Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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4. Le jury et les œuvres présentées

Selon les statuts de Rallis, les membres du jury ne devaient pas être plus de trois: le jugement des poèmes était confié au recteur de l'Université (président), au professeur de lettres et, surtout, à celui de poétique. Le fondateur avait aussi prévu le cas où un de ces derniers serait recteur, lui accordant le droit le choisir «le troisième juge à son gré, soit parmi les universitaires, soit parmi les savants extra-universitaires» (clause 4), Dans la pratique, cependant, les choses allaient se passer autrement. Certes, tout au long des concours, le rôle du président fut exclusivement assumé par les recteurs ou, en cas d'absence et d'abstention de ceux-ci, par les vice-recteurs; mais le nombre des membres du jury n'a pas été strictement respecté. Or, si les juges universitaires ont été 3 pendant 7 années, ils furent 4 pendant 9 années et 5 pendant 7 années, pour atteindre exceptionnellement, à deux reprises, le nombre de 6 et de 7, selon le schéma suivant:

Nombre de membres du  jury

Années

3 1860, 1868, 1872, 1873, 1875, 1876, 1877
4 1855, 1859, 1862, 1863, 1865, 1866, 1867, 1870, 1874
1851, 1852, 1854, 1857, 1858, 1869, 1871
1853
1856

On pourrait observer que la diminution des membres du jury, loin d'être dictée par le respect du règlement, constitue, à coup sûr, un signe de crise: il est caractéristique que, pendant la décennie du concours de Rallis, les juges ne furent 3 qu'en 1860, dernière et tumultueuse année. A mesure que les concours rencontrent des difficultés ou traversent la phase de leur déclin, les universitaires hésitent de plus en plus à s'en mêler; ils atteignent le minimum dans les trois dernières années.

Une deuxième observation porterait sur le fait que la participation des professeurs au jury, durant la période de Rallis, est en général plus poussée que durant celle de Voutsinas. Il est normal qu'une institution nouvelle suscite un enthousiasme compréhensible chez ceux

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qui se croient en mesure d'y jouer un certain rôle. Ainsi, en 1853 et 1856, la participation des juges connut son point culminant. Peu après, la brouille avec Rallis et beaucoup d'autres problèmes encore émoussèrent considérablement l'empressement des universitaires. Vers la fin du concours, parmi les dangers menaçant son existence, la lassitude des juges est à plusieurs reprises soulignée par les rapporteurs.

Il va de soi que l'augmentation ou la diminution des membres du jury n'est aucunement en rapport avec le nombre des œuvres jugées (voir Tableau 1). Quant à la participation des «savants extra-universitaires», elle ne devait figurer que sur le papier. L'université ne partagea avec personne un droit réservé à elle seule; aucun corps étranger ne vint perturber son homogénéité.

Cette homogénéité, toutefois, n'allait pas sans équivoque. La qualité d'universitaire était loin d'effacer les divergences multiples existant au sein du jury ou d'établir une unité de vues cohérente: on a reproché plus d'une fois aux rapporteurs d'être en contradiction avec leurs prédécesseurs, ce qui n'était pas sans fondement. D'autre part, la compétence des juges ne paraissait pas moins contestable: de quel droit un universitaire, professeur de médecine par exemple, serait-il qualifié pour juger des poèmes? il est vrai que les concours ont été assumés par la Faculté de Philosophie, dont tous les rapporteurs et les simples membres du jury firent partie; cette Faculté, pourtant, comprenait non seulement des «littéraires» mais aussi des «scientifiques». D'autre part, quelques-uns des juges les plus en vue (Rangabé, Coumanoudis, Orphanidis et autres), poètes connus, pouvaient, en plus, appuyer leur compétence sur leurs activités créatrices; mais il n'est pas moins vrai que le jury, présidé très souvent par un médecin, un théologien ou un juriste, avait du mal à asseoir son autorité en matière littéraire et à priver ses adversaires d'arguments.

Faudrait-il attribuer, en réalité au président du jury un rôle plus ou moins secondaire? On ne peut pas ne pas tenir compte notamment de la particularité de ce rôle: loin des considérations esthétiques, présider un jury littéraire est, avant tout, pour le recteur annuel, un acte qui entre dans une série d'obligations administratives. C'est lui qui organise le travail, prépare la cérémonie, veille au bon fonctionnement des statuts. Si, en outre, ses opinions pèsent dans une certaine mesure sur les décisions du jury, cela dépend de sa personnalité et de sa compétence. C. Assopios, grand spécialiste de poésie, présida le jury à deux reprises, en tant que recteur; on peut supposer que son rôle y fut plus essentiel que celui de ses prédécesseurs.

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TABLEAU 1.

  Année Nombre de membres du jury Nombre d'œuvres  envoyées Nombre d'œuvres jugées  

1851

5

10

10

1852

5

9

9

1853

6

11

8

1854

5

12

11

1855

4

14

14

1856

7

14

13

1857

5

20

18

1858

5

10

8

1859

4

11

10

1860

3

14

14

1861

7

1862

4

11

11

1863

4

7

7

1864

14

1865

4

15

15

1866

4

14

10

1867

4

17

15

1868

3

31

25

1869

5

24

24

1870

4

35

34

1871

5

45

45

1872

3

30

28

1873

3

35

31

1874

4

25

23

1875

3

33

32

1876

3

31

27

1877

3

5

5

Le vrai protagoniste n'en reste pas moins le rapporteur, assumant publiquement la plus haute responsabilité. Il communique les options de ses collègues, traite de chacun des poèmes présentés, développe ses propres conceptions. Le fait qu'une décision collective s'incarne dans le texte rédigé par un seul homme confère à ce dernier un pouvoir prépondérant: la volonté du groupe n'empêche point l'individu d'étaler

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sa propre argumentation dans les détails. Ce caractère personnel s'accentue de plus en plus avec le temps, à mesure que les textes des rapporteurs deviennent plus longs et plus détaillés. En 1851, le rapport de A. Rangagé, court et hâtif, ne parlait que des deux meilleurs poèmes1. L'année suivante, le texte rédigé par Ph. Ioannou était déjà amélioré; Rallis en tint compte, louant les juges universitaires «car, par leurs jugements sur les œuvres présentées, ils enseignent les véritables règles de la poétique et de l'esthétique aussi bien aux concurrents qu'aux non concurrents, les rendant plus attentifs en la matière. Et même si mon prix ne devait apporter aucun autre fruit, je me félicite néanmoins d'offrir ainsi une occasion à la rédaction d'études et de rapports sur les concours...»2.

Ces Jugements, publiés chaque année dans les revues de l'époque et souvent en brochure3, allaient constituer avec le temps un corpus volumineux, dont l'importance fut évidente, tout au moins aux yeux de Coumanoudis: il proposera, en 1866, la publication de tous les rapports en un volume devant être offert comme cadeau à chaque bachelier en vue d'un enseignement esthétique vivant, «ce qui probablement pousserait la jeunesse grecque zélée à découvrir le véritable beau en art»4. Par trop optimiste ou utopique, cette proposition n'eut pas de suite; il est douteux, d'ailleurs, que les autres rapporteurs aient approuvé son bien-fondé5. Quoi qu'il en soit, même publiés séparément, les 25 rapports des concours n'en demeurent pas moins un ensemble précieux, non seulement pour leurs renseignements sur la 

————————————

1. A propos de ce texte, Gorgias (Constantin Pop) souhaita pour l'avenir que le rapport du jury traitât, sinon de toutes les œuvres présentées, tout au moins des plus importantes, «indiquant leurs défauts et leurs qualités»: Ευτέρπη, No 93, 1er juillet 1851, p. 503.

2. Lettre du 5/17 juin 1852, R.R. de 1852, p. 13 [=Pant. Chr., p. 132].

3. La revue Πανδώρα publie régulièrement les Jugements 1851-1863 et, après 5 ans d'interruption, celui de 1870. D'autres revues (Χρυσαλλίς, Αθήναιον) et, naturellement, les journaux de l'époque en reproduisent le texte entier ou des extraits. Quant aux brochures, elles couvrent la période de Rallis (les années 1852, 1859 et 1860 exceptées), ainsi que celle de Voutsinas (la dernière année 1877 exceptée), avec, à partir de 1865, l'indication courante: Εξεδόθη δαπάνη του αγωνοθέτου.

4. Jugement de 1866, pp. 19-20.

5. C'est peut-être à cette proposition qu'Orphanidis, quatre ans plus tard, fait une allusion ironique, après avoir défini les objectifs du concours: «Si ce concours poétique s'engage dans une autre voie ou application et devient une école d'enseignement mutuel de versification, il déchoira tôt ou tard et, après une vie stérile et maladive, il rendra l'âme sans gloire et sans fruits, ce que nous ne souhaitons pas»: Jugement de 1870, p. 8. C'est nous qui soulignons.

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production littéraire de toute une époque, mais aussi pour l'illustration de la pensée critique pendant un quart de siècle décisif.

TABLEAU 2.

  Membres des jurys Nombre de participations Comme recteur Comme vice-recteur Comme  rapporteur Comme  simple membre  

Th. Aphentoulis

10

—   

4 6

M. Apostolidis

1

P. Arghyropoulos

1

C. Assopios

2

P. Calligas

1

E. Castorchis

6

1

1 1 3

E. Cokkinos

2

2

C. Contogonis

1

N. Costis

1

1

St. Coumanoudis

14

2 12

V. Iconomidis

1

1

Ph. Ioannou

7

1

2 4

G. Makkas

!

1

G. Mistriotis

5

2 3

H. Mitsopoulos

1

1

J. Olymbios

1

1

Th. Orphanidis

6

1

2 3

C. Paparrigopoulos

10

2 8

P. Paparrigopoulos

1

1

Sp. Pilicas

1

1

G. Rallis

1

1

A. R. Rangabé

Ί3

1

6 6

P. Rombotis

1

1

A. Roussopoulos

7

2 5

D. Semitelos

3

  —

1 2

D. Stroumbos

'J

1

M. Venizélos

2

1

1

J. Venthylos

2

2

D. Vernardakis

1

1

C. Voussakis

1

1

Σελ. 61
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Des 30 universitaires qui composèrent les jurys tout au long des concours, les rapporteurs ne furent que 11; A. Rangabé (6 fois) et Th. Aphentoulis (4 fois) détiennent le record de fréquence (voir Tableau 2). St. Coumanoudis, le membre le plus assidu du jury (14 participations), ne présenta le rapport que 2 fois, tandis que D. Vernardakis fit sa seule apparition au jury en tant que rapporteur. Pourrait-on ainsi répartir ces 30 universitaires en membres actifs et occasionnels? Il est certain que la moitié d'entre eux — c'est le cas notamment des recteurs non littéraires — sont peu qualifiés pour jouer un rôle décisif: non seulement ils manquent de compétence, mais aussi, obligés de présider un jury auquel ils participent pour la première fois, ils connaissent mal les mécanismes du concours, ses antécédents, ses dessous. Leur rôle purement littéraire ne peut être, d'habitude, que limité. Ce sont les rapporteurs, au contraire, qui détiennent un pouvoir de décision effectif. Professeurs de lettres, ils peuvent juger la poésie en spécialistes; membres du jury plus d'une fois, ils n'ignorent ni ce qui se prépare au grand jour ni ce qui se trame dans les coulisses. Leurs idées et leurs ambitions, grâce à l'institution de Rallis et de Voutsinas, trouvent de nouvelles possibilités: ils en profitent pour les servir, ils y pèsent de tout leur poids. Le sort des concours n'est, en très grande partie, lié qu'à l'action prépondérante d'une dizaine d'universitaires.

Face à ces juges connus, les concurrents, par centaines, semblent enveloppés dans un clair-obscur. Nous pourrions en distinguer trois catégories principales: a) ceux qui, déjà connus comme poètes avant les concours, y participent en vue d'une consécration officielle; b) ceux qui commencent leur carrière littéraire par les concours et c) les poètes d'occasion et sans lendemain qui, profitant de l'existence d'une institution accessible à tous, tentent leur chance en envoyant des poèmes une ou plusieurs fois. A. Antoniadis, T. Ambélas et A. Vlachos, avec 16, 10 et 8 participations respectivement, occupent les trois premières places: ils appartiennent à la deuxième catégorie. D'autre part, le nombre des œuvres présentées ne saurait surprendre: 115 poèmes furent jugés pendant la période de Rallis, 332 pendant celle de Voutsinas. Si l'on ajoute les poèmes éliminés ainsi que ceux qui étaient présentés en 1861 et 1864, les manuscrits envoyés aux concours dépassent le nombre de 500.

La plupart de ces manuscrits n'ayant pas pu être recensés, il serait impossible d'en connaître tous les textes et tous les auteurs. Les Jugements des jurys, source principale de notre travail, offrent en échange les titres de 450 poèmes environ et, qui plus est, assez d'indications pour

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pouvoir identifier une grande partie des œuvres publiées. Très souvent, cette identification ne s'opère qu'à rebours: c'est par les préfaces ou les notes des poèmes publiés que nous apprenons ou vérifions leur présentation aux concours. Mais la typographie n'accorda pas ses faveurs à tous les poèmes. Certes, les œuvres ayant remporté le prix ou un accessit ne restèrent pas, en règle générale, inédites. D'autre part, la publication de poèmes rejetés, acte d'indignation ou de défi, n'était pas moins courante: les auteurs avaient ainsi la possibilité, tout en répondant aux reproches formulés par les rapporteurs, de recourir à l'arbitrage du public. Cependant, le pourcentage des œuvres publiées partiellement ou en entier (37 % sur l'ensemble des titres connus, selon nos estimations actuelles), même s'il augmentait par suite d'une recherche bibliographique plus poussée, ne pourrait en aucune façon réfuter cette évidence: 60% environ des poèmes envoyés aux concours n'étaient pas destinés à être publiés. Sélection historique due à un hasard ou à une nécessité? Avant de conclure prématurément, il convient de voir les faits dans leur diachronie, ce qui sera l'objet des chapitres suivants.

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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PREMIÈRE PARTIE

LE CONCOURS DE RALLIS

(1851-1860)

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ΛΕΥΚΗ ΣΕΛΙΔΑ

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CHAPITRE I

LES CONCOURS FACE A LA LANGUE (1851 -1855)

Ποιος ημπορεί να φανταστεί ποτέ του

πως η Επιτροπή θέ να βραβεύσει

ποίημα στη γλώσσαν του λαού γραμμένο;

G. Tertsétis (1858)

En 1851, Athènes inaugurait ses concours poétiques avec éclat. C'était un moment crucial: dès ses débuts, la sixième décennie du XIXe siècle devait prendre, dans la vie du Royaume hellénique, les aspects d'un tournant. Les rythmes s'accéléraient; on eût dit que la petite société grecque, s'asphyxiant depuis vingt ans dans les frontières d'un État tronqué, mobilisait soudain ses énergies pour faire un bond en avant, pour se défendre ou pour chercher une identité. Divisée en classes, hétérogène et mouvante, cette société portait en elle-même des contradictions multiples. Au moment où la Grande Idée créait une nouvelle dynamique orientée vers l'extérieur, les révoltes paysannes (Papoulacos) et les fanatismes endurcis (procès de Caïris, de Macriyannis et autres) faisaient montre de tensions internes non négligeables. Un événement majeur, la Guerre de Crimée, fut le point culminant d'une effervescence .généralisée.

C'est dans un tel climat qu'eurent lieu les premiers concours, caractérisés, entre autres, par le zèle des universitaires et par leurs bonnes relations avec le fondateur Rallis. Deux professeurs, Alexandre Rizos Rangabé (1809 - 1892) et Philippe Ioannou (1796 - 1880) assumèrent en exclusivité, de 1851 à 1855, le rôle du rapporteur. Qualifié plus que quiconque en matière de poésie, le premier sut exprimer (1851, 1853, 1854) sa prédilection pour un style élégant et soigné, pour une langue savante et correcte, pour une versification respectueuse des règles; son influence fut certaine; l'hexamètre, mis à la mode par lui,

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en porte le témoignage. Philosophe et versificateur d'occasion en grec ancien, le second était assurément mal placé pour asseoir son autorité littéraire (1852, 1855); ses analyses critiques, dominées par un moralisme abstrait, contenaient en outre trop de leçons de grammaire ou de références aux auteurs anciens pour affirmer leur originalité.

Deux poètes-concurrents, Georges Zalocostas (1805-1858) et Théodore Orphanidis (1817-1886), marquèrent ces débuts du concours non seulement par leurs victoires, mais aussi par leurs querelles retentissantes. Le premier, lauréat de 1851 et de 1853, allait terminer sa course en 1855, dans l'humiliation de la défaite; le second, vainqueur en 1854 et 1855, avait encore à jouer, dans l'avenir, un rôle important. D'autres poètes (St. Coumanoudis, G. Mavroyannis, G. Tertsétis, D. Vernardakis, J. Carassoutsas) firent aussi sur la scène des concours une ou plusieurs apparitions remarquables. Cependant, si pour chacun d'entre eux l'enjeu principal était le prix et la couronne, il n'en allait pas de même pour leurs juges, animés par d'autres ambitions. Par ailleurs, Rallis, auteur d'un règlement normatif, était loin de borner son rôle à celui d'un simple bailleur de fonds; il avait, lui aussi, son mot à dire, ayant soumis son «rapatriement des Muses» à des conditions bien précises. Le fonctionnement des concours dépendait donc de plusieurs facteurs, dont ni l'équilibration ni la coexistence pacifique n'étaient toujours faciles. De nombreux problèmes, d'ordre théorique ou pratique, devaient se poser dès le début.

La question dominante de cette période fut, sans doute, celle de la langue. L'expérience des premières années du concours montra que la qualité littéraire des poèmes présentés n'allait pas toujours de pair avec le «vêtement» linguistique savant que les universitaires avaient pour mission d'imposer. Entre la langue et la poésie se créait ainsi une incompatibilité certaine; valoriser la qualité et, en même temps, la soumettre à des exclusives, n'aurait été qu'une demi-mesure incapable de résoudre le problème. Il fallait faire un choix. Or, les jurys n'hésitèrent pas à opter pour la langue; s'ils se souciaient de promouvoir une «poésie savante», ils appuyaient plus sur le mot «savante» que sur le mot «poésie». C'était dans la logique des choses: institution pédagogique, l'Université, n'avait, en premier lieu, qu'à veiller à ce que fût mis en place un instrument d'expression correct et exemplaire. Mais, qui plus est, l'option en faveur de la langue savante, loin d'être une simple condition imposée par Rallis, correspondait à l'époque à un idéal prioritaire de «retour aux formes anciennes» (Rangabé, 1853), idéal que les universitaires d'Athènes, à quelques exceptions près 

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(Pilicas, 1852), partageaient unanimement, même s'ils le concevaient de manière parfois différente.

Cette option toutefois ne put être imposée d'un seul coup. Bien que frappée d'ostracisme, la langue populaire continua non seulement d'apparaître régulièrement aux concours, mais aussi d'y présenter les poèmes les plus remarquables, prouvant ainsi qu'elle était seule capable de résoudre la contradiction. Les jurys, tout en décernant le prix aux œuvres «savantes», ne pouvaient pas passer sous silence les qualités des œuvres «vulgaires»; pousser, dès le début, la sévérité jusqu'à l'intransigeance et, par conséquent, se transformer en censeurs, eût probablement été, pour les juges littéraires, une attitude contraire à leur rôle et défavorable à l'avenir des concours.

Entre-temps, la persistance de la dualité linguistique devenait de plus en plus gênante. Les trois premières années du concours avaient déjà montré que la langue proscrite, loin de reculer, imposait obstinément son pouvoir parallèle. Il fallait donc prendre des mesures plus énergiques pour la déloger, et Rangabé s'y employa (1853, 1854) avec toute sa ferveur. Un certain moment, cet objectif sembla atteint: en 1855, l'unique spécimen «vulgaire» du concours, très médiocre, n'avait pas à susciter plus d'inquiétudes; déjà, le danger vulgariste paraissant écarté, il n'était plus question que de choisir tranquillement le meilleur parmi les poèmes «savants», voire de critiquer les surenchères archaïsantes (Vernardakis). Mais, l'année suivante, E. Castorchis sera obligé d'annoncer définitivement la proscription de la langue populaire, tandis que C. Paparrigopoulos, comme nous le verrons, relevant le défi de Tertsétis, se livrera en 1858 à une virulente attaque antivulgariste. Une chose est certaine: le problème de la langue, loin d'être résolu tout d'un coup, marque presque toute la période du concours de Rallis.

En définitive, malgré les résistances, la bataille linguistique au sein des concours ne pouvait qu'être gagnée par les universitaires. Tertsétis avait beau insister jusqu'en 1858, espérant peut-être un retournement de la situation. Déjà en 1853, les universitaires avaient pris la décision de barrer à tout prix la route aux vulgaristes et ils ne devaient pas changer d'avis facilement. Déblayer le terrain linguistique, dans le contexte historique de l'époque, était une des tâches les plus urgentes et les plus essentielles. Au moment où P. Soutsos publiait son manifeste (Νέα Σχολή, 1853), la langue se plaçait au cœur du débat et devenait le problème le plus important. Dans ces conditions, les universitaires d'Athènes avaient un rôle prépondérant à jouer. L

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L'institution de Rallis leur offrait un moyen d'action des plus efficaces. Ils s'en servirent pour imposer leur loi.

Marqués par le problème de la langue, les concours des cinq premières années présentent, cependant, de nombreux autres aspects. Nous essayons d'en rendre compte dans la chronique qui suit.

1. 1851: Une inauguration solennelle

Contrairement aux statuts de Rallis, qui fixaient comme date du concours le 25 mars, la première cérémonie eut exceptionnellement lieu le 20 mai 1851, anniversaire du roi Othon. Ce transfert de date, explique le recteur Apostolidis, n'était dû qu'à la proclamation tardive du concours1.

En effet, daté du 9 janvier 1851 et publié dans les journaux quelques jours plus tard, le "Programme du concours" ne permettait pas que la cérémonie fût fixée le 25 mars, deux mois étant insuffisants à la préparation, à l'envoi et au jugement des poèmes. Mais ce retard fut utile: de retour à Athènes le 1er mai, après un long séjour à l' étranger, le roi Othon, présent à la première cérémonie, fournit à l'inauguration du concours un éclat particulier2.

Le jury était composé de 5 membres: M. Apostolidis (président), A.R. Rangabé (rapporteur), Ph. Ioannou, J. Venthylos et C. Paparrigopoulos. Peut-on déjà parler d'une certaine homogénéité? Il est vrai que Rangabé et Paparrigopoulos, toujours du même côté de la barricade (les "Damon et Pythias" comme les appellera plus tard Orphanidis), se trouvaient ensemble dès le premier moment, représentants d'une unité "helléno-chrétienne" dans un jury présidé, en outre, par un recteur théologien en soutane. Mais il serait hasardeux de voir dans cette coïncidence le résultat d'une action concertée. En 1851, les tendances et les coteries universitaires n'étaient encore que vaguement esquissées; c'est avec le temps qu'elles allaient prendre corps, dans le cadre des concours, et laisser apparaître leurs caractéristiques.

Grand spécialiste de poésie, A. R. Rangabé était sans doute le plus qualifié pour assumer le rôle du rapporteur. Il s'acquitta de sa

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1. R.R. de 1851, p. 21.

2. Voir surtout les comptes rendus des journaux Η Ελπίς, 22 mai 1851, et Εφημερίς του Λαού, 23 mai 1851. On trouve une intéressante description de la première cérémonie dans Sp. P. Lambros, Γεώργιος Ζαλοκώστας, Athènes 1868, pp. 7-9.

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tâche avec la virtuosité qui lui était propre. L'éloge de Rallis, sans être excessif, n'en resta pas moins flatteur dans un discours qui démontrait l'importance des concours poétiques en citant les exemples de l'antiquité grecque, d'Auguste, de Mécène et de Louis XIV. Mais Rangabé ne manquait ni de bon sens ni d'esprit de modération: au moment propice, il n'oublia pas de rappeler prudemment que certaines Académies "couronnent chaque année beaucoup de poèmes médiocres et, très souvent, mort-nés", alors que la gloire de Milton, de Molière ou de Shakespeare ne doit rien à de telles distinctions1. Aussitôt après son démarrage, le concours avait besoin d'un coup de frein.

Il y eut 10 poèmes présentés. Dès la première année, le jury eut à résoudre un problème qui par la suite devait se poser constamment: choisir le poème le meilleur absolument ou relativement? Le meilleur relativement, répond Rangabé au nom du jury de 1851, une grande œuvre littéraire n'étant pas un produit de tous les jours. Mais cette décision ne fut pas prise à l'unanimité: un membre du jury ne jugea aucun poème digne du prix. Les autres, plus indulgents, hésitèrent surtout entre deux poèmes considérés comme les meilleurs, Το Μεσολόγγιον et Ο Στράτις Καλοπίχειρος. Quoique non exemptes de défauts, ces deux œuvres avaient des qualités nombreuses: langue savante, versification correcte, sentiment vif, descriptions très poétiques (To Μεσολόγγιον), intelligence, esprit aristophanesque, langue soignée, versification tout à fait louable (Ο Στράτις Καλοπίχειρος)2.

Critique ou poète, Rangabé reste toujours fidèle à lui-même: puriste, formaliste, partisan d'une écriture élégante. Son insistance sur la langue et la versification est caractéristique. Métricien pointilleux, il saisit l'occasion de consacrer une grande partie de son rapport aux questions métriques et soulever, à propos de Στράτις Καλοπίχειρος, un problème qui le préoccupe: le trimètre iambique, propre à la tragédie, 

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1. Jugement de 1851, Πανδώρα 2 (1851-1852) 702-703.

2. Ibid., pp. 703-704. Il est vrai que Rangabé, dans un long compte rendu [Πανδώρα 2 (1852-1853) 1058-1062] publié après la parution des extraits de Στράτις, se montre très sévère: il relève, entre autres, des fautes de césure, trouve le poème de Coumanoudis sans unité, et son héros "sans convictions, sans sentiments et sans principes"; voir, à ce sujet, une défense du poème -réponse à Rangabé- dans Εφημερίς του Λαού, 26 janvier 1852. Notons encore que, plus tard, bien que toujours réservé à l'égard des césures de Στράτις, Rangabé se prononce avec enthousiasme pour cette poésie "pleine de grâce et de malicieuse gaîté", dont plusieurs traits "pourraient être avoués par la Muse d'Aristophane"; Histoire littéraire de la Grèce moderne, t., II, Paris 1877, p. 110.

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convient-il à la poésie épique? A vrai dire, c'était St. Coumanoudis, l'auteur du poème, qui avait posé le problème:

Αν δε αρμόζ' ή δεν αρμόζει, εις επικήν

διήγησιν ο ίαμβος παρακαλώ,

πολύ μη ερευνάτε τώρα. Έχομεν

τα πάντα εν τω βίω τάχ' αρμόζοντα,

να έχωμεν και μέτρα;

Mais le plus important était que son vers avait des titres tant anciens que modernes:

Δεν είναι δα το μέτρον νέον· ήχησε

προ χρόνων εις τα όρη μας ως κλέφτικον

κ' εις ώτ' ανδρών του έθνους ην ευχάριστον.

Et sur ce point l'entente est complète. A son tour, Rangabé empruntera à Fauriel quelques exemples prouvant l'existence du trimètre iambique dans les chants «cleftiques»1. L'engouement pour la chanson populaire, tout récent, correspondait à un élan «unitaire» qui, pour être conçu différemment, n'en était pas moins partagé par tous. Si Rangabé trouve le trimètre iambique inadéquat à un poème épique, il n'a aucune raison de refuser, en général, l'usage de mètres anciens; au contraire: «Tout effort de couvrir, autant que possible, notre poésie moderne du décent vêtement de la prosodie ancienne est digne d'approbation et d'encouragement...»2.

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1. Bien entendu, la prosodie n'existant pas dans la langue grecque moderne, les termes anciens «trimètre iambique», «hexamètre», etc. se réfèrent toujours à des vers syllabiques. C'est ainsi que, dans la poésie néo-hellénique, le trimètre iambique, par exemple, indique simplement le vers iambique de douze syllabes, connu déjà à l'époque byzantine.

2. Jugement de 1851, p, 704. Cette image du vêtement ancien qui couvre le corps moderne devient, par la suite, un lieu commun. Orphanidis (Ο Άπατρις, Athènes 1854, p. δ') attribue à Rallis la phrase suivante: «mon principal objectif est de couvrir la poésie moderne des vêtements autant que possible luxueux...». E. Castorchis (Jugement de 1856, p. 40) écrit: «il est bon, avec le grand trésor de la langue ancienne de couvrir la nudité de la moderne». Cf. les vers de Carassoutsas (Επιστολή προς Λέανδρον, 1853):

Και κόσμε, όσον εφικτόν, τας νεουργούς ιδέας

δια πτυχών φειδιακών κατασκευής αρχαίας

qui rendent possible, en même temps, un rapprochement avec André Chénier: C. Th. Dimaras, Histoire, op. cit., p. 328.

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Sans doute le contenu de Στράτις Καλοπίχειρος était-il encore moins digne d'approbation et d'encouragement. Car, au fond, le héros de Coumanoudis, cet "enfant du peuple" aux aventures "banales", n'avait rien d'héroïque: il ne faisait que badiner, il abandonnait même la Révolution Grecque pour se livrer à ses amours ou pour devenir soldat en Russie. Par ailleurs, la langue du poème, riche en mots populaires, n'était pas à imiter. Une poésie grave, patriotique et enthousiaste n'était-elle pas préférable? L'auteur de Μεσολόγγιον s'imposait dès le début par son sérieux et par ses nobles intentions:

Εις άμουσον αείποτε διάγων ασχολίαν

Του βίου και τοι διαβάς την μέσην ηλικίαν,

Αγωνιστής προβάλλω·

Ακμάζων έτι την ψυχήν μεγάλην ιστορίαν

Επιχειρώ να ψάλω.

C'est ainsi que, entre deux poèmes "égaux", le jury, comme il se trouvait dans l'impossibilité de diviser le prix, décida de le décerner à Το Μεσολόγγιον, poème "traitant un sujet plus patriotique et plus noble, au moyen d'un rythme plus agréable à l'oreille"1.

Lorsque, après le rapport de Rangabé, le recteur ouvrit l'enveloppe du vainqueur et prononça son nom, Georges Zalocostas, 46 ans, en uniforme de capitaine, se présenta devant le jury et fut couronné par le roi2. St. Coumanoudis, 33 ans, professeur non titulaire de littérature latine depuis 1845, n'avait qu'à se contenter d'un accessit. Il allait rester pour toujours fidèle à son poème, le retoucher et le publier à deux reprises (1851, 1888), mais "sans réussir à lui faire perdre sa froideur initiale"3. Vers la fin de sa vie, encore, il envisageait l'avenir de son Στράτις avec optimisme, tout en se plaignant de son insuccès:

Ω ξεύρω 'γώ, το ξεύρω, θάρθη ένας καιρός,

οπού το έθνος θ' απορή, π'ως ποίημα

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1. Ibid.

2. A en croire Sp. P. Lambros, op. cit., p. 68, cette scène eut une suite caractéristique: Othon ayant invité, pendant le couronnement, le poète au palais, Zalocostas se présenta le lendemain plein d'espoirs. Le roi le reçut froidement et lui fit remarquer que ses occupations littéraires étaient nuisibles à ses obligations d'officier! A quoi le poète répondit courageusement que le service militaire se fait le jour, tandis que les poèmes s'écrivent la nuit.

3. C. Th. Dimaras, op. cit., p. 370. Une troisième édition (1901), la plus complète, fut établie deux ans après la mort de Coumanoudis.

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ωσάν τον Στράτιν, εν Αθήναις τυπωθέν

εις του αιώνος τούτου τα πενήντα έν

και πάλιν στα ογδόντα οκτώ επαναληφθέν

όχι δεν ετιμήθη, καθώς τ' άξιζε

αλλ' ουδέ καν εις κρίσιν λόγιόν τινα

εκίνησεν ή έστω και κατάκρισιν·

ενώ τοσαύτα περιείχεν εθνικά

ζητήματ' άκρως σοβαρά μ' ασύνηθες

εκπεφρασμένα ύφος. Πάντες νωχελώς

απεριέργως το αφήκαν, γέροντες

ομού και νέοι να μουχλιάζη στα σακκιά

των βιβλιοπωλείων ανανάγνωστον.

Τι δε σημαίνει, ότι στα πενήντα έν

τον πρώτον έλαβ' έπαινον στον Ράλλειον

ποιητικόν αγώνα; Τίποτε απλώς·

διότ' η τότε υπό του εισηγητού

εκτεθειμένη κρίσις μας, ουδέν έλεγε

εισδύον στου ποιήματος το νόημα,

επιπολαία δ' ήτο κ' η επίκρισις

ην έγραψε κατόπιν ο αυτός ανήρ

εν τη Πανδώρα, όστις ην ο Ραγκαβής1.

Le rapport de Rangabé ignore jusqu'aux titres des autres poèmes présentés. Nous connaissons, cependant, la participation de S. Carydis († 1893); c'est lui-même qui avoue avoir envoyé au concours de 1851 trois poèmes:

a) Το όνειρον του Α. Σ. Ράλλη

b) Η νυξ της 24ης Μαρτίου 1821

c) Η Σαμία ηρωίς2

Carydis, jeune encore, vit l'exaltation du moment: l'initiative de Rallis, affirme-t-il dans sa dédicace au fondateur, dissipa le brouillard et le silence absolu d'Hélicon, dus à l'ignorance du Gouvernement et à la Haine! Mais beaucoup plus caractéristique est le premier de ses poèmes, une élucubration romantique dans un décor classique: Rallis

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1. Nikos A. Bees, "Έμμετρα κείμενα Στ. Α. Κουμανούδη", Αρχείον του Θρακικού Λαογραφικού και Γλωσσικού θησαυρού 14 (1947-1948) 316 [ = C. Th. Dimaras, Ποιηταί τον ΙΘ΄ αιώνος, Athènes 1954, p. 74].

2. Sophocle C. Carydis, Η Λύρα, ήτοι συλλογή διαφόρων ποιημάτων, Partie II, Athènes 1851, p. ζ'. Les trois poèmes sont publiés pp. 1-70.

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visitant en rêve l'Acropole, rencontre partout la désolation et la décadence, jusqu'au moment où le spectre de Périclès lui demande de devenir le bienfaiteur des nouveaux poètes; après quoi, le fondateur chante enthousiasmé, la floraison de la poésie en Grèce, l'expulsion des Turcs et la libération des Grecs irrédimés par la «jeunesse libérale»:

«Η φιλελεύθερος νεολαία

«Εντός ολίγου κι' αυτή γενναία

«Εις νέας μάχας θέλει ριφθεί·

«Μακράν τον Τούρκον θέλει διώξει,

«Κ' εμπρός εις βάραθρα θα τον σπρώξη

«Από τον θάνατον ν' αρπαχθή».

Αυτά τον είπε· τα δε πτερά του

Σκορπίζουν λάμψιν ολόγυρά του,

Και φεύγει άνω πτεροπετών.

Ο Ράλλης τότε κλίνει το γόνυ,

Και χείρας κι' όμματα ανυψώνει

Θερμώς τον Πλάστην ευχαριστών1.

Dans un tel climat d'exaltation, il n'est pas étonnant que Rallis, symbole d'une renaissance, devienne un personnage si important. Son éloge est un lieu commun. Zalocostas, lui aussi, publiant immédiatement son Μεσολόγγιον, ne manque pas d'ajouter (selon l'habitude de l'époque, d'ailleurs) une flatteuse dédicace au fondateur, datée du 20 mai 1851 2. Inauguré avec éclat, le concours de Rallis permettait un optimisme total. On pouvait envisager l'avenir de la nouvelle institution avec confiance, dans une atmosphère de compréhension et de générosité. Mais, un an plus tard, le ciel serein allait s'obscurcir brusquement.

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1. Ibid., p. 22. Il est significatif que Carydis reproduit (p. ια΄ -ιδ΄) une lettre de Jean Zambélios (Corfou, 18 juin 1849), dans laquelle le poète heptanésien met en valeur la «passion» et r«imagination». Pour ce qui est du concours de 1851, Carydis, bien qu'il en évoque les résultats (p. η'-θ'), s'abstient de protester ou de se plaindre.

2. G. Ch. Zalocostas, Το Μεσολόγγιον, Athènes 1851, p. 3. Dans une lettre de félicitations à Zalocostas (Trieste, 7/19 juin 1851), le fondateur, méticuleux, lui indique qu'il s'appelle A. S. Rallis et non A. Rallis: G. Zalocostas, Έργα, éd. Costas Kairophylas, Athènes [1939], p. 479; voir aussi, pp. 416-418, une lettre de félicitations de A. Canini.

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2. 1852: Les premières tempêtes

Annoncé à temps, le concours de 1852 eut lieu le 25 mars1. Le jury était à nouveau composé de 5 membres: Sp. Pilicas (président), Ph. Ioannou (rapporteur), A. R. Rangabé, C. Paparrigopoulos et St. Coumanoudis. Trois de ces membres faisaient déjà partie du jury précédent; le poète de Στράτις Καλοπίχειρος se vit en une année passer du rang des candidats à celui des juges.

Nous savons dans quelles conditions Philippe Ioannou prépara son rapport: le samedi 22 mars, pendant qu'il le rédigeait, l'avocat N. Stephanidis fit irruption dans son bureau pour lui annoncer le "complot" de Macriyannis et l'inciter à en prévenir le roi2. La réalité, brûlante, venait ainsi perturber l'abstraction d'un travail contemplatif. Ce qui n'empêcha point le rapporteur de mener à bien sa tâche: long et détaillé, son rapport, contrairement à celui de Rangabé, rendit compte de tous les poèmes présentés.

Seuls six de ces poèmes, envoyés dans les délais prévus, eurent le droit de concourir. Mais le jury ne refusa pas de "jeter un coup d'œil" sur trois autres encore, bien qu'ils fussent arrivés après échéance:

a) Ότι κανείς φοβείται ή εκ ψυχής επιθυμεί, αυτό και ενθυμείται

b) Το ανατολικόν πνεύμα

c) Το τελευταίον κακούργημα.

Nous résumons l'exposé de Ph. Ioannou sur les 6 poèmes principaux; nous n'intervenons que lorsque nous sommes en mesure d'y apporter des éclaircissements:

1) Το Μέλλον της Ελλάδος: poème entièrement insignifiant; œuvre d'un versificateur illettré de Ténos qui révéla au jury son identité3.

Il s'agissait de Georges Skokos4.

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1. Le "Programme de concours pour le 25 mars 1852" (Athènes, 3 octobre 1851), signé du recteur Sp. Pilicas, invitait les candidats à envoyer leurs poèmes 40 jours avant le 25 mars: Η Ελπίς, 24 novembre 1851; cf. le commentaire de C. Pop dans Ευτέρπη, No 103, 1er décembre 1851, p. 165. Sur la cérémonie du 25 mars 1852, voir les comptes rendus dans: Εφημερίς του Λαού, 26 mars 1852, Αιών, 27 mars 1852, et Ευτέρπη, Νο 111, 1er avril 1852.

2. Η δίκη του Στρατηγού Μακρυγιάννη, éd. E. G. Protopsaltis, Athènes 1963, pp. 86 et 302.

3. Jugement de 1852, Πανδώρα 3 (1852-53) 45.

4. Skokos avoue lui-même être "inexpérimenté et inculte": Το όνειρον του ενθουσιασμένου Έλληνος, Athènes 1851, p. 3; cf. Το Μέλλον της Ελλάδος ή η λύσις του ανατολικού ζητήματος, Athènes 1852, p. 6, où le poète demande l'indulgence des lettrés, sans toutefois mentionner sa participation au concours. Il allait publier;

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    22. Moullas, Concours poetiques

    4. Le jury et les œuvres présentées

    Selon les statuts de Rallis, les membres du jury ne devaient pas être plus de trois: le jugement des poèmes était confié au recteur de l'Université (président), au professeur de lettres et, surtout, à celui de poétique. Le fondateur avait aussi prévu le cas où un de ces derniers serait recteur, lui accordant le droit le choisir «le troisième juge à son gré, soit parmi les universitaires, soit parmi les savants extra-universitaires» (clause 4), Dans la pratique, cependant, les choses allaient se passer autrement. Certes, tout au long des concours, le rôle du président fut exclusivement assumé par les recteurs ou, en cas d'absence et d'abstention de ceux-ci, par les vice-recteurs; mais le nombre des membres du jury n'a pas été strictement respecté. Or, si les juges universitaires ont été 3 pendant 7 années, ils furent 4 pendant 9 années et 5 pendant 7 années, pour atteindre exceptionnellement, à deux reprises, le nombre de 6 et de 7, selon le schéma suivant:

    Nombre de membres du  jury

    Années

    3 1860, 1868, 1872, 1873, 1875, 1876, 1877
    4 1855, 1859, 1862, 1863, 1865, 1866, 1867, 1870, 1874
    1851, 1852, 1854, 1857, 1858, 1869, 1871
    1853
    1856

    On pourrait observer que la diminution des membres du jury, loin d'être dictée par le respect du règlement, constitue, à coup sûr, un signe de crise: il est caractéristique que, pendant la décennie du concours de Rallis, les juges ne furent 3 qu'en 1860, dernière et tumultueuse année. A mesure que les concours rencontrent des difficultés ou traversent la phase de leur déclin, les universitaires hésitent de plus en plus à s'en mêler; ils atteignent le minimum dans les trois dernières années.

    Une deuxième observation porterait sur le fait que la participation des professeurs au jury, durant la période de Rallis, est en général plus poussée que durant celle de Voutsinas. Il est normal qu'une institution nouvelle suscite un enthousiasme compréhensible chez ceux