Συγγραφέας:Moullas, P.
 
Τίτλος:Les concours poétiques de l’ Université d’ Athènes 1851-1877
 
Τίτλος σειράς:Ιστορικό Αρχείο Ελληνικής Νεολαίας
 
Αριθμός σειράς:22
 
Τόπος έκδοσης:Αθήνα
 
Εκδότης:Γενική Γραμματεία Νέας Γενιάς
 
Έτος έκδοσης:1989
 
Σελίδες:488
 
Αριθμός τόμων:1 τόμος
 
Γλώσσα:Γαλλικά
 
Θέμα:Εκπαίδευση-Τριτοβάθμια
 
Τοπική κάλυψη:Ελλάδα
 
Χρονική κάλυψη:1851-1877
 
Περίληψη:Στο βιβλίο αυτό παρουσιάζεται και μελετάται αναλυτικά και σε βάθος ένας σημαντικός για τα ελληνικά γράμματα του 19ου αιώνα θεσμός, οι ποιητικοί διαγωνισμοί που διοργανώνονταν στο Πανεπιστήμιο Αθηνών, και πιο συγκεκριμένα ο Ράλλειος Διαγωνισμός (1851-1860) και ο μακροβιότερος Βουτσιναίος διαγωνισμός (1861-1877).
 
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beaucoup plus sérieux devait éclater entre les deux poètes l'année suivante.

5. 1855: L'abondance des hexamètres

Le 25 mars 1855 coïncidant avec la Semaine Sainte, la cérémonie du concours eut lieu le 29 mars1. Les poèmes présentés furent plus nombreux que jamais: 14. Pour la première fois, le jury fut composé de 4 membres: C. Contogonis (président), Ph. Ioannou (rapporteur), A. R. Rangabé et C. Paparrigopoulos. Cette diminution du nombre des juges est explicable: Coumanoudis, membre régulier du jury depuis 1852, avait abandonné son poste pour rejoindre les concurrents.

Les deux sévères avertissements de Rangabé donnaient enfin des fruits: parmi les 14 œuvres présentées, une seule (Ορέων άνθη) était écrite en langue populaire. Rallis et les universitaires pouvaient être provisoirement satisfaits; Tertsétis fut absent du concours; Zalocostas y retourna, mais docile et repenti, après sa vaine révolte de l'année précédente, pour briguer le prix avec un poème en langue savante. Deux autres phénomènes particuliers accentuèrent le caractère «classique» de cette année 1855: l'abondance des œuvres en hexamètres et didactiques. Par contre, le romantisme, surtout sous sa forme byronienne, ne manqua pas de faire à nouveau une apparition spectaculaire.

Ioannou divise les poèmes en trois catégories, selon leur importance.

A. La première catégorie est celle des 5 «œuvres entièrement insignifiantes»:

1) Οι στίχοι των μελών του σώματος : idées vulgaires, langue «barbare», solécismes et fautes d'orthographe.

2) Ο Φλέσσας : intrigue pauvre, fautes de grammaire.

3) Η Ελένη : poème en hexamètres. La versification est défectueuse et la langue pleine de fautes; le suicide de l'héroïne rend ce poème «moralement condamnable».

4) Η Χιακή Ιερεμιάς : poème de 540 vers environ. L'auteur, au lieu d'insister sur l'héroïsme et les souffrances de ses compatriotes, les habitants de Chio, pendant le massacre, raconte sa propre fuite! La versification est en général bonne, mais l'intrigue pauvre; les fautes de grammaire ne manquent pas2.

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1. Αθηνά, 31 mars 1855.

2. Jugement de 1855, Πανδώρα 6 (1855-56) 50-51.

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Il s'agissait d'une œuvre de A. S. Caravas, professeur de grec ancien au lycée de Chio. Deux ans plus tard, publiant son poème, l' auteur accusera le jury de sévérité excessive1.

5) Απόσπασμα εκ του β' άσματος της ανεκδότου Π. της Λ. : mélange de poésie épique et lyrique, idées banales, barbarismes, incohérences et fautes d'orthographe.

B. A la deuxième catégorie appartiennent 3 poèmes qui, quoique meilleurs que les précédents, présentent pourtant plusieurs défauts:

6) Σουλίου πτώσις : extrait de poème épique. Contradictions, manque d'intrigue, absence de qualités artistiques. Mais la versification, très souvent sans rime, est correcte, le langage bon, et les fautes de grammaire relativement peu nombreuses.

7) Ο Περίδρομος : extrait (800 vers environ) d'un poème comique, en trimètres iambiques, du genre de Στράτις Καλοπίχειρος et de Γραομυομαχία. Un jugement sur l'ensemble de l'œuvre est impossible. En tout cas, l'auteur, qui possède admirablement le grec ancien, fait montre de culture et d'esprit. Il ridiculise des choses répréhensibles, même des personnes vivantes, sans pour autant éviter les digressions arbitraires et les obscénités choquantes. La versification est recherchée et défectueuse2.

Il s'agissait d'une œuvre de D. Vernardakis3.

8) Ορέων άνθη : roman en vers de quinze syllabes et en langue populaire. L'intrigue est simple et maladroite, l'économie mauvaise, la versification correcte, la langue harmonieuse. Malgré ses invraisemblances et ses contradictions, cette œuvre ne manque pas de grâce et de tendresse. Un hymne à la Grèce ajouté à la fin du poème n'est qu'une faible imitation de l'Hymne à la Liberté de Solomos4.

L'auteur, apparemment heptanésien, nous est connu sous les initiales S. C.5.

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1. A.S. Caravas, Εγχειρίδιον της νεοελληνικής γλώσσης, t. II, Smyrne 1857, pp. κθ' et λ'. Le poème, en 870 hexamètres, y est publié en annexe; il parut également en brochure (voir G M 7335). Nous signalons que la préface de Caravas traite de l'hexamètre et de son usage par Rangabé, Tantalidis et Orphanidis.

2. Jugement da 1855, pp. 51-52.

3. Voir A.R. Rangabé, Histoire littéraire, op. cit., p. 118. M. I. Michaïlidis (Λεσβιακαί σελίδες. Μέρος πρώτον, Βίος και έργα Δημητρίου Ν. Βερναρδάκη, Mytiléne 1909, p. 12) atteste que le poème a été publié immédiatement Cette publication nous est inconnue.

4. Jugement de 1855, pp. 52-54.

5. Ορέων Άνθη Υπό Σ. Κ., Athènes 1855 (voir GM 10758).

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C. Enfin, la troisième catégorie comprend les 6 meilleurs poèmes du concours:

9) Αι Αναμνήσεις : titre qui couvre deux poèmes. Le premier, Η τελευταία νυξ, se référant au siège de Missolonghi, est «bon, souvent pathétique ou sublime, et il inspire partout des sentiments nobles»; sa langue est excellente, sa versification harmonieuse. Toutefois, il n'est exempt ni de fautes de grammaire ni de quelques passages obscurs et énigmatiques, dus à l'usage abusif des métaphores. Le second poème, Δάκρυα, est une élégie en hexamètres se référant au choléra d'Athènes. Mais elle non plus ne manque pas de fautes de grammaire; certains vers n'ont pas de césures1.

Il s'agissait de la dernière participation de Zalocostas. Malgré son retour à la langue savante, il essuyait un échec cuisant, en se retrouvant, pour la première fois, à la sixième place. Sa réponse ne se fit pas attendre. Quelques jours plus tard, publiant Δάκρυα, il s'empressa de déclarer que ses deux poèmes «furent vaincus sans coup férir... J'ai appris que mes hexamètres, n'ayant pas les césures classiques et inévitables, déplurent aux maîtres de la poésie. C'est la première fois que j'entends que la poésie doit charmer la vue et non l'ouïe. J' espère apprendre plus tard d'autres choses encore que j'ignore»2. Mais l'ironie hautaine se transforma vite en colère. Dans un long article intitulé «Une leçon à mes maîtres», Zalocostas accusa ouvertement ses juges d'avoir joué un rôle de Procuste en mutilant ses vers et ses idées. Il se battait toujours sur le terrain des universitaires: cette «leçon» n'était, au fond, qu'une leçon de grammaire; elle enseignait l'usage et l'orthographe de tel ou tel mot, elle cherchait à montrer que les textes des professeurs n'étaient pas grammaticalement irréprochables. Absente du débat, la poésie ne trouvait de place que dans une définition creuse: «Lumière et vérité, cœur et esprit, bravoure et fierté, affection et amour, patrie et devoir, voilà la poésie»3.

10) Ο Πλάνης : roman en vers. Le premier de 5 chants fui envoyé au concours en entier, les autres incomplets. Poème «remarquable», il est loué pour l'invention, l'intrigue, l'économie et la variété lyrique. L'auteur a décidément l'esprit riche en lectures littéraires, l'imagination vive et le sentiment chaleureux. Mais il fait des fautes de grammaire, se sert de mots pindariques et homériques, et mélange les formes 

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1. Jugement de 1855, pp. 54-55.

2. Ευτέρπη, No 61, 15 avril 1855, p. 309.

3. Ευτέρπη, No 65, 15 juin 1855, p. 392.

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anciennes et modernes. Sa versification, pleine d'enjambements abusifs, est souvent mauvaise, tandis que son langage ne manque pas de répétitions, de pléonasmes et de solécismes. Le suicide du héros est blâmable: pourquoi ne pas mourir en luttant pour sa patrie? "En fin de compte, dans une nation qui vient d'acquérir une existence politique et qui a besoin d'une éducation morale, les produits artistiques ne sont-ils pas dangereux, lorque l'art ne tend qu'au plaisir?1.

Certainement Ioannou n'ignorait pas qu'il avait affaire à l'auteur de Γραομυομαχία et de Περίδρομος. Le jeune Vernardakis passait très facilement de la légèreté comique au byronisme du roman en vers, sans toutefois perdre les traits distinctifs de son style, surtout sa désinvolture à l'égard de la morale. Mais Ο Πλάνης allait rester inédit, connu pendant longtemps par son extrait reproduit dans le Jugement de 1855 2. Son auteur n'a pu l'achever; il s'adonnerait bientôt, comme nous le verrons, à d'autres explorations romantiques.

11) Ο Λάμπρος : poème épique en vers de quinze syllabes rimés; il se réfère aux exploits d'un personnage réel, Lambros Catsonis, et, de ce fait, se présente comme "sans intrigue et sans aventures". La langue est savante, florissante et souvent majestueuse, la versification harmonieuse et précise. Mais le poète "déforme parfois les phénomènes de la nature", recourt à des comparaisons malheureuses et n'évite pas les fautes de grammaire et d'orthographe, ainsi que quelques gallicismes3.

L'auteur, D.I. Lacon, publia la même année son poème, accompagné de "deux mots à ses juges"; il y répond à leur verdict paragraphe par paragraphe. Nous avons affaire à un exemple typique de ce genre de réactions: le poète se justifie, accuse les universitaires de "méchanceté" et de "partialité", et, à son tour, il cherche à trouver leurs fautes grammaticales. Pour ce qui est de la grammaire, la susceptibilité de Lacon est caractéristique: "Que vous me refusiez la qualité de poète, cela m'est

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1. Jugement de 1865, p. 58.

2. Ibid., p. 55-56. Le même extrait est reproduit dans Rapt. Parn., pp. 600-2, Mat. Parn., pp. 622-625, et, traduit en français, dans A. R. Rangabé, op. cit., p. 119-121. Un autre extrait du poème parut dans Εστία 1 (1876) 95; cf. D. Cokkinakis, Πανελλήνιος Ανθολογία, Athènes 1899, pp. 258-259. En 1890, Vernardakis recopie les strophes 37-49 du premier chant, qui paraîtront dans Émile Legrand, Fac-similés d'écritures grecques du dix-neuvième-siècle, Paris [1901], pp. 80-82. Notons encore que C. Skokos, affirmant une publication du poème en 1854 (Ημερολόγιον 7, 1892, 162), corrigera plus tard sa faute silencieusement (Ημερολόγιον 23, 1908, 18).

3. Jugement de 1855, pp. 58-59.

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égal; mais que vous mettiez en doute ma connaissance de la grammaire, je proteste,.."1.

12) Συλλογή ποιηματίων : poèmes originaux et traduits, pour la plupart didactiques, mais aussi politiques, idylles et poèmes d'amour, souvent sans rime et en mètres anciens (hexamètres, iambes, vers saphiques et strophes alcaïques). La langue est remarquable par sa précision grammaticale, souvent par sa grâce et quelquefois par sa richesse. L'auteur fait montre de force poétique et de patriotisme. Ioannou cite en entier deux poèmes, Προς την φοιβάζουσαν νεολαίαν et Φιλελεύθεροι1.

Il s'agissait d'une œuvre de Coumanoudis. Faut-il attribuer la démarche didactique de l'auteur exclusivement à une orientation de plus en plus accentuée vers le classicisme? Sans doute le poète qui, dans Στράτις Καλοπίχειρος (1851), avouait encore ses dettes à Byron, à Shakespeare et aux récits populaires, s'était-il, entre-temps, débarrassé de tout bagage romantique. Il allait déjà plus loin: son didactisme était aussi une manifestation critique, une prise de position (en vers) contre la poésie de son temps:

Φευ, ποιηταί! μικροπώλαι εγίναμεν και παντοπώλαι·

όταν κινώμεν χορδάς, ψάλλομεν πάντ' αναμίξ·

κρώζοντες πλήθος αμούσων κρωγμών κ' εκκωφαίνοντες ώτα,

όσα τις Μοίρα κακή φέρη απέναντι ημών.

Ou bien:

Νέοι, ακούσατε· λέξεις κεναί πυκνωθείσαι ασώτως,

πάσαν ιδίαν αδράν πνίγουν κ' ενότητα αυτής·

Deux ans plus tard, Coumanoudis, en tant que rapporteur du jury, allait prononcer contre le romantisme une condamnation irrévocable.

13) Μη ζώην μετ αμουσίας : titre-souhait qui couvre deux poèmes.

Le premier, Προς τον ποιητήν Λαμαρτίνον, en 274 vers de quinze syllabes rimés, est une réponse indignée à Lamartine pour son attitude pro-turque - "regrettable", selon la rapporteur - dans l'"Histoire de la Turquie". L'auteur s'avère "souvent éloquent, souvent pathétique,

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1. D. I. Lacon, Ο Λάμπρος Κατσόνης, Athènes 1855, p. ι'.

2. Jugement de 1855, p. 59. Ces deux poèmes sont reproduits dans Mat. Parn., pp. 755-757.

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souvent sublime". Le second, Ποιητικής τέχνης αποσπάσματα, un poème didactique en 240 vers, est plus "relâché", sans pour autant être blâmable; le poète, n'ayant pas suivi l'enseignement d'Horace, se borne à énoncer des vérités générales sans les prouver par des exemples concrets. Sa langue est partout précise et sa versification parfaite1.

C'était la première participation de Jean Carassoutsas (1824-1873). Le premier de ses deux poèmes fut publié la même année sans mention du concours2. Quant au second, il se trouve probablement dans Η Βάρβιτος sous un autre titre3.

14) Θα καή ή θα καύση : titre commun de deux poèmes. Le premier est extrait d'une peinture satirique de mœurs athéniennes, en langue régulière et en versification parfaite. Le second, Άννα και Φλώρος ή Ο Πύργος της Πέτρας, est un roman en 978 hexamètres, sans rime. L'invention est intéressante, le dénouement et les caractères naturels; "la morale triomphe et le sentiment du lecteur finit par être satisfait". Parmi les nombreuses qualités du poème: les images majestueuses, les métaphores et les comparaisons heureuses. Quelques fautes de grammaire (et encore plus d'orthographe) passent presque inaperçues. Supérieure à toutes les précédentes, cette œuvre ne dispose pas pour autant de la précision grammaticale de Συλλογή ποιηματίων et de Προς τον ποιητήν Λαμαρτίνον. Dans ces conditions, le choix parmi les trois derniers poèmes (No 12, 13 et 14) ne fut pas pour le jury chose facile. Après quelques hésitations, le prix a été décerné à Άννα και Φλώρος; le poème de Carassoutsas Προς τον ποιητήν Λαμαρτίνον obtint un accessit4.

Ainsi, couronné pour la deuxième fois, Orphanidis remportait, en 1855, contre Zalocostas une victoire sans équivoque. Il ne tarda pas à

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1. Jugement de 1855, pp. 59-60.

2. Jean Carassoutsas, Απόκρισις προς τον ποιητήν Λαμαρτίνον συγγραφέα τουρκικής ιστορίας, Athènes 1856 [= Η Βάρβιτος, Athènes 1860, pp. 34-46]. Traduction en prose française: Épître à M. de Lamartine au sujet de son Histoire de la Turquie avec une notice sur l'état actuel de la Grèce et de l'empire ottoman, par Jean Carassouza [sic] d'Athènes, Paris 1858. Une brochure analogue, en grec et en français, fut publiée par E. Jeanides, Réponse au poète mishellène de la France A. de Lamartine, Athènes 1858. - Sur la première participation de Carassoutsas aux concours et sur son poème à Lamartine, voir A. Vlachos, Περί Ιωάννου Καρασούτσα και των ποιήσεων αυτού, Athènes 1874, pp. 25-28 [=Ανάλεκτα II, pp. 71-73].

3. Il s'agit, croyons-nous, du poème Επιστολή προς Λέανδρον. Περί ελληνικής ποιήσεως και γλώσσης (1853) [= Η Βάρβιτος, pp. 122.-130].

4. Jugement de 1855, pp. 60-64.

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publier son poème vainqueur, accompagné d'une préface intéressante: il y est surtout question de l'hexamètre "immortel" qui, longtemps oublié, fut mis en valeur par Rangabé et Tantalidis. Quant à sa satire, le poète révélait son titre (Η πόλις των Αθηνών) et promettait de l'achever et de la publier "prochainement"1. Ioannou, dans son rapport, sans mentionner le titre de la satire, en avait cité de larges extraits comme "importantes leçons d'art poétique"; le poète y bafouait la poésie romantique et se montrait par trop loyal vis-à-vis de ses juges:

Οποίας όμως φύσεως ην η απόφασίς σας,

το κατ' εμέ είν' ιερά. Αν γ)μαι ο νικήσας

ευγνωμονώ και χαίρομαι· αλλ' (άπαγε) αν πάλιν

ήμα ι των νικηθέντων είς, μ' άπάθειαν μεγάλην

ως ο αρχαίος και χρηστός πολίτης θα φωνήσω,

ότι τους κρείττονας τιμώ, όταν τους απαντήσω,

και χαίρω, ότι η πτωχή των ποιητών χορεία

έχει και καλυτέρους μου· ταύτα εν συντομία2.

Lauréat de 1855, Orphanidis avait toutes raisons d'être provisoirement non seulement loyal, mais aussi reconnaissant envers les universitaires. Son éloge de l'hexamètre n'était-il pas en même temps un hommage rendu à Rangabé? Par contre, sa rancune contre Zalocostas, toujours vivace, pouvait, enfin s'exprimer librement. Aigri pas sa défaite, le poète de Αναμνήσεις avait déjà attaqué les universitaires dans son article "Une leçon à mes maîtres" (juin 1855), sans pour autant mettre en cause le vainqueur du concours. Orphanidis eut tout de même un prétexte. Sept mois plus tard, dans une longue lettre envoyée à Πανδώρα il prit la défense du jury, contesta la valeur littéraire de Zalocostas, attribua la colère de celui-ci à sa défaite. Pourquoi cette réponse si tardive? Une phrase d'Orphanidis adressée à son adversaire nous en donne l'explication: "Je t'invite à une concurrence loyale, et je te 

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1. Th. Orphanidis, Άννα και Φλώρος ή Ο Πύργος της Πέτρας, Athènes 1855, p. 6; cf. Πανδώρα 6 (1855-56) 551. En réalité, cette satire ne devait être publiée, en partie, que 13 ans plus tard, dans M.P. Vrétos, Εθνικόν Ημερολόγιον 1868, pp. 337-349. L'éditeur, tout en promettant d'en publier d'autres passages (p. 349), précise que le poème resta inédit "en raison, peut-être, d'occupations scientifiques du poète plus importantes" (p. 338).

2. Cf. la fin de Κόριννα και Πίνδαρος de G. Tertsétis:

Μη λυπηθής εάν ίδης άλλους να στεφανώνουν

αλλά ειπέ χαρούμενη εις φίλους και εις ξένους,

"έχει η Ελλάς και άλλους γιους πολύ καλύτερούς του".

Σελ. 101
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promets que je n'arriverai jamais jusqu'à la bassesse de propager des rumeurs malhonnêtes sur l'authenticité de tes œuvres, et que je n'insulterai ni toi ni les juges qui t'ont couronné, même si je me croyais défavorisé par eux»1. Zalocostas était donc jugé coupable de se livrer à une concurrence déloyale, en calomniant son adversaire par voie orale. Mis au courant de ces commérages, Orphanidis répondit par écrit. Dans une petite capitale comme Athènes, l'histoire littéraire passait très souvent par les ruelles du quartier.

Ce qui importe, c'est que, en 1855, au moment où Zalocostas disparaissait définitivement de la scène des concours, Orphanidis consolidait sa place dans la faveur universitaire et non sans raison. Il incarnait un nouvel équilibre: son romantisme modéré, vêtu d'hexamètres, s'éloignait aussi bien d'un classicisme rigide (Coumanoudis) que d'un byronisme immoral et archaïsant (Vernardakis). On dirait que, à travers une série de tendances, l'esprit universitaire recherchait, en poésie et en langue, la voie moyenne d'un compromis. Mais les contradictions étaient plus profondes que l'on ne l'imaginait. Elles resurgissaient parfois avec une force nouvelle ou, présentées sous d'autres aspects, rendaient souvent la confusion inextricable.

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1. Πανδώρα 6 (1855-56) 551. La lettre d'Orphanidis parut également en brochure, sous le titre emphatique Πρώτοι, ακροβολισμοί του μεγάλου Ζαλοκωστείου πολέμου, ήτοι Ποιητική αλληλογραφία, Athènes 1856. Sur cette affaire, voir aussi: Πανδώρα 6 (1855-56) 586.

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CHAPITRE II

LE DÉBAT S'ÉLARGIT (1856-1860)

Τον Βύρωνα αναπολείς και κλαίεις; θα τη είπουν,

Δεν θέλομεν ρομαντισμούς ημείς· αυτά μας λείπουν!

J. Cambouroglou (1872)

Le problème de la langue, nous l'avons vu, domina la première période des concours de façon décisive. Il ne devait pas, bien sûr, disparaître automatiquement pas la suite; mais ses rebondissements, dus notamment aux défis de Tertsétis, furent loin de prendre le caractère d'une résistance collective. Pendant les cinq premières années, les jurys avaient réussi à imposer leur loi. Ils pouvaient enfin durcir leurs positions pour empêcher toute récidive vulgariste: en effet, le rapporteur Castorchis annonçait, en 1856, que les poèmes écrits en langue démotique seraient exclus désormais, sans commentaires. Quand, en 1858, Tertsétis souleva à nouveau le problème, il dut vite comprendre, par la violente réponse de Paparrigopoulos, que les universitaires n'étaient nullement disposés à revenir sur leur décision. A coup sûr, les vulgaristes n'avaient pas de place dans l'institution de Rallis. Il fallut attendre Voutsinas pour que l'interdit frappant la langue populaire fût officiellement levé (1862). Mais on n'en était pas encore là.

Entre-temps, par la force des choses, le débat devait prendre plus d'ampleur. En fin de compte, la question de la langue, malgré son importance, n'en restait pas moins subordonnée à des objectifs d'ordre idéologique: le «retour aux formes anciennes» était, certes, d'une priorité presque absolue, mais il ne pouvait devenir une fin en soi, l'essentiel étant toujours d'établir entre le présent et le passé des liens à tous les niveaux et dans tous les domaines. Or, la bataille linguistique, si importante fût-elle, ne constituait, en réalité, qu'une étape. C'était là que reposait l'édifice idéologique de la Grande Idée. Cette unité, conçue différemment mais acceptée par tous, imprimait son élan à

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toutes les manifestations politiques et culturelles. Romantiques et classiques grecs n'avaient, au fond, à se définir que par rapport à elle: l'unité des premiers, ininterrompue, comprenait trois étapes (Antiquité, Byzance, Grèce moderne), celle des seconds, binaire, continuait à enjamber Byzance comme un obstacle. Deux tendances, de plus en plus cristallisées dans le cadre des concours, devaient apparaître clairement, à partir de 1856, et s'affronter, un peu plus tard, avec énergie.

L'élargissement du débat, en ce sens, fut certain. Bien sûr, les concours ne pouvaient dépasser leurs propres limites: le discours critique y avait comme objet principal la poésie, les juges universitaires, chargés surtout de la distribution de prix, s'acquittaient souvent de leur devoir sans enthousiasme, et l'esprit didactique l'emportait sur une libre confrontation d'idées. Pourtant, l'institution de Rallis, fut loin de constituer, dans la vie intellectuelle grecque, un domaine à part, marginal et routinier. Ouverte à tous, elle donnait à toutes les tendances une possibilitté d'expression. Il était donc normal, dans la mesure où la poésie véhiculait plusieurs messages, que ceux-ci apparussent, d'une façon ou d'une autre, dans le contexte des concours, ne fût-ce que pour être critiqués, désapprouvés ou condamnés.

Parfois, les problèmes s'entrecroisent, se chevauchent, et les allusions ne sont pas moins éloquentes que les reproches ouverts; parfois, une vieille discussion, qui se prolonge, est imperceptiblement transformée par de nouveaux éléments. Ainsi, en 1856, l'attaque de Castorchis contre Tertsétis a toujours la langue comme objet principal, mais le différend des deux hommes porte aussi sur l'unité. A partir d'un certain moment, le centre de gravité se déplace, et la question de la langue, malgré la place importante qu'elle continue d'occuper, perd une partie de son autonomie, sinon de son intérêt. On aperçoit déjà l'impasse créée par les interminables querelles grammaticales. Orphanidis (Τίρι-Λίρι, 1857-1858) ne manque pas de fustiger les pédants stériles qui tuent les idées par les mots:

Προσκροΰσται τόσων πο',ητων και τόσων λογογράφων,

οΐ με τας λέξεις σπάπτοντες των Ιδεών τον τάφον!

A la même époque (1857), Vernardakis conçoit le grec comme un tout et refuse la division en langue ancienne, médiévale et moderne: aussi étrange que cette idée puisse paraître, elle montre à merveille à quel point le nouveau concept de l'unité occupe le devant de la scène et

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s'insère même dans le domaine linguistique. Le besoin d'une ouverture est sensible.

Unité diachronique à deux ou à trois étapes: tout le conflit théorique entre le classicisme et le romantisme, dans sa version grecque, pourrait être, en grande partie, résumé par cette formule. Faut-il rappeler l'origine étrangère non seulement de ce conflit mais aussi des deux grands courants en question? C'est presque une évidence. Un phénomène culturel, cependant, importe plus par ses manifestations particulières de pays en pays que par son lieu de naissance. Or, si romantiques et classiques s'affrontent en Grèce, comme ailleurs, l'essentiel sera toujours de savoir non seulement en quoi consiste la particularité de cet affrontement, mais aussi sous quels aspects spécifiques se manifestent ces deux écoles adverses, chaque fois soumises au conditionnement local. Nous touchons certes là un des problèmes les plus essentiels et les plus complexes du XIXe siècle, problème que nous ne saurions pourtant aborder ici. Bornons-nous à quelques remarques nécessaires.

Concept romantique par excellence, l'unité est destinée à devenir en Grèce la clef de voûte de tout le système idéologique dominant, tel qu'il se concrétise surtout à partir du milieu du XIXe siècle. Ce système est primordial, prioritaire; il mobilise les énergies nationales, rapproche tous les Grecs, sert les objectifs de l'État et des classes dirigeantes. Sa suprématie ne fait pas de doute; c'est lui qui anime, inspire et contrôle en dernière analyse, toute la vie intellectuelle du pays. Dans ces conditions, comment le conflit entre le romantisme et le classicisme s'exprime-t-il? En réalité, tous les courants, littéraires ou autres (y compris la question de la langue), dominés par cette forte poussée idéologique, n'ont qu'une marge d'action limitée. Chose caractéristique: l'unité, fondement de la doctrine officielle, constitue en même temps la base sur laquelle s'affronteront romantiques et classiques grecs. Elle peut être conçue en deux ou en trois étapes, elle ne peut pas être refusée. C'est ainsi que la ligne de démarcation entre les deux écoles paraît souvent imprécise et, dans la mesure où des éléments communs se mélangent ou se déplacent d'un camp vers l'autre, un romantisme classique devient aussi réel qu'un classicisme romantique. Il s'agit, évidemment, d'un manque de contours qui n'a rien à voir avec la démarche consciente de Solomos pour «un genre mixte, mais légitime».

L'explication de ce phénomène doit être cherchée, en premier lieu, dans les contradictions internes d'un système de pensée qui, d' essence romantique, n'est pas moins fondé sur un certain nombre de valeurs incompatibles (hellénisme et christianisme, ouverture vers

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l'Europe et culte de l'Antiquité, etc.). Attisée par les circonstances, l'hypersensibilité nationale impose aussi bien une marche en avant qu'un retour en arrière. Romantiques et classiques, tout en s'affrontant, ne vivent, au fond, que la même contradiction: obligés de puiser leurs idées dans l'Europe moderne, ils s'acharnent à démontrer leur fidélité à la Grèce ancienne; plus ils empruntent à l'étranger, plus ils étalent leur propre patrimoine. Lorsque, en 1857, Coumanoudis accuse le romantisme d'être «une école étrangère, non hellénique», reprenant ainsi un argument déjà avancé par des classiques d'autres pays, il entend sûrement le mot «hellénique» aussi bien comme «national» que comme «grec ancien». Mais les romantiques ne sont pas moins disposés à sacrifier, eux aussi, au culte de l'Antiquité grecque, ce qui ne les empêche pas, à leur tour, de mener leur combat avec un armement fabriqué à l'étranger.

Servant le même système idéologique tout en illustrant ses contradictions internes, les deux écoles ne sont néanmoins pas destinées à n'alimenter qu'un débat théorique entre universitaires. Dans la mesure où la doctrine officielle se développe et exerce de plus en plus son emprise, le romantisme littéraire, très répandu, devient la principale expression d'une exaltation patriotique sans bornes. La littérature de toute une époque en témoigne. La Révolution Grecque, au centre de cette production, est l'événement majeur qui ne finit pas de fournir des décennies durant, une source d'inspiration inépuisable. Mais il y a aussi l'autre face de la médaille: le même mouvement qui abrite l'enthousiasme collectif n'exprime pas moins des frustrations individuelles de tous genres. Schématiquement: Hugo, Barthélemy ou Béranger, d'un côté; Byron, A. de Musset ou Lamartine, de l'autre.

Ces deux tendances romantiques, présentes dès le début dans le cadre des concours, vont s'accentuer et s'affronter. La première n' a, évidemment, rien de répréhensible du point de vue de l'ordre établi; elle véhicule l'optimisme patriotique, exalte les luttes nationales, sert à merveille la doctrine officielle. C'est la seconde qui posera des problèmes de plus en plus sérieux. Le byronisme, forme de révolte individuelle passionnée, devient avec le temps une force centrifuge non négligeable; il met en valeur le goût du morbide, sape le moral, incarne tout un ensemble de mécontentements. Les universitaires, classiques ou romantiques, n'ont pas de mal à repérer le danger. Lorsque, en 1857, Coumanoudis et Assopios condamnent «les amours entre frères et sœurs» qui abondent dans les produits de l'école «étrangère», ils sont sûrement conscients du fait que l'immoralisme byronien, loin de

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toucher seulement quelques cas particuliers (Vernardakis), peut traduire un malaise généralisé aussi démobilisateur que subversif. En effet, dans la mesure où l'opposition de la jeunesse estudiantine au régime du roi Othon prend de l'ampleur, vers la fin de la sixième décennie du siècle, la montée du byronisme n'est pas sans rapport avec un esprit de contestation plus ou moins politisé. D'autres "modèles" viennent aussi s'ajouter: Béranger, très honoré après sa mort, suscite l'intérêt moins par son philhellénisme que par le caractère oppositionnel de ses actions. C'est à lui précisément que se réfère Paparrigopoulos, en 1859, pour condamner toute attaque contre l'ordre établi et défendre une poésie "complètement étrangère à la politique".

En tout état de cause, ce qui est certain, c'est que les dernières années du concours de Rallis sont marquées par une problématique qui, dans le cadre d'un débat littéraire, et apparemment monotone, ne cesse de se développer ou de s'enrichir. Au moment où, à la fin de la Guerre de Crimée, le Royaume de Grèce affronte des changements d'ordre économique, politique et social, sa vie intellectuelle, dominée par les querelles linguistiques, tend en quelque sorte à élargir ses horizons. Il s'agit certes d'une ouverture plutôt que d'un bond en avant. Mais cette ouverture n'en est pas moins significative. Elle coïncide avec le développement d'une idéologie unitaire qui, érigée en doctrine, étend de plus en plus sa domination, pénètre dans tous les domaines, anime et élargit tous les débats, sans toutefois éviter, au moment de sa plus forte poussée, l'exacerbation ou l'éclatement de ses contradictions.

1. 1856: L'unité impossible

En 1856, pour la première et la dernière fois, les membres du jury furent sept: J. Olymbios (président), E. Castorchis (rapporteur), A. R. Rangabé, Ph. Ioannou, A. S. Roussopoulos, St. Coumanoudis et C. Paparrigopoulos. Les poèmes envoyés (2 tragédies, les autres épiques et lyriques) suivirent, en général, l'exemple de l'année précédente, non seulement pour le nombre (14), mais aussi pour l'abondance des hexamètres. Deux œuvres étaient écrites en langue populaire. La cérémonie eut lieu, selon l'usage, le 25 mars1.

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1. Voir les comptes rendus dans les journaux Αθήνα et Φιλόπατρις. 29 mars 1856, Ημέρα (de Trieste), 13/25 avril 1856.

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A première vue, tout se passa comme à l'ordinaire. Le nouveau rapporteur E. Castorchis (1815-1889), assurant la continuité de l'esprit universitaire, n'avait pas à innover. Dans son rapport, nous retrouvons tous les lieux communs des Jugements précédents: éloge de Rallis, rapprochement des concours avec ceux de l'antiquité, constat de leur succès, références habituelles aux auteurs classiques, etc. L'introduction de l'hexamètre et d'autres vers anciens dans la poésie grecque moderne n'est, pour Castorchis, qu'un signe de progrès certain. Mais un durcissement de ton se manifeste pourtant sur deux points: a) malgré la clause explicite du règlement de Rallis, les extraits de poèmes, rendant le jugement impossible, ne peuvent plus être admis au concours, et b) le jury s'étonne que l'envoi d'œuvres écrites en langue populaire se poursuive; il est donc "absurde que les juges soient obligés de lire des poèmes dont le couronnement est formellement interdit par le fondateur. C'est pourquoi désormais nous ne tiendrons aucun compte des poèmes écrits en langue vulgaire"1. Deux poèmes "vulgaires" sur quatorze ne constituaient peut-être pas une rechute inquiétante; mais l'un d'eux, sorti de la plume de Tertsétis, n'était pas à négliger; il fallait donc éliminer, par un nouvel avertissement tout danger menaçant un équilibre difficilement atteint.

Voici les 14 œuvres du concours, selon l'ordre et les appréciations du rapporteur:

1) Un poème ayant obtenu un accessit au concours de 1855 et envoyé de nouveau avec 200 vers de plus. Dans une lettre aux universitaires, l'auteur demande un réexamen de son œuvre, si toutefois un second jugement est possible. Mais le jury n'a pas pris connaissance de cette lettre à temps, et le poème n'a pas été jugé2.

Il s'agissait, évidemment, du poème de J. Carassoutsas Προς τον ποιητήν Λαμαρτίνον, seul accessit du concours de 1855 3.

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1. Jugement de 1856, Πανδώρα 7 (1856-1857) 26-27. Cf. les vers de G. Tertsétis (Ο θρίαμβος του ποιητικού διαγωνισμού, 1858):

Δεν πιστεύω

τα όσα εφοβερίσανε να πράξουν.

Πιστεύω ο εισηγητής μόνος του τάπε:

Στην γλώσσαν του λαού στίχοι γραμμένοι

ούτε καν από ημάς αναγνωστέοι.

2. Ibid., p. 26. A partir de 1856, cependant, les poèmes ayant obtenu un accessit il purent être envoyés pour la deuxième fois au concours.

3. Ce poème devait ainsi avoir 474 vers (274+200). Mais sa version finale, 

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2) Ο Καραλής : tragédie; une «complainte écœurante, misérable et entièrement insignifiante».

3) Ιεφθάε : tragédie occupant, avec la précédente, la dernière place du concours. Imitation de Shakespeare — la première en Grèce — elle se solde par un échec total (fautes de grammaire et de versification, invention banale, intrigue et description de passions invraisemblables, imagination froide, caractères indistincts). Le seul rapport avec Shakespeare: la multitude des personnages et des morts1.

Oeuvre du céphalonien Spyridion Mélissinos (1933-1887), publiée la même année avec une longue réponse au jury. Étudiant en droit, l'auteur commence par exprimer aux professeurs son respect et sa reconnaissance, ce qui ne l'empêche point de fustiger, à la fin, la «légèreté impardonnable» avec laquelle le jury exerce ses fonctions. Les moindres allusions du rapporteur trouvent une réplique. Mélissinos refuse l'influence de Shakespeare: lorsqu'il commença sa tragédie, encore lycéen, il ne connaissait le dramaturge anglais que de nom. Quant à la versification, il se déclare fidèle au vers de onze syllabes, à la poésie italienne et, surtout, à celle de Dante; sa réponse traite d'ailleurs en grande partie des questions métriques. Le jury est, de plus, accusé d'avoir passé sous silence quatre Λυρικά qui accompagnaient la tragédie2.

4) Οι Γάμοι του Μεγ. Αλεξάνδρου : poème en langue populaire écrit «avec un rare bon goût et avec beaucoup de grâce»; le rapporteur en cite, à l'appui, de longs extraits. Mais la composition est défectueuse: l'auteur, au lieu de terminer son œuvre sur les noces d'Alexandre le Grand, lie son héros au christianisme, le présente comme une sorte de prophète et finit par l'appeler «saint»! En plus, son poème n'ayant pas les 500 vers nécessaires, il y ajoute une «Prière» (200 vers) qui n'a

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publiée dans Η Βάρβιτος, pp. 34-36 [=C. Th. Dimaras, Ποιηταί του ΙΘ΄ αιώνος, pp. 134-1401 ne comporte que 279 vers.

1. Jugement de 1856, pp. 26-27.

2. Sp. Mélissinos, Ιεφθάε, τραγωδία έμμετρος μετά τινων Λυρικών ποιημάτων και τινων επί της τραγωδίας κριτικών παρατηρήσεων, Corfou 1856, pp. 144-168. Des quatre Λυρικά ne sont publiés (pp. 118-140) que deux (Αυγή et Σεληνίτις Νυξ), appartenant au recueil de poèmes Η Εξυπνηθείσα Μούσα. Il est à noter que Mélissinos avait déjà annoncé la publication de sa tragédie et de ses poèmes lyriques dans Ιερεύς των Φιλικών και Ιωάννα Γρέυ, Corfou 1854, p. 255. Sur sa participation aux concours de 1856 et 1857, voir aussi: Ηθικός Κόσμος, Corfou 1879, pp. 175 et 185; cf. Τα μνήματα, Corfou 1860, p. 6. Notices biographiques sur Mélissinos: El. Tsitsélis, Κεφαλληνιακά Σύμμικτα, t. I, Athènes 1904, pp. 859-860; MEE 16 (1931) 882; N. I. Lascaris, Ιστορία του νεοελληνικού θεάτρου, t. II, Athènes 1939, p. 18.

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pas une composition meilleure. La langue manque de pureté; on trouve des mots étrangers, barbares et anciens1.

G. Tertsétis, auteur du poème, répondit à Castorchis quelques jours plus tard, dans un discours à la Bibliothèque du Parlement: on y trouve la défense de la langue populaire tout comme l'indignation, parfois explosive, du poète contre les universitaires «écervelés», qui «se moquent de (sa) langue, de (ses) images, et qui, hantés par les superstitions, décidèrent cette année d'exiler pour toujours la langue commune de la Grèce... cachés derrière le nom et la volonté d'un bienfaiteur absent et innocent!»2. Mais le problème principal pour Tertsétis était ailleurs: il s'agissait, avant tout, de démontrer le christianisme d'Alexandre, en d'autres termes de prêcher une unité «helléno-chrétienne». Homme des Lumières, le rapporteur Castorchis ne s'y était-il pas opposé en critiquant le poème pour sa composition défectueuse? «Je suis sûr que je serais aujourd'hui couronné au concours si le recteur de l'Université était Contogonis, professeur de théologie»3. Or, sous les apparences d'une discussion d'ordre esthétique, le vrai débat, quoique très souvent allusif, se déroulait sur le plan idéologique. Le rapporteur pouvait très bien (et tout en exprimant son profond respect envers la religion) trouver incompatible une «Prière» avec un poème sur les noces d'Alexandre. Mais, dans sa pensée, cette disjonction ne s' opérait-elle pas à un niveau qui dépassait le cadre du poème en question? N'était-ce pas un refus de l'unité «helléno-chrétienne»? Décidément, Tertsétis pesait bien ses mots quand il répondait: «Que le jury ne doute pas que les Noces d'Alexandre et la Prière sont une seule chose, un psaume de famille. Mais les oreilles du jury, bouchées, semble-t-il (et je m'en excuse), par des accents aigus, graves et circonflexes, n'ont pas entendu ce psaume»4. Le mot «psaume», lancé contre des universitaires suspects d'athéisme, est significatif. Dans son indignation, Tertsétis n'hésitait pas à recourir, en quelque sorte, au terrorisme intellectuel.

5) Η Βοσκοπούλα : poème en langue populaire, inférieur au précédent, mais non sans quelques qualités (images heureuses, langage simple, naturel et qui convient à l'héroïne). Parmi les défauts, le 

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1. Jugement de 1856, pp. 27-29.

2. [G. Tertsétis], Λόγος της 25 Μαρτίου 1835. Οι Γάμοι του Μεγάλου Αλεξάνδρου Κόριννα και Πίνδαρος, Athènes 1856, ρρ 62-63.

3. Ibid., p. 39.

4. Ibid., p. 62.

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rapporteur énumère la prolixité, les tautologies, l'économie défectueuse, les personnages invraisemblables et la lecture difficile, due aux synérèses et à l'âpreté de la langue.

6) Νεότητος άνθη : poème sans valeur. L'auteur ayant demandé la sévérité du jury, Castorchis lui adresse des conseils en citant Platon et Horace.

Supérieurs en ce qui concerne la langue et la poésie sont les 5 poèmes qui suivent:

7) Νεανικά αθύρματα : recueil de poésies diverses, en mètres variés. La langue, quoique "suffisamment ornée", recèle des fautes de grammaire. En général: poésie monotone, prolixe et non exempte de répétitions. Le rapporteur cite, comme réussi, le poème Εις το έαρ, ainsi qu'un extrait plein de "grâce anacréontique"1.

Il s'agissait de la première participation de Panayotis Matarangas (1834-1895)2.

8) Ιστορικαί ποιήσεις : quatre poèmes, dont le dernier, Η αγαθή μήτηρ, didactique. La langue et la versification sont bonnes. L'auteur, une dame, est félicité pour sa participation au concours.

9) Φλώρος : extraits (500 vers) d'un poème en 6.000 vers. L'auteur, un adolescent de 17 ans, fait preuve de bon goût quant à la langue et la versification, ainsi que, parfois, de sentiments tendres et d'un tempérament passionné. Il doit, cependant, remanier son poème et en corriger les fautes.

10) Κράμα χολής και μέλιτος : épopée inachevée en hexamètres. Faute de temps, l'auteur ne put ajouter les trois derniers chants. Castorchis lui conseille d'achever son poème et de l'envoyer de nouveau.

11) Πατρίς και έρως : épopée en 1.099 hexamètres. L'auteur ne manque pas de bon goût et d'imagination. Mais son œuvre, "froide et relâchée", est pleine de longueurs, de discours creux et de pensées

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1. Jugement de 1856, pp. 29-30.

2. Son poème Εις το έαρ, remanié, paraîtra dans la revue Χρυσαλλίς 2 (1864) 689 [=P. Matarangas, Φαντασία και καρδία, Athènes 1876, pp. 1-2]. Quant à l'extrait anacréontique, c'est le poème Εις ρόδον (1854), publié également dans Φαντασία και καρδία, pp. 2-3. -Sur P. Matarangas, voir: Sp. De Biazi, "Παναγιώτης Ματαράγκας", Ποιητικός Ανθών 2 (1887) 589-592; L. Zois, "Είς ποιητής", Κυψέλη 2 (1902) 17-25; El. Tsitsélis, op. cit., pp. 379-381, et L. Ch. Z[ois], "Ματαράγκας", ΜΕΕ 16 (1931) 767. Nous signalons que les renseignements de S. De Biazi (suivi par les autres biographes) sur la participation de Matarangas au concours de 1856 sont, en grande partie, erronés. El. Tsitsélis (op. cit., p. 379) et L. Zois (MEE, op. cit , p. 767) écrivent Νεαρά αθύρματα, au lieu de Νεανικά αθύρματα

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philosophiques abstraites. Autres défauts: connaissance médiocre de la langue, absence d'économie et d'intrigue, versification défectueuse.

Enfin, sont meilleurs et se disputent le prix les trois poèmes suivants:

12) Ο Έλλην της Ίδης : épopée en 640 hexamètres et deux chants. Le rapporteur loue son invention, son goût et son économie, mais il trouve le dénouement «invraisemblable et forcé». Défaut principal: les caractères ne sont pas strictement adaptés à leur époque. La langue, généralement bonne et facile à lire, «est exempte de mots vulgaires, anciens et rares, ainsi que de tournures recherchées». L'hexamètre est bien travaillé; quelques vers sont de mauvais goût et d'autres manquent de césures1.

Il s'agissait d'une oeuvre de Myron Nicolaïdis (1835-1898), publiée la même année avec une réponse «aux juges». Reproduisant le verdict de Castorchis, l'auteur exprime son désaccord et se justifie, sans toutefois manquer de protester2.

13) Ο υιός του δημίου : épopée de 4 chants, en 500 vers rimés constituant 50 strophes. La langue est correcte et gracieuse — «le lecteur n'y trouve ni mots vulgaires ni mots inusités et archaïques» — la versification impeccable, les images et les métaphores naturelles; la prolixité est absente. Le principal défaut du poème réside dans son intrigue: le héros, un personnage «infâme et moralement condamnable», n'a pas de place dans la poésie «qui a pour but non seulement le plaisir mais aussi l'utilité morale»; aussi son suicide est-il inadmissible. Selon Castorchis, «l'œuvre du poète n'est pas de dire les choses telles qu'elles se passent dans la vie, mais de sorte que, selon l'enseignement d'Aristote, la société tire profit de la poésie». L'économie est également défectueuse, les parties du poèmes étant mal agencées3.

Il s'agissait d'une œuvre d'Alexandre Catacouzinos (1824-1892). Aucune mention du concours n'accompagne ses deux publications4.

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1. Jugement de 1836, pp. 30-34.

2. N[icolaïdis] Myron, Ο Έλλην της Ίδης, εξάμετρον έπος εις άσματα δύω, Athènes 1856, pp. s'-ut.'.

3. Jugement de 1858, pp. 34-36.

4. Πανδώρα 7 (1856-57) 433-438 et A. Catacouzinos, Η θυγάτηρ του Τειρεσίου - Ο υιός του δημίου, Athènes 1879. —Sur A. Catacouzinos, voir: Πανδώρα 3 (1852-53) 240, Skokos, Ημερολόγιον 25 (1910) 23 et MEE 14 (1930) 49-50. G. Tertsétis (Ο θρίαμβος του ποιητ. διαγωνισμού, 3e acte) cite ironiquement des vers «savants» enpruntés à Ο υιός του δημίου:

Βαρύγδουπος ήχος χαλκίνων κωδώνων

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14) Εικασία : poème de 3 chants, en 2.000 trimètres iambiques rimes. Ses qualités sont nombreuses: intrigue heureuse, versification remarquable, invention riche, dénouement habile. Le rapporteur reproche à l'auteur le suicide d'un brigand, les blasphèmes d'un idolâtre contre le christianisme, ainsi qu'un anachronisme voulu. Les deux premiers chants du poème, contrairement au troisième, sont de longs récits sans rien de dramatique. Mais le poète décrit bien ses caractères et manie la langue avec précision, encore qu'il n'évite pas l'usage des mots homériques et rarissimes à côté des mots vulgaires. "Nous avouons que les frontières entre la langue ancienne et la langue moderne ne sont pas tracées, et qu'il est bon, avec le grand trésor de la langue ancienne de couvrir la nudité de la moderne; mais les vêtements doivent convenir aux saisons et à la taille du corps". Malgré ses défauts, ce poème est jugé digne du prix - le jury choisissant l'œuvre qui était relativement la meilleure - pour la riche invention, l'adroit dénouement, l'imagination fertile, la pureté et la précision de la langue. Deux accessits sont décernés aux poèmes No 12 et 13 1.

C'est ainsi que D. Vernardakis, couronné à 22 ans, après quatre participations aux concours, prenait en quelque sorte sa revanche. Le temps n'était pas encore éloigné où, débutant docile, il s'empressait de corriger ses vers selon les instructions du jury. Maintenant, il n'avait plus rien à changer: "Beaucoup de passages d' Εικασία furent jugés de mauvais goût. Nous avouons ne pas voir leur mauvais goût... Nous avons laissé les passages en question tels qu'ils étaient"2.

On ne saurait attribuer exclusivement une telle attitude à l'arrogance de la victoire. Vernardakis, au fond, semblait étranger à un homme comme Castorchis; il ne pouvait lui devoir le respect qu'il devait, par exemple, à Rangabé ou à Paparrigopoulos. De son côté, le rapporteur de 1856, classique et rationaliste, n'avait pas dû éprouver une grande admiration pour ce poème d'inspiration byzantine dont, exprimant la volonté de la majorité du jury, il annonçait la victoire: il suffit de lire attentivement le rapport de Castorchis pour apercevoir ses réticences à l'égard d' Εικασία et de son auteur.

Car, tout le problème est là: un texte comme celui du rapporteur

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εις οίκον Θεού τους πιστούς προσκαλεί...

Μετά του λαού και ο νέος Μαρτίνος,

νεόρραπτον φέρων στολήν εορτής.

1. Jugement de 1856, pp. 36-40.

2. D. N. Vernardakis, Εικασία, Athènes 1856, p. 76.

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n'offre, le plus souvent, qu'une seule dimension des choses, un sens presque unique. C'est à nous de lire entre ses lignes pour découvrir les sens multiples, les allusions cachées, les mouvements d'humeur dissimulés derrière une argumentation rationnelle. Parfois, le vrai débat ne se déroule qu'en marge: Castorchis et Tertsétis parlent des Noces d'Alexandre, mais leur principal différend porte en réalité sur le christianisme et sur le problème de l'unité. Par ailleurs, n'oublions pas que les luttes de tendances traduisent très souvent des antipathies personnelles, des conflits de coteries, de cliques et de castes. Si l'entrée dans les coulisses universitaires n'est pas toujours facile, la vie de ces coulisses ne doit pas être sous-estimée.

En deuxième lieu, nous devons toujours chercher l'essentiel et le principal derrière l'inessentiel et le secondaire. Deux poètes comme Tertsétis et Vernardakis n'avaient, apparemment, rien de commun, et ils pouvaient s'opposer sur tous les points: mais ce qui les unissait sur le plan idéologique - un romantisme "helléno-chrétien" concevant l'unité de l'hellénisme à trois étapes et sans discontinuité - n'était pas un détail insignifiant. Face à ce romantisme montant, dont Paparrigopoulos s'apprêtait à devenir le grand théoricien, les derniers représentants des Lumières (Assopios, Coumanoudis, Castorchis), contempteurs de Byzance et partisans d'une unité discontinue, se retranchaient derrière leur classicisme rationaliste. Le mot "romantisme" n'était pas encore prononcé par les rapporteurs dans le cadre des concours; les questions de la langue et de la grammaire continuaient à occuper le devant de la scène. Homogène aux yeux du public, le jury laissait difficilement apparaître ses luttes intestines. Mais, en 1856, tout en annonçant le couronnement de Vernardakis, Castorchis avait posé discrètement le problème d'une unité impossible et, en quelque sorte, avait préparé le chemin à sa "faction". Une bataille décisive allait s'engager l'année suivante.

2. 1857: Le romantisme au pilori

Le moment était propice: en 1857, Coumanoudis assumait le rôle du rapporteur, Assopios présidait le jury, Castorchis en faisait partie avec C. Paparrigopoulos et A. Roussopoulos. Or, une majorité "classique" était assurée. Comme Coumanoudis en 1855, A. R. Rangabé avait quitté son poste pour se joindre aux concurrents. Toutes les conditions favorables étaient réunies pour passer à la contre-attaque. Les prétextes n'y manquaient pas: au moment où, pour la première

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    22. Moullas, Concours poetiques

    beaucoup plus sérieux devait éclater entre les deux poètes l'année suivante.

    5. 1855: L'abondance des hexamètres

    Le 25 mars 1855 coïncidant avec la Semaine Sainte, la cérémonie du concours eut lieu le 29 mars1. Les poèmes présentés furent plus nombreux que jamais: 14. Pour la première fois, le jury fut composé de 4 membres: C. Contogonis (président), Ph. Ioannou (rapporteur), A. R. Rangabé et C. Paparrigopoulos. Cette diminution du nombre des juges est explicable: Coumanoudis, membre régulier du jury depuis 1852, avait abandonné son poste pour rejoindre les concurrents.

    Les deux sévères avertissements de Rangabé donnaient enfin des fruits: parmi les 14 œuvres présentées, une seule (Ορέων άνθη) était écrite en langue populaire. Rallis et les universitaires pouvaient être provisoirement satisfaits; Tertsétis fut absent du concours; Zalocostas y retourna, mais docile et repenti, après sa vaine révolte de l'année précédente, pour briguer le prix avec un poème en langue savante. Deux autres phénomènes particuliers accentuèrent le caractère «classique» de cette année 1855: l'abondance des œuvres en hexamètres et didactiques. Par contre, le romantisme, surtout sous sa forme byronienne, ne manqua pas de faire à nouveau une apparition spectaculaire.

    Ioannou divise les poèmes en trois catégories, selon leur importance.

    A. La première catégorie est celle des 5 «œuvres entièrement insignifiantes»:

    1) Οι στίχοι των μελών του σώματος : idées vulgaires, langue «barbare», solécismes et fautes d'orthographe.

    2) Ο Φλέσσας : intrigue pauvre, fautes de grammaire.

    3) Η Ελένη : poème en hexamètres. La versification est défectueuse et la langue pleine de fautes; le suicide de l'héroïne rend ce poème «moralement condamnable».

    4) Η Χιακή Ιερεμιάς : poème de 540 vers environ. L'auteur, au lieu d'insister sur l'héroïsme et les souffrances de ses compatriotes, les habitants de Chio, pendant le massacre, raconte sa propre fuite! La versification est en général bonne, mais l'intrigue pauvre; les fautes de grammaire ne manquent pas2.

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    1. Αθηνά, 31 mars 1855.

    2. Jugement de 1855, Πανδώρα 6 (1855-56) 50-51.