Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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2. 1852: Les premières tempêtes

Annoncé à temps, le concours de 1852 eut lieu le 25 mars1. Le jury était à nouveau composé de 5 membres: Sp. Pilicas (président), Ph. Ioannou (rapporteur), A. R. Rangabé, C. Paparrigopoulos et St. Coumanoudis. Trois de ces membres faisaient déjà partie du jury précédent; le poète de Στράτις Καλοπίχειρος se vit en une année passer du rang des candidats à celui des juges.

Nous savons dans quelles conditions Philippe Ioannou prépara son rapport: le samedi 22 mars, pendant qu'il le rédigeait, l'avocat N. Stephanidis fit irruption dans son bureau pour lui annoncer le "complot" de Macriyannis et l'inciter à en prévenir le roi2. La réalité, brûlante, venait ainsi perturber l'abstraction d'un travail contemplatif. Ce qui n'empêcha point le rapporteur de mener à bien sa tâche: long et détaillé, son rapport, contrairement à celui de Rangabé, rendit compte de tous les poèmes présentés.

Seuls six de ces poèmes, envoyés dans les délais prévus, eurent le droit de concourir. Mais le jury ne refusa pas de "jeter un coup d'œil" sur trois autres encore, bien qu'ils fussent arrivés après échéance:

a) Ότι κανείς φοβείται ή εκ ψυχής επιθυμεί, αυτό και ενθυμείται

b) Το ανατολικόν πνεύμα

c) Το τελευταίον κακούργημα.

Nous résumons l'exposé de Ph. Ioannou sur les 6 poèmes principaux; nous n'intervenons que lorsque nous sommes en mesure d'y apporter des éclaircissements:

1) Το Μέλλον της Ελλάδος: poème entièrement insignifiant; œuvre d'un versificateur illettré de Ténos qui révéla au jury son identité3.

Il s'agissait de Georges Skokos4.

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1. Le "Programme de concours pour le 25 mars 1852" (Athènes, 3 octobre 1851), signé du recteur Sp. Pilicas, invitait les candidats à envoyer leurs poèmes 40 jours avant le 25 mars: Η Ελπίς, 24 novembre 1851; cf. le commentaire de C. Pop dans Ευτέρπη, No 103, 1er décembre 1851, p. 165. Sur la cérémonie du 25 mars 1852, voir les comptes rendus dans: Εφημερίς του Λαού, 26 mars 1852, Αιών, 27 mars 1852, et Ευτέρπη, Νο 111, 1er avril 1852.

2. Η δίκη του Στρατηγού Μακρυγιάννη, éd. E. G. Protopsaltis, Athènes 1963, pp. 86 et 302.

3. Jugement de 1852, Πανδώρα 3 (1852-53) 45.

4. Skokos avoue lui-même être "inexpérimenté et inculte": Το όνειρον του ενθουσιασμένου Έλληνος, Athènes 1851, p. 3; cf. Το Μέλλον της Ελλάδος ή η λύσις του ανατολικού ζητήματος, Athènes 1852, p. 6, où le poète demande l'indulgence des lettrés, sans toutefois mentionner sa participation au concours. Il allait publier;

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2) Γρηγοριάς : poème épique en plusieurs chants, dont seuls les deux premiers furent envoyés au concours. L'intrigue est invraisemblable, les comparaisons et les images confuses, l'imagination du poète effrénée, la morale absente, la langue pleine de fautes de grammaire et la versification inadéquate à la poésie épique1.

3) Ύμνος τη ελευθερωθείση Ελλάδι : poème lyrique, en bi mètres trochaïques sans rime, supérieur à Γρηγοριάς, mais «son d'une lyre désaccordée et atone». Absence de force poétique, vers défectueux, fautes de grammaire.

4) Θερμοπύλαι : poème épique, supérieur à tous les poèmes précédents; il a une versification correcte et une langue savante, avec peu de fautes de grammaire. Ses défauts, cependant, sont plus nombreux: confusion de métaphores, abus d'images et des comparaisons, manque de cohérence. Les aventures amoureuses du héros (Léonidas) ne mettent pas en relief, avant tout, l'amour de la patrie2.

Il s'agissait d'une œuvre de I. E. Yannopoulos (1823 - 1879). L'auteur, publiant un peu plus tard son poème dans Ευτέρπη, ne manquait pas de protester: les fautes que Ioannou lui reprochait étaient des lapsus calami. Sa réponse, minutieuse, touchait, cependant, tous les points du rapport, pour conclure, avec pessimisme, que les services rendus par les jurys à la poésie néo-hellénique étaient superficiels3.

5) Ευφροσύνη : roman en vers; sur plusieurs chants, deux seulement furent envoyés au concours. La langue mixte, le vocabulaire et l'usage de la synizèse «selon la versification italienne et non hellénique» mènent le rapporteur à la conclusion que l'auteur est originaire des Iles Ioniennes. Les qualités du poème sont nombreuses: imagination vive et mesurée, connaissance des règles poétiques, personnages naturels, métaphores, images et comparaisons heureuses et, parfois, originales. Mais la langue est mélangée (celle des chants populaires

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Ύμνος εις τον εν Τήνω ιερόν ναόν της Ευαγγελιστρίας, Athènes 1853. Plus tard, Ο πρόδρομος του Μεγάλου Ελληνικού Μέλλοντος και Διάφοροι ωδαί, Athènes 1860, pp. 4-19, contenait aussi le poème de 1852; sur cet ouvrage, voir Πρωινός Κήρυξ, 20 août 1860, et Charles Schaub, Excursion en Grèce au printemps 1862, Genève 1863, p. 21. Sur des poèmes postérieurs de Skokos: Παλιγγενεσία, 2 mai 1872 et 28 juillet 1873.

1. Jugement de 1852, pp. 45-46. Gorgias (Constantin Pop) estime que le rapport d'Ioannou fut particulièrement injuste envers le «poète absent» de Γρηγοριάς qui «connaît la grammaire mieux que certains professeurs»: Ευτέρπη, No 113, 1er mai 1852, p. 402.

2. Ibid., pp. 4R-47.

3. Ευτέρπη, op. cit., pp. 397-398.

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serait, peut-être, préférable?), la versification défectueuse et la rime insuffisante, sans compter quelques solécismes et quelques tournures étrangères1.

Ioannou ne se trompait pas : Gérasime Mavroyannis (1823-1906), l'auteur du poème, était, en effet, originaire des Iles Ioniennes. Nous sommes en mesure, aujourd'hui, d'avoir une image assez complète de ce Céphalonien entreprenant, journaliste, député ou consul général à l'étranger, qui put en même temps mener non sans succès une carrière de spécialiste de peinture, d'historien de l'Heptanèse, de poète et de traducteur2. Il avait déjà publié Συλλογή Στιχουργημάτων (1848). Son poème présenté au concours de 1852 allait paraître quelques années plus tard, accompagné d'une préface3. Le temps aidant peut-être à effacer toute trace de rancune, Mavroyannis non seulement ne s'y plaignait pas, mais, au contraire, il prenait la défense des juges "qui ne sont point les Villemain de la Grèce"; il considérait même le jugement de Ioannou sur Ευφροσύνη comme trop indulgent. Quant à son poème de 1852, explique-t-il, il était publié partiellement, son achèvement demandant un long travail que le poète accomplirait peut-être un jour, si toutefois le jugement du public était encourageant4.

Il allait tenir sa promesse vers la fin de sa vie, lorsque, ayant retrouvé le manuscrit de son vieux poème, il décida de l'achever. Mais, entre-temps, ses idées sur la poésie et sur la langue avaient beaucoup changé: toujours à contre-courant, cet homme qui contrariait les universitaires de 1852 par son progressisme linguistique était devenu, avec le temps, partisan de la langue savante et, de ce fait, gênait à leur tour les vulgaristes des années 1900 par son conservatisme. Or, compléter, après un demi-siècle, le manuscrit de 1852, n'avait plus de

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1. Jugement de 1852, pp. 48-50.

2. P. Markakis, "Γεράσιμος Μαυρογιάννης", Επτανησιακά Γράμματα 1 (1950-1951) 28-29, 60-61, 85-88, 121-122 et 154-155, où la bibliographie précédente. A ajouter: P. Markakis, "Ο Γεράσιμος Μαυρογιάννης μεταφραστής του Θεόκριτου", Ελληνική Δημιουργία 11 (1953) 417-424, et Ν. Vayénas, "Ο Ossian στην Ελλάδα", Παρνασσός 9 (1967) 184-185.

3. G. E. Mavroyannis, Ποιητική συλλογή, Athènes 1858, pp. 84-109 (voir aussi la reproduction de Ευφροσύνη dans la revue Χρυσαλλίς 2,1864,1-6). P. Soutsos (Ήλιος, 1er novembre 1858), admirateur de cet ouvrage, évoque la participation de l'auteur au concours de 1852, "dont les juges étaient, pour la plupart, des prosateurs et des hommes sans goût".

4. Ibid., pp. 84-86. Nous ne savons pas dans quelle mesure l'encouragement du public fut exprimé par un succès commercial de ce livre que, dix-huit ans plustard, Εστία 2 (1876) 828 qualifiait d'"introuvable".

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sens. Mavroyannis opta en effet pour une version en langue savante et 8 chants, présentée en 1905 comme une «œuvre entièrement nouvelle»1. Le résultat fut médiocre. On ne retrouvait plus le souffle de la première version qui, en 1852, soulevait même l'admiration d'un rapporteur puriste:

Είναι πλατύ το πέλαγο,

και όπου γυρίσω δρόμοι!

Τ' αστέρινον αλφάβητο

δεν έμαθα, και ακόμη

Δεν έπιασα κουπί.

6) Το στόμιον της Πρεβέζης : «dithyrambe» selon l'auteur, «poème épique» selon le rapporteur, en 512 vers. L'intention du poète de chanter un épisode de la Révolution Grecque est décidément «pieuse et louable». Les qualités abondent, surtout la langue, qui est pure, exquise, expressive et exempte de vulgarismes, quoique non dépourvue de fautes de grammaire. Parmi les défauts du poème: quelques mots évitables, les métaphores forcées, l'accumulation des images, les redites2.

Dans ces conditions, le choix n'était pas facile pour le jury de 1852: quoique supérieurs à tous les précédents, les deux derniers poèmes avaient trop de défauts pour revendiquer le prix et la couronne. Un «coup d'œil», particulièrement décevant, sur les trois poèmes arrivés après échéance ne laissa aucun espoir. Les avis se divisèrent. Un seul membre du jury accepta de couronner Το στόμιον της Πρεβέζης; les autres, tout en trouvant ce poème supérieur à Ευφροσύνη quant à la langue et la versification, considéraient le poème de Mavroyannis comme meilleur pour l'invention, le sentiment et la beauté des images. Un résultat nul paraissait donc plus équitable: en effet, chacun des deux poèmes reçut un accessit, mais le prix ne fut pas décerné3.

Cette décision, contraire à celle de l'année précédente, déchaîna aussitôt une vague de protestations. On cria au scandale, on contesta la compétence du jury, on trouva que son verdict contrevenait à la

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1. G. E. Mavroyannis, Η Χία Ευφροσύνη, μυθοπλαστία εξελισσόμενη εν τη νήσω Χίω κατά τα δύο πρώτα έτη της Ελληνικής Επαναστάσεως 1821, 1822, Athènes 1905, p. 4; voir, p. 7, une défense de la langue savante en poésie et, p. 151, une attaque de l'auteur contre le directeur de la revue Παναθήναια, ayant refusé de publier un extrait du poème en raison de sa langue.

2. Jugement de 1852, pp. 50-52.

3. Ibid., p. 52. Les 1.000 drachmes de Rallis servirent ainsi à l'achat de livres pour la Faculté des Lettres.

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volonté du fondateur. Le rapport d'Ioannou fut sévèrement critiqué; on n'attendait pas d'un professeur de philosophie tant d'insistance sur les fautes de grammaire.

G. Zalocostas, auteur de Το στόμιον της Πρεβέζης, avait toutes raisons de se joindre aux protestations. Il le fit volontiers. Ioannou lui avait reproché, à lui aussi, des fautes de grammaire. Écrire la langue savante parfaitement, répond le poète, est un exploit rarement réalisé et, de ce point de vue, "même le rapport du jury n'est peut-être pas entièrement irréprochable". Quant à la décision de ne pas décerner le prix, décision incompatible avec les objectifs du fondateur, elle "refroidit le zèle de nos poètes qui n'humilieront plus, je crois, leur Muse devant un jury incompétent"1. Par ailleurs dans un poème "A l'Université", inédit jusqu'en 1939, Zalocostas donnait libre cours à son amertume avec sincérité:

Κ' εγώ τη δάφνη εζήλευσα

τη δάφνη που μοιράζανε

εις το Πανεπιστήμιο

διδάσκαλοι σοφοί·

και μούπε ένας δικός μου:

-Είσαι άπειρος του κόσμου,

αλλάξανε οι καιροί2.

En un an, "les temps avaient changé". Si, en 1851, le jury choisit le poème le meilleur "relativement", l'année suivante il rechercha le meilleur absolument. Cette contradiction se trouvera plus d'une fois au cœur du débat et, d'une façon générale, elle animera bien des polémiques.

Un mois après la cérémonie, le journal Η Ελπίς, dans un long article, faisait le bilan de la situation: Les protestations contre le jury n'étaient pas justifiées. Le prix devait être décerné à un poème absolument beau; car, que se passerait-il si l'on avait à choisir parmi des œuvres poétiques insignifiantes comme celles de Skokos, d'Exarchopoulos ou de Sériphios? Mais Ph. Ioannou était incompétent: "être

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1. G. Zalocostas, Το στόμιον της Πρεβέζης, Athènes 1852, pp 1-2. La réponse du poète aux "ergoteries" du jury (pp. 26-32) est pédante et sans intérêt; nous y relevons une mention élogieuse de Solomos (p. 30). Par ailleurs, Zalocostas se trompe, peut-être, en croyant que c'est Coumanoudis qui vota pour son poème; nous aurions tendance à croire qu'il s'agit plutôt de Rangabé, dont le compte rendu dans Πανδώρα 3 (1852-1853) 119-120 fut particulièrement élogieux.

2. G. Zalocostas, Έργα, op. cit., p. 424.

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à la fois professeur de philosophie et juge des poèmes, c'est absolument contradictoire». Le poème de Zalocostas était admirable, celui de Mavroyannis «digne du prix». La langue populaire était un dialecte aussi grec que la langue savante; Ioannou avait tort, sinon «nous devons enlever le laurier de la tête du poète couronné Solomos et jeter au feu les Poésies Lyriques de Christopoulos». Pilicas, lui-aussi, était mis en cause: quoique irresponsable et incompétent en tant que juriste, il devait tout de même défendre sa langue maternelle, celle de l'Heptanèse, et protester contre une décision qui rejetait un poème écrit en «dialecte ionien»1.

Clairvoyant et sage, cet article constitue plutôt une exception. D'ordinaire, les réactions au verdict du jury 1852 sont beaucoup plus passionnelles et violentes. Constantin Pop nous en offre un exemple: sous sa plume le refus de décerner un prix prend les dimensions d'une «chasse à la poésie» et d'une «époque des martyrs»2. Ces exagérations se présentent, en général, comme justifiées par un souci majeur, l'encouragement de la poésie néo-hellénique. Mais le camp adverse peut y opposer l'argument de la qualité.

Nous avons vu ailleurs l'intervention de Rallis, sa lettre du 5/17 juin et la réponse de Pilicas; nous n'y reviendrons pas. Une chose est certaine: en 1852, par la force des choses, l'accent était plutôt mis sur le côté juridique de l'affaire (violation ou non des statuts de Rallis), de sorte que, dans le climat d'indignation créé par le verdict du jury, les formalités du concours occupèrent, en grande partie, la première place. Mais le vrai problème, celui de la langue, était déjà posé; il devait surgir, avec toute son acuité, l'année suivante.

3. 1853: La langue au cœur du débat

Perdre de vue le climat d'effervescence qui régnait en Grèce au printemps de 1853, serait, sans doute, enlever à l'explosion littéraire et linguistique de cette année-là une partie essentielle de sa dynamique. Encore une fois, l'enchaînement des causes et des faits se manifestait, complexe et multiple. Les rythmes s'accéléraient, le ton montait. Tout paraissait en marche: la guerre de Crimée et la question d'Orient,

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1. Η Ελπίς, 25 avril 1852. Mais, quelques mois plus tard, après le discours rectoral de Pilicas, le même journal, entièrement satisfait, s'empresse de s'excuser, le recteur ayant rendu justice à Mavroyannis: Η Ελπίς, 29 septembre 1852.

2. Ευτέρπη, Νο 113, 1er mai 1852, p. 402.

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la verve belliqueuse et l'esprit prophétique, l'intolérance religieuse et l'intransigeance nationaliste. L'édifice idéologique dominant trouvait déjà, dans l'unité «helléno-chrétienne» (1852), un pilier solide; l'engouement pour les chants populaires s'amplifiait. On allait faire un pas en avant.

Le concours eut lieu le 25 mars 1853, comme prévu1. Pour la première fois, les membres du jury furent au nombre de 6: P. Arghyropoulos (président), A. R. Rangabé (rapporteur), J. Venthylos, E. Castorchis, Ph. Ioannou, et St. Coumanoudis. Parmi les 11 poèmes envoyés, les trois:

a) Δέσπω

b) Τα σπλάγχνα του Βύρωνος

c) Οι φυγάδες της Τραπεζούντος

étaient arrivés après échéance et, de ce fait, furent éliminés. Quant aux 8 œuvres jugées, Rangabé, comme en 1851, ne daigna parler que des deux meilleures, passant les titres des 6 autres sous silence.

Une fois de plus, le concours allait prendre l'aspect d'un duel: ayant déjà affronté Coumanoudis et Mayroyannis, Zalocostas faisait maintenant face à un adversaire non négligeable, Georges Tertsétis (1800-1874). Mais sa position était plus que jamais favorable; son atout principal, la langue savante, s'avérait en 1853 imbattable. Par ailleurs, l'issue du combat s'imposait impérativement: refuser le prix pour la deuxième année consécutive, ne serait-ce pas un manque de souplesse et de prudence?

Parmi les concurrents de 1853, nous connaissons aussi A. K. Yannopoulos2, Cimon I. Svoronos3 et Périclès Triantaphyllidis4. Rangabé

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1. Voir le «Programme de concours pour le 25 mars 1853» (Athènes, 23 mai 1852. signé: Sp. Pilicas) dans Αιών, 28 mai 1852 et Η Ελπίς, 31 mai 1852. Annonces, comptes rendus et commentaires sur la cérémonie: Αιών, 24 et 28 mars, ainsi que 4 avril 1853; Η Ελπίς, 30 mars 1853; Ευτέρπη, Νο 14, 1er avril 1853, pp. 332-333.

2. Auteur du poème exclu Τα σπλάγχνα του Βύρωνος; voir Anastase Κ. Yannopoulos, Ανατολικόν πνεύμα εις δύω, Μέρος Α' εν ω και το εις τον Βύρωνα κλπ. και Μέρος Β' εις άσματα τρία του εν τω Πανεπιστημίω, πολιτικού [sic] συναγωνισμού, Patras 1853, pp. 62-70. Le poème Ανατολικόν πνεύμα présenté au concours de 1852 est, très probablement, du même auteur.

3. Cimon I. Svoronos, Ο Γούρας, ποίημα επικόν εις άσματα τέσσαρα, Athènes 1853. La participation du poème au concours est attestée par l'auteur dans sa courte préface.

4. Auteur du poème exclu Οι φυγάδες της Τραπεζούντος. En 1868, Triantaphyllidis (1818-1871) enverra au concours le même poème, remanié; il avoue que la prémière version de son drame date de vingt ans: Οι φυγάδες, Athènes 1870, p. 2; cf. E

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ne donne aucune indication sur les œuvres secondaires, se contentant d'adresser à leurs auteurs et, en général, à tous les futurs candidats du concours, une série de conseils: le poète doit connaître sa langue parfaitement, être cultivé, savoir les règles poétiques en étudiant "surtout les chefs-d'œuvre de nos ancêtres" et ne pas se faire d'illusions sur son talent1. Ainsi, dans le Jugement de 1853, il n'est question que des poèmes les plus considérables qui, "paradoxalement", furent à nouveau deux et, plus paradoxalement encore, écrits l'un en langue populaire et l'autre en langue savante, comme les années précédentes. Voici un résumé des appréciations du rapporteur sur ces deux poèmes:

Κόριννα και Πίνδαρος : poème en langue populaire, ayant comme sujet la joute poétique entre Corinne et Pindare. L'intention du poète de lier la vie des Grecs anciens à celle des Grecs modernes en imitant la simplicité des chants populaires est heureuse et remarquable. Malgré ses défauts (usage de mots savants et étrangers, omission des articles, pléonasmes, etc.), le poème ne manque pas de "beautés" et de "grâces", parmi lesquelles la "douceur du sentiment" est particulièrement soulignée. Un inconvénient: l'auteur coupe le vers de quinze syllabes en deux hémistiches, de sorte que ses 860 vers ne font, en réalité que 430, alors que le règlement du concours exige au moins 500 vers.

Αρματωλοί και Κλέπται : épopée nationale, "produit d'une plume vigoureuse et expérimentée". Les qualités sont nombreuses: langue savante, précise et élégante, avec peu de fautes de grammaire, versification impeccable et harmonieuse, avec une rime naturelle, inspiration, imagination vive et modérée à la fois, force descriptive, sensibilité, tendresse. Mais les défauts ne manquent pas: la concision du style, excessive, devient parfois obscure, le prologue est déplacé, le titre du poème mal choisi; quelques expressions et images sont malheureuses2.

Hésitant à choisir entre les deux poèmes, la majorité du jury les jugea "égaux", deux membres ayant préféré Κόριννα. Mais cette dernière œuvre présentait le désavantage de la langue populaire, ainsi qu'un nombre de vers insuffisant - deux inconvénients incompatibles avec le règlement -, alors que Αρματωλοί, poème irréprochable, avait à son actif, de surcroît, la difficulté de la rime. Or, le prix lui fut décerné, Κόριννα obtenant une "mention honorable".

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Th. Kyriakidis, Βιογραφίαι των εν Τραπεζούντος και της περί αυτήν χώρας από της Αλώσεως μέχρις ημών ακμασάντων λογίων, Athènes 1897, p. 167.

1. Jugement de 1853, pp. 2-3.

2. Ibid., pp. 4-13.

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L'argumentation de Rangabé est caractéristique: "La langue populaire, comme toute langue populaire, ne manque pas de grâce. Mais nous avons à mener une action très importante - elle a déjà commencé et avance avec succès - afin de redresser, en même temps que notre nation, notre langue commune, effondrée sous le poids de plusieurs siècles de barbarie. Or, nos forces ne doivent pas être gaspillées au développement de dialectes particuliers, mais, au contraire, se concentrer à la culture convenable de la langue panhellénique. Aucun danger, cependant, ne menace la marche de cette langue plus sérieusement que l'apparition d'un grand poète écrivant en langue populaire ou en n'importe quel autre dialecte; car sa lyre pèsera sur la balance immédiatement. La langue homérique vécut pendant quinze siècles parce qu'elle était protégée par l'ombre d'Homère. Par ailleurs, l'usage de la langue populaire est tellement plus facile que celui de la langue savante - dont le correct apprentissage, très épineux, demande des études philologiques approfondies - que l'encouragement de la première causera sûrement, sinon la mort de la seconde, tout au moins son recul"1. Ainsi, qualifiée de dialecte, la langue populaire était chassée des concours au profit d'une soi-disant langue commune. Dans sa lettre du 5/17 juin 1852, Rallis s'étonnait déjà que, contrairement à ce qui s'était passé chez tous les peuples, les prosateurs en Grèce précédassent les poètes, qui "se servent des mots et des phrases les plus vulgaires"; Rangabé citera ce passage de bonne grâce. Entre le jury et le fondateur l'entente devenait parfaite; les poètes vulgaristes n' avaient plus de place aux concours.

La cérémonie n'alla pas sans surprises. Le recteur appela le vainqueur Zalocostas à recevoir la couronne, mais le poète ne se présenta pas: au même moment, il pleurait chez lui la mort de son cinquième enfant. Peu avant, le jury ayant décidé de faire connaître aussi le nom de l'auteur de Κόριννα, on n'avait trouvé dans son enveloppe qu'une lettre anonyme: le poète déclarait que, en cas de victoire, il

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1. Ibid., pp. 13-14. En 1858, Tertsétis (Ο θρίαμβος του ποιητικού διαγωνισμού, vers 491-497) faisait allusion à ce passage:

Η γλώσσα των Ελλήνων να προκόψει

εμπόδιο, είπαν, ο Όμηρος εστάθη.

Όλες οι πολιτείες της Ελλάδος

αυτόν ακούουν· τες πλάνευεν ο πλάνος

και νεκρή η καθαρεύουσα απομνήσκει.

Μη γένοιτο ποτέ, τόχουνε γράψει,

τέτοιο σ' εμάς δυστύχημα να τύχει.

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offrait les 1.000 drachmes à dix filles pauvres comme cadeau de mariage1.

Son nom fut connu quatre jours plus tard. Le dimanche 29 mars 1853, lors de son discours traditionnel à la Bibliothèque du Parlement, Georges Tertsétis surprit ses auditeurs quand, au lieu de parler du Patriarche Grégoire comme prévu, il donna lecture de Κόριννα και Πίνδαρος, «œuvre littéraire inoffensive», en sa possession «par hasard». Dans son épilogue humoristique il dénonça un jury qui défendait la langue savante plus que la poésie2. Mais Tertsétis, par tempérament, était peu enclin aux polémiques hargneuses. Par ailleurs Zalocostas, satisfait de sa victoire, n'avait pas de raisons de se plaindre, pas plus que les contestataires de l'année précédente qui, après la distribution du prix, «applaudissaient la décision du jury»3. Or, le concours de 1853 n'aurait peut-être pas alimenté plus de polémiques, si P. Soutsos n' était pas intervenu soudain pour ranimer le débat.

Le 15 avril 1853, le journal Αιών publiait un article (Hermoupolis, 5 avril) signé I. S. On aurait été tenté d'y voir une lettre de lecteur, si le contenu de ce texte n'avait pas trahi l'auteur. L'identité de celui-ci, à en juger par quelques allusions contemporaines, était évidente: seul P. Soutsos lui-même pouvait exalter en ces termes son propre apport littéraire, ainsi que celui de son frère Alexandre. Ainsi, Rallis avait tort de déplorer le retard de la poésie, alors que, au contraire, les poètes de la Grèce moderne précédèrent les prosateurs et créèrent une langue proche de l'ancienne4. Les Αρματωλοί de Zalocostas étaient obscurs et pleins de barbarismes, la clarté étant le privilège des frères Soutsos. Le vulgariste Tertsétis était vilipendé: «Pindare parle aujourd'hui la langue pauvre de Tertsétis, de Solomos et de Tricoupis!». Il était inadmissible, d'ailleurs, que les Heptanésiens, possesseurs

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1. On trouve le texte de cette lettre (Athènes, 15 février 1853, signée: Un Grec) dans le Jugement de 1853, p. 15.

2. Cet épilogue est reproduit dans Αιών, 4 avril 1853, ainsi que dans Πανδώρα 4 (1853-1854) 68, avec une réponse de la revue favorable au jury et à la langue savante; le même texte sert d'introduction à Κόριννα; voir [G. Tertsétis], Λόγος της 25 Μαρτίου 1855 - Οι Γάμοι του Μεγάλου Αλεξάνδρου - Κόριννα και Πίνδαρος, Athènes 1856, pp. 69-72. Sur ses répercussions: G. Valetas, Τερτσέτης Άπαντα, t. I, Athènes 1966 3, p. 40.

3. C. Pop, dans Ευτέρπη, No 14, 1er avril 1853, p. 332.

4. Un critique anonyme (Rangabé?) de l'article de P. Soutsos n'hésite pas à reprendre son argument contre Rallis: la poésie précéda la prose certainement, puisque, avant la Révolution, «I. Rangabé traduisait déjà le Cinna de Corneille avec beaucoup de précision et de grâce, et que I. Rizos écrivait Ασπασία et quelques-unes de ses odes en langue savante»; Πανδώρα 4 (1853-1854) 71.

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des «restes d'un pauvre dialecte grec», cherchassent à l'imposer contre la langue des «Grecs libres». Coray et ses disciples, Assopios surtout, étaient accusés de «gallicismes»1. L'incompétence du jury sautait aux yeux: «Mais les juges du concours ont-ils l'ouïe fine? Malheureusement, non; pour la plupart, ils ne sont que des pédants desséchés qui méprisent la poésie. Ce n'est pas ainsi que versifient les chefs de l'école du style grec, les deux frères Soutsos!».

Cette intervention brutale et arrogante ne pouvait que provoquer une série de réponses plus ou moins indignées. Trois jours plus tard, dans un long article, le journal Η Ελπίς, tout en exprimant son scepticisme à l'égard des poèmes de Zalocostas et de Tertsétis, critiquait sévèrement la poésie des Soutsos et reprochait à I. S. sa vantardise2. Étonnée par la violence de l'attaque, la revue Πανδώρα prenait à son tour la défense d'Assopios3. Quant aux personnes mises en cause par l' article de P. Soutsos, elles ne manquèrent pas de riposter: Zalocostas, publiant en brochure son poème couronné, y ajouta toute une série d'observations contre le «vantard» I. S., où l'ironie alternait avec l' indignation4. Dans une réponse restée inédite, Tertsétis se soucia surtout de la défense de la langue populaire5, tandis qu' Assopios commençait sa longue attaque contre P. Soutsos par la réfutation de l' article signé I. S.6

On se battait, certes, pro domo, et cet échange de coups n'était pas moins motivé par des ambitions vaniteuses que par des rancunes mesquines. Ceci dit, l'aspect psychologique ou moral du problème n'est pas forcément le plus significatif. Sans doute P. Soutsos n'aurait-il pas réagi de la sorte, s'il n'avait pas été impatienté par le rayonnement, grâce aux concours, de nouveaux poètes et critiques, mais l'essentiel est de voir dans quelle mesure cette réaction, insérée dans les structures mentales d'une époque, acquiert un sens historique; en d'autres termes, comment la réaction devient action. De ce point de vue, l'article de P. Soutsos n'aurait pas mis le feu aux poudres et il n'aurait pas servi de détonateur, si les conditions n'avaient pas été réunies pour une

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1. P. Soutsos avait déjà attaqué Coray et les professeurs C. Assopios, Th. Pharmakidis, Ph. Ioannou et Th. Manoussis dans Άπαντα, t. I, Athènes 1851, pp. ια'-ιβ'.

2. Η Ελπίς, 18 avril 1853.

3. Πανδώρα 4 (1853-1854) 69-71.

4. G. Zalocostas, Αρματωλοί και Κλέπται, Athènes 1853, pp. 25-28.

5. Ce texte a été publié par D. Conomos dans Επτανησιακά Φύλλα, Νο 5, décembre 1957, pp. 130-134 [=Γ. Τερτσέτης Ανέκδοτα κείμενα, Athènes 1959, pp. 81-87]

6. [C. Assopios], Τα Σούτσεια, Athènes 1853, p. 3 sq.

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explosion dont le caractère collectif est facilement détectable dans le climat de l'époque: les querelles intellectuelles entraient dans le cadre d'une tension sociale en plein essor.

Trois ans d'expérience avaient déjà montré l'existence de deux écoles, l'une «démotique» (Στράτις, Ευφροσύνη, Κόριννα), l'autre «grammaticale» (Μεσολόγγιον, Στόμιον Πρεβέζης, Αρματωλοί)1. Dans le cadre des concours, les règles du jeu étaient déjà définies et tacitement acceptées: tout allait se passer, en définitive, dans la légalité universitaire et sous l'arbitrage suprême des professeurs. Participer aux concours n'était-ce pas, en fait, reconnaître un ordre établi, même si l'on y occupait, comme Tertsétis, un siège dans l'opposition?

C'est à cet ordre précisément que P. Soutsos porta de l'extérieur un coup révolutionnaire avec son fameux manifeste linguistique2. Révolutionnaire, dans le sens où la rupture s'y opposait à l'évolution et où l'alternative «démotique-grammatical» était dépassée par une proposition archaïsante; de l'extérieur, dans le sens où l'auteur, qui n'a jamais accepté de participer aux concours, récusait à la fois l'ordre universitaire et l'institution de Rallis. Mais, au fond, ce manifeste ne pouvait paraître que dans le climat d'un irrationalisme triomphant: œuvre d'intolérance, elle exprimait tout un courant politique et social dont l'intransigeance idéologique (fanatisme religieux, nationalisme farouche) et l'humeur batailleuse allaient de pair avec un dogmatisme formel. Ce dogmatisme, dans Νέα Σχολή, est omniprésent: «La langue des Grecs anciens et celle des modernes n'en feront qu'une. Leur Grammaire et la nôtre n'en feront qu'une»3. Par ailleurs, la hargne de P. Soutsos se manifestait impitoyablement: «corayistes» et «vulgaristes», professeurs et poètes (Coray, Assopios, Th. Pharmakidis, Th. Manoussis, Ph. Ioannou, Zalocostas, Tertsétis) étaient renvoyés dos à dos; le fondateur du concours et les membres des jurys n'étaient pas non plus épargnés4.

La suite est connue: la réponse volumineuse d'Assopios (Τα Σούτσεια, 1853) offrit à la bibliographie de la critique néo-hellénique un de ses principaux titres. Les contre-attaques ayant commencé par les journaux5, elles allaient continuer par les pamphlets et les brochures.

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1. Αιών, 4 avril 1853.

2. P. Soutsos, Νέα Σχολή του γραφομένου λόγου ή ανάστααις της αρχαίας ελληνικής γλώσσης εννοουμένης υπό πάντων, Athènes 1853.

3. Ibid., p. 5.

4. Ibid., p. 35.

5. A notre connaissance, la première violente réponse à Νέα Σχολή fut publiée,

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Le duel Assopios - Soutsos allait prendre l'aspect d'un conflit généralisé: pendant longtemps, on défendait le premier ou le second des deux adversaires, on s'en prenait à l'intervention d'un troisième, on réglait ses comptes sur le terrain linguistique. Une riche récolte d'écrits en témoigne1.

Peut-on considérer l'intervention de P. Soutsos et les polémiques qui l'ont suivie comme un éveil de la conscience critique athénienne? Il ne fait pas de doute que Assopios offrit avec sa réponse plus qu'un monument d'érudition: l'hommage rendu à Eρωτόκριτος, à Christopoulos, à Vilaras, à Solomos et à Tertsétis y fait état d'une sensibilité avertie. Mais n'oublions pas que le débat, unidimensionnel et pédant, restait tout de même bloqué au niveau de la langue; son argumentation n'était puisée qu'aux textes anciens, aux dictionnaires et aux grammaires savantes; toute trace d'originalité était, le plus souvent, écrasée sous le poids d'une cuistrerie hargneuse. Dans ces conditions, un bond qualitatif était presque impossible, tant que la pensée critique n'avait à changer ni d'objet ni de matière. Les adversaires se battaient avec acharnement, mais en se servant de mêmes armes.

Ce qui est à retenir, c'est que, en 1853, la question de la langue, dans un climat d'effervescence et de mobilisation, surgissait de façon impérative. La langue populaire était officiellement expulsée des concours. D'autre part, la révolte de P. Soutsos semblait tourner court; le courant archaïste, complexe et multiforme, allait réapparaître par la suite sous d'autres aspects et dans un autre contexte, mais sa défaite, pour l'instant, paraissait certaine. L'ordre universitaire était très puissant pour imposer sa loi: à travers toutes sortes d'extrémismes, il cherchait l'équilibre, en matière linguistique, dans la voie de la modération.

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par le journal Η Ελπίς, 15 mai 1853. P. Soutsus répondit à cet article dans Αιών, 20 mai 1853.

1. Voir, surtout, contre le manifeste de P. Soutsos: [El. S. Stathopoulos], Ο Α. Ραγκαβής και ο Π. Σούτσος ή η νέα επιστήμη περί των φαινομένων της αυτομάτου κινήσεως της τραπέζης και η Νέα Σχολή του γραφομένου λόγου ή η ανάστασις της αρχαίας ελληνικής γλώσσης εννοουμένης υπό πάντων, Athènes 1853, et [A. Phatséas], Τω αρχηγέτη της Νέας Σχολής [1853] - Contre Σούτσβεια: G. Ch. Ch[ryssoverghis], Το επιδόρπιον του γράμματοφάγου ή ο αυτόβλητος Σουτσοκρούστης, Athènes 1855; cf. J. Carassoutsas, Η Βάρβιτος, Athènes 1860, p. ε' - ς'. - Contre Chryssoverghis: Journal Αθηνά, 2 et 13 avril 1855; D. T. Vernardakis, Το τρωγάλιον του δοκησισόφου ή αυτοσχέδιος απάντησις εις τον Κ. Γ. Χρυσοβέργην, Athènes 1855; cf. M. G. Protopsaltis, "Ανέκδοτος λίβελλος του Φιλίππου Ιωάννου", NE 21 (1937) 867-868.

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4. 1854: La persistance de la dualité linguistique

Chose curieuse, parmi les 12 poèmes présentés au concours de 1854, 5 étaient écrits en langue populaire! Mal compris ou consciemment ignoré, le sévère avertissement de l'année précédente fut loin d'imposer d'un seul coup la discipline. C'est ainsi que, pour la quatrième fois, le jury allait se trouver devant le «paradoxe» signalé par Rangabé en 1853: des deux meilleures œuvres, la première était écrite en langue populaire, la seconde en langue savante. Certes, le choix ne posait plus le moindre problème, et le jury n'hésita pas à opter une fois de plus pour la langue savante. Mais cette dualité linguistique au sein des concours devenait, à la longue, gênante; elle accentuait la contradiction entre la poésie et la langue, et transformait de plus en plus le jury littéraire en commission de censure. Il fallut donc répéter l'avertissement de l'année précédente.

Le concours de 1854 eut lieu de nouveau le 25 mars1. Le jury fut composé de 5 membres: N. Costis (président), A. R. Rangabé (rapporteur), Ph. Ioannou, C. Paparrigopoulos et St. Coumanoudis. Cinq poèmes ont été jugés «louables». Rangabé, contrairement à ce qu'il avait fait en 1851 et 1853, rendit compte, pour la première fois, de toutes les œuvres envoyées au concours, en commençant par les moins importantes. Voici, en résumé, comment ces œuvres sont présentées par le rapporteur:

1) Un poème entièrement insignifiant qui, faute de titre, est éliminé par le jury.

2) Ναπολέων Βοναπάρτης : «imitation» — d'après l'auteur, mais, en réalité, une paraphrase sans art et sans goût — du «chef-d'œuvre du Pindare français» (Lamartine). La langue n'est ni savante ni populaire; les fautes de grammaire abondent.

3) Ο Έλλην εραστής : tragédie en 5 actes. On n'y trouve aucune qualité, si ce n'est une certaine facilité à la versification et la brièveté salutaire des actes!

4) Πάτροκλος : tragédie «plaintive», dont furent envoyés au concours les trois derniers actes. Oeuvre insignifiante, comparable à la précédente.

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1. La proclamation du concours (Athènes, 4 juin 1853), signée du recteur P. Arghyropoulos, précise qu'elle est valable aussi pour les années suivantes: Η Ελπίς, 1 juin 1853, Αιών, 27 juin 1853 - Commentaire sur le concours rte 1854: Ευτέρπη, No 37, 1er avril 1851, pp. 311-312.

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δ) Η Σοφία : extrait d'un poème épique, en langue savante. L'auteur confond le genre épique avec le genre lyrique.

6) Ο Έλλην της Πίνδου : extrait d'un poème épique (648 vers), en langue savante. Le tétramètre trochaïque, comme dans le poème précédent, est incompatible avec la poésie épique. "Des mots, toujours des mots, de l'emphase et de la confusion!".

7) Η λίμνη των Ιωαννίνων : poème épique, œuvre d'un jeune homme de dix-huit ans. L'absence de rime, solution de facilité, est répréhensible. L'intrigue est plus ou moins naturelle, mais la langue, vulgaire et terne, n'a rien à voir avec celle des chants populaires.

8) Η 25 Ιανοναρίου 1853 : hymne à l'arrivée du roi Othon, en 290 vers de quinze syllabe. Sa ressemblance avec l'œuvre suivante (No 9) prouve l'existence d'un seul auteur: les deux poèmes sont animés par les mêmes qualités (imagination vive, sensibilité, tendresse, connaissance des règles poétiques). Si la langue, dans les deux cas, est vulgaire, elle a la force et l'harmonie de la langue des chants populaires, sans toutefois être dépourvue de quelques défauts (usage de mots étrangers et savants)1.

Rangabé savait, sans doute, qu'il avait affaire à deux œuvres de G. Tertsétis. Ce qu'il ignorait, peut-être, était que le titre Η 25 Ιανουαρίου 1853 couvrait, en réalité, une brochure datée de vingt ans et publiée anonymement sous un autre titre2. Pourrait-on prétendre que Tertsétis contrevenait au règlement du concours en envoyant une œuvre éditée? Son cas était assez particulier, puisque l'anonymat, le temps écoulé et la diffusion restreinte de la brochure rendaient pratiquement impossible l'identification du poète.

9) Το όνειρον του Βασιλέως κατά τον Σεπτέμβριον του 1853 : poème en 589 vers de quinze syllabes, sans rime. Le rapporteur, élogieux, y décèle des scènes et des images "dignes de la plume de Dante". Mais cette œuvre, bien que de talent et dotée d'intentions patriotiques, n'en soulève pas moins quelques problèmes politiques épineux, en évoquant un passé "que nous devons tous oublier et pardonner"3.

Ce passé, nous le savons aujourd'hui, était l'assassinat de Capodistria avec toutes les passions qu'il avait déchaînées. Dans une lettre accompagnant le manuscrit de son poème, Tertsétis expliquait aux

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1. Jugement de 1854, Πανδώρα 5 (1854-1855) 30-35.

2. Δοκίμιον Εθνικής Ποιήσεως. Το φίλημα, Nauplie 1833. Sur l'identification des deux poèmes de Tertsétis: D. Stéphanou, Γεώργιος Τερτσέτης, Athènes 1916, p. 20.

3. Jugement de 1854, p. 35.

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juges qu'il voulait, avant tout, "ériger un monument d'expiation et de haute considération" au premier Gouverneur de la Grèce1. On ne saurait contester cette affirmation; en effet, Capodistria occupe dans le poème une place importante; c'est lui qui conduit le roi Othon aux Enfers. Mais on a du mal à croire que l'auteur était exclusivement préoccupé par le passé dans un poème où Othon, personnage principal, recevait de Platon des conseils comme les suivants:

Κέντρον είναι δυνάμεως η άκρα εξουσία,

παράδειγμά 'ναι αρετής, βασιλική η χάρις.

Δέσε εις την παλάμην σου τους χαλινούς του Κράτους

και μην αφίνεις τα λουριά ν' αεροκυματίζουν.

Il est donc certain que le caractère politique d'une œuvre se référant non seulement au passé, mais aussi - ce que Rangabé passe sous silence - au présent, ne pouvait qu'augmenter l'embarras des juges universitaires, décidés à éviter de tels écueils. Et ce caractère politique précisément ne fut pas pour rien dans le fait que le poème ne fut pas publié à son époque2. Il fallut plus de 60 ans pour qu'une première édition, encore que défectueuse, fût établie3.

10) Γραομυομαχία : extrait d'un poème héroï-comique du genre de Στράτις Καλοπίχειρος, en trimètres iambiques. Oeuvre "louable", elle dispose de qualités rares. Mais la langue y devient plus souvent qu'il ne le faut archaïsante, tandis que la versification n'est pas toujours impeccable. Par ailleurs, si ce poème présente une prolixité fatigante, son principal défaut réside dans le fait qu'"il n'a pas de but" et qu'"il ne se prête à aucune application morale ou sociale"4.

Il s'agissait d'une œuvre de D. Vernardakis (1833-1907), étudiant de 20 ans. L'homme aigri qui, plus tard, devait sombrer dans la misanthropie, commençait sa carrière littéraire plein d'entrain. Sa bonne

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1. G. Valétas, op. cit., p. 192.

2. A. Vlachos, "Γεώργιος Τερτσέτης," Παρνασσός, 1 (1877) 174 [= Ανάλεκτα, t. II, p. 102]; cf. S. De Biazi, "Γεώργιος Τερτσέτης", Ποιητικός Ανθών 1 (1887) 367 et G. Th. Zoras, "Το όνειρον του Βασιλέως," dans Επτανησιακά Μελετήματα Β', Athènes 1959, p. 215. L'assertion de Zoras que le poème de Tertsétis ne fut pas couronné au concours pour des raisons politiques sous-estime le fait que, en 1854, le principal obstacle au couronnement d'une œuvre était la langue populaire.

3. Par D. Stéphanou, op. cit., pp. 33-51. Le nouvel éditeur G. Valétas, op. cit., pp. 176-191, s'est servi du manuscrit du poète.

4. Jugement de 1854, pp. 35-37.

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humeur est manifestée, aussi, dans la Préface humoristique qui accompagna la publication du poème; on y voit, en plus, un jeune homme docile qui, flatté par la "faveur" de Rangabé, ne manque pas d'exprimer sa reconnaissance et de tenir compte des observations du jury en corrigeant les vers considérés comme défectueux. Mais cette attitude respectueuse cache à peine une opiniâtreté arrogante. Aux reproches moralisants du rapporteur, Vernardakis, prompt à théoriser, opposera obstinément sa doctrine de "l'art pour l'art"; si son poème n'a pas de but, c'est que la Poésie - et, à plus forte raison, la poésie héroï-comique - n'a d'autre but qu'elle-même. Quant aux éléments archaïsants de sa langue, le poète avoue avoir cueilli, avec l'audace de la jeunesse, "quelques fleurs dans le riche et très beau jardin de la langue de nos ancêtres" estimant que c'est en poésie que cette dernière peut le plus facilement être introduite1.

11) Ο Άπατρις : extraits d'un poème épico-lyrique, en strophes de six vers. Meilleur que tous les précédents, selon la majorité du jury, ce poème ne doit occuper, selon Coumanoudis, que la quatrième place. Si les extraits envoyés au concours rendent impossible un jugement sur l'ensemble de l'œuvre, ils font état néanmoins de qualités incontestables (écriture élégante, imagination vive). Le rapporteur cite, à l'appui, un long passage2.

Il s'agissait de la première participation de Th. Orphanidis, 37 ans, professeur de botanique. Il devait publier la même année son poème, accompagné du prologue qu'il avait adressé aux juges pour expliquer ses intentions: il y présente son héros animé par "l'amour de la patrie, la passion pour Théoni et le respect envers Dieu et envers la religion"; son poème est "proche plutôt de la poésie de Byron que de celle d' Homère"3. Cette profession de foi romantique n'est pas à négliger: caractéristique de l'évolution du poète Qrphanidis et du climat de l'époque, elle explique, en grande partie, l'attitude négative de Coumanoudis envers le poème.

12) Ώραι Σχολής : deux poèmes lyriques (Ο ποιητής, Η πέρδικα), accompagnés d'un plus long "récit en vers" (Ο Φώτος και η Φρόσω). Le rapporteur n'y décèle que des qualités: langue véritablement

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1. D. Vernardakis, Γραομυομαχία, Athènes 1854, pp. γ'-ι'.

2. Jugement de 1854, pp. 37-38.

3. Th. Orphanidis, Αποσπάσματα εκ του ποιήματος Ο Άπατρις, Athènes 1854, pp. ς' - η'. La première participation d'Orphanidis est attestée par lui-même (p. γ΄); cf. Πανδώρα 6(1855-1856) 548.

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populaire, versification harmonieuse, imagination, tendresse. Mais, si cette œuvre admirable est considérée par le jury comme digne d'être couronnée, sa langue constitue un obstacle insurmontable: le fondateur n'offre le prix qu'aux poèmes écrits en langue savante. «Mais le jury aussi a la conviction que l'encouragement de la langue populaire en poésie savante ne peut que produire deux inconvénients: a) des personnes incultes s'occuperont de poésie avec moins de scrupules..., ce qui augmentera le nombre des poètes insignifiants et empêchera le développement de la bonne littérature, b) si sont présentés encore quelques poèmes vulgaristes ayant la grâce et les qualités du poème en question, l'imitation risquera d'entraîner beaucoup de monde à l'usage de la langue populaire, et le retour aux formes anciennes en sera retardé pour longtemps...»1.

On ne saurait être plus clair. L'essentiel étant «le retour aux formes anciennes», les universitaires pouvaient très bien se passer d'une qualité poétique qui devenait dangereuse. Une fois de plus, Rangabé formulait sa doctrine aberrante et répétait l'avertissement de l'année précédente. Ainsi, le meilleur poème du concours n'ayant droit qu'à une couronne symbolique de «louanges les plus sincères», la véritable couronne et le prix de 1.000 drachmes furent décernés à Orphanidis. Ce dernier avait enfermé dans son enveloppe une lettre: il y révélait son nom et le titre de son poème, offrait les 1.000 drachmes du prix pour deux voyages scientifiques et, en plus, il faisait cadeau de deux collections botaniques. Peu avant, le recteur Costis ayant ouvert l'autre enveloppe pour faire connaître l'auteur de Ώραι. Σχολής, y avait lu le nom de Zalocostas.

Que le meilleur poème du concours de 1854 ne reçût pas le prix, ce n'est pas étonnant, au fond, vu l'expérience des années précédentes et l'attitude, de plus en plus dure, des jurys à l'égard de la langue populaire. Ce qui mérite de retenir notre attention c'est le comportement de Zalocostas. Poète docile jusque-là, il n'envoyait aux concours que des œuvres ayant toutes les possibilités de remporter la victoire; en 1853, vainqueur pour la deuxième fois, il n'avait pas manqué de corriger, avant de les publier, ses vers critiqués par Rangabé2. La langue savante demeurait son grand avantage; c'est grâce à elle, surtout, qu'il avait battu ses adversaires. Or, en abandonnant soudain son atout principal (au moment précisément où celui-ci devenait pour le

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1. Jugement de 1854, pp. 38-39.

2. Πανδώρα 4 (1853-54) 69.

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jury indispensable), ne lançait-il pas aux universitaires une sorte de défi?

Conscient ou non, ce défi est révélateur d'un personnage complexe et contradictoire. Zalocostas n'était certainement pas l'homme qui tranchait dans les batailles intellectuelles; toujours hésitant, il fut déchiré par ses prédilections pour la poésie ionienne et par son penchant à la grandiloquence savante; son œuvre "bilingue" en témoigne. Si, en 1854, il choisit la langue populaire, c'était précisément au moment où la contradiction langue-poésie, développée par Rangabé, était plus que jamais apparente. En optant pour la langue populaire, Zalocostas optait pour la poésie; aussi montrait-il que le poète en lui n'était pas étouffé sous les lauriers universitaires.

Malgré tout, la défaite était cuisante. Un peu plus tard, publiant ses trois poèmes, Zalocostas préféra à toute autre réponse une brève formule significative: "Ces poèmes - quoique non couronnés - obtinrent au concours de 1854 la première place"1. Mais le poète donna libre cours à sa colère en privé dans quelques "commentaires sur le verdict du jury" qui datent, à notre avis, de 1854. En voici quelques extraits caractéristiques: "Je suis capricieux, je veux être ou premier ou dernier... Si tu veux désarmer les pédants, sois pédant; flatte-les, si tu veux réussir. Le laurier offert par eux est plus amer... Révoltés partisans d'une élégance artificielle, vous avez négligé les beautés de la langue populaire... Les phrases du peuple sont plus élégantes que les phrases banales des puristes... Le jugement des universitaires tue l'esprit, au lieu de l'appréhender"2.

Au contraire, Orphanidis, lauréat de 1854, n'avait aucune raison d'avoir les mêmes sentiments à l'égard du jury. Cependant, la formule de Zalocostas étant blessante pour lui, il ne la laissa pas sans réponse: "il n'y a qu'un seul poème qui obtient la première place au concours, celui qui est couronné"3. C'étaient, déjà, les premières escarmouches dans ce que le bouillant professeur de botanique allait appeler emphatiquement "grande guerre contre Zalocostas"; en effet, un conflit 

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1. G. Zalocostas, Ώραι Σχολής [Athènes 185-4], p. 16. La même formule accompagne le poème Ο Φώτος και η Φρόσω, plublié dans Ευτέρπη, No 37, 1er avril 1854, pp. 299-303.

2. G. Zalocostas, Έργα, op. cit., pp. 471-473. Quelques passages communs nous permettent de conclure que Zalocostas s'était servi de ces notes pour rédiger, en 1855, son article "Une leçon à mes maîtres" (voir ci-dessous).

3. Th. Orphanidis, op. cit., p. γ'.

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http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/95.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

beaucoup plus sérieux devait éclater entre les deux poètes l'année suivante.

5. 1855: L'abondance des hexamètres

Le 25 mars 1855 coïncidant avec la Semaine Sainte, la cérémonie du concours eut lieu le 29 mars1. Les poèmes présentés furent plus nombreux que jamais: 14. Pour la première fois, le jury fut composé de 4 membres: C. Contogonis (président), Ph. Ioannou (rapporteur), A. R. Rangabé et C. Paparrigopoulos. Cette diminution du nombre des juges est explicable: Coumanoudis, membre régulier du jury depuis 1852, avait abandonné son poste pour rejoindre les concurrents.

Les deux sévères avertissements de Rangabé donnaient enfin des fruits: parmi les 14 œuvres présentées, une seule (Ορέων άνθη) était écrite en langue populaire. Rallis et les universitaires pouvaient être provisoirement satisfaits; Tertsétis fut absent du concours; Zalocostas y retourna, mais docile et repenti, après sa vaine révolte de l'année précédente, pour briguer le prix avec un poème en langue savante. Deux autres phénomènes particuliers accentuèrent le caractère «classique» de cette année 1855: l'abondance des œuvres en hexamètres et didactiques. Par contre, le romantisme, surtout sous sa forme byronienne, ne manqua pas de faire à nouveau une apparition spectaculaire.

Ioannou divise les poèmes en trois catégories, selon leur importance.

A. La première catégorie est celle des 5 «œuvres entièrement insignifiantes»:

1) Οι στίχοι των μελών του σώματος : idées vulgaires, langue «barbare», solécismes et fautes d'orthographe.

2) Ο Φλέσσας : intrigue pauvre, fautes de grammaire.

3) Η Ελένη : poème en hexamètres. La versification est défectueuse et la langue pleine de fautes; le suicide de l'héroïne rend ce poème «moralement condamnable».

4) Η Χιακή Ιερεμιάς : poème de 540 vers environ. L'auteur, au lieu d'insister sur l'héroïsme et les souffrances de ses compatriotes, les habitants de Chio, pendant le massacre, raconte sa propre fuite! La versification est en général bonne, mais l'intrigue pauvre; les fautes de grammaire ne manquent pas2.

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1. Αθηνά, 31 mars 1855.

2. Jugement de 1855, Πανδώρα 6 (1855-56) 50-51.

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    2. 1852: Les premières tempêtes

    Annoncé à temps, le concours de 1852 eut lieu le 25 mars1. Le jury était à nouveau composé de 5 membres: Sp. Pilicas (président), Ph. Ioannou (rapporteur), A. R. Rangabé, C. Paparrigopoulos et St. Coumanoudis. Trois de ces membres faisaient déjà partie du jury précédent; le poète de Στράτις Καλοπίχειρος se vit en une année passer du rang des candidats à celui des juges.

    Nous savons dans quelles conditions Philippe Ioannou prépara son rapport: le samedi 22 mars, pendant qu'il le rédigeait, l'avocat N. Stephanidis fit irruption dans son bureau pour lui annoncer le "complot" de Macriyannis et l'inciter à en prévenir le roi2. La réalité, brûlante, venait ainsi perturber l'abstraction d'un travail contemplatif. Ce qui n'empêcha point le rapporteur de mener à bien sa tâche: long et détaillé, son rapport, contrairement à celui de Rangabé, rendit compte de tous les poèmes présentés.

    Seuls six de ces poèmes, envoyés dans les délais prévus, eurent le droit de concourir. Mais le jury ne refusa pas de "jeter un coup d'œil" sur trois autres encore, bien qu'ils fussent arrivés après échéance:

    a) Ότι κανείς φοβείται ή εκ ψυχής επιθυμεί, αυτό και ενθυμείται

    b) Το ανατολικόν πνεύμα

    c) Το τελευταίον κακούργημα.

    Nous résumons l'exposé de Ph. Ioannou sur les 6 poèmes principaux; nous n'intervenons que lorsque nous sommes en mesure d'y apporter des éclaircissements:

    1) Το Μέλλον της Ελλάδος: poème entièrement insignifiant; œuvre d'un versificateur illettré de Ténos qui révéla au jury son identité3.

    Il s'agissait de Georges Skokos4.

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    1. Le "Programme de concours pour le 25 mars 1852" (Athènes, 3 octobre 1851), signé du recteur Sp. Pilicas, invitait les candidats à envoyer leurs poèmes 40 jours avant le 25 mars: Η Ελπίς, 24 novembre 1851; cf. le commentaire de C. Pop dans Ευτέρπη, No 103, 1er décembre 1851, p. 165. Sur la cérémonie du 25 mars 1852, voir les comptes rendus dans: Εφημερίς του Λαού, 26 mars 1852, Αιών, 27 mars 1852, et Ευτέρπη, Νο 111, 1er avril 1852.

    2. Η δίκη του Στρατηγού Μακρυγιάννη, éd. E. G. Protopsaltis, Athènes 1963, pp. 86 et 302.

    3. Jugement de 1852, Πανδώρα 3 (1852-53) 45.

    4. Skokos avoue lui-même être "inexpérimenté et inculte": Το όνειρον του ενθουσιασμένου Έλληνος, Athènes 1851, p. 3; cf. Το Μέλλον της Ελλάδος ή η λύσις του ανατολικού ζητήματος, Athènes 1852, p. 6, où le poète demande l'indulgence des lettrés, sans toutefois mentionner sa participation au concours. Il allait publier;