Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
Άδεια χρήσης:Αυτό το ψηφιοποιημένο βιβλίο του ΙΑΕΝ σε όλες του τις μορφές (PDF, GIF, HTML) χορηγείται με άδεια Creative Commons Attribution - NonCommercial (Αναφορά προέλευσης - Μη εμπορική χρήση) Greece 3.0
 
Το Βιβλίο σε PDF:Κατέβασμα αρχείου 16.82 Mb
 
Εμφανείς σελίδες: 340-359 από: 490
-20
Τρέχουσα Σελίδα:
+20
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/340.gif&w=600&h=915 22. Moullas, Concours poetiques

réalistes, la comédie n'avait pourtant- pas à présenter des performances remarquables. Lorsqu'elle se libérait des imitations aristophanesques, elle n'évitait pas, en général, les défauts des pièces de Vlachos: lieux communs empruntés aux vaudevillistes français (Labiche, Martin, Lambert Thiboust), description superficielle des mœurs athéniennes, sujets actuels mais dépourvus d'originalité. Si les événements de 1874-1875 avaient poussé à la satire politique, celle-ci restait conventionnelle et médiocre, alors que la forme même du théâtre versifié et la monotonie des trimètres iambiques accentuaient le manque de naturel dans les dialogues.

C'est ainsi que, en 1875, le dernier concours dramatique, loin d'apporter grand-chose à la production purement théâtrale montrait que l'institution poétique, atrophiée et sclérosée, s'approchait encore davantage de sa fin inéluctable. Les vives attaques des candidats contre les jurys, toutes ces réponses hargneuses qui, des décennies durant, alimentaient la presse athénienne et les préfaces des poèmes publiés, n'avaient plus leur place. Certes, le sévère avertissement d'Aphentoulis y était pour beaucoup. Mais il y avait aussi la lassitude, l'indifférence, le peu d'importance que l'on attachait finalement à un verdict sans véritable portée. Or les vainqueurs n'avaient pas lieu de se réjouir outre mesure de leurs couronnes, et les vaincus ne pouvaient pas non plus éprouver d'humiliation exagérée. Tout devenait calme, banal, médiocre, routinier. Entrés en agonie, les concours allaient prolonger pour deux ans encore une existence sans espoir.

5. 1876: Le dernier éclat

Cependant, le zèle des candidats présentait toujours la même ardeur. Annoncée par les journaux pour le début du mois de mai, la cérémonie de 1876 devait être reportée au 13 mai: les 31 poèmes lyriques envoyés, avec leur ensemble de 26.928 vers, n'avaient pas permis aux trois membres du jury —E. Cokkinos (président), Th. Orphanidis (rapporteur) et Th. Aphentoulis— d'accomplir leur tâche dans les délais prévus. «Comment une telle inondation de vers pouvait-elle ne pas submerger les juges?»1. On eût dit que, désapprouvée par Mistriotis en 1873, la poésie lyrique revenait maintenant en force pour démentir les pronostics et pour réanimer par sa présence massive un concours tombé dans le marasme. Mais était-elle pour autant prometteuse?

————————————

1. Jugement de 1876, Athènes 1876, p. 9.

Σελ. 340
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/341.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

Le rapporteur Orphanidis ne cachait pas sa déception. Pour lui, la moisson lyrique de 1876 n'annonçait rien de bon: elle était caractérisée, dans son ensemble, par «une ignorance totale», par «une incohérence et un manque de suite dans les idées», par «une vulgarité dans le langage», par «un verbalisme insupportable», par «une versification fardée et froide»1. Or la question que le rapporteur avait posée en 1870 restait toujours d'actualité: «Avons-nous aujourd'hui en Grèce une poésie lyrique?». Et la réponse à cette question était aussi décourageante que catégorique: «Nous répondons avec courage et nous déclarons avec conviction que nous n'avons pas de poésie lyrique. Par conséquent, si le concours dont nous rendons compte aujourd'hui paraît défectueux, cela n'est pas dû au manque de poètes, mais au caractère qu'a pris à l'heure actuelle la poésie dite lyrique, cette poésie écrite et non chantée»2.

Ainsi, pour Orphanidis, la poésie lyrique, ayant comme principale fonction d'être chantée, ne pouvait-elle connaître aucune floraison dans une société dépourvue d'enthousiasme et indifférente à la chanson. Cet enthousiasme lyrique n'appartenait qu'au passé: c'était un phénomène lié à la Révolution de 1821 et aux conditions sociales qui avaient créé alors un climat d'exaltation. «Aujourd'hui, notre patrie, oublieuse de cette époque héroïque, est préoccupée par d'autres luttes, non point certes inutiles, mais peu glorieuses. Pourtant, lorsque l'esprit humain s'oriente exclusivement vers l'utilité matérielle, il s'humilie, et son humiliation entraîne un relâchement moral; tout sentiment noble meurt, s'éteint et ne peut s'éveiller facilement»3. Le thème de l'idéal déchu, thème de toute cette époque, revenait une fois de plus pour attrister le jovial rapporteur de 1876.

Toutefois, Orphanidis ne sombrait pas dans le pessimisme. Les signes de ce qu'il appelait «fermentation sociale» étaient déjà évidents. La poésie pouvait donc sortir de son impasse avec l'ensemble d'une société en transformation. Mais, pour l'instant, ce qui était l'essentiel, c'était un effort pour s'approcher du réel. Les poètes lyriques de 1876, dans leur ensemble, avaient pratiquement peu de connaissances sur le plan de l'histoire naturelle, et leur ignorance dans ce domaine se trahissait par leurs images et leurs métaphores erronées. Dans ces conditions, il était normal qu'Orphanidis conseillât aux poètes, tout d'abord, «une

————————————

1. Ibid., p. 5. 

2. Ibid., p. 9. C'est le rapporteur qui souligne.

3. Ibid., p. 12.

Σελ. 341
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/342.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

étude très large et pratique de la nature»1, pour souligner, par la suite, combien l'apprentissage des règles poétiques était indispensable.

Ceci dit, le problème de la création paraissait au rapporteur de 1876 plus difficile et complexe: on ne devait pas sous-estimer l'importance de facteurs innés tels que le talent et l'inspiration. Mais ces facteurs n'étaient pas, en dernière analyse, indépendants des éléments acquis. Car l'inné et l'acquis formaient un tout inséparable, et l'homme était le résultat d'une collaboration harmonieuse de la nature avec la culture. «Nous ne considérons pas comme véridique l'adage «les poètes naissent poètes, les orateurs deviennent orateurs»; car tous les hommes doivent avoir de naissance une vocation à apprendre tel ou tel art, et tous les hommes doivent étudier pour devenir ce qu'ils veulent en cultivant leur vocation»2.

C'est ici que nous avons sans doute un texte devenu prétexte: l'année suivante, Roïdis et Vlachos allaient développer largement, ainsi que nous le verrons, les questions posées par Orphanidis. Mais celui-ci n'ouvrait pas seulement un débat futur: il donnait déjà des réponses qui, sous certains aspects, étaient plus positives et complètes que celles avancées, dans un climat de conflit personnel, par les deux critiques athéniens.

Quant aux 31 poèmes lyriques du concours3, ils étaient répartis par le rapporteur de 1876 en deux catégories, selon leur valeur. La première catégorie comprenait 17 poèmes plus ou moins insignifiants (ληρικά, avec η, selon le jeu de mots d'Orphanidis) dont chacun avait droit à un court commentaire ironique. Ce n'était donc que la seconde catégorie, celle des 14 poèmes effectivement lyriques (λυρικά, avec υ), qui était analysée et commentée largement par le rapporteur. Voici un résumé du Jugement de 1876:

I. Première catégorie

1 ) Poème sans titre (2411 vers), un «abject bavardage monacal», qui

————————————

1. Ibid., p. 5; cf. p. 21. La «nature», arme anti-romantique par excellence, s'oppose ici, plus généralement, à toute forme d'abstraction: le rapporteur, professeur de botanique, parle à la fois au nom de la science, de la pensée rationaliste et du réalisme.

2. Ibid., pp. 4-5.

3. Deux poèmes, arrivés après l'échéance, sont exclus sans être nommés: Ibid., p. 6. Orphanidis parle de 31 concurrents, de 40 manuscrits et de 31 œuvres (pp. 6-7), mais il présente une liste analytique de 32 poèmes (pp. 7-9): en réalité, les poèmes de Vizyinos (No 3 et 4 de la liste) doivent être considérés comme une seule œuvre.

Σελ. 342
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/343.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

porte l'inscription: Ιερομόναχος υπ' ανωτέρων αρχών εις τινα Μοναστήρια, προς κατάπαυσιν της εν αυτοίς έριδος, και διατί, πώς, και εκ τίνος ηγουμενοσυμβουλίου εχρεώθησαν αι μοναί αυταί, και πόσον ην το χρέος εκάστης αυτών.

2) Ώραι σχολής (1007 vers)

3) Τρικυμία (534 vers)

4) Άνθη αγρού (1542 vers)

5) Παλμοί (2280 vers)

6) Ο προορισμός της Ελλάδος (452 vers): "œuvre entièrement disgracieuse".

7) Ψυχαί (500 vers): "imitations étrangères non assimilées".

8) Στιγμαί σχολής (430 vers): poème exclu en raison du nombre de ses vers.

9) Η παλινωδία μου (500 vers): il contient deux poèmes intéressants.

10) Λυρικαί ποιήσεις (570 vers): œuvre qui date de 1854.

11) Ερώτων έπη (798 vers): "froids exercices poétiques de grammairien pédant. Mais les manuels de grammaire écrivent: les poètes naissent poètes et les orateurs deviennent orateurs. Nous souhaitons donc que ce poète maladroit devienne du moins un orateur, vu que le verbalisme connaît une grande prospérité chez nous!"2.

Ce "grammairien pédant" n'était autre que Costis Palamas (1859-1943) qui, à 16 ans, participait au concours de Voutsinas pour la première et la dernière fois. Plus tard, il allait se référer à plusieurs reprises, et non sans complaisance, au sévère jugement porté sur lui par Orphanidis3.

12) Πτερά (539 vers)

13) Όνειρα (548' vers)

14) Ο λυρωδός (699 vers): œuvre contenant un extrait de poème et, de ce fait, exclue du concours.

15) Σταγόνες (646 vers)

16) Αισθήματα και αναμνήσεις (502 vers)

17) Ο χορός της κυρίας Ριπαπή (734 vers): œuvre satirique qui raille un certain nombre de personnages athéniens connus. Bien qu'elle

————————————

1. Ibid., p. 7; cf. un commentaire ironique dans Εστία 3 (1877) 399-400.

2. Jugement de 1876, p. 16.

3. Voir notamment Pal. A., t. I. p. 19, et t. IV, p. 430. Nous signalons qu'une lettre de D. S. Zalouchos à C. Palamas (19 mai 1876) décrit assez bien la façon dont les amis du poète, présents à la cérémonie, accueillirent le jugement du rapporteur sur Ερώτων ίπη: C. S. Constas, op. cit., p. 392.

Σελ. 343
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/344.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

n'ait pas de place dans un concours de poésie lyrique, elle fait cependant l'objet d'un commentaire plutôt favorable1.

Il s'agissait d'une œuvre de Georges Souris2.

II. Deuxième catégorie

18) Συ και εγώ (515 vers): recueil de 9 petites poésies, œuvre d'un poète débutant. Est cité le poème Εις τον αόμματον πάππον μου.

19) Αετιδείς (502 vers): œuvre d'un poète inexpérimenté. Est cité le poème Επί του λευκώματος μικράς μαθητρίας, "obscure imitation de muse étrangère".

20) Ίρις (585 vers): recueil de 9 poésies "très médiocres". La versification est en général naturelle. L'auteur fait un usage abusif de mots vulgaires et populaires; il n'évite pas la prolixité et le prosaïsme. Sont cités les poèmes Η συνέντευξης et Η ευτυχία3.

Il s'agissait d'une œuvre de D. Gr. Cambouroglou4. Dans sa cinquième et dernière participation au concours de Voutsinas, le lauréat de 1873 faisait preuve de la même bonne humeur qui avait toujours marqué ses manifestations littéraires:

Ποιος γνωρίζει την Σμαράγδα

πούχει χάραις πούχει κάλλη,

όσα δεν τα έχει άλλη,

κ' ένα ελάττωμα κακό;

21) Σκιρτήματα (586 vers): recueil en langue savante et en langue populaire. Les poèmes "savants" sont "froids, médiocres et presque sans aucun intérêt"; ceux écrits en langue populaire sont meilleurs. Est cité le poème Το φίλημα του Μάρτη5.

Deuxième participation aux concours d'Emmanuel C. Stratoudakis, cette œuvre montrait dans quelle mesure, en 1876, la langue populaire gagnait du terrain et facilitait l'expression lyrique:

Είχαν γιορτή περίφανη επέρσι μιαν ημέρα

τα λούλουδα κάτω 'στη γη και τ' άστρα στον αιθέρα...

————————————

1. Jugement de 1876, pp. 17-18.

2. Pal. Α., Ι. VII, p. 102.

3. Jugement de 1876, pp. 27-34.

4. Camb. A., p. 799. Ses deux poèmes, remaniés, sont publiés, sous les titres Η Σμαράγδα et Εωθινόν, dans D. Gr. Cambouroglou, Παλαιαί αμαρτίαι, op. cit., pp.15-16 et 23-24.

5. Jugement de 1876, pp. 34-38.

Σελ. 344
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/345.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

L'auteur, un admirateur d'A. Paraschos, devait publier en partie ses poésies l'année suivante, sans toutefois manquer de protester contre le sévère jugement d'Orphanidis1.

22) Τραγούδια (510 vers): recueil de 13 poésies écrites en langue démotique. Imitations des chants populaires, ces poésies constituent des "lieux communs" et sont dépourvues d'intérêt "après les innombrables publications des chants kleftiques et après les poèmes de notre ami Aristote Valaoritis". Est cité le poème Η αγάπη όνειρο.

23) Ο λαγουτιέρης. Τραγούδια της αγάπης (507 vers): recueil de 26 petites poésies qui, écrites en langue démotique, malgré leurs lieux communs, possèdent la naïveté et la grâce des chants populaires. Elles ont cependant des mots grossiers. Est cité le poème Το δάγκαμα.

24) Λυρικά ποιήματα (690 vers): recueil écrit en langue populaire "froide et qui sent le pédantisme". La versification est généralement correcte. La monotonie et le verbalisme constituent les défauts majeurs. Sont cités les poèmes Έλα μ' εμέ et Η Ανθούλα (imitation de Solomos)2.

25) Μονωδίαι (1885 vers): recueil de 27 poésies en langue savante. L'auteur, qui semble être un homme cultivé, n'évite pas la prolixité. Est cité le poème Την είδον πάλιν.

26) Μυρσίναι (904 vers): recueil de 14 poésies, "fruit insipide de l'école romantique moderne qui rêve sans cesse en Grèce de palpitations, de larmes..., de vigueurs et de voluptés". Tout le recueil est caractérisé par un "prosaïsme versifié". Est cité et commenté ironiquement le poème Εν Φαλήρω3.

Il s'agissait d'une œuvre de T. Ambélas4. Le poète qui participait régulièrement aux concours depuis 1867 démontrait, une fois de plus, sa médiocrité féconde:

Βλέπεις την θίνα, ην φιλεί

η θάλασσα ως τρυφυλή

παρθένος ερωμένον;

Βλέπεις εδρών πληθύν εκεί;

Υπό σελήνης φως γλυκύ

είδον αβράν παρθένον.

————————————

1. Ε. C. Stratoudakis, Λυρικαί ποιήσεις, Athènes 1877, pp. 5-6.

2. Jugement de 1876, pp. 42-49. Il s'agissait probablement d'une œuvre de Constantin Xénos.

3. Ibid., pp. 54-59.

4. Cf. ici p. 259, note 3.

Σελ. 345
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/346.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

27) Ερωτικόν χαρτοφυλάκιον (600 vers): 50 poèmes élégiaques dont chacun a 12 vers. La langue (savante) et la versification sont correctes. Mais le poète, prolixe, ne réussit pas à éveiller l'intérêt du lecteur. Est cité le poème No 38 1.

Il s'agissait d'une œuvre d'Alexandre Catacouzinos publiée en 1877 2.

28) Τα τραγούδια μου (559 vers): recueil de 12 petites poésies amusantes dont la plupart sont écrites avec "beaucoup de facilité et de grâce". L'auteur fait des rimes naturelles, mais il n'évite pas "les mots turcs et barbares". Sont cités les poèmes Ενθύμησις et Ενθουσιασμός3.

Il s'agissait d'une œuvre de Georges Souris4. Continuateur de D. Gr. Cambouroglou, l'auteur se moquait, dès sa première poésie (Πατρίδα, έρωτας, κρασί), du romantisme morbide:

Δεν στενάζω στους τάφους απάνω,

ούτε ψάλλω ποτέ της ιτιαίς,

τα σκοτάδια, της μαύραις νυχτιαίς,

κι' ούτε θέλω ποτέ ν' αποθάνω.

L'humour, la joie de vivre, les thèmes anacréontiques et quotidiens annonçaient ici, sans doute, une réconciliation de la poésie avec la réalité. Mais les signes d'un nouveau conformisme étaient, eux aussi, évidents: complaisant, Souris sacrifiait déjà tout effort créateur à la satire superficielle, aux lieux communs et à la facilité.

29) Σπινθήρες γενναιοφροσύνης (564 vers): recueil de 6 poèmes, œuvre d'un homme cultivé. La langue est savante. L'auteur fait montre de patriotisme et de nobles sentiments, sans toutefois éviter le prosaïsme et les longueurs. Est cité un extrait du poème Εις τον ανδριάντα Ρήγα του Φερραίου.

30) Ακτίνες και μύρα (638 vers): "œuvre d'une plume expérimentée". L'auteur semble avoir subi l'influence d'Alexandre Soutsos et d'autres

————————————

1. Jugement de 1876, pp. 59-60.

2. P. Matarangas en reproduit cinq poèmes: Mat. Parn., pp. 741-743. Il est à noter que le recueil de Catacouzinos est favorablement jugé par G. Sclavos et Tellos Agras: MEE 14 (1930) 50.

3. Jugement de 1876, pp. 61-66.

4. Georges Ch. Souris, Τα τραγούδια μου ή Συλλογή ευτραπέλων ασμάτων επαινεθείσα εν τω εφετεινώ Βουτσιναίω ποιητικώ αγώνι, Athènes 1876. -Sur la participation du poète au concours de 1876 et sur l'accueil réservé par la presse à son recueil, voir Criton G. Souris, op. cit., pp. 59-60.

Σελ. 346
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/347.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

poètes modernes. Il fait preuve de bon goût et de patriotisme. Sa langue est soignée, sa versification correcte et élégante. Sont cités et commentés longuement les poèmes Προς τον Κανάρην et Εν συμποσίω1.

Il s'agissait d'une œuvre de Constantin Skokos (1854-1925)2. Dans la mesure où le patriotisme blessé alimentait encore la révolte romantique, le jeune poète ne manquait pas de reprendre le thème de "l'idéal déchu":

Κ' ημείς; αναπαυόμενοι εις αναμνήσεις μόνον

πέραν ημών δεν στρέφομεν ευγνώμονες το βλέμμα,

κ' ενώ βαυκαλιζόμεθα με τ' άθλα των προγόνων,

ρέει των δούλων αδελφών ακράτητον το αίμα.

Του μεγαλείου τ' όνειρον εκείνο διεκόπη...

Κ' ημάς τους νάνους σήμερον σαρκάζει η Ευρώπη.

Mais le temps des pleurnicheries était passé. Tempérament proche de celui de Souris, Skokos n'avait pas de mal à suivre la nouvelle mode anacréontique pour exalter l'amour et le vin. Il riait aussi facilement et superficiellement qu'il se lamentait.

31) Άραις, Μάραις, Κουκουνάραις (3407 vers): quatre manuscrits portant respectivement les titres Άραις (744 vers), Μάραις (740 vers), Κουκουνάραις (740 vers) et Άραις, Μάραις, Κουκουνάραις (1183 vers). Ces titres bizarres et un peu ridicules couvrent, en réalité, des poèmes lyriques remarquables qui rappellent Christopoulos, Tantalidis, même Anacréon et qui sont écrits en langue savante et en langue populaire. Contrairement aux trois premiers manuscrits dont le ton est généralement amusant et léger, le quatrième contient des poésies graves et parfois obscures, faisant état d'influences allemandes. Dans une lettre, le poète propose aux juges universitaires, s'ils trouvent inconvenant le titre donné par lui en guise de plaisanterie, de le transformer en Βοσπορίδες αύραι; ce que le jury accepte volontiers. Sont cités et commentés favorablement 3 poèmes du premier manuscrit, 8 du second, 5 du troisième et 2 du quatrième. Vu les qualités incontestables de ces poésies (grâce, élégance, esprit comique, versification harmonieuse, etc.), les juges décernent à l'unanimité le prix et la couronne à Βοσπορίδες αύραι; ils réservent l'unique accessit du concours à Ακτίνες και μύρα3.

————————————

1. Jugement de 1876, pp. 71-79.

2. C. Ph. Skokos, Ακτίνες και μύρα, λυρική συλλογή τυχούσα του πρώτου επαίνου εν τω Βουτσιναίω ποιητικώ διαγωνίσματι του 1876, Athènes 1877.

3. Jugement de 1876, pp. 79-119.

Σελ. 347
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/348.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

Absent de la cérémonie, Georges Vizyinos, l'auteur de l'œuvre couronnée, ne pouvait pas assister à sa victoire, la seconde depuis celle de Κόδρος1. De l'Allemagne, d'où il avait envoyé ses quatre manuscrits, il ne pouvait pas non plus saisir ce qui avait changé entre-temps dans le climat littéraire d'Athènes. En vain se pavanait-il dans un de ses poèmes qu'Orphanidis avait lu en public:

Μα του Παρνασσού τας κίσσας,

και το δέρμα του Μαρσύου,

κ' εγώ πρέπω μεταξύ σας,

ποιηταί από γραφείου!

Εν εκστάσει κ' εγώ θώκον

ποιητού και δάφνην είδον

En réalité, sa deuxième couronne de laurier n'avait plus à ajouter grand-chose à son prestige. Ses poésies, longuement présentées par Orphanidis lors de la cérémonie, "n'ont pas plu", nous dit-on, à un public qui applaudissait les vers de Souris2. Le jeune D. S. Zalouchos, dans une lettre à son ami Costis Palamas, qualifiait le concours de 1876 d'"entièrement misérable", ironisait sur l'œuvre couronnée et proclamait sa préférence pour les poèmes de D. Gr. Cambouroglou et de C. Skokos3. Roïdis ridiculisait sans pitié Vizyinos, les juges universitaires et l'institution poétique: "L'ajournement continuel du concours est dû au fait qu'un juge exige que soit couronné, à la place des poèmes envoyés, un piètre assemblage de vers intitulé Άραις, Μάραις, Κουκουνάραις, œuvre d'un tavernier, fiancé à la servante du juge en question, servante à laquelle ce dernier doit des salaires de deux ans"4. Dans ces conditions, le lauréat ne pouvait sûrement pas s'attendre à un grand respect, au moment où les concours s'éteignaient dans l'indifférence et dans les sarcasmes.

————————————

1. G. Drossinis confond évidemment la cérémonie de 1876 avec celle de 1874, lorsqu'il évoque la scène du couronnement de Vizyinos: Σκόρπια φύλλα της ζωής μου, Athènes 1940, p. 161.

2. Journal Ποσειδών (du Pirée); cité par Criton G. Souris, op. cit., p. 60.

3. C. S. Constas, op. cit., p. 392.

4. Ασμοδαίος, 16 mai 1876. Un an plus tard, Roïdis allait exprimer le même mépris pour le lauréat de 1876: Περί συγχρόνου ελληνικής ποιήσεως, Athènes 1877, p. 16. Ajoutons que le poète E. C. Stratoudakis devait égratigner, lui aussi, le "rimailleur connu Vizyinos": Λυρικαί ποιήσεις, op. cit., p. 5.

Σελ. 348
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/349.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

Le recueil Βοσπορίδες αύραι ne devait jamais être publié dans son ensemble1. On ne devait jamais apprendre ce qu'il pouvait encore apporter à la poésie néo-hellénique. Mais ses nombreux poèmes cités par Orphanidis sont suffisamment éloquents: ils montrent quel chemin avait fait Vizyinos depuis Κόδρος et vers quelles directions il s'orientait en 1876. A vrai dire, sa voie était incertaine. Elle passait aussi bien par la langue populaire que par la langue savante, aussi bien par Christopoulos et Tantalidis que par les chants populaires,

Βαρειά βαρειά τα σήμαντρα βαρούνε κ' η καμπάναις

φιλούν η μάναις τα παιδιά και τα παιδιά ταις μάναις

ou par Solomos:

Ήτον ωραίο,

σαν το λουλούδι·

ήτον αθώο,

σαν αγγελούδι.,

του παραδείσου

ήτο ψυχή.

Il n'en reste pas moins que ces poésies, gaies ou tristes, malgré leurs influences multiples, étaient l'œuvre d'un véritable créateur2. En partie, elles ne faisaient que suivre l'exemple donné en 1873 par D. Gr. Cambouroglou (Η φωνή της καρδιάς μου): l'esprit anacréontique

————————————

1. Certains poèmes sont reproduits dans Εστία 3 (1877) 125 et 398, dans Mat. Parn., pp. 634-642, et dans G. Vizyinos, Τα ποιήματα, Athènes, Phexis, 1916, pp. 114-118. Sur les poèmes incorporés par l'auteur dans Ατθίδες αύραι (Londres 1883), voir G. Valétas, Φιλολογικά στο Βιζυηνό, Athènes 1936, pp. 64-65, et C. Mamoni, Βιβλιογραφία Γ. Βιζυηνού, Athènes 1963, pp. 9-10. Nous signalons que le recueil de Vizyinos est maintenant accessible grâce à l'édition de C. Mamoni: Τα άπαντα του Γ. Βιζυηνού, "Βίβλος" [1955], pp. 435-451. En ce qui concerne les efforts du poète pour publier Βοσπορίδες αύραι, sa lettre à Tantalidis (13/25 juin 1876) reste toujours un témoignage précieux: N. Vassiliadis, Aι "Βοσπορίδες" του Βιζυηνού (Ανέκδοτος επιστολή τον ποιητού) dans Skokos, Ημερολόγιον 1911, pp. 284-288; cf. Παναθήναια 21 (1910) 174-175 et Γεώργιος Βιζυηνός, ΒΒ No 18, Athènes 1960, pp. 28-29.

2. C. Palamas se montrait, croyons-nous, très sévère en 1916, lorsqu'il estimait que ces poésies "aujourd'hui ne méritent pas une attention autre que celle du patient historien de notre littérature": Pal. A., t. VIII, p. 316. Malgré son admiration pour Vizyinos, il avait toujours gardé un mépris excessif pour "la victime des misérables concours de Voutsinas, l'auteur couronné de piètres exercices scolaires" (1897): Pal. A., t. II, p. 507.

Σελ. 349
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/350.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

survivait dans les deux cas à travers un modèle commun (Christopoulos). Mais Vizyinos avait le sens tragique développé et puisait son lyrisme dans des expériences douloureusement vécues:

Θέλω να διω τη μάνα μου, τ' αδέρφια μ' να φιλήσω,

στον τάφο του πατέρα μου θέλω να προσκυνήσω,

βαρέθηκα τα ξένα.

Toutefois, c'était sous un ton léger qu'il cachait, le plupart du temps, ses cris de douleur. Disciple de Tantalidis, il ne faisait que respecter minutieusement la tradition phanariote à laquelle il devait sa formation littéraire. Ne devenait-il pas ainsi l'expression vivante d'une contradiction? Toujours est-il que son écriture, souvent obscure et abstraite, témoignait d'un tempérament qui, en dernière analyse, s'accommodait mal d'une poésie simple, facile et superficielle.

Cette poésie simple, facile et superficielle était déjà à l'ordre du jour. Le retour à la nature passait sans doute par les joies de la vie quotidienne, par un regard sur la réalité la plus immédiate. Christopoulos et la poésie insouciante phanariote servaient, une nouvelle fois, d'exemple: la production lyrique de 1876, selon Orphanidis, exaltait presque exclusivement l'amour et le vin1. Souris versait dans la facilité de la poésie bachique:

Αχ τι ωραίο το ρετσινάτο,

ανάθεμάτο,

πώς τ' αγαπώ!

et Skokos continuait sur le même ton:

Φέρτε, φέρτε ρετσινάτο,

έχει ακόμη το κελλάρι·

το ποτήρι σας γεμάτο

όλοι πίνετε, εμπρός,

για να δώση και να πάρη

το κρασί και ο χορός.

Les temps avaient changé, sans aucun doute. On était bien loin des pleurnicheries romantiques qui, jusqu'en 1873, avaient dominé la poésie lyrique athénienne, bien loin aussi des froideurs néo-classiques

————————————

1. Jugement de 1870, p. 20.

Σελ. 350
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/351.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

qui avaient marqué la décennie précédente. Quelque chose de nouveau s'annonçait depuis le couronnement de Η φωνή της καρδιάς μου, quelque chose qui, en 1876, se précisait encore plus. Christopoulos revenait à la mode non pour amener à Anacréon ou pour tourner l'intérêt vers des sujets mythologiques, mais pour établir un contact avec la vie réelle et ses joies. La langue populaire gagnait de plus en plus de terrain. La "fermentation sociale" dont parlait Orphanidis n'était pas moins sensible dans le domaine littéraire. Certains poètes romantiques battus en 1873 réapparaissaient dans le concours de 1876 1, mais ce n'étaient pas eux qui pouvaient prendre l'initiative. La Nouvelle École Athénienne, celle qui allait être fondée par la génération de 1880, se projetait, quoique amorphe encore, à l'horizon. Quelques-uns de ses annonciateurs et de ses représentants se donnaient involontairement un premier rendez-vous dans le concours lyrique de 1876: D. Gr. Cambouroglou, G. Vizyinos, C. Palamas, G. Souris, C. Skokos.

Ils ne devaient plus se rencontrer dans le concours de Voutsinas. Car, après 25 ans de fonctionnement, l'institution poétique était à bout de souffle; elle succombait d'anémie incurable, sous le poids des circonstances, sous les coups de ses adversaires et les caprices du fondateur, dans l'indifférence du public et dans la lassitude des professeurs. Le contact avec une nouvelle réalité rendait sa survie impossible. L'histoire de la poésie néo-hellénique prenait d'autres directions et s'éloignait de plus en plus des couloirs universitaires.

6. 1877: L'épilogue

Dans la mesure où les concours ont été suivis d'une époque étrangère et, en grande partie, hostile à leurs objectifs, il est compréhensible qu'ils n'aient pas suscité un intérêt particulier après leur effacement: le changement de 1880 était sans doute loin de les mettre en valeur ou de favoriser un examen objectif de leur apport. Des décennies durant, l'institution de Rallis et de Voutsinas, si elle a fait l'objet de nombreux commentaires et de bilans pour la plupart négatifs, n'a pas été néanmoins considérée comme digne d'une étude approfondie. C'est en 1937 seulement qu'elle attire l'attention de la recherche2. Mais en 1946 encore,

————————————

1. Une allusion de D. S. Zalouchos dans une lettre à C. Palamas (5 juillet 1876) nous permet de conclure que C. Xénos et N. Chatziscos étaient, eux aussi, parmi les concurrents de 1876: C. S. Constas, op. cit., p. 393.

2. G. Valétas, «H πανεπιστημιακή κριτική κι' η επίδραοή της στη νεοελληνική

Σελ. 351
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/352.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

la date que l'on donnait pour sa fin restait incertaine: il a fallu une publication spéciale1 pour préciser que le concours lyrique de 1876 n'était pas le dernier, ainsi que l'on avait cru pendant très longtemps. Des témoins de première importance tels que C. Palamas et D. Gr. Cambouroglou avaient oublié, eux aussi, que l'institution poétique ne s'était pas terminée sur ce concours de 1876, auquel ils avaient participé. Et leurs trous de mémoire sont significatifs.

En réalité, nous le savons aujourd'hui, la dernière cérémonie du concours (épique) eut lieu le 6 juin 1877 2. Mais elle avait toutes les raisons de passer inaperçue. Défavorisée par les circonstances, elle n'était servie ni par le rapporteur ni par les candidats. Le jury universitaire, le même que celui de l'année précédente —E. Cokkinos (président), Th. Aphentoulis (rapporteur) et Th. Orphanidis—, avait considérablement tardé à préparer son rapport3. Les concurrents n'avaient jamais montré moins d'empressement à participer au concours: les œuvres envoyées n'étaient qu'au nombre de 5. Un autre désavantage devait contribuer à jeter ce dernier concours épique dans l'oubli: contrairement à tous les Jugements de la période de Voutsinas qui furent publiées en brochure aux frais du fondateur, celui de 1877 allait rester inédit. Sa publication tardive dans Αθήναιον, une revue strictement scientifique, n'était évidemment pas de nature à attirer l'attention.

C'est ainsi que, s'étant déroulé dans une indifférence presque totale, le concours de 1877 venait ajouter à l'histoire de l'institution poétique un terne épilogue. En vain Aphentoulis essayait-il d'attribuer l'abstention des concurrents à la situation explosive de l'époque, la guerre russo-turque qui avait éclaté le 11 avril4. Il n'ignorait sans doute pas que l'indifférence des poètes était loin de constituer un fait temporaire. Les concours universitaires avaient fait leur temps; ils n'avaient à attendre que des coups de grâce.

————————————

ποίηση. Οι ποιητικοί διαγωνισμοί», NE 22 (1937) 1819-1844; cf. NE 23 (1938) 126-127 et 196-198.

1. P. I. Markakis, Μια άγνωστη συλλογή του Γεωργίου Βιζυηνού. Ο Βουτσιναίος ποιητικός διαγωνισμός του 1877, Athènes 1959 [Réimprimé de Φιλολογική Πρωτοχρονιά 1946, pp. 119-126].

2. Παρνασσός 1 (1877) 478. Une note qui accompagne la publication du Jugement de 1877 dans la revue Αθήναιον 7 (1878) 35 situe de façon inexacte cette cérémonie «au mois de mai», tandis que P. I. Markakis, op. cit., p. 5, se trompe lui aussi en la situant au «début mai».

3. Journal Ώρα, 29 mai 1877. C'est en raison de ce retard que la cérémonie fut reportée au 6 juin.

4. Jugement de 1877, p. 35.

Σελ. 352
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/353.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

Des 5 œuvres présentées, le rapporteur ne commentait que 2, les seules "dignes de revendiquer le prix". Voici un résumé de son exposé:

1) Η Κρήτη μας: poème épico-lyrique sans valeur.

2) Αικατερίνη: poème épique aussi insignifiant que le précédent.

3) Αμβρόσιος ο Μεδιολάνων: poème épique, "produit d'une plume expérimentée"1.

Il s'agissait d'une œuvre d'Antoine Antoniadis2.

4) Αι Εσπερίδες: trois "Balladen", au sens allemand du terme. La première, Ο Ραψωδός, témoigne de l'influence de Schiller. La deuxième, Αι Ορειάδες, rappelle le "Faust" de Goethe. La troisième, Ο Πύργος της Κόρης, tire son sujet d'une légende grecque. Longuement analysées, passages à l'appui, ces trois ballades "remarquables", sont toutefois critiquées pour leur contenu obscur et énigmatique, ainsi que pour leur langue et leur versification irrégulières. L'auteur, qui écrit en langue savante, n'évite pas les archaïsmes et les mots recherchés. En somme, ses ballades auraient dû être "plus simples et plus claires"3.

Il s'agissait d'une œuvre de Georges Vizyinos4. Sous l'influence de la poésie allemande, l'auteur puisait maintenant ses inspirations romantiques et philosophiques dans des légendes séculaires:

Δονούνται, βροντούν και βομβούν κι' αντηχούν

ευάγγελοι φθόγγοι, κλαγγαί των κωδώνων.

Έν ρήμα κουφόπτεροι Φήμ' εποχούν:

ηυλόγησ' ο Πλάστης τον άτεκνον θρόνον.

Son imagination était sans doute vive et son style, laborieux, ne manquait pas d'une certaine habileté technique. Mais on ne retrouvait plus ici la langue populaire et le lyrisme de certaines poésies de 

————————————

1. Ibid.

2. A. I. Antoniadis, Η Μάννα τον Γενιτσάρου, βραβευθείσα εις τον ποιητικόν διαγωνισμόν του φιλογενούς Ι. Γ. Βουτσινά τη 3 [sic] Ιουνίου 1877, και Αμβρόσιος ο Μεδιολάνων, ποιήματα επικά, Athènes 1878.

3. Jugement de 1877, pp. 36-49.

4. Elle est inconnue dans son ensemble. En 1882, Vizyinos présenta à la Société Littéraire Παρνασσός sa ballade Ο Πύργος της Κόρης avec Η μητέρα των επτά, poèmes qui furent publiés par Jean Cambouroglou dans son journal Νέα Εφημερίς: Ν. Vassiliadis, Εικόνες Κωνσταντινουπόλεως και Αθηνών, op. cit., p. 322. La ballade Ο Πύργος της Κόρης, reproduite dans Georges Vizyinos, Τα ποιήματα, op. cit., pp. 135-146, est favorablement analysée par C. Palamas: Pal. A., t. VIII, pp. 330-333. Ajoutons que les passages de Αι Εσπερίδες cités par Aphentoulis sont aujourd'hui accessibles grâce à leur reproduction par P. I. Markakis, op. cit., pp. 7-18.

Σελ. 353
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/354.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

Βοσπορίδες αύραι. Le poète s'éloignait une nouvelle fois du réel pour retomber dans un formalisme archaïsant et abstrait; l'auteur de Κόδρος n'était pas mort en lui. Cependant, il serait erroné de voir dans Αι Εσπερίδες un simple retour en arrière: la ballade, βάλλισμα selon le terme employé par Vizyinos, entrait déjà dans l'univers de celui-ci pour marquer profondément sa création future1.

5) Η Μάννα του Γενιτσάρου: épopée (3500 vers environ) se référant à l'époque de l'occupation turque. L'auteur reste fidèle à la lettre et à l'esprit des chants populaires. "Nous considérons la langue démotique de ce poème comme une de ses plus grandes qualités...". Le jury décerne le prix et la couronne à l'auteur de l'épopée en question et attribue on accessit au poète de Εσπερίδες2.

Ainsi se terminait, le 6 juin 1877, le dernier concours de Voutsinas. Antoniadis, l'auteur de Η Μάννα του Γενιτσάρου, recevait sa sixième couronne depuis 1865 et offrait les 1000 drachmes du prix à deux comités patriotiques de l'époque3. Vizyinos, toujours absent en Allemagne, n'avait qu'à se contenter cette fois-ci d'un accessit. Élément caractéristique: le dernier jury universitaire honorait la langue démotique et couronnait un poème écrit dans le plus pur style des chants populaires:

Έχετε 'γεια, λημέρια μου! έχετε 'γεια πλατάνια,

βρυσούλαις με τα κρυά νερά και πεύκα με τα λάφια!

Le rapporteur Aphentoulis, l'auteur de Κρητικά (1867), n'avait rien perdu de son goût pour la muse populaire, "cette Iliade des malheurs, de la gloire et des sentiments grecs"4. Un an plus tôt, Orphanidis n'avait pas été du même avis, lorsqu' il avait critiqué une œuvre imitant les chants kleftiques: "Si ces imitations avaient encore une certaine valeur il y a quelques années, aujourd'hui elles sont devenues des lieux communs, de véritables copies"5. Dans ces conditions, comment les jurys universitaires, renouvelables, pouvaient-ils avoir des critères plus ou moins stables, alors que leurs rapporteurs se contredisaient en public? En 1877, l'heure des bilans était arrivée. C'était comme si, à la fin d'une

————————————

1. Voir ses ballades dans Ατθίδες αύραι (1883), ainsi que son étude dans Εστία 1894, pp. 2-5, 26-28, 43-44, 54-55, 66-69, 89-92, 120-123,155-158, 170-172, 188-190 et 202-204 [= Georges Vizyinos, Ανά τον Ελικώνα (Βαλλίσματα), Athènes 1930].

2. Jugement de 1877, pp. 49-60.

3. Ibid., p. 61.

4. Ibid., p. 59.

5. Jugement de 1876, p. 38.

Σελ. 354
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/355.gif&w=600&h=915 22. Moullas, Concours poetiques

époque, on jetait un coup d'œil en arrière pour rendre compte du chemin parcouru. A. R. Rangabé, dans son Histoire littéraire de la Grèce moderne (Paris 1877), deuxième effort de synthèse depuis le Cours de littérature grecque moderne (Genève 1827) de I. R. Néroulos, ne se distinguait sans doute ni par son souci d'objectivité ni par son goût critique1. Cependant, même lui, protagoniste des jurys universitaires, condamnait en bloc l'apport de ceux-ci: «Il nous est à peine permis de mettre en ligne de compte les rapports des comités du concours poétique qui est jugé tous les ans à l'université d'Athènes; car quelquefois ces rapports eux-mêmes trouveraient à peine grâce devant une sévère critique»2.

C'était, en effet, le moment d'une mise en question globale, d'une réflexion sur l'échec littéraire de toute une époque. Trois mois avant la cérémonie du dernier concours de Voutsinas, Roïdis était déjà passé à l'offensive: rapporteur dans le concours dramatique organisé par la Société Littéraire Παρνασσός, le 19 mars 1877, il n'avait pas hésité à rejeter , avec les 12 œuvres présentées, la production poétique contemporaine dans son ensemble. C. Paparrigopoulos (président), Th. Venizélos et Irénée Assopios avaient signé le même rapport; ils avaient jugé bon, eux aussi, en refusant le prix à tous les concurrents, de s'opposer au relativisme habituel des jurys universitaires.

Roïdis, lui, allait plus loin. Rapporteur extra-universitaire, il s'élevait d'emblée contre tous les rapporteurs universitaires qui, un quart de siècle durant, n'avaient pratiquement fait qu'exposer l'intrigue des «produits les plus insignifiants», de s'occuper de fautes de grammaire et d'inciter ainsi les concurrents à rechercher les fautes de grammaire contenues dans les Jugements. Or, pour lui, la critique avait une mission plus importante que d'enseigner «la syntaxe, l'orthographe et la logique élémentaire». «Si nos concours sont vraiment poétiques, les rapports des jurys doivent traiter, comme partout dans le monde, de doctrines esthétiques»3.

Mais l'échec de la critique universitaire n' était pas un fait isolé; il allait de pair avec une stérilité poétique qui caractérisait «non seulement les œuvres de cette année, mais toutes les œuvres présentées depuis que de telles joutes littéraires existent, et, d'une façon générale,

————————————

1. Sur ses erreurs et sur ses jugements arbitraires, voir surtout le compte rendu d'Émile Legrand dans la Revue Critique, No 41, 13 octobre 1877, pp. 218-223, et la longue lettre de Jules Typaldos à Sp. De Biazi dans Παναθήναια 22 (1911) 236 sq.

2. A. R. Rangabé, Histoire littéraire, t. Ι, ρ 176.

3. Παρνασσός 1 (1877) 219.

Σελ. 355
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/356.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

toute la génération actuelle en Grèce"1. Les causes de cette stérilité devaient être recherchées dans les conditions historiques et sociales de l'époque: préoccupations matérielles des Grecs, disparition d'un idéal exaltant, absence d'une "atmosphère poétique ambiante". Or, pour Roïdis, "la Grèce ne saurait espérer, pour l'instant, avoir une poésie, puisqu'elle a renié les mœurs des ancêtres et qu'elle ne participe pas encore à la vie intellectuelle des autres peuples"2. C'est dans ces conditions que le classicisme sonnait aussi faux que le romantisme: la poésie grecque contemporaine offrait exclusivement "de froides imitations classiques ou des parodies byroniennes infantiles"3.

Condamnation sans appel, le rapport de Roïdis avait de quoi scandaliser et indigner. La poésie grecque, passée, présente et future, était rejetée d'une manière aussi désinvolte que péremptoire. Les noms d'Orphanidis, de Mistriotis, notamment de Taine, n'avaient pas été prononcés une seule fois: c'était comme si Roïdis s'interrogeait le premier sur le sort de la poésie néo-hellénique et comme s' il ne devait à personne sa réponse fondée sur l'"atmosphère poétique ambiante". Compilateur génial, il savait toujours dissimuler son érudition d'emprunt sous un style spirituel et original. Mais il savait aussi soulever de vrais problèmes, au moment propice, en se servant des moyens les plus efficaces. 

Son défi, lancé à la veille de la guerre russo-turque, était bientôt relevé par Ange Vlachos, nouveau critique depuis 1874. C'est ainsi que, des mois durant, un duel littéraire allait s'insérer dans le cadre d'une effervescence généralisée. "Il y a quatre ans, écrit Juliette Lamber, tandis que les armées russes marchaient sur les Balkans, et que la Grèce brûlait du patriotique désir de se jeter dans la mêlée; que les jeunes hommes se préparaient à la guerre et que les femmes grecques faisaient de la charpie; la société d'Athènes, enfiévrée par l'attente d'événements graves, d'où le sort futur de la patrie hellénique pouvait dépendre, trouvait un délassement à suivre les péripéties d'un tournoi littéraire dont les combattants et les: juges remplissaient les salles de la société littéraire 'le Parnasse'"4. 

C'était dans ces salles que, répondant à Roïdis le 22 avril 1877, Vlachos prenait la défense de la poésie athénienne et opposait à l'"atmosphère poétique ambiante" l'"inspiration", le talent du poète, la primauté

————————————

1. Ibid. 

2. Ibid., p. 224.

3. Ibid., p. 225.

4. Juliette Lamber, Poètes grecs contemporains, Paris 1881, pp. 155-156.

Σελ. 356
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/357.gif&w=600&h=915 22. Moullas, Concours poetiques

de facteurs innés et soustraits à tout conditionnement historique et social. En jetant l'anathème sur la poésie néo-hellénique, le rapporteur de Παρνασσός n'avait-il pas péché par bizarrerie et par esprit de nouveauté? «Jamais peut-être, depuis les philosophes et les critiques anciens jusqu'à ceux d'aujourd'hui, n'a été formulée une théorie plus révolutionnaire contre les lois invariables de l'esthétique, un tel paradoxe qui fait d'une certaine atmosphère poétique la mère nécessaire et indispensable du poète, paradoxe selon lequel le génie ou le talent poétiques ne sont pas inhérents à l'âme du poète en tant que parties de l'esprit divin et éternel, mais résultats d'une influence extérieure et étrangère... Au contraire, tous les esthéticiens, tous ceux qui ont sérieusement réfléchi sur l'art et sur le beau acceptent à l'unanimité que la première et principale qualité du poète est l'inspiration...»1. 

Ces nombreux esthéticiens qui croyaient avec Horace que le poète «nascitur non fit» étaient cités: Platon, Aristote, Boileau, Fichte, Hegel, Carrière, Fischer, Charles Levêque2. Quant à la poésie nationale, elle était non seulement conservée dans les campagnes; mais elle avait plusieurs représentants «aux cœurs purement grecs et non encore souillés par les incantations de la civilisation moderne»: les frères Soutsos, A. R. Rangabé, A. Paraschos, Valaoritis, Tertsétis, notamment Zalocostas3. Ce dernier donnait toute la mesure de la poésie rejetée par Roïdis. Élégiaque et épique à la fois, il avait su rester fidèle aux traditions helléniques et combiner la langue populaire avec la langue savante «comme peu de poètes de la Grèce nouvelle»4.

Traditionaliste et défenseur des valeurs nationales, Vlachos n'en restait pas moins l'homme formé dans les universités allemandes: à la vingtaine de noms d'auteurs cités par Roïdis il en opposait une trentaine, et non toujours avec une raison évidente. Dès lors, la guerre des citations devenait inéluctable. Roïdis en était conscient, lorsque, six mois plus tard, après la réouverture des salles de Παρνασσός, il décidait de continuer le débat par deux conférences sur la critique et sur la poésie grecques contemporaines (22 et 29 octobre 1877). Dans la mesure où ni son adversaire ni ses auditeurs n'acceptaient que l'esthétique «devient accessible et facile lorsqu'elle descend des hauteurs métaphysiques

————————————

1. A. Vlachos, «Περί νεωτέρας ελληνικής ποιήσεως και ιδίως περί Γεωργίου Ζαλοκώστα», Παρνασσός 1 (1877) 323. 

2. Ibid., pp. 324-326.

3. Ibid., p. 330.

4. Ibid., p. 341.

Σελ. 357
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/358.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

pour atterrir sur l'examen de problèmes réels», il était forcé de faire des concessions: «Le Grec d'aujourd'hui a une telle méfiance à l'égard de ses connaissances et de son propre jugement qu'il préfère, même à propos d'une question vérifiable par l'expérience commune, la discussion théologique à la discussion logique, demandant des noms qui font autorité au lieu de choses... Obligés de nous soumettre nous aussi à cette mode, nous devons examiner non pas si la théorie en question est vraie ou erronée, mais seulement si elle dispose du vote favorable des critiques»1.

C'est pourquoi le débat prenait soudain l'aspect d'une polémique par personnes et citations interposées. Roïdis ne manquait pas, pour défendre sa théorie de l'atmosphère ambiante, de recourir à des auteurs de tous les temps et de tous les pays (Platon, Aristote, Hegel, Schopenhauer, Richter, Schlegel, Spencer, O'Connell, Littré, Taine, Pictet, Sainte-Beuve, Levêque, entre autres) et de lancer contre son adversaire une liste de plus de 90 noms grecs et étrangers. Accusé par Vlachos de faire de l'esprit, il opposait l'exemple d'écrivains tels que Taine, Büchner, Feuerbach, Hartmann, Renan, David Strauss, Heine, Richter, About2. Son maître C. Assopios, «le Philopœmen de notre critique», était honoré pour avoir proclamé, il y avait 20 ans, «que notre situation transitoire n'est pas favorable à l'apparition de poètes»3. Th. Aphentoulis était ironiquement cité à deux reprises comme exemple de nullité critique4. Ange Vlachos, l'homme qui «autrefois a jugé bon de présenter au concours de Voutsinas un drame allemand comme une œuvre à lui, pour avoir le plaisir, le lendemain, de se moquer de l'ignorance des professeurs trompés»5, n'était pas épargné; il recevait des coups qui étaient loin de contribuer à l'apaisement de la querelle.

Mais c'était surtout dans sa deuxième conférence, celle qui portait sur la poésie grecque contemporaine, que Roïdis montrait ses qualités critiques. Le classicisme et le romantisme devenant impossibles en Grèce, la création poétique, «luxe européen, mode, moyen d'existence et de parade», était considérée, une fois de plus, comme étrangère aux «besoins

————————————

1. E. D. Roïdis, Περί συγχρόνου εν Ελλάδι κριτικής, Athènes 1877, pp. 12-13. Sur la «discussion théologique», voir aussi p. 42.

2. Ibid., p. 5.

3. Ibid., p. 7; cf. p. 56. En réalité, critiquant P. Soutsos, C. Assopios n'avait jamais rejeté en bloc la poésie de son temps.

4. Ibid., pp. 18 et 57.

5. Ibid., p. 58.

Σελ. 358
http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/359.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

de l'esprit et du cœur"1. Les chants populaires, anti-romantiques et anti-chrétiens, étaient interprétés comme des manifestations païennes; leurs images rappelaient "à chaque vers l'épopée homérique"2. Les poèmes présentés aux concours étaient qualifiés de "voix étrangères" (ξενοφωνήματα)3.

Obligé d'établir dans la poésie néo-hellénique une nouvelle hiérarchie face à celle de son adversaire, Roïdis donnait sans hésiter la première place aux poètes vulgaristes Solomos, Christopoulos et Vilaras. Alexandre Soutsos et Georges Zalocostas étaient placés à un rang inférieur; l'auteur de Το Μεσο?ιόγγιον avait souillé ses lauriers populaires "en envoyant aux concours poétiques des assemblages de mots sonores dépourvus souvent du moindre sens"4. Parmi les poètes vivants, seuls A. Valaoritis et A. Paraschos méritaient un honneur particulier. Le premier avait écrit dans Η Κυρά Φροσύνη (1859) "peut-être les meilleurs vers byroniens" en Grèce, bien que, à une époque privée d'idéal vivant il ait été obligé "de déterrer l'idéal kleftique, d'embaumer le cadavre dans des aromates romantiques et de l'orner de pierres précieuses variées"5. Le second, doué d'une force "spontanée, involontaire, inconsciente et irrésistible", l'inspiration, n'avait pourtant pas toujours fait preuve de volonté créatrice et de maîtrise dans l'exécution de ses œuvres6.

Chants populaires, Solomos, Christopoulos, Vilaras, Valaoritis, Paraschos: les valeurs poétiques de Roïdis étaient principalement axées sur l'usage de la langue démotique. Or la critique universitaire rationaliste (Assopios, Coumanoudis, Castorchis, Mistriotis) ne risquait pas de disparaître avec les concours; elle trouvait un continuateur extra-universitaire apte à combattre les partisans de Rangabé. C. Assopios recevait, une nouvelle fois, un hommage respectueux et son Τα Σούτσεια était qualifié de "chant du cygne de notre critique"7: n'était-ce pas pour Roïdis

————————————

1. E. D. Roïdis, Περί συγχρόνου ελληνικής ποιήσεως, Athènes 1877, p. 14.

2. Ibid., p. 7; cf. p. 42. Sur le rapprochement établi par Coumanoudis entre les chants populaires et les poèmes homériques, voir ici p. 116. Ajoutons qu'un tel rapprochement est sensible aussi dans la façon dont l'Iliade fut traduite plus tard (1892) par A. Pallis.

3. Ibid., p. 6. Rappelons que, pour Coumanoudis, en 1857, le romantisme était une école "étrangère, non hellénique": voir ici p. 116.

4. Ibid., p. 29. Vlachos avait notamment loué les poèmes savants de Zalocostas couronnés dans le concours de Rallis.

5. Ibid., pp. 32 et 35. Cf. l'article de Roïdis sur Valaoritis dans Εστία 8 (1879) 545-551.

6. Ibid., p. 37.

7. Ibid., p. 23.

Σελ. 359
Φόρμα αναζήτησης
Αναζήτηση λέξεων και φράσεων εντός του βιβλίου: Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
Αποτελέσματα αναζήτησης
    Ψηφιοποιημένα βιβλία
    Σελίδα: 340
    22. Moullas, Concours poetiques

    réalistes, la comédie n'avait pourtant- pas à présenter des performances remarquables. Lorsqu'elle se libérait des imitations aristophanesques, elle n'évitait pas, en général, les défauts des pièces de Vlachos: lieux communs empruntés aux vaudevillistes français (Labiche, Martin, Lambert Thiboust), description superficielle des mœurs athéniennes, sujets actuels mais dépourvus d'originalité. Si les événements de 1874-1875 avaient poussé à la satire politique, celle-ci restait conventionnelle et médiocre, alors que la forme même du théâtre versifié et la monotonie des trimètres iambiques accentuaient le manque de naturel dans les dialogues.

    C'est ainsi que, en 1875, le dernier concours dramatique, loin d'apporter grand-chose à la production purement théâtrale montrait que l'institution poétique, atrophiée et sclérosée, s'approchait encore davantage de sa fin inéluctable. Les vives attaques des candidats contre les jurys, toutes ces réponses hargneuses qui, des décennies durant, alimentaient la presse athénienne et les préfaces des poèmes publiés, n'avaient plus leur place. Certes, le sévère avertissement d'Aphentoulis y était pour beaucoup. Mais il y avait aussi la lassitude, l'indifférence, le peu d'importance que l'on attachait finalement à un verdict sans véritable portée. Or les vainqueurs n'avaient pas lieu de se réjouir outre mesure de leurs couronnes, et les vaincus ne pouvaient pas non plus éprouver d'humiliation exagérée. Tout devenait calme, banal, médiocre, routinier. Entrés en agonie, les concours allaient prolonger pour deux ans encore une existence sans espoir.

    5. 1876: Le dernier éclat

    Cependant, le zèle des candidats présentait toujours la même ardeur. Annoncée par les journaux pour le début du mois de mai, la cérémonie de 1876 devait être reportée au 13 mai: les 31 poèmes lyriques envoyés, avec leur ensemble de 26.928 vers, n'avaient pas permis aux trois membres du jury —E. Cokkinos (président), Th. Orphanidis (rapporteur) et Th. Aphentoulis— d'accomplir leur tâche dans les délais prévus. «Comment une telle inondation de vers pouvait-elle ne pas submerger les juges?»1. On eût dit que, désapprouvée par Mistriotis en 1873, la poésie lyrique revenait maintenant en force pour démentir les pronostics et pour réanimer par sa présence massive un concours tombé dans le marasme. Mais était-elle pour autant prometteuse?

    ————————————

    1. Jugement de 1876, Athènes 1876, p. 9.