Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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avec le présent, du réalisme, de la joie de vivre, ce la langue parlée. Mais A. R. Rangabé était toujours là et veillait jalousement à ce que l'édifice qu'il avait contribué à construire demeurât solide et sans fissures.

3. 1874: Le retour de A. R. Rangabé

Car, l'homme qui avait marqué toute la période du concours de Rallis, qui avait couronné G. Stavridis en 1860 et A. Vyzantios en 1862, qui avait fait sa dernière apparition comme juge en 1867 et comme concurrent en 1871, réapparaissait soudain en 1874 pour assumer, une fois de plus, le rôle de rapporteur dans un jury présidé par le recteur G. Makkas et composé par Th. Aphentoulis et Th. Orphanidis. En réalité, ce retour de Rangabé n'allait pas sans surprises. Pour la première fois lors de la cérémonie du 5 mai 1874, un rapporteur ne donnait pas lecture du texte qu'il avait rédigé. Parti précipitamment pour l'Égypte auprès de son fils mourant, Rangabé laissait le soin de cette lecture publique à Aphentoulis, et celui-ci ne manquait pas, avant de commencer, d'adresser quelques mots de sympathie à son collègue éprouvé par le malheur.

Nous ne savons pas dans quelle mesure les soucis familiaux du rapporteur de 1874 ont été pour quelque chose dans sa hâte à bâcler un texte court et morose. En tout état de cause, Rangabé ne devait pas avoir cette fois la tâche facile. La présence de son vieil ennemi Orphanidis dans le jury n'était sûrement pas réconfortante, pas plus que celle d'Aphentoulis, au tempérament très étranger au sien1. Mais le désenchantement du rapporteur, le ton désabusé qui traverse une grande partie de son texte, venait aussi bien de l'état de l'institution poétique, en général, que de la qualité des poèmes présentés en particulier. On ne vivait plus à l'époque de Rallis, et Rangabé était trop intelligent pour ne pas l'avoir compris. Les concours avaient dégénéré peu à peu; ils s'étaient transformés en une arène littéraire où s'affrontaient bruyamment les ambitions de dizaines de jeunes débutants. Depuis deux ans, les choses avaient pris un nouveau tournant: le groupe de Castorchis avait invité Valaoritis à l'Université et décerné le prix à un recueil

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1. Dans son rapport, Rangabé indique que ses collègues n'ont pas toujours porté le même jugement sur les poèmes présentés. Dans ses Mémoires, à propos du poète couronné, il affirme avoir imposé son opinion, "bien que le jury n'ait pas manqué d'objections": Απομνημονεύματα, t. IV, pp. 98-99.

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écrit en langue populaire. Décidément, Rangabé avait des raisons d'être morose.

Toutefois, la déception qu'il exprimait provenait autant de la médiocrité de la production poétique que du fonctionnement défectueux des concours eux-mêmes. Tout d'abord, les poèmes envoyés en 1874 étaient loin d'être satisfaisants dans l'ensemble: «s'ils se présentent comme des fleurs du mont Parnasse, ils font en réalité partie de ses plantes parasites que les cultivateurs des Muses doivent plutôt arracher»1. Ensuite, les concours étaient privés d'une législation rigoureuse, capable de garantir leur bon fonctionnement. Or, faute de méthode, les juges ne faisaient que s'acquitter de leur charge de façon fort variable et arbitraire. La langue populaire était tantôt exclue, tantôt acceptée. Le concours qui, au début, était ouvert à tous les poètes, fut par la suite fermé aux poètes-professeurs. Résultat: «le nombre des concurrents augmente, alors que la qualité baisse»2. Quant aux rapports des jurys, ils présentaient, eux aussi, une diversité répréhensible: tantôt ils rendaient compte de toutes les œuvres du concours, tantôt des plus importantes seulement. Rangabé, lui, préférait suivre une voie intermédiaire3.

Mais, avant de passer à l'examen des poèmes envoyés, il allait s'attarder, une fois de plus, à développer ses sujets préférés: la langue, la versification, la connaissance de l'art poétique, l'inspiration. Essentiellement, il n'avait rien de nouveau à dire. Depuis des années, ses rapports reprenaient plus ou moins les mêmes thèmes. Cette fois-ci pourtant il citait des noms caractéristiques. S'il conseillait à nouveau l'apprentissage de la grammaire, il n'oubliait pas de rappeler que la langue populaire avait, elle aussi, sa grammaire, respectée par des poètes tels que Christopoulos, Valaoritis, Zalocostas, Paraschos et Tertsétis, «le vieux chantre récemment décédé»4. Quant à la rime, «qui n'est pas toujours inévitable», elle devait être riche et s'étendre sur toute la dernière syllabe du vers, contrairement à l'exemple de la versification italienne, ainsi que l'avaient montré des «poètes excellents» tels que Christopoulos, Rizos Néroulos, les frères Soutsos5. La connaissance de l'art poétique, selon Rangabé, était indispensable; chaque poète devait 

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1. Jugement de 1874, Athènes 1874, p. 4.

2. Ibid., p. 5.

3. Ibid., p. 6.

4. Ibid., p. 8. Tertsétis était mort le 15 avril 1874.

5. Ibid., p. 10.

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respecter les règles établies par Aristote, Horace et Boileau1. Enfin l'inspiration, "l'âme de la poésie", "le mystérieux baiser de la Muse", constituait un élément soustrait à tout enseignement, mais sans lequel aucune création n'était possible.

Grammaire, rime riche, art poétique, inspiration. Assurément, en 1874 Rangabé se trompait d'époque. Car ce n'était pas là le problème qu'avaient posé, dès le début de cette décennie, des universitaires tels qu'Orphanidis, Castorchis, Mistriotis. Mieux: ce n'était pas là le sens que prenait, aux yeux de D. Gr. Cambouroglou et aux yeux d'un certain nombre de ses admirateurs, un retour épisodique à Christopoulos. Au moment où la réalité grecque imposait une réflexion sur la nature et les orientations de la poésie, ou sur la nature tout court, Rangabé restait enfermé dans son goût de l'artificiel, dans son formalisme abstrait, dans son classicisme momifié. Dépassé par les événements, il parlait encore le langage des décennies précédentes. Il ne pouvait ou il ne voulait pas voir que le classicisme et le romantisme athéniens expiraient presque au même moment, entraînant dans leur chute l'institution de Rallis et de Voutsinas.

Consacré exclusivement à la poésie épique, le concours de 1874 avait à présenter un ensemble de 23 titres. Deux poèmes, arrivés après échéance, étaient exclus sans être nommés par le rapporteur. Voici les observations les plus importantes de celui-ci, en commençant par les œuvres qui, parce qu'elles appartenaient à d'autres genres que la poésie épique ou qu'elles étaient totalement insignifiantes, n'avaient pratiquement pas de place au concours:

1) Βιασμός: poème "indigne d'être jugé".

2) Ανάμικτα: recueil lyrique, exclu du concours.

3) Μαραμένα δαφνόφυλλα: recueil lyrique, exclu du concours.

4) Άσματα ασμάτων: poème de caractère épico-lyrique.

5) Το παρελθόν, το παρόν και το μέλλον: poème étranger au genre épique. La langue est enflée, la versificarion défectueuse, la rime pauvre, le contenu incompréhensible.

6) Δέσπω: poème "complètement puéril".

7) Η Ελλάς εν αγώνι: poème comparable au précédent.

Les 5 poèmes suivants possédaient "une langue grammaticalement

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1. Ibid., p. 11. Pour Ch. Anninos, les Jugements des jurys universitaires, en général, constituent "un sec verdict de tribunal fondé sur les codes poétiques d'Aristote, d'Horace et de Boileau": Τα πρώτα έτη του Ζαν Μωρεάς, op. cit., p. 152.

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correcte, des vers parfois harmonieux, ainsi qu'une certaine grâce", mais leurs défauts étaient plus nombreux que leurs qualités:

8) Η Κόρη του Σεϊχ-ουλ-Ισλάμη: poème en vers "italianisants" de onze syllabes sans rime. Il a certaines qualités de langue, mais il manque d'un dénouement vraisemblable et intéressant. En somme, c'est "une œuvre entièrement médiocre"1.

Il s'agissait d'une participation ultime et inattendue de Georges Tertsétis2. L'ancien concurrent de la décennie 1850-1860 retournait soudain aux concours, après une absence de 16 ans, au moment précis où Rangabé reprenait sa place dans le jury. Son poème, une histoire d'aventures et de morts romantiques, ne pouvait évidemment trouver aucune grâce aux yeux du rapporteur de 1874:

Αηδόνια, που της άνοιξης τα κάλλη

κελαηδείτε γλυκά ή της αγάπης

τους πόθους εις τα δάση αντιλαλείτε,

ή έρημης νύχτας εις το σκοτάδι

λυπητερά θρηνείτε τα πουλάκια,

που άφτερα σας πήρε από τη φωλιά σας

ανθρώπου η ασπλαχνιά· χαρίσετέ μου,

καλά μου αηδόνια, τη γλυκιά φωνή σας·

λυπητερή και εγώ λαλώ ιστορίαν.

Mais Tertsétis ne devait pas prendre connaissance du sévère jugement de Rangabé. Décédé vingt jours avant la cérémonie du concours, il laissait son poème inédit et inconnu pour longtemps, mentionné seulement dans une brochure écrite en français par sa femme: "la lyre harmonieuse de Georges Terzetti célébra dans la langue vulgaire les Noces d'Alexandre, le Songe du Roi et la Fille du Scheïslam"3. Rangabé, qui dans son rapport rendait hommage à Tertsétis, ignorait probablement qu'il jugeait une œuvre du "vieux chantre récemment décédé".

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1. Jugement de 1874, pp. 13-14.

2. Η Κόρη του Σεϊσλάμη a été publié pour la première fois dans la revue Αι Μούσαι 3, No 51-59, 15 octobre 1894- 1er février 1895. G. Valétas a utilisé un manuscrit de l'auteur: Τερτσέτης Άπαντα, op. cit., t. I, pp. 252-266.

3. [Adélaïde Tertsétis], Nécrologie Antoine Matessi, 1875, p. 4. Phanis Michalopoulos, ayant remarqué ce passage, parle d'un long poème de Tertsétis intitulé Η Κόρη του Σεϊσλάμ, sans connaître apparemment sa première publication: Αγγλοελληνική Επιθεώρηση 2 (1946) 297.

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9) Η Λαύρα: poème "fade quant à la langue, faible quant à la versification, défectueux quant à la rime".

10) Η Μονή του Αρκαδίου: poème comparable au précédent.

11) Η Νεδέλκα: poème froid, prolixe, inintéressant et mal composé, bien qu'il ait une versification satisfaisante et une langue correcte1.

Il s'agissait d'une œuvre de Marius Andrikévits, publiée partiellement dans un petit livre de polémique paru en 1888 2. Frustré par le rapport de Rangabé, l'auteur semble lui avoir gardé rancune longtemps: ses premières réactions au verdict de 1874, exprimées dans le journal Βάρνα et complétées plus tard, constituent une longue réponse de 90 pages qui met en question tardivement la valeur critique non seulement de Rangabé mais de tous les universitaires en bloc.

12) Οι πειραταί: "une allégorie monstrueuse".

Les 3 œuvres suivantes étaient satiriques:

13) Αποκρηαίς των Αθηνών: poème entièrement insignifiant.

14) Ο φιλογενής Φούσκας: poèmes n'ayant aucun rapport avec la poésie.

15) Ο εξόριστος Διάβολος: œuvre satirique plus réussie que les précédentes. Les rimes sont "bonnes et riches"; la langue abuse d'élisions forcées. Défauts principaux: les redites et la prolixité. La partie intitulée Αθηναϊκή παραλοή a une certaine grâce, et la façon dont l'auteur parodie quelques-uns des poètes contemporains n'est pas sans acuité spirituelle. Sont citées trois parodies, ainsi que le poème Το δόκανο. Un membre du jury classe l'œuvre en question au premier rang des poèmes secondaires3.

C'était la troisième participation de D. Gr. Cambouroglou4. Le lauréat de 1873 recourait maintenant à une "vengeance versifiée" contre 5 poètes représentatifs des générations précédentes. S'il ridiculisait les fausses imitations archaïsantes d'Antoniadis,

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1. Jugement de 1874, p. 14.

2. Marius Andrikévits, Οι νέοι νομοθέται του "Παρνασσού" υπό- του Κυκλαδίτου, Varna 1888, pp. 14-26 et 55-57. Le sujet du poème d'Andrikévits avait déjà donné naissance à une tragédie: Constantin Arvanitis, Νεδέλκα ή θύμα τουρκικής θηριωδίας, τραγωδία εις τέσσαρας πράξεις συνταχθείσα υπό-, Braïla 1861 (voir GM *8767).

3. Jugement de 1874, pp. 15-22.

4. Ses parodies, au nombre de 5, sont publiées en entier dans Camb. A., pp. 797-799. Le poème Το δόκανο est reproduit dans D. Gr. Cambouroglou, Παλαιαί αμαρτίαι, λυρική συλλογή- Athènes 1882, pp. 10-12.

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Του Κισσού η μήτηρ κάθητο επ' όχθης ποταμίου,

ήριζε τοίνυν μετ' αυτού και το ελιθοβόλει

la versification guindée de Vlachos,

Καίπερ απούσης

κι' αλλού βιούσης

σου, θα το πω:

όπου κι' αν είμαι

όπου κι' αν κείμαι

σε αγαπώ

les redites et la morbidité de A. Paraschos,

Το κάλλος δεν το αγαπώ· δεν αγαπώ το κάλλος

οπόταν είναι υγιές, οπόταν έχη υγείαν

il se moquait aussi bien des réflexions pessimistes de Vassiliadis

Πώς δυστυχής ο άνθρωπος και άνευ σκοπού πλανάται!

Αφού να ζήση πέπρωται ούτω, προς τι γεννάται;

Πού τρέχω οίμοι! διατί το στόμα μου να κρώζη,

ενώ, καθό ανθρώπινον, ώφειλε να οιμώζη;

que du vocabulaire inusité de Valaoritis:

Μυρίζει ο ξεφυσημός της δάφνης, της μυρτούλας,

στάζει δροσούλα διάφανη στα ρείκη, στη λαψάνα,

στο χαμεδριό, στ' αζώηρο, στο σφέλατο, στο γιούλι,

στη λιδοριά, στο χαμελειό, στο σπλόνο, στο ρουπάκι.

C'était comme si D. Gr. Cambouroglou, toujours désinvolte et frondeur, cherchait à élargir, en 1874, la brèche qu'il avait ouverte l'année précédente dans l'édifice des concours poétiques1.

16) Ο Θεάνθρωπος Σωτήρ: le premier "des trois poèmes ayant le volume et les prétentions de véritables épopées". Mais les hexamètres n'ont pas de souplesse et de rythme; la langue, savante, est dépourvue de précision et de grâce. "Le poète a entrepris sans raison de paraphraser

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1. Sur Ο εξόριστος Διάβολος et le concours de 1874, voir: Camb. A., pp. 796-797. Nous retenons comme caractéristique l'hypothèse de D. Gr. Cambouroglou (p. 797) selon laquelle le juge favorable à son œuvre était Th. Aphentoulis.

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l'Évangile que tout le monde comprend". Il manque d'expérience et "il ne soupçonne même pas l'existence de Klopstock"1.

17) Ιωάννης ο Τσιμισκής: poème écrit en hexamètres et réparti en 9 chants. La versification est défectueuse. La langue, archaïsante, manque d'élégance et de précision. En somme, il s'agit d'un récit prosaïque et sans intérêt2.

18) Μεσολογγιάς: longue épopée en 24 chants (environ 10.000 vers de quinze syllabes sans rime). Elle met en vers le récit de Sp. Tricoupis et d'autres historiens sur la chute de Missolonghi, sans échapper à une "froideur interminable". Un membre du jury, en désaccord avec ce jugement sévère, présume que l'auteur est un poète connu qui, épuisé par des œuvres analogues, doit prendre un temps de repos3.

C'était encore une participation d'A. I. Antoniadis4. L'épopée homérique servait, une nouvelle fois, de modèle:

Το Μεσολόγγι τ' ακουστόν παντού στην οικουμένην

θα ψάλω, και την σιδηράν ψυχήν θα εικονίσω

των εκ της πείνης μελανών του έθνους οπλοφόρων.

Mais le poète le plus fécond des concours rencontrait cette fois-ci la sévérité d'un rapporteur qui, comme il l'avait montré en 1862, n'était pas particulièrement sensible à son talent5.

19) Τα καθ' Ηρώ και Λέανδρον: le premier des 5 poèmes les plus importants du concours. Libre traduction de l'œuvre homonyme de Musée, ce poème présente les 340 vers de l'original allongés sans raison en 780. Toutefois, ses qualités sont certaines: versification harmonieuse, langue remarquable, images originales6.

20) Το όνειρον: poème épico-lyrique en vers "italianisants" de onze syllabes. Les rimes ne sont pas très soignées. La langue, excessivement

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1. Jugement de 1874, pp. 22-23. Il s'agissait peut-être de l'œuvre de N. Contopoulos, Ο Σωτήρ, ποίημα επικόν υπό- Athènes 1878.

2. Jugement de 1874, pp. 23-24.

3. Ibid., p. 24. Selon M. Andrikévits, op. cit., pp. 35-36, ce membre du jury était Aphentoulis.

4. A. I. Antoniadis, Μεσολογγιάς, έπος ιστορικόν, Athènes 1876.

5. Trois ans plus tard, A. R. Rangabé allait parler avec circonspection d'Antoniadis, "auteur de deux épopées qui, s'il était permis de n'avoir égard qu'à la seule étendue, devraient être mises à côté de l'Iliade et de l'Odyssée": Histoire littéraire, op. cit., t. II, p. 180.

6. Jugement de 1874, pp. 25-26.

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populaire et parfois irrégulière, ne manque pas de grâce. Les images sont précises et originales. "Allégorie compliquée et obscure", ce poème baigne dans un mysticisme impénétrable1.

21) Ο Αδάμ και η Εύα: poème en 3010 vers de quinze syllabes rimés. Il a de grandes qualités (bon goût, rimes riches etc.), ainsi que des défauts (langue savante mais défectueuse, redites etc.). L'auteur ignore Milton2.

Il s'agissait d'une œuvre d'Aristomène Provélenghios3. A 24 ans, le poète entreprenait de narrer, en 9 chants, la création du monde et le sort du premier homme:

Θα ψάλω την ανατολήν της Σης δημιουργίας,

την πτώσιν του προπάτορος Αδάμ, εκ της οποίας

η δι' αιώνων έρπουσα απείρων γενεά του

στενάζει υπό τα δεσμά του πελιδνού θανάτου.

Son idéalisme s'alliait à son amour inné de la nature. Mais la langue savante était encore ici pour beaucoup dans un style froid et bavard, classique et romantique à la fois. Autant que nous sachions, Provélenghios ne devait plus jamais participer au concours de Voutsinas.

22) Κατσαντώνης: courte épopée en 482 vers de quinze syllabes rimés, auxquels s'ajoute le début du poème Το Κάστρο της Ωρηάς. La langue, démotique, est précise et puissante; elle rappelle celle des chants populaires. L'intrigue est simple, la narration "poétique, sobre, efficace et touchante". Si l'auteur persiste dans la même voie, il honorera la littérature néo-hellénique. Un membre du jury considère ce jugement comme trop favorable4.

Il s'agissait d'une œuvre de Constantin Xénos5.

23) Κόδρος: poème épique réparti en strophes élégantes et caractérisées par des rimes très riches. La versification est "presque irréprochable", la langue non seulement correcte, mais pourvue de toutes les vertus

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1. Ibid., pp. 27-30. Il s'agissait apparemment d'un poème de l'école heptanésienne.

2. Ibid., pp. 30-36.

3. Aristomène I. Provélenghios, Αδάμ και Εύα, ποίημα επικόν, Athènes 1874. Un court compte rendu est publié dans Εφημερίς των Βιβλιοφίλων, Νο 5, 8 octobre 1874, p. [17].

4. Jugement de 1874, pp. 36-40.

5. Pal. A., t. VIII, p. 20.

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poétiques: harmonie, grâce, beauté, force descriptive. Le jury, ayant à choisir entre deux poèmes "presque égaux", Κατσαντώνης et Κόδρος, préfère le second "pour son intrigue et sa composition impeccables" et lui décerne le prix et la couronne à l'unanimité1.

On eût dit que les concours étaient retournés dix ans en arrière. En réalité, c'était Rangabé qui remportait la victoire en imposant sa volonté au jury et en faisant couronner "à l'unanimité" son poème proféré. Revenu aux concours après une longue absence, il y rétablissait l'ordre, son ordre, qui avait été perturbé. Un certain nombre de poèmes présentés en 1874 se conformaient visiblement aux goûts du rapporteur phanariote: esprit purement classique, langue savante, sujets antiques. Même l'hexamètre, oublié depuis longtemps, réapparaissait de façon inattendue. Conscient de son pouvoir et de son prestige, Rangabé n'avait qu'à procéder à son "second coup d'État"2, celui qui, annulant le verdict joyeux de 1873, couronnait Κόδρος pour imposer à nouveau une poésie grave, solennelle et pompeuse:

Μικρόν αφείσα τον Ελικώνα,

ω Μούσα, κόρη του ουρανού,

μυσταγωγός μου προς τον αιώνα

των ισοθέων παραγενού.

Προ του νοός μου κρατούσα φάρον

μακρών αιώνων τον πέπλον άρον.

Επί Πηγάσου ανάγαγέ με

παρά τας όχθας του Κηφισσού

και μ' έναν κλάδον στεφάνωσέ με

του καλλιδάφνιδος Παρνασσού.

Le lauréat, un lycéen inconnu de 25 ans, n'était pas étranger à la tradition phanariote. Disciple d'Elie Tantalidis (1818-1876), il avait déjà publié à Constantinople un recueil de poèmes en 1873 (Ποιητικά πρωτόλεια), avant d'arriver, la même année, à Athènes, avec le manuscrit de Κόδρος dans ses bagages. C'était Georges Vizyinos (1849-1896).

Surpris par sa victoire, il s'évertuait bientôt à paraître modeste. Lorsque, cinq jours après la cérémonie du 5 mai 1874, il rédigeait la postface qui allait accompagner la publication de son poème, il ne manquait pas de rendre hommage à Tantalidis et de souligner combien il

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1. Jugement de 1874, pp. 41-46.

2. Pal. A., t. VIII, ρ 485. Cf. ici p. 154.

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avait été peiné, lors de son couronnement, "à la pensée que, la Grèce, mère des Homères, des Sophocles et des Pindares, connaît aujourd'hui une telle pénurie de poésie qu'elle parcourt même les lycées pour chercher quelque concurrent à couronner!"1.

Cependant, dans la mesure où l'esprit classique et le rêve d'un "retour aux formes anciennes" marquaient un point en 1874, Κόδρος ne pouvait rencontrer qu'un accueil favorable. Un journal athénien débordait d'enthousiasme: le poème de Vizyinos, digne de son couronnement, était "un très bon augure pour l'avenir de la littérature grecque et de la langue en particulier"2. Mais cet optimisme relevait d'une rhétorique du passé déjà caduque et désuète. En réalité, la victoire de Rangabé avait toutes les caractéristiques d'une victoire à la Pyrrhus. Car si le couronnement de Vizyinos faisait suite à celui de G. Stavridis ou de A. Vyzantios, il venait à un moment où la couronne classique avait perdu toute sa fraîcheur. Les apparences étaient encore une fois trompeuses: Κόδρος, loin d'ouvrir une voie vers l'avenir, écrivait l'épilogue d'une époque révolue.

Entre-temps, le verdict de 1874 prenait l'aspect d'un scandale pour les milieux littéraires athéniens, et la presse ne manquait pas de s'en faire l'écho. Étranger et inconnu, le jeune lauréat rencontrait peu de sympathie et d'indulgence: il avait fait échec à trop d'ambitions pour ne pas être traité avec mépris. Dans une série d'articles publiés par le journal Εφημερίς των Συζητήσεων, Jean Cambouroglou essayait de démontrer avec acharnement l'insignifiance du poème couronné3. De son côté, Vizyinos, fort de sa victoire, donnait libre cours à ses sarcasmes

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1. Georges M. Vizyinos, Ο Κόδρος, επικόν ποίημα βραβευθέν κατά τον Βουτσιναίον ποιητικόν διαγωνισμόν του 1874, Athènes 1874, p. 80. Il est à noter que la plupart des biographes du poète, suivant N. I. Vassiliadis (Γεώργιος Βιζυηνός dans Skokos, Ημερολόγιον 1894 = Εικόνες Κωνσταντινουπόλεως και Αθηνών, Athènes 1910, p. 308) et G. Chassiotis (Βυζαντιναί σελίδες, t. I, Athènes 1910, p. 263), affirment que Vizyinos avait comme rivaux au concours de 1874 les poètes A. Vlachos et Cléon Rangabé, ce qui ne semble pas être exact.

2. Παλιγγενεσία, 24 mai 1874. Trois ans plus tard, A. R. Rangabé lui-même devait faire à nouveau l'éloge de Κόδρος: Histoire littéraire, op. cit., pp. 165-168.

3. Εφημερίς των Συζητήσεων, 31 mai - 12 juin 1874; cf. Pal. A., t. VIII, pp. 486-487. -Criton G. Souris, op. cit., p. 56, à propos d'une parodie du poème couronné écrite par Georges Souris (Ο Κορόιδος), affirme que ce dernier a participé au concours de 1874 avec le recueil Λυρικά άσματα, ce qui est évidemment inexact. Par contre, il est bien probable que G. Souris ait envoyé au concours de 1873 le recueil Λυρικά ποιήματα, qui serait par la suite incorporé dans le premier livre du poète, Συλλογή λυρικών ασμάτων, Athènes 1873.

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en répondant par le poème satirique Το Συμβούλιον των Γραμματέων1:

Ηλθεν ένας από τόπο

βάρβαρο και θρακικό,

και θρονιάστηκε με τρόπο

σε σκαμνί ποιητικό!

A. R. Rangabé, le principal responsable du couronnement du poème Κόδρος, n'était pas moins critiqué par les journaux. Ses failles devenaient déjà visibles: par son texte "sec, aride, décharné et ridé", le rapporteur de 1874 avait montré qu'il était incapable de parler d'autre chose que de langue, de versification et de rimes riches2. Ce n'était pas ainsi que l'on concevait maintenant un discours sur la poésie.

Ce n'était pas ainsi non plus que l'on concevait maintenant les concours en général, leur passé et leur avenir. Pour certains, l'heure de la vérité sonnait déjà tristement, dans l'amertume et le désenchantement. Mettant en évidence la sclérose d'une institution incapable de se renouveler, le retour de Rangabé accélérait, en dernière analyse, une certaine prise de conscience. La rupture entre l'existence des concours et leur fonction véritable, entre leurs promesses et leurs réalisations, entre leurs objectifs et les nouveaux besoins, devenait ainsi suffisamment claire. Ce n'était plus l'avenir qui pouvait changer la situation, alors que le présent témoignait d'une dégradation progressive. Enfermés dans leur passéisme inchangé, les concours sombraient dans la morosité et dans la routine. Une ouverture sur la vie, momentanément entreprise en 1873, était vite annulée par un brusque retour en arrière. A coup sûr, l'avenir ne paraissait pas prometteur.

Mais la sclérose remarquée dans le domaine des concours en 1874, loin d'être un fait isolé, entrait dans un contexte plus large. On dirait que tout un vieux système se raidissait et s'acharnait à défendre ses prérogatives, au moment de sa mise en question ou face à l'apparition de nouvelles forces menaçant son existence. Ange Vlachos, critique de P. Soutsos et de J. Carassoutsas, complétait, en quelque sorte, la démarche de Rangabé par d'autres coups d'arrêt3. La crise politique et sociale était, au même moment, caractéristique. Elle se manifestait par les élections scandaleuses de D. Voulgaris (juin 1874), par l'arrestation

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1. Georges M. Vizyinos, Ατθίδες αύραι, Londres 1883, pp. 203-207.

2. Εφημερίς, 21 juin 1874.

3. Ange Vlachos, Περί Παναγιώτου Σούτσου και των ποιήσεων αυτού, Athènes 1874, et Περί Ιωάννου Καρασούτσα και των ποιήσεων αυτού, Athènes 1874.

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de Ch. Tricoupis, auteur du fameux article Τις πταίει, par une mobilisation massive (1874-1875) ayant pour but le renversement d'un gouvernement illégal. Le conflit entre le nouveau et l'ancien devenait aigu: plus le premier gagnait du terrain, plus le second durcissait ses positions. C'est en ce sens que le couronnement du poème Κόδρος dernier "coup d'État" de Rangabé, marquait un raidissement réactionnaire et venait rétablir un ordre de plus en plus contesté.

4. 1875: Les concours en faillite

Dès lors, les concours, dans une très grande mesure, ne pouvaient être considérés par les forces nouvelles que comme partie intégrante d'un "establishment" en faillite. Roïdis, partisan de Ch. Tricoupis, lançait, dès le début de 1875, ses sarcasmes dans son journal satirique Ασμοδαίος: "Quarante-huit drames ont déjà été envoyés au concours de Voutsinas, dont quarante-deux par la poste de Syros"1. Ou bien: "Extrait d'un des 93 drames présentés cette année au concours de Voutsinas"2. Le fait que les universitaires, à l'exception d'Aphentoulis et de Mistriotis, aient refusé de participer au jury de 1875 était commenté ironiquement3. Un poème de ΦΛΟΞ (Jean Cambouroglou) se terminait par les vers suivants:

Αυταί είν' αι ημέραι μας, προόδου φευ ημέραι!

Την αρμονίαν, Μούσα μου, καν με τους στίχους φέρε.

Μακράν των διαγωνισμών, μακράν του Αφεντούλη,

θα δείξης, είμαι βέβαιος, πως δεν κοιμάσαι δούλη4.

Enfin, au même moment, Roïdis, énumérant un certain nombre des choses qui avaient fait faillite à Athènes, citait aussi bien "les actions

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1. Ασμοδαίος, 19 janvier 1875. Roïdis prenait ici pour cible T. Ambélas, originaire de Syros.

2. Ασμοδαίος, 9 février 1875.

3. Ασμοδαίος, 12 mars 1875. Signalons que, à la même époque, Aphentoulis, rapporteur au concours de D. Iconomos (26 octobre 1874), était l'objet de nombreux commentaires dans la presse athénienne à propos de sa querelle avec Ph. Paraskévaïdis relative à une traduction de Dante. Ces commentaires se terminaient souvent par "le refrain connu et ennuyeux, que les concours doivent être supprimés": Παλιγγενεσία, 3 février 1875. Roïdis n'avait pas perdu l'occasion d'attaquer, lui aussi, Aphentoulis et "tutti quanti": Ασμοδαίος, 2, 9, 16 février et 21 mars 1875.

4. Ασμοδαίος, 21 mars 1875.

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des compagnies» que «les concours poétiques»1. Scepticisme ironique d'un esprit fin, agacé par la médiocrité des juges et des poètes jugés? Sans doute. Mais, en même temps, clairvoyance, réalisme et mise en question d'un ensemble.

Toutefois, le rédacteur de Ασμοδαίος n'était pas le seul à combattre l'institution poétique, en ce début de 1875 où le concours, exclusivement dramatique, se préparait dans une atmosphère électrisée par les luttes contre le gouvernement de D. Voulgaris. De nombreux journaux grecs, même de l'étranger, accompagnaient leurs attaques contre les concours d'une mise en question globale de leur apport. On avait hâte d'en finir avec un passé qui s'écroulait de tous côtés.

C'est dans un tel climat qu'Aphentoulis prenait la parole, lors de la cérémonie du 18 mai 1875, comme représentant d'un jury auquel participaient aussi le recteur P. Rombotis (président) et G. Mistriotis. La situation politique s'étant normalisée entre-temps par la démission de Voulgaris et par la formation du premier gouvernement de Tricoupis (27 avril 1875), le rapporteur n'avait, tout d'abord, qu'à exprimer sa joie pour le rétablissement de l'ordre et de la paix. Mais cette joie se transformait vite en colère: les ennemis des concours étaient plus dangereux et plus agressifs que jamais. Devant une campagne orchestrée contre l'institution poétique, Aphentoulis prenait la défense de celle-ci au présent, au passé et au futur: «C'est ce concours. Messieurs, —le concours que certains s'emploient à supprimer— qui a donné naissance à tout ce que la poésie grecque a à présenter de remarquable depuis plus de 20 ans; et c'est ce concours aussi, nous l'espérons, qui donnera dans l'avenir des fruits encore meilleurs»2.

Ainsi les poètes Zalocostas, Orphanidis, Carassoutsas, Vernardakis, Antoniadis, A. Paraschos, Vlachos et A. R. Rangabé, nommément cités, étaient-ils une preuve de ce que l'institution poétique avait pu apporter depuis sa naissance. Les juges universitaires, «qui ne se prenaient ni pour Aristote, ni pour Longin, ni pour Aristarque, ni pour Horace», étaient fermement défendus pour leur compétence et pour leur impartialité. Les poètes protestataires recevaient un ultimatum menaçant: «Les candidats doivent savoir que leur moindre objection soulevée contre les décisions du jury sera désormais une raison suffisante pour qu'ils n'aient

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1. Ασμοδαίος, 23 mars 1875. Par «les actions des compagnies» Roïdis entendait,, évidemment, les opérations boursières liées à l'affaire du Laurium.

2. Jugement de 1875, Athènes 1875, p. 5.

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plus le droit de participer aux concours"1. Quant à ceux qui parlaient de décadence de l'institution poétique et en rejetaient la responsabilité sur l'Université d'Athènes, ils n'étaient que victimes de leur propre aveuglement. "Mais la preuve tangible, Messieurs, qui montre que ce concours se renforce, progresse et mûrit de plus en plus, est la production de cette année: 33 œuvres dramatiques, tragédies et comédies, les plus nombreuses et les meilleures présentées jusqu'ici"2.

Ces œuvres, "les meilleures présentées jusqu'ici", étaient pour la plupart passées sous silence: Aphentoulis ne commentait que 11 d'entre elles (3 comédies et 8 tragédies). Un drame, "Francesca da Rimini", était exclu du concours non seulement parce qu'il était écrit en prose, mais aussi parce qu'il était plein de blasphèmes3. Voici les œuvres envoyées en 1875, selon le rapport d'Aphentoulis:

1) Η Κόρη του Σουλίου

2) Άθωνις

3) Οι πρωτόπλαστοι

4) Ο Γεροδήμος

5) Η Καταστροφή των Ψαρών4

6) Προοίμιον της τυραννίας τον Αλή-πασά

7) Έρως και αντιζηλία

8) Οι προικοθήραι

9) Ο άπληστος τοκογλύφος

10) Διαμάντω

Il s'agissait très probablement d'une tragédie en cinq actes de Georges Vizyinos5.

11) Αριστίων ο Φιλελεύθερος

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1. Ibid., p. 11.

2. Ibid.

3. Ibid., p. 12. Dans la liste des 33 œuvres qui est publiée séparément à la fin du jugement de 1875 (pp. 63-64), figure un poème intitulé Φραντζέσκα: il s'agit, probablement de celui qui fut exclu du concours. Mais cette liste ne contient pas le drame Στάτειρα, commenté par le rapporteur (voir No 29). Les titres des œuvres n'étant accompagnés d'aucune indication, il nous est difficile de savoir, la plupart du temps, s'il s'agit de comédies ou de tragédies.

4. En 1873, le désastre de Psara fut le sujet du concours de Nicodimos, ce qui explique l'abondance de drames portant ce titre, comme par exemple ceux publiés par Alexandre Moraïtidis (Athènes 1876), par Georges G. Avlichos (Céphalonie 1883) ou par P. S. Synodinos (Εσπέρα, Athènes 1876, pp. 105-203).

5. Sur cette tragédie perdue, voir N. I. Vassiliadis, op cit., ρ 311, et G. Chassiotis, op. cit., p. 279.

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Il s'agissait d'un drame de D. Gr. Cambouroglou1.

12) Ο υιός του Κροίσου

13) Ο γάμος της Ελένης

14) Ο Μισάνθρωπος .

15) Τα τέκνα του Αναγνωστοπούλου

16) Η Διδώ

17) Ο οίκος του Μεγάλου Βασιλέως

18) Κάλλιον θάνατος ή ατιμία

Il s'agissait d'une tragédie de N. Contopoulos, publiée avec des poésies diverses2. Dans sa courte préface, l'auteur déclarait être un poète amateur et sans prétention à la couronne du concours.

19) Δύο γάμοι του συρμού

20) Φιλία και έρως

21 ) Αι μετοχαί του Λαυρίου

22) Οι Πεισιστρατίδαι

23) Ο πρωθυπουργός Σκουντούφλης: comédie présentée pour la première fois au concours de 1872. Le sujet (intrigues de la vie politique) conserve toute son actualité; la langue et la versification sont bonnes. Mais la comédie en question ne mérite pas le prix et la couronne. Si l'auteur la présente au théâtre avec succès, les juges s'offrent à lui verser la somme qu'ils gagnent pour leur participation au jury3.

Il s'agissait de l'œuvre de G. Th. Lambadarios qui avait été envoyée en 1872 sous le titre Οι πολιτικοί4.

24) Ο τοκογλύφος ψηφοθήρας: comédie se référant à la vie politique. L'intrigue est simple et amusante. Les caractères sont bien peints5.

Oeuvre d'Antoine Antoniadis, cette comédie montrait dans quelle mesure son auteur savait s'adapter aux circonstances: elle visait l'actualité brûlante de l'époque, les intrigues électorales en l'occurrence, et était entièrement écrite en langue populaire6.

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1. Camb. A., p. 799.

2. N. Contopoulos, Ποικίλα, ήτοι τραγωδία Κάλλιον θάνατος ή ατιμία και άλλα τινά ποιημάτια, υπό- Athènes s.d.

3. Jugement de 1875, pp. 12-14.

4. C. Th. Lambadarios, Σκουντούφλης ο πρωθυπουργός, κωμωδία εις μέρη τέσσαρα (λαβούσα τον Α' έπαινον εν τω Βουτσιναίω ποιητικώ αγώνι του Πανεπιστημίου του 1875) υπό- Athènes 1876.

5. Jugement de 1875, pp. 14-16.

6. A. I. Antoniadis, Παυσανίας ο Λακεδαιμόνιος και Η κατάρα της μάννας, τραγωδίαι· Ο τοκογλύφος ψηφοθήρας και Η άπιστος (βραβευθείσα εις τον ποιητικόν διαγωνισμόν

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25) Η άπιστος: comédie qui présente une certaine affinité avec l'œuvre précédente. C'est une satire des jeunes filles athéniennes qui cherchent à épouser de riches grecs venus de l'étranger. Le sujet, très actuel, est développé de façon admirable. L'auteur semble avoir étudié les chants populaires. Un long passage est cité1.

C'était encore une comédie d'Antoniadis, écrite en langue savante2. L'actualité donnait naissance ici, une fois de plus, à une description de mœurs athéniennes. Mais l'enthousiasme du rapporteur de 1875 était sans doute injustifié. Oeuvre médiocre et superficielle, Η άπιστος avait en réalité peu de rapports avec ce qu'Aphentoulis appelait "un véritable miroir social de l'époque".

26) Ο Παυσανίας: tragédie dont l'action est souvent vive, mais la peinture des caractères défectueuse. La prolixité du dernier acte est incompatible avec le tempérament des Spartiates3.

Il s'agissait d'une œuvre de Jean Margaritis4.

27) Κλεομένης: tragédie qui prend parfois un aspect épique ou lyrique. L'auteur fait preuve de patriotisme et d'imagination, mais il ne possède pas une expérience dramatique5.

Selon Jean Sidéris, il s'agissait d'une œuvre de Constantin Anghélopoulos6.

28) Ιούνιος Βρούτος: tragédie qui, comparée à l'œuvre du même nom de Voltaire, s'avère maladroite et décevante. Les fautes de grammaire n'y manquent pas. Toutefois, l'auteur est talentueux et donne beaucoup d'espoirs pour l'avenir7.

Oeuvre de Jean G. Phranghias, cette tragédie, qui avait été envoyée pour la première fois au concours de 1871, allait être publiée à Hermoupolis l'année suivante. Dans sa longue préface (21 juillet 1876) où il expliquait en détail dans quelles conditions son œuvre avait été

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του φιλογενούς Κυρίου Ιωάννου Γ. Βουτσινά, τη 18 Μαΐου 1875), κωμωδίαι, Athènes 1877, pp. 181-254.

1. Jugement de 1875, pp. 16-23.

2. A. I. Antoniadis, op. cit., pp. 255-340.

3. Jugement de 1873, pp. 23-24.

4. Jean Margaritis, Παυσανίας ο Κλεομβρότου, τραγωδία εις μέρη πέντε υπό-Athènes 1876. La même tragédie est publiée en entier dans la revue Βύρων 2 (1876) 423-433, 498-506 et 559-571

5. Jugement de 1875, p. 24.

6. Jean Sidéris, Ιστορία του νέου ελληνικού θεάτρου 1794-1908, t. Ι, Athènes s.d., p. 75.

7. Jugement de 1875, pp. 25-28.

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composée, jouée et remaniée, l'auteur n'hésitait pas à condamner les protestations des concurrents: «Les vantardises des auteurs dans les préfaces des poèmes, chaque fois que ceux-ci, présentés dans l'arène athénienne que l'on appelle chez nous Concours Poétique, ratent le prix, sont devenues non seulement habituelles mais encore assommantes»1. Mais cette déclaration n'empêchait pas Phranghias d'attaquer, lui aussi à son tour, le verdict d'Aphentoulis et d'attribuer son échec aux «préjugés voltairiens» du jury2.

29) Στάτειρα: tragédie «simple», mais «froide, sans but, sans intérêt et sans catharsis»3.

30) Η κατάρα της μάννας: tragédie en cinq actes qui tire son sujet d'un chant populaire inédit. Écrite en langue démotique, elle se lit avec intérêt et mérite d'être louée, «bien qu'elle ne soit pas suffisamment émouvante». Sont citées deux scènes du troisième acte4.

Il s'agissait d'une œuvre d'Antoine Antoniadis5. Située au XVIIIe siècle (1769), elle devenait une étude de mœurs kleftiques telles que les imaginait la génération de l'auteur. Le ton restait héroïque, l'histoire se mêlait au folklore, la langue démotique entraînait le vers de quinze syllabes. A l'instar de S.N. Vassiliadis (Γαλάτεια), Antoniadis transformait un chant populaire en pièce de théâtre. Il n'en composait pas moins un drame romantique qui portait les traces de son époque:

Στην Πόλη, στην Αγια-Σοφιά θα δούμε βασιλέα! 6

31) Παυσανίας ο Λακεδαιμόνιος: tragédie «remarquabe» qui possède des qualités quant à la peinture des caractères, à la langue (savante), à la versification (trimètres iambiques). Mais l'auteur n'a pas réussi à peindre convenablement son héros. Il doit remanier sa tragédie et lire Byron («Les Deux Foscari»), Racine («Mithridate»), Shakespeare («Jules César») et Schiller («Wallenstein»)7.

C'était la quatrième œuvre présentée au même concours par Antoine

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1. Jean G. Phranghias; op. cit., p. [γ'].

2. Ibid., pp. ξ' sq. Signalons que N. I. Lascaris (Ιστορία του νεοελληνικού θεάτρου, op. cit., pp. 135 sq.) donne sur cet auteur des renseignements parfois inexacts. D'autre part, Jean Sidéris, op. cit., attribue Ιούνιος Βρούτος à T. Ambélas.

3. Jugement de 1875, p. 28.

4. Ibid., pp. 29-41.

5. A. I. Antoniadis, op. cit., pp. 97-180. (Deuxième édition: Athènes 1891).

6. Ibid., p. 123; cf. p. 121.

7. Jugement de 1875, pp. 41-45.

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Antoniadis1. Tragédie classique, elle se conformait à toutes les règles et les convenances du genre: unités aristotéliciennes, sujet antique, langue savante, trimètres iambiques. Nous ignorons si l'auteur a suivi, comme d'habitude, les conseils du rapporteur avant de publier son œuvre.

32) Πέτρος ο Συγκλητικός: drame historique en cinq actes (3500 vers), imitation de Shakespeare ("Hamlet" et "Macbeth"). L'auteur semble avoir étudié l'histoire médiévale de Chypre. Il accumule des épisodes, émeut souvent mais fatigue aussi le lecteur2.

Il s'agissait d'une œuvre typiquement romantique de Thémistocle Théocharidis, publiée deux ans plus tard3. Dans sa courte préface, l'auteur se déclarait satisfait du jugement porté sur son drame et remerciait vivement le jury.

33) Σαμψών και Δαλιδά: tragédie. Ses qualités sont nombreuses: intrigue réussie, catharsis convenable, caractères bien peints, langue et versification satisfaisantes. Sont citées deux scènes du deuxième et du cinquième acte. Cette tragédie est considérée par le jury comme digne de partager le prix du concours avec la comédie Η άπιστος. Les œuvres No 23, 31 et 32 obtiennent des accessits: celles No 26, 27 et 28 reçoivent des mentions honorables. Enfin, les juges décident de dévoiler, en signe d'honneur, les noms des auteurs de Ο πρωθυπουργός Σκουντούφλης et de Πέτρος ο Συγκλητικός4.

C'est ainsi que, largement récompensés, les candidats de 1875 pouvaient redoubler de zèle et présenter de meilleures performances dans l'avenir. Constantin Ch. Versis, l'auteur de Σαμψών και Δαλιδά5, remportait sa deuxième victoire depuis 1870 pour ses trimètres archaïsants et ampoulés:

Ηλάλαξαν αι γλώσσα ι αι παράνομοι,

και βλασφημίας αίρουν μέχρις ουρανού.

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1. Α. Ι. Antoniadis, op. cit., pp. 1-95.

2. Jugement de 1875, pp. 46-48.

3. Th. Théocharidis, Πέτρος ο Συγκλητικός, τραγωδία εις πέντε πράξεις υπό- λαβούσα τον α΄ έπαινον εν τω Βουτσιναίω διαγωνισμώ του 1875, Larnaka 1877. Deuxième édition, établie par la veuve du poète: Larnaka 1907.

4. Jugement de 1875, pp. 48-62.

5. C. Ch. Versis, Σαμψών και Δαλιδά, τραγωδία εις πέντε πράξεις υπό- βραβευθείσα εν τω Βουτσιναίω ποιητικώ διαγωνισμώ του 1875, Athènes 1875. Un extrait de cette tragédie est reproduit dans Mat. Parn., pp. 625-630. Signalons que pour Jean G. Phranghias, op. cit., p. ιβ', Aphentoulis, principal responsable du couronnement de Versis, "ignorait qu'il existe aussi un Samson voltairien".

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Εσκίρτησαν υπό χαράς οι άνομοι,

και κορυβαντιώντες γην και θάλασσαν

με ωρυγάς καλύπτουν και με καγχασμούς.

Antoine Antoniadis, sévèrement critiqué l'année précédente par A. R. Rangabé, revenait cette fois-ci avec 4 œuvres (2 comédies et 2 tragédies), misait à la fois sur la langue populaire et sur la langue savante, et obtenait enfin la moitié du prix avec, en plus, un accessit. De nouveaux poètes dramatiques tels que C. Th. Lambadarios, Th. Théocharidis, Jean Margaritis et Jean Phranghias faisaient des apparitions prometteuses. A première vue, le concours se portait bien; le nombre des concurrents était en augmentation; les 8 œuvres honorées pouvaient même paraître comme des signes de progrès qualitatif. Mais ces apparences semblaient d'autant plus trompeuses que la faillite de l'institution poétique se précisait inexorablement.

En réalité, ni le bilan triomphal d'Aphentoulis ni les récompenses largement offertes par le jury ne pouvaient faire face à une crise qui allait en s'amplifiant. En vain le journal Παλιγγενεσία exaltait-il le Jugement de 1875 et prenait-il la défense des concours1. Ceux-ci, appauvris sur le plan qualitatif, se transformaient de plus en plus en fêtes scolaires dont les distributions de prix, monotones et ennuyeuses, soulevaient des commentaires ironiques même chez les adolescents de 14-15 ans. Témoin ce jeune garçon qui écrivait à son ami Costis Palamas le 28 mai 1875: "Tu as certainement appris qu'Antoniadis sera éternellement couronné pour son Η άπιστος, ainsi que C. Versis pour son Σαμψών"2.

De fait, la pauvre moisson de 1875 reflétait l'impasse du théâtre néo-hellénique dans son ensemble. Depuis des années, la production dramatique, en général, suivait uniformément la voie tracée par D. Vernardakis et A. Vlachos, les dramaturges "les plus éminents d'aujourd'hui"3. Μερόπη et Μαρία Δοξαπατρή constituaient les deux principaux modèles de la tragédie classique et du drame romantique; l'histoire, ancienne ou médiévale, amenait en tout cas à la même abstraction et donnait naissance à des œuvres aussi emphatiques que froides. Orientée vers la vie contemporaine et dominée forcément par des éléments

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1. Παλιγγενεσία, 19 mai 1875.

2. C. S. Constas, "Γράμματα προς τον Κωστή Παλαμά 1874-1878", NE 89 (1971) 336.

3. André Anagnostakis, Λόγος Ολυμπιακός εκφωνηθείς κατ' εντολήν της Ακαδημαϊκής Συγκλήτου τη 4 Μαΐου 1875, επί τη Γ΄ εορτή των υπό του αοιδίμου Ευαγγέλη Ζάππα ιδρυμένων Ολυμπίων υπό -Athènes 1875, p. 31.

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réalistes, la comédie n'avait pourtant- pas à présenter des performances remarquables. Lorsqu'elle se libérait des imitations aristophanesques, elle n'évitait pas, en général, les défauts des pièces de Vlachos: lieux communs empruntés aux vaudevillistes français (Labiche, Martin, Lambert Thiboust), description superficielle des mœurs athéniennes, sujets actuels mais dépourvus d'originalité. Si les événements de 1874-1875 avaient poussé à la satire politique, celle-ci restait conventionnelle et médiocre, alors que la forme même du théâtre versifié et la monotonie des trimètres iambiques accentuaient le manque de naturel dans les dialogues.

C'est ainsi que, en 1875, le dernier concours dramatique, loin d'apporter grand-chose à la production purement théâtrale montrait que l'institution poétique, atrophiée et sclérosée, s'approchait encore davantage de sa fin inéluctable. Les vives attaques des candidats contre les jurys, toutes ces réponses hargneuses qui, des décennies durant, alimentaient la presse athénienne et les préfaces des poèmes publiés, n'avaient plus leur place. Certes, le sévère avertissement d'Aphentoulis y était pour beaucoup. Mais il y avait aussi la lassitude, l'indifférence, le peu d'importance que l'on attachait finalement à un verdict sans véritable portée. Or les vainqueurs n'avaient pas lieu de se réjouir outre mesure de leurs couronnes, et les vaincus ne pouvaient pas non plus éprouver d'humiliation exagérée. Tout devenait calme, banal, médiocre, routinier. Entrés en agonie, les concours allaient prolonger pour deux ans encore une existence sans espoir.

5. 1876: Le dernier éclat

Cependant, le zèle des candidats présentait toujours la même ardeur. Annoncée par les journaux pour le début du mois de mai, la cérémonie de 1876 devait être reportée au 13 mai: les 31 poèmes lyriques envoyés, avec leur ensemble de 26.928 vers, n'avaient pas permis aux trois membres du jury —E. Cokkinos (président), Th. Orphanidis (rapporteur) et Th. Aphentoulis— d'accomplir leur tâche dans les délais prévus. «Comment une telle inondation de vers pouvait-elle ne pas submerger les juges?»1. On eût dit que, désapprouvée par Mistriotis en 1873, la poésie lyrique revenait maintenant en force pour démentir les pronostics et pour réanimer par sa présence massive un concours tombé dans le marasme. Mais était-elle pour autant prometteuse?

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1. Jugement de 1876, Athènes 1876, p. 9.

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    22. Moullas, Concours poetiques

    avec le présent, du réalisme, de la joie de vivre, ce la langue parlée. Mais A. R. Rangabé était toujours là et veillait jalousement à ce que l'édifice qu'il avait contribué à construire demeurât solide et sans fissures.

    3. 1874: Le retour de A. R. Rangabé

    Car, l'homme qui avait marqué toute la période du concours de Rallis, qui avait couronné G. Stavridis en 1860 et A. Vyzantios en 1862, qui avait fait sa dernière apparition comme juge en 1867 et comme concurrent en 1871, réapparaissait soudain en 1874 pour assumer, une fois de plus, le rôle de rapporteur dans un jury présidé par le recteur G. Makkas et composé par Th. Aphentoulis et Th. Orphanidis. En réalité, ce retour de Rangabé n'allait pas sans surprises. Pour la première fois lors de la cérémonie du 5 mai 1874, un rapporteur ne donnait pas lecture du texte qu'il avait rédigé. Parti précipitamment pour l'Égypte auprès de son fils mourant, Rangabé laissait le soin de cette lecture publique à Aphentoulis, et celui-ci ne manquait pas, avant de commencer, d'adresser quelques mots de sympathie à son collègue éprouvé par le malheur.

    Nous ne savons pas dans quelle mesure les soucis familiaux du rapporteur de 1874 ont été pour quelque chose dans sa hâte à bâcler un texte court et morose. En tout état de cause, Rangabé ne devait pas avoir cette fois la tâche facile. La présence de son vieil ennemi Orphanidis dans le jury n'était sûrement pas réconfortante, pas plus que celle d'Aphentoulis, au tempérament très étranger au sien1. Mais le désenchantement du rapporteur, le ton désabusé qui traverse une grande partie de son texte, venait aussi bien de l'état de l'institution poétique, en général, que de la qualité des poèmes présentés en particulier. On ne vivait plus à l'époque de Rallis, et Rangabé était trop intelligent pour ne pas l'avoir compris. Les concours avaient dégénéré peu à peu; ils s'étaient transformés en une arène littéraire où s'affrontaient bruyamment les ambitions de dizaines de jeunes débutants. Depuis deux ans, les choses avaient pris un nouveau tournant: le groupe de Castorchis avait invité Valaoritis à l'Université et décerné le prix à un recueil

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    1. Dans son rapport, Rangabé indique que ses collègues n'ont pas toujours porté le même jugement sur les poèmes présentés. Dans ses Mémoires, à propos du poète couronné, il affirme avoir imposé son opinion, "bien que le jury n'ait pas manqué d'objections": Απομνημονεύματα, t. IV, pp. 98-99.