Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

INSTITUTION

ET

FONCTIONNEMENT DES CONCOURS

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

Σελ. 30
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CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

INSTITUTION

ET

FONCTIONNEMENT DES CONCOURS

1. Ambroise Rallis et son règlement

Non seulement l'institution des concours poétiques, mais aussi les conditions de leur fonctionnement sont strictement liées à l'initiative d'Ambroise Rallis (1798-1886). Nous avons affaire en sa personne à l'exemple typique d'un bourgeois Grec du milieu du XIXe siècle. Tout un système de valeurs et d'actions apparaît clairement et montre sa force, à travers ce personnage "moyen": l'esprit d'entreprise qui va de pair avec des ambitions multiples, la soif de l'argent qui n'exclut pas celle de la gloire, le cosmopolitisme ou l'insertion dans les mécanismes économiques internationaux qui stimule le patriotisme et la volonté de bienfaisance comme une sorte de responsabilité.

Du même âge que Solomos ou Macriyannis, Ambroise Rallis ne fera que se plier aux options de sa famille et de sa classe. Cette famille n'est pas moins typique. Originaires de l'île de Chio, comme beaucoup d'autres marchands Grecs, les Rallis devaient jouer, dans l'histoire du commerce hellénique, dès le début du siècle précédent, un des rôles les plus importants. Leur activité ne connaîtra pas de limites, depuis l'Inde jusqu'à Londres; Smyrne, Constantinople ou Trieste seront quelques étapes de leur implantation. Représentative de la bourgeoisie marchande grecque, la famille Rallis en illustre à merveille la montée et l'expansion1.

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1. Voir la bibliographie principale sur la famille Rallis dans MEE 21 (1933) 41. A ajouter, notamment: G.I. Zolotas, Ιστορία της Χίου, t. A'II, Athènes 1923, pp. 448-472; A. Stavritsis, "Ο οίκος των αδελφών Ράλλη και η Σμύρνη", Μικρασιατικά Χρονικά 8 (1959) 267-27-1; St. Macrymichalos, «Η έκδοση της εφημερίδος "Ημέρα"»

Σελ. 31
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Etienne (1763-1829), le père d'Ambroise, avant de passer à Constantinople et de lier son sort à celui de son cousin Antoine ("τα Ραλλάκια"), avait déjà fait fortune, comme marchand et banquier, à Smyrne, où il était devenu ami intime de Caraosmanoglou. Détail caractéristique: en 1813, c'était à lui que Constantin Iconomos (1780-1857) dédiait sa "Rhétorique", "αρετής ένεκα και της περί το φιλολογικόν της Σμύρνης Γυμνάσιον λαμπράς φιλοτιμίας"1. Ainsi, Ambroise héritera de son père non seulement le goût du gain -destin commun, par ailleurs, à tous les membres de la famille Rallis- mais aussi les attaches intellectuelles, le conservatisme et, ce qui nous intéresse davantage, un certain penchant pour le mécénat.

Né à Chio et installé tout jeune à Trieste, il y poursuivra, pendant 65 ans, une carrière de marchand, de banquier et de propriétaire. Al. Vyzantios, écrivant sa nécrologie en février 1886, ne manque pas d'insister sur ses qualités: éducation noble, culture peu commune, intelligence, honnêteté, vitalité ignorant la fatigue et, surtout, esprit de discipline, de persévérance et de sobriété2. Lieux communs d'un éloge de circonstances? C'est possible. Le même biographe, cependant, ne veut-il pas se rattraper en quelque sorte, un peu plus loin, lorsqu'il qualifie Ambroise d'"homme d'affaires calculateur"3?

Ce qui importe, c'est de juger sur pièces. A l'âge de 52 ans, au moment où il prend l'initiative de fonder son concours poétique à Athènes, Rallis est en pleine puissance. Chef incontestable du parti conservateur à Trieste, même avant 1848, il ne semble pas par la suite vouloir limiter ses ambitions. Son autorité au sein de la communauté grecque, dont il fut président une dizaine de fois, va en augmentant. Des compagnies commerciales très importantes lui offrent le poste de directeur, la ville de Trieste l'élit conseiller municipal. En 1874, il recevra de l'empereur autrichien le titre héréditaire de baron. Peu avant sa mort, il devint encore député honoraire à vie.

Comblé d'honneurs, il les a certainement mérités. Les autorités autrichiennes ne pouvaient être moins satisfaites de ses services que

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στην Τεργέστη στα 1855", Ο Ερανιστής 8 (1970) 14-15, où l'on trouve quelques indications biographiques et bibliographiques sur Ambroise Rallis.

1. Τέχνης Ρητορικής Βιβλία Γ', συνταχθέντα υπό Κωνσταντίνου Οικονόμου και Πρεσβυτέρου του κατά το Φιλολογικόν της Σμύρνης Γυμνάσιον διδασκάλου, Vienne 1813, page première.

2. Al. Vyzantios, "Αμβρόσιος Σ. Ράλλης", dans: "Έργα Αλεξάνδρου Σ. Βυζαντίου, Εκδίδονται υπό Σ. Βυζαντίου, Athènes 1902, p. 93.

3. Ibid., p. 95.

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les autorités grecques; on comprend fort bien pourquoi l'empereur lui portait un tel respect, traversant les foules, qui l'entouraient, pour aller le saluer1. Mais Rallis entretint avec son pays des relations beaucoup plus intimes. Installé à Trieste, il effectua en Grèce plusieurs voyages, envisageant, semble-t-il, des séjours plus ou moins longs à Athènes: une des maisons qu'y construisit l'architecte Cléanthis en 1845 (et qui devint, plus tard, le siège de la Légation d' Angleterre) lui appartenait2. Par ailleurs, son empressement à se mettre, par tous les moyens, au service de la cause grecque, ne fait aucun doute; jusqu'à la fin de ses jours, son nom et son argent demeurent liés à tout effort, culturel ou autre, concernant la Grèce et son rayonnement. Quelques exemples: en 1852, Rallis figure parmi les Grecs de Trieste qui financèrent l'imprimerie vénitienne de Saint-Georges3; en 1855, quand I. Skylitsis demande aux autorités autrichiennes la permission d'éditer son journal Ημέρα, c'est Rallis qui se porte garant4; l'année suivante, c'est encore lui qui, nommé par décret royal délégué du gouvernement grec, sera chargé du legs de Platyghénis5; en 1871, quand le «Σύλλογος προς διάδοσίν των ελληνικών γραμμάτων» décide de créer des comités-annexes dans toutes les communautés grecques de l'étranger, le nom de Rallis est en tête du comité triestin6. Signalons encore une coïncidence caractéristique: en 1864, lorsque une commission chargée de la collecte pour un monument du patriarche Grégoire voudra se faire représenter à l'étranger, elle nommera non seulement Rallis à Trieste, mais aussi Voutsinas à Odessa. C'est la première fois, à notre connaissance, que les noms de deux fondateurs des concours poétiques se rencontrent sous la même «Annonce»7.

Toujours prêt à faire preuve de son zèle patriotique, Rallis n'oubliera pour autant ni son île natale ni sa ville adoptive: à Chio il laissera un legs, à Trieste il fera construire deux établissements 

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1. Ibid., p. 94.

2. Pavlos Vakas, «Ο αρχιτέκτων του σχεδίου των Αθηνών Σταμάτιος Κλεάνθης (1802-1862)», Ημερολόγιον της Μεγάλης Ελλάδος, Athènes 1931, p. 87.

3. G. S. Ploumidis, «Το βενετικό τυπογραφείο του Αγίου Γεωργίου (1850-1882),», Ο Ερανιστής 8 (1970) 171.

4. St. Macrymichalos, op. cit., p. 14.

5. Ibid., p. 15.

6. La circulaire (Trieste, 2 novembre 1871) est publiée dans le journal Παλιγγενεσία, 18 novembre 1871.

7. Cette annonce (Athènes, 23 juin 1864) est publiée dans le journal Ευνομία, 7 août 1864.

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hospitaliers, «Νυμφών» et «Άσυλον»1. Une autre partie de ses florins sera dépensée à des œuvres analogues. C'est presque normal: pour un marchand riche, la philanthropie et l'aide financière à la Grèce faisaient partie d'un système de valeurs morales, elles entraient automatiquement, pourrait-on dire, dans les règles du jeu commercial, et Rallis ne constitue pas, de ce point de vue, une exception.

Beaucoup plus caractéristique sont, cependant, ses prétentions littéraires ou, tout au moins, l'idée qu'il se faisait de la littérature. Poète amateur, il participa à son propre concours (1860) avec un mélodrame patriotique, publié en 1866 2. Le rapporteur Rangabé n'hésita pas à le classer parmi les 4 poèmes «entièrement insignifiants»3. Pour nous, aujourd'hui, il est toutefois significatif que l'auteur d'une telle œuvre soit en même temps le fondateur des concours: car non seulement il exprima à plusieurs reprises ses conceptions poétiques mais aussi, par l'élaboration des statuts du concours, il engagea de façon décisive la poésie néo-hellénique dans une voie précise.

Prendre l'initiative de fonder un concours poétique, ne pouvait en aucune manière, pour Ambroise Rallis, signifier une simple offre d'argent, insérée dans un cadre de bienfaisance charitable. Les ambitions du mécène sont, d'habitude, assez éloignées de celles du philanthrope. Par ailleurs, le choix de la poésie n'était pas dû au hasard, mais correspondait aux intérêts intellectuels du marchand triestin. C'est ainsi que, dans sa lettre (Trieste, 10/22 août 1850) adressée au Ministère grec de l'éducation nationale, tout en annonçant sa décision de fonder un concours poétique, Rallis en précisait formellement les clauses:

«1) Un prix de 1.000 drachmes sera décerné chaque année à l'auteur d'un ou de plusieurs poèmes considérables, traitant d'un sujet moral, c'est-à-dire de tout sujet se rapportant à la religion et, d'une façon plus générale, à la morale.

2) La langue du poème doit être conforme au sujet, mais toujours décente et diserte.

3) Le poème ou l'ensemble de poèmes ne doit pas avoir moins de 500 vers; l'excédent reste libre et indéfini.

4) Les poèmes, présentés en temps réglementaire, doivent être

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1. G. I. Zololas, op. cit., t. III, Athènes 1926, p. 656; Al. Vyzantios, op. cit., p. 94.

2. Οι Κλέπται. Μελόδραμα εις δύω πράξεις διηρημένον (Εκδίδοται δαπάναις Α. Σ, Ράλλη), Trieste 1866.

3. Jugement de 1860, Πανδώρα 11 (1860-1861) 26.

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jugés chaque fois par le recteur de l'Université, par le professeur de lettres et, surtout, par celui de poétique.

Si par hasard un de ces professeurs est recteur, il choisit le troisième juge à son gré, soit parmi les universitaires, soit parmi les savants extra-universitaires. Le délai nécessaire à l'examen des poèmes doit être établi de telle façon, que le couronnement du lauréat ait lieu le 25 mars, jour anniversaire de l'insurrection grecque.

5) Les poèmes doivent être envoyés au jury anonymement, selon l'usage, mais accompagnés d'une enveloppe fermée, elle aussi anonyme, dans laquelle se trouvera le nom de l'auteur qui ne sera annoncé qu'après l'examen du poème.

6) Le prix sera décerné au meilleur ou aux meilleurs de ces poèmes. Si aucun d'eux n'est jugé satisfaisant, l'argent doit être donné, au gré du même jury, à un des étudiants pauvres de l'Université, le plus sérieux et studieux.

7) Ont le droit de participer à ce concours tous les Grecs et tous les hellénistes étrangers».

Rallis s'empresse de préciser qu'il fournira les 1.000 drachmes chaque année, tant que les circonstances le lui permettront, dans le but de pousser d'autres mécènes à la fondation de concours pareils; et, en post-scriptum, il ajoute sa dernière (8ème) clause:

"Au concours sont également admis des extraits de poèmes, à condition de remplir le nombre de 500 vers mentionné ci-dessus"1.

Ces statuts devaient demeurer plus ou moins définitifs. Le jury universitaire, la presse, ainsi que les poètes participants auront toujours, dans l'avenir, des amendements à proposer; on n'épargnera au fondateur ni des critiques sévères, ni même des insultes; personne n'osera défier sa volonté. En offrant son argent, Rallis n'imposait-il pas en même temps sa loi? Une fois cet argent accepté, on devait obéir inconditionnellement et exécuter les ordres reçus.

C'est ce que fit l'Université. En janvier 1851, les journaux 

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1. Voir le texte entier de cette lettre-règlement dans Η Ελπίς, 6 novembre 1850. Peu avant, le journal Εφημερίς του Λαού, 25 octobre 1850, en avait donné un résumé, en commentant: "L'initiative de Rallis est bonne et louable mais, au lieu de la poésie, une science exacte ne serait-elle pas préférable, plus nécessaire et plus utile?" Ce genre de critique du concours, formulé ici pour la première fois, sera par la suite fréquent. Signalons encore que l'on peut trouver le texte de la lettre de Rallis dans: Διαθήκαι και δωρεαί υπέρ του Εθνικού Πανεπιστημίου μετά διαφόρων σχετικών εγγράφων από της ιδρύοεως αυτού μέχρι τέλους του 1899 Μέρος πρώτον. Πρυτανεία Αλκιβιάδου Χ. Κρασσά, Athènes 1900, pp. 64-66

Σελ. 35
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athéniens publiaient, sous le titre "Programme de concours", un communiqué universitaire, daté du 9 janvier et signé du vice-recteur G. A. Mavrocordatos, où le premier concours - fixé, exceptionnellement pour 1851, au 20 mai, au lieu du 25 mars - était annoncé. Les 8 clauses des statuts de Rallis y figuraient textuellement reproduites. Le communiqué demandait aux candidats d'envoyer leurs poèmes un mois avant le 20 mai et, de plus, il précisait les formalités garantissant l'anonymat: un symbole quelconque, par exemple un vers, devait être écrit sur l'enveloppe aussi bien que sur le poème, de façon que l'identité du poète, après le jugement, fût facilement établie1.

Il est évident que des statuts comme ceux de Rallis, conçus et élaborés sans aucune expérience préalable, ne pouvaient ni manquer d'ambiguïtés ni prévoir tous les cas possibles. Conscient de cette lacune, le fondateur, dans sa lettre du 10/22 août 1850, laissait déjà une porte ouverte: au cas où ses clauses paraîtraient équivoques, il se déclarait prêt à fournir des éclaircissements2. Législateur suprême, il se montrait disposé à veiller aussi sur l'interprétation correcte et sur l'application de ses lois; le pouvoir de décision, en fin de compte, lui appartenait.

Mais les ambiguïtés et les insuffisances des statuts ne devaient être relevées que dans la pratique et par la pratique. Si, en 1851, le concours se déroula sans problèmes - "tout s'est passé conformément à la volonté du noble fondateur", écrit le recteur Missaïl Apostolidis3 - ce ne fut pas le cas la deuxième année. Le 25 mars 1852, aucun prix ne fut décerné, aucun poète couronné. Une vague de protestations s'ensuivit: la décision du jury fut contestée par la presse et par les poètes déçus, comme arbitraire et contraire à la volonté du fondateur; on fit appel à l'arbitrage de ce dernier, on le mit même en cause. Poussé par les événements, Rallis fut contraint d'intervenir. Dans sa lettre du 5/17 juin 1852 adressée au recteur Sp. Pilicas, tout en se solidarisant avec le jury et en cautionnant sa décision, il trouva l'occasion non seulement de porter quelques éclaircissements sur ses statuts, mais

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1. Αιών, 20 janvier 1851; Εφημερίς του Λαού, 24 janvier 1851; Η Ελπίς, 27 janvier 1851. Des communiqués universitaires analogues, contenant les conditions de Rallis, sont par la suite régulièrement publiés. Cependant, l'annonce du concours de 1854 (Athènes, 4 juin 1853), signée du recteur P. Arghyropoulos, est formulée de façon définitive: "la présente annonce est valable également pour les années suivantes, sauf si le concours s'arrête, auquel cas le public sera informé à temps par les journaux": Η Ελπίς, 1 juin 1853; Αιών, 27 juin 1853.

2. Η Ελπίς, 6 novembre 1850.

3. R. R. de 1851, p. 21.

Σελ. 36
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aussi d'exposer plus largement les objectifs de son initiative1. L'importance de cette lettre nous oblige à faire quelques remarques.

Jusqu'en juin 1852, Rallis avait défini ses objectifs d'une manière plus ou moins vague. Dans sa lettre-règlement, il prétendait déjà créer le concours «pour la culture de la poésie morale et élégante, ainsi que de la langue néo-hellénique correspondante». Qu'entendait-il, au juste, par «langue néo-hellénique»? La deuxième clause des statuts ne le précise pas plus clairement: «conforme au sujet» (κατάλληλος προς την υπόθεσιν), «décente» (κοσμία) et «diserte» (ευφραδής). Mais les conséquences de cette imprécision risquaient d'être fâcheuses: les deux premiers concours avaient déjà montré, par la présentation de poèmes écrits en langue plus ou moins vulgaire (Στράτις Καλοπίχειρος, Ευφροσύνη), que le danger d'un malentendu était bien réel. Or, il fallait prendre des mesures. Et, par sa lettre du 5/17 juin 1852, Rallis ne faisait qu'aller dans ce sens. Tandis que la prose a fait des progrès, il constate que les poètes «se servent des mots et des phrases les plus vulgaires»; son intention est donc de pousser ceux qui sont doués pour la poésie «à bien étudier la langue de nos ancêtres», afin qu'ils puissent s'exprimer «en langue régulière et harmonieuse»2.

Enfin, les choses devenaient claires. La défense d'u n e langue archaïsante en poésie, loin d'être considérée par le fondateur comme une affaire secondaire, constituait un des principaux objectifs de son concours.

Le fait que la lettre du 5/7 juin 1852 soit adressée à Sp. Pilicas (1805-1861) n'est pas moins significatif. Homme lié à la tradition de Solomos aussi bien qu'à celle de Coray, le recteur de l'année 1851-1852 aurait dû se douter qu'il recevait de Trieste une sorte d'avertissement. Il releva le défi. Dans son Rapport rectoral, trois mois plus tard, donnant lecture de la lettre de Rallis, il n'hésita pas à la critiquer aussi bien implicitement, par l'éloge de la démarche linguistique de Goray, qu'explicitement: «un vêtement de mots et de phrases archaïques sur une poésie moderne paraît quelque chose de contradictoire»3. Quant aux réactions du public, Pilicas, optimiste, les trouvait «de bon augure»; il ne se désolidarisait pas de ceux qui s'en prenaient au jury et à Rallis.

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1. Voir le texte de la lettre de Rallis dans le R.R. de 1852, pp. 11-13, ainsi que dans Pant. Chr., pp. 130-132.

2. R.R. de 1852, p. 14.

3. Ibid,

Σελ. 37
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Au fond, cet épisode reste en quelque sorte isolé. Critiquant les conceptions linguistiques du fondateur, Pilicas agissait à titre personnel: il serait difficile de voir dans sa réponse l'expression d'une attitude commune, partagée par l'ensemble du jury. Or, les rapports entre ce dernier et Rallis étaient encore, en 1852, sans faille visible, et même consolidés par le fait que, face aux attaques de la presse, le fondateur s'était rallié aux universitaires. Il faudra cinq ans pour que cette alliance se transforme en polémique. Entre-temps, malgré les critiques répétées de journalistes et de poètes, le jury semble s'acquitter chaque année de sa tâche avec abnégation et sang-froid, en harmonie complète avec le fondateur. Les rapporteurs, avant de passer à l'examen des poèmes, n'oublient presque jamais l'éloge de Rallis: les recteurs font de même. Si P. Arghyropoulos ne cache pas sa préférence pour des «œuvres plus positives», tout en craignant les «ambitions intempestives» que le concours poétique aurait pu éveiller, il n'en loue pas moins l'initiative du marchand triestin1. Malgré les apparences, cependant, les rancunes ne cessaient de s'accumuler.

La crise éclata brusquement en 1857. Le concours de cette année-là fut mouvementé plus que jamais. Refusant de décerner un prix, pour la deuxième fois depuis 1852, le jury ouvrit de nouveau les outres d'Éole: nouvelles protestations dans la presse, nouvelles attaques contre les universitaires, le fondateur Rallis et le rapporteur St. Coumanoudis. Ce dernier avait déjà annoncé, lors de la cérémonie du 25 mars, une décision apparemment anodine: le jury devait proposer à Rallis que le concours eût lieu, dans l'avenir, tous les deux ans. «Ainsi les poètes écriront-ils avec plus de précision, et les juges accompliront-ils à l'aise leur devoir»2.

Quelques mois plus tard, le 29 septembre 1857, le recteur C. Assopios se livrera publiquement à une violente attaque contre Rallis: Toutes les propositions du jury avaient été rejetées. Le fondateur non seulement préféra laisser les choses comme elles étaient, mais, de surcroît, dans sa réponse «il jugea bon de donner aux professeurs des leçons de dignité», ce qui est inadmissible, étant donné que les professeurs de l'Université d'Athènes «attendaient de Trieste toute autre chose que des leçons de dignité». Enfin, aux poètes opposés aux décisions du jury, Assopios conseille la modestie, tout en lançant une 

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1. R.R. de 1853, p. 35.

2. Jugement de 1857, Πανδώρα 8 (1857-1858) 27.

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menace: si le concours se termine prématurément, la responsabilité en incombera aux contestataires1.

Ce n'était pas un recteur étranger à la poésie qui exprimait ainsi son impatience au nom des «œuvres plus positives». L'épirote Constantin Assopios (1785-1872), professeur de lettres classiques depuis 1843, s'était acquis une autorité littéraire incontestable. Lié à la tradition de Solomos et de Coray à la fois, comme Pilicas, il avait déjà fait preuve de ses dons critiques, de son érudition, de sa volonté de rétablir une plus juste hiérarchie dans la poésie néo-hellénique (Τα Σούτσεια, 1853). C'était lui, dans la Faculté de Philosophie2, le chef d'un groupe dynamique dont les membres, tous d'origine paysanne, devaient constituer les derniers représentants des Lumières en Grèce: St. Coumanoudis (1818-1899), E. Castorchis (1815-1889), un peu plus tard G. Mistriotis (1840-1916). C'était lui, selon D. Vernardakis, «depuis quelques années déjà, le plus éminent représentant» de la critique grecque3. En 1857, il ne permettait ni au fondateur triestin ni aux concurrents de bafouer les décisions du jury.

Rallis prit connaissance du Rapport rectoral de 1857 assez tard, par sa publication dans Πανδώρα du 15 février 1858. Il décida d'y répondre avec sagesse: l'autorité et l'âge d'Assopios ne permettaient pas de réactions imprudentes. Ainsi, au lieu de se livrer à une polémique infructueuse, le fondateur préféra envoyer, le 10/22 mars 1858, au journal de Trieste Ημέρα les lettres qu'il avait échangées avec le vieux recteur, tout en exprimant sa stupéfaction devant l'attaque inattendue de celui-ci4. Bien que partiellement publiée, cette correspondance jette une pleine lumière sur les divergences entre le jury et Rallis.

Datée du 25 mars 1857, la lettre d'Assopios, après avoir exposé les difficultés auxquelles se heurte, de plus en plus, le jury (refus de professeurs d'en faire partie, augmentation du nombre des poèmes, protestations des concurrents, etc.), formule trois propositions: a) que le concours ait lieu tous les deux ans, b) que les poèmes soient envoyés 4 mois avant le 25 mars, ceux qui arrivent après l'échéance devant être exclus, et c) que les professeurs de l'Université, ainsi que ceux

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1. R.R. de 1857, p. 26 [= Πανδώρα 8 (1857-1858) 509].

2. Depuis la fondation de l'Université d'Athènes (1837), la Faculté de Philosophie (Φιλοσοφική Σχολή) comprenait non seulement la Faculté des Lettres mais aussi la Faculté des Sciences.

3. D. Vernardakis, Μαρία Δοξαπατρή, Munich 1858, p. ο'; cf. C. Th. Dimaras, Histoire, op. cit., p. 366.

4. Ημέρα, 14/26 mars 1858.

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des lycées, n'aient pas le droit de participation, le concours étant destiné aux jeunes gens. Et la lettre d'Assopios poursuit:

«Imitant votre exemple, M. Vernardakis, notre compatriote à Saint Pétersbourg, fonda une sorte de concours différent: il dépense chaque année une certaine somme d'argent à l'édition d'auteurs Grecs anciens. Cependant, après avoir accepté les propositions qui lui avaient été soumises par le Rectorat et par le Conseil Universitaire, il n'hésita pas à ajouter, en plus, une somme d'argent supplémentaire, comme rémunération des éditeurs laborieux, dont la plupart ne vivent que des piètres bénéfices de leur plume.

«Par conséquent, si vous aussi décidiez que, de 2.000 dr. qui doivent être fournies pour un concours ayant lieu tous les deux ans, 1.000 dr. soient destinées à titre de récompense aux juges universitaires, votre œuvre, je crois, serait impeccable et engendrerait de meilleurs résultats ,..»1.

Rallis répond le 16/28 avril 1857: Premièrement il ne voit pas d'obstacle à ce que le concours ait lieu chaque année. Deuxièmement, pour ce qui est de l'envoi des poèmes 4 mois avant le 25 mars, cela concerne le jury qui est libre d'agir comme il veut. Troisièmement, l'exclusion des professeurs ne convient ni à l'esprit ni à la volonté du fondateur; il n'a pas fondé son concours pour détacher les élèves et les jeunes de leurs écoles. Quant à M. Vernardakis, il est certainement digne de louange, mais son œuvre n'a rien à voir avec celle de Rallis. Enfin: «On blesserait gravement, je crois, les juges universitaires dans leur dignité et dans leur majesté, si l'on récompensait par de l'argent les services qu'ils rendent au concours poétique. Tout le monde cultivé s'en étonnerait, un acte pareil étant humiliant»2.

On comprend maintenant les raisons de la colère d'Assopios, porte-parole des universitaires, et à quoi il faisait allusion en disant que les professeurs «attendaient de Trieste toute autre chose que des leçons de dignité». Mais la crise déclenchée en 1857 fut décisive: les rapports entre le jury et le fondateur apparaissaient désormais compromis et définitivement envenimés. Si, devant la fermeté de Rallis, les universitaires furent obligés de faire marche arrière et, tout en dissimulant publiquement leur rancune, de continuer leur travail au concours comme auparavant, ils ne renoncèrent pas pour autant à leurs revendications. Trois ans plus tard, la rupture fut consommée.

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1. Ibid.

2. Ibid.

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Dans les Rapports rectoraux de ces années, la tension et la montée de température sont perceptibles. En 1858, le recteur Philippe Ioannou s'en prend violemment aux contestataires, menaçant de nouveau, comme Assopios l'année précédente, d'une interruption du concours1. En 1859, D.S. Stroumbos fait état de l'acharnement des concurrents, ainsi que du sang-froid gardé par le jury2. Mais, en 1860, V. Iconomidis est plus éloquent: Le concours de Rallis n'est plus le seul; il y a aussi ceux de C. Tsokanos et de G. Mélas; un quatrième, celui de Th.P. Rodocanakis, vint s'ajouter pendant l'année universitaire 1859-1860. Or, selon le recteur, tous ces concours seraient plus convenables, s'ils devenaient la possession de l'Université, ce qui mettrait les fondateurs à l'abri «d'un certain... reproche de vanité». Par ailleurs, les concours deviennent de plus en plus pénibles, la Faculté de Philosophie en ayant principalement la charge. Chose significative: Iconomidis ne manque pas de louer Rodocanakis pour son initiative d'offrir aux membres du jury, comme récompense, 200 drachmes3.

Les choses s'éclaircissent: les griefs des professeurs contre Rallis étaient principalement dus à des exigences pécuniaires. En refusant obstinément d'y donner satisfaction, le fondateur de Trieste ne poussait son concours que vers l'impasse. Aucune rémunération des juges n'était prévue par ses statuts. Or, l'enthousiasme des premières années passé, les universitaires, ayant la charge de poèmes de plus en plus nombreux et, en même temps, exaspérés par les attaques de la presse et des concurrents, décidèrent enfin, en 1857, de régler, entre autres, la question de leur récompense. Le refus formel du fondateur ne fit que détériorer la situation. Beaucoup plus tard, les professeurs Assopios, Ioannou et Castorchis, se plaignant encore des minces rétributions des jurys, semblent garder leur rancune: ils citent comme exemple d'ingratitude «M. Ambroise Rallis de Trieste qui blâma violemment les juges, car, après avoir jugé gratuitement pendant 8 ou 10 ans les poèmes envoyés au concours, ils prirent enfin la résolution de mettre un terme à leur si grande abnégation»4.

En 1861, malgré l'envoi de 7 poèmes, le concours n'a pas eu lieu. A en croire le recteur G. Rallis, le jury n'a pas été formé en raison des

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1. R.R. de 1838, pp. 16-18.

2. R.R. de 1859, p. 31.

3. R.R. de 1860, pp. 10-11.

4. C. Assopios, Ph. Ioannou, E. Castorchis, «Αναγκαία εξήγησις περί των εν Αθήναις φιλολογικών διαγωνισμάτων», Αθήναιον 1 (1873) 90,

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occupations ainsi que de l'état de santé de quelques professeurs1. Un journaliste, annonçant l'ajournement pour le 20 mai, feint ironiquement de s'en étonner: «Quelles sont les raisons de ce report?... S'il s'agissait des efforts à fournir, nous sommes persuadés que les professeurs libéraux de l'Université, notamment ceux qui sont spécialisés dans le jugement de la poésie, ne ménageraient en aucune façon les leurs!»2. Mais l'ajournement n'était qu'un prétexte pour renvoyer ]e concours aux calendes grecques. N'espérant plus obtenir satisfaction, les universitaires s'abstenaient du jury opiniâtrement.

Mis au courant de l'ajournement par le Rectorat — dans l'espoir, toutefois, que le jury serait plus tard complété — Rallis fut en même temps appelé à répondre de quelle façon il disposait des 1.000 drachmes du concours de 1861. Il en fit cadeau à la fille pauvre d'un combattant, et «chargea désormais du jugement des poèmes un jury devant être désigné chaque fois par le Ministère de l'Éducation Nationale»3. Or, il ne semble pas avoir eu l'intention de renoncer à son concours4. En butte à des divergences sérieuses avec l'Université, il voulut simplement remplacer le jury existant par un autre, probablement extra-universitaire. Mais il était trop tard.

Jean Voutsinas (1834-1902), qui vivait à Odessa, ayant appris par des rumeurs que Rallis avait renoncé à son concours, chargea Joseph Pittakos, intendant de l'armée grecque, d'agir. Ce dernier, après avoir obtenu du Rectorat une confirmation officielle de la démission du marchand triestin, se présenta au roi pour lui annoncer que Voutsinas était disposé non seulement à fournir chaque année les 1.000 drachmes du concours, mais, en plus, 500 drachmes comme récompense du jury. Othon accepta et remercia le nouveau fondateur5. Ainsi, la crise eut

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1. R.R. de 1861, pp. 23-24.

2. D.A. Mavrommatis, dans Πρωινός Κήρυξ, 24 mars 1861.

3. R.R. de 1861, p. 24.

4. En 1866, dans la préface de son mélodrame Οι Κλέπται,, Rallis se plaint: «Ce poème a été soumis au jugement du jury, avant que le droit du fondateur me fût refusé, en dépit du fait que c'est moi qui introduisis ce concours ancien en Grèce et contribuai, dans la mesure de mes moyens, au rapatriement des Muses».

5. Η Ελπίς, 25 juillet 1861. Le même journal, tout en félicitant le nouveau fondateur, ajoute: «Nous avons l'impression que notre honorable ami M. Voutsinas en offrant une récompense d'argent aux membres du jury a été influencé par l'idée que d'aucuns ont exprimée, selon laquelle les juges s'abstiennent faute de paiement. Il est possible qu'une aussi vile idée ait été partagée jusqu'à présent par certains membres du jury, mais elle est rejetée par tous ceux qui respectent leur fonction. Or, nous croyons que M. Voutsinas aurait mieux fait d'offrir les 500 drachmes au

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un dénouement heureux. Les revendications des universitaires satisfaites, les concours pouvaient continuer.

2. Jean Voutsinas - Réorganisation et déclin des concours

L'homme qui prenait la relève en 1861 et sauvait le concours présentait les mêmes garanties sociales que son prédécesseur et, d'un certain point de vue, une vie presque parallèle. Marchand et banquier riche, comme Rallis, il n'était ni un patriote moins zélé, ni un mécène moins ambitieux. Sa famille, originaire de l'île de Céphalonie, devait faire également partie, au XIXe siècle, d'une bourgeoisie marchande en plein essor; quoique moins illustre que la famille Rallis, elle n'était pas privée non plus de titres de noblesse1.

Mais Voutsinas était l'homme d'une autre génération. Né en 1834 2 à Odessa, il avait l'âge des jeunes poètes qui se présentèrent au concours depuis 1855. La maison de commerce familiale en Russie lui assurait un avenir aisé: il en assuma la direction, après ses études à Syros, Athènes et Paris. Nous lui connaissons des activités journalistiques pendant sa jeunesse, pas d'activités littéraires. Jusqu'à sa mort (1902), il demeura à Odessa; mais ses liens avec son pays ne semblent jamais s'être relâchés.

Lorsqu'il remplaça Rallis, Voutsinas avait 27 ans. On peut s'imaginer facilement ce jeune riche, ambitieux et plein de fougue, saisissant avec plaisir l'occasion de devenir mécène. Quelques années plus tard, son enthousiasme patriotique s'exprime par une série d'articles défendant la révolution crétoise: en 1866 les Anglais le surnomment "l'acharné Grec de la Russie Méridionale"3. Grâce à lui les journaux

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second des poèmes". Au contraire, Πρωινός Κήρυξ, 20 juillet 1861, est toujours ironique: "Jusqu'à maintenant les juges se plaignaient de n'être récompensés que par des injures et des outrages. Voilà enfin qu'ils reçoivent une récompense d'argent supérieure à toutes les insultes et à tous les coups de pied!".

1. El. A. Tsitsélis, Κεφαλληνιακά Σύμμικτα, t. I, Athènes 1904, pp. 67-68. Sur Jean Voutsinas voir aussi: M.P. Vrétos, Εθνικόν Ημερολόγιον 1866, pp. 341-342, Skokos, Ημερολόγιον 10 (1895) 257-259, et MEE 7 (1929) 728.

2. "Vers 1827", selon M.P. Vrétos, op. cit., p. 341. A. Iliadis (Ειρηνική, 11 mai 1872) conteste cette date citée par le journal Αυγή (9 mai 1872) dans une biographie de Voutsinas: en 1872, le fondateur n'a pas plus de 34-35 ans. La date 1834 établie par Skokos, op. cit., p. 257, et El. A. Tsitsélis, op. cit., p. 66, nous paraît plus correcte.

3. Skokos, op. cit., p. 258. Il est à noter que, pendant la révolution crétoise,

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athéniens Ελπίς, Αιών et Πανδώρα purent s'introduire en territoire russe. Consul général de Grèce à Odessa, à partir de 1874, il occupa ce poste pendant 21 ans.

Ce patriotisme, néanmoins, comme celui de Rallis, n'empêcha nullement Voutsinas de rendre des services précieux à la Russie. Président de la Bourse d'Odessa pendant 9 ans, conseiller de la Banque impériale, trésorier de la Croix Rouge, etc., il bénéficia de toutes les faveurs des autorités russes; ses décorations en témoignent. Comment pouvait-il ne pas faire preuve d'un zèle si bien récompensé? En 1871, au moment où il offrait 20.000 drachmes à l'Université d'Athènes, il fondait dans sa ville un concours dramatique ayant pour sujet l'histoire et la vie russes1. C'était dans les règles du jeu: homme d'affaires intelligent, il lui fallait servir, en même temps que sa patrie, le pays auquel il devait sa fortune.

Il n'oublia pas pour autant son île d'origine: une partie de sa fortune fut dépensée à payer les études de jeunes Céphaloniens. Voutsinas aurait aussi financé la publication de l'«Histoire de l'Heptanèse» de Jean Romanos, si la mort de l'auteur n'avait pas fait échouer ce projet2. Par ailleurs, intéressé à l'enseignement, il fit construire, dans la banlieue d'Odessa, une école primaire, et fonda, en 1881, comme nous le verrons, un concours sur les méthodes d'éducation scolaire. On le voit bien, il n'exerçait sa bienfaisance qu'au niveau culturel. Il avait le mécénat dans le sang.

Sa renommée fut bâtie, avant tout, sur le concours poétique d'Athènes. La tâche lui était facile. Succédant à Rallis, Voutsinas n'avait qu'à offrir une somme d'argent supplémentaire pour donner satisfaction aux revendications des juges. Le concours, bien parti, n'avait besoin que de financement; il n'était pas question de réviser les statuts existants. En effet, en 1862 nous apprenons par la bouche du rapporteur Rangabé que le nouveau concours «se déroule de la même manière que les précédents»3. Rallis disparu, ses statuts demeuraient en vigueur.

Ces statuts cependant durent subir, à partir de 1862, deux 

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Voutsinas avait déployé une activité non négligeable, effectuant des collectes; voir dans Η Ελπίς, 25 avril 1867, un épisode relatif à ces activités.

1. El. A. Tsitsélis, op. cit., p. 66. Le don de Voutsinas à l'Université est commente par les journaux Παλιγγενεσία, 19 mai 1871, et Αιών, 24 mai 1871.

2. Ibid., p. 67.

3. Jugement de 1862, Πανδώρα 13 (1862-1863) 122.

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modifications apportées, semble-t-il, plutôt par le jury universitaire que par l'initiative de Voutsinas:

a) La langue savante cessa d'être la seule acceptée au concours. Rangabé nous en donne l'explication: L'exclusion de la langue populaire, dans le passé, avait été motivée surtout par le fait que «beaucoup recouraient à la langue inculte de la populace non par force mais par faiblesse»; aussi avait-on jugé que «dans le combat livré aujourd'hui pour la formation de la langue, la grande force de la poésie ne devrait pas rester inutilisée... Cependant, nous ne persistons plus dans la décision prise alors par le jury, bien que nous estimions les raisons qui l'avaient dictée»1. Le rôle de Rallis n'est aucunement mentionné par Rangabé.

b) La date de la cérémonie fut transférée du 25 mars au mois de mai2.

En 1864, pour la deuxième fois, le concours n'eut pas lieu, «en raison d'une querelle très peu poétique survenue irrémédiablement parmi les membres du jury»3. Mais cette fois-ci, le fondateur n'y était pour rien; nous aurons l'occasion de revenir sur cette affaire et voir en détail ce qui s'était passé. Une chose est certaine: l'année suivante, un effort de réorganisation du concours est manifeste. Le rapporteur Roussopoulos signale une lacune importante, l'absence de procès-verbaux du jury4. Quatorze ans après le commencement des concours, on n'avait pas encore pris soin de conserver dans les archives universitaires les manuscrits envoyés. Il était temps d'y remédier. L'avenir du concours paraissait, de tous les points de vue, assuré: le nombre de participations augmentait; Voutsinas avait déjà fait ses preuves, offrant 1.000 drachmes de plus, exceptionnellement pour l'année 1865, afin que le récent rattachement de l'Heptanèse à la Grèce fût célébré par le couronnement d'un poème écrit «en langue populaire, notamment heptanésienne»5; enfin le nouveau régime du roi Georges transmettait son élan à toutes les institutions, y compris aux concours. C'est ainsi qu'un communiqué universitaire, daté du 24 juin 1865 et

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1. Ibid., p. 123.

2. Le report de la cérémonie au 3 mai est mentionné, pour la première fois par le Jugement de 1863, note préliminaire, p. [3]. Cette date devait être consacrée par le communiqué universitaire du 24 juin 1865.

3. R.R. de 1864, p. 76.

4. Jugement de 1865, Χρυσαλλίς 3 (1865) 330.

5. R.R. de 1865, p. 27.

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signé du recteur H. Mitsopoulos, fait montre d'un esprit de réorganisation:

a) Ne seront désormais acceptables que les poèmes «lisiblement calligraphiés» qui auront été déposés au Rectorat avant le premier mars de chaque année;

b) ces poèmes, destinés au concours ayant lieu chaque année le 3 mai, ne seront pas rendus à leurs auteurs, mais resteront dans les archives universitaires; chacun d'eux sera accompagné de son enveloppe qui ne sera ouverte qu'en cas de victoire1.

L'importance de cette décision est évidente: la conservation des poèmes dans les archives universitaires, même si elle était dictée par des considérations pratiques, démontrait à quel point les concours étaient élevés à la hauteur d'une institution. On peut imaginer, par ailleurs, combien la recherche aurait eu à gagner, si l'on disposait d'un tel corpus de manuscrits. Malheureusement, les archives du concours de Voutsinas ont été, plus tard, dispersées2 et, bien que quelques poèmes, portant les signatures et les notes des juges, aient été retrouvés, la reconstitution de l'ensemble ne reste pour l'instant qu'un vœu pieux.

L'usage ayant très souvent force de loi, il est normal que certaines pratiques, quoique au début exceptionnelles, finissent par devenir courantes on, tout au moins, tolérées. Par deux fois, ainsi que nous venons de le voir, pendant la période de Rallis, le prix ne fut pas décerné; pendant celle de Voutsinas, il sera refusé à trois reprises (1863, 1867 et 1871), chose d'autant plus caractéristique que les œuvres présentées atteignaient avec le temps des chiffres élevés. Signalons encore une nouvelle pratique introduite en 1866 et répétée aussi en 1870, 1872, 1873 et 1875: le prix de 1.000 dr. fut partagé entre deux poètes. Si la première fois on s'empressa de protester3, ce ne fut plus le cas par la suite: la coutume imposait ses droits. Quant au nombre des participations, il ne fit l'objet d'aucune restriction: on pouvait envoyer au concours plus d'un poème, à condition qu'ils fussent inédits. Mais

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1. Publié dans la presse, ce communiqué est reproduit dans le Jugement de 1865, p. 87, ainsi que dans M.P. Vrétos, op. cit., pp. 392-393. Les poèmes non jugés pouvaient, cependant, être rendus à leurs auteurs: un communiqué rectoral du 8 avril 1866 (Η Ελπίς, 26 avril 1866) invitait 4 auteurs à reprendre leurs poèmes reçus après échéance; cf. le communiqué rectoral du 3 février 1870: Παλιγγενεσία, 6 février 1870.

2. Camb. A., p. 796

3. A. Vlachos, dans la préface de son recueil «Εκ των ενόντων», Πανδώρα 17 (1866-1867) 156.

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la règle n'était pas toujours respectée par les concurrents. A. Paraschos et C. Samartzidis seront exclus du concours de 1868 pour avoir envoyé des œuvres en partie publiées; deux autres poèmes, en 1867 et 1869, seront rejetés pour la même raison.

L'élimination pouvait également avoir d'autres motifs, parmi lesquels le plus courant, sans doute, était l'expiration du délai. Plus indulgent au début du concours, cependant, le jury ne refusa pas d'examiner, en 1852, 3 œuvres reçues après échéance. Depuis lors, le règlement fut strictement appliqué, éliminant 3 poèmes en 1853, 1 en 1857, 2 en 1858, 4 en 1866, 2 en 1872, 2 en 1874 et 2 en 1876. A. Rangabé (1857) et A. Vlachos (1866) on été exclus pour avoir envoyé des traductions, dont la présentation n'était pas mentionnée dans les statuts de Rallis. Par ailleurs, 4 poèmes en 1868 et 3 en 1876 furent éliminés pour avoir moins de 500 vers. Parmi les autres motifs d'élimination, ajoutons aussi l'envoi de poèmes ne correspondant pas au genre examiné (6 poèmes, à partir de 1872), l'absence de titre et d'enveloppe (2 poèmes, en 1854 et 1868), le contenu indécent (2 poèmes, en 1875 et 1876) et l'illisibilité du manuscrit ( 2 poèmes, en 1872 et 1873). En somme, les œuvres éliminées pendant les concours dépassent largement la trentaine sur un ensemble de plus de 500 poèmes envoyés.

Un auteur n'avait évidemment le droit que de présenter une seule fois son poème. Mais en 1856 le jury décida que les œuvres ayant obtenu un accessit pouvaient exceptionnellement être à nouveau présentées ultérieurement au concours pour revendiquer le prix1. Les infractions à cette règle ne manquèrent pas, sans qu'elles soient toujours repérées: si, en 1859, S. Carydis fut éliminé pour avoir envoyé pour la deuxième fois un poème n'ayant pas obtenu d'accessit, beaucoup d'autres poèmes dans le même cas purent être impunément présentés à nouveau tout au long des concours. Le temps séparant les deux participations, le changement des membres du jury, le remaniement du texte et, souvent, du titre de ces poèmes, sont des raisons suffisantes pour qu'une "fraude" pareille passât inaperçue.

Mais la modification la plus impressionnante devait être apportée aux statuts en 1871. L'année précédente, le rapporteur Orphanidis, poussé par le nombre extraordinaire des participations (35), avait déjà proposé, pour chaque année, la concurrence sur un seul genre de poésie

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1. Jugement de 1856, ΠανδώοαΊ (1856-1857) 26; cf. Jugement de 1859, Πανδώρα 10 (1859-1860) 26.

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«et, si possible, sur un seul sujet fixé par le Conseil Universitaire»1. En 1871, les œuvres présentées ayant atteint le nombre de 45, la division du concours fut annoncée par le rapporteur G. Mistriotis2. Un mois plus tard, un communiqué universitaire (No 514, 26 juin 1871) signé du recteur C. Voussakis, notifiait, «avec l'autorisation du patriote fondateur», les modalités suivantes:

«1) Le concours est réparti entre les trois grands genres de la poésie, à savoir le dramatique, le lyrique et l'épique.

2) L'année prochaine 1872 le concours sera dramatique et y seront acceptés en concurrence des tragédies, des tragi-comédies, des comédies, des drames satyriques [sic], des mimes et, en général, toutes les catégories du genre dramatique.

3) L'année suivante 1873 le concours sera lyrique et y seront acceptées toutes les catégories de la poésie lyrique.

4) La troisième année 1874 le concours sera épique et y seront acceptées toutes les catégories de l'épopée, y compris le genre épico-lyrique.

5) Si, à la fin de cette période, aucune autre notification n'est diffusée, la présente sera valable pour l'avenir, selon l'ordre précédent.

6) Tout poème n'appartenant pas au genre poétique selon lequel se déroule une année le concours, en sera exclu.

7) Les poèmes sont reçus au secrétariat de l'Université jusqu'à la fin du mois de janvier de chaque année; les formalités relatives à leur envoi sont toujours en vigueur»3.

Appliqué en 1872, le nouveau règlement obtint, provisoirement les résultats escomptés: les poèmes présentés, exclusivement dramatiques, ne furent pas plus de 28. Un autre événement vint donner au concours de cette année un éclat particulier: Voutsinas, de passage à Athènes, assista à la cérémonie du 7 mai et couronna lui-même les deux poètes vainqueurs. C'était un fait unique. Rallis n'avait assisté à aucune cérémonie de son concours.

Naturellement, le séjour du marchand d'Odessa dans la capitale grecque ne passa pas inaperçu. Les journaux athéniens annoncèrent son arrivée (début mai), commentèrent ses diverses occupations et son départ (20 mai); ils ne manquèrent pas de publier des notes biographiques. A. Iliadis, un des lauréats de la même année, fait de Voutsinas

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1. Jugement de 1870, p. 9.

2. Jugement de 1871, p. 6; cf. R.R. de 1871, p. 53.

3. Jugement de 1871, p. [57].

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    22. Moullas, Concours poetiques

    CHAPITRE PRÉLIMINAIRE

    INSTITUTION

    ET

    FONCTIONNEMENT DES CONCOURS