Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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l'Association de Constantinople, tardait désespérément à se mettre en marche. C'est ainsi que s'explique, peut-être, la décision de Voutsinas de faire encore un effort, en 1888, pour rétablir les concours poétiques universitaires. Un journal de l'époque1 annonce que le fondateur, se trouvant en Allemagne, s'apprêtait à voyager à Athènes en vue de rencontrer le recteur Aphentoulis et de «réaliser son but». Homme «au dessus de toute mesquinerie», il n'avait jamais cessé d'envisager la reconstitution de son concours athénien. C'est ainsi, poursuit le journal, qu'il s'était adressé au recteur, quelques années auparavant, pour lui demander les conditions dans lesquelles cette reconstitution serait possible. Mais la lettre de réponse du recteur fut brutale: «Avant que nous exprimions notre avis, vous devez déposer à la Banque Nationale l'argent nécessaire aux prix et aux autres frais». A la suite de quoi, le fondateur, offensé, s'était tourné vers l'Association de Constantinople, de laquelle pourtant il n'avait pas encore reçu de réponse2. Donc, à en croire ce journal, Voutsinas avait fait un premier effort pour rétablir son concours entre les années 1877 et 1881, effort qu' il renouvela en 1888.

Sa correspondance avec l'Université d'Athènes ne nous étant pas parvenue, nous ne pouvons savoir ni les raisons qu'il a avancées en 1877 pour justifier sa démission, ni les efforts qu'il a faits plus tard pour rétablir son concours. Quoi qu'il en soit, ces efforts, réels ou non, n'eurent pas de suite. Morts en 1877, les concours poétiques universitaires ne devaient connaître aucune résurrection. Ils avaient fait leur temps, rempli leur mission. Il est vrai que d'autres concours prirent par la suite la relève. Mais le contexte social et littéraire n'était plus le même: le tournant de 1880 avait déjà montré que l'histoire de la poésie et de la critique néo-helléniques, ayant fait de nouvelles options, allait passer désormais par d'autres voies.

3. La cérémonie.

Rallis avait désigné comme jour de la cérémonie annuelle du concours le 25 mars. Ce choix, naturellement, n'était pas dû au hasard. Anniversaire de la Guerre de l'Indépendance et jour de la fête nationale officielle, le 25 mars offrait toutes les garanties d'une solennité 

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1. Εφημερίς, 21 février 1888. 2 Ibid.

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incomparable; sa signification symbolique était facile à saisir: on célébrait la renaissance de la Grèce en même temps que celle de sa poésie.

A trois reprises, cependant, au cours de la période de Rallis, la clause concernant la date ne fut pas respectée: en 1851, la cérémonie eut lieu le 20 mai, jour de l'anniversaire du roi Othon; en 1855, elle fut transférée au 29 mars, le 25 mars coïncidant avec la Semaine Sainte; en 1858, enfin, elle eut lieu le 23 avril en raison de la maladie du recteur Philippe Ioannou.

Quant à la période de Voutsinas, bien que le concours fût fixé au 3 mai, anniversaire de l'inauguration de l'Université, les dates de la cérémonie varient selon le tableau suivant

1862

28 mai

1863

3 »

1864

1865

9 »

1866

8 »

1867

7 »

1868

5 »

1869

25 »

i 1870

10 mai

1871

23 »

1872

7 »

1873

13 »

1874

5 »

1875

18 »

1876

13 »

1877

6 juin

La cérémonie a toujours lieu un jour de fête ou, tout au moins, un dimanche. E. Yemeniz, témoin oculaire, nous en laissa une description; il s'agit du concours de Rallis:

«Une grande fête académique célébrée par les Athéniens offre chaque année aux voyageurs qui parcourent la Grèce l'occasion de reconnaître le caractère tout national de la nouvelle poésie hellénique. Chaque année l'académie d'Athènes ouvre un concours poétique, et elle décerne un prix, fondé par l'opulent patriote Ambroise Rallis, au poète dont l'œuvre est jugée la plus remarquable par l'invention, et la plus propre à ramener la langue à sa pureté première. Le jour fixé pour la clôture solennelle de ce concours est le 25 mars, anniversaire de la proclamation de l'indépendance hellénique. Ce jour-là, Athènes tont entière est en mouvement: toutes les classes de la société montrent un empressement égal; les cafés et les bazars sont déserts; les places sont encombrées par la foule qui gesticule, crie, discute avec l'emportement naturel à ce peuple. Après la lecture d'un rapport sur les diverses productions soumises au concours, le président proclame le vainqueur, le félicite au nom de la nation, récite à haute voix ses vers, et pose sur son front une couronne de laurier. Au sortir de la séance, le poète

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couronné est accueilli par les acclamations de la foule et reporté chez lui presque en triomphe. On ne peut se faire une idée des querelles et des tempêtes qui, jusqu'au dernier moment, agitent ce grand débat littéraire»1.

Pendant un quart de siècle, cette cérémonie se répète chaque année de façon plus ou moins identique. Érigés en institution, les concours puisent une partie de leur rayonnement dans le même rituel qui, en se reproduisant, a principalement le rôle de reproduire. A travers les mêmes gestes s'expriment les mêmes mentalités.

Les Rapports rectoraux, la presse de l'époque et, parfois, les Jugements des jurys décrivent la cérémonie avec des adjectifs qualificatifs peu variés: elle est toujours δημοτελής, πανηγυρική, ou δημοτελής και σεμνή. La présence d'un auditoire aussi nombreux que choisi n'est pas moins soulignée. Voici comment se passent les choses:

Après le service matinal à l'église de Sainte Irène, cathédrale d'Athènes à l'époque, les officiels et le public commencent à remplir la Grande Salle de l'Université. La cérémonie est habituellement fixée aux alentours de 10 heures. Mais la foule ne semble pas attendre la fin de la messe pour accourir à l'Université: nous savons que dès 9 heures la Grande Salle est souvent déjà pleine de monde. On vient assister à un combat terminé, dont les protagonistes sont inconnus, dispersés parmi les spectateurs; seule l'identité des vainqueurs sera établie, les vaincus passant inaperçus dans le grand public anonyme.

Quelle est la composition de ce public? On y distingue, tout d'abord, les notabilités les plus éminentes: ministres, sénateurs, députés, prélats du Saint Synode, conseillers d'État, membres du Conseil Universitaire, etc. Le roi Othon, présent à la première cérémonie du concours, n'y assistera plus jamais; on ne manque pas pourtant, en 1853, d'expliquer qu'il est absent «en raison de son deuil»2, comme si sa présence constituait une règle, alors qu'elle n'était qu'exceptionnelle. Parfois aussi on peut rencontrer, parmi les officiels, quelques personnalités assistant au concours de façon plus ou moins occasionnelle: par exemple l'ambassadeur anglais Wise et son compatriote helléniste Liddell, de passage à Athènes (1859), le premier ministre Voulgaris et le fondateur

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1. E. Yemeniz, «De la renaissance littéraire en Grèce. Les poètes Zalokostas et Orphanidis», Revue des Deux Mondes, 27 (1er mai 1860) 214 [=La Grèce Moderne. Héros et poètes, Paris 1862, pp. 215-216].

2. Jugement de 1853, p. 1; cf. Αιών, 28 mars 1853.

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Voutsinas (1872), l'archevêque de Corfou (1873). Les autorités ecclésiastiques assistent à la cérémonie régulièrement:

μηρμύγκι τ' ακροατήριο στα προαύλια,

να σας ιδούν χτυπούν ποδάρια χέρια

υπουργοί, νέοι και νιές και δεσποτάδες

(G. Tertsétis, Ο θρίαμβος του ποιητικού διαγωνισμού, 1858)

Quant à la foule qui remplit la Grande Salle, elle représente, en quelque sorte, toutes les classes occupant les plus hauts échelons de a société athénienne: membres de familles phanariotes et bourgeoises -les femmes n'y sont pas absentes- fonctionnaires, intellectuels, journalistes, etc. La présence de la jeunesse est sensible: les étudiants et les lycéens constituent le public le plus passionné - les candidats du concours proviennent en grande partie de leurs rangs - et, naturellement, le plus turbulent. En 1851, en présence du roi, la première cérémonie fut sérieusement perturbée, lorsque les étudiants, maintenus au dehors par les gendarmes, faute de place à l'intérieur, finirent par envahir bruyamment la Grande Salle1.

La séance ouverte vers 10 heures, c'est le rapporteur lui-même qui donne lecture de son texte2, à la fin duquel il annonce les prix et les accessits. Après quoi, le recteur, président du jury, décachète l'enveloppe, lit le nom du vainqueur, et l'invite à s'avancer pour lui poser sur le front une couronne de laurier. Celle-ci est accompagnée d'un prix de 1.000 drachmes, somme non négligeable3. Si les vainqueurs sont deux, ils se partagent la couronne et l'argent. Si le concours poétique est le seul de la journée - à partir de 1866 il se déroule souvent en même temps que le concours théologique ou littéraire - la cérémonie se termine sur la distribution des prix. Officiels et public quittent la salle, après avoir applaudi les vainqueurs. Dans la rue, la suite est

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1. Voir une description détaillée dans Εφημερίς του Λαού, 23 mai 1851. En 1853 les gendarmes étaient remplacés par des étudiants: Jugement de 1853, p. 1.

2. Une seule exception: en 1874, c'est Th. Aphentoulis qui donna lecture de rapport rédigé par A. Rangabé, celui-ci étant parti pour l'Égypte.

3. La drachme grecque représentant à l'époque à peu près les 9/10 d'un franc -plus exactement: 89 centimes 54-, les 1.000 drachmes valaient presque 900 F. Une somme pareille, supérieure au traitement d'un ministre (800 drachmes), équivalait à 4 mois du traitement d'un député: Edmond About, La Grèce contemporaine Paris 1907 12, p. 93 et 187. Ajoutons encore que le traitement d'un professeur titulaire était fixé par le décret royal du 28 mai 1859 à 350 drachmes: Pant. Chr., p. 104.

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évidente: triomphe du lauréat, commentaires, protestations, disputes. Toute la ville est saisie par ce grand événement, dont les répercussions occuperont une large place, les jours suivants, dans la presse.

Très souvent, la cérémonie ne manque pas d'imprévus qui créent des surprises agréables ou désagréables. Il est normal, par exemple, lorsque le prix n'est pas attribué, que le public et les candidats, restés sur leur faim, expriment leur déception. Il arrive, par ailleurs, que le poète vainqueur, absent de la salle, ne réponde pas à l'appel du recteur -c'est le cas en 1853, 1860, 1868 et 1876-, ce qui enlève à la cérémonie toute une partie de son éclat. D'autre part, le décachetage des enveloppes n'est pas toujours dépourvu de surprises: parfois le nom du vainqueur est accompagné d'une lettre ironique qui, lue par le recteur, déclenche l'hilarité générale1.

Cette hilarité peut avoir des causes diverses. La plupart du temps, ce sont les poètes participants qui en font les frais: les rapporteurs poussent souvent la complaisance jusqu'à ridiculiser les poèmes les plus insignifiants, donnant lecture des passages les plus saugrenus. Quelquefois le rire du public, loin d'être une désapprobation de l'œuvre présentée en constitue, au contraire, un signe de succès: c'est le cas lorsque les rapporteurs lisent des extraits de comédies. Cependant, en 1866, chose exceptionnelle, c'est la mésaventure des juges qui provoqua les ricanements du public: A. Vlachos, ayant remporté le prix pour Αντίνοος, révéla par une lettre enfermée dans son enveloppe que sa tragédie était, tout simplement, une traduction de «Hadrian» de Heyse, ce qui mit le jury dans un embarras aussi inattendu qu'humiliant2. Le rire n'est-il pas aussi une forme d'agressivité rancunière?

Règlement de comptes ou décharge psychologique, spectacle amusant ou manifestation mondaine, espoir du succès ou jouissance esthétique, la cérémonie —et c'est là, peut-être, sa signification la plus profonde — réunit tous les ans au même endroit les trois facteurs indispensables du concours: le jury, les concurrents et le public. Mais ces trois facteurs ne jouent pas toujours les mêmes rôles, n'ayant pas de fonctions définies une fois pour toutes: un concurrent peut devenir membre du jury et vice-versa, comme les juges et les poètes peuvent, à leur tour, se trouver parmi les simples spectateurs; la plupart du temps, c'est le public qui accède à la condition de concurrent, et nous

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1. C'est le cas, par exemple, du concours de 1866.

2. S. Carydis nous laissa une description savoureuse de cette cérémonie: Φως, 13 mai 1806.

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avons là le mécanisme permettant d'expliquer, en grande partie, l'augmentation des participations. Il est douteux que le concours eût pu susciter tant d'intérêt pendant un quart de siècle sans ce mouvement circulaire qui transforme les composantes et renouvelle les effectifs par un recrutement continuel. Or, si la cérémonie forme chaque fois un triangle, elle rappelle en même temps, par sa propre répétition, que les côtés de ce triangle ne sont pas invariables. Il n'est pas difficile d'entrer dans le jeu et de changer les données existantes; le succès littéraire se trouve à la portée de tous. Si le rôle du jury est exclusivement réservé aux universitaires, celui du poète, accessible à «tous les Grecs et à tous les hellénistes étrangers», est non seulement le plus prestigieux (à condition, bien sûr, de remporter la victoire), mais aussi le mieux rémunéré: la cérémonie rend ce rôle enviable au maximum.

Elle revêt ainsi un aspect théâtral. Le souvenir des concours dramatiques de l'antiquité est présent à la mémoire de tous; les rapporteurs ne font que le réveiller à chaque occasion comme un modèle à copier. N'est-ce pas cet esprit d'imitation, au fond, qui enlève à la cérémonie une partie de son authenticité? En quelque sorte, on joue au jury, comme on joue aux poètes couronnés ou au public exalté, ce qui ne signifie pas qu'on prend son rôle à la légère. Car, tout le paradoxe est là: l'authentique et l'inauthentique, loin de se contredire, peuvent coexister, voire se compléter. Investie de nouveaux besoins dans un contexte social particulier, cette cérémonie, ne fût-ce que comme copie du passé, est loin de devenir une routine; la passion romantique la rend originale. Yemeniz, à propos du concours de Rallis, parle «des querelles et des tempêtes», ainsi que du poète vainqueur «reporté chez lui presque en triomphe». Jusqu'à la fin des concours l'atmosphère est la même, le rituel inchangé. D. Gr. Cambouroglou, lauréat de 1873, en témoigne: «je fus enlevé... On me porta jusqu'à ma maison sur les épaules, en manifestation»1. Derrière cette fête solennelle qui met en valeur ses titres anciens (couronnes de laurier ou triomphes); derrière ce rituel un peu pompeux et apparemment théâtral, il n'est pas difficile de voir une réalité nouvelle et renouvelable, impulsive et explosive, et qui, à travers ses ambitions et ses emportements, ses imitations et ses répétitions, cherche obstinément son identité et ses propres dieux.

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1. Camb. A., p. 401. Le «triomphe» de D. Gr. Cambouroglou est confirmé par Ch. Anninos, «Τα πρώτα έτη του Ζαν Μωρεάς», Η Μελέτη, Νο 4, 1911, p. 246,

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4. Le jury et les œuvres présentées

Selon les statuts de Rallis, les membres du jury ne devaient pas être plus de trois: le jugement des poèmes était confié au recteur de l'Université (président), au professeur de lettres et, surtout, à celui de poétique. Le fondateur avait aussi prévu le cas où un de ces derniers serait recteur, lui accordant le droit le choisir «le troisième juge à son gré, soit parmi les universitaires, soit parmi les savants extra-universitaires» (clause 4), Dans la pratique, cependant, les choses allaient se passer autrement. Certes, tout au long des concours, le rôle du président fut exclusivement assumé par les recteurs ou, en cas d'absence et d'abstention de ceux-ci, par les vice-recteurs; mais le nombre des membres du jury n'a pas été strictement respecté. Or, si les juges universitaires ont été 3 pendant 7 années, ils furent 4 pendant 9 années et 5 pendant 7 années, pour atteindre exceptionnellement, à deux reprises, le nombre de 6 et de 7, selon le schéma suivant:

Nombre de membres du  jury

Années

3 1860, 1868, 1872, 1873, 1875, 1876, 1877
4 1855, 1859, 1862, 1863, 1865, 1866, 1867, 1870, 1874
1851, 1852, 1854, 1857, 1858, 1869, 1871
1853
1856

On pourrait observer que la diminution des membres du jury, loin d'être dictée par le respect du règlement, constitue, à coup sûr, un signe de crise: il est caractéristique que, pendant la décennie du concours de Rallis, les juges ne furent 3 qu'en 1860, dernière et tumultueuse année. A mesure que les concours rencontrent des difficultés ou traversent la phase de leur déclin, les universitaires hésitent de plus en plus à s'en mêler; ils atteignent le minimum dans les trois dernières années.

Une deuxième observation porterait sur le fait que la participation des professeurs au jury, durant la période de Rallis, est en général plus poussée que durant celle de Voutsinas. Il est normal qu'une institution nouvelle suscite un enthousiasme compréhensible chez ceux

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qui se croient en mesure d'y jouer un certain rôle. Ainsi, en 1853 et 1856, la participation des juges connut son point culminant. Peu après, la brouille avec Rallis et beaucoup d'autres problèmes encore émoussèrent considérablement l'empressement des universitaires. Vers la fin du concours, parmi les dangers menaçant son existence, la lassitude des juges est à plusieurs reprises soulignée par les rapporteurs.

Il va de soi que l'augmentation ou la diminution des membres du jury n'est aucunement en rapport avec le nombre des œuvres jugées (voir Tableau 1). Quant à la participation des «savants extra-universitaires», elle ne devait figurer que sur le papier. L'université ne partagea avec personne un droit réservé à elle seule; aucun corps étranger ne vint perturber son homogénéité.

Cette homogénéité, toutefois, n'allait pas sans équivoque. La qualité d'universitaire était loin d'effacer les divergences multiples existant au sein du jury ou d'établir une unité de vues cohérente: on a reproché plus d'une fois aux rapporteurs d'être en contradiction avec leurs prédécesseurs, ce qui n'était pas sans fondement. D'autre part, la compétence des juges ne paraissait pas moins contestable: de quel droit un universitaire, professeur de médecine par exemple, serait-il qualifié pour juger des poèmes? il est vrai que les concours ont été assumés par la Faculté de Philosophie, dont tous les rapporteurs et les simples membres du jury firent partie; cette Faculté, pourtant, comprenait non seulement des «littéraires» mais aussi des «scientifiques». D'autre part, quelques-uns des juges les plus en vue (Rangabé, Coumanoudis, Orphanidis et autres), poètes connus, pouvaient, en plus, appuyer leur compétence sur leurs activités créatrices; mais il n'est pas moins vrai que le jury, présidé très souvent par un médecin, un théologien ou un juriste, avait du mal à asseoir son autorité en matière littéraire et à priver ses adversaires d'arguments.

Faudrait-il attribuer, en réalité au président du jury un rôle plus ou moins secondaire? On ne peut pas ne pas tenir compte notamment de la particularité de ce rôle: loin des considérations esthétiques, présider un jury littéraire est, avant tout, pour le recteur annuel, un acte qui entre dans une série d'obligations administratives. C'est lui qui organise le travail, prépare la cérémonie, veille au bon fonctionnement des statuts. Si, en outre, ses opinions pèsent dans une certaine mesure sur les décisions du jury, cela dépend de sa personnalité et de sa compétence. C. Assopios, grand spécialiste de poésie, présida le jury à deux reprises, en tant que recteur; on peut supposer que son rôle y fut plus essentiel que celui de ses prédécesseurs.

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TABLEAU 1.

  Année Nombre de membres du jury Nombre d'œuvres  envoyées Nombre d'œuvres jugées  

1851

5

10

10

1852

5

9

9

1853

6

11

8

1854

5

12

11

1855

4

14

14

1856

7

14

13

1857

5

20

18

1858

5

10

8

1859

4

11

10

1860

3

14

14

1861

7

1862

4

11

11

1863

4

7

7

1864

14

1865

4

15

15

1866

4

14

10

1867

4

17

15

1868

3

31

25

1869

5

24

24

1870

4

35

34

1871

5

45

45

1872

3

30

28

1873

3

35

31

1874

4

25

23

1875

3

33

32

1876

3

31

27

1877

3

5

5

Le vrai protagoniste n'en reste pas moins le rapporteur, assumant publiquement la plus haute responsabilité. Il communique les options de ses collègues, traite de chacun des poèmes présentés, développe ses propres conceptions. Le fait qu'une décision collective s'incarne dans le texte rédigé par un seul homme confère à ce dernier un pouvoir prépondérant: la volonté du groupe n'empêche point l'individu d'étaler

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sa propre argumentation dans les détails. Ce caractère personnel s'accentue de plus en plus avec le temps, à mesure que les textes des rapporteurs deviennent plus longs et plus détaillés. En 1851, le rapport de A. Rangagé, court et hâtif, ne parlait que des deux meilleurs poèmes1. L'année suivante, le texte rédigé par Ph. Ioannou était déjà amélioré; Rallis en tint compte, louant les juges universitaires «car, par leurs jugements sur les œuvres présentées, ils enseignent les véritables règles de la poétique et de l'esthétique aussi bien aux concurrents qu'aux non concurrents, les rendant plus attentifs en la matière. Et même si mon prix ne devait apporter aucun autre fruit, je me félicite néanmoins d'offrir ainsi une occasion à la rédaction d'études et de rapports sur les concours...»2.

Ces Jugements, publiés chaque année dans les revues de l'époque et souvent en brochure3, allaient constituer avec le temps un corpus volumineux, dont l'importance fut évidente, tout au moins aux yeux de Coumanoudis: il proposera, en 1866, la publication de tous les rapports en un volume devant être offert comme cadeau à chaque bachelier en vue d'un enseignement esthétique vivant, «ce qui probablement pousserait la jeunesse grecque zélée à découvrir le véritable beau en art»4. Par trop optimiste ou utopique, cette proposition n'eut pas de suite; il est douteux, d'ailleurs, que les autres rapporteurs aient approuvé son bien-fondé5. Quoi qu'il en soit, même publiés séparément, les 25 rapports des concours n'en demeurent pas moins un ensemble précieux, non seulement pour leurs renseignements sur la 

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1. A propos de ce texte, Gorgias (Constantin Pop) souhaita pour l'avenir que le rapport du jury traitât, sinon de toutes les œuvres présentées, tout au moins des plus importantes, «indiquant leurs défauts et leurs qualités»: Ευτέρπη, No 93, 1er juillet 1851, p. 503.

2. Lettre du 5/17 juin 1852, R.R. de 1852, p. 13 [=Pant. Chr., p. 132].

3. La revue Πανδώρα publie régulièrement les Jugements 1851-1863 et, après 5 ans d'interruption, celui de 1870. D'autres revues (Χρυσαλλίς, Αθήναιον) et, naturellement, les journaux de l'époque en reproduisent le texte entier ou des extraits. Quant aux brochures, elles couvrent la période de Rallis (les années 1852, 1859 et 1860 exceptées), ainsi que celle de Voutsinas (la dernière année 1877 exceptée), avec, à partir de 1865, l'indication courante: Εξεδόθη δαπάνη του αγωνοθέτου.

4. Jugement de 1866, pp. 19-20.

5. C'est peut-être à cette proposition qu'Orphanidis, quatre ans plus tard, fait une allusion ironique, après avoir défini les objectifs du concours: «Si ce concours poétique s'engage dans une autre voie ou application et devient une école d'enseignement mutuel de versification, il déchoira tôt ou tard et, après une vie stérile et maladive, il rendra l'âme sans gloire et sans fruits, ce que nous ne souhaitons pas»: Jugement de 1870, p. 8. C'est nous qui soulignons.

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production littéraire de toute une époque, mais aussi pour l'illustration de la pensée critique pendant un quart de siècle décisif.

TABLEAU 2.

  Membres des jurys Nombre de participations Comme recteur Comme vice-recteur Comme  rapporteur Comme  simple membre  

Th. Aphentoulis

10

—   

4 6

M. Apostolidis

1

P. Arghyropoulos

1

C. Assopios

2

P. Calligas

1

E. Castorchis

6

1

1 1 3

E. Cokkinos

2

2

C. Contogonis

1

N. Costis

1

1

St. Coumanoudis

14

2 12

V. Iconomidis

1

1

Ph. Ioannou

7

1

2 4

G. Makkas

!

1

G. Mistriotis

5

2 3

H. Mitsopoulos

1

1

J. Olymbios

1

1

Th. Orphanidis

6

1

2 3

C. Paparrigopoulos

10

2 8

P. Paparrigopoulos

1

1

Sp. Pilicas

1

1

G. Rallis

1

1

A. R. Rangabé

Ί3

1

6 6

P. Rombotis

1

1

A. Roussopoulos

7

2 5

D. Semitelos

3

  —

1 2

D. Stroumbos

'J

1

M. Venizélos

2

1

1

J. Venthylos

2

2

D. Vernardakis

1

1

C. Voussakis

1

1

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Des 30 universitaires qui composèrent les jurys tout au long des concours, les rapporteurs ne furent que 11; A. Rangabé (6 fois) et Th. Aphentoulis (4 fois) détiennent le record de fréquence (voir Tableau 2). St. Coumanoudis, le membre le plus assidu du jury (14 participations), ne présenta le rapport que 2 fois, tandis que D. Vernardakis fit sa seule apparition au jury en tant que rapporteur. Pourrait-on ainsi répartir ces 30 universitaires en membres actifs et occasionnels? Il est certain que la moitié d'entre eux — c'est le cas notamment des recteurs non littéraires — sont peu qualifiés pour jouer un rôle décisif: non seulement ils manquent de compétence, mais aussi, obligés de présider un jury auquel ils participent pour la première fois, ils connaissent mal les mécanismes du concours, ses antécédents, ses dessous. Leur rôle purement littéraire ne peut être, d'habitude, que limité. Ce sont les rapporteurs, au contraire, qui détiennent un pouvoir de décision effectif. Professeurs de lettres, ils peuvent juger la poésie en spécialistes; membres du jury plus d'une fois, ils n'ignorent ni ce qui se prépare au grand jour ni ce qui se trame dans les coulisses. Leurs idées et leurs ambitions, grâce à l'institution de Rallis et de Voutsinas, trouvent de nouvelles possibilités: ils en profitent pour les servir, ils y pèsent de tout leur poids. Le sort des concours n'est, en très grande partie, lié qu'à l'action prépondérante d'une dizaine d'universitaires.

Face à ces juges connus, les concurrents, par centaines, semblent enveloppés dans un clair-obscur. Nous pourrions en distinguer trois catégories principales: a) ceux qui, déjà connus comme poètes avant les concours, y participent en vue d'une consécration officielle; b) ceux qui commencent leur carrière littéraire par les concours et c) les poètes d'occasion et sans lendemain qui, profitant de l'existence d'une institution accessible à tous, tentent leur chance en envoyant des poèmes une ou plusieurs fois. A. Antoniadis, T. Ambélas et A. Vlachos, avec 16, 10 et 8 participations respectivement, occupent les trois premières places: ils appartiennent à la deuxième catégorie. D'autre part, le nombre des œuvres présentées ne saurait surprendre: 115 poèmes furent jugés pendant la période de Rallis, 332 pendant celle de Voutsinas. Si l'on ajoute les poèmes éliminés ainsi que ceux qui étaient présentés en 1861 et 1864, les manuscrits envoyés aux concours dépassent le nombre de 500.

La plupart de ces manuscrits n'ayant pas pu être recensés, il serait impossible d'en connaître tous les textes et tous les auteurs. Les Jugements des jurys, source principale de notre travail, offrent en échange les titres de 450 poèmes environ et, qui plus est, assez d'indications pour

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pouvoir identifier une grande partie des œuvres publiées. Très souvent, cette identification ne s'opère qu'à rebours: c'est par les préfaces ou les notes des poèmes publiés que nous apprenons ou vérifions leur présentation aux concours. Mais la typographie n'accorda pas ses faveurs à tous les poèmes. Certes, les œuvres ayant remporté le prix ou un accessit ne restèrent pas, en règle générale, inédites. D'autre part, la publication de poèmes rejetés, acte d'indignation ou de défi, n'était pas moins courante: les auteurs avaient ainsi la possibilité, tout en répondant aux reproches formulés par les rapporteurs, de recourir à l'arbitrage du public. Cependant, le pourcentage des œuvres publiées partiellement ou en entier (37 % sur l'ensemble des titres connus, selon nos estimations actuelles), même s'il augmentait par suite d'une recherche bibliographique plus poussée, ne pourrait en aucune façon réfuter cette évidence: 60% environ des poèmes envoyés aux concours n'étaient pas destinés à être publiés. Sélection historique due à un hasard ou à une nécessité? Avant de conclure prématurément, il convient de voir les faits dans leur diachronie, ce qui sera l'objet des chapitres suivants.

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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PREMIÈRE PARTIE

LE CONCOURS DE RALLIS

(1851-1860)

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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CHAPITRE I

LES CONCOURS FACE A LA LANGUE (1851 -1855)

Ποιος ημπορεί να φανταστεί ποτέ του

πως η Επιτροπή θέ να βραβεύσει

ποίημα στη γλώσσαν του λαού γραμμένο;

G. Tertsétis (1858)

En 1851, Athènes inaugurait ses concours poétiques avec éclat. C'était un moment crucial: dès ses débuts, la sixième décennie du XIXe siècle devait prendre, dans la vie du Royaume hellénique, les aspects d'un tournant. Les rythmes s'accéléraient; on eût dit que la petite société grecque, s'asphyxiant depuis vingt ans dans les frontières d'un État tronqué, mobilisait soudain ses énergies pour faire un bond en avant, pour se défendre ou pour chercher une identité. Divisée en classes, hétérogène et mouvante, cette société portait en elle-même des contradictions multiples. Au moment où la Grande Idée créait une nouvelle dynamique orientée vers l'extérieur, les révoltes paysannes (Papoulacos) et les fanatismes endurcis (procès de Caïris, de Macriyannis et autres) faisaient montre de tensions internes non négligeables. Un événement majeur, la Guerre de Crimée, fut le point culminant d'une effervescence .généralisée.

C'est dans un tel climat qu'eurent lieu les premiers concours, caractérisés, entre autres, par le zèle des universitaires et par leurs bonnes relations avec le fondateur Rallis. Deux professeurs, Alexandre Rizos Rangabé (1809 - 1892) et Philippe Ioannou (1796 - 1880) assumèrent en exclusivité, de 1851 à 1855, le rôle du rapporteur. Qualifié plus que quiconque en matière de poésie, le premier sut exprimer (1851, 1853, 1854) sa prédilection pour un style élégant et soigné, pour une langue savante et correcte, pour une versification respectueuse des règles; son influence fut certaine; l'hexamètre, mis à la mode par lui,

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en porte le témoignage. Philosophe et versificateur d'occasion en grec ancien, le second était assurément mal placé pour asseoir son autorité littéraire (1852, 1855); ses analyses critiques, dominées par un moralisme abstrait, contenaient en outre trop de leçons de grammaire ou de références aux auteurs anciens pour affirmer leur originalité.

Deux poètes-concurrents, Georges Zalocostas (1805-1858) et Théodore Orphanidis (1817-1886), marquèrent ces débuts du concours non seulement par leurs victoires, mais aussi par leurs querelles retentissantes. Le premier, lauréat de 1851 et de 1853, allait terminer sa course en 1855, dans l'humiliation de la défaite; le second, vainqueur en 1854 et 1855, avait encore à jouer, dans l'avenir, un rôle important. D'autres poètes (St. Coumanoudis, G. Mavroyannis, G. Tertsétis, D. Vernardakis, J. Carassoutsas) firent aussi sur la scène des concours une ou plusieurs apparitions remarquables. Cependant, si pour chacun d'entre eux l'enjeu principal était le prix et la couronne, il n'en allait pas de même pour leurs juges, animés par d'autres ambitions. Par ailleurs, Rallis, auteur d'un règlement normatif, était loin de borner son rôle à celui d'un simple bailleur de fonds; il avait, lui aussi, son mot à dire, ayant soumis son «rapatriement des Muses» à des conditions bien précises. Le fonctionnement des concours dépendait donc de plusieurs facteurs, dont ni l'équilibration ni la coexistence pacifique n'étaient toujours faciles. De nombreux problèmes, d'ordre théorique ou pratique, devaient se poser dès le début.

La question dominante de cette période fut, sans doute, celle de la langue. L'expérience des premières années du concours montra que la qualité littéraire des poèmes présentés n'allait pas toujours de pair avec le «vêtement» linguistique savant que les universitaires avaient pour mission d'imposer. Entre la langue et la poésie se créait ainsi une incompatibilité certaine; valoriser la qualité et, en même temps, la soumettre à des exclusives, n'aurait été qu'une demi-mesure incapable de résoudre le problème. Il fallait faire un choix. Or, les jurys n'hésitèrent pas à opter pour la langue; s'ils se souciaient de promouvoir une «poésie savante», ils appuyaient plus sur le mot «savante» que sur le mot «poésie». C'était dans la logique des choses: institution pédagogique, l'Université, n'avait, en premier lieu, qu'à veiller à ce que fût mis en place un instrument d'expression correct et exemplaire. Mais, qui plus est, l'option en faveur de la langue savante, loin d'être une simple condition imposée par Rallis, correspondait à l'époque à un idéal prioritaire de «retour aux formes anciennes» (Rangabé, 1853), idéal que les universitaires d'Athènes, à quelques exceptions près 

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(Pilicas, 1852), partageaient unanimement, même s'ils le concevaient de manière parfois différente.

Cette option toutefois ne put être imposée d'un seul coup. Bien que frappée d'ostracisme, la langue populaire continua non seulement d'apparaître régulièrement aux concours, mais aussi d'y présenter les poèmes les plus remarquables, prouvant ainsi qu'elle était seule capable de résoudre la contradiction. Les jurys, tout en décernant le prix aux œuvres «savantes», ne pouvaient pas passer sous silence les qualités des œuvres «vulgaires»; pousser, dès le début, la sévérité jusqu'à l'intransigeance et, par conséquent, se transformer en censeurs, eût probablement été, pour les juges littéraires, une attitude contraire à leur rôle et défavorable à l'avenir des concours.

Entre-temps, la persistance de la dualité linguistique devenait de plus en plus gênante. Les trois premières années du concours avaient déjà montré que la langue proscrite, loin de reculer, imposait obstinément son pouvoir parallèle. Il fallait donc prendre des mesures plus énergiques pour la déloger, et Rangabé s'y employa (1853, 1854) avec toute sa ferveur. Un certain moment, cet objectif sembla atteint: en 1855, l'unique spécimen «vulgaire» du concours, très médiocre, n'avait pas à susciter plus d'inquiétudes; déjà, le danger vulgariste paraissant écarté, il n'était plus question que de choisir tranquillement le meilleur parmi les poèmes «savants», voire de critiquer les surenchères archaïsantes (Vernardakis). Mais, l'année suivante, E. Castorchis sera obligé d'annoncer définitivement la proscription de la langue populaire, tandis que C. Paparrigopoulos, comme nous le verrons, relevant le défi de Tertsétis, se livrera en 1858 à une virulente attaque antivulgariste. Une chose est certaine: le problème de la langue, loin d'être résolu tout d'un coup, marque presque toute la période du concours de Rallis.

En définitive, malgré les résistances, la bataille linguistique au sein des concours ne pouvait qu'être gagnée par les universitaires. Tertsétis avait beau insister jusqu'en 1858, espérant peut-être un retournement de la situation. Déjà en 1853, les universitaires avaient pris la décision de barrer à tout prix la route aux vulgaristes et ils ne devaient pas changer d'avis facilement. Déblayer le terrain linguistique, dans le contexte historique de l'époque, était une des tâches les plus urgentes et les plus essentielles. Au moment où P. Soutsos publiait son manifeste (Νέα Σχολή, 1853), la langue se plaçait au cœur du débat et devenait le problème le plus important. Dans ces conditions, les universitaires d'Athènes avaient un rôle prépondérant à jouer. L

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L'institution de Rallis leur offrait un moyen d'action des plus efficaces. Ils s'en servirent pour imposer leur loi.

Marqués par le problème de la langue, les concours des cinq premières années présentent, cependant, de nombreux autres aspects. Nous essayons d'en rendre compte dans la chronique qui suit.

1. 1851: Une inauguration solennelle

Contrairement aux statuts de Rallis, qui fixaient comme date du concours le 25 mars, la première cérémonie eut exceptionnellement lieu le 20 mai 1851, anniversaire du roi Othon. Ce transfert de date, explique le recteur Apostolidis, n'était dû qu'à la proclamation tardive du concours1.

En effet, daté du 9 janvier 1851 et publié dans les journaux quelques jours plus tard, le "Programme du concours" ne permettait pas que la cérémonie fût fixée le 25 mars, deux mois étant insuffisants à la préparation, à l'envoi et au jugement des poèmes. Mais ce retard fut utile: de retour à Athènes le 1er mai, après un long séjour à l' étranger, le roi Othon, présent à la première cérémonie, fournit à l'inauguration du concours un éclat particulier2.

Le jury était composé de 5 membres: M. Apostolidis (président), A.R. Rangabé (rapporteur), Ph. Ioannou, J. Venthylos et C. Paparrigopoulos. Peut-on déjà parler d'une certaine homogénéité? Il est vrai que Rangabé et Paparrigopoulos, toujours du même côté de la barricade (les "Damon et Pythias" comme les appellera plus tard Orphanidis), se trouvaient ensemble dès le premier moment, représentants d'une unité "helléno-chrétienne" dans un jury présidé, en outre, par un recteur théologien en soutane. Mais il serait hasardeux de voir dans cette coïncidence le résultat d'une action concertée. En 1851, les tendances et les coteries universitaires n'étaient encore que vaguement esquissées; c'est avec le temps qu'elles allaient prendre corps, dans le cadre des concours, et laisser apparaître leurs caractéristiques.

Grand spécialiste de poésie, A. R. Rangabé était sans doute le plus qualifié pour assumer le rôle du rapporteur. Il s'acquitta de sa

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1. R.R. de 1851, p. 21.

2. Voir surtout les comptes rendus des journaux Η Ελπίς, 22 mai 1851, et Εφημερίς του Λαού, 23 mai 1851. On trouve une intéressante description de la première cérémonie dans Sp. P. Lambros, Γεώργιος Ζαλοκώστας, Athènes 1868, pp. 7-9.

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    22. Moullas, Concours poetiques

    l'Association de Constantinople, tardait désespérément à se mettre en marche. C'est ainsi que s'explique, peut-être, la décision de Voutsinas de faire encore un effort, en 1888, pour rétablir les concours poétiques universitaires. Un journal de l'époque1 annonce que le fondateur, se trouvant en Allemagne, s'apprêtait à voyager à Athènes en vue de rencontrer le recteur Aphentoulis et de «réaliser son but». Homme «au dessus de toute mesquinerie», il n'avait jamais cessé d'envisager la reconstitution de son concours athénien. C'est ainsi, poursuit le journal, qu'il s'était adressé au recteur, quelques années auparavant, pour lui demander les conditions dans lesquelles cette reconstitution serait possible. Mais la lettre de réponse du recteur fut brutale: «Avant que nous exprimions notre avis, vous devez déposer à la Banque Nationale l'argent nécessaire aux prix et aux autres frais». A la suite de quoi, le fondateur, offensé, s'était tourné vers l'Association de Constantinople, de laquelle pourtant il n'avait pas encore reçu de réponse2. Donc, à en croire ce journal, Voutsinas avait fait un premier effort pour rétablir son concours entre les années 1877 et 1881, effort qu' il renouvela en 1888.

    Sa correspondance avec l'Université d'Athènes ne nous étant pas parvenue, nous ne pouvons savoir ni les raisons qu'il a avancées en 1877 pour justifier sa démission, ni les efforts qu'il a faits plus tard pour rétablir son concours. Quoi qu'il en soit, ces efforts, réels ou non, n'eurent pas de suite. Morts en 1877, les concours poétiques universitaires ne devaient connaître aucune résurrection. Ils avaient fait leur temps, rempli leur mission. Il est vrai que d'autres concours prirent par la suite la relève. Mais le contexte social et littéraire n'était plus le même: le tournant de 1880 avait déjà montré que l'histoire de la poésie et de la critique néo-helléniques, ayant fait de nouvelles options, allait passer désormais par d'autres voies.

    3. La cérémonie.

    Rallis avait désigné comme jour de la cérémonie annuelle du concours le 25 mars. Ce choix, naturellement, n'était pas dû au hasard. Anniversaire de la Guerre de l'Indépendance et jour de la fête nationale officielle, le 25 mars offrait toutes les garanties d'une solennité 

    ————————————

    1. Εφημερίς, 21 février 1888. 2 Ibid.