Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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CHAPITRE I

LES CONCOURS FACE A LA LANGUE (1851 -1855)

Ποιος ημπορεί να φανταστεί ποτέ του

πως η Επιτροπή θέ να βραβεύσει

ποίημα στη γλώσσαν του λαού γραμμένο;

G. Tertsétis (1858)

En 1851, Athènes inaugurait ses concours poétiques avec éclat. C'était un moment crucial: dès ses débuts, la sixième décennie du XIXe siècle devait prendre, dans la vie du Royaume hellénique, les aspects d'un tournant. Les rythmes s'accéléraient; on eût dit que la petite société grecque, s'asphyxiant depuis vingt ans dans les frontières d'un État tronqué, mobilisait soudain ses énergies pour faire un bond en avant, pour se défendre ou pour chercher une identité. Divisée en classes, hétérogène et mouvante, cette société portait en elle-même des contradictions multiples. Au moment où la Grande Idée créait une nouvelle dynamique orientée vers l'extérieur, les révoltes paysannes (Papoulacos) et les fanatismes endurcis (procès de Caïris, de Macriyannis et autres) faisaient montre de tensions internes non négligeables. Un événement majeur, la Guerre de Crimée, fut le point culminant d'une effervescence .généralisée.

C'est dans un tel climat qu'eurent lieu les premiers concours, caractérisés, entre autres, par le zèle des universitaires et par leurs bonnes relations avec le fondateur Rallis. Deux professeurs, Alexandre Rizos Rangabé (1809 - 1892) et Philippe Ioannou (1796 - 1880) assumèrent en exclusivité, de 1851 à 1855, le rôle du rapporteur. Qualifié plus que quiconque en matière de poésie, le premier sut exprimer (1851, 1853, 1854) sa prédilection pour un style élégant et soigné, pour une langue savante et correcte, pour une versification respectueuse des règles; son influence fut certaine; l'hexamètre, mis à la mode par lui,

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en porte le témoignage. Philosophe et versificateur d'occasion en grec ancien, le second était assurément mal placé pour asseoir son autorité littéraire (1852, 1855); ses analyses critiques, dominées par un moralisme abstrait, contenaient en outre trop de leçons de grammaire ou de références aux auteurs anciens pour affirmer leur originalité.

Deux poètes-concurrents, Georges Zalocostas (1805-1858) et Théodore Orphanidis (1817-1886), marquèrent ces débuts du concours non seulement par leurs victoires, mais aussi par leurs querelles retentissantes. Le premier, lauréat de 1851 et de 1853, allait terminer sa course en 1855, dans l'humiliation de la défaite; le second, vainqueur en 1854 et 1855, avait encore à jouer, dans l'avenir, un rôle important. D'autres poètes (St. Coumanoudis, G. Mavroyannis, G. Tertsétis, D. Vernardakis, J. Carassoutsas) firent aussi sur la scène des concours une ou plusieurs apparitions remarquables. Cependant, si pour chacun d'entre eux l'enjeu principal était le prix et la couronne, il n'en allait pas de même pour leurs juges, animés par d'autres ambitions. Par ailleurs, Rallis, auteur d'un règlement normatif, était loin de borner son rôle à celui d'un simple bailleur de fonds; il avait, lui aussi, son mot à dire, ayant soumis son «rapatriement des Muses» à des conditions bien précises. Le fonctionnement des concours dépendait donc de plusieurs facteurs, dont ni l'équilibration ni la coexistence pacifique n'étaient toujours faciles. De nombreux problèmes, d'ordre théorique ou pratique, devaient se poser dès le début.

La question dominante de cette période fut, sans doute, celle de la langue. L'expérience des premières années du concours montra que la qualité littéraire des poèmes présentés n'allait pas toujours de pair avec le «vêtement» linguistique savant que les universitaires avaient pour mission d'imposer. Entre la langue et la poésie se créait ainsi une incompatibilité certaine; valoriser la qualité et, en même temps, la soumettre à des exclusives, n'aurait été qu'une demi-mesure incapable de résoudre le problème. Il fallait faire un choix. Or, les jurys n'hésitèrent pas à opter pour la langue; s'ils se souciaient de promouvoir une «poésie savante», ils appuyaient plus sur le mot «savante» que sur le mot «poésie». C'était dans la logique des choses: institution pédagogique, l'Université, n'avait, en premier lieu, qu'à veiller à ce que fût mis en place un instrument d'expression correct et exemplaire. Mais, qui plus est, l'option en faveur de la langue savante, loin d'être une simple condition imposée par Rallis, correspondait à l'époque à un idéal prioritaire de «retour aux formes anciennes» (Rangabé, 1853), idéal que les universitaires d'Athènes, à quelques exceptions près 

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(Pilicas, 1852), partageaient unanimement, même s'ils le concevaient de manière parfois différente.

Cette option toutefois ne put être imposée d'un seul coup. Bien que frappée d'ostracisme, la langue populaire continua non seulement d'apparaître régulièrement aux concours, mais aussi d'y présenter les poèmes les plus remarquables, prouvant ainsi qu'elle était seule capable de résoudre la contradiction. Les jurys, tout en décernant le prix aux œuvres «savantes», ne pouvaient pas passer sous silence les qualités des œuvres «vulgaires»; pousser, dès le début, la sévérité jusqu'à l'intransigeance et, par conséquent, se transformer en censeurs, eût probablement été, pour les juges littéraires, une attitude contraire à leur rôle et défavorable à l'avenir des concours.

Entre-temps, la persistance de la dualité linguistique devenait de plus en plus gênante. Les trois premières années du concours avaient déjà montré que la langue proscrite, loin de reculer, imposait obstinément son pouvoir parallèle. Il fallait donc prendre des mesures plus énergiques pour la déloger, et Rangabé s'y employa (1853, 1854) avec toute sa ferveur. Un certain moment, cet objectif sembla atteint: en 1855, l'unique spécimen «vulgaire» du concours, très médiocre, n'avait pas à susciter plus d'inquiétudes; déjà, le danger vulgariste paraissant écarté, il n'était plus question que de choisir tranquillement le meilleur parmi les poèmes «savants», voire de critiquer les surenchères archaïsantes (Vernardakis). Mais, l'année suivante, E. Castorchis sera obligé d'annoncer définitivement la proscription de la langue populaire, tandis que C. Paparrigopoulos, comme nous le verrons, relevant le défi de Tertsétis, se livrera en 1858 à une virulente attaque antivulgariste. Une chose est certaine: le problème de la langue, loin d'être résolu tout d'un coup, marque presque toute la période du concours de Rallis.

En définitive, malgré les résistances, la bataille linguistique au sein des concours ne pouvait qu'être gagnée par les universitaires. Tertsétis avait beau insister jusqu'en 1858, espérant peut-être un retournement de la situation. Déjà en 1853, les universitaires avaient pris la décision de barrer à tout prix la route aux vulgaristes et ils ne devaient pas changer d'avis facilement. Déblayer le terrain linguistique, dans le contexte historique de l'époque, était une des tâches les plus urgentes et les plus essentielles. Au moment où P. Soutsos publiait son manifeste (Νέα Σχολή, 1853), la langue se plaçait au cœur du débat et devenait le problème le plus important. Dans ces conditions, les universitaires d'Athènes avaient un rôle prépondérant à jouer. L

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L'institution de Rallis leur offrait un moyen d'action des plus efficaces. Ils s'en servirent pour imposer leur loi.

Marqués par le problème de la langue, les concours des cinq premières années présentent, cependant, de nombreux autres aspects. Nous essayons d'en rendre compte dans la chronique qui suit.

1. 1851: Une inauguration solennelle

Contrairement aux statuts de Rallis, qui fixaient comme date du concours le 25 mars, la première cérémonie eut exceptionnellement lieu le 20 mai 1851, anniversaire du roi Othon. Ce transfert de date, explique le recteur Apostolidis, n'était dû qu'à la proclamation tardive du concours1.

En effet, daté du 9 janvier 1851 et publié dans les journaux quelques jours plus tard, le "Programme du concours" ne permettait pas que la cérémonie fût fixée le 25 mars, deux mois étant insuffisants à la préparation, à l'envoi et au jugement des poèmes. Mais ce retard fut utile: de retour à Athènes le 1er mai, après un long séjour à l' étranger, le roi Othon, présent à la première cérémonie, fournit à l'inauguration du concours un éclat particulier2.

Le jury était composé de 5 membres: M. Apostolidis (président), A.R. Rangabé (rapporteur), Ph. Ioannou, J. Venthylos et C. Paparrigopoulos. Peut-on déjà parler d'une certaine homogénéité? Il est vrai que Rangabé et Paparrigopoulos, toujours du même côté de la barricade (les "Damon et Pythias" comme les appellera plus tard Orphanidis), se trouvaient ensemble dès le premier moment, représentants d'une unité "helléno-chrétienne" dans un jury présidé, en outre, par un recteur théologien en soutane. Mais il serait hasardeux de voir dans cette coïncidence le résultat d'une action concertée. En 1851, les tendances et les coteries universitaires n'étaient encore que vaguement esquissées; c'est avec le temps qu'elles allaient prendre corps, dans le cadre des concours, et laisser apparaître leurs caractéristiques.

Grand spécialiste de poésie, A. R. Rangabé était sans doute le plus qualifié pour assumer le rôle du rapporteur. Il s'acquitta de sa

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1. R.R. de 1851, p. 21.

2. Voir surtout les comptes rendus des journaux Η Ελπίς, 22 mai 1851, et Εφημερίς του Λαού, 23 mai 1851. On trouve une intéressante description de la première cérémonie dans Sp. P. Lambros, Γεώργιος Ζαλοκώστας, Athènes 1868, pp. 7-9.

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tâche avec la virtuosité qui lui était propre. L'éloge de Rallis, sans être excessif, n'en resta pas moins flatteur dans un discours qui démontrait l'importance des concours poétiques en citant les exemples de l'antiquité grecque, d'Auguste, de Mécène et de Louis XIV. Mais Rangabé ne manquait ni de bon sens ni d'esprit de modération: au moment propice, il n'oublia pas de rappeler prudemment que certaines Académies "couronnent chaque année beaucoup de poèmes médiocres et, très souvent, mort-nés", alors que la gloire de Milton, de Molière ou de Shakespeare ne doit rien à de telles distinctions1. Aussitôt après son démarrage, le concours avait besoin d'un coup de frein.

Il y eut 10 poèmes présentés. Dès la première année, le jury eut à résoudre un problème qui par la suite devait se poser constamment: choisir le poème le meilleur absolument ou relativement? Le meilleur relativement, répond Rangabé au nom du jury de 1851, une grande œuvre littéraire n'étant pas un produit de tous les jours. Mais cette décision ne fut pas prise à l'unanimité: un membre du jury ne jugea aucun poème digne du prix. Les autres, plus indulgents, hésitèrent surtout entre deux poèmes considérés comme les meilleurs, Το Μεσολόγγιον et Ο Στράτις Καλοπίχειρος. Quoique non exemptes de défauts, ces deux œuvres avaient des qualités nombreuses: langue savante, versification correcte, sentiment vif, descriptions très poétiques (To Μεσολόγγιον), intelligence, esprit aristophanesque, langue soignée, versification tout à fait louable (Ο Στράτις Καλοπίχειρος)2.

Critique ou poète, Rangabé reste toujours fidèle à lui-même: puriste, formaliste, partisan d'une écriture élégante. Son insistance sur la langue et la versification est caractéristique. Métricien pointilleux, il saisit l'occasion de consacrer une grande partie de son rapport aux questions métriques et soulever, à propos de Στράτις Καλοπίχειρος, un problème qui le préoccupe: le trimètre iambique, propre à la tragédie, 

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1. Jugement de 1851, Πανδώρα 2 (1851-1852) 702-703.

2. Ibid., pp. 703-704. Il est vrai que Rangabé, dans un long compte rendu [Πανδώρα 2 (1852-1853) 1058-1062] publié après la parution des extraits de Στράτις, se montre très sévère: il relève, entre autres, des fautes de césure, trouve le poème de Coumanoudis sans unité, et son héros "sans convictions, sans sentiments et sans principes"; voir, à ce sujet, une défense du poème -réponse à Rangabé- dans Εφημερίς του Λαού, 26 janvier 1852. Notons encore que, plus tard, bien que toujours réservé à l'égard des césures de Στράτις, Rangabé se prononce avec enthousiasme pour cette poésie "pleine de grâce et de malicieuse gaîté", dont plusieurs traits "pourraient être avoués par la Muse d'Aristophane"; Histoire littéraire de la Grèce moderne, t., II, Paris 1877, p. 110.

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convient-il à la poésie épique? A vrai dire, c'était St. Coumanoudis, l'auteur du poème, qui avait posé le problème:

Αν δε αρμόζ' ή δεν αρμόζει, εις επικήν

διήγησιν ο ίαμβος παρακαλώ,

πολύ μη ερευνάτε τώρα. Έχομεν

τα πάντα εν τω βίω τάχ' αρμόζοντα,

να έχωμεν και μέτρα;

Mais le plus important était que son vers avait des titres tant anciens que modernes:

Δεν είναι δα το μέτρον νέον· ήχησε

προ χρόνων εις τα όρη μας ως κλέφτικον

κ' εις ώτ' ανδρών του έθνους ην ευχάριστον.

Et sur ce point l'entente est complète. A son tour, Rangabé empruntera à Fauriel quelques exemples prouvant l'existence du trimètre iambique dans les chants «cleftiques»1. L'engouement pour la chanson populaire, tout récent, correspondait à un élan «unitaire» qui, pour être conçu différemment, n'en était pas moins partagé par tous. Si Rangabé trouve le trimètre iambique inadéquat à un poème épique, il n'a aucune raison de refuser, en général, l'usage de mètres anciens; au contraire: «Tout effort de couvrir, autant que possible, notre poésie moderne du décent vêtement de la prosodie ancienne est digne d'approbation et d'encouragement...»2.

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1. Bien entendu, la prosodie n'existant pas dans la langue grecque moderne, les termes anciens «trimètre iambique», «hexamètre», etc. se réfèrent toujours à des vers syllabiques. C'est ainsi que, dans la poésie néo-hellénique, le trimètre iambique, par exemple, indique simplement le vers iambique de douze syllabes, connu déjà à l'époque byzantine.

2. Jugement de 1851, p, 704. Cette image du vêtement ancien qui couvre le corps moderne devient, par la suite, un lieu commun. Orphanidis (Ο Άπατρις, Athènes 1854, p. δ') attribue à Rallis la phrase suivante: «mon principal objectif est de couvrir la poésie moderne des vêtements autant que possible luxueux...». E. Castorchis (Jugement de 1856, p. 40) écrit: «il est bon, avec le grand trésor de la langue ancienne de couvrir la nudité de la moderne». Cf. les vers de Carassoutsas (Επιστολή προς Λέανδρον, 1853):

Και κόσμε, όσον εφικτόν, τας νεουργούς ιδέας

δια πτυχών φειδιακών κατασκευής αρχαίας

qui rendent possible, en même temps, un rapprochement avec André Chénier: C. Th. Dimaras, Histoire, op. cit., p. 328.

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Sans doute le contenu de Στράτις Καλοπίχειρος était-il encore moins digne d'approbation et d'encouragement. Car, au fond, le héros de Coumanoudis, cet "enfant du peuple" aux aventures "banales", n'avait rien d'héroïque: il ne faisait que badiner, il abandonnait même la Révolution Grecque pour se livrer à ses amours ou pour devenir soldat en Russie. Par ailleurs, la langue du poème, riche en mots populaires, n'était pas à imiter. Une poésie grave, patriotique et enthousiaste n'était-elle pas préférable? L'auteur de Μεσολόγγιον s'imposait dès le début par son sérieux et par ses nobles intentions:

Εις άμουσον αείποτε διάγων ασχολίαν

Του βίου και τοι διαβάς την μέσην ηλικίαν,

Αγωνιστής προβάλλω·

Ακμάζων έτι την ψυχήν μεγάλην ιστορίαν

Επιχειρώ να ψάλω.

C'est ainsi que, entre deux poèmes "égaux", le jury, comme il se trouvait dans l'impossibilité de diviser le prix, décida de le décerner à Το Μεσολόγγιον, poème "traitant un sujet plus patriotique et plus noble, au moyen d'un rythme plus agréable à l'oreille"1.

Lorsque, après le rapport de Rangabé, le recteur ouvrit l'enveloppe du vainqueur et prononça son nom, Georges Zalocostas, 46 ans, en uniforme de capitaine, se présenta devant le jury et fut couronné par le roi2. St. Coumanoudis, 33 ans, professeur non titulaire de littérature latine depuis 1845, n'avait qu'à se contenter d'un accessit. Il allait rester pour toujours fidèle à son poème, le retoucher et le publier à deux reprises (1851, 1888), mais "sans réussir à lui faire perdre sa froideur initiale"3. Vers la fin de sa vie, encore, il envisageait l'avenir de son Στράτις avec optimisme, tout en se plaignant de son insuccès:

Ω ξεύρω 'γώ, το ξεύρω, θάρθη ένας καιρός,

οπού το έθνος θ' απορή, π'ως ποίημα

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1. Ibid.

2. A en croire Sp. P. Lambros, op. cit., p. 68, cette scène eut une suite caractéristique: Othon ayant invité, pendant le couronnement, le poète au palais, Zalocostas se présenta le lendemain plein d'espoirs. Le roi le reçut froidement et lui fit remarquer que ses occupations littéraires étaient nuisibles à ses obligations d'officier! A quoi le poète répondit courageusement que le service militaire se fait le jour, tandis que les poèmes s'écrivent la nuit.

3. C. Th. Dimaras, op. cit., p. 370. Une troisième édition (1901), la plus complète, fut établie deux ans après la mort de Coumanoudis.

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ωσάν τον Στράτιν, εν Αθήναις τυπωθέν

εις του αιώνος τούτου τα πενήντα έν

και πάλιν στα ογδόντα οκτώ επαναληφθέν

όχι δεν ετιμήθη, καθώς τ' άξιζε

αλλ' ουδέ καν εις κρίσιν λόγιόν τινα

εκίνησεν ή έστω και κατάκρισιν·

ενώ τοσαύτα περιείχεν εθνικά

ζητήματ' άκρως σοβαρά μ' ασύνηθες

εκπεφρασμένα ύφος. Πάντες νωχελώς

απεριέργως το αφήκαν, γέροντες

ομού και νέοι να μουχλιάζη στα σακκιά

των βιβλιοπωλείων ανανάγνωστον.

Τι δε σημαίνει, ότι στα πενήντα έν

τον πρώτον έλαβ' έπαινον στον Ράλλειον

ποιητικόν αγώνα; Τίποτε απλώς·

διότ' η τότε υπό του εισηγητού

εκτεθειμένη κρίσις μας, ουδέν έλεγε

εισδύον στου ποιήματος το νόημα,

επιπολαία δ' ήτο κ' η επίκρισις

ην έγραψε κατόπιν ο αυτός ανήρ

εν τη Πανδώρα, όστις ην ο Ραγκαβής1.

Le rapport de Rangabé ignore jusqu'aux titres des autres poèmes présentés. Nous connaissons, cependant, la participation de S. Carydis († 1893); c'est lui-même qui avoue avoir envoyé au concours de 1851 trois poèmes:

a) Το όνειρον του Α. Σ. Ράλλη

b) Η νυξ της 24ης Μαρτίου 1821

c) Η Σαμία ηρωίς2

Carydis, jeune encore, vit l'exaltation du moment: l'initiative de Rallis, affirme-t-il dans sa dédicace au fondateur, dissipa le brouillard et le silence absolu d'Hélicon, dus à l'ignorance du Gouvernement et à la Haine! Mais beaucoup plus caractéristique est le premier de ses poèmes, une élucubration romantique dans un décor classique: Rallis

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1. Nikos A. Bees, "Έμμετρα κείμενα Στ. Α. Κουμανούδη", Αρχείον του Θρακικού Λαογραφικού και Γλωσσικού θησαυρού 14 (1947-1948) 316 [ = C. Th. Dimaras, Ποιηταί τον ΙΘ΄ αιώνος, Athènes 1954, p. 74].

2. Sophocle C. Carydis, Η Λύρα, ήτοι συλλογή διαφόρων ποιημάτων, Partie II, Athènes 1851, p. ζ'. Les trois poèmes sont publiés pp. 1-70.

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visitant en rêve l'Acropole, rencontre partout la désolation et la décadence, jusqu'au moment où le spectre de Périclès lui demande de devenir le bienfaiteur des nouveaux poètes; après quoi, le fondateur chante enthousiasmé, la floraison de la poésie en Grèce, l'expulsion des Turcs et la libération des Grecs irrédimés par la «jeunesse libérale»:

«Η φιλελεύθερος νεολαία

«Εντός ολίγου κι' αυτή γενναία

«Εις νέας μάχας θέλει ριφθεί·

«Μακράν τον Τούρκον θέλει διώξει,

«Κ' εμπρός εις βάραθρα θα τον σπρώξη

«Από τον θάνατον ν' αρπαχθή».

Αυτά τον είπε· τα δε πτερά του

Σκορπίζουν λάμψιν ολόγυρά του,

Και φεύγει άνω πτεροπετών.

Ο Ράλλης τότε κλίνει το γόνυ,

Και χείρας κι' όμματα ανυψώνει

Θερμώς τον Πλάστην ευχαριστών1.

Dans un tel climat d'exaltation, il n'est pas étonnant que Rallis, symbole d'une renaissance, devienne un personnage si important. Son éloge est un lieu commun. Zalocostas, lui aussi, publiant immédiatement son Μεσολόγγιον, ne manque pas d'ajouter (selon l'habitude de l'époque, d'ailleurs) une flatteuse dédicace au fondateur, datée du 20 mai 1851 2. Inauguré avec éclat, le concours de Rallis permettait un optimisme total. On pouvait envisager l'avenir de la nouvelle institution avec confiance, dans une atmosphère de compréhension et de générosité. Mais, un an plus tard, le ciel serein allait s'obscurcir brusquement.

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1. Ibid., p. 22. Il est significatif que Carydis reproduit (p. ια΄ -ιδ΄) une lettre de Jean Zambélios (Corfou, 18 juin 1849), dans laquelle le poète heptanésien met en valeur la «passion» et r«imagination». Pour ce qui est du concours de 1851, Carydis, bien qu'il en évoque les résultats (p. η'-θ'), s'abstient de protester ou de se plaindre.

2. G. Ch. Zalocostas, Το Μεσολόγγιον, Athènes 1851, p. 3. Dans une lettre de félicitations à Zalocostas (Trieste, 7/19 juin 1851), le fondateur, méticuleux, lui indique qu'il s'appelle A. S. Rallis et non A. Rallis: G. Zalocostas, Έργα, éd. Costas Kairophylas, Athènes [1939], p. 479; voir aussi, pp. 416-418, une lettre de félicitations de A. Canini.

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2. 1852: Les premières tempêtes

Annoncé à temps, le concours de 1852 eut lieu le 25 mars1. Le jury était à nouveau composé de 5 membres: Sp. Pilicas (président), Ph. Ioannou (rapporteur), A. R. Rangabé, C. Paparrigopoulos et St. Coumanoudis. Trois de ces membres faisaient déjà partie du jury précédent; le poète de Στράτις Καλοπίχειρος se vit en une année passer du rang des candidats à celui des juges.

Nous savons dans quelles conditions Philippe Ioannou prépara son rapport: le samedi 22 mars, pendant qu'il le rédigeait, l'avocat N. Stephanidis fit irruption dans son bureau pour lui annoncer le "complot" de Macriyannis et l'inciter à en prévenir le roi2. La réalité, brûlante, venait ainsi perturber l'abstraction d'un travail contemplatif. Ce qui n'empêcha point le rapporteur de mener à bien sa tâche: long et détaillé, son rapport, contrairement à celui de Rangabé, rendit compte de tous les poèmes présentés.

Seuls six de ces poèmes, envoyés dans les délais prévus, eurent le droit de concourir. Mais le jury ne refusa pas de "jeter un coup d'œil" sur trois autres encore, bien qu'ils fussent arrivés après échéance:

a) Ότι κανείς φοβείται ή εκ ψυχής επιθυμεί, αυτό και ενθυμείται

b) Το ανατολικόν πνεύμα

c) Το τελευταίον κακούργημα.

Nous résumons l'exposé de Ph. Ioannou sur les 6 poèmes principaux; nous n'intervenons que lorsque nous sommes en mesure d'y apporter des éclaircissements:

1) Το Μέλλον της Ελλάδος: poème entièrement insignifiant; œuvre d'un versificateur illettré de Ténos qui révéla au jury son identité3.

Il s'agissait de Georges Skokos4.

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1. Le "Programme de concours pour le 25 mars 1852" (Athènes, 3 octobre 1851), signé du recteur Sp. Pilicas, invitait les candidats à envoyer leurs poèmes 40 jours avant le 25 mars: Η Ελπίς, 24 novembre 1851; cf. le commentaire de C. Pop dans Ευτέρπη, No 103, 1er décembre 1851, p. 165. Sur la cérémonie du 25 mars 1852, voir les comptes rendus dans: Εφημερίς του Λαού, 26 mars 1852, Αιών, 27 mars 1852, et Ευτέρπη, Νο 111, 1er avril 1852.

2. Η δίκη του Στρατηγού Μακρυγιάννη, éd. E. G. Protopsaltis, Athènes 1963, pp. 86 et 302.

3. Jugement de 1852, Πανδώρα 3 (1852-53) 45.

4. Skokos avoue lui-même être "inexpérimenté et inculte": Το όνειρον του ενθουσιασμένου Έλληνος, Athènes 1851, p. 3; cf. Το Μέλλον της Ελλάδος ή η λύσις του ανατολικού ζητήματος, Athènes 1852, p. 6, où le poète demande l'indulgence des lettrés, sans toutefois mentionner sa participation au concours. Il allait publier;

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2) Γρηγοριάς : poème épique en plusieurs chants, dont seuls les deux premiers furent envoyés au concours. L'intrigue est invraisemblable, les comparaisons et les images confuses, l'imagination du poète effrénée, la morale absente, la langue pleine de fautes de grammaire et la versification inadéquate à la poésie épique1.

3) Ύμνος τη ελευθερωθείση Ελλάδι : poème lyrique, en bi mètres trochaïques sans rime, supérieur à Γρηγοριάς, mais «son d'une lyre désaccordée et atone». Absence de force poétique, vers défectueux, fautes de grammaire.

4) Θερμοπύλαι : poème épique, supérieur à tous les poèmes précédents; il a une versification correcte et une langue savante, avec peu de fautes de grammaire. Ses défauts, cependant, sont plus nombreux: confusion de métaphores, abus d'images et des comparaisons, manque de cohérence. Les aventures amoureuses du héros (Léonidas) ne mettent pas en relief, avant tout, l'amour de la patrie2.

Il s'agissait d'une œuvre de I. E. Yannopoulos (1823 - 1879). L'auteur, publiant un peu plus tard son poème dans Ευτέρπη, ne manquait pas de protester: les fautes que Ioannou lui reprochait étaient des lapsus calami. Sa réponse, minutieuse, touchait, cependant, tous les points du rapport, pour conclure, avec pessimisme, que les services rendus par les jurys à la poésie néo-hellénique étaient superficiels3.

5) Ευφροσύνη : roman en vers; sur plusieurs chants, deux seulement furent envoyés au concours. La langue mixte, le vocabulaire et l'usage de la synizèse «selon la versification italienne et non hellénique» mènent le rapporteur à la conclusion que l'auteur est originaire des Iles Ioniennes. Les qualités du poème sont nombreuses: imagination vive et mesurée, connaissance des règles poétiques, personnages naturels, métaphores, images et comparaisons heureuses et, parfois, originales. Mais la langue est mélangée (celle des chants populaires

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Ύμνος εις τον εν Τήνω ιερόν ναόν της Ευαγγελιστρίας, Athènes 1853. Plus tard, Ο πρόδρομος του Μεγάλου Ελληνικού Μέλλοντος και Διάφοροι ωδαί, Athènes 1860, pp. 4-19, contenait aussi le poème de 1852; sur cet ouvrage, voir Πρωινός Κήρυξ, 20 août 1860, et Charles Schaub, Excursion en Grèce au printemps 1862, Genève 1863, p. 21. Sur des poèmes postérieurs de Skokos: Παλιγγενεσία, 2 mai 1872 et 28 juillet 1873.

1. Jugement de 1852, pp. 45-46. Gorgias (Constantin Pop) estime que le rapport d'Ioannou fut particulièrement injuste envers le «poète absent» de Γρηγοριάς qui «connaît la grammaire mieux que certains professeurs»: Ευτέρπη, No 113, 1er mai 1852, p. 402.

2. Ibid., pp. 4R-47.

3. Ευτέρπη, op. cit., pp. 397-398.

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serait, peut-être, préférable?), la versification défectueuse et la rime insuffisante, sans compter quelques solécismes et quelques tournures étrangères1.

Ioannou ne se trompait pas : Gérasime Mavroyannis (1823-1906), l'auteur du poème, était, en effet, originaire des Iles Ioniennes. Nous sommes en mesure, aujourd'hui, d'avoir une image assez complète de ce Céphalonien entreprenant, journaliste, député ou consul général à l'étranger, qui put en même temps mener non sans succès une carrière de spécialiste de peinture, d'historien de l'Heptanèse, de poète et de traducteur2. Il avait déjà publié Συλλογή Στιχουργημάτων (1848). Son poème présenté au concours de 1852 allait paraître quelques années plus tard, accompagné d'une préface3. Le temps aidant peut-être à effacer toute trace de rancune, Mavroyannis non seulement ne s'y plaignait pas, mais, au contraire, il prenait la défense des juges "qui ne sont point les Villemain de la Grèce"; il considérait même le jugement de Ioannou sur Ευφροσύνη comme trop indulgent. Quant à son poème de 1852, explique-t-il, il était publié partiellement, son achèvement demandant un long travail que le poète accomplirait peut-être un jour, si toutefois le jugement du public était encourageant4.

Il allait tenir sa promesse vers la fin de sa vie, lorsque, ayant retrouvé le manuscrit de son vieux poème, il décida de l'achever. Mais, entre-temps, ses idées sur la poésie et sur la langue avaient beaucoup changé: toujours à contre-courant, cet homme qui contrariait les universitaires de 1852 par son progressisme linguistique était devenu, avec le temps, partisan de la langue savante et, de ce fait, gênait à leur tour les vulgaristes des années 1900 par son conservatisme. Or, compléter, après un demi-siècle, le manuscrit de 1852, n'avait plus de

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1. Jugement de 1852, pp. 48-50.

2. P. Markakis, "Γεράσιμος Μαυρογιάννης", Επτανησιακά Γράμματα 1 (1950-1951) 28-29, 60-61, 85-88, 121-122 et 154-155, où la bibliographie précédente. A ajouter: P. Markakis, "Ο Γεράσιμος Μαυρογιάννης μεταφραστής του Θεόκριτου", Ελληνική Δημιουργία 11 (1953) 417-424, et Ν. Vayénas, "Ο Ossian στην Ελλάδα", Παρνασσός 9 (1967) 184-185.

3. G. E. Mavroyannis, Ποιητική συλλογή, Athènes 1858, pp. 84-109 (voir aussi la reproduction de Ευφροσύνη dans la revue Χρυσαλλίς 2,1864,1-6). P. Soutsos (Ήλιος, 1er novembre 1858), admirateur de cet ouvrage, évoque la participation de l'auteur au concours de 1852, "dont les juges étaient, pour la plupart, des prosateurs et des hommes sans goût".

4. Ibid., pp. 84-86. Nous ne savons pas dans quelle mesure l'encouragement du public fut exprimé par un succès commercial de ce livre que, dix-huit ans plustard, Εστία 2 (1876) 828 qualifiait d'"introuvable".

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sens. Mavroyannis opta en effet pour une version en langue savante et 8 chants, présentée en 1905 comme une «œuvre entièrement nouvelle»1. Le résultat fut médiocre. On ne retrouvait plus le souffle de la première version qui, en 1852, soulevait même l'admiration d'un rapporteur puriste:

Είναι πλατύ το πέλαγο,

και όπου γυρίσω δρόμοι!

Τ' αστέρινον αλφάβητο

δεν έμαθα, και ακόμη

Δεν έπιασα κουπί.

6) Το στόμιον της Πρεβέζης : «dithyrambe» selon l'auteur, «poème épique» selon le rapporteur, en 512 vers. L'intention du poète de chanter un épisode de la Révolution Grecque est décidément «pieuse et louable». Les qualités abondent, surtout la langue, qui est pure, exquise, expressive et exempte de vulgarismes, quoique non dépourvue de fautes de grammaire. Parmi les défauts du poème: quelques mots évitables, les métaphores forcées, l'accumulation des images, les redites2.

Dans ces conditions, le choix n'était pas facile pour le jury de 1852: quoique supérieurs à tous les précédents, les deux derniers poèmes avaient trop de défauts pour revendiquer le prix et la couronne. Un «coup d'œil», particulièrement décevant, sur les trois poèmes arrivés après échéance ne laissa aucun espoir. Les avis se divisèrent. Un seul membre du jury accepta de couronner Το στόμιον της Πρεβέζης; les autres, tout en trouvant ce poème supérieur à Ευφροσύνη quant à la langue et la versification, considéraient le poème de Mavroyannis comme meilleur pour l'invention, le sentiment et la beauté des images. Un résultat nul paraissait donc plus équitable: en effet, chacun des deux poèmes reçut un accessit, mais le prix ne fut pas décerné3.

Cette décision, contraire à celle de l'année précédente, déchaîna aussitôt une vague de protestations. On cria au scandale, on contesta la compétence du jury, on trouva que son verdict contrevenait à la

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1. G. E. Mavroyannis, Η Χία Ευφροσύνη, μυθοπλαστία εξελισσόμενη εν τη νήσω Χίω κατά τα δύο πρώτα έτη της Ελληνικής Επαναστάσεως 1821, 1822, Athènes 1905, p. 4; voir, p. 7, une défense de la langue savante en poésie et, p. 151, une attaque de l'auteur contre le directeur de la revue Παναθήναια, ayant refusé de publier un extrait du poème en raison de sa langue.

2. Jugement de 1852, pp. 50-52.

3. Ibid., p. 52. Les 1.000 drachmes de Rallis servirent ainsi à l'achat de livres pour la Faculté des Lettres.

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volonté du fondateur. Le rapport d'Ioannou fut sévèrement critiqué; on n'attendait pas d'un professeur de philosophie tant d'insistance sur les fautes de grammaire.

G. Zalocostas, auteur de Το στόμιον της Πρεβέζης, avait toutes raisons de se joindre aux protestations. Il le fit volontiers. Ioannou lui avait reproché, à lui aussi, des fautes de grammaire. Écrire la langue savante parfaitement, répond le poète, est un exploit rarement réalisé et, de ce point de vue, "même le rapport du jury n'est peut-être pas entièrement irréprochable". Quant à la décision de ne pas décerner le prix, décision incompatible avec les objectifs du fondateur, elle "refroidit le zèle de nos poètes qui n'humilieront plus, je crois, leur Muse devant un jury incompétent"1. Par ailleurs dans un poème "A l'Université", inédit jusqu'en 1939, Zalocostas donnait libre cours à son amertume avec sincérité:

Κ' εγώ τη δάφνη εζήλευσα

τη δάφνη που μοιράζανε

εις το Πανεπιστήμιο

διδάσκαλοι σοφοί·

και μούπε ένας δικός μου:

-Είσαι άπειρος του κόσμου,

αλλάξανε οι καιροί2.

En un an, "les temps avaient changé". Si, en 1851, le jury choisit le poème le meilleur "relativement", l'année suivante il rechercha le meilleur absolument. Cette contradiction se trouvera plus d'une fois au cœur du débat et, d'une façon générale, elle animera bien des polémiques.

Un mois après la cérémonie, le journal Η Ελπίς, dans un long article, faisait le bilan de la situation: Les protestations contre le jury n'étaient pas justifiées. Le prix devait être décerné à un poème absolument beau; car, que se passerait-il si l'on avait à choisir parmi des œuvres poétiques insignifiantes comme celles de Skokos, d'Exarchopoulos ou de Sériphios? Mais Ph. Ioannou était incompétent: "être

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1. G. Zalocostas, Το στόμιον της Πρεβέζης, Athènes 1852, pp 1-2. La réponse du poète aux "ergoteries" du jury (pp. 26-32) est pédante et sans intérêt; nous y relevons une mention élogieuse de Solomos (p. 30). Par ailleurs, Zalocostas se trompe, peut-être, en croyant que c'est Coumanoudis qui vota pour son poème; nous aurions tendance à croire qu'il s'agit plutôt de Rangabé, dont le compte rendu dans Πανδώρα 3 (1852-1853) 119-120 fut particulièrement élogieux.

2. G. Zalocostas, Έργα, op. cit., p. 424.

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à la fois professeur de philosophie et juge des poèmes, c'est absolument contradictoire». Le poème de Zalocostas était admirable, celui de Mavroyannis «digne du prix». La langue populaire était un dialecte aussi grec que la langue savante; Ioannou avait tort, sinon «nous devons enlever le laurier de la tête du poète couronné Solomos et jeter au feu les Poésies Lyriques de Christopoulos». Pilicas, lui-aussi, était mis en cause: quoique irresponsable et incompétent en tant que juriste, il devait tout de même défendre sa langue maternelle, celle de l'Heptanèse, et protester contre une décision qui rejetait un poème écrit en «dialecte ionien»1.

Clairvoyant et sage, cet article constitue plutôt une exception. D'ordinaire, les réactions au verdict du jury 1852 sont beaucoup plus passionnelles et violentes. Constantin Pop nous en offre un exemple: sous sa plume le refus de décerner un prix prend les dimensions d'une «chasse à la poésie» et d'une «époque des martyrs»2. Ces exagérations se présentent, en général, comme justifiées par un souci majeur, l'encouragement de la poésie néo-hellénique. Mais le camp adverse peut y opposer l'argument de la qualité.

Nous avons vu ailleurs l'intervention de Rallis, sa lettre du 5/17 juin et la réponse de Pilicas; nous n'y reviendrons pas. Une chose est certaine: en 1852, par la force des choses, l'accent était plutôt mis sur le côté juridique de l'affaire (violation ou non des statuts de Rallis), de sorte que, dans le climat d'indignation créé par le verdict du jury, les formalités du concours occupèrent, en grande partie, la première place. Mais le vrai problème, celui de la langue, était déjà posé; il devait surgir, avec toute son acuité, l'année suivante.

3. 1853: La langue au cœur du débat

Perdre de vue le climat d'effervescence qui régnait en Grèce au printemps de 1853, serait, sans doute, enlever à l'explosion littéraire et linguistique de cette année-là une partie essentielle de sa dynamique. Encore une fois, l'enchaînement des causes et des faits se manifestait, complexe et multiple. Les rythmes s'accéléraient, le ton montait. Tout paraissait en marche: la guerre de Crimée et la question d'Orient,

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1. Η Ελπίς, 25 avril 1852. Mais, quelques mois plus tard, après le discours rectoral de Pilicas, le même journal, entièrement satisfait, s'empresse de s'excuser, le recteur ayant rendu justice à Mavroyannis: Η Ελπίς, 29 septembre 1852.

2. Ευτέρπη, Νο 113, 1er mai 1852, p. 402.

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la verve belliqueuse et l'esprit prophétique, l'intolérance religieuse et l'intransigeance nationaliste. L'édifice idéologique dominant trouvait déjà, dans l'unité «helléno-chrétienne» (1852), un pilier solide; l'engouement pour les chants populaires s'amplifiait. On allait faire un pas en avant.

Le concours eut lieu le 25 mars 1853, comme prévu1. Pour la première fois, les membres du jury furent au nombre de 6: P. Arghyropoulos (président), A. R. Rangabé (rapporteur), J. Venthylos, E. Castorchis, Ph. Ioannou, et St. Coumanoudis. Parmi les 11 poèmes envoyés, les trois:

a) Δέσπω

b) Τα σπλάγχνα του Βύρωνος

c) Οι φυγάδες της Τραπεζούντος

étaient arrivés après échéance et, de ce fait, furent éliminés. Quant aux 8 œuvres jugées, Rangabé, comme en 1851, ne daigna parler que des deux meilleures, passant les titres des 6 autres sous silence.

Une fois de plus, le concours allait prendre l'aspect d'un duel: ayant déjà affronté Coumanoudis et Mayroyannis, Zalocostas faisait maintenant face à un adversaire non négligeable, Georges Tertsétis (1800-1874). Mais sa position était plus que jamais favorable; son atout principal, la langue savante, s'avérait en 1853 imbattable. Par ailleurs, l'issue du combat s'imposait impérativement: refuser le prix pour la deuxième année consécutive, ne serait-ce pas un manque de souplesse et de prudence?

Parmi les concurrents de 1853, nous connaissons aussi A. K. Yannopoulos2, Cimon I. Svoronos3 et Périclès Triantaphyllidis4. Rangabé

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1. Voir le «Programme de concours pour le 25 mars 1853» (Athènes, 23 mai 1852. signé: Sp. Pilicas) dans Αιών, 28 mai 1852 et Η Ελπίς, 31 mai 1852. Annonces, comptes rendus et commentaires sur la cérémonie: Αιών, 24 et 28 mars, ainsi que 4 avril 1853; Η Ελπίς, 30 mars 1853; Ευτέρπη, Νο 14, 1er avril 1853, pp. 332-333.

2. Auteur du poème exclu Τα σπλάγχνα του Βύρωνος; voir Anastase Κ. Yannopoulos, Ανατολικόν πνεύμα εις δύω, Μέρος Α' εν ω και το εις τον Βύρωνα κλπ. και Μέρος Β' εις άσματα τρία του εν τω Πανεπιστημίω, πολιτικού [sic] συναγωνισμού, Patras 1853, pp. 62-70. Le poème Ανατολικόν πνεύμα présenté au concours de 1852 est, très probablement, du même auteur.

3. Cimon I. Svoronos, Ο Γούρας, ποίημα επικόν εις άσματα τέσσαρα, Athènes 1853. La participation du poème au concours est attestée par l'auteur dans sa courte préface.

4. Auteur du poème exclu Οι φυγάδες της Τραπεζούντος. En 1868, Triantaphyllidis (1818-1871) enverra au concours le même poème, remanié; il avoue que la prémière version de son drame date de vingt ans: Οι φυγάδες, Athènes 1870, p. 2; cf. E

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ne donne aucune indication sur les œuvres secondaires, se contentant d'adresser à leurs auteurs et, en général, à tous les futurs candidats du concours, une série de conseils: le poète doit connaître sa langue parfaitement, être cultivé, savoir les règles poétiques en étudiant "surtout les chefs-d'œuvre de nos ancêtres" et ne pas se faire d'illusions sur son talent1. Ainsi, dans le Jugement de 1853, il n'est question que des poèmes les plus considérables qui, "paradoxalement", furent à nouveau deux et, plus paradoxalement encore, écrits l'un en langue populaire et l'autre en langue savante, comme les années précédentes. Voici un résumé des appréciations du rapporteur sur ces deux poèmes:

Κόριννα και Πίνδαρος : poème en langue populaire, ayant comme sujet la joute poétique entre Corinne et Pindare. L'intention du poète de lier la vie des Grecs anciens à celle des Grecs modernes en imitant la simplicité des chants populaires est heureuse et remarquable. Malgré ses défauts (usage de mots savants et étrangers, omission des articles, pléonasmes, etc.), le poème ne manque pas de "beautés" et de "grâces", parmi lesquelles la "douceur du sentiment" est particulièrement soulignée. Un inconvénient: l'auteur coupe le vers de quinze syllabes en deux hémistiches, de sorte que ses 860 vers ne font, en réalité que 430, alors que le règlement du concours exige au moins 500 vers.

Αρματωλοί και Κλέπται : épopée nationale, "produit d'une plume vigoureuse et expérimentée". Les qualités sont nombreuses: langue savante, précise et élégante, avec peu de fautes de grammaire, versification impeccable et harmonieuse, avec une rime naturelle, inspiration, imagination vive et modérée à la fois, force descriptive, sensibilité, tendresse. Mais les défauts ne manquent pas: la concision du style, excessive, devient parfois obscure, le prologue est déplacé, le titre du poème mal choisi; quelques expressions et images sont malheureuses2.

Hésitant à choisir entre les deux poèmes, la majorité du jury les jugea "égaux", deux membres ayant préféré Κόριννα. Mais cette dernière œuvre présentait le désavantage de la langue populaire, ainsi qu'un nombre de vers insuffisant - deux inconvénients incompatibles avec le règlement -, alors que Αρματωλοί, poème irréprochable, avait à son actif, de surcroît, la difficulté de la rime. Or, le prix lui fut décerné, Κόριννα obtenant une "mention honorable".

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Th. Kyriakidis, Βιογραφίαι των εν Τραπεζούντος και της περί αυτήν χώρας από της Αλώσεως μέχρις ημών ακμασάντων λογίων, Athènes 1897, p. 167.

1. Jugement de 1853, pp. 2-3.

2. Ibid., pp. 4-13.

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L'argumentation de Rangabé est caractéristique: "La langue populaire, comme toute langue populaire, ne manque pas de grâce. Mais nous avons à mener une action très importante - elle a déjà commencé et avance avec succès - afin de redresser, en même temps que notre nation, notre langue commune, effondrée sous le poids de plusieurs siècles de barbarie. Or, nos forces ne doivent pas être gaspillées au développement de dialectes particuliers, mais, au contraire, se concentrer à la culture convenable de la langue panhellénique. Aucun danger, cependant, ne menace la marche de cette langue plus sérieusement que l'apparition d'un grand poète écrivant en langue populaire ou en n'importe quel autre dialecte; car sa lyre pèsera sur la balance immédiatement. La langue homérique vécut pendant quinze siècles parce qu'elle était protégée par l'ombre d'Homère. Par ailleurs, l'usage de la langue populaire est tellement plus facile que celui de la langue savante - dont le correct apprentissage, très épineux, demande des études philologiques approfondies - que l'encouragement de la première causera sûrement, sinon la mort de la seconde, tout au moins son recul"1. Ainsi, qualifiée de dialecte, la langue populaire était chassée des concours au profit d'une soi-disant langue commune. Dans sa lettre du 5/17 juin 1852, Rallis s'étonnait déjà que, contrairement à ce qui s'était passé chez tous les peuples, les prosateurs en Grèce précédassent les poètes, qui "se servent des mots et des phrases les plus vulgaires"; Rangabé citera ce passage de bonne grâce. Entre le jury et le fondateur l'entente devenait parfaite; les poètes vulgaristes n' avaient plus de place aux concours.

La cérémonie n'alla pas sans surprises. Le recteur appela le vainqueur Zalocostas à recevoir la couronne, mais le poète ne se présenta pas: au même moment, il pleurait chez lui la mort de son cinquième enfant. Peu avant, le jury ayant décidé de faire connaître aussi le nom de l'auteur de Κόριννα, on n'avait trouvé dans son enveloppe qu'une lettre anonyme: le poète déclarait que, en cas de victoire, il

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1. Ibid., pp. 13-14. En 1858, Tertsétis (Ο θρίαμβος του ποιητικού διαγωνισμού, vers 491-497) faisait allusion à ce passage:

Η γλώσσα των Ελλήνων να προκόψει

εμπόδιο, είπαν, ο Όμηρος εστάθη.

Όλες οι πολιτείες της Ελλάδος

αυτόν ακούουν· τες πλάνευεν ο πλάνος

και νεκρή η καθαρεύουσα απομνήσκει.

Μη γένοιτο ποτέ, τόχουνε γράψει,

τέτοιο σ' εμάς δυστύχημα να τύχει.

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offrait les 1.000 drachmes à dix filles pauvres comme cadeau de mariage1.

Son nom fut connu quatre jours plus tard. Le dimanche 29 mars 1853, lors de son discours traditionnel à la Bibliothèque du Parlement, Georges Tertsétis surprit ses auditeurs quand, au lieu de parler du Patriarche Grégoire comme prévu, il donna lecture de Κόριννα και Πίνδαρος, «œuvre littéraire inoffensive», en sa possession «par hasard». Dans son épilogue humoristique il dénonça un jury qui défendait la langue savante plus que la poésie2. Mais Tertsétis, par tempérament, était peu enclin aux polémiques hargneuses. Par ailleurs Zalocostas, satisfait de sa victoire, n'avait pas de raisons de se plaindre, pas plus que les contestataires de l'année précédente qui, après la distribution du prix, «applaudissaient la décision du jury»3. Or, le concours de 1853 n'aurait peut-être pas alimenté plus de polémiques, si P. Soutsos n' était pas intervenu soudain pour ranimer le débat.

Le 15 avril 1853, le journal Αιών publiait un article (Hermoupolis, 5 avril) signé I. S. On aurait été tenté d'y voir une lettre de lecteur, si le contenu de ce texte n'avait pas trahi l'auteur. L'identité de celui-ci, à en juger par quelques allusions contemporaines, était évidente: seul P. Soutsos lui-même pouvait exalter en ces termes son propre apport littéraire, ainsi que celui de son frère Alexandre. Ainsi, Rallis avait tort de déplorer le retard de la poésie, alors que, au contraire, les poètes de la Grèce moderne précédèrent les prosateurs et créèrent une langue proche de l'ancienne4. Les Αρματωλοί de Zalocostas étaient obscurs et pleins de barbarismes, la clarté étant le privilège des frères Soutsos. Le vulgariste Tertsétis était vilipendé: «Pindare parle aujourd'hui la langue pauvre de Tertsétis, de Solomos et de Tricoupis!». Il était inadmissible, d'ailleurs, que les Heptanésiens, possesseurs

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1. On trouve le texte de cette lettre (Athènes, 15 février 1853, signée: Un Grec) dans le Jugement de 1853, p. 15.

2. Cet épilogue est reproduit dans Αιών, 4 avril 1853, ainsi que dans Πανδώρα 4 (1853-1854) 68, avec une réponse de la revue favorable au jury et à la langue savante; le même texte sert d'introduction à Κόριννα; voir [G. Tertsétis], Λόγος της 25 Μαρτίου 1855 - Οι Γάμοι του Μεγάλου Αλεξάνδρου - Κόριννα και Πίνδαρος, Athènes 1856, pp. 69-72. Sur ses répercussions: G. Valetas, Τερτσέτης Άπαντα, t. I, Athènes 1966 3, p. 40.

3. C. Pop, dans Ευτέρπη, No 14, 1er avril 1853, p. 332.

4. Un critique anonyme (Rangabé?) de l'article de P. Soutsos n'hésite pas à reprendre son argument contre Rallis: la poésie précéda la prose certainement, puisque, avant la Révolution, «I. Rangabé traduisait déjà le Cinna de Corneille avec beaucoup de précision et de grâce, et que I. Rizos écrivait Ασπασία et quelques-unes de ses odes en langue savante»; Πανδώρα 4 (1853-1854) 71.

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des «restes d'un pauvre dialecte grec», cherchassent à l'imposer contre la langue des «Grecs libres». Coray et ses disciples, Assopios surtout, étaient accusés de «gallicismes»1. L'incompétence du jury sautait aux yeux: «Mais les juges du concours ont-ils l'ouïe fine? Malheureusement, non; pour la plupart, ils ne sont que des pédants desséchés qui méprisent la poésie. Ce n'est pas ainsi que versifient les chefs de l'école du style grec, les deux frères Soutsos!».

Cette intervention brutale et arrogante ne pouvait que provoquer une série de réponses plus ou moins indignées. Trois jours plus tard, dans un long article, le journal Η Ελπίς, tout en exprimant son scepticisme à l'égard des poèmes de Zalocostas et de Tertsétis, critiquait sévèrement la poésie des Soutsos et reprochait à I. S. sa vantardise2. Étonnée par la violence de l'attaque, la revue Πανδώρα prenait à son tour la défense d'Assopios3. Quant aux personnes mises en cause par l' article de P. Soutsos, elles ne manquèrent pas de riposter: Zalocostas, publiant en brochure son poème couronné, y ajouta toute une série d'observations contre le «vantard» I. S., où l'ironie alternait avec l' indignation4. Dans une réponse restée inédite, Tertsétis se soucia surtout de la défense de la langue populaire5, tandis qu' Assopios commençait sa longue attaque contre P. Soutsos par la réfutation de l' article signé I. S.6

On se battait, certes, pro domo, et cet échange de coups n'était pas moins motivé par des ambitions vaniteuses que par des rancunes mesquines. Ceci dit, l'aspect psychologique ou moral du problème n'est pas forcément le plus significatif. Sans doute P. Soutsos n'aurait-il pas réagi de la sorte, s'il n'avait pas été impatienté par le rayonnement, grâce aux concours, de nouveaux poètes et critiques, mais l'essentiel est de voir dans quelle mesure cette réaction, insérée dans les structures mentales d'une époque, acquiert un sens historique; en d'autres termes, comment la réaction devient action. De ce point de vue, l'article de P. Soutsos n'aurait pas mis le feu aux poudres et il n'aurait pas servi de détonateur, si les conditions n'avaient pas été réunies pour une

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1. P. Soutsos avait déjà attaqué Coray et les professeurs C. Assopios, Th. Pharmakidis, Ph. Ioannou et Th. Manoussis dans Άπαντα, t. I, Athènes 1851, pp. ια'-ιβ'.

2. Η Ελπίς, 18 avril 1853.

3. Πανδώρα 4 (1853-1854) 69-71.

4. G. Zalocostas, Αρματωλοί και Κλέπται, Athènes 1853, pp. 25-28.

5. Ce texte a été publié par D. Conomos dans Επτανησιακά Φύλλα, Νο 5, décembre 1957, pp. 130-134 [=Γ. Τερτσέτης Ανέκδοτα κείμενα, Athènes 1959, pp. 81-87]

6. [C. Assopios], Τα Σούτσεια, Athènes 1853, p. 3 sq.

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    CHAPITRE I

    LES CONCOURS FACE A LA LANGUE (1851 -1855)

    Ποιος ημπορεί να φανταστεί ποτέ του

    πως η Επιτροπή θέ να βραβεύσει

    ποίημα στη γλώσσαν του λαού γραμμένο;

    G. Tertsétis (1858)

    En 1851, Athènes inaugurait ses concours poétiques avec éclat. C'était un moment crucial: dès ses débuts, la sixième décennie du XIXe siècle devait prendre, dans la vie du Royaume hellénique, les aspects d'un tournant. Les rythmes s'accéléraient; on eût dit que la petite société grecque, s'asphyxiant depuis vingt ans dans les frontières d'un État tronqué, mobilisait soudain ses énergies pour faire un bond en avant, pour se défendre ou pour chercher une identité. Divisée en classes, hétérogène et mouvante, cette société portait en elle-même des contradictions multiples. Au moment où la Grande Idée créait une nouvelle dynamique orientée vers l'extérieur, les révoltes paysannes (Papoulacos) et les fanatismes endurcis (procès de Caïris, de Macriyannis et autres) faisaient montre de tensions internes non négligeables. Un événement majeur, la Guerre de Crimée, fut le point culminant d'une effervescence .généralisée.

    C'est dans un tel climat qu'eurent lieu les premiers concours, caractérisés, entre autres, par le zèle des universitaires et par leurs bonnes relations avec le fondateur Rallis. Deux professeurs, Alexandre Rizos Rangabé (1809 - 1892) et Philippe Ioannou (1796 - 1880) assumèrent en exclusivité, de 1851 à 1855, le rôle du rapporteur. Qualifié plus que quiconque en matière de poésie, le premier sut exprimer (1851, 1853, 1854) sa prédilection pour un style élégant et soigné, pour une langue savante et correcte, pour une versification respectueuse des règles; son influence fut certaine; l'hexamètre, mis à la mode par lui,