admirateur du poème, critique la langue archaïsante de celui-ci: Άπαντα Λορέντσου Μαβίλη. Επιμέλεια Μαρίας Μαντουβάλου, t. II, p. 310.

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το κάλλος λάμπει κ' ερατόν

κ' υπό των θελκτικών ανθέων

της ήβης της τερπνής σεπτόν.

g. Petites et grandes épopées

42) Το Αρκάδιον

43) Η εκπολιορκηθείσα Κωνσταντινούπολις

Il s'agissait d'une œuvre de Jean Margaritis1.

44) Σούλι : imitation de Zalocostas. Ce poème "devient obscur, alors que la principale caractéristique de l'épopée et de toute poésie narrative est la clarté"2.

45) Ο Κατσαντώνης : longue épopée de 18.165 vers de quinze syllabes sans rime. "C'est une description précise de l'époque des kleftes, une Iliade et une Odyssée à la fois, un véritable microcosme". L'auteur, un versificateur habile qui entreprend de chanter toute une période historique, atteint souvent la clarté des poètes épiques anciens. Mais son œuvre a des défauts sérieux: caractères mal peints, prosaïsme, langue parfois négligée et, surtout, manque d'unité. Dans ces conditions, étant donné que tous les poèmes du concours présentent des failles plus ou moins importantes, la majorité du jury décide de ne pas décerner le prix. Le premier accessit est attribué à Ο Κατσαντώνης, le second à Το μήλον της Έριδος, Πέτρος Γανδαλόνης, Φαντασία και καρδία, Φαέθων et Ο γοργός ιέραξ3.

N'était-ce pas, de la part du jury de 1871, une façon d'opposer la quantité à la qualité? Parmi les 45 poèmes du concours, aucun n'était jugé digne du prix, tandis que A. I. Antoniadis, auteur de Ο Κατσαντώνης4, n'avait qu'à se contenter, cette fois-ci, d'un premier accessit. Les 1.000 drachmes de Voutsinas servaient ainsi à l'achat d'un buste d'Alexandre Soutsos exécuté par le sculpteur de Smyrne Praxias5. L'Université d'Athènes rendait hommage à un poète mort. Mais il était 

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1. Jean Margaritis, Η εκπολιορκηθείσα Κωνσταντινούπολις, ποίημα επικόν εις άσματα δέκα υπό -Athènes 1871.

2. Jugement de 1871, p. 43. Sur un poème du même titre envoyé au concours de 1859, voir ici p. 140.

3. Ibid., pp. 43-56.

4. A. I. Antoniadis, Ο Κατσαντώνης, εποποιία των αρματωλών, τυχούσα του πρώτου επαίνου εις τον ποιητικόν διαγωνισμόν του φιλογενούς Κ. Βουτσινά, τη 21 [sic] Μαΐου 1871, Athènes 1873.

5. R.R. de 1871, p. 55.

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significatif que ce dernier -contrairement à Zalocostas, honoré en 1859- ne devait aucunement ses lauriers aux concours universitaires.

Du reste, les accessits décernés en 1871 montraient clairement que les juges étaient aussi las d'une poésie lyrique morbide et insignifiante que d'une pléthore dramatique de plus en plus monotone et volumineuse1. Parmi les 10 comédies, aucune ne recevait de récompense. Parmi les 15 poèmes lyriques et les 10 tragédies, seules les œuvres de P. Matarangas et de T. Ambélas obtenaient un second accessit. Par contre, la poésie épique et épico-lyrique, proportionnellement peu représentée au concours, était la plus favorisée, vu les accessits offerts à Antoniadis, Provélenghios, J. Cambouroglou et A. R. Rangabé. Était-ce, en même temps, une incitation à l'envoi de poèmes épiques? De toute façon, le problème ne se posait plus, puisque la division du concours, en vigueur à partir de l'année suivante, était déjà décidée. Nous devons donc chercher, dans les récompenses offertes par le jury, son goût classique qui, durable et inaltérable, était toujours sensible aux imitations des auteurs anciens, au passé historique et mythologique, au purisme langagier et formel. Si Antoniadis se rapprochait de la chanson "kleftique" quant à la versification et au sujet de son épopée, il n'en demeurait pas moins, ainsi que dans Κρητηίς, un fervent disciple d'Homère,

Τον Κατσαντώνην των κλεφτών τον αρχηγόν θα ψάλω,

όστις του έθνους ύψωσε σημαίαν εις την Πίνδον,

προς της Ηπείρου πολεμών τον τύραννον απαύστως·

πολλούς δ' εχθρούς εθέρισε με την κυρτήν ρομφαίαν,

τους Έλληνας εις ατυχή προτρέψας ανταρσίαν

alors que les poésies de Provélenghios, de J. Cambouroglou et de A. R. Rangabé entraient dans la ligne droite du courant néo-classique qui, depuis dix ans, constituait le principal rempart contre le romantisme.

Mais le jury n'avait pas pour autant la tâche facile. Découragé par l'ensemble de la production poétique de 1871, il devait néanmoins faire preuve de prudence et de modération, en offrant quelques récompenses même conventionnelles. Son refus de décerner le prix -surtout au moment où les poèmes présentés atteignaient le nombre le plus élevé dans toute l'histoire des concours- ne risquait-il pas de mettre le feu aux

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1. Il ne faut pas oublier que les œuvres dramatiques dépassaient largement les 500 vers requis dans le concours et qu'ils donnaient ainsi aux professeurs une peine supplémentaire.

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poudres et de soulever une nouvelle vague de protestations? Les manifestations de mécontentement étaient toujours à craindre, et on avait tout lieu de s'attendre à ce que le verdict de 1871, malgré les concessions qu'il faisait aux concurrents, éveillât de nouveau les passions.

Il n'en fut rien cependant. La presse athénienne, dans son ensemble, ne chercha pas querelle au jury. Le refus du prix parut suffisamment justifié par la médiocrité des passages que le rapporteur avait cités abondamment. Le journal Εκλεκτική attaqua les concurrents de 1871 avec violence: «Dans le concours poétique, nous ne voyons qu'une bande vulgaire, car sa poésie est vulgaire... Quel style, mon Dieu! Quelles idées vilaines et banales! Quels vers!»1.

Somme toute, Mistriotis, porte-parole d'un jury sévère mais juste, ne scandalisa pas outre mesure. Il n'allait pas tarder, cependant, à se placer au centre d'une tempête qui ébranla l'Université en plein été 1871:

Début juillet, l'élection de E. Castorchis comme recteur, obtenue par 21 voix contre 20 portées sur C. Paparrigopoulos, était déjà un fait accompli, ratifié par le ministre de l'éducation nationale Pétimézas et annoncé par les journaux. Mais tout n'allait pas sans équivoque dans cette élection qui, réalisée difficilement —le vote initial n'avait donné à Castorchis que 19 voix—, permettait à C. Paparrigopoulos et à ses amis, notamment au rédacteur du journal Αιών Timoléon Philimon, de contester sa légitimité et de parler d'intrigues intolérables2.

C'est à ce moment-là que Mistriotis entre en scène: dans trois articles anonymes, il prend la défense de Castorchis et de Pétimézas, et lance une virulente attaque contre C. Paparrigopoulos et T. Philimon. «Historien byzantin», son collègue est accusé de nourrir des ambitions absurdes, d'être un autodidacte qui n'a jamais fait d'études, d'écrire pour le grand public des livres dépourvus de toute valeur scientifique, de considérer bêtement «l'époque byzantine comme la plus précieuse de la nation hellénique», d'être, en plus, un homme coupable de malversations3.

Philimon ne tarde pas à répondre à ces articles qu'il attribue à Castorchis, invitant en même temps l'accusateur anonyme à révéler son identité4. Mistriotis s'exécute de bonne grâce et reprend immédiatement

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1 Εκλεκτική, 25 mai 1871; cf. les comptes rendus de Παλιγγενεσία, 24 mai 1871, Αναμόρφωσις, 27 mai 1871 et Εθνική Βιβλιοθήκη 6 (1871) 254-255.

2 Αιών, 28 juin, 5 et 15 juillet 1871.

3. Παλιγγενεσία, 9, 20 et 27 juillet 1871.

4. Αιών, 22 et 29 juillet 1871.

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ses accusations contre ses deux ennemis; il redouble bientôt d'indignation car le rédacteur de Αιών, à bout d'arguments, l'a provoqué en duel — «survivance absurde du Moyen Age»— ainsi qu'avait fait, d'ailleurs, le fils de l'historien, le poète Démétrios Paparrigopoulos1. Entre-temps, le conflit se généralise. Le ministre Pétimézas répond à Philimon pour justifier l'élection de Castorchis2. C. Paparrigopoulos répond à Pétimézas et, un peu plus tard, à Mistriotis3. Ce qui est certain, c'est que l'inimitié entre les deux professeurs durera toute leur vie, jusqu'au moment, tout au moins, où Mistriotis, recteur en 1891, sera obligé d'assister aux funérailles de C. Paparrigopoulos et d'honorer sa mémoire.

Mais, pour l'instant, le pouvoir universitaire de l'année 1871-1872 appartient à Castorchis et à ses amis. Dans un climat de nervosité et d' instabilité politique, les gouvernements se succèdent sans cesse; le troisième cabinet de 1871, celui de D. Voulgaris (décembre 1871 - juillet 1872) doit se heurter sérieusement au problème des mines du Laurium4. Entre-temps, réorganisés par des mesures administratives, les concours s'apprêtent à entrer dans une phase nouvelle. Le règlement de Rallis, modifié, consacre la première année (1872) à la poésie dramatique. Les jurys, dans l'avenir, n'auront à se prononcer que sur des poèmes appartenant au même genre. Nous allons voir dans quelles conditions, sous les apparences d'un renouveau spectaculaire, le déclin des concours se concrétise et devient une réalité irréversible.

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1. Παλιγγενεσία, 30 juillet et 12 août 1871

2 Αιών, 15 juillet 1871

3. Αιών, 15 juillet et 2 août 1871

4. Ces mines, exploitées depuis 1864 par une compagnie italo-française avec laquelle les gouvernements grecs entrent en conflit, sont à l'origine d'une affaire retentissante (Λαυρεωτικά). C'est notamment sous le gouvernement d'Épaminondas Délighiorghis (juillet 1872-février 1874) que cette affaire prendra l'aspect d'un scandale, lorsque, trompés par des manœuvres démagogiques et mobilisés par l'espoir de s'enrichir, les Grecs se livreront massivement à des opérations boursières sans lendemain.

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CHAPITRE III

LE DÉCLIN DES CONCOURS (1872-1877)

Εντεύθεν ζωή βασιλεύ' αληθής

και λήγει το κράτος του Μύθου

G. Vizyinos (1877)

Dès le début de la huitième décennie du siècle, un certain changement est perceptible dans la société néo-hellénique. En effet, ce que Orphanidis appellera en 1876 "fermentation sociale" commence déjà à se préciser au lendemain de la révolution crétoise (1866-1869): nous avons affaire à des mutations certaines qui s'accélèrent dans tous les domaines. La manifestation de nouveaux besoins, plus matériels et réalistes, est un indice caractéristique. Le développement économique entraîne le goût du réel, une ouverture à la vie et à ses plaisirs. Peu à peu, les sens l'emportent sur l'imagination. Le ton devient plus familier, les illusions moins acceptables.

De fait, les signes annonciateurs de transformations plus ou moins profondes dans la vie économique, politique et culturelle de la Grèce se multiplient pendant toute la décennie 1870-1880. "Époque de transition", selon l'expression de Roïdis, cette décennie semble destinée à préparer l'avenir en liquidant les obstacles les plus gênants du passé. C'est ainsi que le développement des forces productives comporte, en 1875, le dénouement heureux de la crise politique accentuée depuis 1868, et que le premier gouvernement de Ch. Tricoupis (1832-1896) annonce l'arrivée à la maturité d'une nouvelle bourgeoisie capable d'imposer sa volonté. C'est ainsi que les hommes de l'avenir devancent les hommes du passé, d'autant plus facilement que ces derniers sont souvent éliminés par une mort précoce.

Toutefois, à mesure que le processus de transformation se concrétise, son dynamisme est lié aussi bien à des initiatives individuelles qu'à des formes d'organisation collective. Les Sociétés Littéraires, parmi 

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lesquelles la plus prestigieuse reste Παρνασσός (1865), se multiplient tant à Athènes (Βύρων, Ευαγγελισμός, Αθήναιον, Εταιρεία των φίλων του λαού, etc.) qu'ailleurs1. Animées par les jeunes, elles deviennent des institutions aptes à poursuivre leurs objectifs culturels et patriotiques dans un nouveau contexte historique et, ce qui nous intéresse davantage, à concurrencer les vieux modes de production littéraire, y compris les concours poétiques. Si la presse périodique athénienne se renouvelle au cours de la décennie 1870-1880, c'est sans doute grâce à un ensemble de conditions qui favorisent le nouveau en éliminant l'ancien, mais aussi, plus particulièrement, grâce à l'action des Sociétés Littéraires. C'est ainsi que le vide créé par la disparition de Πανδώρα (1850-1872)2 est comblé par plusieurs nouvelles revues qui, éphémères ou durables, liées encore au passé ou orientées déjà vers l'avenir, deviennent l'expression vivante de cette «époque de transition»: Παρθενών (1871-1873), Αθήναιον (1872-1882), Μουσείον (1873-1874), Βύρων, (1874-1879), Εστία (1876-1895), Παρνασσός (1877-1895).

Dans la mesure ou le besoin d'un contact avec le réel et le naturel se précise, il est normal que le romantisme et le classicisme athéniens, en perte de vitesse, entrent dans une crise profonde. Car on ne doit plus demeurer dans l'abstraction, au moment où le présent impose de plus en plus ses droits. En ce sens, pour les universitaires les plus avancés, le problème n'est plus, comme durant la décennie précédente, de combattre le romantisme excessif au nom d'un classicisme aussi archaïsant qu'abstrait, mais de rétablir, dans la mesure du possible, un nouveau rapport entre les mots et les choses, entre la poésie et la vie.

Ce nouveau rapport est maintenant favorisé aussi bien par les conditions locales que par certaines manifestations du rationalisme européen (empirisme, positivisme, doctrine de Taine etc.). L'étude du folklore, établie sur des bases scientifiques, a tout lieu d'obtenir la faveur universitaire, ainsi que le montre, en 1871, le couronnement de Nicolas Politis (Μελέτη επί του βίου των νεωτέρων Ελλήνων) dans le concours de

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1. V. Gavriilidis, «Περί φιλολογικών ή ακαδημαϊκών συνεταιρισμών» Επτάλοφος, fasc. 1 (1869) 563-564; Albert Dumont, «Les Syllogues en Turquie», Annuaire de l'Association pour l'encouragement des études grecques en France 8 (1874) 527-538; Queux de Saint-Hilaire, «Des Syllogues grecs et du progrès des études littéraires dans la Grèce de nos jours, Ibid. 11 (1877) 286-322; Pierre A. Moraïtinis, La Grèce telle qu'elle est, Paris 1877, pp. 172-197.

2. Sur cette revue et sur la presse périodique de son époque, voir notamment: Apostolos Sachinis, Συμβολή στην ιστορία των Πανδώρας και των παλιών περιοδικών, Athènes 1964.

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Rodocanakis. D'autre part, au moment où les intellectuels ioniens s'imposent dans la vie littéraire de la capitale, la langue démotique, liée particulièrement aux chants populaires et à la poésie heptanésienne, gagne du terrain et occupe de nouveau le devant de la scène: N. Conéménos, Το ζήτημα της γλώσσας (1873), Και πάλε περί γλώσσας (1875). Elle est officiellement honorée par l'Université d'Athènes: en 1872, le recteur E. Castorchis invite respectueusement Aristote Valaoritis à réciter un poème devant la statue du Patriarche Grégoire V, ce qui ne manque pas du susciter la colère de D. Vernardakis. En 1873, le rapporteur G. Mistriotis, comme nous le verrons, n'hésite pas à couronner, pour la première fois dans l'histoire des concours, une œuvre écrite en langue populaire et à exprimer son admiration pour «le grand poète de Zante» Solomos. En 1877 encore, année même où André Lascaratos est invité à faire une conférence dans la Société Littéraire Παρνασσός, le concours de Voutsinas se termine sur le couronnement d'une œuvre «vulgaire».

Que se passe-t-il, au fond? Pourrions-nous, à la lumière de ces faits, attribuer aux universitaires athéniens des années 1870, en général, un esprit novateur qui l'emporte finalement par la force des choses? Ce serait mal apprécier les différences profondes, les particularités et les antagonismes persistants des personnes et des clans. Car si Castorchis et ses amis, au pouvoir en 1872-1873, trouvent l'occasion de faire entrer dans l'Université un air frais en démontrant ainsi, une fois de plus, leur sens du réel et du naturel, ils n'ont pas à fêter une victoire unanime et définitive: leurs adversaires sont toujours prêts à contre-attaquer, ainsi que le montre le retour de A. R. Rangabé dans le jury en 1874. Or l'écart entre les deux principaux groupes universitaires ne fait que grandir: là où, pour les uns, la lutte contre les excès romantiques implique une alliance avec les vulgaristes, un rapprochement avec la littérature heptanésienne et, d'une façon plus générale, un retour au réel et au naturel, pour les autres l'idéal néo-classique abstrait, tel qu'il fut imposé au cours de la décennie précédente, demeure toujours l'arme unique, bien qu'elle soit usée et inefficace.

Mais ces divergence dépassent maintenant le cadre universitaire. A mesure que les concours poétiques, entrés dans leur phase finale, sombrent dans l'indifférence, l'autorité des professeurs en matière de poésie cesse d'être incontestée et sans partage. Cultivée pendant longtemps et presque exclusivement dans l'Université, la critique littéraire trouve déjà d'autres terrains d'expression: la presse athénienne, notamment les Sociétés Littéraires. Cette critique a pourtant ses limites; elle doit répondre, tout d'abord, aux mêmes questions que les jurys des professeurs.

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Si ses nouveaux représentants ne sont pas directement liés aux groupes universitaires rivaux, ils n'en usent pas moins de la même problématique et en épousent les désaccords fondamentaux et les contradictions essentielles. Ange Vlachos, critique littéraire à partir de 1874, exalte les poètes athéniens de la génération précédente, comme s'il voulait, en même temps, défendre de toutes ses forces l'institution poétique en péril; conservateur, formaliste, partisan de la langue savante, il appartient à la même famille intellectuelle que A. R. Rangabé ou D. Vernardakis. Emmanuel Roïdis, disciple de C. Assopios, se situe dans le camp opposé. Rationaliste et progressiste, il est l'héritier de la tradition des Lumières, celle qui est conservée jusqu'aux dernières années des concours par Mistriotis et Orphanidis pour déboucher sur la doctrine de Taine. S'il combat l'institution poétique mourante, c'est non seulement pour rejeter la littérature à laquelle elle a donné naissance, mais aussi pour annoncer la fin d'une époque révolue. A cet égard, son débat avec Vlachos, en 1877, est significatif. Bilan de la poésie néo-hellénique et procès des concours, ce débat devient à la fois un épilogue et une préface, une fin et un début. Le changement ne s'annonce que dans la continuité: extra-universitaires, Roïdis et Vlachos peuvent transporter leur querelle dans la Société Littéraire Παρνασσός, mais ils ne cessent d'incarner les deux principaux courants qui ont marqué si longtemps la pensée et la critique universitaires. La lutte décisive est toujours celle qui oppose le rationalisme à l'abstraction métaphysique et transcendantale.

Entre-temps, dès le début des années 1870, les concours présentent tous les signes révélateurs d'une crise insurmontable. Abandonnés par les poètes les plus prestigieux, en rupture avec les nouveaux besoins d'une société en pleine évolution, vidés de leur substance au moment où le romantisme et le classicisme athéniens sont liquidés, incapables de se renouveler, de donner des résultats satisfaisants, de résister à la lassitude des professeurs et à la concurrence des Sociétés Littéraires, ils apparaissent de plus en plus comme une survivance inutile du passé. Leur prestige ne peut être rehaussé parles verdicts contradictoires et par les querelles persistantes des jurys. Leur autorité est irrémédiablement sapée par les attaques de leurs adversaires. En vain la réforme appliquée en 1872 s'annonce-t-elle comme un nouveau départ prometteur: ce n'est pas la répartition des genres poétiques qui peut remédier à un mal endémique et incurable. Le contact avec le réel enlève à la poésie une grande partie de son importance. L'agressivité, calmée, a de moins en moins besoin de joutes littéraires orageuses. C'est dans ces conditions

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que les concours s'éteignent définitivement en 1877, après avoir traversé une longue crise dont les pages suivantes retracent les étapes et les manifestations les plus essentielles.

1. 1872: Un concours dramatique médiocre

Le 7 mai 1872, dans la Grande Salle de l'Université, les Athéniens célébraient le concours poétique pour la vingtième fois. Ce n'était pas un jour comme les autres. Devant un jury composé de trois membres —E. Castorchis (président), Th. Aphentoulis (rapporteur) et G. Mistriotis— la cérémonie prenait un caractère particulièrement officiel: le fondateur Jean Voutsinas, venu d'Odessa, était présent, ainsi que le chef du gouvernement D. Voulgaris avec plusieurs de ses ministres, tandis que le public, nombreux et enthousiaste, ne ménageait pas ses applaudissements1. On eût pu croire à un nouveau départ: le concours, réorganisé, commençait cette année-là par la poésie dramatique.

Aphentoulis n'hésita pas à donner à son rapport un ton de discours patriotique. Les ennemis de la Grèce, «tous ceux qui nous reprochent de ne pas être les descendants des Grecs anciens», reçurent d'emblée une réponse sévère. Leurs accusations, selon le rapporteur, étaient faciles à réfuter par l'existence des concours dans la Grèce moderne et par la survivance de la tragédie! Quant à l'avenir, il s'annonçait prometteur, grâce à la jeunesse. «A l'heure actuelle, Athènes semble de nouveau destinée à cultiver la poésie dramatique que nous honorons aujourd'hui»2.

Du reste, reprenant les formules de son prédécesseur, Aphentoulis ne manquait pas de montrer que l'importance du «milieu» était pour lui aussi évidente: «Selon l'avis général, la poésie est le miroir le plus fidèle des sentiments et des idées du peuple dans lequel elle est conçue et pratiquée»3. Seulement, son rôle n'était pas d'être un reflet passif. Sa mission restait toujours telle que l'avait définie Schiller: «montrer où, comment et vers quel but doit s'avancer la vie nationale»4.

Optimiste, en général, le ton du rapporteur avait ce qu'il fallait pour apaiser les esprits, pour rassurer. A première vue, tout allait bien. Les concours entraient dans une nouvelle phase sous de favorables

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1. Voir les comptes rendus dans les journaux Παλιγγενεσία, 8 mai 1872, et Ειρηνική, 9 mai 1872.

2. Jugement de 1872, Athènes 1872, ρ 5.

3 Ibid., p. 7.

4. Ibid., p. 4.

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auspices. Leur répartition entre les trois genres poétiques s'avérait pour l'instant payante: les poèmes dramatiques présentés en 1872 ne dépassaient pas le nombre de 28. Mais Aphentoulis allait encore plus loin. Une fois la réforme fondamentale réalisée, il demandait une spécialisation plus poussée, étant donné que la compétition entre tragédies et comédies créait au jury les mêmes difficultés que si l'on avait à choisir entre une colonne ionique et une colonne dorique1.

Il ne lui restait, enfin, qu' à présenter les poèmes du concours. Mais deux d'entre eux, arrivés après les délais, étaient déjà exclus. Le jury ne s'était donc occupé que de 28 manuscrits: 13 comédies et 15 tragédies. Dans cet ensemble, 12 œuvres seulement (7 comédies et 5 tragédies) méritaient d'être jugées plus ou moins favorablement, et c'est d'elles seules que le rapporteur allait parler; les 16 autres, rejetées par le jury comme insignifiantes, étaient simplement mentionnées. Voici les observations d'Aphentoulis, suivies de nos commentaires:

a. Comédies

1) Μικρομέγας

2) Ο κόμης Ρεπανάκης

3) Κόλακες

4) Κόρη κοτσάμπαση

5) Μισάνθρωπος

6) Ιδιοτροπία

7) Ο Βερτόλδος : comédie politique en neuf actes (2750 vers de quinze syllabes). "Produit bizarre", cette comédie a pour but de stigmatiser le luxe et l'abandon des mœurs traditionnelles. Elle est la deuxième de l'auteur (la première a déjà été jugée au concours). C'est la langue populaire, celle des Heptanésiens notamment, qui est employée ici. Le poète semble avoir une riche expérience de la vie, mais il connaît mal l'art du théâtre et n'évite pas les maladresses scéniques2.

Il s'agissait de la deuxième comédie, encore inédite, d'Antoine Phatséas: Ο Βερτόλδος αστυνόμος Ασίνης. Accompagnée d'autres poésies inédites, cette comédie est contenue dans un manuscrit autographe de l'auteur, manuscrit qui se trouve aujourd'hui à l'Institut Néo-hellénique de la Sorbonne. Émile Legrand en avait préparé une copie, probablement en vue d'une publication.

8) Οι εργολάβοι των Αθηνών: comédie en cinq actes (2410 vers) qui raille les tendances amoureuses des Athéniens, ainsi que font, d'ailleurs,

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1. Ibid., p. 7.

2. Ibid., pp. 10-13.

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    22. Moullas, Concours poetiques

    et où les juges universitaires manifestaient de plus en plus leur lassitude, l'irruption massive des débutants et des amateurs n'était sûrement pas de nature à relever le prestige de l'institution poétique, pas plus que les couronnements annuels et monotones d'Antoniadis. Le problème de la langue était loin d'être réglé définitivement; il ressurgissait avec une nouvelle acuité, et Phatséas ne manquait pas, en 1870, de le porter à l'intérieur des concours, renouvelant l'exemple de Tertsétis.

    Les jurys avaient à affronter désormais une situation difficile. La huitième décennie du siècle s'annonçait remplie d' obstacles à surmonter.

    4. 1871: Le record des 70.000 vers

    Cependant, l'Université athénienne possédait des ressources inépuisables aussi bien sur le plan des étudiants-concurrents que sur celui des professeurs-juges.

    Le 23 mai 1871, un nouveau rapporteur, Georges Mistriotis (1840-1916), se présentait dans un jury qui avait comme président le recteur C. Voussakis et comme membres les professeurs St. Coumanoudis, Th. Aphentoulis et D. Sémitélos. C'était un jour mémorable: après la cérémonie poétique, E. Castorchis, rapporteur du concours de Rodocanakis, allait annoncer la victoire de Nicolas Politis pour son étude Μελέτη επί του βίου των νεωτέρων Ελλήνων1.

    Professeur de lettres classiques depuis 1868, Mistriotis avait déjà eu l'occasion de faire montre d'un caractère hargneux, lorsque, quelques mois plus tôt, il s'était désolidarisé publiquement du jury d' Ολύμπια qui avait couronné A. Vlachos pour sa comédie Γαμβρού πολιορκία2. Un peu plus tard, comme nous le verrons, son conflit avec C. Paparrigopoulos allait devenir une haine durable à laquelle seule la mort de l'historien (1891) vint mettre fin. Mistriotis, tel que nous le connaissons dans sa maturité, à la fin du dix-neuvième et au début du vingtième siècle, est l'homme de la réaction pure et simple: archaïsant, sclérosé,

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    1. Παλιγγενεσία, 24 mai 1871

    2. Παλιγγενεσία, 4 décembre 1870 et 15 janvier 1871. A. Vlachos (Κωμωδίαι, op. cit., pp. ιγ'-ιε') attaque violemment Mistriotis, tandis que E. Roïdis (Κριτικαί Μελέται, op. cit., pp. 19-21) et N. Cazazis (Παρθενών 1, 1871-72, 350) s'en prennent avec la même virulence au jeune professeur qui avait prétendu être le plus qualifié pour juger des poèmes.