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της Κορίνθου, Το σχολείον του χωρίου, Προ της Ιωλκού et autres. Est cité en entier le poème Το όνειρον του πένητος1.

Il s'agissait de la dernière participation de S. N. Vassiliadis2. Un an avant sa mort, l'auteur de Εικόνες ne dédaignait pas de revenir, pour la troisième fois depuis 1865, aux concours que ses amis avaient abandonnés depuis longtemps. Il s'était bien gardé de mécontenter les juges universitaires. Son recueil Έπεα πτερόεντα, dépourvu de tout esprit de révolte ou de provocation, montrait que Vassiliadis, assagi, passait du romantisme au néo-classicisme sans innover:

Πώς τόσην χάριν ν' απεικονίσω;

Εντός ευσκίου στίλβης, οπίσω,

η Λήδα κλίνει

στόμα και βλέφαρα, όλη έρως,

κ' επί τα χείλη κύκνος ευπτέρως

φίλημα πίνει.

Mais, en 1873, le moment n'était pas opportun pour un retour en arrière. Car c'était ailleurs, et non pas dans le passéisme et dans l'archaïsme, que Mistriotis et ses amis cherchaient une issue à l'impasse de la poésie athénienne.

34) Δάκρυα: sept poèmes écrits "en langue commune ou populaire", langue "qui autrefois était exclue du concours". L'auteur ignore l'orthographe et la ponctuation; il manque de technique et de clarté. Malgré sa pauvreté d'idées et de sentiments, il fait montre d'une "nature poétique". Est cité le poème Ρόδον, κρίνον και νεάνις, "auquel la majorité du jury attache une grande importance"3.

Il s'agissait de l'œuvre d'un vieillard moribond, médecin à Thessalonique, Chariton Gr. Papoulias (†1874)4. L'indulgence excessive de

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1. Jugement de 1873, pp. 48-54

2. Έπεα πτερόεντα est publié en entier dans Αττικαί Νύκτες II, pp. 165-210. Certaines poésies sont reproduites clans Pap. NP., pp. 30-41, et Mat. Parn., pp. 459-464. La satire Ο νεκρός et le poème Προ της Ιωλκού sont publiés dans la revue Παρθενών 3 (1873-1874) 26-28 et 110-111.

3. Jugement de 1873, pp. 54-65.

4. Ch. Gr. Papoulias, Δάκρυα, λυρική συλλογή - βραβευθείσα εις τον Βουτσιναίον ποιητικόν αγώνα του 1873, Athènes 1873. L'allusion du poète

Πέταξα με την ευχή της, κ' έχασκε και μ' εκαρτέρει·

ξαναπέταξα και πάλιν, και στη δεύτερη φορά

την καλημερνώ γυρνώντας με την δάφνην εις το χέρι

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Mistriotis pour lui ne saurait tromper: de toute évidence, elle était dictée par la pitié et par la charité plutôt que par l'admiration.

35) Η φωνή της καρδιάς μου: recueil lyrique qui contraste avec toute la production larmoyante de 1873. Son auteur «est épris de gâteaux et de jeunes filles, en d'autres termes il est un minuscule Anacréon et Christopoulos des pâtisseries et des salles que fréquentent les jolies demoiselles». Allègre, jovial, rieur et espiègle, il est complètement étranger à la morbidité de la plupart de ses rivaux. Sa langue, populaire, «n'est pas celle qui est parlée par les agriculteurs, par les bergers ou, en général, par les paysans, mais celle qui est en usage dans les familles des villes». Ses sentiments, sains et simples, ont une clarté dont aucun candidat du concours ne peut se vanter. Mais le langage ici devient parfois licencieux et la versification n'est pas toujours irréprochable. Sont cités les poèmes Έρως και γλυκύσματα, Το αντιφάρμακον, Το όνειρόν μου, Συμβιβασμος et Το κρεββάτι του κοριτσιού1.

Il s'agissait de la deuxième participation de D. Gr. Gambouroglou2.

Telle était, en résumé, la production lyrique de 1873, et Mistriotis, arrivé au terme de son exposé, entreprenait de jeter un dernier coup d'œil sur l'ensemble. Pourquoi cette inconsistance générale de la poésie lyrique? s'interrogeait-il, une fois de plus. Et sa réponse allait plutôt dans le sens de Vlachos que dans celui de Roïdis: «La responsabilité incombe aux poètes plus qu'à l'époque. Ils ne se soucient pas d'étudier la nature, le tempérament humain, les circonstances et les sentiments du peuple, mais ils copient des livres exposant des sentiments d'autres pays et d'autres époques... Mais ce qui est désastreux avant tout, c'est la manie de croire que seuls les gémissements des mal aimés appartiennent au domaine de la poésie lyrique»3.

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nous permet de conclure que Papoulias participait au concours de Voutsinas pour la deuxième fois. Sur ses poésies maladroites, voir le commentaire ironique de la revue Εθνική Βιβλιοθήκη 7( 1873) 480 et celui de Ch. Anninos, op. cit., p. 247. Signalons que, en juillet 1874, Georges Souris annonçait dans une lettre la mort de «son ami» Ch. Papoulias avec émotion: Criton G. Souris, Ο Γ. Σουρής και η εποχή του, Athènes 1949, p. 13.

1. Jugement de 1873, pp. 65-76.

2. D. Gr. Cambouroglou, Η φωνή της καρδιάς μου, λυρική συλλογή— βραβευθείσα εις τον Βουτσιναίον ποιητικόν αγώνα του 1873, Athènes 1873. Les poèmes Έρως και Γραμματική (= Το αντιφάρμακον) et Το κρεββάτι του κοριτσιού sont reproduits dans Mat. Parn., pp. 715-718. Tout le recueil de D. Gr. Cambouroglou est publié dans C. Th. Dimaras, Ποιηταί του ΙΘ΄ αιώνος, op. cit., pp. 287-294.

3. Jugement de 1873, p. 76.

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Dans ces conditions, continuait le rapporteur de 1873, aucun poète ne méritait d'être couronné. Mais le jury ne voulait pas décourager les concurrents. Aussi décidait-il de partager le prix et la couronne entre l'auteur de Η φωνή της καρδιάς μου et celui de Δάκρυα, à condition que le premier, avant de publier ses vers, enlevât toute expression portant atteinte aux bonnes mœurs et que le second corrigeât son orthographe et sa ponctuation. Le premier accessit était décerné à l'auteur de Έπεα πτερόεντα, le second à celui de Πατρίς - Νεότης1.

La bombe de Mistriotis était lancée. Un étudiant de 21 ans, de petite taille, D. Gr. Cambouroglou, se présentait bientôt seul -Ch. Papoulias n'assistait pas à la cérémonie- pour recevoir la couronne et les 500 drachmes. C'était lui qui avait changé soudain l'atmosphère de la Grande Salle de l'Université et, dans une grande mesure, celle des concours. Ses vers, récités par le rapporteur, avaient suscité l'enthousiasme du public:

Δυο μόνον αγαπώ

σ' αυτόν τον κόσμο,

έρωτα, φίλοι

μου, και γλυκά,

γι' αυτά θα ζήσω,

γι' αυτά πεθαίνω,

τάλλα για μένα

μηδενικά.

Ses rimes, dirait-on, bafouaient la conception de toute une époque sur la poésie:

Μπαίνω στην άλλη κάμαρα...

ένα σωρό κορίτσια,

βαστούσαν εις τα χέρια τους

τι σβίγκους, τι παστίτσια2.

Porté chez lui en triomphe, acclamé et vilipendé par les journaux athéniens, D. Gr. Cambouroglou devenait en quelques jours un poète

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1. Ibid., pp. 77-78.

2. D. Gr. Cambouroglou, op. cit., p. 24. "Sauf si vous préférez vraiment les κορίτσια et παστίτσια", écrit Jean Cambouroglou, plein d'amertume, dans une lettre inédite à N. Politis (Berlin, 17 juin 1873). Et neuf ans plus tard, D. Vernardakis est encore choqué par ces vers: "Une poésie véritablement nationale est impossible aujourd'hui en Grèce, sinon celle qui est inspirée par le ventre... et fait ses rimes de κορίτσια et de παστίτσια": Ευφροσύνη, Athènes 1882, p. ιδ΄.

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connu. L'adolescent Costis Palamas, venu à Athènes avec un groupe de jeunes provinciaux, ne manquait pas d'aller le voir de loin1. Mais était-ce grâce a sa seule originalité que le lauréat de 1873 soulevait tant d'admirations et tant de rancunes?

En réalité, il n'apportait à la poésie néo-hellénique aucun frisson nouveau. Depuis Christopoulos et les poètes phanariotes, Anacréon n'était un inconnu ni pour la poésie athénienne en général, ni pour la poésie des concours en particulier. Des poètes tels que A. R. Rangabé ou Vlachos avaient souvent recouru à une expression plus ou moins anacréontique. Les poètes romantiques avaient fait de même. En 1860, au début de sa carrière, A. Paraschos avait chanté l'amour et le vin plus d'une fois:

Αχ, όποιος δίνει

φιλί, και πίνει,

τον κόσμο τούτον

δεν τον μισεί·

έρωτα μόνο

ποθεί με πόνο,

λίγους συντρόφους,

πολύ κρασί2.

D. Paparrigopoulos, d'habitude sobre et sombre, n'avait pas ignoré Anacréon3, pas plus que son ami Vassiliadis:

Ερρέτω γερόντων η φιλοσοφία,

ερρέτω μελέτη και βάθος σπουδής!

Αλήθεια μόνη — γυνή ευειδής!

Τα άλλα βλακεία4.

En 1873 encore, certains poètes participant au concours versaient visiblement dans les lieux communs anacréontiques.

Ce n'était donc pas D. Gr. Cambouroglou, retournant à Christopoulos et remplaçant le vin par les gâteaux, qui changeait le cours de la poésie athénienne, mais c'était Mistriotis et ses amis qui, pour condamner définitivement un romantisme de plus en plus larmoyant et

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1. Camb. A., p. 511.

2. A. Paraschos, Ποιήματα, t. III, ρ 281; cf. pp. 278-279.

3. Voir ici p. 232.

4. S. N. Vassiliadis, Αττικαί Νύκτες II, p. 273.

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morbide, ouvraient soudain la porte à la vie quotidienne, à la joie, au réalisme et, surtout, à la langue populaire. Celle-ci n'avait jamais connu jusqu'à ce moment-là l'honneur d'un prix dans les concours athéniens. Frappée d'ostracisme pendant toute la période de Rallis, acceptée ensuite mais pratiquement étouffée par le classicisme montant de la décennie 1860-1870, elle n'avait pu jouer qu'un rôle marginal. Il avait fallu le changement de tout un ensemble de conditions pour qu'elle passât au premier plan, autour des années 1870. C'est en ce sens que Mistriotis complétait le geste de Castorchis: il honorait solennellement la langue populaire, ainsi qu'avait fait le recteur de 1872 en invitant A. Valaoritis à l'Université.

Toutefois, les adversaires et les partisans du verdict de 1873 allaient livrer bataille sur un plan plus prosaïque. D. Gr. Cambouroglou nous en parle suffisamment1. De virulentes polémiques personnelles dans la presse, des protestations et des attaques contre Mistriotis et les lauréats du concours, des parodies et des satires firent suite à la cérémonie du 13 mai. Même quand le ton de la critique était un peu plus élevé et que les qualités de Η φωνή της καρδιάς μου étaient acceptées et reconnues, la justification du prix de 1873 ne venait pas toujours automatiquement. Un critique plutôt favorable à D. Gr. Cambouroglou n'hésitait pourtant pas à soutenir qu'il ne fallait pas couronner «de telles œuvres naïves et légères, dans lesquelles la vraie et grande poésie a peu de place»2. Toute une époque qui avait recherché la création dans la grandiloquence, dans l'artificiel, l'irréel et l' anti-naturel, avait ainsi laissé des traces profondes. On ne pouvait atterrir sans heurts sur le sol de la réalité. La bombe de Mistriotis faisait un grand éclat.

Naturellement, les premiers à être exaspérés par le verdict de 1873 étaient les concurrents eux-mêmes: tout d'abord, Jean Cambouroglou et Vassiliadis3, qui n'avaient obtenu rien de plus qu'un accessit, ensuite les nouveaux poètes romantiques, qui avaient été vilipendés ou ignorés par Mistriotis. Ces derniers, rassemblés en grande partie autour de Jean Papadiamantopoulos (alias Jean Moréas), formaient un groupe de jeunes étudiants amis4. Nous connaissons leurs noms: Ch. Anninos, Constantin

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1. Camb. A., pp. 510-513; cf. Ch. Anninos, op cit., pp. 247-248.

2. Εθνική Βιβλιοθήκη 7 (1873) 480; cf. p. 437.

3. Jean Cambouroglou exprime son amertume dans deux lettres inédites à N. Politis (17 juin et 8 août 1873). La colère de Vassiliadis est attestée par D. Gr. Cambouroglou: Camb. A., p. 511.

4. Ch. Anninos, op. cit., pp. 154 et 243 sq.

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Xénos, Eugène Zalocostas, Timoléon Iliopoulos, Nicolas Chatziscos. Nous ne savons par contre pas -Ch. Anninos et C. Xénos exceptés- avec quel recueil lyrique chacun a participé au concours. Dans le désastre général de ce groupe, seules les poésies de C. Xénos (Φύλλα) ont eu la chance d'être appréciées et commentées par le rapporteur. Toutes les autres, passées sous silence, ne faisaient qu'allonger la liste des titres "insignifiants" du concours1.

Ce qui est certain, c'est que ce groupe romantique condamné par Mistriotis n'a pas tardé à faire massivement son apparition dans une anthologie (Νέος Παρνασσός, Athènes 1873) qui, publiée anonymement, avait en réalité comme auteur Jean Papadiamantopoulos. N'était-ce pas, pour celui-ci et ses amis, "une sorte de protestation et de compensation"2? Dans sa préface, l'éditeur évitait toute polémique; il déclarait seulement son intention de présenter "un miroir de la poésie lyrique en Grèce, notamment au cours de ces dernières années"3. Mais ce "miroir" était significatif. Parmi les poètes qui avaient déjà occupé "une place non négligeable" dans la littérature contemporaine figuraient A. Valaoritis, D. Paparrigopoulos, A. Vlachos, A. Vyzantios, S. N. Vassiliadis, Cléon Rangabé, A. Paraschos, N. Cazazis et P. Matarangas. Les poètes D. Valavanis, G. Paraschos, ainsi que les Heptanésiens G. Mavroyannis et J. Typaldos, faisaient partie des auteurs choisis. Le long poème de A. R. Rangabé Ο γοργός ιέραξ -poème sévèrement critiqué par Mistriotis en 1871- était reproduit en entier et qualifié d'"œuvre toute jeune". Enfin, les espoirs de la poésie grecque étaient A. Provélenghios, Sp. Lambros, T. Ambélas, Ch. Anninos, Jean Papadiamantopoulos, C. Xénos, N. Chatziscos, E. Zalocostas, Jean Cambouroglou et T. Iliopoulos. Il n'y avait pas de place pour D. Gr. Cambouroglou.

Mais Jean Papadiamantopoulos avait beau figurer, à 17 ans, comme le chef de file d'une nouvelle génération romantique qui allait succéder à celle de D. Paparrigipoulos pour en perpétuer les plaintes:

Τι είσθε σεις, ω άγνωστοι νεκροί, την ευτυχίαν

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1. Ch. Anninos ne se rappelait pas, en 1911, sous quels titres Jean Papadiamantopoulos et ses autres amis avaient envoyé leurs poèmes au concours de 1873: Ibid., pp. 243-244.

2. Ibid., p. 248. Sur la participation de Jean Papadiamantopoulos et de ses amis au concours de 1873, ainsi que sur la publication de l'anthologie Νέος Παρνασσός, voir maintenant Robert A. Jouanny, Jean Moréas écrivain grec, Paris 1975, pp. 92-107.

3. Pap. NP., p. [α΄].

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εδέχθητε ως έπαθλον των επί γης αγώνων,

ή μη ωχροί κατάδικοι, με πάσχουσαν καρδίαν,

εδώ ανεζητήσατε ανάπαυλαν των πόνων;1

Il n'avait pas à jouer un rôle décisif dans la poésie néo-hellénique future, pas plus que ses amis qui débutaient pendant la crise la plus aiguë du romantisme athénien. Celui-ci recevait, en 1873, des coups qui ne venait pas de la seule Université. Au moment où l'affaire du Laurium occupait le devant de la scène et où tout Athènes achetait des actions et vivait dans la fièvre du profit, la poésie larmoyante trouvait de moins en moins d'écho favorable. Une revue de l'époque s'indignait: "La matière, après avoir évincé complètement l'esprit -là où celui-ci existait encore-, entraîne sur sa voie toutes les classes de la société et tous les milieux intellectuels. Le chantre aveugle d'Ilion, le chirurgien du cœur humain Shakespeare, Sue et Dumas ont été écartés. Des poètes tels que Soutsos et Zalocostas ont été oubliés, l'enfant souriant d'Aphrodite a été expulsé, et un seul mot sort de la bouche de tous, électrise les esprits et ouvre les yeux, le mot argent"2.

Par ailleurs, le hasard complétait l'œuvre de la nécessité. En mars 1873, D. Paparrigopoulos et Jean Carassoutsas étaient enterrés le même jour; dix-huit mois plus tard, la dépouille mortelle de S. N. Vassiliadis allait être transportée de Paris à Athènes. Ainsi, condamné par les universitaires, étranger de plus en plus à une société qui aspirait à la vie et au bien être, frappé par la mort qui éliminait ses principaux représentants, le romantisme athénien entrait déjà en agonie. Comment serait rempli le vide qu'il allait laisser? D. Gr. Cambouroglou, allègre et désinvolte, avait montré la voie de l'avenir: c'était celle de la conciliation

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1. Pap. NP., p. 143. Signalons que certains poèmes de J. Papadiamantopoulos publiés dans son anthologie se retrouvent, remaniés, dans son recueil Τρυγόνες και έχιδναι, Athènes 1878 [=C. Th. Dimaras, Ποιηταί του ΙΘ΄ αιώνος, pp. 295-318]. Il est donc possible que les mêmes poèmes aient été envoyés au concours de 1873. Sur cette question, voir les éclaircissements apportés par Robert A. Jouanny, op. cit., pp. 151-152.

2. Εθνική Βιβλιοθήκη 7 (1873) 436. Nous retrouvons ici le thème de l'idéal déchu qui nourrit, en grande partie, les protestations romantiques. S. N. Vassiliadis est un des principaux dénonciateurs de ce "matérialisme sordide" engendré par l'affaire du Laurium. Ce qui ne l'empêche pas, bien entendu, d'acheter des actions dans le café athénien "La Belle Grèce" et d'avouer à Ch. Anninos: "Maintenant, c'est le moment de nous enrichir, nous aussi!: Ch. Anninos, Βασιλειάδης, Παπαρρηγόπουλος, op. cit., p. 18.

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avec le présent, du réalisme, de la joie de vivre, ce la langue parlée. Mais A. R. Rangabé était toujours là et veillait jalousement à ce que l'édifice qu'il avait contribué à construire demeurât solide et sans fissures.

3. 1874: Le retour de A. R. Rangabé

Car, l'homme qui avait marqué toute la période du concours de Rallis, qui avait couronné G. Stavridis en 1860 et A. Vyzantios en 1862, qui avait fait sa dernière apparition comme juge en 1867 et comme concurrent en 1871, réapparaissait soudain en 1874 pour assumer, une fois de plus, le rôle de rapporteur dans un jury présidé par le recteur G. Makkas et composé par Th. Aphentoulis et Th. Orphanidis. En réalité, ce retour de Rangabé n'allait pas sans surprises. Pour la première fois lors de la cérémonie du 5 mai 1874, un rapporteur ne donnait pas lecture du texte qu'il avait rédigé. Parti précipitamment pour l'Égypte auprès de son fils mourant, Rangabé laissait le soin de cette lecture publique à Aphentoulis, et celui-ci ne manquait pas, avant de commencer, d'adresser quelques mots de sympathie à son collègue éprouvé par le malheur.

Nous ne savons pas dans quelle mesure les soucis familiaux du rapporteur de 1874 ont été pour quelque chose dans sa hâte à bâcler un texte court et morose. En tout état de cause, Rangabé ne devait pas avoir cette fois la tâche facile. La présence de son vieil ennemi Orphanidis dans le jury n'était sûrement pas réconfortante, pas plus que celle d'Aphentoulis, au tempérament très étranger au sien1. Mais le désenchantement du rapporteur, le ton désabusé qui traverse une grande partie de son texte, venait aussi bien de l'état de l'institution poétique, en général, que de la qualité des poèmes présentés en particulier. On ne vivait plus à l'époque de Rallis, et Rangabé était trop intelligent pour ne pas l'avoir compris. Les concours avaient dégénéré peu à peu; ils s'étaient transformés en une arène littéraire où s'affrontaient bruyamment les ambitions de dizaines de jeunes débutants. Depuis deux ans, les choses avaient pris un nouveau tournant: le groupe de Castorchis avait invité Valaoritis à l'Université et décerné le prix à un recueil

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1. Dans son rapport, Rangabé indique que ses collègues n'ont pas toujours porté le même jugement sur les poèmes présentés. Dans ses Mémoires, à propos du poète couronné, il affirme avoir imposé son opinion, "bien que le jury n'ait pas manqué d'objections": Απομνημονεύματα, t. IV, pp. 98-99.

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écrit en langue populaire. Décidément, Rangabé avait des raisons d'être morose.

Toutefois, la déception qu'il exprimait provenait autant de la médiocrité de la production poétique que du fonctionnement défectueux des concours eux-mêmes. Tout d'abord, les poèmes envoyés en 1874 étaient loin d'être satisfaisants dans l'ensemble: «s'ils se présentent comme des fleurs du mont Parnasse, ils font en réalité partie de ses plantes parasites que les cultivateurs des Muses doivent plutôt arracher»1. Ensuite, les concours étaient privés d'une législation rigoureuse, capable de garantir leur bon fonctionnement. Or, faute de méthode, les juges ne faisaient que s'acquitter de leur charge de façon fort variable et arbitraire. La langue populaire était tantôt exclue, tantôt acceptée. Le concours qui, au début, était ouvert à tous les poètes, fut par la suite fermé aux poètes-professeurs. Résultat: «le nombre des concurrents augmente, alors que la qualité baisse»2. Quant aux rapports des jurys, ils présentaient, eux aussi, une diversité répréhensible: tantôt ils rendaient compte de toutes les œuvres du concours, tantôt des plus importantes seulement. Rangabé, lui, préférait suivre une voie intermédiaire3.

Mais, avant de passer à l'examen des poèmes envoyés, il allait s'attarder, une fois de plus, à développer ses sujets préférés: la langue, la versification, la connaissance de l'art poétique, l'inspiration. Essentiellement, il n'avait rien de nouveau à dire. Depuis des années, ses rapports reprenaient plus ou moins les mêmes thèmes. Cette fois-ci pourtant il citait des noms caractéristiques. S'il conseillait à nouveau l'apprentissage de la grammaire, il n'oubliait pas de rappeler que la langue populaire avait, elle aussi, sa grammaire, respectée par des poètes tels que Christopoulos, Valaoritis, Zalocostas, Paraschos et Tertsétis, «le vieux chantre récemment décédé»4. Quant à la rime, «qui n'est pas toujours inévitable», elle devait être riche et s'étendre sur toute la dernière syllabe du vers, contrairement à l'exemple de la versification italienne, ainsi que l'avaient montré des «poètes excellents» tels que Christopoulos, Rizos Néroulos, les frères Soutsos5. La connaissance de l'art poétique, selon Rangabé, était indispensable; chaque poète devait 

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1. Jugement de 1874, Athènes 1874, p. 4.

2. Ibid., p. 5.

3. Ibid., p. 6.

4. Ibid., p. 8. Tertsétis était mort le 15 avril 1874.

5. Ibid., p. 10.

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respecter les règles établies par Aristote, Horace et Boileau1. Enfin l'inspiration, "l'âme de la poésie", "le mystérieux baiser de la Muse", constituait un élément soustrait à tout enseignement, mais sans lequel aucune création n'était possible.

Grammaire, rime riche, art poétique, inspiration. Assurément, en 1874 Rangabé se trompait d'époque. Car ce n'était pas là le problème qu'avaient posé, dès le début de cette décennie, des universitaires tels qu'Orphanidis, Castorchis, Mistriotis. Mieux: ce n'était pas là le sens que prenait, aux yeux de D. Gr. Cambouroglou et aux yeux d'un certain nombre de ses admirateurs, un retour épisodique à Christopoulos. Au moment où la réalité grecque imposait une réflexion sur la nature et les orientations de la poésie, ou sur la nature tout court, Rangabé restait enfermé dans son goût de l'artificiel, dans son formalisme abstrait, dans son classicisme momifié. Dépassé par les événements, il parlait encore le langage des décennies précédentes. Il ne pouvait ou il ne voulait pas voir que le classicisme et le romantisme athéniens expiraient presque au même moment, entraînant dans leur chute l'institution de Rallis et de Voutsinas.

Consacré exclusivement à la poésie épique, le concours de 1874 avait à présenter un ensemble de 23 titres. Deux poèmes, arrivés après échéance, étaient exclus sans être nommés par le rapporteur. Voici les observations les plus importantes de celui-ci, en commençant par les œuvres qui, parce qu'elles appartenaient à d'autres genres que la poésie épique ou qu'elles étaient totalement insignifiantes, n'avaient pratiquement pas de place au concours:

1) Βιασμός: poème "indigne d'être jugé".

2) Ανάμικτα: recueil lyrique, exclu du concours.

3) Μαραμένα δαφνόφυλλα: recueil lyrique, exclu du concours.

4) Άσματα ασμάτων: poème de caractère épico-lyrique.

5) Το παρελθόν, το παρόν και το μέλλον: poème étranger au genre épique. La langue est enflée, la versificarion défectueuse, la rime pauvre, le contenu incompréhensible.

6) Δέσπω: poème "complètement puéril".

7) Η Ελλάς εν αγώνι: poème comparable au précédent.

Les 5 poèmes suivants possédaient "une langue grammaticalement

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1. Ibid., p. 11. Pour Ch. Anninos, les Jugements des jurys universitaires, en général, constituent "un sec verdict de tribunal fondé sur les codes poétiques d'Aristote, d'Horace et de Boileau": Τα πρώτα έτη του Ζαν Μωρεάς, op. cit., p. 152.

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correcte, des vers parfois harmonieux, ainsi qu'une certaine grâce", mais leurs défauts étaient plus nombreux que leurs qualités:

8) Η Κόρη του Σεϊχ-ουλ-Ισλάμη: poème en vers "italianisants" de onze syllabes sans rime. Il a certaines qualités de langue, mais il manque d'un dénouement vraisemblable et intéressant. En somme, c'est "une œuvre entièrement médiocre"1.

Il s'agissait d'une participation ultime et inattendue de Georges Tertsétis2. L'ancien concurrent de la décennie 1850-1860 retournait soudain aux concours, après une absence de 16 ans, au moment précis où Rangabé reprenait sa place dans le jury. Son poème, une histoire d'aventures et de morts romantiques, ne pouvait évidemment trouver aucune grâce aux yeux du rapporteur de 1874:

Αηδόνια, που της άνοιξης τα κάλλη

κελαηδείτε γλυκά ή της αγάπης

τους πόθους εις τα δάση αντιλαλείτε,

ή έρημης νύχτας εις το σκοτάδι

λυπητερά θρηνείτε τα πουλάκια,

που άφτερα σας πήρε από τη φωλιά σας

ανθρώπου η ασπλαχνιά· χαρίσετέ μου,

καλά μου αηδόνια, τη γλυκιά φωνή σας·

λυπητερή και εγώ λαλώ ιστορίαν.

Mais Tertsétis ne devait pas prendre connaissance du sévère jugement de Rangabé. Décédé vingt jours avant la cérémonie du concours, il laissait son poème inédit et inconnu pour longtemps, mentionné seulement dans une brochure écrite en français par sa femme: "la lyre harmonieuse de Georges Terzetti célébra dans la langue vulgaire les Noces d'Alexandre, le Songe du Roi et la Fille du Scheïslam"3. Rangabé, qui dans son rapport rendait hommage à Tertsétis, ignorait probablement qu'il jugeait une œuvre du "vieux chantre récemment décédé".

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1. Jugement de 1874, pp. 13-14.

2. Η Κόρη του Σεϊσλάμη a été publié pour la première fois dans la revue Αι Μούσαι 3, No 51-59, 15 octobre 1894- 1er février 1895. G. Valétas a utilisé un manuscrit de l'auteur: Τερτσέτης Άπαντα, op. cit., t. I, pp. 252-266.

3. [Adélaïde Tertsétis], Nécrologie Antoine Matessi, 1875, p. 4. Phanis Michalopoulos, ayant remarqué ce passage, parle d'un long poème de Tertsétis intitulé Η Κόρη του Σεϊσλάμ, sans connaître apparemment sa première publication: Αγγλοελληνική Επιθεώρηση 2 (1946) 297.

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9) Η Λαύρα: poème "fade quant à la langue, faible quant à la versification, défectueux quant à la rime".

10) Η Μονή του Αρκαδίου: poème comparable au précédent.

11) Η Νεδέλκα: poème froid, prolixe, inintéressant et mal composé, bien qu'il ait une versification satisfaisante et une langue correcte1.

Il s'agissait d'une œuvre de Marius Andrikévits, publiée partiellement dans un petit livre de polémique paru en 1888 2. Frustré par le rapport de Rangabé, l'auteur semble lui avoir gardé rancune longtemps: ses premières réactions au verdict de 1874, exprimées dans le journal Βάρνα et complétées plus tard, constituent une longue réponse de 90 pages qui met en question tardivement la valeur critique non seulement de Rangabé mais de tous les universitaires en bloc.

12) Οι πειραταί: "une allégorie monstrueuse".

Les 3 œuvres suivantes étaient satiriques:

13) Αποκρηαίς των Αθηνών: poème entièrement insignifiant.

14) Ο φιλογενής Φούσκας: poèmes n'ayant aucun rapport avec la poésie.

15) Ο εξόριστος Διάβολος: œuvre satirique plus réussie que les précédentes. Les rimes sont "bonnes et riches"; la langue abuse d'élisions forcées. Défauts principaux: les redites et la prolixité. La partie intitulée Αθηναϊκή παραλοή a une certaine grâce, et la façon dont l'auteur parodie quelques-uns des poètes contemporains n'est pas sans acuité spirituelle. Sont citées trois parodies, ainsi que le poème Το δόκανο. Un membre du jury classe l'œuvre en question au premier rang des poèmes secondaires3.

C'était la troisième participation de D. Gr. Cambouroglou4. Le lauréat de 1873 recourait maintenant à une "vengeance versifiée" contre 5 poètes représentatifs des générations précédentes. S'il ridiculisait les fausses imitations archaïsantes d'Antoniadis,

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1. Jugement de 1874, p. 14.

2. Marius Andrikévits, Οι νέοι νομοθέται του "Παρνασσού" υπό- του Κυκλαδίτου, Varna 1888, pp. 14-26 et 55-57. Le sujet du poème d'Andrikévits avait déjà donné naissance à une tragédie: Constantin Arvanitis, Νεδέλκα ή θύμα τουρκικής θηριωδίας, τραγωδία εις τέσσαρας πράξεις συνταχθείσα υπό-, Braïla 1861 (voir GM *8767).

3. Jugement de 1874, pp. 15-22.

4. Ses parodies, au nombre de 5, sont publiées en entier dans Camb. A., pp. 797-799. Le poème Το δόκανο est reproduit dans D. Gr. Cambouroglou, Παλαιαί αμαρτίαι, λυρική συλλογή- Athènes 1882, pp. 10-12.

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Του Κισσού η μήτηρ κάθητο επ' όχθης ποταμίου,

ήριζε τοίνυν μετ' αυτού και το ελιθοβόλει

la versification guindée de Vlachos,

Καίπερ απούσης

κι' αλλού βιούσης

σου, θα το πω:

όπου κι' αν είμαι

όπου κι' αν κείμαι

σε αγαπώ

les redites et la morbidité de A. Paraschos,

Το κάλλος δεν το αγαπώ· δεν αγαπώ το κάλλος

οπόταν είναι υγιές, οπόταν έχη υγείαν

il se moquait aussi bien des réflexions pessimistes de Vassiliadis

Πώς δυστυχής ο άνθρωπος και άνευ σκοπού πλανάται!

Αφού να ζήση πέπρωται ούτω, προς τι γεννάται;

Πού τρέχω οίμοι! διατί το στόμα μου να κρώζη,

ενώ, καθό ανθρώπινον, ώφειλε να οιμώζη;

que du vocabulaire inusité de Valaoritis:

Μυρίζει ο ξεφυσημός της δάφνης, της μυρτούλας,

στάζει δροσούλα διάφανη στα ρείκη, στη λαψάνα,

στο χαμεδριό, στ' αζώηρο, στο σφέλατο, στο γιούλι,

στη λιδοριά, στο χαμελειό, στο σπλόνο, στο ρουπάκι.

C'était comme si D. Gr. Cambouroglou, toujours désinvolte et frondeur, cherchait à élargir, en 1874, la brèche qu'il avait ouverte l'année précédente dans l'édifice des concours poétiques1.

16) Ο Θεάνθρωπος Σωτήρ: le premier "des trois poèmes ayant le volume et les prétentions de véritables épopées". Mais les hexamètres n'ont pas de souplesse et de rythme; la langue, savante, est dépourvue de précision et de grâce. "Le poète a entrepris sans raison de paraphraser

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1. Sur Ο εξόριστος Διάβολος et le concours de 1874, voir: Camb. A., pp. 796-797. Nous retenons comme caractéristique l'hypothèse de D. Gr. Cambouroglou (p. 797) selon laquelle le juge favorable à son œuvre était Th. Aphentoulis.

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l'Évangile que tout le monde comprend". Il manque d'expérience et "il ne soupçonne même pas l'existence de Klopstock"1.

17) Ιωάννης ο Τσιμισκής: poème écrit en hexamètres et réparti en 9 chants. La versification est défectueuse. La langue, archaïsante, manque d'élégance et de précision. En somme, il s'agit d'un récit prosaïque et sans intérêt2.

18) Μεσολογγιάς: longue épopée en 24 chants (environ 10.000 vers de quinze syllabes sans rime). Elle met en vers le récit de Sp. Tricoupis et d'autres historiens sur la chute de Missolonghi, sans échapper à une "froideur interminable". Un membre du jury, en désaccord avec ce jugement sévère, présume que l'auteur est un poète connu qui, épuisé par des œuvres analogues, doit prendre un temps de repos3.

C'était encore une participation d'A. I. Antoniadis4. L'épopée homérique servait, une nouvelle fois, de modèle:

Το Μεσολόγγι τ' ακουστόν παντού στην οικουμένην

θα ψάλω, και την σιδηράν ψυχήν θα εικονίσω

των εκ της πείνης μελανών του έθνους οπλοφόρων.

Mais le poète le plus fécond des concours rencontrait cette fois-ci la sévérité d'un rapporteur qui, comme il l'avait montré en 1862, n'était pas particulièrement sensible à son talent5.

19) Τα καθ' Ηρώ και Λέανδρον: le premier des 5 poèmes les plus importants du concours. Libre traduction de l'œuvre homonyme de Musée, ce poème présente les 340 vers de l'original allongés sans raison en 780. Toutefois, ses qualités sont certaines: versification harmonieuse, langue remarquable, images originales6.

20) Το όνειρον: poème épico-lyrique en vers "italianisants" de onze syllabes. Les rimes ne sont pas très soignées. La langue, excessivement

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1. Jugement de 1874, pp. 22-23. Il s'agissait peut-être de l'œuvre de N. Contopoulos, Ο Σωτήρ, ποίημα επικόν υπό- Athènes 1878.

2. Jugement de 1874, pp. 23-24.

3. Ibid., p. 24. Selon M. Andrikévits, op. cit., pp. 35-36, ce membre du jury était Aphentoulis.

4. A. I. Antoniadis, Μεσολογγιάς, έπος ιστορικόν, Athènes 1876.

5. Trois ans plus tard, A. R. Rangabé allait parler avec circonspection d'Antoniadis, "auteur de deux épopées qui, s'il était permis de n'avoir égard qu'à la seule étendue, devraient être mises à côté de l'Iliade et de l'Odyssée": Histoire littéraire, op. cit., t. II, p. 180.

6. Jugement de 1874, pp. 25-26.

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populaire et parfois irrégulière, ne manque pas de grâce. Les images sont précises et originales. "Allégorie compliquée et obscure", ce poème baigne dans un mysticisme impénétrable1.

21) Ο Αδάμ και η Εύα: poème en 3010 vers de quinze syllabes rimés. Il a de grandes qualités (bon goût, rimes riches etc.), ainsi que des défauts (langue savante mais défectueuse, redites etc.). L'auteur ignore Milton2.

Il s'agissait d'une œuvre d'Aristomène Provélenghios3. A 24 ans, le poète entreprenait de narrer, en 9 chants, la création du monde et le sort du premier homme:

Θα ψάλω την ανατολήν της Σης δημιουργίας,

την πτώσιν του προπάτορος Αδάμ, εκ της οποίας

η δι' αιώνων έρπουσα απείρων γενεά του

στενάζει υπό τα δεσμά του πελιδνού θανάτου.

Son idéalisme s'alliait à son amour inné de la nature. Mais la langue savante était encore ici pour beaucoup dans un style froid et bavard, classique et romantique à la fois. Autant que nous sachions, Provélenghios ne devait plus jamais participer au concours de Voutsinas.

22) Κατσαντώνης: courte épopée en 482 vers de quinze syllabes rimés, auxquels s'ajoute le début du poème Το Κάστρο της Ωρηάς. La langue, démotique, est précise et puissante; elle rappelle celle des chants populaires. L'intrigue est simple, la narration "poétique, sobre, efficace et touchante". Si l'auteur persiste dans la même voie, il honorera la littérature néo-hellénique. Un membre du jury considère ce jugement comme trop favorable4.

Il s'agissait d'une œuvre de Constantin Xénos5.

23) Κόδρος: poème épique réparti en strophes élégantes et caractérisées par des rimes très riches. La versification est "presque irréprochable", la langue non seulement correcte, mais pourvue de toutes les vertus

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1. Ibid., pp. 27-30. Il s'agissait apparemment d'un poème de l'école heptanésienne.

2. Ibid., pp. 30-36.

3. Aristomène I. Provélenghios, Αδάμ και Εύα, ποίημα επικόν, Athènes 1874. Un court compte rendu est publié dans Εφημερίς των Βιβλιοφίλων, Νο 5, 8 octobre 1874, p. [17].

4. Jugement de 1874, pp. 36-40.

5. Pal. A., t. VIII, p. 20.

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poétiques: harmonie, grâce, beauté, force descriptive. Le jury, ayant à choisir entre deux poèmes "presque égaux", Κατσαντώνης et Κόδρος, préfère le second "pour son intrigue et sa composition impeccables" et lui décerne le prix et la couronne à l'unanimité1.

On eût dit que les concours étaient retournés dix ans en arrière. En réalité, c'était Rangabé qui remportait la victoire en imposant sa volonté au jury et en faisant couronner "à l'unanimité" son poème proféré. Revenu aux concours après une longue absence, il y rétablissait l'ordre, son ordre, qui avait été perturbé. Un certain nombre de poèmes présentés en 1874 se conformaient visiblement aux goûts du rapporteur phanariote: esprit purement classique, langue savante, sujets antiques. Même l'hexamètre, oublié depuis longtemps, réapparaissait de façon inattendue. Conscient de son pouvoir et de son prestige, Rangabé n'avait qu'à procéder à son "second coup d'État"2, celui qui, annulant le verdict joyeux de 1873, couronnait Κόδρος pour imposer à nouveau une poésie grave, solennelle et pompeuse:

Μικρόν αφείσα τον Ελικώνα,

ω Μούσα, κόρη του ουρανού,

μυσταγωγός μου προς τον αιώνα

των ισοθέων παραγενού.

Προ του νοός μου κρατούσα φάρον

μακρών αιώνων τον πέπλον άρον.

Επί Πηγάσου ανάγαγέ με

παρά τας όχθας του Κηφισσού

και μ' έναν κλάδον στεφάνωσέ με

του καλλιδάφνιδος Παρνασσού.

Le lauréat, un lycéen inconnu de 25 ans, n'était pas étranger à la tradition phanariote. Disciple d'Elie Tantalidis (1818-1876), il avait déjà publié à Constantinople un recueil de poèmes en 1873 (Ποιητικά πρωτόλεια), avant d'arriver, la même année, à Athènes, avec le manuscrit de Κόδρος dans ses bagages. C'était Georges Vizyinos (1849-1896).

Surpris par sa victoire, il s'évertuait bientôt à paraître modeste. Lorsque, cinq jours après la cérémonie du 5 mai 1874, il rédigeait la postface qui allait accompagner la publication de son poème, il ne manquait pas de rendre hommage à Tantalidis et de souligner combien il

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1. Jugement de 1874, pp. 41-46.

2. Pal. A., t. VIII, ρ 485. Cf. ici p. 154.

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avait été peiné, lors de son couronnement, "à la pensée que, la Grèce, mère des Homères, des Sophocles et des Pindares, connaît aujourd'hui une telle pénurie de poésie qu'elle parcourt même les lycées pour chercher quelque concurrent à couronner!"1.

Cependant, dans la mesure où l'esprit classique et le rêve d'un "retour aux formes anciennes" marquaient un point en 1874, Κόδρος ne pouvait rencontrer qu'un accueil favorable. Un journal athénien débordait d'enthousiasme: le poème de Vizyinos, digne de son couronnement, était "un très bon augure pour l'avenir de la littérature grecque et de la langue en particulier"2. Mais cet optimisme relevait d'une rhétorique du passé déjà caduque et désuète. En réalité, la victoire de Rangabé avait toutes les caractéristiques d'une victoire à la Pyrrhus. Car si le couronnement de Vizyinos faisait suite à celui de G. Stavridis ou de A. Vyzantios, il venait à un moment où la couronne classique avait perdu toute sa fraîcheur. Les apparences étaient encore une fois trompeuses: Κόδρος, loin d'ouvrir une voie vers l'avenir, écrivait l'épilogue d'une époque révolue.

Entre-temps, le verdict de 1874 prenait l'aspect d'un scandale pour les milieux littéraires athéniens, et la presse ne manquait pas de s'en faire l'écho. Étranger et inconnu, le jeune lauréat rencontrait peu de sympathie et d'indulgence: il avait fait échec à trop d'ambitions pour ne pas être traité avec mépris. Dans une série d'articles publiés par le journal Εφημερίς των Συζητήσεων, Jean Cambouroglou essayait de démontrer avec acharnement l'insignifiance du poème couronné3. De son côté, Vizyinos, fort de sa victoire, donnait libre cours à ses sarcasmes

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1. Georges M. Vizyinos, Ο Κόδρος, επικόν ποίημα βραβευθέν κατά τον Βουτσιναίον ποιητικόν διαγωνισμόν του 1874, Athènes 1874, p. 80. Il est à noter que la plupart des biographes du poète, suivant N. I. Vassiliadis (Γεώργιος Βιζυηνός dans Skokos, Ημερολόγιον 1894 = Εικόνες Κωνσταντινουπόλεως και Αθηνών, Athènes 1910, p. 308) et G. Chassiotis (Βυζαντιναί σελίδες, t. I, Athènes 1910, p. 263), affirment que Vizyinos avait comme rivaux au concours de 1874 les poètes A. Vlachos et Cléon Rangabé, ce qui ne semble pas être exact.

2. Παλιγγενεσία, 24 mai 1874. Trois ans plus tard, A. R. Rangabé lui-même devait faire à nouveau l'éloge de Κόδρος: Histoire littéraire, op. cit., pp. 165-168.

3. Εφημερίς των Συζητήσεων, 31 mai - 12 juin 1874; cf. Pal. A., t. VIII, pp. 486-487. -Criton G. Souris, op. cit., p. 56, à propos d'une parodie du poème couronné écrite par Georges Souris (Ο Κορόιδος), affirme que ce dernier a participé au concours de 1874 avec le recueil Λυρικά άσματα, ce qui est évidemment inexact. Par contre, il est bien probable que G. Souris ait envoyé au concours de 1873 le recueil Λυρικά ποιήματα, qui serait par la suite incorporé dans le premier livre du poète, Συλλογή λυρικών ασμάτων, Athènes 1873.

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en répondant par le poème satirique Το Συμβούλιον των Γραμματέων1:

Ηλθεν ένας από τόπο

βάρβαρο και θρακικό,

και θρονιάστηκε με τρόπο

σε σκαμνί ποιητικό!

A. R. Rangabé, le principal responsable du couronnement du poème Κόδρος, n'était pas moins critiqué par les journaux. Ses failles devenaient déjà visibles: par son texte "sec, aride, décharné et ridé", le rapporteur de 1874 avait montré qu'il était incapable de parler d'autre chose que de langue, de versification et de rimes riches2. Ce n'était pas ainsi que l'on concevait maintenant un discours sur la poésie.

Ce n'était pas ainsi non plus que l'on concevait maintenant les concours en général, leur passé et leur avenir. Pour certains, l'heure de la vérité sonnait déjà tristement, dans l'amertume et le désenchantement. Mettant en évidence la sclérose d'une institution incapable de se renouveler, le retour de Rangabé accélérait, en dernière analyse, une certaine prise de conscience. La rupture entre l'existence des concours et leur fonction véritable, entre leurs promesses et leurs réalisations, entre leurs objectifs et les nouveaux besoins, devenait ainsi suffisamment claire. Ce n'était plus l'avenir qui pouvait changer la situation, alors que le présent témoignait d'une dégradation progressive. Enfermés dans leur passéisme inchangé, les concours sombraient dans la morosité et dans la routine. Une ouverture sur la vie, momentanément entreprise en 1873, était vite annulée par un brusque retour en arrière. A coup sûr, l'avenir ne paraissait pas prometteur.

Mais la sclérose remarquée dans le domaine des concours en 1874, loin d'être un fait isolé, entrait dans un contexte plus large. On dirait que tout un vieux système se raidissait et s'acharnait à défendre ses prérogatives, au moment de sa mise en question ou face à l'apparition de nouvelles forces menaçant son existence. Ange Vlachos, critique de P. Soutsos et de J. Carassoutsas, complétait, en quelque sorte, la démarche de Rangabé par d'autres coups d'arrêt3. La crise politique et sociale était, au même moment, caractéristique. Elle se manifestait par les élections scandaleuses de D. Voulgaris (juin 1874), par l'arrestation

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1. Georges M. Vizyinos, Ατθίδες αύραι, Londres 1883, pp. 203-207.

2. Εφημερίς, 21 juin 1874.

3. Ange Vlachos, Περί Παναγιώτου Σούτσου και των ποιήσεων αυτού, Athènes 1874, et Περί Ιωάννου Καρασούτσα και των ποιήσεων αυτού, Athènes 1874.

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de Ch. Tricoupis, auteur du fameux article Τις πταίει, par une mobilisation massive (1874-1875) ayant pour but le renversement d'un gouvernement illégal. Le conflit entre le nouveau et l'ancien devenait aigu: plus le premier gagnait du terrain, plus le second durcissait ses positions. C'est en ce sens que le couronnement du poème Κόδρος dernier "coup d'État" de Rangabé, marquait un raidissement réactionnaire et venait rétablir un ordre de plus en plus contesté.

4. 1875: Les concours en faillite

Dès lors, les concours, dans une très grande mesure, ne pouvaient être considérés par les forces nouvelles que comme partie intégrante d'un "establishment" en faillite. Roïdis, partisan de Ch. Tricoupis, lançait, dès le début de 1875, ses sarcasmes dans son journal satirique Ασμοδαίος: "Quarante-huit drames ont déjà été envoyés au concours de Voutsinas, dont quarante-deux par la poste de Syros"1. Ou bien: "Extrait d'un des 93 drames présentés cette année au concours de Voutsinas"2. Le fait que les universitaires, à l'exception d'Aphentoulis et de Mistriotis, aient refusé de participer au jury de 1875 était commenté ironiquement3. Un poème de ΦΛΟΞ (Jean Cambouroglou) se terminait par les vers suivants:

Αυταί είν' αι ημέραι μας, προόδου φευ ημέραι!

Την αρμονίαν, Μούσα μου, καν με τους στίχους φέρε.

Μακράν των διαγωνισμών, μακράν του Αφεντούλη,

θα δείξης, είμαι βέβαιος, πως δεν κοιμάσαι δούλη4.

Enfin, au même moment, Roïdis, énumérant un certain nombre des choses qui avaient fait faillite à Athènes, citait aussi bien "les actions

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1. Ασμοδαίος, 19 janvier 1875. Roïdis prenait ici pour cible T. Ambélas, originaire de Syros.

2. Ασμοδαίος, 9 février 1875.

3. Ασμοδαίος, 12 mars 1875. Signalons que, à la même époque, Aphentoulis, rapporteur au concours de D. Iconomos (26 octobre 1874), était l'objet de nombreux commentaires dans la presse athénienne à propos de sa querelle avec Ph. Paraskévaïdis relative à une traduction de Dante. Ces commentaires se terminaient souvent par "le refrain connu et ennuyeux, que les concours doivent être supprimés": Παλιγγενεσία, 3 février 1875. Roïdis n'avait pas perdu l'occasion d'attaquer, lui aussi, Aphentoulis et "tutti quanti": Ασμοδαίος, 2, 9, 16 février et 21 mars 1875.

4. Ασμοδαίος, 21 mars 1875.

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des compagnies» que «les concours poétiques»1. Scepticisme ironique d'un esprit fin, agacé par la médiocrité des juges et des poètes jugés? Sans doute. Mais, en même temps, clairvoyance, réalisme et mise en question d'un ensemble.

Toutefois, le rédacteur de Ασμοδαίος n'était pas le seul à combattre l'institution poétique, en ce début de 1875 où le concours, exclusivement dramatique, se préparait dans une atmosphère électrisée par les luttes contre le gouvernement de D. Voulgaris. De nombreux journaux grecs, même de l'étranger, accompagnaient leurs attaques contre les concours d'une mise en question globale de leur apport. On avait hâte d'en finir avec un passé qui s'écroulait de tous côtés.

C'est dans un tel climat qu'Aphentoulis prenait la parole, lors de la cérémonie du 18 mai 1875, comme représentant d'un jury auquel participaient aussi le recteur P. Rombotis (président) et G. Mistriotis. La situation politique s'étant normalisée entre-temps par la démission de Voulgaris et par la formation du premier gouvernement de Tricoupis (27 avril 1875), le rapporteur n'avait, tout d'abord, qu'à exprimer sa joie pour le rétablissement de l'ordre et de la paix. Mais cette joie se transformait vite en colère: les ennemis des concours étaient plus dangereux et plus agressifs que jamais. Devant une campagne orchestrée contre l'institution poétique, Aphentoulis prenait la défense de celle-ci au présent, au passé et au futur: «C'est ce concours. Messieurs, —le concours que certains s'emploient à supprimer— qui a donné naissance à tout ce que la poésie grecque a à présenter de remarquable depuis plus de 20 ans; et c'est ce concours aussi, nous l'espérons, qui donnera dans l'avenir des fruits encore meilleurs»2.

Ainsi les poètes Zalocostas, Orphanidis, Carassoutsas, Vernardakis, Antoniadis, A. Paraschos, Vlachos et A. R. Rangabé, nommément cités, étaient-ils une preuve de ce que l'institution poétique avait pu apporter depuis sa naissance. Les juges universitaires, «qui ne se prenaient ni pour Aristote, ni pour Longin, ni pour Aristarque, ni pour Horace», étaient fermement défendus pour leur compétence et pour leur impartialité. Les poètes protestataires recevaient un ultimatum menaçant: «Les candidats doivent savoir que leur moindre objection soulevée contre les décisions du jury sera désormais une raison suffisante pour qu'ils n'aient

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1. Ασμοδαίος, 23 mars 1875. Par «les actions des compagnies» Roïdis entendait,, évidemment, les opérations boursières liées à l'affaire du Laurium.

2. Jugement de 1875, Athènes 1875, p. 5.

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        22. Moullas, Concours poetiques

        της Κορίνθου, Το σχολείον του χωρίου, Προ της Ιωλκού et autres. Est cité en entier le poème Το όνειρον του πένητος1.

        Il s'agissait de la dernière participation de S. N. Vassiliadis2. Un an avant sa mort, l'auteur de Εικόνες ne dédaignait pas de revenir, pour la troisième fois depuis 1865, aux concours que ses amis avaient abandonnés depuis longtemps. Il s'était bien gardé de mécontenter les juges universitaires. Son recueil Έπεα πτερόεντα, dépourvu de tout esprit de révolte ou de provocation, montrait que Vassiliadis, assagi, passait du romantisme au néo-classicisme sans innover:

        Πώς τόσην χάριν ν' απεικονίσω;

        Εντός ευσκίου στίλβης, οπίσω,

        η Λήδα κλίνει

        στόμα και βλέφαρα, όλη έρως,

        κ' επί τα χείλη κύκνος ευπτέρως

        φίλημα πίνει.

        Mais, en 1873, le moment n'était pas opportun pour un retour en arrière. Car c'était ailleurs, et non pas dans le passéisme et dans l'archaïsme, que Mistriotis et ses amis cherchaient une issue à l'impasse de la poésie athénienne.

        34) Δάκρυα: sept poèmes écrits "en langue commune ou populaire", langue "qui autrefois était exclue du concours". L'auteur ignore l'orthographe et la ponctuation; il manque de technique et de clarté. Malgré sa pauvreté d'idées et de sentiments, il fait montre d'une "nature poétique". Est cité le poème Ρόδον, κρίνον και νεάνις, "auquel la majorité du jury attache une grande importance"3.

        Il s'agissait de l'œuvre d'un vieillard moribond, médecin à Thessalonique, Chariton Gr. Papoulias (†1874)4. L'indulgence excessive de

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        1. Jugement de 1873, pp. 48-54

        2. Έπεα πτερόεντα est publié en entier dans Αττικαί Νύκτες II, pp. 165-210. Certaines poésies sont reproduites clans Pap. NP., pp. 30-41, et Mat. Parn., pp. 459-464. La satire Ο νεκρός et le poème Προ της Ιωλκού sont publiés dans la revue Παρθενών 3 (1873-1874) 26-28 et 110-111.

        3. Jugement de 1873, pp. 54-65.

        4. Ch. Gr. Papoulias, Δάκρυα, λυρική συλλογή - βραβευθείσα εις τον Βουτσιναίον ποιητικόν αγώνα του 1873, Athènes 1873. L'allusion du poète

        Πέταξα με την ευχή της, κ' έχασκε και μ' εκαρτέρει·

        ξαναπέταξα και πάλιν, και στη δεύτερη φορά

        την καλημερνώ γυρνώντας με την δάφνην εις το χέρι