Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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à la fois professeur de philosophie et juge des poèmes, c'est absolument contradictoire». Le poème de Zalocostas était admirable, celui de Mavroyannis «digne du prix». La langue populaire était un dialecte aussi grec que la langue savante; Ioannou avait tort, sinon «nous devons enlever le laurier de la tête du poète couronné Solomos et jeter au feu les Poésies Lyriques de Christopoulos». Pilicas, lui-aussi, était mis en cause: quoique irresponsable et incompétent en tant que juriste, il devait tout de même défendre sa langue maternelle, celle de l'Heptanèse, et protester contre une décision qui rejetait un poème écrit en «dialecte ionien»1.

Clairvoyant et sage, cet article constitue plutôt une exception. D'ordinaire, les réactions au verdict du jury 1852 sont beaucoup plus passionnelles et violentes. Constantin Pop nous en offre un exemple: sous sa plume le refus de décerner un prix prend les dimensions d'une «chasse à la poésie» et d'une «époque des martyrs»2. Ces exagérations se présentent, en général, comme justifiées par un souci majeur, l'encouragement de la poésie néo-hellénique. Mais le camp adverse peut y opposer l'argument de la qualité.

Nous avons vu ailleurs l'intervention de Rallis, sa lettre du 5/17 juin et la réponse de Pilicas; nous n'y reviendrons pas. Une chose est certaine: en 1852, par la force des choses, l'accent était plutôt mis sur le côté juridique de l'affaire (violation ou non des statuts de Rallis), de sorte que, dans le climat d'indignation créé par le verdict du jury, les formalités du concours occupèrent, en grande partie, la première place. Mais le vrai problème, celui de la langue, était déjà posé; il devait surgir, avec toute son acuité, l'année suivante.

3. 1853: La langue au cœur du débat

Perdre de vue le climat d'effervescence qui régnait en Grèce au printemps de 1853, serait, sans doute, enlever à l'explosion littéraire et linguistique de cette année-là une partie essentielle de sa dynamique. Encore une fois, l'enchaînement des causes et des faits se manifestait, complexe et multiple. Les rythmes s'accéléraient, le ton montait. Tout paraissait en marche: la guerre de Crimée et la question d'Orient,

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1. Η Ελπίς, 25 avril 1852. Mais, quelques mois plus tard, après le discours rectoral de Pilicas, le même journal, entièrement satisfait, s'empresse de s'excuser, le recteur ayant rendu justice à Mavroyannis: Η Ελπίς, 29 septembre 1852.

2. Ευτέρπη, Νο 113, 1er mai 1852, p. 402.

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la verve belliqueuse et l'esprit prophétique, l'intolérance religieuse et l'intransigeance nationaliste. L'édifice idéologique dominant trouvait déjà, dans l'unité «helléno-chrétienne» (1852), un pilier solide; l'engouement pour les chants populaires s'amplifiait. On allait faire un pas en avant.

Le concours eut lieu le 25 mars 1853, comme prévu1. Pour la première fois, les membres du jury furent au nombre de 6: P. Arghyropoulos (président), A. R. Rangabé (rapporteur), J. Venthylos, E. Castorchis, Ph. Ioannou, et St. Coumanoudis. Parmi les 11 poèmes envoyés, les trois:

a) Δέσπω

b) Τα σπλάγχνα του Βύρωνος

c) Οι φυγάδες της Τραπεζούντος

étaient arrivés après échéance et, de ce fait, furent éliminés. Quant aux 8 œuvres jugées, Rangabé, comme en 1851, ne daigna parler que des deux meilleures, passant les titres des 6 autres sous silence.

Une fois de plus, le concours allait prendre l'aspect d'un duel: ayant déjà affronté Coumanoudis et Mayroyannis, Zalocostas faisait maintenant face à un adversaire non négligeable, Georges Tertsétis (1800-1874). Mais sa position était plus que jamais favorable; son atout principal, la langue savante, s'avérait en 1853 imbattable. Par ailleurs, l'issue du combat s'imposait impérativement: refuser le prix pour la deuxième année consécutive, ne serait-ce pas un manque de souplesse et de prudence?

Parmi les concurrents de 1853, nous connaissons aussi A. K. Yannopoulos2, Cimon I. Svoronos3 et Périclès Triantaphyllidis4. Rangabé

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1. Voir le «Programme de concours pour le 25 mars 1853» (Athènes, 23 mai 1852. signé: Sp. Pilicas) dans Αιών, 28 mai 1852 et Η Ελπίς, 31 mai 1852. Annonces, comptes rendus et commentaires sur la cérémonie: Αιών, 24 et 28 mars, ainsi que 4 avril 1853; Η Ελπίς, 30 mars 1853; Ευτέρπη, Νο 14, 1er avril 1853, pp. 332-333.

2. Auteur du poème exclu Τα σπλάγχνα του Βύρωνος; voir Anastase Κ. Yannopoulos, Ανατολικόν πνεύμα εις δύω, Μέρος Α' εν ω και το εις τον Βύρωνα κλπ. και Μέρος Β' εις άσματα τρία του εν τω Πανεπιστημίω, πολιτικού [sic] συναγωνισμού, Patras 1853, pp. 62-70. Le poème Ανατολικόν πνεύμα présenté au concours de 1852 est, très probablement, du même auteur.

3. Cimon I. Svoronos, Ο Γούρας, ποίημα επικόν εις άσματα τέσσαρα, Athènes 1853. La participation du poème au concours est attestée par l'auteur dans sa courte préface.

4. Auteur du poème exclu Οι φυγάδες της Τραπεζούντος. En 1868, Triantaphyllidis (1818-1871) enverra au concours le même poème, remanié; il avoue que la prémière version de son drame date de vingt ans: Οι φυγάδες, Athènes 1870, p. 2; cf. E

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ne donne aucune indication sur les œuvres secondaires, se contentant d'adresser à leurs auteurs et, en général, à tous les futurs candidats du concours, une série de conseils: le poète doit connaître sa langue parfaitement, être cultivé, savoir les règles poétiques en étudiant "surtout les chefs-d'œuvre de nos ancêtres" et ne pas se faire d'illusions sur son talent1. Ainsi, dans le Jugement de 1853, il n'est question que des poèmes les plus considérables qui, "paradoxalement", furent à nouveau deux et, plus paradoxalement encore, écrits l'un en langue populaire et l'autre en langue savante, comme les années précédentes. Voici un résumé des appréciations du rapporteur sur ces deux poèmes:

Κόριννα και Πίνδαρος : poème en langue populaire, ayant comme sujet la joute poétique entre Corinne et Pindare. L'intention du poète de lier la vie des Grecs anciens à celle des Grecs modernes en imitant la simplicité des chants populaires est heureuse et remarquable. Malgré ses défauts (usage de mots savants et étrangers, omission des articles, pléonasmes, etc.), le poème ne manque pas de "beautés" et de "grâces", parmi lesquelles la "douceur du sentiment" est particulièrement soulignée. Un inconvénient: l'auteur coupe le vers de quinze syllabes en deux hémistiches, de sorte que ses 860 vers ne font, en réalité que 430, alors que le règlement du concours exige au moins 500 vers.

Αρματωλοί και Κλέπται : épopée nationale, "produit d'une plume vigoureuse et expérimentée". Les qualités sont nombreuses: langue savante, précise et élégante, avec peu de fautes de grammaire, versification impeccable et harmonieuse, avec une rime naturelle, inspiration, imagination vive et modérée à la fois, force descriptive, sensibilité, tendresse. Mais les défauts ne manquent pas: la concision du style, excessive, devient parfois obscure, le prologue est déplacé, le titre du poème mal choisi; quelques expressions et images sont malheureuses2.

Hésitant à choisir entre les deux poèmes, la majorité du jury les jugea "égaux", deux membres ayant préféré Κόριννα. Mais cette dernière œuvre présentait le désavantage de la langue populaire, ainsi qu'un nombre de vers insuffisant - deux inconvénients incompatibles avec le règlement -, alors que Αρματωλοί, poème irréprochable, avait à son actif, de surcroît, la difficulté de la rime. Or, le prix lui fut décerné, Κόριννα obtenant une "mention honorable".

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Th. Kyriakidis, Βιογραφίαι των εν Τραπεζούντος και της περί αυτήν χώρας από της Αλώσεως μέχρις ημών ακμασάντων λογίων, Athènes 1897, p. 167.

1. Jugement de 1853, pp. 2-3.

2. Ibid., pp. 4-13.

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L'argumentation de Rangabé est caractéristique: "La langue populaire, comme toute langue populaire, ne manque pas de grâce. Mais nous avons à mener une action très importante - elle a déjà commencé et avance avec succès - afin de redresser, en même temps que notre nation, notre langue commune, effondrée sous le poids de plusieurs siècles de barbarie. Or, nos forces ne doivent pas être gaspillées au développement de dialectes particuliers, mais, au contraire, se concentrer à la culture convenable de la langue panhellénique. Aucun danger, cependant, ne menace la marche de cette langue plus sérieusement que l'apparition d'un grand poète écrivant en langue populaire ou en n'importe quel autre dialecte; car sa lyre pèsera sur la balance immédiatement. La langue homérique vécut pendant quinze siècles parce qu'elle était protégée par l'ombre d'Homère. Par ailleurs, l'usage de la langue populaire est tellement plus facile que celui de la langue savante - dont le correct apprentissage, très épineux, demande des études philologiques approfondies - que l'encouragement de la première causera sûrement, sinon la mort de la seconde, tout au moins son recul"1. Ainsi, qualifiée de dialecte, la langue populaire était chassée des concours au profit d'une soi-disant langue commune. Dans sa lettre du 5/17 juin 1852, Rallis s'étonnait déjà que, contrairement à ce qui s'était passé chez tous les peuples, les prosateurs en Grèce précédassent les poètes, qui "se servent des mots et des phrases les plus vulgaires"; Rangabé citera ce passage de bonne grâce. Entre le jury et le fondateur l'entente devenait parfaite; les poètes vulgaristes n' avaient plus de place aux concours.

La cérémonie n'alla pas sans surprises. Le recteur appela le vainqueur Zalocostas à recevoir la couronne, mais le poète ne se présenta pas: au même moment, il pleurait chez lui la mort de son cinquième enfant. Peu avant, le jury ayant décidé de faire connaître aussi le nom de l'auteur de Κόριννα, on n'avait trouvé dans son enveloppe qu'une lettre anonyme: le poète déclarait que, en cas de victoire, il

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1. Ibid., pp. 13-14. En 1858, Tertsétis (Ο θρίαμβος του ποιητικού διαγωνισμού, vers 491-497) faisait allusion à ce passage:

Η γλώσσα των Ελλήνων να προκόψει

εμπόδιο, είπαν, ο Όμηρος εστάθη.

Όλες οι πολιτείες της Ελλάδος

αυτόν ακούουν· τες πλάνευεν ο πλάνος

και νεκρή η καθαρεύουσα απομνήσκει.

Μη γένοιτο ποτέ, τόχουνε γράψει,

τέτοιο σ' εμάς δυστύχημα να τύχει.

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offrait les 1.000 drachmes à dix filles pauvres comme cadeau de mariage1.

Son nom fut connu quatre jours plus tard. Le dimanche 29 mars 1853, lors de son discours traditionnel à la Bibliothèque du Parlement, Georges Tertsétis surprit ses auditeurs quand, au lieu de parler du Patriarche Grégoire comme prévu, il donna lecture de Κόριννα και Πίνδαρος, «œuvre littéraire inoffensive», en sa possession «par hasard». Dans son épilogue humoristique il dénonça un jury qui défendait la langue savante plus que la poésie2. Mais Tertsétis, par tempérament, était peu enclin aux polémiques hargneuses. Par ailleurs Zalocostas, satisfait de sa victoire, n'avait pas de raisons de se plaindre, pas plus que les contestataires de l'année précédente qui, après la distribution du prix, «applaudissaient la décision du jury»3. Or, le concours de 1853 n'aurait peut-être pas alimenté plus de polémiques, si P. Soutsos n' était pas intervenu soudain pour ranimer le débat.

Le 15 avril 1853, le journal Αιών publiait un article (Hermoupolis, 5 avril) signé I. S. On aurait été tenté d'y voir une lettre de lecteur, si le contenu de ce texte n'avait pas trahi l'auteur. L'identité de celui-ci, à en juger par quelques allusions contemporaines, était évidente: seul P. Soutsos lui-même pouvait exalter en ces termes son propre apport littéraire, ainsi que celui de son frère Alexandre. Ainsi, Rallis avait tort de déplorer le retard de la poésie, alors que, au contraire, les poètes de la Grèce moderne précédèrent les prosateurs et créèrent une langue proche de l'ancienne4. Les Αρματωλοί de Zalocostas étaient obscurs et pleins de barbarismes, la clarté étant le privilège des frères Soutsos. Le vulgariste Tertsétis était vilipendé: «Pindare parle aujourd'hui la langue pauvre de Tertsétis, de Solomos et de Tricoupis!». Il était inadmissible, d'ailleurs, que les Heptanésiens, possesseurs

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1. On trouve le texte de cette lettre (Athènes, 15 février 1853, signée: Un Grec) dans le Jugement de 1853, p. 15.

2. Cet épilogue est reproduit dans Αιών, 4 avril 1853, ainsi que dans Πανδώρα 4 (1853-1854) 68, avec une réponse de la revue favorable au jury et à la langue savante; le même texte sert d'introduction à Κόριννα; voir [G. Tertsétis], Λόγος της 25 Μαρτίου 1855 - Οι Γάμοι του Μεγάλου Αλεξάνδρου - Κόριννα και Πίνδαρος, Athènes 1856, pp. 69-72. Sur ses répercussions: G. Valetas, Τερτσέτης Άπαντα, t. I, Athènes 1966 3, p. 40.

3. C. Pop, dans Ευτέρπη, No 14, 1er avril 1853, p. 332.

4. Un critique anonyme (Rangabé?) de l'article de P. Soutsos n'hésite pas à reprendre son argument contre Rallis: la poésie précéda la prose certainement, puisque, avant la Révolution, «I. Rangabé traduisait déjà le Cinna de Corneille avec beaucoup de précision et de grâce, et que I. Rizos écrivait Ασπασία et quelques-unes de ses odes en langue savante»; Πανδώρα 4 (1853-1854) 71.

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des «restes d'un pauvre dialecte grec», cherchassent à l'imposer contre la langue des «Grecs libres». Coray et ses disciples, Assopios surtout, étaient accusés de «gallicismes»1. L'incompétence du jury sautait aux yeux: «Mais les juges du concours ont-ils l'ouïe fine? Malheureusement, non; pour la plupart, ils ne sont que des pédants desséchés qui méprisent la poésie. Ce n'est pas ainsi que versifient les chefs de l'école du style grec, les deux frères Soutsos!».

Cette intervention brutale et arrogante ne pouvait que provoquer une série de réponses plus ou moins indignées. Trois jours plus tard, dans un long article, le journal Η Ελπίς, tout en exprimant son scepticisme à l'égard des poèmes de Zalocostas et de Tertsétis, critiquait sévèrement la poésie des Soutsos et reprochait à I. S. sa vantardise2. Étonnée par la violence de l'attaque, la revue Πανδώρα prenait à son tour la défense d'Assopios3. Quant aux personnes mises en cause par l' article de P. Soutsos, elles ne manquèrent pas de riposter: Zalocostas, publiant en brochure son poème couronné, y ajouta toute une série d'observations contre le «vantard» I. S., où l'ironie alternait avec l' indignation4. Dans une réponse restée inédite, Tertsétis se soucia surtout de la défense de la langue populaire5, tandis qu' Assopios commençait sa longue attaque contre P. Soutsos par la réfutation de l' article signé I. S.6

On se battait, certes, pro domo, et cet échange de coups n'était pas moins motivé par des ambitions vaniteuses que par des rancunes mesquines. Ceci dit, l'aspect psychologique ou moral du problème n'est pas forcément le plus significatif. Sans doute P. Soutsos n'aurait-il pas réagi de la sorte, s'il n'avait pas été impatienté par le rayonnement, grâce aux concours, de nouveaux poètes et critiques, mais l'essentiel est de voir dans quelle mesure cette réaction, insérée dans les structures mentales d'une époque, acquiert un sens historique; en d'autres termes, comment la réaction devient action. De ce point de vue, l'article de P. Soutsos n'aurait pas mis le feu aux poudres et il n'aurait pas servi de détonateur, si les conditions n'avaient pas été réunies pour une

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1. P. Soutsos avait déjà attaqué Coray et les professeurs C. Assopios, Th. Pharmakidis, Ph. Ioannou et Th. Manoussis dans Άπαντα, t. I, Athènes 1851, pp. ια'-ιβ'.

2. Η Ελπίς, 18 avril 1853.

3. Πανδώρα 4 (1853-1854) 69-71.

4. G. Zalocostas, Αρματωλοί και Κλέπται, Athènes 1853, pp. 25-28.

5. Ce texte a été publié par D. Conomos dans Επτανησιακά Φύλλα, Νο 5, décembre 1957, pp. 130-134 [=Γ. Τερτσέτης Ανέκδοτα κείμενα, Athènes 1959, pp. 81-87]

6. [C. Assopios], Τα Σούτσεια, Athènes 1853, p. 3 sq.

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explosion dont le caractère collectif est facilement détectable dans le climat de l'époque: les querelles intellectuelles entraient dans le cadre d'une tension sociale en plein essor.

Trois ans d'expérience avaient déjà montré l'existence de deux écoles, l'une «démotique» (Στράτις, Ευφροσύνη, Κόριννα), l'autre «grammaticale» (Μεσολόγγιον, Στόμιον Πρεβέζης, Αρματωλοί)1. Dans le cadre des concours, les règles du jeu étaient déjà définies et tacitement acceptées: tout allait se passer, en définitive, dans la légalité universitaire et sous l'arbitrage suprême des professeurs. Participer aux concours n'était-ce pas, en fait, reconnaître un ordre établi, même si l'on y occupait, comme Tertsétis, un siège dans l'opposition?

C'est à cet ordre précisément que P. Soutsos porta de l'extérieur un coup révolutionnaire avec son fameux manifeste linguistique2. Révolutionnaire, dans le sens où la rupture s'y opposait à l'évolution et où l'alternative «démotique-grammatical» était dépassée par une proposition archaïsante; de l'extérieur, dans le sens où l'auteur, qui n'a jamais accepté de participer aux concours, récusait à la fois l'ordre universitaire et l'institution de Rallis. Mais, au fond, ce manifeste ne pouvait paraître que dans le climat d'un irrationalisme triomphant: œuvre d'intolérance, elle exprimait tout un courant politique et social dont l'intransigeance idéologique (fanatisme religieux, nationalisme farouche) et l'humeur batailleuse allaient de pair avec un dogmatisme formel. Ce dogmatisme, dans Νέα Σχολή, est omniprésent: «La langue des Grecs anciens et celle des modernes n'en feront qu'une. Leur Grammaire et la nôtre n'en feront qu'une»3. Par ailleurs, la hargne de P. Soutsos se manifestait impitoyablement: «corayistes» et «vulgaristes», professeurs et poètes (Coray, Assopios, Th. Pharmakidis, Th. Manoussis, Ph. Ioannou, Zalocostas, Tertsétis) étaient renvoyés dos à dos; le fondateur du concours et les membres des jurys n'étaient pas non plus épargnés4.

La suite est connue: la réponse volumineuse d'Assopios (Τα Σούτσεια, 1853) offrit à la bibliographie de la critique néo-hellénique un de ses principaux titres. Les contre-attaques ayant commencé par les journaux5, elles allaient continuer par les pamphlets et les brochures.

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1. Αιών, 4 avril 1853.

2. P. Soutsos, Νέα Σχολή του γραφομένου λόγου ή ανάστααις της αρχαίας ελληνικής γλώσσης εννοουμένης υπό πάντων, Athènes 1853.

3. Ibid., p. 5.

4. Ibid., p. 35.

5. A notre connaissance, la première violente réponse à Νέα Σχολή fut publiée,

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Le duel Assopios - Soutsos allait prendre l'aspect d'un conflit généralisé: pendant longtemps, on défendait le premier ou le second des deux adversaires, on s'en prenait à l'intervention d'un troisième, on réglait ses comptes sur le terrain linguistique. Une riche récolte d'écrits en témoigne1.

Peut-on considérer l'intervention de P. Soutsos et les polémiques qui l'ont suivie comme un éveil de la conscience critique athénienne? Il ne fait pas de doute que Assopios offrit avec sa réponse plus qu'un monument d'érudition: l'hommage rendu à Eρωτόκριτος, à Christopoulos, à Vilaras, à Solomos et à Tertsétis y fait état d'une sensibilité avertie. Mais n'oublions pas que le débat, unidimensionnel et pédant, restait tout de même bloqué au niveau de la langue; son argumentation n'était puisée qu'aux textes anciens, aux dictionnaires et aux grammaires savantes; toute trace d'originalité était, le plus souvent, écrasée sous le poids d'une cuistrerie hargneuse. Dans ces conditions, un bond qualitatif était presque impossible, tant que la pensée critique n'avait à changer ni d'objet ni de matière. Les adversaires se battaient avec acharnement, mais en se servant de mêmes armes.

Ce qui est à retenir, c'est que, en 1853, la question de la langue, dans un climat d'effervescence et de mobilisation, surgissait de façon impérative. La langue populaire était officiellement expulsée des concours. D'autre part, la révolte de P. Soutsos semblait tourner court; le courant archaïste, complexe et multiforme, allait réapparaître par la suite sous d'autres aspects et dans un autre contexte, mais sa défaite, pour l'instant, paraissait certaine. L'ordre universitaire était très puissant pour imposer sa loi: à travers toutes sortes d'extrémismes, il cherchait l'équilibre, en matière linguistique, dans la voie de la modération.

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par le journal Η Ελπίς, 15 mai 1853. P. Soutsus répondit à cet article dans Αιών, 20 mai 1853.

1. Voir, surtout, contre le manifeste de P. Soutsos: [El. S. Stathopoulos], Ο Α. Ραγκαβής και ο Π. Σούτσος ή η νέα επιστήμη περί των φαινομένων της αυτομάτου κινήσεως της τραπέζης και η Νέα Σχολή του γραφομένου λόγου ή η ανάστασις της αρχαίας ελληνικής γλώσσης εννοουμένης υπό πάντων, Athènes 1853, et [A. Phatséas], Τω αρχηγέτη της Νέας Σχολής [1853] - Contre Σούτσβεια: G. Ch. Ch[ryssoverghis], Το επιδόρπιον του γράμματοφάγου ή ο αυτόβλητος Σουτσοκρούστης, Athènes 1855; cf. J. Carassoutsas, Η Βάρβιτος, Athènes 1860, p. ε' - ς'. - Contre Chryssoverghis: Journal Αθηνά, 2 et 13 avril 1855; D. T. Vernardakis, Το τρωγάλιον του δοκησισόφου ή αυτοσχέδιος απάντησις εις τον Κ. Γ. Χρυσοβέργην, Athènes 1855; cf. M. G. Protopsaltis, "Ανέκδοτος λίβελλος του Φιλίππου Ιωάννου", NE 21 (1937) 867-868.

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4. 1854: La persistance de la dualité linguistique

Chose curieuse, parmi les 12 poèmes présentés au concours de 1854, 5 étaient écrits en langue populaire! Mal compris ou consciemment ignoré, le sévère avertissement de l'année précédente fut loin d'imposer d'un seul coup la discipline. C'est ainsi que, pour la quatrième fois, le jury allait se trouver devant le «paradoxe» signalé par Rangabé en 1853: des deux meilleures œuvres, la première était écrite en langue populaire, la seconde en langue savante. Certes, le choix ne posait plus le moindre problème, et le jury n'hésita pas à opter une fois de plus pour la langue savante. Mais cette dualité linguistique au sein des concours devenait, à la longue, gênante; elle accentuait la contradiction entre la poésie et la langue, et transformait de plus en plus le jury littéraire en commission de censure. Il fallut donc répéter l'avertissement de l'année précédente.

Le concours de 1854 eut lieu de nouveau le 25 mars1. Le jury fut composé de 5 membres: N. Costis (président), A. R. Rangabé (rapporteur), Ph. Ioannou, C. Paparrigopoulos et St. Coumanoudis. Cinq poèmes ont été jugés «louables». Rangabé, contrairement à ce qu'il avait fait en 1851 et 1853, rendit compte, pour la première fois, de toutes les œuvres envoyées au concours, en commençant par les moins importantes. Voici, en résumé, comment ces œuvres sont présentées par le rapporteur:

1) Un poème entièrement insignifiant qui, faute de titre, est éliminé par le jury.

2) Ναπολέων Βοναπάρτης : «imitation» — d'après l'auteur, mais, en réalité, une paraphrase sans art et sans goût — du «chef-d'œuvre du Pindare français» (Lamartine). La langue n'est ni savante ni populaire; les fautes de grammaire abondent.

3) Ο Έλλην εραστής : tragédie en 5 actes. On n'y trouve aucune qualité, si ce n'est une certaine facilité à la versification et la brièveté salutaire des actes!

4) Πάτροκλος : tragédie «plaintive», dont furent envoyés au concours les trois derniers actes. Oeuvre insignifiante, comparable à la précédente.

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1. La proclamation du concours (Athènes, 4 juin 1853), signée du recteur P. Arghyropoulos, précise qu'elle est valable aussi pour les années suivantes: Η Ελπίς, 1 juin 1853, Αιών, 27 juin 1853 - Commentaire sur le concours rte 1854: Ευτέρπη, No 37, 1er avril 1851, pp. 311-312.

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δ) Η Σοφία : extrait d'un poème épique, en langue savante. L'auteur confond le genre épique avec le genre lyrique.

6) Ο Έλλην της Πίνδου : extrait d'un poème épique (648 vers), en langue savante. Le tétramètre trochaïque, comme dans le poème précédent, est incompatible avec la poésie épique. "Des mots, toujours des mots, de l'emphase et de la confusion!".

7) Η λίμνη των Ιωαννίνων : poème épique, œuvre d'un jeune homme de dix-huit ans. L'absence de rime, solution de facilité, est répréhensible. L'intrigue est plus ou moins naturelle, mais la langue, vulgaire et terne, n'a rien à voir avec celle des chants populaires.

8) Η 25 Ιανοναρίου 1853 : hymne à l'arrivée du roi Othon, en 290 vers de quinze syllabe. Sa ressemblance avec l'œuvre suivante (No 9) prouve l'existence d'un seul auteur: les deux poèmes sont animés par les mêmes qualités (imagination vive, sensibilité, tendresse, connaissance des règles poétiques). Si la langue, dans les deux cas, est vulgaire, elle a la force et l'harmonie de la langue des chants populaires, sans toutefois être dépourvue de quelques défauts (usage de mots étrangers et savants)1.

Rangabé savait, sans doute, qu'il avait affaire à deux œuvres de G. Tertsétis. Ce qu'il ignorait, peut-être, était que le titre Η 25 Ιανουαρίου 1853 couvrait, en réalité, une brochure datée de vingt ans et publiée anonymement sous un autre titre2. Pourrait-on prétendre que Tertsétis contrevenait au règlement du concours en envoyant une œuvre éditée? Son cas était assez particulier, puisque l'anonymat, le temps écoulé et la diffusion restreinte de la brochure rendaient pratiquement impossible l'identification du poète.

9) Το όνειρον του Βασιλέως κατά τον Σεπτέμβριον του 1853 : poème en 589 vers de quinze syllabes, sans rime. Le rapporteur, élogieux, y décèle des scènes et des images "dignes de la plume de Dante". Mais cette œuvre, bien que de talent et dotée d'intentions patriotiques, n'en soulève pas moins quelques problèmes politiques épineux, en évoquant un passé "que nous devons tous oublier et pardonner"3.

Ce passé, nous le savons aujourd'hui, était l'assassinat de Capodistria avec toutes les passions qu'il avait déchaînées. Dans une lettre accompagnant le manuscrit de son poème, Tertsétis expliquait aux

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1. Jugement de 1854, Πανδώρα 5 (1854-1855) 30-35.

2. Δοκίμιον Εθνικής Ποιήσεως. Το φίλημα, Nauplie 1833. Sur l'identification des deux poèmes de Tertsétis: D. Stéphanou, Γεώργιος Τερτσέτης, Athènes 1916, p. 20.

3. Jugement de 1854, p. 35.

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juges qu'il voulait, avant tout, "ériger un monument d'expiation et de haute considération" au premier Gouverneur de la Grèce1. On ne saurait contester cette affirmation; en effet, Capodistria occupe dans le poème une place importante; c'est lui qui conduit le roi Othon aux Enfers. Mais on a du mal à croire que l'auteur était exclusivement préoccupé par le passé dans un poème où Othon, personnage principal, recevait de Platon des conseils comme les suivants:

Κέντρον είναι δυνάμεως η άκρα εξουσία,

παράδειγμά 'ναι αρετής, βασιλική η χάρις.

Δέσε εις την παλάμην σου τους χαλινούς του Κράτους

και μην αφίνεις τα λουριά ν' αεροκυματίζουν.

Il est donc certain que le caractère politique d'une œuvre se référant non seulement au passé, mais aussi - ce que Rangabé passe sous silence - au présent, ne pouvait qu'augmenter l'embarras des juges universitaires, décidés à éviter de tels écueils. Et ce caractère politique précisément ne fut pas pour rien dans le fait que le poème ne fut pas publié à son époque2. Il fallut plus de 60 ans pour qu'une première édition, encore que défectueuse, fût établie3.

10) Γραομυομαχία : extrait d'un poème héroï-comique du genre de Στράτις Καλοπίχειρος, en trimètres iambiques. Oeuvre "louable", elle dispose de qualités rares. Mais la langue y devient plus souvent qu'il ne le faut archaïsante, tandis que la versification n'est pas toujours impeccable. Par ailleurs, si ce poème présente une prolixité fatigante, son principal défaut réside dans le fait qu'"il n'a pas de but" et qu'"il ne se prête à aucune application morale ou sociale"4.

Il s'agissait d'une œuvre de D. Vernardakis (1833-1907), étudiant de 20 ans. L'homme aigri qui, plus tard, devait sombrer dans la misanthropie, commençait sa carrière littéraire plein d'entrain. Sa bonne

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1. G. Valétas, op. cit., p. 192.

2. A. Vlachos, "Γεώργιος Τερτσέτης," Παρνασσός, 1 (1877) 174 [= Ανάλεκτα, t. II, p. 102]; cf. S. De Biazi, "Γεώργιος Τερτσέτης", Ποιητικός Ανθών 1 (1887) 367 et G. Th. Zoras, "Το όνειρον του Βασιλέως," dans Επτανησιακά Μελετήματα Β', Athènes 1959, p. 215. L'assertion de Zoras que le poème de Tertsétis ne fut pas couronné au concours pour des raisons politiques sous-estime le fait que, en 1854, le principal obstacle au couronnement d'une œuvre était la langue populaire.

3. Par D. Stéphanou, op. cit., pp. 33-51. Le nouvel éditeur G. Valétas, op. cit., pp. 176-191, s'est servi du manuscrit du poète.

4. Jugement de 1854, pp. 35-37.

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humeur est manifestée, aussi, dans la Préface humoristique qui accompagna la publication du poème; on y voit, en plus, un jeune homme docile qui, flatté par la "faveur" de Rangabé, ne manque pas d'exprimer sa reconnaissance et de tenir compte des observations du jury en corrigeant les vers considérés comme défectueux. Mais cette attitude respectueuse cache à peine une opiniâtreté arrogante. Aux reproches moralisants du rapporteur, Vernardakis, prompt à théoriser, opposera obstinément sa doctrine de "l'art pour l'art"; si son poème n'a pas de but, c'est que la Poésie - et, à plus forte raison, la poésie héroï-comique - n'a d'autre but qu'elle-même. Quant aux éléments archaïsants de sa langue, le poète avoue avoir cueilli, avec l'audace de la jeunesse, "quelques fleurs dans le riche et très beau jardin de la langue de nos ancêtres" estimant que c'est en poésie que cette dernière peut le plus facilement être introduite1.

11) Ο Άπατρις : extraits d'un poème épico-lyrique, en strophes de six vers. Meilleur que tous les précédents, selon la majorité du jury, ce poème ne doit occuper, selon Coumanoudis, que la quatrième place. Si les extraits envoyés au concours rendent impossible un jugement sur l'ensemble de l'œuvre, ils font état néanmoins de qualités incontestables (écriture élégante, imagination vive). Le rapporteur cite, à l'appui, un long passage2.

Il s'agissait de la première participation de Th. Orphanidis, 37 ans, professeur de botanique. Il devait publier la même année son poème, accompagné du prologue qu'il avait adressé aux juges pour expliquer ses intentions: il y présente son héros animé par "l'amour de la patrie, la passion pour Théoni et le respect envers Dieu et envers la religion"; son poème est "proche plutôt de la poésie de Byron que de celle d' Homère"3. Cette profession de foi romantique n'est pas à négliger: caractéristique de l'évolution du poète Qrphanidis et du climat de l'époque, elle explique, en grande partie, l'attitude négative de Coumanoudis envers le poème.

12) Ώραι Σχολής : deux poèmes lyriques (Ο ποιητής, Η πέρδικα), accompagnés d'un plus long "récit en vers" (Ο Φώτος και η Φρόσω). Le rapporteur n'y décèle que des qualités: langue véritablement

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1. D. Vernardakis, Γραομυομαχία, Athènes 1854, pp. γ'-ι'.

2. Jugement de 1854, pp. 37-38.

3. Th. Orphanidis, Αποσπάσματα εκ του ποιήματος Ο Άπατρις, Athènes 1854, pp. ς' - η'. La première participation d'Orphanidis est attestée par lui-même (p. γ΄); cf. Πανδώρα 6(1855-1856) 548.

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populaire, versification harmonieuse, imagination, tendresse. Mais, si cette œuvre admirable est considérée par le jury comme digne d'être couronnée, sa langue constitue un obstacle insurmontable: le fondateur n'offre le prix qu'aux poèmes écrits en langue savante. «Mais le jury aussi a la conviction que l'encouragement de la langue populaire en poésie savante ne peut que produire deux inconvénients: a) des personnes incultes s'occuperont de poésie avec moins de scrupules..., ce qui augmentera le nombre des poètes insignifiants et empêchera le développement de la bonne littérature, b) si sont présentés encore quelques poèmes vulgaristes ayant la grâce et les qualités du poème en question, l'imitation risquera d'entraîner beaucoup de monde à l'usage de la langue populaire, et le retour aux formes anciennes en sera retardé pour longtemps...»1.

On ne saurait être plus clair. L'essentiel étant «le retour aux formes anciennes», les universitaires pouvaient très bien se passer d'une qualité poétique qui devenait dangereuse. Une fois de plus, Rangabé formulait sa doctrine aberrante et répétait l'avertissement de l'année précédente. Ainsi, le meilleur poème du concours n'ayant droit qu'à une couronne symbolique de «louanges les plus sincères», la véritable couronne et le prix de 1.000 drachmes furent décernés à Orphanidis. Ce dernier avait enfermé dans son enveloppe une lettre: il y révélait son nom et le titre de son poème, offrait les 1.000 drachmes du prix pour deux voyages scientifiques et, en plus, il faisait cadeau de deux collections botaniques. Peu avant, le recteur Costis ayant ouvert l'autre enveloppe pour faire connaître l'auteur de Ώραι. Σχολής, y avait lu le nom de Zalocostas.

Que le meilleur poème du concours de 1854 ne reçût pas le prix, ce n'est pas étonnant, au fond, vu l'expérience des années précédentes et l'attitude, de plus en plus dure, des jurys à l'égard de la langue populaire. Ce qui mérite de retenir notre attention c'est le comportement de Zalocostas. Poète docile jusque-là, il n'envoyait aux concours que des œuvres ayant toutes les possibilités de remporter la victoire; en 1853, vainqueur pour la deuxième fois, il n'avait pas manqué de corriger, avant de les publier, ses vers critiqués par Rangabé2. La langue savante demeurait son grand avantage; c'est grâce à elle, surtout, qu'il avait battu ses adversaires. Or, en abandonnant soudain son atout principal (au moment précisément où celui-ci devenait pour le

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1. Jugement de 1854, pp. 38-39.

2. Πανδώρα 4 (1853-54) 69.

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jury indispensable), ne lançait-il pas aux universitaires une sorte de défi?

Conscient ou non, ce défi est révélateur d'un personnage complexe et contradictoire. Zalocostas n'était certainement pas l'homme qui tranchait dans les batailles intellectuelles; toujours hésitant, il fut déchiré par ses prédilections pour la poésie ionienne et par son penchant à la grandiloquence savante; son œuvre "bilingue" en témoigne. Si, en 1854, il choisit la langue populaire, c'était précisément au moment où la contradiction langue-poésie, développée par Rangabé, était plus que jamais apparente. En optant pour la langue populaire, Zalocostas optait pour la poésie; aussi montrait-il que le poète en lui n'était pas étouffé sous les lauriers universitaires.

Malgré tout, la défaite était cuisante. Un peu plus tard, publiant ses trois poèmes, Zalocostas préféra à toute autre réponse une brève formule significative: "Ces poèmes - quoique non couronnés - obtinrent au concours de 1854 la première place"1. Mais le poète donna libre cours à sa colère en privé dans quelques "commentaires sur le verdict du jury" qui datent, à notre avis, de 1854. En voici quelques extraits caractéristiques: "Je suis capricieux, je veux être ou premier ou dernier... Si tu veux désarmer les pédants, sois pédant; flatte-les, si tu veux réussir. Le laurier offert par eux est plus amer... Révoltés partisans d'une élégance artificielle, vous avez négligé les beautés de la langue populaire... Les phrases du peuple sont plus élégantes que les phrases banales des puristes... Le jugement des universitaires tue l'esprit, au lieu de l'appréhender"2.

Au contraire, Orphanidis, lauréat de 1854, n'avait aucune raison d'avoir les mêmes sentiments à l'égard du jury. Cependant, la formule de Zalocostas étant blessante pour lui, il ne la laissa pas sans réponse: "il n'y a qu'un seul poème qui obtient la première place au concours, celui qui est couronné"3. C'étaient, déjà, les premières escarmouches dans ce que le bouillant professeur de botanique allait appeler emphatiquement "grande guerre contre Zalocostas"; en effet, un conflit 

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1. G. Zalocostas, Ώραι Σχολής [Athènes 185-4], p. 16. La même formule accompagne le poème Ο Φώτος και η Φρόσω, plublié dans Ευτέρπη, No 37, 1er avril 1854, pp. 299-303.

2. G. Zalocostas, Έργα, op. cit., pp. 471-473. Quelques passages communs nous permettent de conclure que Zalocostas s'était servi de ces notes pour rédiger, en 1855, son article "Une leçon à mes maîtres" (voir ci-dessous).

3. Th. Orphanidis, op. cit., p. γ'.

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beaucoup plus sérieux devait éclater entre les deux poètes l'année suivante.

5. 1855: L'abondance des hexamètres

Le 25 mars 1855 coïncidant avec la Semaine Sainte, la cérémonie du concours eut lieu le 29 mars1. Les poèmes présentés furent plus nombreux que jamais: 14. Pour la première fois, le jury fut composé de 4 membres: C. Contogonis (président), Ph. Ioannou (rapporteur), A. R. Rangabé et C. Paparrigopoulos. Cette diminution du nombre des juges est explicable: Coumanoudis, membre régulier du jury depuis 1852, avait abandonné son poste pour rejoindre les concurrents.

Les deux sévères avertissements de Rangabé donnaient enfin des fruits: parmi les 14 œuvres présentées, une seule (Ορέων άνθη) était écrite en langue populaire. Rallis et les universitaires pouvaient être provisoirement satisfaits; Tertsétis fut absent du concours; Zalocostas y retourna, mais docile et repenti, après sa vaine révolte de l'année précédente, pour briguer le prix avec un poème en langue savante. Deux autres phénomènes particuliers accentuèrent le caractère «classique» de cette année 1855: l'abondance des œuvres en hexamètres et didactiques. Par contre, le romantisme, surtout sous sa forme byronienne, ne manqua pas de faire à nouveau une apparition spectaculaire.

Ioannou divise les poèmes en trois catégories, selon leur importance.

A. La première catégorie est celle des 5 «œuvres entièrement insignifiantes»:

1) Οι στίχοι των μελών του σώματος : idées vulgaires, langue «barbare», solécismes et fautes d'orthographe.

2) Ο Φλέσσας : intrigue pauvre, fautes de grammaire.

3) Η Ελένη : poème en hexamètres. La versification est défectueuse et la langue pleine de fautes; le suicide de l'héroïne rend ce poème «moralement condamnable».

4) Η Χιακή Ιερεμιάς : poème de 540 vers environ. L'auteur, au lieu d'insister sur l'héroïsme et les souffrances de ses compatriotes, les habitants de Chio, pendant le massacre, raconte sa propre fuite! La versification est en général bonne, mais l'intrigue pauvre; les fautes de grammaire ne manquent pas2.

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1. Αθηνά, 31 mars 1855.

2. Jugement de 1855, Πανδώρα 6 (1855-56) 50-51.

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Il s'agissait d'une œuvre de A. S. Caravas, professeur de grec ancien au lycée de Chio. Deux ans plus tard, publiant son poème, l' auteur accusera le jury de sévérité excessive1.

5) Απόσπασμα εκ του β' άσματος της ανεκδότου Π. της Λ. : mélange de poésie épique et lyrique, idées banales, barbarismes, incohérences et fautes d'orthographe.

B. A la deuxième catégorie appartiennent 3 poèmes qui, quoique meilleurs que les précédents, présentent pourtant plusieurs défauts:

6) Σουλίου πτώσις : extrait de poème épique. Contradictions, manque d'intrigue, absence de qualités artistiques. Mais la versification, très souvent sans rime, est correcte, le langage bon, et les fautes de grammaire relativement peu nombreuses.

7) Ο Περίδρομος : extrait (800 vers environ) d'un poème comique, en trimètres iambiques, du genre de Στράτις Καλοπίχειρος et de Γραομυομαχία. Un jugement sur l'ensemble de l'œuvre est impossible. En tout cas, l'auteur, qui possède admirablement le grec ancien, fait montre de culture et d'esprit. Il ridiculise des choses répréhensibles, même des personnes vivantes, sans pour autant éviter les digressions arbitraires et les obscénités choquantes. La versification est recherchée et défectueuse2.

Il s'agissait d'une œuvre de D. Vernardakis3.

8) Ορέων άνθη : roman en vers de quinze syllabes et en langue populaire. L'intrigue est simple et maladroite, l'économie mauvaise, la versification correcte, la langue harmonieuse. Malgré ses invraisemblances et ses contradictions, cette œuvre ne manque pas de grâce et de tendresse. Un hymne à la Grèce ajouté à la fin du poème n'est qu'une faible imitation de l'Hymne à la Liberté de Solomos4.

L'auteur, apparemment heptanésien, nous est connu sous les initiales S. C.5.

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1. A.S. Caravas, Εγχειρίδιον της νεοελληνικής γλώσσης, t. II, Smyrne 1857, pp. κθ' et λ'. Le poème, en 870 hexamètres, y est publié en annexe; il parut également en brochure (voir G M 7335). Nous signalons que la préface de Caravas traite de l'hexamètre et de son usage par Rangabé, Tantalidis et Orphanidis.

2. Jugement da 1855, pp. 51-52.

3. Voir A.R. Rangabé, Histoire littéraire, op. cit., p. 118. M. I. Michaïlidis (Λεσβιακαί σελίδες. Μέρος πρώτον, Βίος και έργα Δημητρίου Ν. Βερναρδάκη, Mytiléne 1909, p. 12) atteste que le poème a été publié immédiatement Cette publication nous est inconnue.

4. Jugement de 1855, pp. 52-54.

5. Ορέων Άνθη Υπό Σ. Κ., Athènes 1855 (voir GM 10758).

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C. Enfin, la troisième catégorie comprend les 6 meilleurs poèmes du concours:

9) Αι Αναμνήσεις : titre qui couvre deux poèmes. Le premier, Η τελευταία νυξ, se référant au siège de Missolonghi, est «bon, souvent pathétique ou sublime, et il inspire partout des sentiments nobles»; sa langue est excellente, sa versification harmonieuse. Toutefois, il n'est exempt ni de fautes de grammaire ni de quelques passages obscurs et énigmatiques, dus à l'usage abusif des métaphores. Le second poème, Δάκρυα, est une élégie en hexamètres se référant au choléra d'Athènes. Mais elle non plus ne manque pas de fautes de grammaire; certains vers n'ont pas de césures1.

Il s'agissait de la dernière participation de Zalocostas. Malgré son retour à la langue savante, il essuyait un échec cuisant, en se retrouvant, pour la première fois, à la sixième place. Sa réponse ne se fit pas attendre. Quelques jours plus tard, publiant Δάκρυα, il s'empressa de déclarer que ses deux poèmes «furent vaincus sans coup férir... J'ai appris que mes hexamètres, n'ayant pas les césures classiques et inévitables, déplurent aux maîtres de la poésie. C'est la première fois que j'entends que la poésie doit charmer la vue et non l'ouïe. J' espère apprendre plus tard d'autres choses encore que j'ignore»2. Mais l'ironie hautaine se transforma vite en colère. Dans un long article intitulé «Une leçon à mes maîtres», Zalocostas accusa ouvertement ses juges d'avoir joué un rôle de Procuste en mutilant ses vers et ses idées. Il se battait toujours sur le terrain des universitaires: cette «leçon» n'était, au fond, qu'une leçon de grammaire; elle enseignait l'usage et l'orthographe de tel ou tel mot, elle cherchait à montrer que les textes des professeurs n'étaient pas grammaticalement irréprochables. Absente du débat, la poésie ne trouvait de place que dans une définition creuse: «Lumière et vérité, cœur et esprit, bravoure et fierté, affection et amour, patrie et devoir, voilà la poésie»3.

10) Ο Πλάνης : roman en vers. Le premier de 5 chants fui envoyé au concours en entier, les autres incomplets. Poème «remarquable», il est loué pour l'invention, l'intrigue, l'économie et la variété lyrique. L'auteur a décidément l'esprit riche en lectures littéraires, l'imagination vive et le sentiment chaleureux. Mais il fait des fautes de grammaire, se sert de mots pindariques et homériques, et mélange les formes 

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1. Jugement de 1855, pp. 54-55.

2. Ευτέρπη, No 61, 15 avril 1855, p. 309.

3. Ευτέρπη, No 65, 15 juin 1855, p. 392.

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anciennes et modernes. Sa versification, pleine d'enjambements abusifs, est souvent mauvaise, tandis que son langage ne manque pas de répétitions, de pléonasmes et de solécismes. Le suicide du héros est blâmable: pourquoi ne pas mourir en luttant pour sa patrie? "En fin de compte, dans une nation qui vient d'acquérir une existence politique et qui a besoin d'une éducation morale, les produits artistiques ne sont-ils pas dangereux, lorque l'art ne tend qu'au plaisir?1.

Certainement Ioannou n'ignorait pas qu'il avait affaire à l'auteur de Γραομυομαχία et de Περίδρομος. Le jeune Vernardakis passait très facilement de la légèreté comique au byronisme du roman en vers, sans toutefois perdre les traits distinctifs de son style, surtout sa désinvolture à l'égard de la morale. Mais Ο Πλάνης allait rester inédit, connu pendant longtemps par son extrait reproduit dans le Jugement de 1855 2. Son auteur n'a pu l'achever; il s'adonnerait bientôt, comme nous le verrons, à d'autres explorations romantiques.

11) Ο Λάμπρος : poème épique en vers de quinze syllabes rimés; il se réfère aux exploits d'un personnage réel, Lambros Catsonis, et, de ce fait, se présente comme "sans intrigue et sans aventures". La langue est savante, florissante et souvent majestueuse, la versification harmonieuse et précise. Mais le poète "déforme parfois les phénomènes de la nature", recourt à des comparaisons malheureuses et n'évite pas les fautes de grammaire et d'orthographe, ainsi que quelques gallicismes3.

L'auteur, D.I. Lacon, publia la même année son poème, accompagné de "deux mots à ses juges"; il y répond à leur verdict paragraphe par paragraphe. Nous avons affaire à un exemple typique de ce genre de réactions: le poète se justifie, accuse les universitaires de "méchanceté" et de "partialité", et, à son tour, il cherche à trouver leurs fautes grammaticales. Pour ce qui est de la grammaire, la susceptibilité de Lacon est caractéristique: "Que vous me refusiez la qualité de poète, cela m'est

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1. Jugement de 1865, p. 58.

2. Ibid., p. 55-56. Le même extrait est reproduit dans Rapt. Parn., pp. 600-2, Mat. Parn., pp. 622-625, et, traduit en français, dans A. R. Rangabé, op. cit., p. 119-121. Un autre extrait du poème parut dans Εστία 1 (1876) 95; cf. D. Cokkinakis, Πανελλήνιος Ανθολογία, Athènes 1899, pp. 258-259. En 1890, Vernardakis recopie les strophes 37-49 du premier chant, qui paraîtront dans Émile Legrand, Fac-similés d'écritures grecques du dix-neuvième-siècle, Paris [1901], pp. 80-82. Notons encore que C. Skokos, affirmant une publication du poème en 1854 (Ημερολόγιον 7, 1892, 162), corrigera plus tard sa faute silencieusement (Ημερολόγιον 23, 1908, 18).

3. Jugement de 1855, pp. 58-59.

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égal; mais que vous mettiez en doute ma connaissance de la grammaire, je proteste,.."1.

12) Συλλογή ποιηματίων : poèmes originaux et traduits, pour la plupart didactiques, mais aussi politiques, idylles et poèmes d'amour, souvent sans rime et en mètres anciens (hexamètres, iambes, vers saphiques et strophes alcaïques). La langue est remarquable par sa précision grammaticale, souvent par sa grâce et quelquefois par sa richesse. L'auteur fait montre de force poétique et de patriotisme. Ioannou cite en entier deux poèmes, Προς την φοιβάζουσαν νεολαίαν et Φιλελεύθεροι1.

Il s'agissait d'une œuvre de Coumanoudis. Faut-il attribuer la démarche didactique de l'auteur exclusivement à une orientation de plus en plus accentuée vers le classicisme? Sans doute le poète qui, dans Στράτις Καλοπίχειρος (1851), avouait encore ses dettes à Byron, à Shakespeare et aux récits populaires, s'était-il, entre-temps, débarrassé de tout bagage romantique. Il allait déjà plus loin: son didactisme était aussi une manifestation critique, une prise de position (en vers) contre la poésie de son temps:

Φευ, ποιηταί! μικροπώλαι εγίναμεν και παντοπώλαι·

όταν κινώμεν χορδάς, ψάλλομεν πάντ' αναμίξ·

κρώζοντες πλήθος αμούσων κρωγμών κ' εκκωφαίνοντες ώτα,

όσα τις Μοίρα κακή φέρη απέναντι ημών.

Ou bien:

Νέοι, ακούσατε· λέξεις κεναί πυκνωθείσαι ασώτως,

πάσαν ιδίαν αδράν πνίγουν κ' ενότητα αυτής·

Deux ans plus tard, Coumanoudis, en tant que rapporteur du jury, allait prononcer contre le romantisme une condamnation irrévocable.

13) Μη ζώην μετ αμουσίας : titre-souhait qui couvre deux poèmes.

Le premier, Προς τον ποιητήν Λαμαρτίνον, en 274 vers de quinze syllabes rimés, est une réponse indignée à Lamartine pour son attitude pro-turque - "regrettable", selon la rapporteur - dans l'"Histoire de la Turquie". L'auteur s'avère "souvent éloquent, souvent pathétique,

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1. D. I. Lacon, Ο Λάμπρος Κατσόνης, Athènes 1855, p. ι'.

2. Jugement de 1855, p. 59. Ces deux poèmes sont reproduits dans Mat. Parn., pp. 755-757.

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http://www.iaen.gr/includes/resources/auto-thumbnails.php?img=/home/www.iaen.gr/uploads/book_files/37/gif/100.gif&w=600&h=91522. Moullas, Concours poetiques

souvent sublime". Le second, Ποιητικής τέχνης αποσπάσματα, un poème didactique en 240 vers, est plus "relâché", sans pour autant être blâmable; le poète, n'ayant pas suivi l'enseignement d'Horace, se borne à énoncer des vérités générales sans les prouver par des exemples concrets. Sa langue est partout précise et sa versification parfaite1.

C'était la première participation de Jean Carassoutsas (1824-1873). Le premier de ses deux poèmes fut publié la même année sans mention du concours2. Quant au second, il se trouve probablement dans Η Βάρβιτος sous un autre titre3.

14) Θα καή ή θα καύση : titre commun de deux poèmes. Le premier est extrait d'une peinture satirique de mœurs athéniennes, en langue régulière et en versification parfaite. Le second, Άννα και Φλώρος ή Ο Πύργος της Πέτρας, est un roman en 978 hexamètres, sans rime. L'invention est intéressante, le dénouement et les caractères naturels; "la morale triomphe et le sentiment du lecteur finit par être satisfait". Parmi les nombreuses qualités du poème: les images majestueuses, les métaphores et les comparaisons heureuses. Quelques fautes de grammaire (et encore plus d'orthographe) passent presque inaperçues. Supérieure à toutes les précédentes, cette œuvre ne dispose pas pour autant de la précision grammaticale de Συλλογή ποιηματίων et de Προς τον ποιητήν Λαμαρτίνον. Dans ces conditions, le choix parmi les trois derniers poèmes (No 12, 13 et 14) ne fut pas pour le jury chose facile. Après quelques hésitations, le prix a été décerné à Άννα και Φλώρος; le poème de Carassoutsas Προς τον ποιητήν Λαμαρτίνον obtint un accessit4.

Ainsi, couronné pour la deuxième fois, Orphanidis remportait, en 1855, contre Zalocostas une victoire sans équivoque. Il ne tarda pas à

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1. Jugement de 1855, pp. 59-60.

2. Jean Carassoutsas, Απόκρισις προς τον ποιητήν Λαμαρτίνον συγγραφέα τουρκικής ιστορίας, Athènes 1856 [= Η Βάρβιτος, Athènes 1860, pp. 34-46]. Traduction en prose française: Épître à M. de Lamartine au sujet de son Histoire de la Turquie avec une notice sur l'état actuel de la Grèce et de l'empire ottoman, par Jean Carassouza [sic] d'Athènes, Paris 1858. Une brochure analogue, en grec et en français, fut publiée par E. Jeanides, Réponse au poète mishellène de la France A. de Lamartine, Athènes 1858. - Sur la première participation de Carassoutsas aux concours et sur son poème à Lamartine, voir A. Vlachos, Περί Ιωάννου Καρασούτσα και των ποιήσεων αυτού, Athènes 1874, pp. 25-28 [=Ανάλεκτα II, pp. 71-73].

3. Il s'agit, croyons-nous, du poème Επιστολή προς Λέανδρον. Περί ελληνικής ποιήσεως και γλώσσης (1853) [= Η Βάρβιτος, pp. 122.-130].

4. Jugement de 1855, pp. 60-64.

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    22. Moullas, Concours poetiques

    à la fois professeur de philosophie et juge des poèmes, c'est absolument contradictoire». Le poème de Zalocostas était admirable, celui de Mavroyannis «digne du prix». La langue populaire était un dialecte aussi grec que la langue savante; Ioannou avait tort, sinon «nous devons enlever le laurier de la tête du poète couronné Solomos et jeter au feu les Poésies Lyriques de Christopoulos». Pilicas, lui-aussi, était mis en cause: quoique irresponsable et incompétent en tant que juriste, il devait tout de même défendre sa langue maternelle, celle de l'Heptanèse, et protester contre une décision qui rejetait un poème écrit en «dialecte ionien»1.

    Clairvoyant et sage, cet article constitue plutôt une exception. D'ordinaire, les réactions au verdict du jury 1852 sont beaucoup plus passionnelles et violentes. Constantin Pop nous en offre un exemple: sous sa plume le refus de décerner un prix prend les dimensions d'une «chasse à la poésie» et d'une «époque des martyrs»2. Ces exagérations se présentent, en général, comme justifiées par un souci majeur, l'encouragement de la poésie néo-hellénique. Mais le camp adverse peut y opposer l'argument de la qualité.

    Nous avons vu ailleurs l'intervention de Rallis, sa lettre du 5/17 juin et la réponse de Pilicas; nous n'y reviendrons pas. Une chose est certaine: en 1852, par la force des choses, l'accent était plutôt mis sur le côté juridique de l'affaire (violation ou non des statuts de Rallis), de sorte que, dans le climat d'indignation créé par le verdict du jury, les formalités du concours occupèrent, en grande partie, la première place. Mais le vrai problème, celui de la langue, était déjà posé; il devait surgir, avec toute son acuité, l'année suivante.

    3. 1853: La langue au cœur du débat

    Perdre de vue le climat d'effervescence qui régnait en Grèce au printemps de 1853, serait, sans doute, enlever à l'explosion littéraire et linguistique de cette année-là une partie essentielle de sa dynamique. Encore une fois, l'enchaînement des causes et des faits se manifestait, complexe et multiple. Les rythmes s'accéléraient, le ton montait. Tout paraissait en marche: la guerre de Crimée et la question d'Orient,

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    1. Η Ελπίς, 25 avril 1852. Mais, quelques mois plus tard, après le discours rectoral de Pilicas, le même journal, entièrement satisfait, s'empresse de s'excuser, le recteur ayant rendu justice à Mavroyannis: Η Ελπίς, 29 septembre 1852.

    2. Ευτέρπη, Νο 113, 1er mai 1852, p. 402.